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7 questions à Grégoire Laroque sur Zilwa, Les Trois rites

Suite à la lecture du premier tome de Zilwa, intitulé Les trois rites, j’ai tellement aimé l’intrigue que je n’ai pas pu m’empêcher d’interroger son auteur sur cette histoire qui se déroule sur une île tropicale. L’occasion d’en savoir plus sur sa réalisation et peut-être de glaner des éléments sur le tome 2…

Amélia : Bonjour Grégoire, dans le préambule de ton roman, tu le définis  comme appartenant à la Kreol Fantasy, peux-tu m’en dire plus sur le sujet ? Est-ce un terme que tu as imaginé par exemple ou cela existe-t-il déjà ?

Grégroire Laroque : J’ai inventé le terme car je trouve qu’il collait bien à ce que j’écrivais. Quand on pense à la fantasy, on s’imagine des décors écossais ou irlandais, avec d’immenses prairies vertes, de vieilles forêts, des châteaux médiévaux… Je voulais sortir de cet esprit et faire évoluer mes personnages sur une île tropicale, avec des grandes plages de sable blanc, des jungles luxuriantes, un lagon turquoise… Tout en gardant le thème de l’épopée (qui est légion dans la Fantasy).

Amélia :  Quelles ont été tes inspirations pour l’écriture de ce premier roman ? Tu évoques tes voyages en préambule, est-ce qu’il y a des auteurs qui t’ont marqués par exemple ? J’ai senti l’influence de J.K.Rowling dans ton trio de personnages principaux mais je me trompe peut-être…
Grégoire Laroque : Mes principales sources d’inspirations sont Tolkien et Zola. Les deux n’ont rien à voir, mais j’admire leur écriture. Pour le premier, j’ai clairement été frappé par l’imagination et l’univers qu’il a créé. Pour le second, la précision des mots et des descriptions qui habillaient parfaitement l’histoire. Puis, bien évidemment, beaucoup d’autres auteurs (même si je dois admettre que les deux que j’ai cités sont mes évidences).
Amélia : Les îles tropicales sont très présentes dans ton récit avec l’évocation de la faune et de la flore. T’es-tu inspiré d’une île réelle ?
Grégoire Laroque : Bien sûr ! J’ai écrit ce roman à l’Île Maurice où j’ai vécu pendant 4-5 ans. Je me suis également inspiré de l’Île de Pâques, de l’Île de la Réunion, Madagascar…Toutes les îles dans lesquelles j’ai eu l’occasion de voyager !
Amélia : Comment est né ce livre ? Tu es jeune auteur, cela était-il un projet de longue date ?
Grégoire Laroque : Je n’ai jamais songé à écrire quoi que ce soit ! Je dois cela à notre expatriation à l’Île Maurice, qui m’a tellement inspiré ! Ce n’est que plusieurs mois après notre arrivée qu’une idée à germé et que celle-ci a pris de plus en plus d’ampleur… Jusqu’à ce que l’évidence me saute aux yeux : il fallait que j’écrive cette histoire.
Amélia : Combien de tomes sont prévus ?
Grégoire Laroque : J’ai prévu une pentalogie, donc 5 tomes !
Amélia : Peux-tu me donner quelques éléments concernant les prochains tomes ? Est-ce que par exemple, Shivan va perdre un peu plus de sa naïveté ?
Grégoire Laroque : Shivan va en voir des vertes et des pas mûres, de même qu’Alynn et Bojun. Zilwa est non seulement une aventure avec des dangers et des défis, mais aussi une épopée personnelle pour se trouver. Dans la suite, des choix difficiles vont se poser, des personnages présents dans le premier tome vont être mis à nu, des machinations vont apparaître… Le tome 1 n’est qu’un préambule à tout ce que j’avais en tête !
Amélia : Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ? Est-ce parce que ton roman innove dans un genre nouveau par exemple, et qu’il ne correspond pas aux maisons d’édition classiques ?
Grégoire Laroque : J’ai choisi l’auto-éditions car je ne pense pas que mon livre rentrait réellement dans des cases. J’ai tout de même envoyé beaucoup de manuscrits aux maisons d’édition mais n’ai jamais eu de réponse. Il faut savoir que les maisons d’édition ne prennent que 0.9% des manuscrits qu’elles reçoivent, et le chiffre diminue quand c’est le premier livre. Je ne connaissais pas l’auto-édition et, en ayant creusé, je trouve que c’est un moyen fantastique de garder une liberté sur son ouvrage, créer des projets dans lesquels on se retrouve… Pour les prochains tomes, je ne me pose même pas la question : ce sera auto-édité !
Amélia : As-tu des conseils à donner aux jeunes auteurs qui passent par l’auto-édition ?
Grégoire Laroque : L’auto-édition, c’est beaucoup de travail. Il faut bien s’organiser et ne pas avoir froid aux yeux pour communique suffisamment et correctement sur tous les réseaux (digitaux et physiques) qui sont à notre disposition, être inventif, aller à la rencontre de potentiels lecteurs… Si vous vous sentez à la hauteur de ce challenge, foncez car ce n’est que du bonheur.
Au sujet de la communication autour de son premier roman, je vous invite à lire l’excellent article de l’auteur intitulé :
Je remercie chaleureusement Grégoire qui a pris le temps de répondre à mes questions. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur son roman, vous pouvez retrouver ma chronique sur son premier tome : Zilwa, Les trois rites, rubrique Lecture.
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Zilwa tome 1 – Les Trois rites, Grégoire Laroque, Auto-édition

Rendez-vous dans une île paradisiaque pour finir l’été, avec sa religion bien ancrée et surtout un rite initiatique destiné à désigner le nouveau protecteur. Un joli roman d’apprentissage aux accents exotiques qui m’a fait voyager mais aussi trembler aux côtés des héros décidés à gagner cette course contre la montre.

Résumé : Zilwa Naboo, protecteur sacré de l’île de Welling, meurt subitement, dans d’étranges circonstances. Comme le veut la tradition, son successeur sera le vainqueur d’une série d’épreuves, les Trois Rites, regroupant les jeunes hommes et femmes entre vingt et vingt-cinq ans. Shivan, épaulé par ses amis d’enfance, Alynn et Bojun, participe à cet incroyable défi à travers mer, jungle et montagne. Ensemble, ils devront faire face aux pires trahisons, aux combats les plus spectaculaires, à la perte de proches et à une machination qui les dépasse tous.

Mon avis :

Je ne lis pas souvent de romans auto-édités car j’ai eu des expériences malheureuses dans le passé avec ces ouvrages : illustration de couverture peu flatteuse, récit criblé de fautes d’orthographe ou à la syntaxe défaillante, intrigue bancale…

Aussi, quand Grégoire m’a proposé son roman en service presse, j’ai un peu hésité. A la fois parce que j’accepte peu de service presse mais aussi à cause de ce statut d’auto-édition. Cependant, comme l’illustration de couverture était chatoyante et l’intrigue peu commune,  je me suis laissée tenter. Bien m’en a pris ! Son roman n’a rien des défauts qui peuvent apparaître en auto-édition. Au contraire, il est d’une très grande qualité et on sent qu’il prend un soin particulier autant à son récit qu’à la forme. Voici donc mon retour sur la lecture de son livre. En espérant qu’il vous plaise autant qu’à moi. 🙂

Welling, sa communauté, sa religion, ses rites ancestraux

L’histoire nous emmène sur un archipel d’îles tropicales peu communes, où une religion associée à 5 Dieux est prédominante. Ces 5 Dieux, peut-être humains (?), auraient apporté la civilisation sur l’île avec des techniques d’agriculture ou de construction afin de la faire prospérer, écrasant ainsi la religion païenne d’origine.

Un Zilwa (ou protecteur d’île) est garant du maintien de l’ordre, et d’une catastrophe mystérieuse liée à des pierres de pouvoir sur l’ensemble de l’archipel. Il  réside dans un palais, protégé par une milice dans lequel les habitants ne peuvent entrer. Il est aidé dans sa tâche d’un chaman aux pouvoirs magiques et d’un chef de sécurité.

Mais l’on sent dès les premiers chapitres que le Zilwa en place, Naboo se sent un peu prisonnier de son palais doré et surtout très seul depuis le décès de sa femme. Son chaman et son chef de la sécurité n’arrivent pas à lui remonter le moral. Son décès va engendrer une série d’épreuves pour désigner le nouveau protecteur.

Dans cette société, le Zilwa est désigné suite à une série de trois rites assez durs, souvent mortels, auxquels vont participer des concurrents venant des deux villages principaux de l’archipel : Norile (au nord) et Sudile (au Sud). Au fil de l’histoire, les rites laissent apercevoir une forme d’inégalité entre les villages avec une richesse plus marquée au Nord. Ils attisent également une rivalité marquée entre les villageois, qui pour la majorité, n’ont jamais quitté leur partie de l’île.

Nos trois héros principaux vont ainsi participer à ces rites, aux allures d’Hunger Games . Il s’agit de Shivan orphelin élevé par son grand-père, Bojun un jovial ami pas très sportif et Alynn, une piqueuse d’ourites (= une pêcheuse avec statut de célibataire imposé).

Au fil de l’histoire, ils vont devoir se serrer les coudes pour réussir les épreuves, même si un seul sera désigné Zilwa. Ils feront face à de sérieux concurrents comme Vern et sa bande, entraînés dès l’enfance à ces épreuves, et de nature impitoyable. Car oui, il y aura des morts, des blessés et des situations assez catastrophiques pour nos trois amis dans ce roman !

Un roman de Kreol Fantasy young adult

Grégoire Laroque invente un genre inédit avec son roman : le Kreol Fantasy. C’est ce qui m’a attirée le plus dans sa lecture. Sortant des sentiers battus de ce genre un peu éclusé, il apporte une touche d’originalité en proposant une aventure à mi-chemin entre un roman d’apprentissage et un voyage sur des terres tropicales.

A l’image de la couverture chaleureuse et colorée, nous nous promènerons tels des Hobbits sur une île inconnue avec Shivan qui n’a jusque là jamais quitté Sudile et ignore tout du reste de l’archipel. Il nous fera découvrir des fruits exotiques, des fleurs aux odeurs envoûtantes, des paysages paradisiaques… mais aussi les dangers de cette île à travers ses rencontres et différentes épreuves du rite.

Au fil de l’histoire, nos héros grandiront et trouveront la force nécessaire pour affronter leurs adversaires. Chacun affublé d’un pouvoir le temps de la sélection, ils évolueront de manière positive, devenant ainsi des adultes à part entière. Ainsi, Shivan perdra un peu de sa naïveté, Bojun deviendra plus courageux et sportif, Alynn plus féministe et plus déterminée que jamais à changer la condition des Piqueuses d’ourites.

Que serait un récit de fantasy sans un antagoniste ? Ici, l’auteur joue dans la subtilité en nous présentant au premier plan un concurrent assez implacable : Vern, la version grosse brute de Drago Malefoy (cf Harry Potter). Déterminé à gagner, il utilisera tous les moyens à sa disposition, même les plus affreux pour gagner le titre de Zilwa. Mais derrière cette apparente brutalité, on découvrira une forme de fragilité en fin de roman, preuve que les méchants ne naissent pas tels quels, ils se construisent. Au second plan, un autre antagoniste agira dans l’ombre, autour d’une machination qui dépasse les trois rites…

Ce premier tome initie parfaitement la série à suivre et nous donne envie de découvrir le complot sous-jacent aux trois rites, mais aussi l’origine des dieux sur l’île, ou encore le maintien de certaines traditions comme le statut de célibataire des Piqueuses. Bref, vivement le tome 2 !

Derrière l’histoire, des sujets sérieux

Derrière son récit d’aventure, Grégoire Laroque aborde en filigramme des thématiques fortes aux accents actuels.

Ainsi, il évoque une société patriarcale, où l’égalité homme-femmes est inexistante avec les Piqueuses d’ourites, et les personnages d’Alynn et de Melen. Obligées de choisir entre une vie d’épouse ou une vie de célibataire mise au ban de la société dont les enfants seront discriminés, les femmes n’ont pas vraiment leur mot à dire sur Welling. Quant à concourir pour le titre de Zilwa, il leur est possible de participer aux trois rites mais elles intégreront la garde du Palais. Aucun Zilwa ne peut être une femme. L’histoire de Melen et de la piqueuse non soignée à temps car le médecin méprise son statut est édifiante. On ne peut qu’encourager Alynn qui accompagne Shivan dans les trois épreuves et qui fait preuve de plus de volonté que lui alors qu’elle est plus souvent blessée.

Par ailleurs, les habitants qui ne se plient à la religion des 5 dieux ont aussi leur lot de discriminations de la part du Zilwa et du chaman. Vénérant les anciens dieux de l’île, ils sont considérés comme des hérétiques et sont par conséquent bannis ou punis de manière atroce. Transformés en phasmes, des créatures mi-homme, mi-arbre, ils sont condamnés à se nourrir d’être humains qu’ils capturent en dégageant des odeurs appétissantes de fruits. Quant au reste de la tribu, il  se cache pour éviter des représailles. Sur ce sujet, on se rapproche de conflits bien ancrés dans notre réalité comme les conversions forcées ou la persécution d’une religion face à l’arrivée d’une nouvelle et les génocides que cela occasionne.

Enfin, la mort est très présente dans ce premier tome et surtout le deuil. Faire face au deuil des êtres chers apparaît comme un sujet majeur qu’il n’est pas facile d’aborder dans un roman Young Adult. Pourtant, dans ce récit, cela semble être un mal nécessaire pour aborder la vie avec sérénité. Parler aux morts permet également d’apprendre de leurs erreurs et c’est ce que comprendra un des protagonistes. L’auteur est assez doué pour aborder ce sujet avec subtilité et faire de la douleur une force pour faire grandir ses personnages. Une belle leçon de vie.

En conclusion : Grégoire Laroque nous offre un premier tome prometteur de Kreol Fantasy autour d’une aventure initiatique avec des personnages forts et une intrigue aux ramifications mystérieuses. Un très bon moment de lecture qui vous fera voyager sur des îles tropicales paradisiaques, où l’éveil des sens est plus que jamais sollicité, mais où la mort vous attend à chaque tournant de cocotier. Une série à suivre de toute urgence !

 

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La fille qui tressait les nuages, Céline Chevet, éditions du Chat Noir

Grand gagnant du PLIB 2019, ce roman young adult a fait partie de ma sélection pour le Mini-Challenge de Noël du PLIB 2020, l’Epreuve des Stratèges, afin de valider la catégorie « Retour en arrière » du Menu Authentique. Fantastique, Japon et premiers émois adolescents sont à l’honneur dans cette enquête pour déterminer ce qui est arrivé à la petite soeur de Souichiro Sakai…

Résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, La Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis : 

Il a été difficile de réaliser cet article car je ne voulais pas vous dévoiler l’intrigue à travers mon analyse. Comme certains romans policiers, si vous connaissez le meurtrier, à quoi bon le lire ? Je me suis donc concentrée sur certains détails que j’ai apprécié pour vous apporter mon point de vue sur l’histoire. Cependant, mon besoin de questionner étant toujours là, j’ai réalisé une section spoiler en fin d’article que vous pourrez lire si vous le souhaitez. Elle sera signalée en amont pour éviter toute surprise. Bonne lecture !

Une plongée dans la culture japonaise… par une française !

Quand j’ai lu où se situait l’action du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire… Saitama est une région située au nord de Tokyo et éloignée de tout : mer, montagne… il n’y a absolument rien à y faire. Cela m’a fait penser au film absurde Fly me to the Saitama (si vous avez du temps à perdre), qui vous explique pourquoi c’est le coin des péquenots. Je ne sais pas si l’auteure connaît ce film, ou la réputation de la région, mais cela a joué sur ma lecture. En effet, j’y ai vu dans l’ennui profond des personnages vis à vis de leur vie quotidienne un clin d’oeil à cet endroit.

Passé ce détail, j’ai retrouvé dans ce roman une ambiance de roman japonais à travers les thèmes abordés.

Par exemple, dès les premiers chapitres est évoqué un problème de racisme très présent au Japon, avec le personnage de Julian : le racisme envers les hafu, les métis japonais. Ces derniers sont considérés comme des japonais pas terminés par les japonais pur souche. Pour un roman qui se voulait au départ traiter des émois amoureux et d’un mystère, j’ai trouvé cela très fort et très intéressant.

Le deuxième sujet important du livre est lié aux morts. Raison pour laquelle Céline Chevet nous emmène dans les temples, les cimetières, les marchands de voeux et d’amulettes, les rites de purification. Ainsi, nous nous immergeons dans la culture japonaise du deuil avec Julian, face au décès de son premier amour. La nouvelle lui a causé un tel choc qu’il a réagi comme certains japonais : par l’oubli pur et simple des circonstances de sa mort. Cela suscite le mystère et donc l’enquête. Le roman va traiter également de la manière dont les proches de Julian essaient de l’aider à traverser ce deuil : Akiko va mener l’enquête, Souichiro va lui demander de l’oublier pour le protéger, la mère de Julian va accepter son côté rêveur…

Quelques thèmes connus en littérature japonaise et notamment dans les mangas sont présents dans ce roman, comme la relation interdite élève-professeur, la prédominance des chats, ou la fille invisible. Concernant ce dernier point, j’ai remarqué qu’Akiko incarnait la fille effacée par excellence, que l’on retrouve dans le film Le Royaume des Chats des Studios Ghibli. Cela pourrait faire référence au fait que le Japon est un pays qui ne prône pas l’individualité, mais le collectif au service du bien commun. Ceci dit, l’auteure va plus loin en conférant à ce personnage un statut proche du fantôme.

On sent dans tous les cas que Céline Chevet est fan du Japon et qu’elle nous invite à l’aimer nous aussi.

Les premiers émois adolescents vus par 4 ados différents

Le deuil et le mystère ne sont pas les seules problématiques abordées dans ce livre. Céline Chevet nous propose une étude de l’amour et du sexe à travers ses principaux protagonistes incarnant, chacun à leur manière, une manière d’aimer ou d’envisager les relations.

Il y a tout d’abord Akiko,  la jeune fille discrète, amoureuse de Julian mais qui n’ose pas lui dire. Elle est tellement timide qu’elle se fait oublier par tous et surtout Julian. Elle est vierge mais n’a pas de honte à aborder le sujet du sexe.

Julian incarne quant à lui le garçon fragile et rêveur, amoureux fou d’une morte. Il vit dans l’idéalisation de l’amour, sans son côté sexuel. Il est vierge et n’a toujours pas tourné la page de son amour perdu, malgré la présence d’Akiko et de Haru.

Souichiro est le garçon beau-gosse qui enchaîne les relations sexuelles avec des filles plus âgées sans s’attacher. Il souhaite une relation lui conciliant amour et sexe, ce qu’il va trouver mais à travers un amour interdit.

Enfin, Haru représente la jeune fille provocatrice, consciente de l’effet de son corps sur les garçons. Elle aimerait que Julian aille plus loin avec elle mais il s’y refuse. Elle est pourtant amoureuse de lui malgré ses provocations et moqueries.

Les relations amoureuses et sexuelles vont s’entremêler subtilement dans le récit avec le mystère de la soeur disparue, transformant l’histoire en récit d’initiation. Surmonter le deuil, c’est aussi vivre, se lier aux gens et donc aimer. Seul un personnage réussira le passage vers la vie adulte, mais ce ne sera pas sans heurts, car la transformation en adulte suppose l’abandon de ses illusions.

Un roman-enquête oscillant entre le rêve et le fantastique

L’histoire, semblable à un thriller est pleine de rebondissements. Quand on penserez avoir compris ce qu’il s’est passé, une petite phrase fera tout basculer et vous remettrez tout ce que vous aviez lu jusque là en perspective. L’auteure est très douée pour ménager son suspense.

Pour en arriver jusque là, il vous faudra suivre l’enquête vue à travers le regard de Akiko, Julian et Souichiro, qui chacun à leur manière, apporteront des éléments à l’enquête. Mais méfiez-vous !  Julian est rêveur, Akiko invisible, et Souichiro a des choses à cacher…

Des épisodes seront particulièrement difficiles à lire, faisant basculer le récit dans l’horreur. Si vous êtes une âme sensible, vous serez prévenu !

A côté du roman policier, quelques éléments viennent apporter une touche de poésie ou de fantastique à cette histoire.

J’ai noté la présence d’objets en apparence anodins, comme tirés des romans de Haruki Murakami, mais qui ont une importance : les morceaux de sucre collectionnés par Akiko, la pièce de 5 yens voyageuse de Souichiro, l’amulette de la soeur de Souichiro, Haru qui tresse des nuages avec ses baguettes… Ils apportent une touche incongrue, un je ne sais quoi au récit. Et jusqu’au bout, on ne sait pas pourquoi on s’y accroche, mais on y repense jusqu’à leur trouver parfois un lien, une connexion avec l’intrigue principale.

A côté de cela, les personnages ont tendance à exprimer leurs émotions par des couleurs, ce qui renforce ce côté poétique. La couverture du livre évoque parfaitement ces tonalités qui nous enveloppent, passées les premières pages.

Enfin, la fin du roman m’a laissée perplexe : et si tout ceci n’avait été qu’un rêve éveillé de l’un des personnages ? Cela a-t-il vraiment eu lieu ?

En conclusion : La fille qui tressait les nuages est un très bon roman à suspense qui m’a fait réfléchir sur la société japonaise, le deuil et les histoires d’amours. C’est aussi une histoire qui vous emmènera tantôt vers des chimères poétiques, tantôt vers des cauchemars effrayants.

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PARTIE SPOILERS ( A ne lire que si vous avez déjà lu le roman, pour étayer votre réflexion)

Je vais revenir sur deux points que je trouve formidables dans cette histoire, et cela en sera fini de cette article (enfin !).

Le fait que Akiko et Haru soient présentées en opposition par l’auteure est tout simplement génial car cela nous donne un indice subtil sur ce qu’est Haru réellement. Haru est un vrai fantôme, mais elle semble plus réelle aux yeux de Julian qu’Akiko. De son côté, Akiko est considérée par tous comme inexistante. Même sa famille l’oublie, c’est dire ! J’aurais dû voir venir qu’Haru était un fantôme mais je me suis laissée prendre à ce piège très ironique !

Pour terminer, je reste encore sur des suppositions concernant la fin de cette histoire. Julian a-t-il rêvé ce qui est arrivé ? Souichiro est-il vraiment à Paris ? Akiko est-elle décédée dans la maison de famille des Sakai (Julian l’aurait enfermé dans la cave). Le morceau de sucre au fond de la poche de Julian lui rappelle bien quelque chose…mais quoi ? On dirait qu’il a complètement oublié Akiko après avoir libéré l’esprit d’Haru. Restent des suppositions, comme dans Inception, avec la fameuse toupie qui tourne, tourne, tourne…sans que l’on sache si tout ceci était vrai ou non.

 

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

Couchers de soleil et Onigiri,

A. Chatterton

 

 

 

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L’appel du dragon, Jean-Luc Bizien, éditions ActuSF

Un dragon endormi, trois héros prêts à tout pour conquérir le trône et une intrigue dans la tradition des « Livres dont vous êtes le héros » tel est le sujet du dernier roman jeunesse de Jean-Luc Bizien.

Résumé : 

Tome 1 : L’Empereur-Mage se fait vieux. Il faut sans tarder préparer la relève et trouver les héros capables de repousser les forces des Ténèbres qui menacent la cité de Selenae. Kaylan, le jeune paysan, Sheelba la belle magicienne et Shaar-Lun, l’intrigant voleur ont décidé de tenter leur chance. Hélas pour eux, les épreuves sont effroyables. On raconte qu’aucun des derniers candidats n’est ressorti des souterrains de la ville. Pour devenir l’Élu, il faut triompher de redoutables épreuves et affronter ses peurs les plus secrètes.L’un d’eux parviendra-t-il à se hisser sur le trône et à empêcher le réveil du monstre qui sommeille dans les profondeurs de la terre ?

Tome 2 : Kaylan et Sheelba règnent sur Selenae. Et voici que naît leur premier enfant. Mais le sol bouge. Le Dragon est-il en train de se réveiller ?
Shaar-Lun, leur ancien ami, se serait-il fait complice des forces des Ténèbres ? Pour sauver Selenae, son épouse et son fils, le jeune empereur n’a pas le choix : il doit retourner dans la gueule du Titan…

Mon avis :

Un roman initiatique : quête et apprentissage du héros.

Ce roman (ou ces deux romans en un) regroupe tous les codes d’un roman initiatique : prophétie, initiation, épreuves, histoire d’amour, rebondissements, traîtrises, monstres et grands méchants, dénouement heureux…

Sheelba, Kaylan et Shaarlun se retrouvent embarqués dans une aventure pour devenir empereur, certains par défi, d’autres par contrainte et subiront des épreuves qui les feront grandir, devenir adultes et trouver un sens à leur vie.

Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement le genre étant donné qu’il est l’auteur de nombreux livres « dont vous êtes le héros » ainsi que des jeux de rôles et cela se ressent sur son écriture.

Cela a pour conséquences une très grande fluidité de lecture, de nombreuses scènes d’action, des rebondissements inattendus, mais aussi un manque de profondeur dans la construction des personnages qui sont plutôt stéréotypés : la mage, le chevalier, le voleur et poussent le lecteur à imaginer leurs sentiments, leur origines (surtout pour Sheelba)

Un triangle amoureux : Sheelba aime Kaylan et aussi Shaarlun. Qui va-t-elle choisir?

Tout le premier tome est consacré à l’élection du nouvel empereur à travers une série d’épreuves initiatiques dans les souterrains du dragon. Mais pas que !

Un triangle amoureux se dessine entre Kaylan le chevalier intrépide et irréfléchi, Sheelba l’apprentie magicienne timide et Shaarlun le voleur mystérieux.

La jalousie des garçons et l’indécision de Sheelba à choisir son favori va influer sur l’intrigue principale tout au long du récit et mènera parfois à des actions inattendues.

Cependant, ici tout reste bien chaste contrairement aux épreuves auxquelles sont confrontées les héros, qui sont elles à la limite du gore.

Le dragon, un personnage à part entière qui recèle encore bien des mystères…

Bien qu’évoqué en filigramme, le dragon tapis sous la ville de Selenae est un élément très important dans les deux tomes.

C’est dans ses galeries qu’évoluent les héros dans le premier tome. C’est en lui que va vivre Shaarlun dans le second tome, à en perdre son humanité.

Tout contact physique avec le dragon modifie les personnages : Kaylan vieillit prématurément, Shaarlun devient un démon, l’enfant de Sheelba revient transformé mystérieusement.

En cela, on peut comparer le dragon à une métaphore  du temps qui passe, aux évènements qui nous transforment, à la maturité peut-être ? Dans le second tome,  Kaylan évoque son évolution  : d’irréfléchi, il est devenu plus posé au contact de Sheelba.

Mais au delà de la métaphore, le dragon n’a pas livré tous ses secrets : le mage Arh’En’Dal évoque un réveil du dragon sous la ville et la destruction du monde. Mais il n’en dit pas encore assez à Kaylan sous prétexte qu’il n’est pas « prêt » et à nous aussi, par la même occasion.

Par ailleurs, le tome deux s’achève sur un élément de suspense autour du dragon et du bébé de Sheelba qui nous donne envie de lire la suite. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissement encore dans un troisième tome ?

En conclusion : Ce roman est idéal pour initier un adolescent à la Fantasy tant au niveau de l’intrigue que de la longueur de ses pages. Un adulte déjà connaisseur du genre passera un bon moment de lecture mais il sera peut-être en attente de plus d’épaisseur au niveau des personnages ou de l’intrigue.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur la suite de l’histoire, je vous invite à lire mon interview de l’auteur, dans ma rubrique Rencontre avec. 😉

Cet article a été préalable publié par mes soins sur le site Portdragon.fr