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Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.

 

 

 

 

 

 

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Bilan du challenge lecture « L’épreuve des Stratèges » avec le #PLIB2020 et la suite de mes aventures de jurée #4

Passé les vacances de Noël, j’ai voulu faire un point sur le mini-challenge auquel j’ai participé en lien avec le Prix littéraire de l’imaginaire Booktuber App (ou PLIB2020) et vous raconter la suite de mes aventures en tant que Juré PLIB 2020…

Un mini-challenge de 15 jours, c’est plutôt hardcore !

Une fois n’est pas coutume, j’ai encore été trop ambitieuse. Le challenge durait 15 jours, du 16 au 29 décembre 2019. Et, me croyant super forte, j’ai décidé de commencer à lire mes 5 livres sélectionnés… 4 jours après qu’il ait commencé !

Dans ma petite tête de procrastineuse,  je m’étais dit que j’avais le temps, vu qu’en plus, je restais chez moi pour les fêtes.

ERREUR FATALE ! Il faut toujours commencer un challenge dès le premier jour, sinon pour rattraper le retard, cela devient un readathlon !

Me voilà partie à lire mes deux premiers livres confiante, engloutissant chapitre après chapitre, comme de délicieuses pâtisseries. Au bout d’une semaine, j’ai eu un coup de mou et j’ai commencé à faire des siestes en journée. Bah oui, lire fatigue les yeux !

Arrive l’avant-dernier jour, et je me rends compte qu’il reste encore un livre à lire et ce n’est pas le plus simple : Les voiles de Frédégonde de Jean-Louis Fetjaine, un roman historique bien dense ! Je commence à regretter mon choix au vu du temps restant et je vais voir où en sont mes camarades Mages dans leur défi sur le Discord dédié à ce challenge.

Et là ! Miracle, survient une règle qui me sauve la mise : On peut valider son challenge si on a lu au moins 75% du dernier livre ! La lecture de cette histoire à l’époque mérovingienne devient tout à coup moins indigeste et je me promets pour le prochain défi lecture de commencer par les romans les plus denses.

Au final, je suis venue à bout du challenge et j’ai pu envoyer mon formulaire de validation pour faire gagner 6 points à mon équipe : 1 par livre et 1 bonus car j’avais lu un livre du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse de Justine Robin.

J’ai terminé de lire mon dernier roman deux jours après le challenge (comme quoi, commencer de lire dès le premier jour ça compte !).

Les résultats sont tombés le 2 janvier : On est deuxième dans l’équipe des mages, mais rien n’est perdu, il reste l’épreuve des alliés pour gagner des points en février !

Mon nouveau hobby : les livres numériques !

Pour ce challenge, j’avais décidé de lire un ebook pour la première fois, en vue d’économiser l’achat d’un livre. Et cela a été une sacrée découverte !

Moi, l’amoureuse de l’objet-livre et du papier, je me suis vite prise au jeu de l’électronique, d’autant que j’ai un nouveau super-smartphone-de-la-mort-qui-tue. Mais les débuts ont été plutôt laborieux.

J’étais en train d’essayer en vain de télécharger L’apprentie Faucheuse sur mon téléphone quand j’ai décidé de lancer un SOS sur le Discord du jury PLIB. Heureusement, quelqu’un de sympathique est venu à mon secours (on a vraiment une super communauté) et j’ai découvert la magie de Google Play Books !

Certes, il existe d’autres applications, et Google enregistre toutes vos données, mais comme mon nouveau smartphone est un Google-phone,  je me suis dit qu’au point où j’en étais, autant utiliser une appli déjà installée. (Flemme quand tu nous tiens…)

Et là, s’est ouvert à moi un monde de possibilités : fini le transport du bouquin dans le sac, il est sur mon smartphone ! Fini l’achat de livres, j’ai des ebooks gratuits du PLIB et en bonus, je peux transporter ma bibliothèque sur moi et lire à tout instant.

Ma seule limite ? La batterie dudit téléphone. Mais à part ça, je me suis habituée à l’écran (qui n’est pas si petit), au fait de tourner les pages avec le pouce et surtout, je trouve ça plus pratique dans le métro.

Et oui ! Avant, dans le métro, je sortais mon livre papier de mon sac, j’essayais de me faire une place entre un coude et un dos, et je lisais. Maintenant, hop, une main suffit !

En plus, pas besoin de marque-page ! On reprend là où on a arrêté l’application.

Le seul bémol que j’ai trouvé pour le moment, c’est évaluer le nombre de pages restantes. Il y a bien une jauge, mais je me fais avoir à chaque fois.

Et vous allez rire, mais j’ai encore un vieux réflexe du livre papier : quand je ne me souviens plus du titre ou de l’auteur, je retourne mon téléphone… sauf que la première de couverture n’est pas dessus…(Facepalm)

Quoi de neuf côté PLIB ?

Pour lire les 20 romans sélectionnés avant le vote de février pour nos 5 chouchous, j’ai accès à des livres voyageurs et des ebooks (comme évoqué précédemment).

Pour les livres voyageurs, il faut s’inscrire sur une liste. Le but étant que les livres circulent entre les membres du jury. On ne peut prétendre à un livre si on n’a pas rendu un autre livre avant. L’envoi postal reste à nos frais.

Comme j’ai souhaité réaliser des économies (les livres ça coûte cher), j’ai privilégié les ebooks et je pense me réinscrire à la bibliothèque.

Cela a été un long débat avec moi-même, mon porte-monnaie, et mon conjoint car j’avais promis de ne plus acheter de livres avant d’avoir terminé ceux que j’ai déjà à la maison. Se réinscrire à la bibliothèque signifie s’éloigner de cet objectif, mais en même temps, ne pas acheter de livres. Donc, le compromis est de n’emprunter que les livres du PLIB. On est accro à la littérature ou on ne l’est pas…

L’info du jour est que la date pour le vote final a été avancée de 15 jours car… nous avons été invités à rencontrer trois des auteurs à la  librairie Furet du Nord à Lille le 22 février !

Habitant Lyon, je ne compte pas y aller car c’est trop loin, mais je suivrai certainement le live et je vous enverrai le lien sur la page Facebook du blog. Si vous habitez dans le coin, n’hésitez pas à vous y rendre. C’est à 15h et Anthelme Hauchecorne, Georgia Caldera et Louise le Bars seront présents pour une dédicace.

Ce changement de calendrier m’oblige à revoir ma stratégie de lecture des 20 titres en lice et surtout des 5 finalistes pour mieux décider ou confirmer mon choix.

Je pense lire un maximum de titres courts, dont en priorité ma sélection personnelle, et lire les critiques des autres membres du jury des livres sur lesquels je n’aurai pas le temps de me pencher.

Je réaliserai également des critiques des livres lus de mon côté pour vous donner une idée de la sélection. 😉

Marque-pages et chocolats,

A.Chatterton

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Realm of Broken Faces, Marianne Stern, éditions du Chat Noir

Toujours sur la lancée du Mini-Challenge de Noël, ou Epreuve des Stratèges du Plib, j’ai voulu terminer la trilogie des Récits du Monde Mécanique et retrouver Maxwell et Jérémiah, les frères jumeaux de cet univers steampunk dark à souhait. Après Smog of Germania et Scents of Orient, voici Realm of Broken Faces, le Royaume des Gueules cassées, où prédominent la boue, le sang et le métal…

Résumé : Automne 1917, Nord-Est de la France. La Blitzkrieg du Kaiser a dévasté les environs, mais une petite communauté de malfrats règne désormais sur ce no man’s land. À sa tête, Monsieur, chef auto-proclamé. Un personnage à la gueule cassée, lunatique et mystérieux. Comme on dit aux alentours, personne ne sait qui il est véritablement et d’ailleurs, tout le monde s’en fout, d’autant plus que l’ignorance est gage de survie. Le Quenottier, armé de sa fidèle pelle, suit cette ligne de conduite sans dévier d’un pouce. Il a bien d’autres ennuis à gérer que les lubies de Monsieur. À commencer par cette mioche, débusquée dans les vestiges des tranchées, bien décidée à lui pourrir la vie… Entre corbeau agaçant, Veuve acerbe et gamine insupportable, qui aura les nerfs du vieux Quenot’ ?

Mon avis :

Compliqué de parler de ce livre sans vous dévoiler certaines intrigues. Par conséquent, j’ai pris le parti de réaliser un paragraphe Spoiler après la conclusion pour mes remarques concernant des certains éléments de l’histoire. Ils sont à lire de préférence après la lecture du livre, mais c’est vous qui voyez…;)

Un hommage aux gueules cassées

Ce dernier tome nous emmène dans une France uchronique où La Première Guerre Mondiale aurait été gagnée par le Saint Empire Germanique. La France a capitulé, et le bon vieux Clémenceau doit faire face à un nouvel Empereur inexpérimenté et tyrannique.

Après le partage des terres, est resté une zone qui n’appartient à aucun des deux camps, un village à moitié souterrain d’irréductibles gueules cassées, géré d’une main de maître par un mystérieux orfèvre, mi-homme mi-robot : Monsieur. C’est là que vit Le Quenottier, personnage principal de notre histoire, qui va prendre part malgré lui à des événements qui le dépassent.

Marianne Stern nous propose de vivre le quotidien de ces renégats des deux camps, dont le retour à une civilisation est impossible. La plupart sont des gueules cassées, comme La Carne, à qui il manque le nez, d’autres des meurtriers ou des voleurs. Il vivent de larcins, récupérés sur les corps des soldats tombés dans les tranchées comme Quenott’ qui défonce les têtes des cadavres à coups de pelle pour récupérer les dents en or.

Pour compléter le tableau, au vu des fréquentes attaques des allemands et français pour récupérer ce territoire, Monsieur a réalisé une petite armée de zombies mécaniques à partir des soldats morts et d’armes de fortune. Fantoches à la gueule défoncée, ils effraient les soldats et sont discriminés par les renégats, ce qui fait ironiquement d’eux les gueules cassées des gueules cassées.

L’auteure ne nous épargne aucun détail pour mieux nous plonger dans l’horreur du quotidien : la boue des tranchées, les odeurs atroces des excréments ou des morts, les soldats-robots en décomposition, les corps mangés par les rats, la pourriture…Mais aussi l’effet de la guerre sur certains hommes avec des scènes de cannibalisme et de folie meurtrière. Âmes sensibles s’abstenir !

Derrière ce noir tableau, se dessine une critique de la société d’après-guerre qui éprouve des difficultés à réintégrer ces soldats défigurés ou marqués psychologiquement. Ces derniers ne se sentent plus vraiment légitimes à avoir une vie normale, comme si la guerre et la violence étaient devenus leur quotidien. En cela, les robots-zombies semblent une bonne métaphore de ces hommes déshumanisés.

La place des femmes dans un monde dominé par les hommes

A travers le récit, nous allons rencontrer plusieurs figures féminines qui s’efforcent de s’adapter à la Guerre de différentes manières. L’auteure donne enfin du relief à ses personnages féminins contrairement aux tomes précédents qui privilégiaient les hommes. Mais cela ne va pas sans heurts car elles ont toutes un grain.

Il y a tout d’abord Murmure, ou la Greluche comme dit Quenott’. Une gamine des rues à la gouaille insolente, au caractère bien trempé et aux manières étranges sortie de nulle part. La môme n’a peur de rien, ni de jouer avec une mitraillette, ni de manger de l’allemand. Elle va jouer un rôle important dans le récit, collée aux basques du Quenottier. On peut dire qu’elle est une gamine issue de la guerre, qui se bat pour survivre.

A l’inverse, La Veuve, aristocrate recueillie par Monsieur a une liberté limitée : elle est prisonnière du camp. Outre un caractère bien trempé, elle ruse pour rejoindre la civilisation, étant peu faite pour cette vie de rebelle. Son but est de retrouver un ancien amour perdu. Sa motivation reste l’amour et l’espoir.

Victime de la guerre, Satine est l’une des prostituées du camp. Elle aspire à une vie normale sans avoir à écarter les cuisses. Elle est prisonnière de l’Allemoche, maquerelle allemande qui profite du conflit pour la vendre autant aux soldats qu’aux renégats. Son but est de s’enfuir pour fonder une famille et retrouver sa liberté.

Enfin, Meike incarne la femme qui s’efforce de s’intégrer dans le monde des hommes. Elle est la capitaine du vaisseau amiral allemand dans lequel va prendre place l’Empereur pour une ultime reconquête de ce No man’s Land. C’est une personne intègre, respectée de ses soldats mais qui méprise la misogynie et la faiblesse du jeune empereur dont elle va abuser. Elle souhaite être considérée à l’égale d’un homme mais a tendance à se comporter comme un homme, avec les travers qui l’accompagnent.

Pour résumer, Marianne Stern présente des personnages féminins forts, loin des clichés de la demoiselle en détresse. Et cela vaut mieux pour elles, car à moins d’un sale caractère ou d’une grande intelligence, cet univers de violence ne leur fera pas de cadeau.

Une magnifique conclusion des Récits des Mondes mécaniques

Ce dernier tome, plus noir que les précédents  rassemble l’ensemble des protagonistes des récits antérieurs : Jérémiah l’Exécuteur de l’Empereur, Maxwell son frère contrebandier, Bellecourt l’espion sans maître, mais aussi Viktoria et son frère Joachim le nouvel empereur.  Ces derniers trouveront chacun une évolution inattendue et un destin à la hauteur de leurs actions. Je vous conseille, pour une meilleure compréhension de l’histoire, de lire les tomes précédents.

Pour rythmer le récit, l’auteure a choisi d’alterner les points de vue. On note principalement le récit de Quenott’ sur les actions à l’intérieur du camp, celui de Meike et de Joachim dans le ciel avec les zeppelins, et celui de Bellecourt naviguant entre les deux camps, à bord du vaisseau l’Hélébore. Cette technique permet d’avoir une vue d’ensemble de la situation dans les deux camps depuis le sol…et les airs !

En effet, si 50% du récit a lieu dans la boue des tranchées et du camp, l’autre moitié du temps, l’action se situe dans des aéronefs ou des zeppelins. A ce sujet, Marianne Stern nous épargne certains détails techniques barbants. La seule différence notoire entre cet univers et le nôtre est que l’ensemble de la flotte allemande carbure aux diamants, invention de Maxwell, évoquée dans Scent of Orients.

Comme le récit principal est tenu par Quenott’, le style prête à sourire car il s’exprime avec une gouaille et un vocabulaire amusant et immersif, proche des titis parisiens. A tel point qu’il contamine les titres des chapitres, dont voici un petit florilège : Boboche sauce au poivre, Lorsque l’Aristoche entre en scène, etc…

Quant aux rebondissements, accrochez-vous bien ! Entre la mystérieuse identité du chef des renégats et de la Veuve, l’objet de la présence de Murmure au camp, le destin de Quenott’,  le conflit pour récupérer ce bout de terrain paumé dans les tranchées, et les compétences de dirigeant du nouvel empereur… vous irez de découvertes en découvertes, le tout dans un brouillard inquiétant et de la boue immonde à souhait. Marianne Stern a écrit l’histoire sur du Rock et du Metal, (elle donne sa playlist à la fin si vous souhaitez lire en musique), et cela se ressent sur le rythme de l’histoire.

En conclusion : Un roman plus noir que les précédents portant un regard humain sur les gueules cassées, et critique sur la folie de la guerre et l’illusion de l’amour. On sent l’auteure réconciliée avec ses personnages féminins en les confrontant à la réalité pour leur faire perdre leurs illusions et cela est plaisant à lire. Une conclusion soignée à deux récits qui l’étaient tout autant.

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Partie SPOILERS

J’ai souhaité revenir sur trois éléments que j’ai trouvé particulièrement réussis mais que je ne pouvais évoquer sans vous raconter la fin.

Tout d’abord, la manière dont Marianne Stern fait évoluer la psychologie de ses personnages m’a beaucoup impressionnée. Jérémiah, l’Exécuteur sans pitié, révèle sa nature faible et humaine, à l’inverse de Maxwell qui sombre dans la folie meurtrière. Joachim devient aussi tyrannique que son père sans en avoir pour autant les compétences. Viktoria, d’abord effacée en début d’intrigue, devient furibarde puis prend enfin sa place à la fin du roman. Rien ne supposait au départ qu’ils allaient finir de cette manière, à croire que la Guerre les a changé.

Ensuite, j’ai fortement apprécié ce non Happy Ending au sujet du triangle amoureux entre Viktoria, Jérémiah et Maxwell. Enfin un auteure qui sabote les sacro-saintes histoires d’amour heureuse avec des enfants ! J’étais presque soulagée tant je trouvais Viktoria cruche et peu digne d’intérêt. J’ai trouvé que ce final apportait de la profondeur à ce personnage et en même temps, laissait entrevoir une relation presque incestueuse entre les deux frères. C’était très bien joué.

Enfin, je reste sur ma faim (sans mauvais jeux de mots) avec le personnage de Murmure, dite La Greluche. S’agit-il d’une orfèvre elle aussi ? Comment communique-t-elle avec les autres ? Quand elle évoque des esprits telles des fenêtres, je n’ai pas trouvé cela très clair. Est-elle télépathe ? Si oui, pourquoi son don ne fonctionne pas avec tout le monde ? J’aurais aimé plus de développement sur ses origines et ses capacités. J’espère sincèrement un spin off de la série centré autour d’elle car malgré son côté inquiétant, elle est très attachante.

Tu as envie d’en savoir plus sur l’Epreuve des Stratèges et de lire mes autres chroniques sur les livres lus pour ce challenge lecture ? Va dans la rubrique Lecture avec le Hashtag #Epreuvedesstratèges ou retourne sur mon article de jurée du PLIB #3 qui évoque ce défi. 😉

 

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L’apprentie Faucheuse, Justine Robin, édition Le Héron d’Argent (Tome 1)

Dans le top 20 des sélectionnés du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse m’avait tapé dans l’oeil pour son intrigue et son côté espiègle. Je l’ai donc lue dans le cadre de l’Epreuve des Stratèges pour valider la catégorie « C’est la fin ! » et son personnage de la Mort. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé : « Aujourd’hui, je suis morte. » Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d’hiver de l’année 1850, un homme la précipite dans la mort. Elle renaît alors sous les traits de Red Death, l’une des sept petites faucheuses. Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure ! Pourtant, elle n’a pas choisi l’Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n’est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l’éternité… Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?

Mon avis :

Un univers captivant mais pas morbide autour du thème de la Mort

Quand j’ai débuté ce livre, de nombreuses références de séries télévisées me sont venues à l’esprit car elles me rappelaient l’intrigue principale.

Dead like me, tout d’abord, pour son humour grinçant et le regard désabusé des agents de la mort sur les humains. Ghostbuster et Buffy contre les vampires, avec une Amélia  badass, armée d’une faux à fantômes semblable à un aspirateur à spectres. Enfin, concernant l’organisation bureaucratique du siège de la Mort et ses scripteurs, j’ai cru revoir la série brésilienne Personne ne regarde (même si techniquement la série parle d’anges gardiens).

Passé ce tourbillon de références liés à la Grande Faucheuse sur petit écran (et là je réalise que j’en regarde vraiment beaucoup…), j’ai découvert un univers très riche autour de la Mort avec le roman de Justine Robin.

Ceci est lié à trois facteurs : la manière dont elle présente l’organisation de la Mort, l’explication sur la hiérarchie des âmes par Amélia et la réutilisation de multiples références au trépas dans différentes cultures.

Pour décortiquer un peu le fonctionnement de cette bureaucratie de la Mort, il s’agit d’un système pyramidal où chacun joue un rôle bien précis.

Au sommet, la Mort et ses frères, les cavaliers de l’Apocalypse (Peste, Guerre et Pestilence), accompagnés des nouveaux maux humains (ex : Crise, Pollution…). A ce sujet, l’auteur a su adapter les apocalypses aux nouveaux problèmes de notre époque et c’est très bien vu.

Viennent ensuite la Grande Faucheuse, gardienne de la faux de la Mort, qui mène les Petites Faucheuses en mission, pour récupérer des âmes égarées précises (criminels, suicidés, victimes innocentes…).

Ces Petites Faucheuses sont accompagnées d’un familier qu’elles ont choisi, afin de les aider dans leur travail : un Ankou. Il s’agit d’un humain ressuscité, asservi par un collier, et ayant la possibilité de prendre forme animale. La compétition est présente entre les Petites Faucheuses car celle qui récupère le plus d’âmes tous les 150 ans gagne un prix…puis remplace la Grande Faucheuse si elle enchaîne trois victoires successives.

L’ensemble de ce petit monde est régi par une bureaucratie, les scripteurs, qui leurs donnent les coordonnées des âmes à récupérer et le matériel de mission dont elles ont besoin. Cela ajoute un petit côté ridicule à l’organisation qui m’a beaucoup amusée.

Amélia nous détaille tout au long de l’histoire les différentes d’âmes qui existent, en  fonction de leur dangerosité, à la manière d’un Ghostbuster : tout d’abord les ectoplasmes ou Yûrei peu dangereux, puis les esprits frappeurs, les fantômes, et les plus dangereux, les Hantises… Un cours amusant sur ces êtres éthérés et leurs capacités d’attaque, qui ne vont ajouter du piquant aux rebondissements de l’intrigue principale.

Entre les aventures et l’explication des règles qui régissent ce monde, l’auteure glisse de temps en temps des références à la Mort issue de différentes cultures, enrichissant ainsi cet univers. Ainsi la réutilisation de l’Ankou, figure de la Mort Bretonne est mise à jour façon XXIème siècle : d’un vieillard avec une charrette, on passe à un jeune homme beau gosse à collier. Plus tard dans le récit, on évoquera El Dia de Los Muertos, le jour des morts au Mexique et ses origines réinventées, avec la figure féminine de la Mort et son aspect joyeux, etc…

Red Death et Black Rain : Je t’aime… moi non plus.

Passé les deux premiers chapitres, on se rend vite compte qu’ Amélia et Rain, les deux personnages principaux,  forment une sorte de couple déguisé sous couvert de leur relation Petite Faucheuse – Ankou.

Ils passent leur temps à se chamailler, comme un jeu de séduction un peu morbide. En effet, Rain est celui qui a assassiné Amélia et elle a choisi de lui faire payer son trépas en l’asservissant.

Cela occasionne des scène parfois drôles, parfois agaçantes, parfois à la limite d’une relation sado-masochiste…car Rain porte un collier contrôlé par Amélia qui lui occasionne des brûlures quand il n’obéit pas à ses ordres.

On comprend que leur relation n’est pas simple avec ce point de départ quelque peu biaisé. Cependant, on sent qu’ils tiennent à l’autre malgré tout.

J’ai personnellement peu apprécié cette relation pseudo-amoureuse, car je l’ai trouvée un peu cliché. Je vois bien venir l’idée qu’ils vont se mettre vraiment ensemble dans  le deuxième tome ou que l’un des deux va se sacrifier pour l’autre, révélant alors ses sentiments. Mais cela pourra plaire à certaines lectrices amatrice de ce genre de couple en littérature. N’oublions pas qu’il s’agit d’un roman Young Adult, où parfois ce type de relation torturée est présente.

Un roman court mais généreux en rebondissements

Le roman fait 284 pages… mais que d’aventures !

Alternant les points de vue entre Amélia et Rain, ce qui nous permet de voir une même situation sous plusieurs angles, l’histoire débute par l’arrivée d’Amélia dans le monde des Petites Faucheuses.

Comme je le disais au début de ma chronique, on découvre le fonctionnement du système de la Mort comme dans tout bon premier tome, mais après cela se corse…

Entre la compétition entre les Petites Faucheuses, les relations tendues entre Amélia et Rain, les missions enchaînées, on ne sait plus où donner de la tête… jusqu’à un événement majeur qui remet en cause ce système bien huilé.

Sans vouloir en dévoiler plus, je dirais que Rouge Sang et Noir Corbeau est un très bon tome d’exposition, qui fait plus que nous faire découvrir l’univers de Justine Robin. Il nous fait entrer directement dans l’action et nous invite à découvrir le second tome afin de résoudre toute cette histoire.

En conclusion : Justine Robin réussit ce tour de force incroyable de parler de la Mort avec humour et sensibilité,  sans tomber dans le morbide, à travers un univers riche et captivant. L’apprentie Faucheuse est un très bon roman Young Adult, riche en rebondissements qui ravira les amatrices de relations amoureuses complexes, tout comme les fans d’héroïnes au destin peu ordinaire.

Tu as envie d’en savoir plus sur l’Epreuve des Stratèges et de lire mes autres chroniques sur les livres lus pour ce challenge lecture ? Va dans la rubrique Lecture avec le Hashtag #Epreuvedesstratèges ou retourne sur mon article de jurée du PLIB #3 qui évoque ce défi. 😉

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La fille qui tressait les nuages, Céline Chevet, éditions du Chat Noir

Grand gagnant du PLIB 2019, ce roman young adult a fait partie de ma sélection pour le Mini-Challenge de Noël du PLIB 2020, l’Epreuve des Stratèges, afin de valider la catégorie « Retour en arrière » du Menu Authentique. Fantastique, Japon et premiers émois adolescents sont à l’honneur dans cette enquête pour déterminer ce qui est arrivé à la petite soeur de Souichiro Sakai…

Résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, La Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis : 

Il a été difficile de réaliser cet article car je ne voulais pas vous dévoiler l’intrigue à travers mon analyse. Comme certains romans policiers, si vous connaissez le meurtrier, à quoi bon le lire ? Je me suis donc concentrée sur certains détails que j’ai apprécié pour vous apporter mon point de vue sur l’histoire. Cependant, mon besoin de questionner étant toujours là, j’ai réalisé une section spoiler en fin d’article que vous pourrez lire si vous le souhaitez. Elle sera signalée en amont pour éviter toute surprise. Bonne lecture !

Une plongée dans la culture japonaise… par une française !

Quand j’ai lu où se situait l’action du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire… Saitama est une région située au nord de Tokyo et éloignée de tout : mer, montagne… il n’y a absolument rien à y faire. Cela m’a fait penser au film absurde Fly me to the Saitama (si vous avez du temps à perdre), qui vous explique pourquoi c’est le coin des péquenots. Je ne sais pas si l’auteure connaît ce film, ou la réputation de la région, mais cela a joué sur ma lecture. En effet, j’y ai vu dans l’ennui profond des personnages vis à vis de leur vie quotidienne un clin d’oeil à cet endroit.

Passé ce détail, j’ai retrouvé dans ce roman une ambiance de roman japonais à travers les thèmes abordés.

Par exemple, dès les premiers chapitres est évoqué un problème de racisme très présent au Japon, avec le personnage de Julian : le racisme envers les hafu, les métis japonais. Ces derniers sont considérés comme des japonais pas terminés par les japonais pur souche. Pour un roman qui se voulait au départ traiter des émois amoureux et d’un mystère, j’ai trouvé cela très fort et très intéressant.

Le deuxième sujet important du livre est lié aux morts. Raison pour laquelle Céline Chevet nous emmène dans les temples, les cimetières, les marchands de voeux et d’amulettes, les rites de purification. Ainsi, nous nous immergeons dans la culture japonaise du deuil avec Julian, face au décès de son premier amour. La nouvelle lui a causé un tel choc qu’il a réagi comme certains japonais : par l’oubli pur et simple des circonstances de sa mort. Cela suscite le mystère et donc l’enquête. Le roman va traiter également de la manière dont les proches de Julian essaient de l’aider à traverser ce deuil : Akiko va mener l’enquête, Souichiro va lui demander de l’oublier pour le protéger, la mère de Julian va accepter son côté rêveur…

Quelques thèmes connus en littérature japonaise et notamment dans les mangas sont présents dans ce roman, comme la relation interdite élève-professeur, la prédominance des chats, ou la fille invisible. Concernant ce dernier point, j’ai remarqué qu’Akiko incarnait la fille effacée par excellence, que l’on retrouve dans le film Le Royaume des Chats des Studios Ghibli. Cela pourrait faire référence au fait que le Japon est un pays qui ne prône pas l’individualité, mais le collectif au service du bien commun. Ceci dit, l’auteure va plus loin en conférant à ce personnage un statut proche du fantôme.

On sent dans tous les cas que Céline Chevet est fan du Japon et qu’elle nous invite à l’aimer nous aussi.

Les premiers émois adolescents vus par 4 ados différents

Le deuil et le mystère ne sont pas les seules problématiques abordées dans ce livre. Céline Chevet nous propose une étude de l’amour et du sexe à travers ses principaux protagonistes incarnant, chacun à leur manière, une manière d’aimer ou d’envisager les relations.

Il y a tout d’abord Akiko,  la jeune fille discrète, amoureuse de Julian mais qui n’ose pas lui dire. Elle est tellement timide qu’elle se fait oublier par tous et surtout Julian. Elle est vierge mais n’a pas de honte à aborder le sujet du sexe.

Julian incarne quant à lui le garçon fragile et rêveur, amoureux fou d’une morte. Il vit dans l’idéalisation de l’amour, sans son côté sexuel. Il est vierge et n’a toujours pas tourné la page de son amour perdu, malgré la présence d’Akiko et de Haru.

Souichiro est le garçon beau-gosse qui enchaîne les relations sexuelles avec des filles plus âgées sans s’attacher. Il souhaite une relation lui conciliant amour et sexe, ce qu’il va trouver mais à travers un amour interdit.

Enfin, Haru représente la jeune fille provocatrice, consciente de l’effet de son corps sur les garçons. Elle aimerait que Julian aille plus loin avec elle mais il s’y refuse. Elle est pourtant amoureuse de lui malgré ses provocations et moqueries.

Les relations amoureuses et sexuelles vont s’entremêler subtilement dans le récit avec le mystère de la soeur disparue, transformant l’histoire en récit d’initiation. Surmonter le deuil, c’est aussi vivre, se lier aux gens et donc aimer. Seul un personnage réussira le passage vers la vie adulte, mais ce ne sera pas sans heurts, car la transformation en adulte suppose l’abandon de ses illusions.

Un roman-enquête oscillant entre le rêve et le fantastique

L’histoire, semblable à un thriller est pleine de rebondissements. Quand on penserez avoir compris ce qu’il s’est passé, une petite phrase fera tout basculer et vous remettrez tout ce que vous aviez lu jusque là en perspective. L’auteure est très douée pour ménager son suspense.

Pour en arriver jusque là, il vous faudra suivre l’enquête vue à travers le regard de Akiko, Julian et Souichiro, qui chacun à leur manière, apporteront des éléments à l’enquête. Mais méfiez-vous !  Julian est rêveur, Akiko invisible, et Souichiro a des choses à cacher…

Des épisodes seront particulièrement difficiles à lire, faisant basculer le récit dans l’horreur. Si vous êtes une âme sensible, vous serez prévenu !

A côté du roman policier, quelques éléments viennent apporter une touche de poésie ou de fantastique à cette histoire.

J’ai noté la présence d’objets en apparence anodins, comme tirés des romans de Haruki Murakami, mais qui ont une importance : les morceaux de sucre collectionnés par Akiko, la pièce de 5 yens voyageuse de Souichiro, l’amulette de la soeur de Souichiro, Haru qui tresse des nuages avec ses baguettes… Ils apportent une touche incongrue, un je ne sais quoi au récit. Et jusqu’au bout, on ne sait pas pourquoi on s’y accroche, mais on y repense jusqu’à leur trouver parfois un lien, une connexion avec l’intrigue principale.

A côté de cela, les personnages ont tendance à exprimer leurs émotions par des couleurs, ce qui renforce ce côté poétique. La couverture du livre évoque parfaitement ces tonalités qui nous enveloppent, passées les premières pages.

Enfin, la fin du roman m’a laissée perplexe : et si tout ceci n’avait été qu’un rêve éveillé de l’un des personnages ? Cela a-t-il vraiment eu lieu ?

En conclusion : La fille qui tressait les nuages est un très bon roman à suspense qui m’a fait réfléchir sur la société japonaise, le deuil et les histoires d’amours. C’est aussi une histoire qui vous emmènera tantôt vers des chimères poétiques, tantôt vers des cauchemars effrayants.

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PARTIE SPOILERS ( A ne lire que si vous avez déjà lu le roman, pour étayer votre réflexion)

Je vais revenir sur deux points que je trouve formidables dans cette histoire, et cela en sera fini de cette article (enfin !).

Le fait que Akiko et Haru soient présentées en opposition par l’auteure est tout simplement génial car cela nous donne un indice subtil sur ce qu’est Haru réellement. Haru est un vrai fantôme, mais elle semble plus réelle aux yeux de Julian qu’Akiko. De son côté, Akiko est considérée par tous comme inexistante. Même sa famille l’oublie, c’est dire ! J’aurais dû voir venir qu’Haru était un fantôme mais je me suis laissée prendre à ce piège très ironique !

Pour terminer, je reste encore sur des suppositions concernant la fin de cette histoire. Julian a-t-il rêvé ce qui est arrivé ? Souichiro est-il vraiment à Paris ? Akiko est-elle décédée dans la maison de famille des Sakai (Julian l’aurait enfermé dans la cave). Le morceau de sucre au fond de la poche de Julian lui rappelle bien quelque chose…mais quoi ? On dirait qu’il a complètement oublié Akiko après avoir libéré l’esprit d’Haru. Restent des suppositions, comme dans Inception, avec la fameuse toupie qui tourne, tourne, tourne…sans que l’on sache si tout ceci était vrai ou non.

 

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

Couchers de soleil et Onigiri,

A. Chatterton

 

 

 

Publié dans On joue ?

Prix littéraire de l’imaginaire Booktube 2020 #PLIB2020 : Mini-challenge Lecture pour Noël, Mon expérience de jurée #3

Le temps passant, nous voici en décembre, synonyme de nouveau challenge littéraire en lien avec le PLIB : le tournoi des élites et son épreuve des stratèges. Petit tour d’horizon du fonctionnement de ce défi lecture pas comme les autres.

Le challenge a lieu du 16 décembre au 29 décembre 2019. Un challenge court mais intense pour pimenter les fêtes de Noël.

Tout le monde peut participer, ce n’est pas réservé aux seuls jurés du PLIB. Par contre, il faut se dépêcher de s’inscrire pour être réparti dans une des équipes. Et oui ! Ce n’est pas un challenge ordinaire : on lit en équipe !

En équipe tu seras

Pour participer, il faut remplir un formulaire d’inscription disponible sur le site du PLIB. Il te faudra choisir ton équipe, et une équipe de secours au cas où il n’y a plus de places dans celle de ton premier choix.

Puis tu recevras un gentil email de confirmation concernant ton équipe avec quelques règles de fonctionnement ou une notification sur Discord.

Niveau organisation, toutes les discussions et questions en lien avec le challenge ont lieu sur Discord. Il te faudra créer un compte, avec un pseudo et te faire inviter sur le salon du PLIB en lien avec le challenge.

La page du règlement du challenge est disponible sur le site, si souhaites plus de détails. Cela t’évitera aussi de poser des questions à ton groupe alors que les réponses sont déjà disponibles dans ce règlement. 😉

Chaque équipe dispose d’une couleur différente sur Discord : il y a les Dragonniers en rouge, les guérisseurs en bleu et les mages en violet. Les équipes soutiennent chacune une princesse  (en réalité des bloggueuses liées à l’orga du PLIB 😉 ).

Chaque menu validé avec les lectures que tu auras faites rapportera 5 points à ton équipe. Mais il faudra être stratégique pour faire gagner un maximum de points !

Des menus tu choisiras

Quatre menus sont proposés pour ce Mini challenge :

menu scintillant PLIB2020 #PLIB2020

Menu Gourmand PLIB2020 #PLIB2020

Menu Chaleureux PLIB2020 #PLIB2020

Menu authentique PLIB2020 #PLIB2020

A ceux ci viennent s’ajouter quelques règles complémentaires :

Si tu lis un livre sélectionné pour le PLIB2020, tu fais gagner 1 point supplémentaire à ton équipe.

Seuls les romans et recueils de nouvelles sont acceptés, s’ils sont lus en intégralité.

Un même roman lu peut valider plusieurs item de menus.

Les romans de Science-Fiction, Fantasy, Fantastique, et contemporains (ou littérature blanche) sont les seuls romans acceptés.

Les mangas ne sont pas acceptés dans ce challenge, contrairement au Pumpkin Autumn Challenge.

Pour le reste des indications, je te réfère au règlement complet du challenge 😉

A noter que lorsque tu auras choisi ton menu, et déterminé ta sélection de livres, tu dois renvoyer un formulaire pour indiquer tes lectures à ton équipe. Le même formulaire est à remplir une fois le challenge terminé.

De la stratégie de lecture tu déploieras

Tu l’auras compris, le but est de lire un maximum de pages en 15 jours et valider un maximum de menus.

Mais pour cela, il est nécessaire d’être stratégique.

Par exemple, tu peux sélectionner des romans courts pour aller plus vite.  Ou mieux : choisir des livres qui te permettent de valider plusieurs menus en même temps.

Tu peux aussi choisir des livres de la sélection du PLIB si tu es juré. En plus de rapporter des point bonus, cela peut t’aider à avancer dans tes lectures d’ici le nouveau vote des finalistes !

Et moi dans tout ça ?

Je fais partie de l’équipe des Mages et j’ai choisi le Menu Authentique avec les livres suivants :

  • Rubrique « Il était une fois » ( Le roman se déroule dans un contexte historique)

Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine

J’ai choisi Les voiles de Frédégonde, de Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond, un roman historique autour d’une figure féminine au temps des rois francs de la dynastie mérovingienne. Il sera question de complots politiques et d’histoire d’amour (et de jalousie). J’avais déjà lu La Trilogie des Elfes, et Guinevere (Guenièvre) du même auteur et beaucoup apprécié son style et sa manière de revisiter la Légende arthurienne. J’espère que ce roman historique sera à la hauteur autant au niveau de l’intrigue que de respect de la réalité historique.

Son résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Noël Mécanique » (un roman steampunk) :

realm of broken faces marianne stern

Ce roman clôt la trilogie des Récits du Monde Mécanique de Marianne Stern dont j’ai déjà lu et chroniqué les deux tomes précédents (Smog of Germania et Scents of Orient), publiés aux éditions du Chat Noir. Realm of Broken Faces est un récit uchronique autour d’un monde où la France, l’Allemagne et l’Angleterre sont en guerre. Nous suivrons les aventures des frères Maxwell et Jérémiah autour d’animaux mécaniques et de dirigeables. Même si chaque tome peut se lire de manière indépendante, il est utile, ne serait-ce que pour suivre l’évolution des deux personnages, de commencer par Smog of Germania.

Le résumé : Automne 1917, Nord-Est de la France. La Blitzkrieg du Kaiser a dévasté les environs, mais une petite communauté de malfrats règne désormais sur ce no man’s land. À sa tête, Monsieur, chef auto-proclamé. Un personnage à la gueule cassée, lunatique et mystérieux. Comme on dit aux alentours, personne ne sait qui il est véritablement et d’ailleurs, tout le monde s’en fout, d’autant plus que l’ignorance est gage de survie. Le Quenottier, armé de sa fidèle pelle, suit cette ligne de conduite sans dévier d’un pouce. Il a bien d’autres ennuis à gérer que les lubies de Monsieur. À commencer par cette mioche, débusquée dans les vestiges des tranchées, bien décidée à lui pourrir la vie… Entre corbeau agaçant, Veuve acerbe et gamine insupportable, qui aura les nerfs du vieux Quenot’ ?

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Petits meurtres en famille » (une enquête dans un roman SFFF) : 

echiquier de jade alex evans_

J’ai aussitôt pensé à L’échiquier de Jade d’Alex Evans, qui dort dans ma PAL depuis un moment. Il s’agit de la suite de Sorcières Associées du même auteur, aux éditions ActuSF dont j’ai déjà réalisé la chronique. Le roman est court et les aventures des deux sorcières Tanit et Padmé sont hilarantes et pleines de rebondissements. Ce sera une vraie lecture bonbon pour les fêtes.

Le résumé : Retour dans la cité de Jarta. La ville est en pleine ébullition. Les manifestations des opposants à la visite de l’ambassadrice d’un Empire fermé et agressif provoquent de sérieux remous. Dans le même temps, tous les sorciers de la ville sont réquisitionnés pour combattre un démon qui a dévoré deux personnes. Résultat, les forces de l’ordre confient deux nouvelles enquêtes aux sorcières Tanit et Padmé, et notamment le vol d’un antique échiquier en jade que la ville comptait offrir en cadeau à l’ambassadrice. L’incident diplomatique n’est pas loin…

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Retour en arrière » (Lire un livre finaliste des éditions antérieures) :

la fille qui tressait les nuages celine chevet

Il se trouve que j’ai dans ma PAL de table de nuit le roman de Céline Chevet, La fille qui tressait les nuages, éditions le Chat Noir, gagnante du PLIB2019. Je me suis dit que c’était l’occasion de le lire, d’autant que l’histoire, un brin fantastique, se déroule au Japon à notre époque. (En ce moment, je suis dans une phase littéraire « Japon »)

Le résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, la Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « C’est la fin » (Le personnage de la faucheuse est présent dans l’histoire) :

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Présent parmi les 20 sélectionnés du PLIB2020, L’apprentie Faucheuse de Justine Robin aux éditions Le Héron d’Argent me faisait de l’oeil depuis les votes de novembre. J’ai décidé de le lire pour m’essayer à la lecture numérique avec l’ebook fourni gracieusement par l’éditeur aux jurés, dans le cadre du Prix. Le roman a l’air amusant et court. C’est de la littérature Young adult, donc cela me changera de sujets plus sérieux comme Les voiles de Frédégonde évoqué plus haut.

Le résumé : « Aujourd’hui, je suis morte. » Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d’hiver de l’année 1850, un homme la précipite dans la mort. Elle renaît alors sous les traits de Red Death, l’une des sept petites faucheuses. Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure ! Pourtant, elle n’a pas choisi l’Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n’est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l’éternité… Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

J’annonce une lecture de 1552 pages d’ici la fin du défi.

Ma stratégie personnelle pour ce challenge (et mes objectifs):

Lire des romans courts ou dont le style est léger. Nous sommes en période de fêtes et de vacances. Exit donc Les Piliers de la terre de Ken Follett. Tu resteras encore un moment sur mon étagère de PAL !

Avancer sur les lectures du PLIB2020 et vous proposer des chroniques littéraires les concernant. En plus, ça fait des points en plus pour l’équipe.

Réutiliser certains romans lus dans le Menu Authentique pour valider d’autres menus.  Par exemple, je peux réutiliser L’échiquier de Jade dans le Menu Scintillant et sa rubrique « C’est toujours mieux à deux ».

Vider ma PAL (=Pile à Lire) achetée au Festival des Imaginales. Il s’agit d’un défi avec une amie d’ici le mois de Mai 2020. Nous avons décidé de ne plus dépenser d’argent pour de nouveaux livres avant ce festival. En effet, chaque année nous en revenons avec environ 15 livres chacune et un gros trou dans le porte-monnaie. Lire ce que nous avons déjà nous permet par ailleurs de réaliser des économies !

M’essayer à la lecture numérique ! Adepte du papier, j’éprouve des difficultés à passer à la tablette ou la liseuse. Ce sera une bonne occasion d’essayer.

Et surtout, prendre plaisir la lecture et faire gagner mon équipe. Allez les Mages !

D’autres challenges sont à venir par la suite, jusqu’en août, que tu peux rejoindre aussi ! Alors n’hésite pas à consulter  la page concernant les challenges du PLIB et rejoindre une équipe !