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Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.

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Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.

 

 

 

 

 

 

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L’échiquier de jade, Alex Evans, Editions ActuSF

Suite directe de Sorcières Associées du même auteur, L’échiquier de Jade a longtemps attendu dans ma PAL avant de trouver pour moi la bonne occasion de le lire. C’est dans le cadre du mini-challenge de Noël organisé par le PLIB que j’ai pu le ressortir, afin d’en apprécier toute sa saveur en cette période de fêtes. Voici venir une nouvelle aventure de Tanit et Padmé, sorcières à Jarta, la Cité où l’argent règne en maître et où la magie est imprévisible…

Résumé : Retour dans la cité de Jarta. La ville est en pleine ébullition. Les manifestations des opposants à la visite de l’ambassadrice d’un Empire fermé et agressif provoquent de sérieux remous. Dans le même temps, tous les sorciers de la ville sont réquisitionnés pour combattre un démon qui a dévoré deux personnes. Résultat, les forces de l’ordre confient deux nouvelles enquêtes aux sorcières Tanit et Padmé, et notamment le vol d’un antique échiquier en jade que la ville comptait offrir en cadeau à l’ambassadrice. L’incident diplomatique n’est pas loin…

Mon avis :

Où l’on en apprend plus sur nos sorcières préférées

Alex Evans profite de ce deuxième tome pour approfondir la psychologie de ses personnages et nous présenter, grâce à quelques chapitres, des événements de leur passé.

On découvre alors une histoire où la jeune Tanit, tumultueuse espionne, est propulsée dans une île dangereuse auprès de militaires. Quant à Padmé, enfant sage terrorisée par ses pouvoirs incontrôlables, elle est envoyée en pension chez une tante folle par sa riche famille.

Par ailleurs, ces épisodes participent à faire avancer l’intrigue et à comprendre les réactions des deux sorcières dans le présent : Tanit tient en haute estime l’honneur des espions et a développé un fort caractère après un passage dans l’armée et une enfance d’étrangère mal intégrée. De son côté, Padmé se méfie de la politique et cherche à protéger son statut de magicienne en créant une ligue, après son séjour chez sa tante.

Sur ce tome, il m’a semblé que les deux personnages principaux prenaient plus de relief et, contrairement au premier tome ( Sorcières Associées), faisaient entendre leurs voix de manière distincte.

Une enquête aux multiples rebondissements

L’auteure alterne les points de vue d’un chapitre à un autre, ce qui permet à la fois de rythmer le récit, mais aussi d’inviter le lecteur à participer à l’enquête. Celui-ci récupère les indices par les deux magiciennes, qui elles, n’ont pas forcément le temps de se voir pour faire des mises au point.

Cette enquête est plus complexe dans le précédent roman. J’ai trouvé que cela lui apportait du sérieux, pour un récit qui se veut au départ léger et amusant.

L’auteure nous ballade pas mal entre plusieurs intrigues, mais ce n’est jamais sans raison. Tout finira par se rejoindre, même si trouver le coupable dès le début n’est pas gagné.

Pour vous donner une idée de la multitude des rebondissements, j’ai compté une apparition de monstre,  un vol d’objet précieux, une escroquerie liée à la voyance, le retour d’une secte intégriste anti-magie, et la création d’un service de protection rapprochée afin de lutter contre les attentats magiques.

J’ai ressenti une réelle évolution du style de l’auteure dans ce second tome au niveau du genre policier, et cela a été très plaisant à découvrir.

Une réflexion sur la magie alliée à la politique

La principale intrigue, le vol d’un échiquier de Jade, mêle les sorcières à un enjeu politique avec la venue d’une ambassadrice étrangère. L’échiquier est un cadeau destiné à celle-ci en vue d’accords commerciaux. Tout tourne autour de cet enjeu politique qui met la police et les autorités sur les dents. Avec l’attentat du début,  Padmé est plusieurs fois réticente à travailler pour eux gratuitement, même si elle a le souci de protéger la cité. Comme elle le dit : « travailler gratuitement dans une cité où le dieu fondateur est l’argent équivaut à une insulte ».

La manière dont la police traite les magiciens est très démonstrative du comportement de la population à leur égard : ils sont très utiles quand il y a besoin, mais restent craints ou mal-vus. Face à la magie, les policiers sont désarçonnés et n’ont aucun outil pour la comprendre. Cependant, comme elle existe, il faut bien essayer de trouver une solution et donc de trouver des gens compétents pour régler les problèmes qu’elle cause.

La volonté de créer une ligue ou une confrérie de magie pour donner du poids au statut de sorcier prend alors tout son sens. Mais cela s’avère un enjeu complexe car les concernés sont très centrés sur leurs besoins personnels et peu soucieux d’aider les autres.

L’épisode avec la tante de Padmé rappelle les réquisitions de scientifiques par les militaires en vue de développer des projets destinés à une guerre en cours.

De là considérer les sorciers comme des anciens scientifiques, il n’y a qu’un pas…

Quelques bémols :

Si la lecture de ce livre a été très plaisante et palpitante, j’ai trouvé que l’univers cosmopolite, inspiré par les voyages de l’auteure, est un peu brouillon. J’ai éprouvé des difficultés à retenir les noms des différents pays, coutumes, manière de s’habiller, ou comprendre les corrélations possibles avec la réalité. Cela dit, Jarta et ses environs est un monde très riche, et les clins d’oeils de sa créatrice concernant ses autres livres me font toujours sourire. Par exemple, en début de roman, Padmé évoque un incident avec un Tigre-brouillard invoqué accidentellement via un artefact magique. C’est une des intrigues de La Machine de Léandre.

Par ailleurs, j’ai été un peu déçue que les idylles amoureuses des deux amies soient survolées en fin de roman. Padmé retrouve en effet son capitaine et Tanit son espion, qui les aideront à terminer les enquêtes. J’aurais aimé en lire un peu plus sur le sujet. Peut-être dans un autre tome ?

En conclusion : J’ai beaucoup aimé cette enquête complexe qui permet d’aborder un peu plus la psychologie de ses personnages principaux et d’apporter un questionnement plus profond sur l’utilisation de la magie, de la politique, voire de la science dans l’univers d’Alex Evans. A quand une nouvelle aventure du cabinet Sorcières et associées ?

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

 

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Sorcières associées, Alex Evans, éditions ActuSF

Vampire possédé ? Zombie exploité ? Appelez le cabinet de sorcières associées Amrithar et Murali !

Résumé : Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules… Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas. Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies… Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Mon avis :

Deux sorcières qui ne manquent pas de caractère

Alex Evans nous présente deux sorcières aka détectives privées et désenvoûteuses aussi différentes qu’intéressantes, avec toutes deux une  forte personnalité.

Il y a tout d’abord Tanit, ancienne espionne de l’armée, joueuse, buveuse, adepte des aventures sans lendemain et des tenues affriolantes, avec une tendance à foncer tête baissée dans les ennuis. Elle réside dans les bas-fonds de la ville et aime traîner dans les bars. Son passe-temps favori est de participer à des combats de boxe libres.

A l’opposé, Padmé, qu’on suppose d’origine indienne avec son sari, est plutôt posée et réfléchie. Elle est la mère d’une jeune adolescente adepte des créatures magiques, et a fui son mari, ancien médecin de l’armée. Elle aide de manière bénévole et anonyme dans un hôpital pour nécessiteux à côté de son travail de détective et vit dans un quartier respectable, très bourgeois. Elle a du mal à s’engager dans des relations amoureuses du fait de son statut de mère célibataire.

Bien qu’ayant été dans deux camps opposés pendant la dernière guerre magique, les deux sorcières se sont associées dans une sorte de cabinet de détective liées aux affaires magiques à Jarta. Elles se voient confier deux enquêtes : un vampire possédé par un humain et forcé de tuer des gens, ainsi que des accidents mystérieux dans une usine où travaillent des zombies.

Ce deux enquêtes vont leur permettre également de faire le point sur leur vie et de résoudre des problèmes liés à leur passé.

Une enquête à deux voix

D’emblée, Alex Evans nous propose une narration à deux voix : celles des deux sorcières.

A chaque chapitre, l’une d’elle s’exprime sur l’enquête en cours et raconte aussi un peu de son histoire. Au lecteur de créer des liens logiques autour de l’enquête à travers les récits des deux protagonistes.

Cette technique d’écriture permet de garder un certain rythme dans l’histoire et par conséquent, de ne pas endormir le lecteur.

Mais dans les derniers chapitres, les deux voix ont tendance à perdre de leur personnalité pour ne devenir qu’une. Un peu dommage pour la distinction entre les personnages mais cela ne trouble pas pour autant l’intrigue principale.

Un univers magique avec ses règles

Jarta est une cité qui s’éveille à la magie.

Des années auparavant, elle avait disparu et voilà qu’elle revient de manière mystérieuse. Cela occasionne de gros problèmes car avec la magie, viennent les créatures magiques…et toutes ne sont pas bienveillantes.

Cependant, cela donne du travail aux deux sorcières, ainsi qu’à d’autres. Les sorciers forment une sorte de club dans la cité et aiment à se retrouver pour discuter de leurs affaires respectives.

Mais, être une sorcière n’est pas de tout repos car il faut obéir à certaines lois.

Par exemple, quiconque utile la magie pour de mauvaises raisons doit s’attendre à un retour de bâton ou au mauvais sort. Padmé est très respectueuse de cette règle et s’efforce constamment de convaincre Tanit d’en faire de même.

Découvrir que l’on est une sorcière n’est pas simple non plus. Les sorciers étaient auparavant pourchassés, utilisés à des fins de guerre dans des unités d’élite, ou encore endoctrinés dès leur plus jeune âge. Tanit et Padmé ont, dans leur histoire personnelle, vécu des traumatismes liés à leur pouvoir.

Enfin, des humains sans pouvoir magique peuvent en acquérir en réunissant de puissants artefacts appelés Tellions. Ces objets, mi-magiques, mi-mécaniques auraient été détruits des années auparavant et dispersés. Mais leur usage peut s’avérer très dangereux pour un néophyte.

Une réflexion sur le capitalisme et la vie éternelle

A travers les deux enquêtes, l’auteur nous fait réfléchir sur deux sujets : le capitalisme et la vie éternelle.

Avec son usine d’ouvriers-zombies, Stanford propose une alternative à moindre coût pour continuer à faire du profit : continuer à utiliser ses propres ouvriers, une fois morts pour les transformer en zombies et qu’ils continuent à travailler sans relâche dans son usine. Il suffit pour cela de racheter leur corps à leur famille et de les transformer.

Cette idée, astucieuse, pose un problème éthique : celui du respect des morts d’une part, et de l’égalité entre ouvriers. Les ouvriers morts ne coûtent rien contrairement aux vivants et donc leurs sont préférés. Cependant, leurs familles ne peuvent jamais faire réellement le deuil de leur proche car il n’est pas réellement décédé.

Cette notion capitaliste atteint son paroxysme dans le culte lié à l’argent dans la cité. Le dieu Kel, dieu de l’argent est vénéré avec ferveur car la principale source de revenu de la ville est le commerce. Son Grand Prêtre est aussi craint que les dirigeants au pouvoir et il joue également le rôle de banquier. Le temple en lui même est à l’image du culte, rassemblant toutes les figures liées à l’argent : poule aux oeufs d’or, Veau d’or… et est décoré de manière ostentatoire. On pourrait penser que ce culte est ridicule, cependant le Grand Maître a le bras long dans la cité et il ne fait pas bon le contrarier.

Quant à la vie éternelle… il en est question dans le livre avec un scientifique fou. Mais nous vous laisserons découvrir cela vous-même…

En conclusion : Une enquête magique qui allie sorcières au caractère bien trempé et questions éthiques sur la magie et la société. Un roman à dévorer de toute urgence !

Publié dans Questions existentielles

J’aime regarder la série « Good Witch » et j’en ai honte…

Dimanche, fin d’après-midi, moi vautrée dans le canapé les yeux rivés à l’écran en pyjama pilou pilou, une tasse de chocolat chaud à la main, en train de regarder passionnément Good Witch (ou « Un soupçon de magie » pour les frenchies) sur Netflix. 

Mon cher et tendre qui passe dans le salon : « ça va chérie ? Tu regardes quoi ? »

Moi candide : « Good Witch« 

Lui navré : « Quoi ? Cette série où il se passe rien avec Catherine Bell ? »

Moi désarçonnée : « Oui, précisément… »

A ce moment là, je réalise que j’en suis à la saison 3, que ce soir je me suis enfilé quatre épisodes à la suite, et que j’ai poussé le bouchon à lui demander de retrouver pour moi les téléfilms canadiens d’avant la série, sur internet.

Et je me demande, pourquoi, moi, Bac + 3 en Lettres Modernes, ayant banni la télévision depuis 6 ans de chez moi parce que je ne supporte plus le niveau relativement bas des programmes télévisuels, et qui se désole des sujets putaclics d’internet plus nombreux que les sujets mobilisant l’intellect… je suis devenue accro à une série télé canadienne pleine de bons sentiments où il ne se passe absolument rien.

Mais d’abord, reprenons depuis le début pour que vous compreniez mon malaise : ça parle de quoi Good Witch ?

L’intrigue des huit téléfilms diffusés à partir de 2008, aborde l’arrivée de Cassandra Nightingale dans la ville de Middleton, Canada. Celle-ci, un peu sorcière (mais pas trop) hérite d’une vieille maison de famille dans la ville. Les habitants de la ville ne veulent pas de cette étrangère, qui ose en plus ouvrir une boutique de produits ressemblant à des trucs magiques comme des herbes médicinales ou des pierres de lithothérapie.

La femme du maire, Martha Thinsdale, essaie de la virer de la ville, mais finalement, Cassy (aka Cassandra) va se faire une place et épouser le chef de la police de la ville, Jake Russell, veuf avec enfants, et tout finit bien. D’autres personnages viendront compléter le tableau comme la méchante cousine de Cassy, Abigail, ou encore le beau-père de Cassy, Georges, qui va l’aider à transformer sa maison en chambre d’hôtes : Grey House.

Dans la série à partir de 2015,  on retrouvera d’autres personnages récurrents comme Stéphanie, la meilleure amie de Cassy, les enfants de Jake devenus grands : Brandon et Lory;  la fille de Cassy, Grace devenue ado et surtout le voisin de Cassy, le docteur Sam Radford et son fils Nick débarqués de New York…. parce que SPOIL :  Jake Russell est mort ! Et… il faut bien une nouvelle romance avec le personnage principal !

Si vous voulez plus de détails sur la réalisation, je vous invite à consulter la page wikipédia des téléfilms. Il y a un lien direct avec la série dedans.

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Catherine Bell Alias Cassy Nightingale via HallMark Channel

Pourquoi cette série fonctionne autant ?

Le personnage principal ne s’énerve jamais et aide les autres

Cassy Nightingale, jouée par Catherine Bell (ex actrice de la série JAG, à la cinquantaine bien conservée), est douée pour résoudre les problèmes des gens. Soit elle leur conseille des bougies/ tisanes/ objets à la con qui ont une « histoire »;  soit elle les invite à lui rendre un service en allant porter un truc chez quelqu’un qui pourra résoudre ledit problème.

Les gens viennent donc dans sa boutique ou à sa chambre d’hôtes pour ça et repartent super contents, comme la mairesse Martha Thinsdale (SPOIL : elle est élue maire dans la série) qui vient la faire chier tous les matins dans la boutique pour trouver l’inspiration ou résoudre un problème de la ville. Et Cassy l’accueille toujours avec le sourire… et ne lui fait jamais payer ce qu’elle prend ! On se demande d’ailleurs comment elle peut vivre de son commerce…

Ajoutez à ça que l’héroïne est un peu sorcière (mais pas trop, hein, série puritaine toussa…) et a des intuitions qui peuvent s’avérer utiles (comme sa fille et sa cousine parce que « c’est de famille ») mais pas de pouvoir magique, hein ! On n’est pas dans Charmed. Par contre, elle boit tout le temps du thé et elle connaît les vertus des plantes médicinales et de la relaxation… Une baba-cool, en somme.

Pour un spectateur lambda qui regarde cette série, je dirais que ça semble cool qu’une personne aussi bienveillante existe, tout comme le fait de régler ses problèmes personnels  avec des objets à la con. Si c’était réel, je dirais : Prends l’argent !

En plus, mon côté amoureux des vieux objets en prend plein les mirettes avec sa vieille maison digne d’un petit manoir et les nombreux trucs qu’elle présente aux clients.

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La boutique de Cassy via le wiki de la série

 

Il y a toujours une fête à organiser à Middleton

Quand ce n’est pas Martha Thinsdale qui, pour promouvoir sa ville, organise un festival (au choix) : des lumières, de l’automne, de la sortie d’un livre, de Halloween, de LA fleur de la ville,  ou le salon de la santé et de la nutrition… ce sont des événements plus personnels qui sont célébrés : mariage, anniversaire de mariage de la mairesse, arrivée du Docteur Radford dans la ville, etc…

Du coup, à chaque fois, on a droit à la tournée des commerces avec les personnages récurrents comme Stéphanie la patronne du café, ou Abigail et son magasin de fleurs, et surtout Cassy qui est de l’organisation car elle a toujours de supers idées.

Ce qui fait apparaître la ville comme un lieu où il fait bon vivre et où la communauté est soudée pour l’organisation de gros événements.

Dans ma tête résonne la nostalgie qu’un tel lieu existe avec des gens qui s’entendent bien et savent mettre leurs différents ou ego de côté pour le bien commun. Et la ménagère de moins de 50 ans qui sommeille en moi est titillée par les aspects de la fête avec les bonnes idées trouvées pour la déco, les costumes, les fleurs, etc…

Ajoutez à cela les plans sur la ville réguliers où l’on voit les arbres changer de couleur au fil des saisons et vous aurez une parfaite petite ville de province utopique.

Middleton
Middleton d’après le Wiki de la série

C’est une série américaine… donc puritaine et pleine de bons sentiments

Jamais au grand jamais, vous ne verrez de scène de sexe dans cette série. C’est tout juste si les couples s’embrassent sur la bouche, et encore, sans la langue !

Du coup, on favorise la romance (comptez le nombre de bouquets de fleurs offerts, si, si, j’insiste !), et surtout les bonnes relations humaines en famille, entre amis, entre étrangers. De là à parler de puritanisme américain, on n’est pas loin…

Même quand quelqu’un est méchant, il finit toujours par retourner sa veste ou on lui donne des excuses au vu de son passé en le poussant à devenir meilleur. L’amélioration et le développement personnel sont les maîtres mots de la série qui propose une petite morale sous-jacente à chaque épisode.

Alors vu comme ça, c’est complètement irréaliste, nous sommes d’accord. Mais j’avoue me prêter au jeu en imaginant cette réalité alternative qui fait du bien.

La dérive serait un épisode de Black Mirror où l’on est obligé de sourire et d’être gentil pour mieux avancer en société (cf épisode 1 de la saison 3 de Black Mirror) mais sous The Good Witch, ça passe crème.

Ajoutez à cela que dans toute bonne série américaine, les filles sont toujours apprêtées comme vous ne le serez JAMAIS dans votre quotidien. J’avoue, je suis un peu jalouse de leurs coiffures parfaites… mais ça donne envie.

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Casting de The Good Witch via Hallmarkchannel

Il y a un poil de féminisme à travers l’entrepreneuriat de la ville

Outre la mairesse (sacrée Martha !), la plupart des commerces présentés sont tenus par des femmes : Abigail est la fleuriste, Stéphanie la patronne du café et d’un service de traiteur, Cassy a sa boutique de souvenirs/remèdes naturels et son Bed and Breakfast…

A part le docteur et son cabinet médical, le cinéma tenu par Ben, et la brasserie Liam, Middleton favorise ses femmes entrepreneurs. Il existe un  conseil féminin des entreprises de la ville et un épisode est consacré dans la saison 4 à leur valorisation en vue des générations futures.

Vision progressiste ? Volonté de montrer qu’une femme peut entreprendre aussi bien qu’un homme ? Je ne sais pas. Toujours est-il que cela m’interpelle de manière positive, malgré certaines incohérences scénaristiques.

Parce que vous n’allez pas me dire que Cassy, même aidée de son beau-père pour faire tourner Grey House (son Bed and Breakfast) et de sa belle-fille Tara pour sa boutique, arrive à gagner assez d’argent pour entretenir sa famille au vu des cadeaux qu’elle fait à longueur de temps. Ni qu’elle a assez de temps pour TOUT gérer, même l’entretien de son jardin, quand on l’invite à organiser une fête dans la ville ? Soyons réalistes deux secondes.

Grey House dans Good Witch
Grey House via le wiki de la série

Bon alors, pourquoi j’ai honte de regarder Good Witch ? 

Cela fait bien 5 minutes que je vous dresse un portrait pas édulcoré, mais plus ou moins flatteur de la série, et des raisons pour lesquelles j’aime la regarder, et vous vous demandez pourquoi je continue à mater ce truc ?

Pour résumer, cette série résume un monde idéal très différent de celui dans lequel nous vivons, mais où j’aimerais bien vivre. Cela m’aide à déconnecter du quotidien.

Ce qui explique pourquoi d’autres gens regardent tel ou tel programme de télévision. Nous avons tous besoin de rêver d’une certaine manière, et chacun à notre façon, pour nous évader d’un métier sans intérêt ou juste par plaisir.

Alors oui, j’ai un peu honte de regarder cette série parce qu’elle n’élève pas mon niveau intellectuel et ne m’aide pas à progresser. Je procrastine sérieusement devant, au lieu de me consacrer à des tâches plus enrichissantes nécessitant plus de réflexion. Mais après tout, n’avons nous pas tous besoin d’un petit plaisir coupable pour nous aider à nous sentir bien ?

Même si je ne vous cache pas que parfois,  j’ai envie de donner des claques à Catherine Bell quand elle sourit, parce que ses lèvres siliconées forment une bouche en cul de poule, ou qu’un personnage fait une pause dramatique en partant à la fin d’une conversation « houleuse ». Malgré tout, je regarde et avec passion.

Et vous savez le pire ? J’attends la nouvelle saison avec impatience ! On ne se refait pas…

Chacun d’entre nous a son propre plaisir coupable. Et au fond, ce n’est pas très grave. Du moment qu’il ne vous dévore pas tout cru et que vous savez en rire.

Et vous, c’est quoi votre péché mignon ?

the good witch générique
Image du générique de Good Witch via Wikipédia