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Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.

 

 

 

 

 

 

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Prix littéraire de l’imaginaire Booktube 2020 #PLIB2020 : Mini-challenge Lecture pour Noël, Mon expérience de jurée #3

Le temps passant, nous voici en décembre, synonyme de nouveau challenge littéraire en lien avec le PLIB : le tournoi des élites et son épreuve des stratèges. Petit tour d’horizon du fonctionnement de ce défi lecture pas comme les autres.

Le challenge a lieu du 16 décembre au 29 décembre 2019. Un challenge court mais intense pour pimenter les fêtes de Noël.

Tout le monde peut participer, ce n’est pas réservé aux seuls jurés du PLIB. Par contre, il faut se dépêcher de s’inscrire pour être réparti dans une des équipes. Et oui ! Ce n’est pas un challenge ordinaire : on lit en équipe !

En équipe tu seras

Pour participer, il faut remplir un formulaire d’inscription disponible sur le site du PLIB. Il te faudra choisir ton équipe, et une équipe de secours au cas où il n’y a plus de places dans celle de ton premier choix.

Puis tu recevras un gentil email de confirmation concernant ton équipe avec quelques règles de fonctionnement ou une notification sur Discord.

Niveau organisation, toutes les discussions et questions en lien avec le challenge ont lieu sur Discord. Il te faudra créer un compte, avec un pseudo et te faire inviter sur le salon du PLIB en lien avec le challenge.

La page du règlement du challenge est disponible sur le site, si souhaites plus de détails. Cela t’évitera aussi de poser des questions à ton groupe alors que les réponses sont déjà disponibles dans ce règlement. 😉

Chaque équipe dispose d’une couleur différente sur Discord : il y a les Dragonniers en rouge, les guérisseurs en bleu et les mages en violet. Les équipes soutiennent chacune une princesse  (en réalité des bloggueuses liées à l’orga du PLIB 😉 ).

Chaque menu validé avec les lectures que tu auras faites rapportera 5 points à ton équipe. Mais il faudra être stratégique pour faire gagner un maximum de points !

Des menus tu choisiras

Quatre menus sont proposés pour ce Mini challenge :

menu scintillant PLIB2020 #PLIB2020

Menu Gourmand PLIB2020 #PLIB2020

Menu Chaleureux PLIB2020 #PLIB2020

Menu authentique PLIB2020 #PLIB2020

A ceux ci viennent s’ajouter quelques règles complémentaires :

Si tu lis un livre sélectionné pour le PLIB2020, tu fais gagner 1 point supplémentaire à ton équipe.

Seuls les romans et recueils de nouvelles sont acceptés, s’ils sont lus en intégralité.

Un même roman lu peut valider plusieurs item de menus.

Les romans de Science-Fiction, Fantasy, Fantastique, et contemporains (ou littérature blanche) sont les seuls romans acceptés.

Les mangas ne sont pas acceptés dans ce challenge, contrairement au Pumpkin Autumn Challenge.

Pour le reste des indications, je te réfère au règlement complet du challenge 😉

A noter que lorsque tu auras choisi ton menu, et déterminé ta sélection de livres, tu dois renvoyer un formulaire pour indiquer tes lectures à ton équipe. Le même formulaire est à remplir une fois le challenge terminé.

De la stratégie de lecture tu déploieras

Tu l’auras compris, le but est de lire un maximum de pages en 15 jours et valider un maximum de menus.

Mais pour cela, il est nécessaire d’être stratégique.

Par exemple, tu peux sélectionner des romans courts pour aller plus vite.  Ou mieux : choisir des livres qui te permettent de valider plusieurs menus en même temps.

Tu peux aussi choisir des livres de la sélection du PLIB si tu es juré. En plus de rapporter des point bonus, cela peut t’aider à avancer dans tes lectures d’ici le nouveau vote des finalistes !

Et moi dans tout ça ?

Je fais partie de l’équipe des Mages et j’ai choisi le Menu Authentique avec les livres suivants :

  • Rubrique « Il était une fois » ( Le roman se déroule dans un contexte historique)

Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine

J’ai choisi Les voiles de Frédégonde, de Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond, un roman historique autour d’une figure féminine au temps des rois francs de la dynastie mérovingienne. Il sera question de complots politiques et d’histoire d’amour (et de jalousie). J’avais déjà lu La Trilogie des Elfes, et Guinevere (Guenièvre) du même auteur et beaucoup apprécié son style et sa manière de revisiter la Légende arthurienne. J’espère que ce roman historique sera à la hauteur autant au niveau de l’intrigue que de respect de la réalité historique.

Son résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Noël Mécanique » (un roman steampunk) :

realm of broken faces marianne stern

Ce roman clôt la trilogie des Récits du Monde Mécanique de Marianne Stern dont j’ai déjà lu et chroniqué les deux tomes précédents (Smog of Germania et Scents of Orient), publiés aux éditions du Chat Noir. Realm of Broken Faces est un récit uchronique autour d’un monde où la France, l’Allemagne et l’Angleterre sont en guerre. Nous suivrons les aventures des frères Maxwell et Jérémiah autour d’animaux mécaniques et de dirigeables. Même si chaque tome peut se lire de manière indépendante, il est utile, ne serait-ce que pour suivre l’évolution des deux personnages, de commencer par Smog of Germania.

Le résumé : Automne 1917, Nord-Est de la France. La Blitzkrieg du Kaiser a dévasté les environs, mais une petite communauté de malfrats règne désormais sur ce no man’s land. À sa tête, Monsieur, chef auto-proclamé. Un personnage à la gueule cassée, lunatique et mystérieux. Comme on dit aux alentours, personne ne sait qui il est véritablement et d’ailleurs, tout le monde s’en fout, d’autant plus que l’ignorance est gage de survie. Le Quenottier, armé de sa fidèle pelle, suit cette ligne de conduite sans dévier d’un pouce. Il a bien d’autres ennuis à gérer que les lubies de Monsieur. À commencer par cette mioche, débusquée dans les vestiges des tranchées, bien décidée à lui pourrir la vie… Entre corbeau agaçant, Veuve acerbe et gamine insupportable, qui aura les nerfs du vieux Quenot’ ?

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Petits meurtres en famille » (une enquête dans un roman SFFF) : 

echiquier de jade alex evans_

J’ai aussitôt pensé à L’échiquier de Jade d’Alex Evans, qui dort dans ma PAL depuis un moment. Il s’agit de la suite de Sorcières Associées du même auteur, aux éditions ActuSF dont j’ai déjà réalisé la chronique. Le roman est court et les aventures des deux sorcières Tanit et Padmé sont hilarantes et pleines de rebondissements. Ce sera une vraie lecture bonbon pour les fêtes.

Le résumé : Retour dans la cité de Jarta. La ville est en pleine ébullition. Les manifestations des opposants à la visite de l’ambassadrice d’un Empire fermé et agressif provoquent de sérieux remous. Dans le même temps, tous les sorciers de la ville sont réquisitionnés pour combattre un démon qui a dévoré deux personnes. Résultat, les forces de l’ordre confient deux nouvelles enquêtes aux sorcières Tanit et Padmé, et notamment le vol d’un antique échiquier en jade que la ville comptait offrir en cadeau à l’ambassadrice. L’incident diplomatique n’est pas loin…

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « Retour en arrière » (Lire un livre finaliste des éditions antérieures) :

la fille qui tressait les nuages celine chevet

Il se trouve que j’ai dans ma PAL de table de nuit le roman de Céline Chevet, La fille qui tressait les nuages, éditions le Chat Noir, gagnante du PLIB2019. Je me suis dit que c’était l’occasion de le lire, d’autant que l’histoire, un brin fantastique, se déroule au Japon à notre époque. (En ce moment, je suis dans une phase littéraire « Japon »)

Le résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, la Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

  • Rubrique « C’est la fin » (Le personnage de la faucheuse est présent dans l’histoire) :

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Présent parmi les 20 sélectionnés du PLIB2020, L’apprentie Faucheuse de Justine Robin aux éditions Le Héron d’Argent me faisait de l’oeil depuis les votes de novembre. J’ai décidé de le lire pour m’essayer à la lecture numérique avec l’ebook fourni gracieusement par l’éditeur aux jurés, dans le cadre du Prix. Le roman a l’air amusant et court. C’est de la littérature Young adult, donc cela me changera de sujets plus sérieux comme Les voiles de Frédégonde évoqué plus haut.

Le résumé : « Aujourd’hui, je suis morte. » Amélia Pratt était une simple domestique, pauvre et sans avenir. Mais par une froide nuit d’hiver de l’année 1850, un homme la précipite dans la mort. Elle renaît alors sous les traits de Red Death, l’une des sept petites faucheuses. Désormais, son rôle est de pourchasser les esprits errants et les fantômes. Et à ce petit jeu-là, elle est la meilleure ! Pourtant, elle n’a pas choisi l’Ankou le plus docile pour la seconder dans sa tâche. En effet, le beau Rain n’est autre que son propre meurtrier, désormais contraint de lui obéir pour l’éternité… Entre complots, dangers et trahisons, parviendra t-elle à accomplir son rêve : devenir la prochaine Grande Faucheuse du Sanctuaire de la Mort ?

Lire ma chronique suite à sa lecture ici 😉

J’annonce une lecture de 1552 pages d’ici la fin du défi.

Ma stratégie personnelle pour ce challenge (et mes objectifs):

Lire des romans courts ou dont le style est léger. Nous sommes en période de fêtes et de vacances. Exit donc Les Piliers de la terre de Ken Follett. Tu resteras encore un moment sur mon étagère de PAL !

Avancer sur les lectures du PLIB2020 et vous proposer des chroniques littéraires les concernant. En plus, ça fait des points en plus pour l’équipe.

Réutiliser certains romans lus dans le Menu Authentique pour valider d’autres menus.  Par exemple, je peux réutiliser L’échiquier de Jade dans le Menu Scintillant et sa rubrique « C’est toujours mieux à deux ».

Vider ma PAL (=Pile à Lire) achetée au Festival des Imaginales. Il s’agit d’un défi avec une amie d’ici le mois de Mai 2020. Nous avons décidé de ne plus dépenser d’argent pour de nouveaux livres avant ce festival. En effet, chaque année nous en revenons avec environ 15 livres chacune et un gros trou dans le porte-monnaie. Lire ce que nous avons déjà nous permet par ailleurs de réaliser des économies !

M’essayer à la lecture numérique ! Adepte du papier, j’éprouve des difficultés à passer à la tablette ou la liseuse. Ce sera une bonne occasion d’essayer.

Et surtout, prendre plaisir la lecture et faire gagner mon équipe. Allez les Mages !

D’autres challenges sont à venir par la suite, jusqu’en août, que tu peux rejoindre aussi ! Alors n’hésite pas à consulter  la page concernant les challenges du PLIB et rejoindre une équipe !

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Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro, éditions ActuSF

Quand la révolte intérieure d’une reine se transforme en l’insurrection de tout un peuple…

Aujourd’hui, je vous présente le roman de Jean-Laurent Del Socorro, paru chez ActuSF.

Résumé : Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Mon avis : 

Une reine symbole de liberté

Peu connue en France, Boudicca (ou Boadicée) est un vrai symbole en Angleterre. C’est la figure de la reine forte qui refuse l’oppression de son peuple et la disparition de sa culture à cause de l’envahisseur romain. Elle est vue comme le « Vercingétorix Breton ».

On n’a d’elle que peu de descriptions, si ce n’est celles qu’en font le romain Tacite dans Agricola, et l’historien grec Dion Cassius. Mais ce sont souvent des informations orientées, les romains ayant cette tendance à décrire l’Histoire à leur avantage.

Dans ce roman, Jean-Laurent Del Socorro réalise sa biographie, en se basant sur des recherches historiques et en essayant de montrer les raisons qui l’ont poussées à se battre, avec quelques libertés créatives.

Le roman se présente en trois parties évoquant chaque moment d’évolution de la vie de Boudicca.

La première partie, « Fille d’Antedios » parle de son enfance : Enfant blessée par l’indifférence de son père, car elle a causé la mort de sa mère à sa naissance, elle apprend la rhétorique auprès de son druide pour exprimer ses émotions et se libérer intérieurement. Souffrant de son statut de princesse, elle souhaite être elle-même. Son goût pour le maniement des armes, plutôt dédié à la caste des guerriers lui permet de trouver un équilibre.

La deuxième partie intitulée « Femme de Pratsutagos » évoque son rôle d’épouse et de reine. Libérée de son père, elle existe à présent aux côtés de son mari par un mariage arrangé. Elle devient mère de deux filles et décide de rester soumise aux décisions que son mari prend pour son peuple, malgré leurs désaccords. Mais face aux romains qui voient les femmes comme des êtres inférieurs, elle se bat pour ses acquis : être une reine et non la femme d’un roi.

Dans la troisième partie, « Reine des Icènes », elle est consacrée vraiment en tant que reine. Devenue veuve, elle est humiliée publiquement par les romains lors de la récolte d’une taxe. La révolte intérieure est devenue celle de tout un peuple. Elle part au combat pour son honneur mais aussi celui de tout son peuple.

Une incursion dans le monde des celtes

Jean-Laurent Del Socorro évoque avec justesse le quotidien des différents peuples celtes dans ce roman.

Par exemple, concernant les mariages entre rois et reines, il explique qu’un roi pouvait avoir une famille qu’il avait choisie, en dehors de son mariage d’alliance et donc avoir deux foyers. C’est le cas de Pratsutagos qui a déjà une famille avant de se marier avec Boudicca.

La polygamie est aussi possible pour les femmes. Ysbal, la garde du corps de Boudicca, en est un bon exemple : c’est  une femme-guerrière qui a trois maris.

On assiste à plusieurs cérémonies druidiques dans ce roman : mariage, fête païenne, élection d’un nouveau grand druide, consultation des dieux, mais surtout le rêve initiatique où Boudicca, comme son père avant elle, elle est droguée par Prydhain pour réaliser un rêve qui lui donnera des indications sur son avenir.

Les entraînements au combat de Boudicca et les guerres des celtes contre les romains nous donnent des renseignements sur leurs méthodes : utilisation de lances et de boucliers, combats rapprochés, tactiques romaines d’attaques ou de défense…

La difficulté d’entente entre les différents clans celtes est aussi évoquée.

Dans la première partie du roman, on assiste à un accord entre les rois et reines celtes pour apporter la paix entre leurs peuples et s’unir via une cérémonie où des épées et un bouclier sont lancés dans la rivière, en offrande aux dieux. Caratacos, fils d’un chef de clan ennemi, alors prisonnier de guerre du père de Boudicca, est libéré en signe de paix.

Plus tard, quand les celtes seront confrontés aux romains, cette alliance sera fragilisée et chaque roi ou reine prendra une direction différente : Certains rois accepterons des alliances en devenant des clients des romains, d’autres préféreront la guerre. D’autres encore, une alliance obligée mais dans laquelle la révolte gronde, telle celle de Boudicca.

Un style incisif, digne d’une nouvelle.

Dans ce deuxième livre, comme dans Un Royaume de Vents et de Colères, on retrouve le  style bien particulier de Jean-Laurent Del Socorro, où chaque mot est à sa place et bien pensé, aucune longueur permise.

L’auteur va droit à l’essentiel tout en restant subtil et historiquement juste.

Ce qui a pour conséquence que, du début à la fin, on reste captivé par l’histoire sans réussir à lâcher le livre. Et en le terminant, on se demande comment un livre aussi peu épais peut être tellement riche.

C’est une lecture rafraîchissante qui change de certains auteurs de fantasy,  tels que Robin Hobb ou Terry Goodkind, spécialisés en romans fleuves.

En conclusion : Boudicca n’est pas seulement un roman historique sur une reine celte, il nous apprend aussi à réfléchir sur notre propre comportement face à une situation qui nous révolte, et c’est là toute la subtilité de Jean-Laurent Del Socorro : utiliser une thématique historique qui trouve un écho à notre époque contemporaine de manière efficace et juste.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

Retrouvez une interview de l’auteur de Boudicca, dans ma rubrique Rencontre avec.