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Love in 56K, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir

L’amour est souvent au coeur des romans de Clémence Godefroy. Dans Love in 56K, il en sera question mais pas seulement : amitié, problèmes d’adolescence et quête de soi seront également au rendez-vous. Bienvenue dans les années 1998 !

Résumé : A la rentrée de septembre de Westbridge High, Erika Schmidt est bien déterminée à faire de cette année scolaire 1997-1998 la meilleure de sa vie : de bonnes notes, de bons moments avec ses deux meilleures amies, et une place dans la rédaction du journal du lycée, voilà tout ce qu’elle désire. C’était sans compter sur Scott Peterson, qui est devenu hyper craquant en l’espace d’un été, et tous les déboires qui s’ensuivent quand on est plutôt timide avec les garçons et plutôt vue comme une nerd par les élèves populaires du bahut. Heureusement, Erika vient de commencer une nouvelle série de livres, Les Sorciers de Bellwood, qui lui fait oublier ses problèmes. En attendant le prochain tome, elle trouve sur Internet un forum de fans, puis des sites de fanfic, et bientôt sa connexion 56K est à la fois son seul réconfort et son secret le mieux gardé…

Mon avis :

Bienvenue dans un lycée américain

J’ai commencé ce livre sans jeter un oeil au résumé.  Ce qui m’a surprise le plus pendant les premiers chapitres, a été la sensation de lire un roman se déroulant en France, jusqu’à ce que des détails viennent perturber l’intrigue : aucun lycéen français ne possède  de voiture pour se rendre en cours avec ses amis !

Clémence Godefroy est française, mais elle a recrée avec brio cette ambiance lycée américaine qui regroupe pas mal de clichés, et qu’on retrouve dans certaines séries tv. Cependant, elle y a ajouté sa touche personnelle pour que ces clichés ne nuisent pas à la qualité de l’intrigue.

Par exemple, au niveau des personnages, on retrouve les différents groupes typiques : les nerds du club d’informatique, l’équipe de sport (basket, football), les pom-pom girls populaires, la peste de service, la bande de copines intellos, le meilleur ami gay.

Les nuances interviennent dans la construction des personnages. Ainsi, dans l’équipe de basketball, Scott est aussi un geek qui a du mal à s’intégrer;  dans le club informatique,  on compte une future diplômée de grande université très sûre d’elle, … Chacun n’est pas celui qu’il semble être et c’est ce qui fait la richesse de ce récit.

L’auteur aborde plusieurs sujets sur cette période charnière de Première-Terminale propres aux américains : les fêtes entre élèves, le souci d’aller s’inscrire ou non dans une université après la remise des diplômes, les virées au centre-commercial, les jobs d’appoint, le sous-sol aménagé en antre d’ado, le fait d’avoir ou non une voiture, et surtout la sexualité naissante.

Tout contribue à recréer cette époque de liberté surveillée, de désir d’émancipation, de rêves à venir de ces adolescentes américaines mais qui s’étend aussi aux françaises sur certains points comme la sexualité.

Premiers émois amoureux dans la vie d’une lycéenne

Erika est le personnage principal de cette histoire. cette année, elle a décidé avec sa bande de copines qu’elle se montrerait plus adulte. Mais voilà, elle a développé une passion pour une saga littéraire empruntée à sa  petite soeur. C’est un secret honteux qu’elle préfère garder pour elle. Et il est d’autant plus honteux car elle écrit de la fanfiction dessus ! Ses amies ont aussi des secrets, mais on les découvrira plus tard…

Clémence Godefroy sait évoquer avec finesse, à travers le portrait de ces trois amies, les interrogations sur ce qu’est grandir, les expériences sexuelles et amoureuses, le bouillonnement intérieur hormonal, la métamorphose de son corps, la peur d’être soi face au regard des autres et les hobbys honteux.

A travers l’histoire d’Erika surtout, elle propose une ode au courage d’être soi, la volonté d’aimer et de vivre ses passions, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Car le lycée est impitoyable : on abordera le harcèlement scolaire, la timidité amoureuse et ses maladresses, la jalousie maladive.

Le seul bémol que j’ai pu trouver est une fin de roman qui m’a semblée un peu abrupte ou du moins, j’aurais apprécié un récit  plus long.

Une ode à la fin des années 1990

Ce roman est destiné à deux publics, je dirais : l’adolescent lambda qui découvre des sujets qui le touchent mais dans le contexte de la fin des années 90. Mais aussi, l’adulte qui a vécu cette période et se remémore la saveur de certains détails (ce qui est mon cas).

L’auteure a parfaitement réussi, par petites touches à nous plonger dans la vie d’un ado de cette période. On aborde le style musical très pop, la mode un peu flashy par moments, les débuts d’internet et des connexions incertaines, les cours d’éducation sexuelle foireux, les boybands, le coût important d’un ordinateur, la quasi absence des téléphones portables, et surtout la saga des sorciers de Bellwood qui ressemble un peu à celle d’Harry Potter.

Le plus gros clin d’oeil réside dans les forums de fanfiction, véritable refuge pour les timides, nerds, intellos de l’époque, où l’on peut échanger autour d’un sujet qui vous passionne sans être jugé et retrouver des gens intéressés par les mêmes centres d’intérêts. Pour certains, c’est aussi un moyen de développer leurs talents d’écrivain.

En conclusion : un roman Young adult mode d’emploi sur comment avoir le courage d’être soi au lycée, qui traite également avec finesse le sentiment amoureux. Un petit bijou à découvrir autant pour les ados que pour les nostalgiques de la fin des années 90.

 

 

 

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Tu es belle Apolline, Marianne Stern, éditions du Chat noir

Fan des autres romans steampunk de Marianne Stern, j’ai essayé avec confiance cet énième opus plutôt young adult avec une héroïne qui casse les codes. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : Les filles de ma classe rêvent de vivre dans une grande villa et de posséder un dressing rempli de robes de créateurs et d’escarpins vertigineux, de connaître les feux de la rampe, le succès, le Champagne et les paillettes. Ou plus modestement, de séduire Arnaud, le beau gosse de la classe. En ce qui me concerne, j’habite dans une demeure de luxe, ma mère mannequin nous l’a offerte. Quant à Arnaud, il a jeté sur moi son dévolu suite à un malheureux concours de circonstances. Et dans son sillage, la jalousie des pouffes ; tout ce qu’il manquait encore à ma petite vie parfaite. En apparence. Grattez un peu, et le rêve se change en cauchemar. Une guerre perpétuelle contre les calories. Ma silhouette fil-de-fer entretenue avec une obsession malsaine. Quant à ma mère, la célèbre Ornella Romanovska, elle juge plus important de se consacrer à ses défilés, shootings et soirées privées qu’à moi, sa fille. Sans oublier ce manque terrible qui m’habite quand je songe à mon père, un inconnu dont ma génitrice refuse de parler. Alors, si vous me dites tu es belle Apolline, j’aurai du mal à vous croire.

Mon avis :

Apocalypse, un personnage principal d’enfer

Le roman est centré sur Apolline alias Apocalypse, une ado de 17 ans, rebelle sur les bords qui adore écouter du métal, voue une passion sans limites pour l’Allemagne et s’habille comme une punk à chien. Vivant avec sa mère célibataire et top-model dans une propriété remplie plus par le personnel de maison que par une vraie famille, elle s’élève toute seule entre l’alcool, les joints et surtout sa phobie du gras qui la rend très maigre.

Malgré deux amis fidèles au lycée, elle subit le harcèlement scolaire de sa classe qui passe son temps à la traiter de sac d’os ou de nazie. Sa seule défense, c’est l’attaque et parfois ses provocations l’entraînent à réaliser de mauvais choix, surtout en matière de garçons. Son seul réconfort au lycée sont sa prof d’allemand à qui elle voue un culte et son prof de français qui joue dans un groupe de métal. Cependant, par paresse ou par ennui, elle sèche souvent les cours, malgré une grande intelligence.

Bref, vous l’aurez compris, notre héroïne casse un peu les codes habituels avec son mode de vie et son tempérament, mais malgré tout on s’y attache vite.

Ajoutez à cela une relation compliquée avec sa mère gothique similaire à une copine, qui ne montre pas le meilleur des exemples, et une grand-mère catholique intégriste et vous aurez une version trash de Gilmore Girls.

Au vu du résumé, on aurait pu croire qu’il s’agit d’un récit sur une pauvre petite fille riche, mais c’est plus complexe que cela.

Une critique du milieu de la mode en demi-teinte

La mode est un thème récurrent dans ce roman young adult, du fait du personnage d’Ornella, alias Mutti, la mère d’Apolline.

Alors qu’Apolline déteste ce milieu parce qu’il l’empêche principalement de profiter de la présence de sa mère, Ornella l’adore, et cela nous dessine les deux facettes du métier.

Marianne Stern nous propose une mannequin trash et capricieuse, aux airs de diva, plus obsédée par ses robes que par sa fille et surtout bien décidée à maintenir sa carrière tant qu’elle le peut avant d’être trop vieille pour les défilés.

Mais ce mannequin doit embaucher des agents de sécurité pour se protéger des paparazzis, ne rien avaler à part du céleri et du jus de citron, supporter un agent particulièrement casse-pieds, courir à chaque shooting, et réfléchir à un plan B (autrement dit, harponner un vieux riche) pour s’assurer une fin de carrière confortable.

Seules consolations :  son dressing est rempli de robes fabuleuses, elle a été égérie pour Karl Lagarfeld et les podiums lui apportent gloire, argent et bonne estime d’elle-même, et souvent des jeunes trentenaires à mettre dans son lit.

Derrière les paillettes se cachent donc de grands sacrifices. La seule chose qui rapproche les deux personnages est leur amour pour les belles robes. Car malgré un look de punk à chien, Apolline est fan du style pin up et n’hésite pas à piquer des robes à sa mère et à se découvrir femme à travers ces vêtements.

Une analyse fine du problème de l’anorexie

Apolline nous raconte sa vie et ses déboires à la première personne dans ce roman young adult et se dessine peu à peu tous ses problèmes, dont le plus important : l’anorexie.

Plutôt que de jouer la carte moralisatrice, Marianne Stern a préféré nous montrer comment une adolescente vis son rapport au corps et à cette maladie, jusqu’au déclic où elle admet qu’elle a un problème et besoin d’aide. J’ai trouvé que c’était très bien amené, car le fait de se glisser dans la peau du personnage nous rendait plus lucide sur l’anorexie et plus empathique envers les gens qui en sont touchés.

Tous les éléments de la dégradation physique de l’adolescente apparaissent, comme des signes avant-coureur de sa chute lente : maigreur, mais aussi perte des cheveux, absence de sommeil, déchaussement des dents, vertiges, manque d’énergie, maux de ventre après absorption de nourriture, sentiment perpétuel d’être laide ou inexistante, mutilations, absence de règles… Rien ne nous est épargné mais en même temps, on apprend beaucoup sur comment l’adolescente vit cette maladie.

Elle ne veut pas se soigner par peur d’être catégorisée de folle, internée dans un hôpital et gavée de nourriture par des médecins et au lieu de chercher de l’aide, elle s’enfonce de plus en plus dans des comportements à risques.

Autour d’elle, on suit également comment son entourage réagit à son attitude, ce qui donne une palette complète des émotions humaines : la grand-mère lucide sur la maladie mais moralisatrice, la mère qui ignore le problème, les amis qui essaient d’aider mais sans brusquer les choses et dans la limite de leurs capacités, le personnel de maison qui reste indifférent ou s’implique trop, les profs qui ont conscience du problème sans trop savoir comment l’aborder…

Par dessus-tout, on comprend que cette maladie déclenchée chez la jeune fille est un condensé de plusieurs de ses problèmes et que ce n’est pas uniquement lié à son poids : absence du père, harcèlement scolaire, absence d’éducation de sa mère, solitude, peur de ne pas être aimée… De ce fait, Marianne Stern élargit le propos et nous montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une maladie liée à l’image que l’on a de soi.

Sans vouloir spoiler la fin, apprenez qu’elle apporte une solution plutôt fine et bien menée à Apolline, mais aussi aux jeunes lecteurs qui pourraient avoir le même problème.

En conclusion : Un roman young adult décoiffant, avec une héroïne au caractère bien trempé faisant face à de nombreux problèmes dont l’anorexie, mais dont la présentation est fine et empathique. Un vrai coup de coeur de lecture sur fond de musique Heavy metal !

 

 

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Les brumes de Cendrelune (T1), Georgia Caldera, éditions J’ai Lu Fantasy

J’ai lu Georgia Caldera par obligation, en tant que jurée du PLIB 2020, car le roman est dans les 5 finalistes. Je ne connaissais pas l’auteure, et ce fut une belle découverte. Laissez-moi vous emmener dans un monde désolé où les dieux sont rois, et les hommes privés de toute liberté…

Résumé : Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes et condamnent toute envie de dissidence. Céphise, 17 ans, rêve pourtant de détruire l’Empereur-Dieu qui a fait voler sa vie en éclats…

Mon avis : 

La religion comme règle de vie

Bienvenue à Cendrelune où rien ne pousse, tout nourriture est synthétique et la société est devenue une dictature sous couvert de religion. Les Dieux écoutent tout, s’insinuent dans vos pensées les plus secrètes, et mènent des purges hebdomadaires auprès des dissidents à venir pour éviter tout un soulèvement. Un petit air de Minority Report règne ici bas, sous des noms antiques et de la robotique magique…

Personne n’est libre de penser ce qu’il veut, personne n’est à l’abri, ce qui vous plonge dans un climat anxiogène dès le premier chapitre. Si l’opprobre est jeté sur votre famille, vous pouvez devenir un rapiécé : mi humain, mi-robot, avec des membres de métal intégrés pour vous contrôler encore plus. Si vous êtes un jeune garçon, le plus grand honneur pour votre famille est de devenir un soldat de la garde des dieux : une armure anonymisée par un numéroe habitée par une âme désincarnée…

Les Dieux apparaissent comme des êtres à chérir si vous tenez à la vie, avec des sacrifices de sang, mais aussi en érigeant les arts et la culture comme supérieurs à tout ce qui existe. De là à parler de nazisme, on n’est pas loin (voilà pour le point Godwin).

Georgia Caldera nous invite à entrer dans un univers mélangeant régime dictatorial, et religion fanatique avec des Dieux proches du Panthéon grec, et c’est plutôt réussi, même si cela fait froid dans le dos !

Dans cette aventure, nous suivrons deux personnages, comme deux faces opposées d’une même pièce : Céphise, paria chez les humains après avoir subi l’opprobre des Dieux, et Verlaine, le fils d’un Dieu, mais paria parmi les siens car demi-Dieu. Deux êtres que tout sépare et dont la rencontre va produire des étincelles…

Des personnages attachants

Outre un univers fort, les personnages de ce roman suscitent facilement l’empathie du lecteur, même si certains contribuent à faire appliquer son système. Georgia Caldera parvient avec intelligence à démontrer que rien n’est simple quand vous cherchez à survivre dans un univers cruel et que vos actions ne reflètent pas forcément votre identité.

Ainsi, chez les dieux, notre ami Verlaine, fils de Zeus et d’une humaine, est un garçon sensible et curieux de son côté humain, mais il est condamné à un rôle de bourreau du fait de ses pouvoirs destructeurs. Tandis que son frère Héphaïstos construit sans remords des armures et des membres de métal pour les parias humains, mais cherche en secret à faire évader Proserpine retenue prisonnière par Zeus pour des raisons mystérieuses, et à s’enfuir avec elle.

Du côté des humains, Céphise devenue une rapiécée suite à une purge, essaie de faire bonne figure auprès du culte, mais garde au fond d’elle une rancoeur éternelle envers ce système. Proche d’une Katniss de la série Hunger Games de Suzanne Collins,  elle va tenter de gagner sa liberté au fil du roman et sans le savoir, devenir un espoir pour ceux qui rêvent de liberté. Mais elle reste bien la seule à vouloir se soulever : 90% de la population continue de servir les dieux et leur dogme par peur ou par habitude. Le père de son meilleur ami par exemple, suit les préceptes des dieux à la lettre et voit d’un mauvais oeil l’influence que Céphise peut avoir auprès de son fils. A l’inverse, les plus désespérés comme les enfants des rues, orphelins après avoir perdu leurs parents lors d’une énième purge, sont motivés pour prendre part à la rébellion.

D’autres personnages, entrevus brièvement viennent compléter cette grande fresque : Lorien, un enfant des rues qui aura le courage de semer les premières graines de la rebellion ; Eldriss, une mystérieuse prêtresse des Cendres qui pousse le peuple à la révolte ; Eurydice, déesse fiancée à Verlaine désireuse d’être mère ; Halfdan, meilleur ami de Céphise et dont la mère a mystérieusement disparu; Rhadamante, déesse tortionnaire et très zélée dans son domaine… L’auteure sait en quelques mots nous dresser un portrait et nous indiquer par petites touches l’importance de ces personnages dans la suite du récit.

Je me suis surtout attachée aux personnages de Céphise et Verlaine au fur et à mesure du roman. Couple improbable en devenir, couple déjà en place dans un drôle d’univers parallèle… Leur relation passe de bourreau-victime à une possible histoire d’amour au fur et à mesure qu’ils découvrent une curieuse connexion les reliant mystérieusement. Chacun pense connaître la vérité sur le fonctionnement du monde, mais leur rencontre va bouleverser leurs convictions. Ce premier tome se termine sur un cliffangher haletant à leur sujet, sans tomber dans les stéréotypes du roman d’amour, ce qui est très intelligent.

Un premier tome d’introduction efficace

Un panthéon des Dieux vivant en autarcie et dont la seule préoccupation est le maintien de leur pouvoir, malgré un problème de stérilité pour perpétuer leur règne. Un Zeus tout puissant qui contrôle jusqu’aux pensées de ses enfants et adorateurs. Un mystérieux ordre de prêtresses des Cendres qui reparaît au moment où Céphise décide de se rebeller contre le système. Un bourreau qui souhaiterait ne plus exercer son pouvoir. Et surtout un peuple mi-fanatique, mi-effrayé, qui tente de vivre en respectant au mieux les rituels des Dieux…

Georgia Caldera nous fait découvrir un univers tout en distillant des informations mais en laissant aussi certaines questions en suspens, et c’est diaboliquement efficace ! Ainsi au terme de ce roman, nous resterons sur notre faim concernant l’origine des Dieux et du poison qui frappe la terre de cet univers, la disparition du fameux ordre des prêtresses des Cendres, et surtout si les hommes vont vraiment se rebeller face à leurs dieux.

En conclusion : Georgia Caldera signe ici un premier tome puissant pour cette série young adult mettant en lumière les dérives d’une société menée par une religion meurtrière et qui interroge sur la place du destin dans nos vies. On suivra avec plaisir ses héros au profil complexe et leur histoire d’amour en devenir, sur le tome suivant. 

 

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Les nocturnes, Tess Corsac, éditions Lynks

Coup de coeur non sélectionné dans les 5 finalistes du PLIB 2020, Les nocturnes nous emmène dans un pensionnat étrange dans lequel les élèves ignorent la raison de leur présence en ces lieux…

Résumé : 125 Rouges. 125 Verts. 250 amnésiques. Et combien de Nocturnes ? Nous avons cherché par tous les moyens à découvrir pourquoi nous étions enfermés ici. Si seulement nous avions su… Aurions-nous quand même été jusqu’au bout ? Nous avons cherché par tous les moyens à découvrir pourquoi nous étions enfermés ici. Si seulement nous avions su… Aurions-nous quand même été jusqu’au bout ? Un nom, un bloc, une couleur d’uniforme : Rouge ou Vert. Ce sont les seules informations dont disposent les deux-cent-cinquante pensionnaires de la Croix d’If, entrés dans l’institut sans le moindre souvenir et sans opportunité de sortir. Natt Käfig est un Rouge du bloc 3A. Il est le dernier à avoir vu Laura, une Verte, avant sa mystérieuse disparition. Il se fait approcher par un groupe d’élèves… Qui sont ces  » Nocturnes  » qui ont besoin de son aide et qui pensent que Laura avait découvert les raisons de leur présence dans l’institut ? Rouges et Verts vont devoir collaborer pour percer le secret de la Croix d’If et échapper à l’administration. Y parviendront-ils en apprenant qu’ils sont prisonniers pour des motifs différents ?

Mon avis :

Difficile de parler de ce roman sans en dévoiler trop. Aussi vous trouverez une section Spoilers en fin d’article après la conclusion. 😉

Une ambiance de pensionnat

Dès les premières lignes, Tess Corsac nous fait entrer dans le quotidien des élèves de la Croix d’If. A travers les yeux de Natt, nous découvrons le fonctionnement du pensionnat. L’atmosphère y est plutôt bon enfant au départ, malgré les gardiens et le couvre-feu. Les élèves sont répartis en deux couleurs, puis par blocs selon leur âge. Les enseignants maintiennent une opposition entre les deux équipes, même si les élèves n’en tiennent pas vraiment compte. Il y a un peu de Poudlard dans cette histoire.

Cependant, des élèves, les Nocturnes, se réunissent en secret la nuit tels des Disparus de Saint-Agil ou des membres du Cercle des poètes disparus. Mais ce n’est pas pour l’amour de la poésie qu’ils bravent le froid : ils fomentent une rébellion envers ce système qui les maintient captifs.

On sent que derrière les cours, les entraînements, les séances de thérapie, ces élèves ne sont pas là pour rien. Leurs enseignants et le personnel médical leur promettent un retour à la vie normale, mais… chose étrange, les élèves ne se souviennent pas de leur vie avant l’entrée au pensionnat. Et quand ils se rebellent un peu trop, ils sont emmenés au Sous-Sol, lieu obscur où leur mémoire est effacée. Une ambiance particulière qui rappelle le livre de Kazuo Ishiguro : Auprès de moi toujours, à la différence près que l’écrivain britannique décrit des personnages conscients de leur présence dans ce pensionnat. Ce n’est pas le cas de Natt et des autres Nocturnes déterminés à le découvrir.

Une intrigue digne d’un thriller

Natt va mener l’enquête sur la disparition de Laura malgré lui au départ, puis de façon plus déterminée suite à sa rencontre avec une fille nommée La Chouette. Elle est la leader des Nocturnes et n’a pas de nom. De fil en aiguille, le mystère du pensionnat sera résolu en 40 pages. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Elle ne fait que débuter.

Que faire de ce secret ? Comment le recevoir soi-même ? Comment les autres vont-ils le recevoir ? Mille questions se posent aux Nocturnes d’autant qu’une taupe est peut-être parmi eux, à travailler pour les psychiatres qui les ont enfermés. Même Natt est suspect…

Rythmé par un suspense haletant, le récit va basculer brutalement du pensionnat sympa aux Hunger Games. On ne sait plus qui croire. On ne sait pas qui l’on est. Il faudra du courage et de la ténacité pour sortir plus ou moins indemne de cette expérience, si jamais il y en a la possibilité…

Tess Corsac réussit le tour de force de nous tenir en haleine sur le devenir des personnages et leurs actions suite à la découverte du Secret. Une vraie prouesse !

Une expérience en poupées russes

Le point de vue de Natt prédomine le récit, à travers ce dont il se souvient, ou semble se souvenir, ce qui rend la narration cotonneuse, comme sa mémoire et celle des autres élèves. Cela induit chez le lecteur une forme de méfiance envers lui dès le départ, et ce, malgré la bonne foi du personnage qui ignore tout de son identité.

Vers la moitié du roman, l’auteur alterne passages narratifs et extraits des dossiers médicaux des élèves. Cela va rendre le lecteur à la fois voyeur, juge des actions des personnages et le place dans la position des médecins qui les ont étudiés. Le lecteur devient donc celui qui observe cette expérience dans son ensemble, comme une mise en abyme du récit. C’est une situation quelque peu inconfortable et qui pourra déranger certains, mais sacrément ingénieuse de l’auteure.

En conclusion : Un roman Young adult digne d’un vrai thriller, qui m’aura fait réfléchir sur l’éthique, la science et l’origine de la violence. Un vrai coup de coeur sur fond de pensionnat.

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Criminalité et éthique (SPOILERS)

Un sujet que je n’ai pas abordé dans les paragraphes précédents pour ne rien saborder est la question de la criminalité et de l’éthique.

Le sujet traité par Tess Corsac est la violence dans son ensemble mais surtout la capacité humaine à devenir un criminel. Dans ce roman, les uns sont des victimes, les autres sont des délinquants ayant commis un meurtre non prémédité. Toute l’expérience repose sur l’idée qu’il est possible de rendre les faibles plus forts et les forts plus responsables. Mais dans l’ensemble, ce sont tous des ados paumés.

Cependant, l’expérience tourne court au vu des différentes réactions des élèves face à la nouvelle : peur de côtoyer un meurtrier, peur d’être un meurtrier, culpabilité de connaître son histoire et ce qu’elle a engendré… Certains sombrent dans la folie, le suicide. D’autres ne souhaitent rien savoir, d’autres encore sont dans le déni.

Certes, l’expérience est condamnable au niveau éthique, mais elle révèle aussi beaucoup du genre humain : on peut passer de victime à agresseur par exemple, comme Léo. Derrière, il y a la question du passif-agressif, une autre forme de violence plus sournoise.

Mais il est surtout question de savoir comment on envisage son avenir au vu de ses actions passées. Comment faire face à la culpabilité de ses actes et vivre une vie normale quand on a été agresseur ? Et comment cesser d’être une victime pour les autres ?

Face à l’opposition entre les groupes, la lutte pour sa survie révèle les vraies personnalités des élèves, en dehors de leur passé, ou peut-être à cause de leur passé.

A travers ses personnages percutants et cette expérience scientifique effroyable, Tess Corsac nous offre une véritable leçon de réflexion qui s’étend au-delà de la fiction.

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L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Une réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.

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Le passageur, Andoryss, éditions Lynks

Achat imprévu lors des Imaginales 2019, j’ai été attirée par la couverture du Passageur similaire à celle de Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs. Puis, après avoir entendu son auteure en conférence parler du rôle de ses recherches historiques sur Paris dans son écriture, j’ai été tout à fait convaincue. Si vous êtes adepte de fantômes, de dons inexpliqués et de voyages temporels, venez prendre place auprès du passageur ! Mais attention, ce sera à vos risques et périls, car son don est dangereux !

Résumé : Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

Mon avis : 

Une ode à la discrimination pas larmoyante

En voilà un personnage principal malmené ! Mattéo est un adolescent membre d’une famille Rom sédentarisée en banlieue parisienne. Il ne trouve sa place nulle part :  ni à l’école car il est brimé par ses camarades, ni dans la communauté gitane du fait de sa sédentarisation, ni dans sa propre famille où ses rapports avec son père se sont détériorés suite au décès de sa mère et de sa sœur.

Élevé par son grand frère Diego, il lui arrive de passer la nuit dehors quand son père est à la maison et de se faire raquetter au petit matin par des camarades racistes.

La maladie respiratoire dont il a réchappé (au contraire de sa mère et sa soeur), lui a laissé des séquelles physiques qui l’empêchent de courir correctement sans faire l’objet de crises d’asthme violentes.

L’arrivée de son don, hérité de sa mère, va lui compliquer encore plus la vie : seules les femmes sont des passageuses dans la communauté gitane, et la vieille Inma ne veut pas l’aider à maîtriser son don. Un don qui peut lui apporter la folie sur le long terme…

A travers ce personnage, Andoryss nous met face à un drame social concernant la société d’aujourd’hui, réticente à intégrer les gens du voyage ou peu regardante sur l’avenir des jeunes de banlieue. Matéo le dit lui même : il a peur du futur et se demande à quel moment la limite sera franchie entre sa vie et celle des sdf qu’il croise lors de ses nuits dehors.

Mais c’est aussi une réflexion concernant un héritage que l’on n’a pas souhaité et qu’il faut apprivoiser. Ce don d’accompagner les morts n’ayant pu trouver le repos est une contrainte qui aurait dû être légué à sa petite soeur. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas et les voyages dans le temps demanderont courage, détermination et recherches historiques de la part du jeune garçon, afin de mener à bien sa tâche.

En cela, le livre se rapproche d’un roman d’apprentissage, d’autant que Matéo est dans sa période d’adolescence, âge ingrat rempli de questionnements et de changement du corps. Voir les morts et les aider va l’amener à se découvrir des qualités qu’il ne soupçonnait pas, faire le deuil de sa mère et sa soeur, et lui redonner confiance en l’avenir.

Je trouve que sans être larmoyante, l’intrigue aborde de manière juste ces faits de société et met en valeur le courage de Matéo qui se bat malgré ses doutes et le drame familial dans lequel il évolue.

Une plongée dans l’Histoire (et la géographie) de la Commune

Dans ce premier tome, notre passageur découvre ses pouvoirs, comment les utiliser et nous emmène avec lui à Paris sous La Commune.

Du conflit, l’auteure ne nous épargne aucun détail : les morts sanglantes, le danger des combats, les odeurs des corps brûlés, l’espoir des révoltés, l’absurdité d’une lutte déjà perdue.

Matéo nous plonge au coeur de l’action, utilisant des déguisements pour mieux coller à l’époque, et nous faisant réaliser des allers-retours intéressants entre le passé et le présent dans la géographie parisienne.

On sent qu’Andoryss s’est beaucoup documentée sur les lieux des combats comme le cimetière du Père Lachaise, et pour celui qui connaît Paris, vous pouvez tout à fait réaliser une visite touristique  à travers la lecture de ce livre.

Petit détail supplémentaire qui rend le voyage réaliste : elle utilise du vocabulaire rom et explique certaines coutumes de ce peuple ostracisé, à travers les visites de Matéo à sa famille nomade et aux roms qu’il rencontre dans le passé. Le titre du roman, Le coq et l’enfant, fait référence au médaillon rom de Matéo, symbolisant un coq et censé le protéger de la Dévoreuse (ou Tushal odji).

Un roman fantastique très bien construit

Outre son côté roman d’apprentissage, l’histoire alterne le quotidien du passageur avec ses visions de fantômes, et ses retours dans le passé. De ce fait, nous apprenons avec lui à apprivoiser ce don… et cela est très compliqué et effrayant.

Le personnage de la Dévoreuse, présente à chaque pas, et pouvant à tout moment emporter Matéo provoque une sorte d’angoisse latente pendant la lecture. Elle m’a fait faire bien des cauchemars et je me suis demandée à plusieurs reprises si nous allions nous en sortir ! Un livre à ne pas lire la nuit, si vous croyez un peu aux fantômes !

De multiples rebondissements, jusqu’à la fin du roman ajoutent encore plus de suspense à cette intrigue déjà bien ficelée. J’ai hâte de lire le second tome pour voir comment Matéo réussit à vivre normalement avec son don. Car ce n’est pas un super héros, juste un garçon ordinaire et cela est d’autant plus intéressant car cela le rend plus proche de nous.

En conclusion : Un roman fantastique très réussi, mené par un héros discriminé, qui vous fera voir Paris et la communauté gitane autrement, tout en vous faisant faire de bons cauchemars !

 

Publié dans Lectures

L’apprentie Faucheuse, Justine Robin, édition Le Héron d’Argent (Tome 1)

Dans le top 20 des sélectionnés du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse m’avait tapé dans l’oeil pour son intrigue et son côté espiègle. Je l’ai donc lue dans le cadre de l’Epreuve des Stratèges pour valider la catégorie « C’est la fin ! » et son personnage de la Mort. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé : « Aujourd’hui, je suis morte. » Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d’hiver de l’année 1850, un homme la précipite dans la mort. Elle renaît alors sous les traits de Red Death, l’une des sept petites faucheuses. Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure ! Pourtant, elle n’a pas choisi l’Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n’est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l’éternité… Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?

Mon avis :

Un univers captivant mais pas morbide autour du thème de la Mort

Quand j’ai débuté ce livre, de nombreuses références de séries télévisées me sont venues à l’esprit car elles me rappelaient l’intrigue principale.

Dead like me, tout d’abord, pour son humour grinçant et le regard désabusé des agents de la mort sur les humains. Ghostbuster et Buffy contre les vampires, avec une Amélia  badass, armée d’une faux à fantômes semblable à un aspirateur à spectres. Enfin, concernant l’organisation bureaucratique du siège de la Mort et ses scripteurs, j’ai cru revoir la série brésilienne Personne ne regarde (même si techniquement la série parle d’anges gardiens).

Passé ce tourbillon de références liés à la Grande Faucheuse sur petit écran (et là je réalise que j’en regarde vraiment beaucoup…), j’ai découvert un univers très riche autour de la Mort avec le roman de Justine Robin.

Ceci est lié à trois facteurs : la manière dont elle présente l’organisation de la Mort, l’explication sur la hiérarchie des âmes par Amélia et la réutilisation de multiples références au trépas dans différentes cultures.

Pour décortiquer un peu le fonctionnement de cette bureaucratie de la Mort, il s’agit d’un système pyramidal où chacun joue un rôle bien précis.

Au sommet, la Mort et ses frères, les cavaliers de l’Apocalypse (Peste, Guerre et Pestilence), accompagnés des nouveaux maux humains (ex : Crise, Pollution…). A ce sujet, l’auteur a su adapter les apocalypses aux nouveaux problèmes de notre époque et c’est très bien vu.

Viennent ensuite la Grande Faucheuse, gardienne de la faux de la Mort, qui mène les Petites Faucheuses en mission, pour récupérer des âmes égarées précises (criminels, suicidés, victimes innocentes…).

Ces Petites Faucheuses sont accompagnées d’un familier qu’elles ont choisi, afin de les aider dans leur travail : un Ankou. Il s’agit d’un humain ressuscité, asservi par un collier, et ayant la possibilité de prendre forme animale. La compétition est présente entre les Petites Faucheuses car celle qui récupère le plus d’âmes tous les 150 ans gagne un prix…puis remplace la Grande Faucheuse si elle enchaîne trois victoires successives.

L’ensemble de ce petit monde est régi par une bureaucratie, les scripteurs, qui leurs donnent les coordonnées des âmes à récupérer et le matériel de mission dont elles ont besoin. Cela ajoute un petit côté ridicule à l’organisation qui m’a beaucoup amusée.

Amélia nous détaille tout au long de l’histoire les différentes d’âmes qui existent, en  fonction de leur dangerosité, à la manière d’un Ghostbuster : tout d’abord les ectoplasmes ou Yûrei peu dangereux, puis les esprits frappeurs, les fantômes, et les plus dangereux, les Hantises… Un cours amusant sur ces êtres éthérés et leurs capacités d’attaque, qui ne vont ajouter du piquant aux rebondissements de l’intrigue principale.

Entre les aventures et l’explication des règles qui régissent ce monde, l’auteure glisse de temps en temps des références à la Mort issue de différentes cultures, enrichissant ainsi cet univers. Ainsi la réutilisation de l’Ankou, figure de la Mort Bretonne est mise à jour façon XXIème siècle : d’un vieillard avec une charrette, on passe à un jeune homme beau gosse à collier. Plus tard dans le récit, on évoquera El Dia de Los Muertos, le jour des morts au Mexique et ses origines réinventées, avec la figure féminine de la Mort et son aspect joyeux, etc…

Red Death et Black Rain : Je t’aime… moi non plus.

Passé les deux premiers chapitres, on se rend vite compte qu’ Amélia et Rain, les deux personnages principaux,  forment une sorte de couple déguisé sous couvert de leur relation Petite Faucheuse – Ankou.

Ils passent leur temps à se chamailler, comme un jeu de séduction un peu morbide. En effet, Rain est celui qui a assassiné Amélia et elle a choisi de lui faire payer son trépas en l’asservissant.

Cela occasionne des scène parfois drôles, parfois agaçantes, parfois à la limite d’une relation sado-masochiste…car Rain porte un collier contrôlé par Amélia qui lui occasionne des brûlures quand il n’obéit pas à ses ordres.

On comprend que leur relation n’est pas simple avec ce point de départ quelque peu biaisé. Cependant, on sent qu’ils tiennent à l’autre malgré tout.

J’ai personnellement peu apprécié cette relation pseudo-amoureuse, car je l’ai trouvée un peu cliché. Je vois bien venir l’idée qu’ils vont se mettre vraiment ensemble dans  le deuxième tome ou que l’un des deux va se sacrifier pour l’autre, révélant alors ses sentiments. Mais cela pourra plaire à certaines lectrices amatrice de ce genre de couple en littérature. N’oublions pas qu’il s’agit d’un roman Young Adult, où parfois ce type de relation torturée est présente.

Un roman court mais généreux en rebondissements

Le roman fait 284 pages… mais que d’aventures !

Alternant les points de vue entre Amélia et Rain, ce qui nous permet de voir une même situation sous plusieurs angles, l’histoire débute par l’arrivée d’Amélia dans le monde des Petites Faucheuses.

Comme je le disais au début de ma chronique, on découvre le fonctionnement du système de la Mort comme dans tout bon premier tome, mais après cela se corse…

Entre la compétition entre les Petites Faucheuses, les relations tendues entre Amélia et Rain, les missions enchaînées, on ne sait plus où donner de la tête… jusqu’à un événement majeur qui remet en cause ce système bien huilé.

Sans vouloir en dévoiler plus, je dirais que Rouge Sang et Noir Corbeau est un très bon tome d’exposition, qui fait plus que nous faire découvrir l’univers de Justine Robin. Il nous fait entrer directement dans l’action et nous invite à découvrir le second tome afin de résoudre toute cette histoire.

En conclusion : Justine Robin réussit ce tour de force incroyable de parler de la Mort avec humour et sensibilité,  sans tomber dans le morbide, à travers un univers riche et captivant. L’apprentie Faucheuse est un très bon roman Young Adult, riche en rebondissements qui ravira les amatrices de relations amoureuses complexes, tout comme les fans d’héroïnes au destin peu ordinaire.

Tu as envie d’en savoir plus sur l’Epreuve des Stratèges et de lire mes autres chroniques sur les livres lus pour ce challenge lecture ? Va dans la rubrique Lecture avec le Hashtag #Epreuvedesstratèges ou retourne sur mon article de jurée du PLIB #3 qui évoque ce défi. 😉