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Ecologie et folie technologique, Anthologie de nouvelles steampunk vol.1, éditions Oneiroi

Dans le cadre du Projet Ombre dédié à la découverte du genre de la nouvelle, et de mon projet personnel Parlons Steampunk sur la littérature steampunk, je me suis lancée dans ce recueil de 4 nouvelles de la jeune maison d’édition Oneiroi. Une jolie plongée dans des univers différents, souvent dystopiques, ayant pour thèmes l’écologie et les avancées technologiques désastreuses.

Mon avis sur le recueil

Le recueil regroupe 4 nouvelles issues d’un appel à textes de la maison d’édition Oneiroi, ayant pour thème l’écologie et la folie technologique. A noter que ce jeune éditeur est spécialisé dans la littérature steampunk.

Chaque nouvelle est écrite par un auteur différent et propose un univers totalement unique. Parmi eux, on note la présence Emmanuel Chastellière auteur des romans steampunk Célestopol et Célestopol 1922; ainsi que Romain d’Huissier auteur de la trilogie de fantasy urbaine Les chroniques de l’étrange. Les deux autres auteurs du recueil sont Francis Jr Brenet auteur de nouvelles de Fantasy et Audrey Pleyne, autrice en Science-Fiction.

De manière générale, le recueil est bien construit et forme un ensemble cohérent. Les nouvelles s’enchaînent de façon fluide et les univers, bien que différents apparaissent comme complémentaires. Chaque auteur a son propre style et nous plonge dans un genre différent : policier, uchronie, dystopie…

On voyage en Chine, sur la Lune, ou dans des univers utopiques possibles, avec toujours dans l’idée que les améliorations technologiques pour l’homme ne le sont pas forcément pour son environnement. Le recueil fait réfléchir, interroge le lecteur, fait sourire aussi. Une jolie entrée en matière thématique pour découvrir la littérature steampunk si l’on ne souhaite pas se lancer dans un gros roman.

Pour cet article, j’ai pris le parti de résumer chaque nouvelle et de vous donner mon avis dessus à chaque fois car il y a peu d’histoires, contrairement à un gros recueil.

Mon avis sur chaque nouvelle

D’amour et d’acier, Francis Jr Brenet

Résumé : Walter Dickens, fils d’une famille riche, vit dans un univers où le travail a été réduit en grande partie et automatisé avec la création d’automates appelés humainciers. Il vit dans un énorme îlot flottant tandis qu’en bas règne la pollution, les ordures et la culture de pommes appelée Amour et de lianes appelées Foudre. Les classes sociales ont été abolies en théorie, chacun mange à sa faim et porte au poignet une montre indiquant ses dépenses, réglées sur ses battements de coeur. Dans ce contexte idyllique, Walter est amoureux de Jeanne, une jeune fille pauvre des bas quartiers. Quand Jeanne disparaît brutalement en laissant un moment indiquant qu’elle le quitte, Walter tombe en dépression et va réaliser des découvertes surprenantes concernant son univers…

Mon avis : Cette nouvelle m’a beaucoup fait penser à la trilogie Carbone modifié de Richard Morgan (adaptée sur Netflix sous le nom d’Altered Carbon), au niveau de la construction de l’univers. S’il n’est pas question ici de vie éternelle, on réfléchit surtout aux inégalités sociales avec les riches vivant en dehors de la pollution, qui se comparent à des dieux, et les pauvres en bas avec la pollution et dans des conditions précaires. L’idée de la montre et des dépenses de chacun m’a aussi renvoyée au film Time Out, où le temps est devenu une valeur monétaire. Sans en dévoiler trop sur la nouvelle, je dirais qu’elle fait surtout réfléchir à un monde utopique où le travail ne serait pas une obligation pour tous, avec une possibilité de gommer les classes sociales. Elle invite aussi à se poser des questions sur la place des automates dans la société : objets animés, outils de travail ou de plaisir… ont-ils une âme, une sensibilité ? A l’inverse, les hommes sont-ils plus insensibles que les robots ? Ici, le thème de l’écologie est surtout lié à la pollution et à l’alimentation? avec la création d’une société qui n’aide pas à préserver l’environnement mais alimente le mode de vie des humains. Au niveau du rythme, le récit est plein de suspense et l’on va de rebondissement en rebondissements avec un personnage principal choyé qui découvre vite que l’univers qu’il connaît est un mirage. La fin de la nouvelle fait un peu froid dans le dos mais amorce une lueur d’espoir malgré tout. Je serais curieuse d’en découvrir un peu plus sur l’univers avec d’autres récits de l’auteur, même si la nouvelle le développe en grande majorité.

Beautés, Audrey Pleynet

Résumé : Maureen, jeune femme effacée et mal dans sa peau, travaille au ministère de l’écologie dans un Londres uchronique. Un matin, elle fait la rencontre d’une femme magnifique qui vient d’un salon de beauté. Cette vision éblouissante suffit à lui donner envie d’essayer ce salon pour elle aussi, susciter l’admiration de tous. Le premier essai est concluant : elle en sort métamorphosée et récolte de meilleurs dossiers au travail grâce à son apparence. Mais de jour en jour, elle va vite devenir accro à son apparence impeccable et va chercher améliorer l’environnement de la ville à son image : artificielle mais magnifique…

Mon avis : Cette nouvelle interroge sur la beauté et la confiance en soi. Si au départ, l’héroïne avait eu confiance en elle, elle n’aurait pas fréquenté le salon et n’aurait pas détruit l’environnement londonien. Oui, mais il n’y aurait pas eu d’histoire… L’auteure exploite parfaitement le culte de l’apparence avec ce Salon de beauté du futur, similaire à une cabine de chirurgie esthétique qui en plus vous coiffe, vous maquille et vous habille. Au fil du récit, on découvre que les collègues de Maureen acceptent plus facilement ses décisions parce qu’elle est belle. Et cela fait frémir ! Cela interroge alors sur la valeur qu’ils accordent aussi à l’apparence : les gens beaux seraient-ils plus intelligents ? En dehors du récit de l’héroïne, on frémit également face aux décisions qui sont prises pour « améliorer » l’environnement et qui vont à l’encontre de l’écologie : Tamise colorée et parfumée, animaux remplacés par des automates, arbres malades transformés en statues… Cela questionne la notion de naturel et d’artificiel, et le bien fondé de l’action de l’homme sur la nature. La fin de la nouvelle est triste mais prévisible autour du thème de l’addiction.

L’Homme sans rivage, Emmanuel Chastellière

Résumé : Mer Baltique, un jeune garçon issue d’une riche famille russe doit participer à un rite traditionnel de passage : le massacre de baleines, dauphins et phoques sur une plage après un rabattage par des pêcheurs. Le garçon participe à contrecoeur sous le regard dur de son père mais reste traumatisé par la journée sanglante. Des années plus tard, un pêcheur de baleines rencontre un riche duc russe sur la colonie lunaire de Célestopol suite à une demande particulière du Duc. Nikolaï a un projet fou et seul ce chasseur rustre pourra l’aider…

Mon avis : Le fait que la nouvelle contienne deux histoires qui au départ semblent sans rapport m’a un peu remplie de perplexité. Ce n’est qu’à la fin du récit que j’ai pu assembler les récits et trouver leur cohérence. Le sujet abordé ici est la préservation des animaux marins face aux traditions séculaires de la pêche intensive et du rite de passage évoqué plus haut. Mais aussi la colonisation de la lune par les hommes et son indépendance à venir vis à vis de la Terre. Encore une fois, les riches humains s’éloignent des problèmes de la Terre pour créer une nouvelle utopie sur une autre planète et « oublier » les problèmes de pollution de leur lieu de naissance. Le Duc Nikolaï, avec ses fêtes fabuleuses souhaite surtout gagner la sympathie du peuple et réaliser ses rêves plus philanthropiques en se tournant vers l’avenir. A l’inverse, le chasseur Erland préfère conserver les traditions séculaires, s’enrichir personnellement et rester dans le passé. Cette opposition entre les deux personnages est le reflet de celle que nous connaissons aujourd’hui vis à vis de l’écologie. A noter que cette nouvelle se situe dans l’univers de Célestopol, développé par l’auteur dans ses deux romans du même nom. Elle m’a donné envie de les découvrir alors que de prime abord, je ne suis pas portée sur la conquête spatiale, même rétro-futuriste…

Fengshui et vapeur de jade, Romain d’Huissier

Résumé : Chine uchronique, le maître-géomancien Ming Zhi est convoqué sur un chantier avec sa garde du corps Li Zhan pour enquêter sur des sabotages perpétrés par des fantômes ou des esprits malveillants. En tant que responsable du Feng Shui dans les environnements sacrés, il est habilité à déterminer si un chantier doit se poursuivre ou non, si les esprits d’un lieu sont trop perturbés par la modernité. L’enquête va l’emmener à s’interroger sur le commerce florissant de la jade rouge, utilisée ici comme nouvelle énergie dans des technologies avancées.

Mon avis : C’est ma nouvelle préférée du recueil. Elle m’a donnée envie de découvrir l’univers de Romain d’Huissier par la suite. J’ai apprécié le personnage de Ming Zhi avec son sens de l’humour et sa perspicacité digne d’un Hercule Poirot chinois. J’ai adoré Li Zhan avec son côté rustre et ses manières très libérées. Il est rare de voir un personnage féminin abordé sous le métier de garde du corps et la proposition est assez réussie. L’intrigue policière ressemble à un roman d’Agatha Christie : le final fait place à des rebondissements intéressants que l’on ne voit pas venir. L’univers aussi interroge avec l’utilisation de cette nouvelle énergie qui pousse les hommes à s’enrichir au détriment de la nature. Heureusement que Ming Zhi veille au grain ! Le thème abordé ici reste surtout le massacre des arbres et de la nature, avec les esprits qui y sont associés, au nom de la modernité. Une manière de réfléchir une fois de plus à nos actions environnementales. A noter qu’il s’agit d’un rare récit steampunk situé dans un environnement asiatique. Traditionnellement, les récits se déroulent plutôt à Londres à l’époque victorienne. Ici, la transposition est réussie avec brio. Je serais curieuse de lire d’autres enquêtes de ce duo d’enquêteurs dont la personnalité m’a beaucoup marquée.

En conclusion : Ecologie et folie technologique est une anthologie de nouvelles steampunk assez intéressante qui fait réfléchir sur sur nos actions vis à vis de l’environnement à travers des univers uchroniques. Si les styles et les univers des auteurs semblent différents, l’ensemble est plutôt homogène et se prête très facilement à la découverte de la littérature steampunk. De manière général, le ton global du recueil est dystopique mais la dernière nouvelle vous redonnera rapidement le sourire. Je vous recommande chaudement de découvrir ce recueil pour goûter un peu au steampunk, surtout si vous préférez les lectures courtes.

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Parlons Steampunk #3 : L’automate

Quelle est la place de l’automate dans la littérature steampunk ? Sous quelle forme apparaît-il ? Possède-t-il des qualités humaines ? Quelle est son origine ? Telles sont les questions auxquelles j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/03/2021. Dans ce troisième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans steampunk qui abordent de manière différente la figure de l’automate pour vous en montrer les différentes facettes.

L’origine de la figure de l’automate en littérature steampunk

Note : je précise que je ne suis pas spécialiste en science-fiction et que pour réaliser cette première partie, j’ai dû réaliser des recherches sur le sujet. Les hypothèses que je dégage sur l’automate n’engagent que moi.

Avant le steampunk, le cyberpunk

Pour revenir à mon introduction à la définition du Steampunk (cf Parlons Steampunk #1), le steampunk littéraire a été créé comme une blague en réaction au cyberpunk par trois auteurs américains. Ces derniers ont imaginé transposer des thématiques du cyberpunk à l’époque victorienne.

Or, dans le cyberpunk, il est souvent question de robots : des robots avec des pensées humaines, des humains dans des robots, des robots dont on se demande s’ils sont humains…

C’est donc tout naturellement que l’on retrouve cette thématique dans la littérature steampunk avec la figure plus archaïque et moins moderne du robot : l’automate.

Mais pour retrouver l’origine des questionnements qui existent vis à vis des robots ou des automates, il faut creuser aux bases de la littérature de Science-Fiction, avec Isaac Asimov.

Avant le cyberpunk, Isaac Asimov et les lois de la robotique

Isaac Asimov est un écrivain américain d’origine russe, et un professeur en Biochimie à l’Université de Boston qui a vécu de 1920 à 1992. Auteur prolifique, il a écrit une œuvre composée d’environ 500 livres de Science-Fiction ainsi que d’ouvrages de vulgarisation scientifique dans plusieurs domaines (astronomie, biochimie, etc…).

Avec son Cycle des robots publié entre 1967 et 1988, il a posé les bases des romans ayant pour sujet les robots avec les trois lois de la robotiques :

  •  Première loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » 
  • Deuxième loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. »
  • Troisième loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Une loi zéro viendra s’ajouter par la suite dans ses écrits : « Un robot ne peut ni nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal ».

Tout l’objet de la littérature d’Asimov est de se faire confronter ces lois dans ses fictions, ainsi que leurs contradictions. Elle constitue également une base de réflexion qui a fait évoluer par la suite la Science de la Robotique que nous connaissons aujourd’hui, preuve que la littérature peut être à la base d’innovations dans notre réalité.

C’est cette base que l’on retrouve dans le cyberpunk, puis par la suite dans le steampunk. On peut y noter en filigramme une critique du racisme si l’on considère le robot comme une figure de l’étranger.

L’évolution dans la littérature steampunk contemporaine

Si la notion de création est déjà présente dans les romans fondateurs du steampunk comme Homonculus de James Blaylock avec la figure de l’homoncule (=un petit être issu du végétal et éveillé grâce à un procédé alchimique), son éclosion a lieu plus tard avec des récits plus contemporains mettant en scène des automates.

Dans l’imaginaire rétro-futuriste, l’automate est présent pour son côté esthétique (rouages apparents, rouille), et les questions qu’il soulève vis à vis de sa création.

La plupart des romans steampunk interrogent la figure de l’automate sous plusieurs niveaux :

  • la nature de l’automate : est-il vivant ? se considère-t-il comme humain ? comment est-il construit ? est-il immortel ?
  • les conséquences de l’existence de l’automate pour les humains : Est-il un danger ou une aide ? Remplace-t-il un humain pour ses tâches ingrates (= question de la lutte des classes) ou dans ses relations amoureuses (= question des relations humaines) ?, comment est-il accepté dans la société ? comment les hommes l’utilisent ?

Il est intéressant de constater que les lois de la robotique sous-tendent l’ensemble de ces questions, tout en ajoutant d’autres thèmes propres aux romans steampunk : la lutte contre les inégalités sociales, l’intérêt pour l’évolution scientifique et le progrès, le féminisme, l’esthétique rétro-futuriste, le voyage imaginaire.

Afin d’illustrer mon propos, je vous propose d’étudier plusieurs cas d’automates dans quatre romans steampunk. Je précise que cette liste n’est pas exhaustive car elle est issue de mes lectures personnelles.

Si vous connaissez d’autres romans évoquant des cas différents d’automates, je vous invite à les indiquer en commentaire de cet article pour les faire découvrir. 😉

L’homme-automate et les automates vivants : La trilogie des Récits des mondes mécaniques de Marianne Stern, éditions du Chat noir

Un roman où l’action se situe dans une Allemagne uchronique où la construction des automates est réalisée par des orfèvres, ceux qui naissent avec ce don de créer en insufflant une partie de leur âme dans leurs créations. On y abordera trois thèmes en lien avec l’automatie : l’homme mécanisé qui a perdu son humanité, la mécanique qui rend vie aux morts et les créations quasi vivantes grâce à la magie et l’âme de celui qui les a construites.

L’intrigue du tome 1, Smog of Germania : Germania, début des années 1900, capitale du Reich.
À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre. Une poursuite infernale s’engage dans les rues et les cieux de Germania le jour où la fille du Kaiser échappe de peu à une tentative de meurtre. Objectif : retrouver les commanditaires. La chose serait bien plus aisée s’il ne s’agissait pas en réalité d’un gigantesque complot, qui se développe dans l’ombre depuis trop longtemps.

Ce qu’on en retient :

La trilogie des Récits du monde mécanique raconte trois histoires mettant en scène des personnages récurrents, mais dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Le personnage central s’avère être Maxwell, un créateur de génie et aussi pirate de l’air, à la solde de l’empereur Wilhem. Au fil des tomes, il sera pourchassé pour son art à des fins militaires car l’Europe est en guerre : le Reich, la France et l’Angleterre essaient de conserver leurs territoires à n’importe quel prix et en cela les orfèvres sont très recherchés.

Le premier tome situé en Allemagne tourne autour d’un complot politique visant à détruire l’Empereur. Sa fille Viktoria, aidée de son garde du corps Jérémiah, va enquêter et découvrir des choses qu’elle n’aurait pas soupçonnées concernant sa famille.

Le roman fait la part belle aux personnages masculins plus travaillés que les féminins et à une atmosphère crasseuse de pollution.

L’auteure nous présente Viktoria comme une jeune fille capricieuse et naïve en opposition à Maxwell charmeur et mortel ou Jéremiah d’aspect repoussant mais au coeur tendre.

L’univers n’est pas rose et intègre un questionnement sur les classes sociales : en haut les riches disposant de l’air pur, en bas les pauvres noyés dans la pollution des usines. On s’interroge également sur les capacités mentales de l’empereur et son aptitude à gouverner du fait de ses lubies de construction démesurées qui ne prennent pas en compte le bien-être de son peuple.

A côté de son intrigue pleine de suspens, Marianne Stern développe une réflexion sur les automates et leur créateur sur plusieurs niveaux.

Dans son univers, créer des automates est tout d’abord un don, qui s’acquiert en naissant et se perfectionne avec le temps. Mawxell en a hérité et quand il réalise un automate : fleur, oiseau, vaisseau… il met une partie de son âme littéralement dans sa création, lui conférant à la fois un aspect magique, mais surtout un réalisme vivant. Le revers est que si son âme est noire, corrompue, les automates le seront tout autant. Pire, ils seront reliés à lui. On s’en rendra vite compte dans le troisième tome Realm of Broken Faces.

Les automates servent exclusivement les intérêts de la guerre, en tant qu’armes ou améliorations techniques pour s’entretuer. Cette utilisation atteindra son paroxysme dans le troisième tome avec des automates créés à partir de déchets de métal qui n’ont même plus l’apparence humaine mais tout juste une parodie grotesque.

L’autre utilisation des automates proposée par l’auteur est celle de ramener les morts à la vie par le biais de la nécromancie. Comme la création est liée à la magie des orfèvres, cela était prévisible. Mais dans quel but vouloir ressusciter les morts ? Ici, il sera question d’un amour perdu qu’on ne veut pas laisser partir. Si derrière l’intention de création, il y a l’impossibilité de réaliser son deuil, le résultat sera désastreux : un automate vidé de son humanité, parodie de l’être humain qu’il était.

Le dernier aspect que nous fait étudier l’auteure dans sa trilogie est la reconstruction d’un être vivant avec des parties mécaniques à travers le personnage de Jérémiah. L’homme de main de Viktoria n’a pas toujours été à moitié automate, il était de chair et de sang. Suite à des circonstances particulières que j’éviterai de vous dévoiler, Maxwell l’a réparé avec des éléments mécanique pour lui permettre de vivre. Mais son humanité s’en est trouvée affectée. Amélioré avec un oeil mécanique qui lui permet de voir l’invisible, et un coeur mécanique qui l’enchaine au Reich, il est devenu un exécuteur froid et très efficace. Cependant, il souffre de son aspect repoussant qui l’empêche de mener une vie normale d’homme. Il lui faudra l’amour d’une jeune femme pour enfin s’humaniser.

Avec ce personnage, on s’interroge sur les limites de l’humain : où la partie automate commence ? où celle humaine s’arrête ? Loin d’un automate complet, on est face à un hybride avec une base humaine assez complexe, beaucoup plus qu’un simple homme doté d’une prothèse. On se demande aussi s’il n’aurait pas atteint une forme d’immortalité avec ses améliorations profondes.

Pour faire un parallèle avec d’autres romans qui traitent des mêmes thèmes :

On retrouve cette thématique des automates vivants dans Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway, déjà évoquée dans Parlons Steampunk #1, où l’héroïne insuffle la vie à ses créations mécaniques avec de la magie.

Quant à l’homme modifié mécaniquement, il trouve un écho dans le roman steampunk Rouille, de Floriane Soulas, avec un tueur en série modifié et une mode des greffes d’implants mécaniques parmi les riches. J’évoquerai plus en détail ce roman dans un article consacré au steampunk au féminin.

Si vous souhaitez un retour complet sur la trilogie, je vous invite à lire mes chroniques complètes de Smog of Germania, Scents of Orient et Realm of Broken Faces dans ma rubrique Lecture et sur le site de French-Steampunk.fr.

L’automate qui cherchait son identité : Le club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon, éditions du Chat noir

Ce roman se présente comme la suite directe de L’Eve future de Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, un classique de la littérature française qui évoque la création de la femme parfaite mais mécanique. On y retrouve l’automate/andréïde Eugénia qui a perdu la mémoire et qui, découvrant sa nature, part à la recherche de son créateur. Elle sera aidée dans sa quête par un cercle d’érudits et d’aventuriers.

L’intrigue : Quand la jeune Eugénia trouve refuge dans la maison du professeur Brussière, physicien en retraite dirigeant un petit cercle d’érudits, elle ne révèle pas immédiatement son extraordinaire nature : elle n’est pourtant autre que l’andréïde, la première femme artificielle, prodige d’une mystérieuse technologie décrite par Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future. Avec l’aide du professeur et des membres du cénacle, un étudiant passionné, un dandy mélomane, un aventurier aguerri et une voyante excentrique, Eugénia part en quête des secrets de sa conception, car une question obsessionnelle occupe son esprit : une machine peut-elle posséder une âme ?

Ce qu’on en retient :

Dans cette intrigue aux allures de roman scientifique à la Jules Verne, on abordera deux thèmes associés à l’automate : la création de l’automate et les questions associées à son humanité, mais aussi le phénomène de biomutation qui accompagne Eugénia.

Le roman est construit autour du personnage d’Eugénia et de la résolution de son mystère avec plusieurs histoires qui nous emmènent dans différents lieux du globe par le biais des membres du cénacle : Paris, Londres, Ceylan, Héraclite (une ville imaginaire scientifique). Il alterne les passages de fiction, et les correspondances entre les différents personnages, le journal intime d’Eugénia ou encore les notes scientifiques du Professeur Brussière.

La création d’Eugénia trouve son origine première dans celle de la femme parfaite : belle et intelligente. C’est celle qui est racontée dans l’Eve future, où un riche aristocrate amoureux d’une cantatrice belle mais stupide demande à Thomas Edison de lui construire une automate qui lui ressemblera en comblant ses lacunes.

On y voit donc une forme de peine de coeur masculine devant une imperfection décelée chez l’être aimé mais cela va plus loin chez Marie-Lucie Bougon. La cantatrice mourra par la suite transformant l’histoire initiale en envie de ressusciter les morts. L’automate sera là pour combler une absence, un vide et l’impossibilité de faire son deuil (comme chez Marianne Stern). Mais aussi plus trivialement pour combler un besoin sexuel, transformant l’automate en prostituée mécanique.

Cependant, afin de déterminer si Eugénia est humaine, il lui faudra réaliser des recherches scientifiques sérieuses : interrogation des esprits avec la voyante Barberine, capacité à aimer un humain avec Eusèbe d’Orlille, capacité à réfléchir par elle-même, à être acceptée de tous comme un être humain. En se remémorant son passé, on comprend qu’elle est capable de prendre des décisions pour s’assurer de sa survie et surtout de refuser des actions pour lesquelles elle a été créé.

A côté du personnage d’Eugénia, le professeur Brussière étudie le procédé de Biomutation qui serait un phénomène selon lequel les objets mécaniques prendrait vie. Eugénia serait aussi capable de donner vie à des objets mécanique en transposant son propre flux dans ces derniers. Cependant, je n’ai personnellement pas compris l’origine de cette énergie et la manière dont elle fonctionne. Elle m’a fait penser aux objets japonais qui prennent vie après 100 ans sans qu’on sache pourquoi.

Mais ce phénomène apporte un nouvel attrait au personnage de l’automate : il est capable lui aussi de donner vie à d’autres automates, le transformant ainsi en créateur.

Enfin, le roman aborde le thème de l’industrialisation et de la lutte contre les inégalités sociales avec le personnage de Honoré de Froimont qui souhaite remplacer les humains domestiques par des automates parfaits. Mais pour lui la perfection réside dans le fait que l’automate ne prend pas vie et réalise les tâches qui lui sont demandées. En ce sens, il souhaite libérer l’humanité du travail pour réfléchir au fonctionnement de l’humanité. Reste à savoir si l’humanité est prête pour cette évolution et si l’on est à l’aise avec des robots sans âme programmés pour des plaisirs sexuels.

Si vous souhaitez un retour plus complet sur ce roman, je vous invite à lire ma chronique complète rubrique Lecture.

L’humain qui était amoureux d’un automate : Eros Automaton, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir

A la fois roman policier et romance, Eros automaton aborde plusieurs thèmes autour de l’automate dont comment les hommes réagissent à son intégration dans la société : objet d’utilité, symbole de richesse, voleur d’emplois, être digne d’amour. Nous suivrons deux intrigues qui finiront par se rejoindre : l’enquête de l’inspecteur Bouquet face à un attentat pro-humain et l’histoire d’amour entre un humain et un robot.

L’intrigue : Quand le Palais des Expositions de Parisore accueille le Salon Galien d’Automatie, c’est toute la capitale qui vit à l’heure des automates, quitte à chambouler quelques destins au passage. Un attentat en plein concours de modélisation met l’inspecteur Balthazar Bouquet sur la piste d’une mystérieuse organisation pro-humaine alors même que sa sœur Adélaïde devient une célébrité dans le monde de l’automatie. Quant à Agathe Lepique, couturière timide et amie de toujours des Bouquet, elle voit sa vie transformée lorsqu’elle est embauchée dans l’atelier d’Edgar Weyland, un ingénieur de génie aussi énigmatique que séduisant. Son projet: créer la femme parfaite pour jouer le premier rôle dans un opéra romantique… Des salles de bal étincelantes aux bas-fonds de la ville, Balthazar et Agathe vont découvrir à leurs dépens que l’amour, la vengeance et la haine ne sont pas réservés qu’aux êtres de chair et de sang.

Ce qu’on en retient :

Dans l’univers de Clémence Godefroy, les automates sont présents comme domestiques dans les maisons les plus riches. Ils sont facilement reconnaissables malgré leur apparence presque humaine car ils possèdent deux yeux de couleurs différentes. Leur création et évolutions technologiques font l’objet d’un concours entre les étudiants de l’Institut Supérieur d’Automatie, permettant au gagnant de trouver du prestige à sa sortie d’études.

Dans ce roman, nous suivrons trois personnages : Adélaïde Bouquet, seule étudiante féminine de l’Institut, son frère Balthazar Bouquet qui va enquêter sur l’attentat du Salon, et Agathe Lepique l’amie discrète d’Adélaïde, couturière de talent embauchée chez un créateur d’automate.

Outre les questions autour des automates, il sera ici question de romance, de condition féminine dans une société patriarcale et d’enquête policière.

Pour revenir à la question des automates, Clémence Godefroy aborde deux sujets principaux évoqués en introduction de cet article : la nature de l’automate et les conséquences de sa création.

Nous ferons face à plusieurs couples composés d’un humain et d’un automate qui s’aiment et souhaitent se marier en dépit des convenances, ce qui amènera à s’interroger sur le côté humain de l’automate : ressent-il des émotions ? sa sophistication est-elle étendue au point de le faire devenir humain ou ses actions sont-elles programmées par une mémoire qui se répète ? Son humanité a-t-elle des limites ?

Le fait d’aimer un automate pourra sembler une hérésie aux yeux de certains humains, y compris remplacer des ouvriers par des machines ce qui engendrera une montée de violence et la constitution d’une cellule terroriste pro-humain cherchant à nuire aux automates.

A terme, le danger évoqué est de ne plus savoir reconnaître un humain d’un automate, au fil des avancées technologiques, surtout si les yeux des automates deviennent de la même couleur. De manière triviale, c’est l’extinction de la population qui est soulignée car impossible de se reproduire avec un automate. Il est intéressant de constater que finalement, les pro-humains prôneront quelques arguments religieux dans leurs revendications fanatiques.

En dernier lieu, on touche du doigt à la fin du roman à des questions d’immortalité humaine grâce à la technologie. Sans vouloir trop en dévoiler, le niveau de sophistication des automates sera tel qu’un transfert d’identité sera possible dans un automate. Mais l’immortalité a-t-elle du bon pour les humains?

Si vous souhaitez un retour plus détaillé, je vous invite à lire ma chronique complète sur le roman dans ma rubrique lecture.

L’automate qui était humain : Confessions d’un automate mangeur d’opium, Fabrice Colin et Matthieu Gaborit, éditions Bragelonne [ATTENTION SPOILERS]

Difficile d’aborder ce roman sans vous dévoiler son dénouement en lien avec l’automate. Donc si vous ne l’avez pas déjà lu et que vous ne souhaitez pas vous faire spoiler la fin, je vous invite à vous arrêter ici et de passer directement au paragraphe de conclusion de cet article.

Ici, il sera question d’enquête policière, sur fonds d’expériences scientifiques avec des ramifications politiques et militaires. Le rapport avec l’automate sera lié à sa conception : mi-homme, mi- mécanique, grâce à un procédé associant l’énergie de l’éther. Un cyborg avant l’heure en somme…

L’intrigue : Paris, 1889…L’industrie, portée par la force de l’Éther, a révolutionné le monde. Le ciel bourdonne de machines volantes, les automates sont partout qui agissent au service des hommes, hommes qui communiquent entre eux par téléchromos d’un continent à un autre. Dans cette ville moderne où s’ouvre une éblouissante Exposition Universelle, une jeune comédienne, Margo, aidée de son frère psychiatre, enquête sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie et d’un singulier personnage créateur de robots…

Ce qu’on en retient :

Ce roman est l’un des premiers romans steampunk français qui a importé le genre en France dans les années 2000. Il s’agit d’une enquête policière écrite à quatre mains, mettant en scène un duo de détectives improvisé : Théo un docteur aliéniste de l’hôpital Saint-Anne à Paris et de son agaçante soeur Margo, comédienne.

Sans être très subtil dans ses rebondissements, il propose une intrigue ayant pour point de départ le meurtre d’une jeune femme par un automate « pensant ». Or, les automates ne sont pas censés faire de mal aux humains, ce qui remet en cause toute leur société où les automates remplacent les humains pour les tâches ingrates.

L’affaire les fera rencontrer Villiers de l’Isle l’Adam, auteur du roman l’Eve Future, ainsi qu’un créateur d’automates fou. A eux deux, ils auront l’utopie de créer un être immortel, éliminant vieillesse et souffrance, pour permettre aux artistes de continuer à créer éternellement et à l’ensemble de l’humanité de vivre à pied d’égalité.

Or, la réalité de cette utopie sera moins glamour et surtout peu éthique. La méthode utilisée pour devenir immortel sera de transposer son cerveau dans un corps d’automate, grâce à un procédé utilisant comme énergie l’éther. L’éther étant censé effacer la mémoire et la souffrance des individus.

La question des propriétés de l’éther sera abordée à plusieurs reprises, marquant le roman comme steampunk à travers l’utilisation de cette nouvelle énergie : à des fins militaires, à des fins d’utilité publique, et surtout comme danger potentiel pour la population. Théo en a fait son sujet d’étude et soigne des patients qui ont été mis en contact avec l’énergie, similaire à un élément radioactif.

Loin de ces préoccupations, le créateur fou profitera de ses découvertes pour vendre des armées d’automates pensants à plusieurs pays en guerre, induisant l’idée d’une armée éternelle composée des cerveaux de soldats morts au combat, transposé dans des corps de métal. On sent ici l’influence des Cybermen de la série britannique Docteur Who.

Mais il y aura bien sûr un hic ! L’opium empêche l’effacement de mémoire du patient, et utiliser le cerveau d’un ancien soldat toxicomane échappé d’un massacre pour créer un automate pensant aura de graves conséquences. Un homme fou le reste même si son corps est devenu de métal.

Notons au passage qu’il n’a pas été demandé au soldat son consentement pour vivre éternellement dans un corps d’automate, ce qui pose des problèmes éthiques au niveau scientifique, et émotionnellement compliqués pour le soldat en question à son réveil.

Enfin, le roman abordera aussi un amour impossible et non-réciproque entre l’automate et son aimée. Aurélie sera attirée par l’être de métal capable d’écrire de magnifiques poèmes, mais ne souhaitera pas aller plus loin dans son exploration, rendant encore plus fou l’automate.

A travers cette histoire, c’est plutôt un film d’horreur qui nous est montré avec la figure de l’automate, et les limites des avancées technologiques sous couvert d’une utopie.

Que retenir concernant la figure de l’automate par rapport au roman steampunk ?

L’automate des romans steampunk trouve son origine dans la figure du robot, présente dans le cyberpunk. Il interroge les lois de la robotique énoncées par Asimov dans son Cycle des robots tout en mélangeant des thèmes propres au steampunk.

C’est une figure récurrente qui peut apparaître en arrière plan dans le décor pour apporter une touche rétro-futuriste, ou être le sujet principal des romans steampunk.

Les thématiques qu’il véhicule touchent à sa nature ou aux raisons/conséquences de sa création. Il met l’accent sur des thèmes déjà présents dans le steampunk comme l’inégalité sociale, l’industrialisation massive, les dérives des expériences scientifiques. Il peut aussi aborder la question de l’immortalité ou interroger ce qui nous rend humain.

Dans les romans steampunk, son humanité relève souvent de la magie ou d’une énergie nouvelle qui le transforme pour le rendre égal à l’homme. Ou être le résultat d’une expérience scientifique défiant toute éthique. On trouvera ainsi différents types d’automates ou d’humains modifiés selon les histoires mais avec des thèmes récurrents.

Comme je ne peux pas aborder tous les romans steampunk qui abordent le thème de l’automate dans cet article, je vous invite à consulter ma liste de suggestions de lecture associée sur Babelio.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman steampunk mettant en scène un automate, pour poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Rouages et humanité,

A.Chatterton

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Ex Dei, Damien Snyers, éditions ActuSF

Après la Stratégie des As, j’ai retrouvé avec plaisir James, l’elfe voleur et Marion, l’Historienne immortelle. Loin d’une nouvelle histoire de braquage, l’auteur nous embarque pour une autre aventure où le danger sera omniprésent et où les personnages renoueront avec leur passé. Un service presse que j’ai beaucoup apprécié et pour lequel je remercie les éditions ActuSF.

Résumé : Dans un monde où se mêlent machines à vapeur, magie et trolls, une humaine et un elfe tentent de sauver leur peau. Elle, membre d’une organisation secrète en possession d’un artefact convoité, lui, gentleman cambrioleur aux yeux plus gros que le ventre. Mais que peut-on faire face à un homme qui ne veut pas mourir ?

Mon avis :

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu La Stratégie des As ou la nouvelle gratuite Les Cambrioleurs rêvent-ils de dinosaures mécaniques pour apprécier cette nouvelle aventure. De nombreux rappels sont réalisés par l’auteur tout au long du récit qui vous permettent de ne pas être perdus.

Néanmoins, je vous préconise de lire La Stratégie des As avant Ex Dei, car Ex Dei est une suite directe (même si ce n’est pas présenté comme tel) et vous risquez de vous spoiler une bonne partie de la première aventure. 😉

Vous pouvez retrouver mon avis sur le premier opus et la nouvelle en cliquant sur les liens des titres ci-dessus.

Une double intrigue à deux voix

Damien Snyers nous propose un roman basé sur deux personnages qui vivent deux aventures séparées pour mieux se retrouver.

Après La Stratégie des As, où James avait réalisé un braquage audacieux qui l’avait rendu riche à millions, le voleur a décidé de se ranger en Afrique avec Mila, un membre de sa bande afin de profiter du bon temps. Mais les vieilles habitudes ayant la vie dure, il va tenter un casse pour le plaisir… qui va très mal se terminer et l’obliger à fuir. Car James est recherché, mais il ne sait pas par qui, et c’est ce qui va nous tenir en haleine pendant la première moitié du récit.

Pendant ce temps, Marion, immortelle, télépathe et appartenant au Cercle des Historiens (organisation secrète oeuvrant pour la collecte de l’Histoire du monde de façon objective), a décidé de divorcer de son mari après 10 ans de mariage. Retrouvant son indépendance, elle est victime d’une tentative de vol sur l’artefact qui permet au Cercle de rester immortel, puis constate que quelqu’un cherche à les infiltrer et à les détruire. Elle va alors demander l’aide de James, sans se douter que de son côté, il est aussi en danger.

L’intrigue, pleine de suspense, est proposée du point de vue de chacun des deux personnages principaux. Cela apporte du dynamisme au récit, nous faisant naviguer d’une histoire à une autre.

On découvre le fonctionnement de la société des Historiens, ce que sont devenus les membres de la bande de James (occasionnant des sous-intrigues), et une partie de l’univers jusque là inconnu : une version revisitée de l’Afrique à la sauce magico-steampunk, qui change de l’atmosphère glauque de Nowy Krakow d’où viennent la plupart des personnages.

L’auteur nous plonge dans un univers magique avec des mages qui apportent la technologie au peuple et régulent la météo. Il y ajoute quelques éléments steampunk comme des moyens de transports incongrus : Calèches automatisées à vapeur, Araignées géante de course… Ici la magie est l’énergie qui permet aussi à certaines inventions de fonctionner comme la machine à glaçons ou le coffre-fort avec dimension temporelle.

Cependant, malgré un récit riche et dynamique, j’ai trouvé trois bémols à cette intrigue :

Tout d’abord, le commanditaire qui cherche à tuer James est vite trouvé et son histoire réglée en milieu de roman. J’aurais aimé plus de développement ou de rebondissements, et cela m’a laissé sur ma faim, même si je comprend la logique de l’auteur : c’est en fait un retour de bâton que subit James pour ses actions passées.

Ensuite, en deuxième partie de roman, quand les deux personnages se retrouvent, j’ai trouvé ennuyeux le fait de relire la même scène du point de vue de chacun. Cela apportait parfois des éléments supplémentaires, mais rallongeait considérablement la durée de l’histoire. De plus, parfois il m’a fallu un petit temps d’adaptation selon les paragraphes pour comprendre quel point de vue était abordé.

Enfin, la résolution finale très abrupte m’a laissée pantoise. L’auteur utilise le procédé du Deus Ex Machina (au sens propre) que j’ai trouvé maladroit. J’ose espérer un troisième volume afin de laisser les nombreuses questions en suspens car c’est impossible de laisser cette histoire se terminer ainsi.

L’approfondissement de deux personnages

Dans ce deuxième opus, on sent une volonté de l’auteur de développer davantage ses deux principaux protagonistes, contrairement au premier où il était question d’une esquisse pour mieux se concentrer sur l’action.

Ici, Damien Snyers nous propose le portrait d’un elfe voleur qui est devenu plus mature, plus soucieux des autres, depuis qu’il est devenu riche. De crève-la-faim, il est devenu Robin des Bois mais le manque d’activité physique l’a rendu moins alerte, malgré la subsistance de ses principes de voleurs.

Avec l’opulence, James prend le temps de l’introspection et cela se ressent dans le récit : il repassera au village de son enfance se renseigner sur ses parents, réalisera un pèlerinage sur la tombe de son ancien mentor, retrouvera ses anciens amis, ne s’engagera plus dans une vie de débauche…

Le fait d’être recherché va le faire sortir d’une zone de confort qu’il avait du mal à assumer, et il sera presque content de fuir, même si le besoin de souffler se fait ressentir par moments, preuve que finalement, il s’était peut-être habitué à la vie de riche.

Ses actions seront plus réfléchies à cause de son âge et il se rendra compte que l’argent peut aider à se sortir de situations compliquées avec moins d’efforts.

A côté de James, Marion réalise également une introspection, mais sur sa vie d’immortelle. En se séparant de son mari, elle se rend compte qu’elle ne peut rester avec le même homme plus de 10 ans et espère trouver un compagnon qui renversera cette tendance. Avec son exemple, l’auteur interroge aussi la manière de vivre quand on a plusieurs siècles, et de pouvoir encore évoluer malgré tout, pour soi, et au contact de l’autre.

Par ailleurs, le don de télépathie de Marion sera abondamment abordé pendant le récit et de façon très intéressante : les cerveaux des gens sont comparés à des maisons mentales avec des pièces à souvenirs, des salles de commandes, des éléments effrayants. Et en fonction de la personnalité de chacun, la maison sera différente : délabrée, luxuriante, labyrinthique… ce qui donnera un aperçu de personnages avant même qu’ils n’agissent dans l’histoire.

Mais ce don ne va pas sans heurts : migraines, fatigue sont les maux qui accompagnent l’utilisation de son pouvoir par Marion. On questionnera aussi son don à des fins lucratives en lui demandant de devenir un outil pour connaître les secrets des autres Historiens afin de se prémunir de toute menace (ce qui va à l’encontre de son éthique, de la vie privée des autres et de ses relations avec eux).

Un univers magique qui interroge notre réalité

Avec Ex Dei, et sous couvert d’un univers magico-steampunk, l’auteur distille quelques éléments de réflexion à l’intention du lecteur, qui interroge sa réalité.

La question du racisme envers les êtres magiques et les métisses déjà présente dans La stratégie des As, est à nouveau rappelée à travers le personnage de James, mais aussi de Jorg, le troll, et Elise, une demi-elfe qui a ouvert un club réservé aux métisses. Dans cet univers, à moins d’être riche, les elfes sont méprisés et invisibles aux yeux des humains, les trolls ont le statut de meubles et peuvent être exécutés ou rien, et les métisses, êtres stériles sont à peine tolérés. L’existence du Club d’Elise reste fragile, et une demi-elfe enceinte peut se voir privée de ses droits si les mages estiment qu’elle peut être un bon sujet d’expérience.

Les mages sont présentés d’ailleurs comme des scientifiques dangereux, imbus de leur personne, obsédés par les plaisirs, et au-dessus des lois car ils apportent la technologie à l’univers. On sent une critique universelle des puissants intouchables derrière leur exemple et la visite que leur rendra James sera assez éclairante à ce sujet.

Si l’action se déroule en majorité à Nowy Krakow, sorte de Cracovie imaginaire et dangereuse, l’auteur nous emmènera au début du récit dans une Afrique utopique où les ressources sont exploitées par les habitants, avec un fonctionnement plus développé et efficace qu’en Europe. Les cantines collectives, les immeubles de diamant et la météo non capricieuse en sont de bons exemples et nous interrogent sur notre Afrique contemporaine.

L’homosexualité et la transidentité seront aussi abordés mais avec toujours des histoires douloureuses : Mila est lesbienne mais s’est fait chasser de chez elle par ses parents à cause de ses penchants, tandis que le Lord Commandeur Obel n’a jamais pu afficher son homosexualité au grand jour à cause de son métier, forçant son compagnon Neige à se transformer en femme pour rester « conforme » à la notion de couple en vigueur à Nowy Krakow.

Enfin, le Cercle des Historiens interroge plusieurs sujets dans cette aventure. Déjà évoqué avec Marion concernant les partenaires amoureux, l’auteur parle de la solitude de ces immortels qui ne peuvent finalement vivre qu’entre eux, en groupe. L’amitié est rare et précieuse pour Marion, tout comme le fait de faire part de ses découvertes aux autres. Et le fait de rajeunir ou non peut s’avérer un choix assumé vis à vis de son identité.

Par ailleurs, Marion se pose des questions sur la manière dont son Cercle fonctionne : Est-ce que l’objectivité est réellement présente pour relater l’Histoire ou passe-t-elle par le vécu de chacun ? Est-ce le manque d’inclusion d’êtres magiques parmi les membres du Cercle leur permet d’englober l’Histoire dans sa totalité? Ce sont des questionnements que l’on retrouve concernant l’élaboration des manuels d’Histoire dans notre réalité.

En conclusion : Damien Snyers signe ici une suite réussie de son roman de braquage en mettant l’accent sur la maturité des personnages, la manière dont ils tirent des leçons de leur passé et comment ils se projettent dans l’avenir. Une intrigue où le danger est présent à tout instant, qui interroge de nombreux sujet actuels contemporains, avec une ouverture vers un troisième opus, qui je l’espère, permettra de résoudre de nombreuses questions laissées en suspens.

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Parlons Steampunk #2 : Roman policier et Steampunk

Qu’est-ce qui définit le roman policier steampunk ? Telle est la question à laquelle j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/02/2021. Dans ce deuxième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans policiers steampunk aux styles différents pour tenter d’en définir les grandes lignes .

Comment définir le roman policier steampunk ?

Commencez par une intrigue historique ou uchronique

La majorité des romans steampunk ont pour cadre l’Epoque Victorienne (1837-1901), ou pour la France, la période qui s’étend de la Belle-Epoque au Second Empire jusqu’au début de la Troisième République. En ce sens, la base de ces histoires ne diffère pas beaucoup d’un roman historique qui se déroulerait dans ce laps de temps, et l’on pourrait croire qu’il ne s’agit que de romans policiers victoriens.

Or, ce serait oublier la dimension uchronique du steampunk, à savoir imaginer une réalité alternative en se basant sur celle que l’on connaît. Pour cela, l’auteur introduira des éléments qui nous interpellerons sur cette réalité historique : des éléments steampunk.

Mettez quelques éléments steampunk

Dans l’épisode 1 de Parlons Steampunk, j’ai énuméré une brève définition des éléments que l’on retrouve dans les romans steampunk en partant des livres fondateurs de cette esthétique. Pour le roman policier steampunk, ces éléments ne diffèrent pas beaucoup. En voici quelques uns en lien avec les romans présentés aujourd’hui :

  • Une histoire farfelue (pour le côté « punk » de steampunk)
  • des automates, des dirigeables, des machines scientifiques improbables ou en avance sur leur temps, qui fonctionnent à la vapeur (=steam veut dire vapeur) ou à l’aide d’une autre énergie imaginaire.
  • des personnages historiques ou fictionnels en clin d’oeil ou comme héros de l’histoire
  • parfois des scientifiques fous, des créatures imaginaires (= loup-garou, vampire)
  • L’influence de Jules Verne (=les voyages imaginaires) ou de H.G Wells (la machine à remonter le temps, la lutte des classes).

Ajoutez l’influence de Sherlock Holmes

On ne peut pas nier que le personnage de Sherlock Holmes joue un grand rôle dans la plupart des intrigues policières à plusieurs niveaux. Le roman policier steampunk ne déroge pas à la règle.

Tout d’abord, il nous propose un personnage principal très intelligent, aux méthodes peu conventionnelles, affublé d’une addiction et d’un acolyte qui le rend un peu plus humain. L’enquêteur, qu’il soit détective privé, Lord mandaté par la Reine Victoria, justicier masqué ou Officier de police, montre des talents pour le déguisement, et apprécie les expériences scientifiques et/ou les avancées de son temps afin de faire progresser son enquête.

Parmi les duos d’enquêteurs régulièrement rencontrés dans les romans steampunk, il est souvent proposé une association de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme. Si ce sont deux hommes, les personnalités seront complémentaires, voire diamétralement opposées. Si une femme est présente, elle sera rabaissée au rôle d’assistante dans ces intrigues, mais elle apparaîtra régulièrement aussi intelligente que l’homme : peut-être une volonté progressiste des intrigues steampunk vis à vis de l’époque Victorienne ?

Une question se pose souvent quant au personnage de Sherlock Holmes lui-même : l’enquêteur de Baker Street serait-il Steampunk ? Dans ses dernières représentations dont le film Sherlock Holmes : Jeux d’ombres de Guy Ritchie avec Robert Downey Junior dans le rôle titre, une version plus déjantée du Détective apparaît, conduisant un véhicule à vapeur. Le réalisateur s’est inspiré de l’esthétique steampunk pour son film, cela est indéniable.

Cependant, si l’on s’en tient au Canon, qui désigne les romans écrits par Arthur Conan Doyle, les intrigues de Sherlock Holmes se situent plutôt dans une esthétique de roman historique se déroulant à l’époque victorienne. A aucun moment il ne nous est proposé un élément uchronique, et même les aspects fantastiques sont gommés par la logique implacable du détective (ex : Le chien des Baskerville).

Pour résumer, s’il inspire le steampunk comme Jules Verne et H.G. Wells, notre ami Sherlock n’en fait malheureusement pas partie. C’est du moins mon avis.

La côté protéiforme et caméléon du steampunk

Qu’il s’agisse d’un véritable roman policier ou d’une intrigue doublée d’une enquête, le steampunk a le don de se mélanger à plusieurs genres. Et c’est ce qu’il faudra retenir ici. A l’image des aspects magiques évoquée dans Parlons Steampunk #1 ou d’autres genres et styles que nous évoquerons au fil de ce programme.

Pour cette session sur le roman policier, je me suis concentrée sur des cas différents afin de montrer des types récurrents de romans policiers steampunk qui existent actuellement en France et dans les pays anglophones.

Je ne peux pas énoncer tous les romans policiers publiés à ce jour, ce n’est pas le but de cet article, mais si vous en connaissez n’hésitez pas à les indiquer en commentaire. 😉

Un roman policier steampunk classique : Les revenants de Whitechapel de George Mann, éditions Eclipse

Les Revenants de Whitechapel est un très bon exemple de roman policier steampunk de type « classique ». On y retrouve un duo d’inspecteurs mandatés par la Reine Victoria pour élucider un mystère dans une version uchronique de Londres à l’époque Victorienne, dominée par la mécanique et une épidémie de zombies.

L’intrigue : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Ce qu’on en retient :

Il s’agit du premier tome d’une série de 8 tomes dont la suite n’a jamais été traduite, alors que le roman est pourtant prometteur. Originellement publié aux éditions Eclipse, les droits ont été rachetés par les éditions Panini France. Cependant, il n’est plus réédité non plus à ce jour aux éditions Panini. Appelez ça la poisse… S’il vous intéresse, vous pouvez le retrouver dans le marché de l’occasion.

Le duo d’inspecteurs est assez complémentaire : D’un côté Lord aux allures de dandy, passionné par le laudanum et l’ésotérisme, à la constitution robuste et au flair infaillible. De l’autre, une jeune assistante plus intelligente qu’elle ne le laisse penser, au passé trouble et qui cache un secret de famille. L’auteur a le bon goût de ne pas proposer une romance entre les deux personnages, mais plutôt un rapport d’estime réciproque, chose rare dans l’univers où la société tend plutôt à discriminer les femmes.

L’intrigue est très prenante et aux ramifications multiples : une épidémie de peste rapportée d’Inde se déclare dans les quartiers pauvres de Londres et ressemble étrangement à une infestation de zombies, un crash d’aeronef conduit par un automate a lieu dans Londres alors que l’engin transportait un membre de la famille royale, des automates deviennent fou un peu partout dans la capitale et le fantôme d’un Bobby sévit dans les bas quartiers pour assassiner des criminels. Le lecteur n’aura pas le temps de s’ennuyer une seconde !

Le côté steampunk est mis en avant avec les nombreuses inventions mécaniques : aéronefs, tramway, trains à vapeur, automates. La reine Victoria survit et se déplace grâce à un fauteuil roulant qui l’aide aussi à respirer.

Mais aussi dans certains thèmes qui sont abordés dans le livre : le remplacement des ouvriers par des automates qui remet en question la valeur du travail, des automates presque vivants dont on interroge l’humanité, et surtout le traitement de femmes « hystériques » internées à tort dans les hôpitaux psychiatriques. Lutte des classes, sexisme et humanité sont donc au programme !

Le seul bémol de ce livre est qu’il est au départ compliqué d’entrer dans l’histoire car l’auteur nous présente de nombreux personnages et faits avant de faire débuter l’enquête. Tout se décante à partir du troisième chapitre quand nous faisons la connaissance des deux personnages principaux.

Pour lire ma chronique détaillée du livre, rendez-vous rubrique lecture.

Un Sherlock Holmes à la Française : La 25e heure de Feldrik Rivat, éditions de l’Homme sans nom.

Cette série en deux tomes fait partie de mes livres coup de coeur. C’est une version de Sherlock Holmes à la française, mais qui transcende même le Détective de Baker Street. L’intrigue se déroule à Paris à la Belle Epoque et mêle un duo d’agents de la sûreté complètement opposés dans leurs méthodes, face à des disparitions inexpliquées de cadavres. L’enquête leur fera affronter une société secrète mystérieuse dont l’objectif est de changer la face de l’humanité grâce à une invention scientifique révolutionnaire.

L’intrigue : Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grands frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent ! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

Ce qu’on en retient :

Feldrik Rivat possède une plume riche et un ton particulièrement saisissant et incisif. En peu de mots, il est capable de vous planter un décor, une atmosphère, un personnage. Et quel personnage !

Notre héros, le Grand Khan, Eudes Lacassagne, est le meilleur enquêteur de Paris, mais il est détesté de ses collègues, mystérieux, dangereux, muet, insaisissable. Justicier dans l’ombre, il arpente à pied la ville nuit et jour, a pour animal de compagnie un moineau, entretient son allure avec soin, et possède des habitudes étranges comme prendre son dîner dans un bordel en jouant les voyeurs invisibles. Mais voilà que le chef de la sûreté lui attribue un partenaire, un bleu : Louis Bertillon, à l’opposé total d’Eudes. Bavard, soucieux de son confort, passionné de sciences, il va s’avérer un allié précieux… mais après avoir subi un apprentissage sévère de son partenaire.

L’intrigue commence par la disparition de cadavres, ou de pouces d’êtres bien-vivants ! Puis, plusieurs faits viennent se mélanger à l’affaire sans lien apparent : des chrysanthèmes noirs sont retrouvés sur des tombes de personnes célèbres, un spectacle étrange a lieu dans le cabaret d’illusions de George Méliès, un individu un peu fou appartenant à une société secrète contacte le duo pour demander protection…

L’enquête est dense, et surtout en deux tomes, faisant apparaître un troisième personnage dans le tome 2 : une espionne agent double au service du gouvernement français et d’une autre société secrète. Si on début on ne comprend pas comment tous ces faits peuvent se rejoindre, on finit par y voir plus clair à un moment donné.

Le côté steampunk se veut discret dans cette série et n’est pas évident au départ. Outre l’époque choisie, on notera des références à des personnages historiques comme Gustave Eiffel, le Docteur Charcot, Georges Méliès. Certaines thématiques steampunk récurrentes sont présentes : la place des femmes dans une société patriarcale, l’ésotérisme, la lutte des classes, les sociétés secrètes. Enfin deux éléments scientifiques imaginaires nous ancrent dans cette esthétique rétrofuturiste : le cabaret des illusions de Monsieur Méliès, rempli d’automates féminins; ainsi que la machine créée par la société secrète du Chrysanthème noir qui sera à l’origine d’un bouleversement de la société telle qu’on la connaît.

L’auteur fait beaucoup évoluer ses personnages au fil des deux tomes : Louis va s’endurcir, Eudes va s’adoucir. On découvrira également les secrets que cache Eude sur lui et sa famille et qui définissent son identité.

Il propose aussi une critique des méthodes de police un peu douteuses de cette époque imaginaire et surtout le manque de moyens et de bons agents : le service d’empreintes digitales est balbutiant, les locaux insalubres, les collègues peu compétents et le chef de la sureté subit une pression politique pour résoudre l’affaire le plus vite possible au détriment de la vérité.

A noter qu’un tome intitulé Paris Capitale a été écrit par l’auteur pour raconter des années après, le bouleversement occasionné dans la société française à l’issue du tome 2. De plus, une bande-dessinée autour du personnage du Khan a été publiée il y a peu aux éditions Les Humanoïdes associés, intitulée La naissance du Tigre.

Pour lire mes chroniques détaillées de La 25e heure et du Chrysanthème noir, cliquez sur les titres des livres ou rendez-vous dans ma rubrique Lecture. 😉

Le justicier masqué : Le Baron noir d’Olivier Gechter, Mnémos

A côté des enquêteurs et des détectives, il existe aussi des justiciers steampunk. Le Baron Noir est un croisement entre Batman et le steampunk, mais sous la forme d’un recueil de nouvelles et non pas de Bande-Dessinée. A travers trois nouvelles, Olivier Getcher nous livre le portrait d’un justicier plutôt réaliste sous un Second Empire imaginaire où Louis-Napoléon Bonaparte serait Président de la République.

L’intrigue : Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation. Dans la nuit rôde un héros en armure… Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer les nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous oeuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Ce qu’on en retient :

L’univers steampunk est ancré dès le départ avec l’armure du Baron Noir : une merveille de technologie qui trouve son origine dans l’imagination d’Antoine Lefort, le personnage principal, et l’inventeur Louis-Guillaume Perreaux. D’autres créations imaginaires ou réinventées parsèment le récit : un système de courrier par pneumatiques dans l’ensemble de la capitale, d’autres créations farfelues de Perreaux comme le sous-marin ou une moto améliorée, le premier vol avec de fausses ailes avec Clément Ader, ainsi que des oiseaux mécaniques presque vivants du méchant de l’histoire.

C’est un des rares récit steampunk qui propose un justicier qui se déclare comme tel, et situe son histoire non pas à la Belle-Epoque mais dans un Second Empire uchronique. Par ailleurs, le héros agit seul, même s’il a des adjuvants pour l’aider au niveau technique, ce qui change du roman policier habituel.

On y retrouve à nouveau le thème de la lutte des classes avec des personnages anarchistes et la volonté de libération féminine face à une époque patriarcale avec le personnage de Bel Ange. Mais aussi des clins d’oeil à l’Histoire avec des figures historiques comme Victor Hugo, Clément Ader, Louis-Napoléon Bonaparte (enfin, une version imaginaire), ainsi que les divers ministres auxquels est confronté Antoine Lefort.

Le récit s’inscrit également dans la lignée du roman populaire du XIXème siècle (ou roman-feuilleton) dans son style d’écriture, et ses intrigues à grosses ficelles. Il emprunte aussi au roman d’espionnage.

Niveau intrigue policière, nous en aurons trois : La première nouvelle intitulée L’ombre du maître espion nous dévoile le personnage principal qui teste son identité secrète la nuit. Le jour, le riche magnat industriel doit faire face à des vols de plans d’un nouveau dirigeable, ce qui va l’obliger à utiliser son nouveau costume pour débusquer un méchant un peu potache. Dans la seconde nouvelle intitulée Bel Ange, Laurent rencontre sa Catwoman qui a embrassé la cause anarchiste et souhaite libérer les travailleurs du joug du capitalisme par un attentat. Enfin, dans La bataille de Cherbourg, notre héros voit son identité secrète menacée par un espion anglais, tandis qu’il doit participer à une enquête autour de la destruction de bateaux français et britanniques, lors d’un sommet de paix auquelle la Reine d’Angleterre et Louis-Napoléon Bonaparte sont conviés, sur une île anglo-normande.

Pour résumer, les trois histoires restent un peu simplistes, avec un suspens modéré, beaucoup d’action et des méchants en carton-pâte. Mais elles auront le mérite d’être divertissantes et drôles, soit par un comique de situation, soit par des personnages bizarres comme Perreaux très intelligent mais avec des manies bizarres, ou encore Phileas Fix, un espion anglais possédant un humour décapant.

Par ailleurs, notre personnage principal se démarque de Batman par une personnalité propre et beaucoup moins névrosée que son homologue américain, avec une capacité à se remettre en question. Il est plus proche d’Iron Man dans sa recherche de nouvelles idées prometteuses et d’Arsène Lupin pour le côté gentleman. Il saura vous charmer par ses inventions et son habileté à se sortir de toutes les situations.

Un livre qui plaira aux amoureux des uchronies centrées sur l’Histoire de France et des sciences, ainsi qu’aux amateurs du héros masqué. J’ai personnellement eu beaucoup de mal à terminer le recueil car je ne suis amatrice ni de l’un, ni de l’autre. Cependant, je dois avouer que l’on se prend au jeu à partir de la dernière histoire où l’on sent que le style de l’auteur s’affine. Par ailleurs, lors de ma lecture des deux premières histoires, j’étais plus concentrée à deviner si l’auteur allait vraiment proposer toute la panoplie de Batman version steampunk, plutôt à suivre l’intrigue.

Le Punk de steampunk, entre loups-garous et voyage dans le temps : L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, édition Bragelonne.

Pour finir, j’ai souhaité évoquer L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, la première enquête du duo Burton et Swinburne et surtout vainqueur du Prix Philip K. Dick en 2010.

Pourquoi ce roman ? Parce que selon moi, il reprend l’essence du steampunk que l’on peut retrouver dans les premiers romans steampunk comme Les voies d’Anubis de Tim Powers : Londres victorien, un côté farfelu, des monstres, des savants fous et une intrigue qui part dans tous les sens. En somme, le côté Punk du roman policier steampunk.

L’intrigue : Londres, XIXème siècle, époque Victorienne. La Reine Victoria a été assassinée et depuis, les technomages règnent en maîtres avec des machines les plus délirantes et des animaux génétiquement modifiés. Dans ce chaos technologique, Sir Richard Francis Burton dit « Dick la brute », grand explorateur, se confronte à son ancien ami John Hanning Speke pour déterminer la source du Nil lors d’une conférence. Mais ce dernier est victime d’un accident puis d’un enlèvement. En rentrant d’un pub, Burton est agressé par un étrange individu monté sur des échasses qui lui raconte son avenir. Quelques temps plus tard, le premier ministre demande à Burton de devenir un agent pour la Couronne. Burton hésite : la prédiction de son étrange agresseur s’avère juste. Il décide alors d’enquêter pour le Roi, sur la disparition de son ami Speke, mais aussi sur d’étranges agressions par un individu sur échasses et sur une meute de loups-garous qui enlève des enfants dans les bas-fonds de Londres. Il est aidé pour cela de son ami Swinburne, un jeune poète adepte des drogues les plus élaborées. Son enquête l’emmènera plus loin que ce qu’il avait imaginé.

Ce qu’on en retient :

Nous nous retrouvons ici face à un duo improbable composé de deux personnages historiques : Richard Burton, un explorateur plutôt brute et sexiste mais au coeur sensible, et Algernon Swinburne, un poète drogué de constitution fragile, un peu fou et masochiste. Le mariage va s’avérer fructueux car ils viendront à bout de deux enquêtes : un individu sur échasses qui terrorise la population et des loups-garous kidnappeurs d’enfants.

Le côté steampunk se retrouve à plusieurs niveaux dans ce livre : une Angleterre uchronique et victorienne où la Reine a été assassinée, un monopole du pouvoir par des technologistes (ingénieurs et eugénistes), des scientifiques fous, des loup-garous, la mode de l’égyptologie, de nombreux personnages historiques cités en clin d’oeil ( Oscar Wilde, John Hanning Speke, Charles Darwin, Florence Nightingale), une grosse inspiration des récits H.G Wells, et des créations technologiques surprenantes associées à la modification génétique comme des perroquets coursiers et des crabes éboueurs, ou à une évolution mécanique comme les Grands Bi à vapeur et des chaises volantes.

Des thématiques intéressantes, en lien avec le steampunk sont soulevées. La principale concerne les dangers de la science avec les eugénistes et technologistes : à quel moment cesse-t-on d’expérimenter au nom de l’évolution de l’humanité ? Quelle éthique doit-on respecter ? Quelles limites s’imposer ?

L’intrigue se divise en trois parties : la première est consacrée à l’enquête de Burton, la seconde est narrée par le personnage mystère aux échasses qui nous donne son point de vue sur les faits, et la troisième revient sur l’enquête du duo d’inspecteur pour trouver sa résolution. De ce fait, on s’éloigne d’une histoire manichéenne car le point de vue de Spring Heeled Jack nous montre qu’il n’est pas forcément le méchant dans cette histoire.

Beaucoup d’actions et de suspense rythment cette enquête, et surtout un humour décapant dans les dialogues entre les deux personnages principaux ce qui rend la lecture assez plaisante. L’univers assez fou, part un peu dans tous les sens et malgré des longueurs au début (ex : les conversations existentielles dans le club de gentlemen de Burton), et quelques passages glauques, on ne s’ennuie pas.

Le seul bémol que j’avancerai concernant ce roman est qu’il s’agit d’une histoire d’hommes : les femmes sont soit représentées comme hystériques quand elles ont un peu de caractère, soit des êtres fragiles et donc de parfaites victimes. Elles n’aident pas à faire progresser l’histoire contrairement à d’autres intrigues steampunk. La compagne de Burton et sa servante/logeuse en sont de parfaits exemples. En ce sens, Mark Hodder reste assez classique dans sa conception du roman policier.

Si le côté historique de l’histoire vous intéresse, un index est présent en fin d’ouvrage, recensant la vraie biographie des personnages historiques qui ont parsèment le récit. Mais je vous déconseille de le lire en premier sous peine de vous spoiler certains éléments de l’histoire.

Un deuxième tome des aventures de Burton et Swinburne intitulé L’étrange cas de l’Homme mécanique est également publié aux éditions Bragelonne si vous souhaitez rester plus longtemps dans cet univers.

Que retenir concernant le roman policier steampunk ?

Je vous ai proposé quatre exemples de romans policiers steampunk, mais il en existe bien d’autres comme Une étude en Soie de Emma Jane Holloway aux éditions Bragelonne, déjà évoqué dans Parlons Steampunk#1 avec la nièce de Sherlock Holmes en enquêtrice ou encore Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Matthieu Gaborit centré sur un duo d’enquêteur et d’un automate fou, abordé dans mon article consacré à la Figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Ce qu’il faut retenir concernant le roman policier steampunk aujourd’hui se résume en quelques points :

  • La norme tourne autour d’un duo d’inspecteur, de détectives, d’espions, souvent composé d’hommes qui rappellent Sherlock Holmes et Watson. Mais on a vu qu’un homme et une femme pouvaient travailler ensemble également, ainsi qu’un justicier ou un enquêteur solitaire.
  • L’histoire se déroule dans un univers uchronique situé à l’époque victorienne à Londres ou son équivalent temporel dans un autre pays.
  • Une grande importance est accordée à la technologie qui sert l’enquête ou bouleverse l’univers établi.
  • L’intrigue comporte souvent de l’humour ou un côté déjanté.
  • Le roman aborde des thématiques qui font réfléchir et inspirées de H.G Wells comme la lutte des classes, la liberté de la femme, les limites de la science.
  • Le grand méchant fait souvent partie d’une société secrète qui agit dans l’ombre.

Ce sont bien sûr de grandes lignes qui peuvent légèrement différer selon l’imagination de l’auteur, l’univers qu’il souhaite nous proposer.

Notez que je n’ai pas abordé en profondeur deux types de romans associés au roman policier steampunk : le roman d’espionnage et le roman comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de la résolution d’une enquête policière.

Pour le premier type, c’est par méconnaissance du sujet même si je pourrais citer sans les avoir lu : Opération Sabines de Nicolas Texier aux éditions Les Moutons électriques et Le Grand Jeu de Benjamin Lupu aux éditions Bragelonne. Je modifierai peut-être cet article dans l’avenir après avoir comblé mes lacunes sur le roman d’espionnage steampunk.

Concernant les romans comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de l’enquête policière, j’aborderai Rouille de Floriane Soulas en Juin dans mon futur article sur le Steampunk au féminin. Pour le roman Le club des érudits Hallucinés de Marie-Lucie Bougon aux éditions du Chat noir, vous pouvez en retrouver une étude dans mon article consacré à la figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Comme je ne peux pas évoquer tous les romans steampunk dans cet article, je vous invite à consulter la liste que j’ai créée sur Babelio à ce sujet. Libre à vous de me faire vos propres suggestions, je ne les connais pas tous !

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman policier steampunk, poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Loupe mécanique et tasse de thé,

A. Chatterton

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Contes et légendes du Paris des Merveilles, Pierre Pevel et d’autres auteurs, éditions Bragelonne

Lu dans le cadre du Projet Ombre pour mettre en avant le genre de la nouvelle, mais aussi dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk #1 en lien avec la magie et le steampunk, je me suis régalée avec ce recueil de nouvelles consacré à l’univers d’Ambremer créé par Pierre Pevel. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé du recueil : « Bienvenue dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre… et qui, désormais, n’appartient plus seulement à votre serviteur. Dans ce recueil, vous découvrirez six nouvelles situées dans le monde du Paris des Merveilles. Je suis l’auteur de deux d’entre elles, les quatre autres étant l’oeuvre de jeunes plumes – parfois débutantes mais toujours talentueuses – qui se sont approprié l’univers d’Isabel, Griffont et Azincourt pour, je l’espère, votre plus grand plaisir…  » Pierre Pevel

Mon avis sur le recueil :

Ce recueil est composé de 6 nouvelles autour de l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel. Il comprend deux nouvelles originales de l’auteur et 4 autres d’auteurs différents sélectionnés lors d’un appel à textes par l’éditeur Bragelonne. Même si les autres auteurs ont chacun leur style, on sent une grande cohérence dans ce recueil, comme si Pierre Pevel se cachait derrière eux. L’imagination de Catherine Loiseau, Sylvie Poulain, Benjamin Lupu et Bénédicte Vizier est prolifique : ils ont réussi à étendre l’univers d’Ambremer ou à développer des personnages déjà présents dans la trilogie originale. Ce recueil est un vrai petit bijou fait par des fans et pour des fans de Pierre Pevel.

Afin de mieux évoquer chaque nouvelle, je vais à chaque fois réaliser un petit résumé avant de donner mon avis. Comme il n’y en a que 6, ce sera plus simple que pour certains recueils.

Veni, Vidi, V… de Pierre Pevel ( Une aventure d’Isabel de Saint-Gil et Louis Denizart Hippolyte Griffont)

Résumé : Un soir d’orage magique, Isabel de Saint-Gil voit débarquer chez elle un félin ailé mécanique doué de vie mais en piteux état. Bien décidée à ne pas le laisser mourir et surtout intriguée par l’existence même du chat (ce type d’automate vivant n’existe pas à Ambremer), elle fait appel aux services de son cher mage Louis Griffont. L’aventure les mènera bien plus loin qu’on ne le pense…

Avis : Une nouvelle à l’intrigue bien menée où l’on retrouve l’éternel duo Saint-Gil/Griffont et le ton espiègle de l’auteur. Le mystère du chat ailé, invention fort steampunk, est passionnante à suivre. On notera au passage la rencontre avec un personnage historique important revisité façon charmeur, qui causera une petite crise de jalousie de la part de Griffont. Ainsi que la découverte d’un gnome-mage inventeur, créature inédite dans l’univers d’Ambremer.

L’urne de Râ, Catherine Loiseau

Résumé : Gabrielle Châtelet, jeune fille de bonne famille visite une exposition dédiée à l’Egypte Antique au musée du Louvre, accompagnée de sa famille et de sa gouvernante Suzanne Roc Peregrine de la Touche, quand dans une salle consacrée à des urnes funéraires, elle se fait agresser par un homme mystérieux. Suzanne intervient en utilisant son épingle à cheveux qui n’est autre qu’une baguette magique afin de protéger la jeune fille. C’est ainsi que Gabrielle découvre que sa gouvernante est une magicienne retirée du Cercle de Cyan suite à des déconvenues personnelles. Mais aussi que l’une des urnes égyptiennes de l’exposition est convoitée par l’homme et que des gardiens sont morts dans la salle où elle est entreposée. Gabrielle va embarquer Suzanne malgré ses protestations dans une enquête aux ramifications fort égyptiennes…

Avis : C’est la nouvelle que j’ai le moins aimé dans le recueil, à cause de son style et de quelques longueurs. Néanmoins, elle aborde des sujets importants que l’on retrouve dans l’univers de Pevel : le sexisme dont les femmes magiciennes sont victimes à l’intérieur de leur propre cercle de magie, le destin tout tracé des jeunes filles destinées au mariage, les mauvais côtés des cercles de magie en général. Une jolie histoire empreinte de féminisme qui flirte avec la mythologie égyptienne.

Les Révoltés d’Argecimes, Sylvie Poulain

Résumé : C’est le jour de l’inauguration d’une voie aérienne entre Paris et Ambremer. A cette occasion, une course d’aéronefs est organisée à Issy-Les-Moulineaux mais l’évènement tourne vite au drame. Elisabeth d’Arbois, magicienne du cercle de Cyan et aviatrice participant à la course, se voit plongée dans une enquête mêlant attentat terroriste et Histoire des guerres d’Ambremer contre les dragons.

Avis : C’est une nouvelle très intéressante à plusieurs points de vue que nous propose Sylvie Poulain. Elle aborde, comme Catherine Loiseau, le côté sexiste des cercles de mages parisiens, avec Elisabeth plus ou moins aidée dans son enquête car elle est une femme. Mais elle invente surtout une histoire autour des elfes d’Ambremer et pour certains leur exil chez les humains, dévoilant ainsi un pan de l’univers complètement inédit. Les thèmes du terrorisme et du racisme anti-êtres magiques et sa réciprocité anti-humain que l’on trouve dans l’oeuvre originale de Pevel sont aussi mis en avant. Elisabeth, comme Pevel nous fait voyager dans Paris de manière très juste, allant d’Issy à l’hôpital du Val de Grâce, pour finir aux Buttes de Montmartre. Une belle balade parisienne avec une fin touchante. C’est ma nouvelle préférée du recueil.

Les Portes de l’Outre-monde, Benjamin Lupu

Résumé : Louis Griffont est engagé par la compagne du sculpteur Rodin pour l’aider à sortir de sa folie créatrice. En effet, Rodin a décidé de reproduire une oeuvre détruite des années auparavant lors d’un attentat anti-magie : les portes de l’Outre-monde, censée sceller l’amitié entre Ambremer et les humains. En allant inspecter l’artiste et sa maison, le mage découvre plusieurs éléments perturbants : le sculpteur agit de manière bizarre et psychotique, l’ensemble de ses domestiques ont disparu, et surtout la plupart de ses sculptures semblent vivantes…

Avis : Cette nouvelle enquête va nous plonger dans une partie de l’univers jusque là peu étudiée : le Mouvement féériste. Benjamin Lupu nous dévoile une nouvelle manière de créer pour les artistes, en utilisant la magie, suite à l’arrivée d’Ambremer chez les humains. Malheureusement, cela ne sera pas sans conséquences : à nouveau, les cellules terroristes anti-magie sont abordées, et pire, cet art où tout semble vivant, sera conspué par une partie de la communauté artistique humaine. On retrouvera d’ailleurs Edmond Falissière, ambassadeur humain auprès de la cour d’Ambremer, reconverti en spécialiste d’Art féérique qui fera les frais de cette inimitié anti-magique. Un récit innovant vis à vis de l’oeuvre originale de Pevel qui étoffe davantage son univers.

Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin, Bénédicte Vizier

Résumé : Etienne Tiflaux, changelin (ou métamorphe), a quitté la police pour lancer son cabinet de détective, suite à ses déconvenues dans Le Royaume Immobile de Pierre Pevel. Il se voit confier une enquête qui pourrait bien lancer sa carrière : retrouver la fille disparue d’un magicien du cercle d’Or. Mais la tâche n’est pas facile d’autant que Sergej Lukowski lui cache bien des secrets. Une aventure qui mêlera magie, sciences et romance.

Avis : Bénédicte Vizier a eu le génie de faire évoluer un personnage déjà évoqué chez Pierre Pevel qui a décidé de devenir détective, sans que l’on en sache plus dans le Royaume Immobile. Pari réussi ! Le changelin, dont la famille a toujours été dans les arts du spectacle, a décidé d’utiliser ses talents de camouflage et son flair infaillible pour les mettre au service d’enquêtes privées. Ici, il sera question de la disparition de la fille d’un mage qui étudie les sciences à l’université (avec le progressisme que cela apporte vis à vis de la Belle-Epoque, et ses revers sexistes). Tiflaux fera face à la folie d’un personnage obsédé par la création d’une machine mêlant sciences et magie, et rencontrera une figure historique très connue. Une enquête aux ramifications surprenantes qui interroge les limites de la magie et de l’amour. (Je ne peux pas trop en dévoiler sans vous spoiler l’histoire).

Sous les ponts de Paris, Pierre Pevel

Résumé : Saviez-vous que sous chaque pont de Paris vivait un troll et que depuis longtemps, ils assuraient la solidité du pont en échange d’un droit de passage ? Dans cette histoire, le mage Griffont et la Baronne de Saint Gil joueront les conciliateurs auprès de l’ensemble des trolls des ponts de Paris pour que les humains comme les êtres magiques s’arrogent de leur quittance de passage qu’ils ont bien des difficultés à obtenir.

Avis : Cette nouvelle est tout simplement fabuleuse. On y retrouve le génie et l’imagination délirante de Pierre Pevel qui s’amuse à inventer des types de trolls en fonction de l’Histoire de chaque pont. Derrière, on sent un travail historique important, mais aussi l’envie d’ajouter une touche de féérie à notre quotidien. A l’issue de la réunion des trolls, les actions proposées par Isabel de Saint Gil seront hilarantes. J’ai passé un excellent moment avec cette histoire bourrée d’espièglerie, qui tacle au passage les services d’administration et les grèves parisiennes.

En conclusion : Une anthologie de nouvelles très bien menée qui nous dévoile un peu plus l’univers du Paris des Merveilles par des lecteurs assidus de la trilogie. Pierre Pevel comme les autres auteurs du recueil, a le don de nous apporter un peu de magie et de steampunk dans notre réalité quotidienne et cela fait du bien.

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Parlons Steampunk #1 : Steampunk et magie.

Est-ce qu’on peut trouver dans la magie dans des romans steampunk ? Si oui, dans quelle mesure ? Ce sont les questions auxquelles j’ai tenté de répondre lors de mon live instagram du 31/01/2021 et dont voici la retranscription sous forme d’article avec les références des livres mentionnés. J’inaugure la première séance avec ce sujet pour vous faire découvrir cette littérature qui me passionne.

Quelques éléments initiaux de définition du Steampunk

Parce que je ne peux pas évoquer directement mon sujet du jour sans passer par quelques notions essentielles, voici un petit résumé ultra-succint qui sera étoffé au fil des épisodes, de la manière dont est né le Steampunk.

Afin d’étayer mon propos, je me suis basée sur deux livres : Le Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan aux éditions ActuSF, et La Bible Steampunk de Jeff Vandeermeer et S.J. Chambers, éditions Bragelonne. J’y reviendrai plus précisément dans un autre article autour des guides pour comprendre le steampunk.

Le terme Steampunk est né dans les années 1980 comme une blague, entre trois auteurs américains, en réaction au Cyberpunk alors très populaire à l’époque. Tim Powers, James Blaylock et K.W Jeters, jeunes écrivains et anciens étudiants en littérature victorienne, se retrouvaient souvent pour discuter littérature dans un restaurant et partager leurs écrits. Ils imaginaient un type de roman dont l’intrigue se déroulerait dans une Angleterre Victorienne avec une technologie avancée. Inspirés par les écrivains Jules Verne et H. G. Wells, ils inventèrent alors le mot « Steampunk » par hasard et par moquerie, et écrivirent les romans à l’origine du genre : Les voies d’Anubis pour Tim Powers, Morlock Night et Machines infernales pour K.W Jeter, et Homonculus pour James Blaylock.

Les romans steampunk qui forment le canon du genre ont quelques particularités bien ancrées :

  • Ce sont des uchronies : des univers qui proposent une histoire alternative à l’Histoire que nous connaissons. s’inspirent du nôtre mais avec un point de rupture et une évolution légèrement différents. Dans le cas du steampunk, le point de rupture être lié aux genres de l’imaginaire (magie, aliens, nouvelles énergies, zombies, autre dimension) sans chercher à les expliquer.
  • La dimension métatextuelle est forte : On peut y rencontrer des personnages historiques ou fictionnels dont l’histoire a été modifiée, ou qui jouent leur propre « rôle ». Le genre joue avec la littérature et l’on peut lire l’histoire sur plusieurs niveaux, pour peu que l’on connaisse les références citées.
  • L‘influence de Jules Verne et de H.G. Wells est très présente dans le récit avec les thématiques associées : le voyage imaginaire, le voyage dans le temps, la révolution industrielle, l’esthétique rétro-futuriste.

J’ajouterais quelques éléments personnels glanés tout au long de mes lectures, et en me basant sur les livres fondateurs du steampunk de Tim Powers, James Blaylock et K.W. Jeters :

  • L’action se déroule à l’époque Victorienne ou à la Belle Epoque, dans une grande capitale.
  • Certaines thématiques sont récurrentes : l‘automate, les sociétés secrètes, le spiritisme, la lutte contre les inégalités sociales.
  • Un côté décalé : Ne pas oublier le mot Punk dans Steampunk.
  • Une capacité à se mêler à plusieurs genres : Fantasy, Science-Fiction, policier, Bit-lit, romance…
  • Un côté caméléon : il se mélange aisément aux différentes cultures et pays pour créer des récits étonnants.
  • La vapeur comme principale source d’énergie des avancées technologiques. Dans Steampunk, il y a Steam aussi (= vapeur en anglais). Mais on peut trouver aussi l’éther, et des énergies inventées.

Quelle est la place de la magie dans le steampunk ?

La production actuelle mélange le côté magique au steampunk sur plusieurs plans et ce n’est pas anodin.

Dans Les Voies d’Anubis, Tim Powers évoque un voyage dans le temps qui dérape, des loups-garous, des sociétés secrètes, un culte égyptien magique, et des artefacts farfelus, le tout dans un Londres Victorien à la Dickens.

Ma théorie personnelle est que dans ce livre, il y a déjà des traces de magie : on parle d’un culte égyptien basé sur la sorcellerie présent en début et fin de livre. Il a un côté magique inexplicable qui tranche avec la technologie du voyage dans le temps.

Idem dans Homonculus de James Blaylock : on parlera de la quête d’un Homoncule, petit être magique né d’une racine et issu des expériences alchimiques. Or les alchimistes croisaient déjà sciences et magie et on retrouve l’homoncule dans d’autres récits plutôt de Fantasy, l’assimilant à un être magique.

Par ailleurs, et on le verra aisément dans les exemples cités, le Steampunk n’est pas un genre, mais plutôt un sous-genre ou une esthétique qui peut fusionner avec d’autres genres tels que la Fantasy, dans le cas de la magie.

Dans la production littéraire actuelle, on trouve des romans steampunk qui comportent de la magie de différentes manières : Mélange avec la Fantasy très visible, magie comme source d’énergie, termes tels que « Mécano-mage » ou « Techno-mage », opposition entre magie et science ou lien indéfectible, étude de la magie comme science… tout est possible.

Le mélange du steampunk et de la Féerie : Pierre Pevel et l’univers du Paris des Merveilles

Dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, (éditions Bragelonne), le décor est résolument steampunk : nous sommes à Paris à la Belle Epoque, mais une Belle-Epoque réinventée. Ici les fées côtoient les humains, certains humains sont des mages, et quelques machines fonctionnent grâce à la magie (ex : la pétulante, moto bricolée par le mage Griffont). L’auteur introduit ici un savant mélange de Fantasy et de Steampunk, avec une forte recherche historique sur la capitale qu’il connaît sur le bout des doigts.

L’intrigue : Dans un Paris 1900, Ambremer, le monde féérique rejoint la réalité humaine. Des elfes, fées, gnomes se promènent dans la capitale parmi les humains et même une station de métro permet de rejoindre Ambremer. Le mage Griffont est chargé d’enquêter sur un trafic d’objets magiques au sein de la capitale. Il se trouve mêlé à une affaire de meurtre malgré lui. Pour alliés, il peut compter sur Isabelle de Saint Gil, une fée connue de longue date pour ses cambriolages et Azincourt, un chat ailé qui a la capacité de lire des documents en s’endormant dessus. Cependant, cet assassinat aux ramures politiques va le mener beaucoup plus loin que ce qu’il peut penser…

Ce qu’on en retient : 

Il s’agit d’une intrigue policière avec pas mal de suspense et de rebondissements, avec au coeur, un complot politique, le tout en trois tomes : Le Paris des Merveilles, L’élixir d’Oubli et Le Royaume Immobile.

Le style de l’auteur est agréable : il utilise un langage soutenu qui s’adresse à vous sur le ton de la conversation avec un côté poétique et espiègle.

On nous présente un Paris de Titi parisien avec beaucoup de charme, ses bas-fonds comme ses haut-quartiers, et beaucoup de réalisme historique malgré l’habillage féérique parfois désopilant.

Le roman comporte deux personnages forts : Louis Griffont, mage du Cercle de Cyan et Isabel de saint Gil, Fée-espionne bannie par son peuple. Tous deux possèdent un caractère bien trempé et forment un duo parfait pour mener l’enquête, même s’ils ont des méthodes différentes. Là où Griffont est posé, méticuleux et aspire au confort, Isabel est sauvage, effrontée et adore vadrouiller. Leurs chamailleries incessantes sont sources d’amusement à chaque page.

Le fait que les fées et êtres magiques cohabitent soudainement avec les humains désoriente certains, ce qui occasionne du racisme anti-fées ou anti-humains et des cellules radicales dans les deux camps. Ce thème est récurrent dans toute la trilogie ainsi que le sexisme envers les femmes magiciennes dans les cercles de Mages de la Capitale.

Des clins d’oeils littéraires ou historiques sont nombreux : Les brigades du Tigre aident à l’enquête, de nombreux personnages de légende ou mythologiques font leur apparition (ex : La Vouivre).

Dans le même univers, il existe le recueil de nouvelles Contes et récits du Paris des merveilles, chez Bragelonne, avec deux nouvelles originales de l’auteur, et 4 nouvelles d’autres auteurs basés sur le style de Pevel.

La première nouvelle s’intitule Veni, Vidi, V. et a pour point de départ l’apparition d’un chat ailé mécanique chez la Baronne de Saint Gil qui emmène le duo Griffont-Saint Gil à enquêter sur l’origine de la création du félin qui semble doué de vie. On y retrouve la thématique de la magie comme source d’énergie pour des automates et un personnage d’inventeur très connu en fin de récit.

La cinquième nouvelle intitulée Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin par Bénédicte Vizier, nous fait réfléchir sur le même sujet avec une machine en lien avec Nicholas Tesla, qui aspire la magie d’êtres magiques pour la concentrer en un sérum censé transformer un humain en magicien.

Les autres nouvelles abordent tour à tour le sexisme dont font preuve les mages envers les magiciennes, même dans leur propre cercle, les tensions entre humains et créatures magiques ou nous proposent une balade très réaliste dans Paris à travers les histoires.

La Magie comme source d’énergie mécanique dans le roman steampunk: Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway

Le thème de l’objet mécanique à qui on insuffle la vie par la magie se retrouve dans un autre roman steampunk : Une étude en Soie, l’affaire Baskerville de Emma Jane Holloway (en deux tomes).

L’intrigue répond en tous points aux canons du roman steampunk avec une touche de romance : Nous sommes à Londres, à l’époque Victorienne dans une uchronie où les Barons de la Vapeur règnent en maître grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville. Ici, l’alliance entre la mécanique et la magie existe, mais reste dangereuse, et elle surtout réservée aux hommes. Or, Evelina, le personnage principal, adore créer des êtres mécaniques qu’elle fait vivre en leur insufflant de la magie. Au passage, c’est la nièce de Sherlock Holmes, personnage fictionnel bien connu…

L’intrigue : Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes est l’invitée de Lord Bancroft, un diplomate anglais, dans sa demeure Londonienne pour sa première Saison et présentation à la reine. Amie avec la fille de ce dernier, Imogen, elle est férue de mécanique et de magie, deux choses interdites, dangereuses et certainement peu convenables pour une jeune fille. Une nuit, alors qu’elle manque d’être surprise dans le grenier à bricoler, elle est le témoin de plusieurs faits étranges avant d’être mandatée par la bonne paniquée. Une des domestiques a été assassinée au rez-de-chaussée. Sur le corps, elle découvre plusieurs indices qui laissent à penser que le tueur était à l’intérieur de la maison. En parallèle, les Barons de la Vapeur règnent en maîtres sur Londres grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville et en confisquant métaux et nouvelles inventions. Le Baron Doré, plus ambitieux que les autres, cherche une nouvelle source d’énergie qu’il serait le seul à posséder : le coffret d’Athéna. Mais d’autres personnes sont à sa recherche, provoquant une vague de meurtres.

Ce qu’on en retient : 

Ici l’auteure nous propose une réflexion sur l’utilisation de la magie comme énergie pour faire vivre des automates ou des êtres mécaniques et ses conséquences en fonction de la magie utilisée. Si elle est blanche, ce sera sans danger. Si elle est noire, le terrain sera glissant… On peut y voir au passage une métaphore de l’utilisation du charbon comme source d’énergie et ses conséquences : source de progrès dans l’industrie et d’exploitation ouvrière dans des conditions désastreuses, à l’origine du brouillard londonien.

La magie est donc vue comme une forme d’énergie nouvelle, utile pour améliorer un système mécanique, mais aussi dangereuse car instable. Le fait qu’elle soit réservée aux hommes apporte un côté transgressif et féministe à l’histoire avec une héroïne qui souhaite l’égalité entre les sexes.

Au-delà du côté magique, l’auteure apporte également une réflexion sur les conséquences d’un monopole sur l’énergie par des sociétés privées, qu’il est assez intéressant de décrypter.

Côté intrigue, nous serons à nouveau dans le genre policier avec une enquête complexe aux ramifications diverses : meurtre, artefact magique, société secrère… On note un gros clin d’oeil à Sherlock Holmes comme personnage, et dans le complément de titre (= L’Affaire Baskerville), mais c’est sa nièce qui va résoudre l’enquête.

La romance sera présente aussi avec un triangle amoureux entre l’héroïne et deux jeunes hommes aux caractères et destins différents : un orphelin sans le sou qui vit dans un cirque et un jeune homme de bonne famille bien éduqué et féru de sciences. Emma Jane Holloway introduit ici une réflexion sur l’émancipation féminine à l’époque victorienne quand on est pauvre, et intelligente, et la difficulté d’être autonome à l’époque victorienne, à moins de se marier et d’avoir un mari féministe.

La magie comme sujet d’étude scientifique : La machine de Léandre, Alex Evans

L’univers d’Alex Evans mélange Fantasy et Steampunk en abordant la magie sous un angle scientifique.

Il se situe dans une Belle Epoque réinventée où la magie a existé, disparu, puis est revenue de manière incontrôlable. De ce fait, les hommes ont dû s’adapter pour vivre sans magie et une religion anti-magie a vu le jour.

Dans La Machine de Léandre, la magie est devenue un objet d’étude, avec des Professeurs qui l’étudient et on l’évoque sous le terme « Fluide ». Les rituels et formules s’apparentent à des recettes pour canaliser cette énergie. En dehors des sorcières, des Chamanes ont le don de magie, qui se paye par une sexualité débridée après utilisation, ou des accès de folie et la nécessité de repos.

De plus, le récit a pour élément central la création d’une machine à magie censée remplacer les hommes dans leurs tâches pénibles quotidiennes comme le travail d’usine. C’est une réflexion intéressante sur un univers uchronique où magie et science cohabitent pour le bien commun (ou sa perte), pour l’industrialisation et le progrès. Mais cette découverte a un prix énorme : l’ingrédient secret utilisé pour faire fonctionner la machine n’est pas à proprement parler éthique…

L’intrigue : Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n’aspire qu’à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu’il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s’intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant…

Ce qu’on en retient :

Le récit est un très bon divertissement grâce à une écriture fluide et un style léger et drôle. Il mélange romance, intrigue policière et sciences magiques, ainsi que des sujets comme l’immigration et la discrimination.

L’auteure met en avant un personnage féminin complexe et gaffeur, héroïne malgré elle et qui tente de faire sa place dans un monde dominé par les hommes. Constance est une réfugiée politique d’une région anti-magie, qui a fui avec sa famille pour un Bastion scientifique afin de se créer une nouvelle vie. Elle y est parvenue à force d’efforts et de détermination en devenant Professeure de Magie dans une université. Malgré une intégration réussie, elle souffre de racisme et de sexisme à l’université par ses pairs masculins et de solitude car elle a tout sacrifié à sa carrière. Il faut dire aussi que la jeune femme n’est pas très jolie et a une maturité émotionnelle très peu développée.

Son implication pour remplacer son collègue professeur dans ses travaux va la mêler à une expérience contre-nature, la rencontre avec un succube et surtout d’affreux criminels, chose dont elle a très peu l’habitude. Mais elle dispose d’une botte secrète qui va l’aider dans cette affaire : des pouvoirs magiques.

Quand magie et mécanique s’opposent : l’univers d’Engrenages et sortilèges d’Adrien Tomas

Pour finir, l’univers créé par Adrien Tomas dans Engrenages et Sortilèges (éditions Rageot), et Vaisseau d’Arcane (édition Mnémos), apporte un renouveau au thème de la magie et de la mécanique. 

Certes, l’univers se rapproche plus de la Fantasy que du Steampunk car nous n’évoluons pas à l’époque victorienne mais dans l’Empire de Mycée et la ville imaginaire de Celumbre où se côtoient humains, mages et créatures magiques à une époque plutôt indéfinie (Renaissance ? Moyen-Age ?).

Néanmoins, le steampunk y apparaît par touches en incluant une société où toute invention mécanique comme tout acte magique nécessite la même source d’énergie : l’Arcanium, afin de pouvoir fonctionner et évoluer rapidement. Le pétrole, le charbon, la vapeur ou l’électricité n’existent pas.

De ce fait, les mages (ou ésothériciens) et les ingénieurs sont en compétition vis à vis de cette énergie, ce qui ne va part sans heurts, ni sans conséquences politiques dans l’univers. De plus, par leur essence même, les deux notions s’affrontent : si la mécanique appartient au futur et au progrès, la magie est vue comme un élément du passé.

L’intrigue : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Ce qu’on en retient : 

C’est un roman jeunesse centré sur l’adolescence et ses questionnements, mais aussi une intrigue policière mêlant luttes de pouvoir, complot politique, discrimination sociale et raciale, des automates doués de conscience, et un questionnement autour la loyauté envers un système qui vous broie.

Côté politique, l’Empire de Mycée achète l’Arcanium à la Tovkie et la Xamorée car il ne dispose pas de ressources propres. L’impératrice de Mycée souhaite conserver les traditions en accordant des privilèges aux mages et en leur donnant le maximum d’Arcanium au détriment des ingénieurs. Cela va causer à la longue des tensions internes entre les deux castes, et externes vis à vis de l’approvisionnement, qui mènera à la guerre pour récupérer la ressource.

Si l’intrigue débute dans l’école de magie façon pensionnat Harry Potter, on s’en éloigne très vite pour atterrir dans les bas-fonds crasseux et pollués de Celumbre qui ressemblent un peu à ceux de Londres au XIXème siècle : entassement des plus pauvres, usines, absence de lumière, hygiène douteuses et rapines. A côté de l’opposition Mages/ Mécaniciens, les inégalités sont fortes entre les classes sociales avec un gouvernement dominé par une impératrice.

Engrenages et Sortilèges est un des premiers romans un peu steampunk à faire preuve de diversité raciale. Il nous présente une héroïne noire forte et intelligente, qui est discriminée pour ses origines, sa classe sociale et son statut. Grise alias Grisela Oolonga, vient d’un pays appelé la Xamorée où tout le monde est noir. Or, Celumbre est assimilée à une ville nordique où les habitants sont blonds à la peau pâle. Elle passe difficilement inaperçue et son rang d’élève ingénieur ne l’aide pas car les ingénieurs sont censés se soumettre aux élèves mages. Son père étant le Premier Ingénieur de l’Impératrice, elle bénéficie d’un statut privilégié, à l’inverse d’autres personnages qu’elle croisera dans les Rets. Ajoutons à cela qu’elle préfère bricoler plutôt que d’aspirer à des activités plus féminines, ce qui l’empêche de se faire des amis ou des amoureux.

On notera qu’à l’inverse de certains romans steampunk, le roman met en valeur les personnages féminins à égalité avec les hommes. La société est matriarcale avec une impératrice, les Rets sont gouvernés par l’Arachnide, une femme aussi et les élèves féminins dans l’école bénéficient des mêmes avantages que les élèves masculins. Seuls l’intelligence, la classe sociale, le métier, la couleur de peau sont des facteurs discriminants ou avantageux.

L’introduction d’automates doués de conscience est un autre élément steampunk que l’on retrouve souvent dans la définition de base du steampunk. Ici, nous sommes confrontés à un automate qui va connaître plusieurs vies : peut-être ancien Garde de la garde de cuivre, il s’affranchit de ses maîtres en développant une personnalité autonome et se met au service de la Reine des Rets (= bas-fonds de Celumbre) comme assassin et garde du corps. Il tire son énergie et sa conscience de la magie, utilisée comme énergie et qui habite son corps métallique. Par la suite, sa personnalité sera remplacée par celle d’un fantôme qui utilisera son corps. Il est le parfait exemple d’alliance entre la magie (comme énergie et sortilège lié au fantôme) et mécanique, Fantasy et Steampunk.

Dans le même univers, Vaisseau d’Arcane, roman destiné à un public adulte, aborde un autre pays évoqué dans Engrenages et sortilèges : Le Grimnark. Il s’agit d’un pays imaginaire qui s’est développé sans la magie, en misant sur les sciences et les technologies car les orages magiques étaient trop instables pour récupérer leur énergie. Afin de rattraper son retard vis à vis de ses voisins et pour asseoir sa position politique, son gouvernement a décidé d’utiliser des humains frappés par la foudre d’Arcane (la magie), afin de faire fonctionner sa technologie.

Les malheureux, amnésiques et proches de l’état d’attardés mentaux, sont exploités et arrachés à leurs familles pour « leur bien », sous couvert de devenir des pupilles de l’Etat. L’auteur nous fait réfléchir à la préservation d’une ressource et son importance pour une société, à n’importe quel prix.

Le roman débute avec Sofenna, une infirmière, voit son frère devenir un de ces frappés par la foudre, et décide de le soustraire à son destin. Elle pense que la personnalité de son frère est toujours présente et qu’il n’a pas été touché par hasard. Malheureusement pour elle, l’Etat a engagé un espion-assassin pour la retrouver, elle et son frère afin de les ramener à la capitale.

Que retenir du thème de la magie vis à vis de la définition du Steampunk ?

La Magie dans le roman steampunk peut prendre plusieurs formes, on l’aura vu :

  • Elle peut être associée à un univers et des êtres féériques et faire partie du décor.
  • Elle peut être une source d’énergie pour faire fonctionner des éléments mécaniques qui remplace les autres sources existantes comme la vapeur, l’électricité ou l’éther.
  • Elle peut être un objet d’étude scientifique.

Les récits Steampunk présentant de la magie ne sont pas toujours complètement steampunk. Il arrive qu’ils fusionnent plusieurs genres comme la Fantasy, le roman policier, la romance comme on l’aura vu dans les exemples précédents.

Il est possible aussi que le roman comporte des éléments steampunk comme un personnage, une invention, un décor, sans qu’on puisse le qualifier totalement de Steampunk.

De ce fait, la matière steampunk originale évoquée en préambule peut se trouver diluée et le néophyte ne pas comprendre pourquoi un récit qui lui semble steampunk ne l’est pas totalement.

C’est là tout le charme de cette littérature : elle peut s’adapter, fusionner avec d’autres genres, créer des univers totalement nouveaux qui n’ont pour limites que son imagination.

D’autres titres mêlant steampunk et magie

Comme je ne pouvais pas évoquer tous les titres de ce type dans cet article, je vous propose une petite liste non-exhaustive d’autres romans steampunk où l’on trouve de la magie :

  • Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas, éditions Rageot (Roman jeunesse)
  • Sorcières associées, Alex Evans, éditions ActuSF
  • L’échiquier de Jade, Alex Evans, éditions ActuSF
  • Magies secrètes, Hervé Jubert, éditions Le Pré aux Clercs
  • Les voies d’Anubis, Tim Powers, éditions Bragelonne

J’ai également créé une liste sur le même thème sur Babelio qui regroupe un peu plus de titres. Vous pouvez aussi me faire vos propres suggestions en commentaires.

Si vous souhaitez découvrir un peu plus la Littérature Steampunk, je vous invite à lire mes autres articles sur le sujet à travers mon programme annuel.

Baguette magique et engrenages,

A.Chatterton.

Publié dans Lectures, On joue ?

Parlons Steampunk ! Programme 2021

Comme annoncé dans mon bilan annuel 2020, cette année j’ai décidé de me consacrer à la littérature steampunk pour vous la faire découvrir, mais aussi parce que c’est un de mes péchés mignons (avec le fromage !). Voici donc le détail de mon projet et ce que cela va engendrer comme changements sur le blog.

Parlons Steampunk ! Kézako ?

Parlons Steampunk ! est un projet que j’ai mûri depuis bientôt deux ans, et qui consiste à faire découvrir la littérature steampunk aux néophytes et à tous ceux qui en lisent sans le savoir.

Il est compliqué de définir ce genre en seulement deux phrases. A part vous dire que l’on va parler d’Uchronie (= encore un terme à définir ! ) et que ça prend comme inspiration les romans Jules Verne ou la Ligue des Gentlemen extraordinaires, mais à notre époque, je suis encore éloignée de la vérité. Donc je me suis dit : Pourquoi ne pas découvrir avec vous, à travers plusieurs romans du genre, tout ce que recoupe cette littérature ?

Sur la base de 12 live Instagram sur ma page Instagram, je vais m’efforcer de vous proposer une définition, en vous présentant des romans associés à une thématique du steampunk, pour chaque live. Ces romans seront récents (dernières sorties) ou anciens, et surtout issus de ma bibliothèque personnelle.

Pourquoi 12 live seulement ? Parce qu’il y aura un live par mois, le dernier dimanche du mois, de 16h à 18h et que cela me semble un nombre assez correct pour aborder ce projet. Par ailleurs, c’est un projet pour lequel je ne souhaite consacrer qu’une année. Peut-être que je changerai d’avis par la suite, en fonction de vos retours.

Les live seront interactifs et vous aurez la possibilité de me poser des questions auxquelles je répondrai avec plaisir. Si vous n’êtes pas disponible le jour du live, il vous sera possible de le regarder en replay sur le Feed de mon compte Instragram, rubrique Vidéo IGTV.

Une semaine avant chaque Live, je transmettrai la liste des livres évoqués pendant le live ainsi qu’un rappel du thème. Cela vous permettra, si vous les avez lu, de donner votre avis ou de poser des questions plus précises.

Je ne pourrai pas parler de tous les livres steampunk qui existent, mais libre à vous de laisser en commentaire sur chaque live, les romans qui pourraient correspondre à la thématique choisie. Et vous constaterez que nous retrouverons des romans qui en englobent plusieurs.

Après chaque Live, j’essaierai de réaliser un article récapitulatif sur les livres qui auront été abordés ainsi que le thème du live, dans le but de poursuivre notre définition du Steampunk.

Quel est mon programme concernant ce projet ?

J’ai longtemps hésité avant de vous dévoiler mon programme complet car je souhaitais garder des surprises, mais finalement je me suis dit qu’il était plus judicieux de vous faire connaître les thèmes qui seront abordés. Si vous ne souhaitez pas en suivre certains, au moins vous saurez quand ils auront lieu.

Cependant, je me réserve le droit de modifier l’ordre des thèmes si je n’ai pas le temps de le préparer à temps, parce que, soyons honnête, j’ai tendance à avoir une organisation bordélique malgré les apparences…

Dans ce cas de figure, pas de panique ! Je diffuserai une communication de rappel une semaine avant le Live sur la thématique abordée, avec les livres concernés.

Voici les thématiques que je vais utiliser dans notre quête de définition du steampunk :

NOTE : Suite à la publication des trois premiers articles et devant le travail chronophage qu’ils impliquent, j’ai réduit ma programmation à 6 articles pour cette année. Les thèmes qui ont disparu de la programmation initiale seront réalisés en 2022. Pour plus de détails, je vous invite à consulter mon pré-bilan du projet ici.

Est-ce qu’il va y avoir des changements sur le blog à cause de ce projet ?

Ce projet va remettre un peu en question ma programmation d’articles habituelles, mais ce n’est pas la cause principale. Depuis début janvier, je peine à maintenir un rythme de publication régulier car je cumule la fatigue du travail et la fatigue hivernale. Il était temps de trouver un nouveau rythme. J’ai donc décidé de réduire mes publications.

En 2020, je publiais sur le blog un article chaque mercredi et dimanche, ainsi qu’un samedi une semaine sur deux pour ma Veille littéraire du Net. C’était bien, mais un peu beaucoup et je n’avais pas beaucoup de vie sociale.

En 2021, je publierai un article sur le blog chaque dimanche, ainsi qu’un article de Veille littéraire du Net le premier samedi du mois (au lieu de deux par mois). En effet, j’ai remarqué que j’ai moins de choses à vous faire découvrir et je ne souhaite pas me forcer à chercher des trucs juste pour remplir un article. Cela n’a pas de sens. Par ailleurs, je réaliserai un live le dernier dimanche par mois sur Instagram pour le projet Parlons Steampunk ! Et cela me semble déjà par mal.

Pour moi, ce blog doit rester un plaisir. C’est quelque chose que je martèle depuis le début. Je préfère réduire mes publications plutôt que de me dégoûter d’écrire. Sinon à quoi bon ?

Voilà pour l’explication de mon projet et la petite mise au point de début d’année. J’espère que vous serez nombreux à me suivre. Si mes live fonctionnent bien, j’envisagerai peut-être des interview d’auteurs pendant l’année, mais je ne manquerai pas de vous tenir au courant. 😉

Vapeur et Cuivre,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Les Hurleuses, tome 1 de Vaisseau d’Arcane, Adrien Tomas, éditions Mnémos

Quand j’ai su qu’Adrien Tomas publiait un nouveau roman dans le même univers qu’Engrenages et Sortilèges, et qu’en plus les Editions Mnémos me proposaient de le lire en service presse, j’ai sauté sur l’occasion… et je n’ai pas été déçue. En plus de nous faire découvrir une nouvelle partie de ce monde magique et technologique très riche, il a su instiller des questions importantes derrière son récit. Voici mon retour sur ce premier tome…

Résumé : Quand la magie, tombe en orage, ceux qu’elle touche ne sont plus jamais les mêmes. Sof, jeune infirmière courageuse et intelligente, en a tout à fait conscience lorsque son frère, éminent journaliste à la plume acérée, est frappé par un éclair qui le laisse à peine capable de se déplacer, son esprit à jamais perdu dans les méandres de l’Arcane. Elle décide de l’emmener loin de la cité où ils ont grandi.Ensemble, il fuient à travers les forêts aux secrets jamais percés et dans les steppes dévastées. Ils découvriront un monde redoutable, sans se douter une seconde des enjeux qui se tissent autour de leur destin, où chaque faction tire ses fils avec une virtuosité machiavélique.

Mon avis : 

Une intrigue aux ramifications complexes

Adrien Tomas nous emmène encore une fois dans un univers associé à la magie. Mais cette fois-ci, elle peut être meurtrière, au sens où les Touchés par la foudre de l’Arcane voient leur personnalité s’effacer au profit de l’entité surnaturelle et devenir des sortes d’handicapés mentaux. Récupérés au service exclusif de l’Etat, pour le Bien Commun, ils deviennent une main d’oeuvre gratuite, au grand dam de leur familles.

C’est dans ce contexte que de Sofena, infirmière décide de s’enfuir avec son frère Solen, touché par la foudre magique. Elle refuse de laisser l’Etat lui voler sa seule famille. Qui plus est quand elle comprend que la personnalité de son frère est encore là, quelque part et que le destin n’est peut-être pas le seul acteur de son malheur.

L’auteur nous emporte dans une course-poursuite haletante, où les personnages vont croiser la route de plusieurs protagonistes dont l’espion-assasin Nym, au service du gouvernement, mais aussi des orcs, des assassins, et  des soldats grimmnois.

Aidés de Nym, les deux fugitifs iront se perdre dans les Hurleuses, un territoire dominé par les Orcs et les chercheurs d’Arcanium, mais surtout au centre d’un conflit entre le Grimnark et la Tovkie, les deux pays limitrophes, ce qui ne sera pas sans leur poser quelques problèmes.

Pendant ce temps, au Grimnark, l’évasion de Solen a fait grand bruit et la chasse au Touché est lancée. D’autres agents de l’Etat vont se lancer à leurs trousses, mais si Nym est plutôt sympa, les autres ne feront pas dans la dentelle.

En parallèle, un nouveau diplomate est nommé pour la délégation des Abysses au Grimnark, afin de remplacer le précédent assassiné. Le poisson-Ambassadeur Gabba Do est curieux des humains et surtout très soucieux de faire ses preuves, alors que ses supérieurs souhaitent qu’il fasse profil bas. Malheureusement la curiosité l’emportera sur les devoirs diplomatiques…

Les deux intrigues vont se mêler étroitement avec de nombreux rebondissements et du suspense à revendre pour une conclusion complexe, qui m’a agréablement surprise.

Un univers bien ancré sur fond politique

L’univers de Vaisseau d’Arcane est identique à celui d’un autre roman d’Adrien Tomas pour la jeunesse, et dont j’ai déjà réalisé la chronique : Engrenages et Sortilèges. Malgré quelques clins d’oeil à ce roman à travers les pérégrinations éthérées de Solen et de l’Arcane, l’auteur nous dévoile une ambiance plus sombre dans une autre partie de l’univers : le Grimnark, qui ne bénéficie pas de l’Arcanium, la source d’énergie magique, comme à Celumbre.

Le Grimnark est pays un peu royaliste sur les bords :  le peuple est dévoué aux dirigeants et peu soucieux de se rebeller. Son nom fait penser aux pays nordiques, tout comme son climat. Ici, les orages d’Arcanium frappent sans arrêt et au hasard, obligeant la capitale à activer un dôme de protection en cas de changement climatique soudain et les puissants contrôlent le pays.

Comme la magie est trop instable pour être contrôlée, ce pays s’en est passé pour se développer, en faisant progresser la science et la technologie, et en considérant la magie comme objet d’étude. Mais quand la Tovkie, son ennemi juré, commence à utiliser l’Arcanium comme source d’énergie afin d’alimenter sa technologie, le Grimnark se résout à utiliser le potentiel magique des Touchés, afin de garder sa supériorité scientifique.

C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages : Sofena est infrmière et s’est intéressée aux études sur les Touchés, Solen écrit des articles qui dénonce les manigances des dirigeants de son pays, Gabba Do essaie de comprendre les moeurs Grimnoises, Nym manigance pour les politiques.

Le roman met en lumière les tensions politiques entre le Grimnark avec les pays limitrophes concernant l’utilisation de l’Arcanium, mais pas uniquement.

La Tovkie, sorte de russie communiste apparaît comme un idéal pour certains ouvriers grimnois. Son organisation menace le système politique du Grimnark. On le verra à travers le personnage de Garolf De Wise qui essaie d’expliquer, à sa manière, le système politique inégalitaire de son pays au diplomate des Abysses. Mais aussi de manière plus fugace, à travers un médecin qui pose des prothèses mécaniques aux soldats grimnois et qu’on soupçonne d’être un espion.

Les Hurleuses, no man’s land mi-désertique mi-sauvage est dominé par les orcs. Ces créatures vivent en tribus, sont connectées à la nature et se rapprochent de certaines représentations des elfes en faisant pousser des plantes. Les bannis finissent dans les grandes villes comme jardiniers et croque-morts car ils se nourrissent des nutriments présents dans les corps humains, en dehors de leur forêt d’origine. Comme ils traînent cette mauvaise réputation, les humains les  considèrent comme des parias ou des bêtes sauvages. Le mystère qui entoure leur mode de vie n’aide pas à les blanchir pour autant. Pour ma part, j’ai trouvé qu’ils se rapprochaient beaucoup des Indiens d’Amériques par leur mode de vie et leur histoire, car les « êtres civilisés » grimnois et tovkien grignotent peu à peu leur territoire, les obligeant à se battre ou à voler pour survivre. On verra aussi que la haine est réciproque avec la tentative d’un humain de s’intégrer à une tribu, ce qui cause des dissensions parmi les orcs. Ce sont les seuls à vraiment comprendre comment fonctionne l’Arcane, contrairement aux autres cultures, à travers leurs croyances liées à la Nature et aux Esprits.

Quant aux poissons des Abysses, les guerres humaines semblent être le cadet de leur souci. Sorte de Suisse observatrice du conflit, ils ont plutôt la curiosité de comprendre les relations et mode de vie humains sans s’impliquer outre mesure. On sent chez eux une supériorité intellectuelle et technologique qu’ils gardent pour eux. Et même si Gabba Do est plutôt curieux, il représente un spectateur très naïf des ambitions humaines.

L’Arcanium les réunis tous mais pour des raisons et des utilisations différentes : magie, mécanique, source de pouvoir ou religion.

A travers cette histoire, j’ai trouvé que l’auteur émettait une critique forte des guerres provoquées par l’attrait d’une ressource, et leurs conséquences désastreuses.

Des personnages intéressants et bien construits

L’action est menée par des personnages à la psychologie travaillée, qui évoluent au fil de l’histoire. Car rien n’est blanc ou noir dans Vaisseau d’Arcane !

Si Sofena est une infirmière émérite qui respecte la loi au pied de la lettre, elle n’est pas pour autant un mouton. Dès qu’elle sent que son univers est menacé et malgré les règles grimnoises, elle n’hésite pas à s’affranchir de tout par amour pour son frère, allant jusqu’à quitter son fiancé. Sa façon de penser ultra-méthodique ne laisse pas la place aux émotions, même s’il lui arrive de perdre pied. Son dévouement à son serment d’Hippocrate transcende la raison : peu importe si le blessé est un ennemi, elle ira lui porter secours.

Solen, avant de recevoir la foudre, apparaît comme un jeune homme profitant des plaisirs de la vie mais aussi engagé dans des combats politiques à travers ses articles. Une fois devenu Touché, il va faire preuve d’une résistance hors du commun en s’efforçant de ne pas laisser sa personnalité s’effacer face à l’Arcane. Il vivra un voyage mystique invisible au yeux des autres, car si son corps ressemble à celui d’un pantin au sourire béat, son esprit sera transporté à travers d’autres touchés ou animaux arcaniques. L’Arcane essaie de le séduire tout en lui montrant sa nature profonde. Ce premier tome nous laissera un peu sur notre faim à ce sujet.

Nym est plus complexe : Opérateur (espion-assassin) pour le Grimnark, il bénéficie de la « musique », sorte de don inné pour anticiper les dangers, qui lui permet de se sortir de toutes les situations. Du côté de Sof et Sol, il joue un jeu trouble pour des raisons pas évidentes au début mais qui prennent sens en fin de roman. On sent un besoin sincère de faire le Bien chez lui, mais ses actes semblent indiquer le contraire. Le dénouement du roman mettra en lumière ses motivations réelles.

D’une manière générale, l’auteur fait apparaître les points forts comme les faiblesses de chaque personnage : assassins du cénacle bien solitaires, orcs persécutés, humain adopté par les orcs qui essaie de s’intégrer, diplomate tenu en laisse par ses supérieurs…

La question de l’être civilisé reviendra régulièrement, notamment avec les orcs qui apparaissent plus humains que leurs ennemis alors que leur mode de vie est associé à la nature, donc sauvage. Mais aussi avec  les assassins, au service d’un maître et agissant parfois contre leurs principes. L’auteur nous montre ainsi que l’humain est complexe et que sa définition du Bien et du Mal l’est tout autant en fonction de son vécu ou de ses intentions.

En conclusion : Adrien Tomas signe un roman intelligent qui aborde, sous couvert de magie et de technologie, des questions d’actualité comme les conflits liés aux ressources naturelles ou la discrimination associée à un mode de vie. C’est le début d’une nouvelle saga prometteuse qui devrait plaire aux amateurs d’intrigues à suspense et de personnages non-manichéens.

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour l’envoi de cette intrigue palpitante. J’attends avec impatience la suite pour découvrir ce qu’il advient des personnages et du mystère associé à l’Arcane. 🙂 

Publié dans Lectures

Le chrysanthème noir, Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans nom

Après un gros coup de coeur pour La 25e heure de Feldrik Rivat, je n’ai pas pu résister à lire la suite des aventures de Bertillon et Lacassagne et en découvrir un peu plus sur la fameuse société secrète du Chrysanthème noir. Science, morts et enquête nébuleuse au rendez-vous pour un second tome qui ne m’a pas déçue…

Résumé : Paris, ville lumière, goûte en cette fin de XIXe siècle à la modernité. Réseaux à air comprimé, lignes téléphoniques, service de poste pneumatique : la capitale envisage d’aller plus loin encore et d’électrifier ses éclairages publics, de construire sa première ligne de métro, et… de révolutionner votre manière de concevoir la vie et la mort. Enfin, le projet ne faisait pas partie des cartons du président Sadi Carnot. Mais l’éclosion d’une drôle de fleur, au sortir de cet hiver de 1889, pourrait bien venir bouleverser la vie des Parisiens… Le Chrysanthème Noir. Après avoir fleuri dans les cimetières de la ville, il frappe de son logotype le nom d’une société qui offre aux gens de biens et créateurs de ce monde un bien curieux marché…

Mon avis :

L’enquête continue sans nos deux héros

Dès le début du roman, le ton est donné : Louis Bertillon et Eudes Lacassagne sont hors jeu, puis relégués au second plan de l’enquête autour du Chrysanthème Noir. Le jeune bleu est interné à la Salpêtrière, tandis que son équipier à la canne est laissé pour mort suite à une chute depuis un dirigeable. D’une manière générale, la police de Paris est dépassée par l’affaire, en l’absence de leur duo d’enquêteur et l’auteur nous en fait sentir les limites. Pas de panique ! L’agent La Rousseur et le chef de la sûreté de Paris, Marie-François Goron sont sur le coup, dans deux enquêtes parallèles. Mais, ce n’est pas sans réserver quelques surprises !

En effet, dans si l’espionne aux tâches de rousseur a toujours une longueur d’avance sur le policier, elle est très bien entourée et poursuit des ambitions toutes personnelles. Quant à Goron, il va de surprise en surprise dans cette enquête.  Au fil de l’histoire, on se rendra vite compte qu’il représente la figure du lecteur dans le roman : complètement déconcerté par les révélations qui arrivent au fur et à mesure.

Tout au long du récit, nous croiserons à nouveau des figures historiques ou littéraires dans des domaines très variés : politique, scientifique, artistiques, journalistiques… preuve que l’auteur s’amuse avec l’Histoire. Le clin d’oeil à Sherlock Holmes sur les techniques scientifiques est particulièrement bien trouvé et les étapes de construction de la Tour Eiffel assez intéressantes. J’ai particulièrement apprécié la critique des méthodes de soins en milieu psychiatrique avec le Professeur Charcot. Si vous êtes tenté de réaliser des recherches sur chaque personnage historique cité, je pense que la lecture peut s’avérer encore plus riche.

De nombreux rebondissements viendront s’ajouter à l’intrigue comme des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l’on soupçonne, mais surtout de nombreux dénouements face aux mystères non-élucidés du premier tome. On connaîtra ainsi le rôle de l’Ophiucus dans l’enquête, les secrets d’Edison, le vrai rôle de l’agent américain Pinkerton dans l’affaire et surtout pourquoi les corps sont retrouvés avec des doigts coupés.

Les personnages principaux vont évoluer : si Bertillon s’endurcit, le Khan apprivoise ses phobies et renoue plus ou moins avec son père et son frère. Il aurait presque de l’affection pour Clémence et les femmes en général !

Enfin, côté style, le roman se lit toujours aussi bien et est dominé par un suspense haletant. La langue est riche et ciselée. Feldrik Rivat clôt très bien son histoire avec une fin soignée, même si beaucoup d’intrigues s’entremêlent.

La place aux femmes : La Rousseur vs Mileva Varasd

La duchesse de l’Abey, La Rousseur, Milena … ce deuxième tome fait la part belle aux femmes qui essaient de s’émanciper des hommes.

La duchesse maintient d’ailleurs un projet pour faire accéder la gent féminine aux études ou à des métiers réservés aux hommes comme la médecine ou l’astronomie avec une critique cinglante des scientifiques américains reléguant leurs pairs féminines au café.

L’agent La Rousseur tire son épingle du jeu jusqu’au bout du récit. C’est une jeune femme manipulatrice, au service de son commanditaire mais aussi de ses intérêts. Elle saura apprivoiser le Khan, déjouer les complots, jouer sur plusieurs tableaux… et garde malgré tout avec un attachement sincère pour son fiancé qu’elle dissimule bien.

Mileva quant à elle, se sert du sexe pour marquer les hommes qu’elle hypnotise. C’est une immigrée des pays de l’Est qui a tenté de réussir et de s’imposer dans un domaine scientifique, tout en étant au service du Chrysanthème Noir. Malgré sa soif de pouvoir et ses méthodes douteuses, on sent un réel besoin de reconnaissance de sa part vis à vis de son travail, par ses collègues masculins qu’elle ne réussit pas à obtenir.

A travers ces trois personnages féminins, l’auteur dénonce la condition de la femme à la Belle-Epoque, reléguée au rang d’épouse potiche ou d’être faible. Il propose des moyens qui auraient pu être à leur disposition pour s’en sortir. Il montre également qu’une femme peut être l’égale d’un homme en tant qu’adversaire  et c’est plutôt innovant.

Une uchronie proche du roman scientifique

Ce deuxième tome est encore plus riche en vulgarisation scientifique que le précédent et m’a fait penser aux romans scientifiques de Jules Verne, auquel l’auteur aurait ajouté une pointe de mysticisme avec la mythologie égyptienne et beaucoup d’espionnage.

Si la vulgarisation est nécessaire pour comprendre l’histoire (dont le sujet est la résurrection des morts de manière scientifique), cela m’a par moments ennuyée. Feldrik Rivat est très précis pour évoquer les méthodes d’embaumement, le miracle de l’électricité, ou la Thanatogamie (procédé de résurrection). Cela occasionne parfois des longueurs avec des descriptions assez techniques. C’est le seul petit bémol que j’évoquerai pour ce livre.

En dehors de ce point, l’uchronie développée sur ce sujet est extrêmement intéressante et bien détaillée : il s’agit de passer un contrat avec un mort pour le faire renaître temporairement dans le corps d’un vivant. Cela interroge sur le modèle de société qui se construirait autour de cette innovation. En effet, comment gérer les héritages familiaux si le mort n’est plus vraiment mort ? A l’inverse, les plus grands artistes et érudits pourraient continuer à créer et à collaborer avec ceux de notre époque ce qui ferait prospérer l’humanité. Et la limitation des naissances au profit des renaissances apporterait un aspect écologique avec l’idée de la préservation des ressources.

Cependant, dans ce récit, le procédé est réservé aux riches, la plèbe ne servant qu’à engendrer.  En cela, on retombe sur la vision de la société dans les romans de Science-Fiction avec l’Elite intellectuelle et le Bas-Peuple qui n’ont pas les mêmes possibilités, comme un reflet déformant de notre réalité. Cela m’a rappelé la trilogie Altered Carbon (ou Carbone modifié) de Richard Morgan, qui accorde une forme d’immortalité à une seule partie de la population bien nantie.

En conclusion : Ce second tome est toujours aussi riche tant la construction de son intrigue que dans son vocabulaire. Feldrik Rivat fait le pari de créer un univers original en jouant avec les codes de la Belle-Epoque tout en y apportant une vraie réflexion scientifique sur l’avenir de l’Humanité. Et c’est une pure réussite.

Publié dans Lectures

Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas, éditions Rageot

Bienvenue à Celumbre et son Académie de magie et de mécanique ! Ici, on entretient l’animosité entre les apprentis, afin de maintenir la compétition entre les deux factions. Et si, un mage et une mécanicienne formaient une équipe malgré eux ? Tel est le point de départ de Engrenages et Sortilèges…

Résumé : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis :

Un roman jeunesse sur l’adolescence

Dans ce roman, nous serons confrontés à deux personnages principaux forts, que tout oppose : Grise et Cyrus.

Grise ou Grisella est la fille d’un ingénieur d’Etat réputé. Elle vient d’un autre pays et est noire. Elle étudie la mécanique à l’Académie de Celumbre et est plutôt douée dans son domaine. Elle a un côté Hermione Granger, respecte les règles et les professeurs et a déjà choisi un futur métier. Plutôt solitaire du fait de son ambition, elle aimerait se faire un ami qui la comprenne. Du fait de son statut de mécanicienne et d’étrangère, elle est également marginalisée par les apprentis mages, dont Cyrus, qui se moque de son état débraillé et de ses doigts pleins de cambouis. Elle vit avec son père, très aimant, qui l’encourage dans ses projets et réalise des automates avec elle. Il s’inquiète cependant qu’elle ne se préoccupe pas des garçons, comme une adolescente normale de 15 ans. Elle a pour compagnon Cog,  un petit robot qui récite des proverbes.

Cyrus est le fils de la Première générale de l’armée des Empires. Il est arrogant, imbu de sa personne, délicat, d’apparence soignée, studieux, mais aussi un peu rebelle et peu enclin à l’effort. Derrière cette façade, il cache deux grandes faiblesses :  le manque d’amour de sa mère qui fait passer le devoir avant tout, et son manque de compétences en élémentalisme alors qu’il maîtrise les autres disciplines magiques. Si Grise est naïve, lui est très perspicace, preuve que les leçons de stratégie de sa mère ont finalement porté leurs fruits. Il a pour compagnon Quint, un chat roux qui est aussi son familier.

Grise et Cyrus se détestent au début du roman, du fait de leur classe respective, concept entretenu par les règles de l’Académie. Mais suite à leur mésaventure commune, ils vont devoir faire alliance, et apprendre l’un de l’autre.

Avec ce duo improbable, nous exploiterons les questionnements liés à l’adolescence : les premiers émois amoureux, la vision de l’avenir, la déception vis à vis des adultes, les choix et leurs conséquences, la confiance en soi, la rébellion envers les adultes ou le système.

A eux deux, ils sont également un bel exemple d’amitié malgré leurs nombreuses contradictions, et de maturité contrairement aux adultes qu’ils rencontreront dans leur périple.

De cette aventure, ils sortiront grandis, un peu moins intellos, et surtout plus portés sur des choses de leur âge. Un vrai roman d’apprentissage en somme.

Un manifeste en filigramme sur la politique et ses conséquences

Celumbre, capitale du pays, est gouvernée par Sarenziah, son impératrice. C’est une femme indolente, rêveuse, plus soucieuse de son apparence que de politique, mais aimée de ses sujets. Elle laisse les grandes décisions à Vezzir, son conseiller qui l’assiste avec dévotion. C’est cette dévotion qui causera la perte du royaume, car Vezzir a de grandes ambitions.

A travers cet univers, Adrien Tomas nous dépeint une situation politique calamiteuse, qui pourrait trouver écho dans notre propre réalité.

Il réalise un décorticage en règle des conséquences d’une guerre et de la taxation, qui créé des conditions favorables à l’enrôlement dans l’armée pour les plus jeunes. Cela fait grandir la criminalité et la pauvreté, et pousse le peuple à de mauvaises décisions par nécessité de survie. Les réfugiés de guerre sont ostracisés, les vétérans deviennent mendiants ou mercenaires, les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, la protection civile sous-payée est corrompue et des factions républicaines se créent en opposition au régime impérial.

Mais l’impératrice disposant d’une image impeccable, personne n’ose penser qu’elle veut le mal de ses sujets et n’ose élever la voix… exceptés les républicains dont on moque les idées farfelues. En parallèle, un empire du crime se créé dans les bas-fonds, comme réponse officieuse au gouvernement en place, avec une autre reine : l’Arachnide.

Si l’univers est purement fictif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a été inspiré de faits réels pour certains détails, et nous donne une bonne leçon de politique digne de la série House of Cards.

Un roman qui entremêle astucieusement magie et mécanique

La force d’Adrien Tomas dans la plupart de ses récits, réside en sa manière d’aborder la magie. Sujet récurrent dans ses romans, il se distingue une nouvelle fois en mélangeant le côté magique de ses personnages à celui de la mécanique.

Dans Engrenages et Sortilèges, l’inimitié des deux personnages principaux a pour point de départ leurs sujet d’étude et compétences au sein de la même Académie. Si Grise étudie la mécanique, symbole d’avenir et de progrès dans cet univers, Cyrus privilégie la magie, plutôt associée au passé.  

A l’Académie, on encourage les mécaniciens à ne pas offusquer les mages car leurs pouvoirs sont liés à ses émotions et ils pourraient perdre leur magie si leur confiance en eux est lésée. Cyrus en est bien conscient et joue de cette autorité pour martyriser les mécaniciens, tout comme ses camarades, ce qui nuit aux relations entre les deux factions. Cela a pour conséquence une forme de révolte intérieure chez les mécaniciens, qui culminera à travers Grise quand Cyrus poussera la plaisanterie trop loin. Cette inimitié tient à l’origine au fait que les magiciens ont peur de se faire remplacer par des machines et que les mécaniciens trouvent leur fonctionnement complètement dépassé.

Le seul point sur lequel magiciens et mécaniciens se rejoignent est l’énergie utilisée dans cet univers :  l’Arcanium.  Subtile invention de l’auteur, qui fait ressentir son parcours scientifique, cette énergie pourrait se rapprocher dans notre réalité du lithium, utilisée dans les batteries, plutôt rare et difficile à extraire. A travers cette histoire, Adrien Tomas lance des pistes de réflexion concernant l’utilisation de cette énergie et son exploitation : doit-elle servir à la destruction ou au bien de tous ? Doit-on l’extraire et à quel prix ?

D’autres réflexions viennent pimenter l’aventure comme le statut des automates, souvent développée dans les romans steampunk ou de Science-fiction. Ici, nous rencontrerons des automates dotés de conscience propre et autonomes, devenus des marginaux après avoir été rejetés ou maltraités par les hommes. Doit-on les considérer comme des êtres humains ? Tel est un des enjeux de ce livre.

Mais la plus grande thématique abordée sera la loyauté envers un système avec qui l’on est en désaccord. Doit-on s’y soumettre ou se révolter ? Et quelles seront les répercussions de nos actions ?

La magie est abordée aussi sous un angle différent en opposant le savoir des livres à celui de la connaissance de soi. C’est ce qu’apprendra Cyrus auprès d’un mage noir qui lui fera étudier la nécromancie, ouvrant ainsi un autre chapitre dans l’étude de la magie dans les récits d’Adrien Tomas.

En conclusion : Engrenages et sortilèges est un roman jeunesse qui, sous couvert de magie et de mécanique aborde des sujets plus sérieux comme la manipulation politique, l’origine de la pauvreté et la délinquance. Il développe également des personnages attachants, en qui l’on peut facilement se reconnaître. C’est une petite pépite à découvrir, sans distinction d’âge.