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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Relu pendant le Bingo du Plib, Royaume de vent et de Colères m’a transportée à nouveau dans cette uchronie autour de Marseille et des guerres de religion, en 1596. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : A Marseille, en 1596, un complot se prépare en vue d’assassiner les leaders politiques du parti catholique, en rébellion contre le parti protestant du Roi de France, Henri de Navarre. L’action  se déroule principalement dans une auberge, celle d’Axelle, ancienne mercenaire où évoluent les acteurs, opposants et adjuvants de ce complot : le chevalier Gabriel, qui a renié sa foi protestante pour rester en vie et se bat aux côtés des catholiques, Victoire, chef de la guilde des assassins effectuant sa dernière mission, Armand, moine de l’Artbon qui a fuit son monastère pour déserter la guerre et sauver son amant. Pendant ce temps, dans les geôles du chef de la ville, Silas est soumis à la torture pour savoir ce qu’il faisait cette nuit, avec d’autres hommes et un baril de poudre au pied des remparts, alors que le Roi de France est aux portes de la ville…Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est ce qui les a poussés à devenir ce qu’ils sont? Comment tout cela va-t-il se terminer?

Mon avis :

Un titre évocateur

Un Royaume de vent et de colères, c’est avant tout un roman qui évoque le Mistral de Marseille et la colère de ses habitants. Ou plutôt ses colères car les raisons de chacun peuvent être différentes.

A travers une galerie de personnages bien dessinés, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse le portrait d’une ville et d’une époque marquée par les luttes de pouvoir et la religion. Ainsi, Axelle ancienne mercenaire convertie en aubergiste brûle d’une soif de combats étouffée une vie domestique par amour pour son mari. Le chevalier Gabriel, éprouve une rage honteuse envers lui-même suite à sa conversion forcée à une religion qui lui a volé sa famille. Armand hait le Roi qui l’utilise au nom d’une tradition religieuse à des fins militaires, au détriment de sa santé et de celle de ses disciples. Et de manière plus générale, les taxes sans fin des plus pauvres enrichissent les plus riches sans apporter de contrepartie font de Marseille une ville sur le point d’exploser en début de roman.

Dans une intrigue haletante, proche d’une mise en scène théâtrale ou d’une partie d’échec, l’auteur déroule son histoire en alternant les temporalités. Passé, Présent, Futur… il joue avec le temps afin d’expliquer le parcours de chaque personnage et ce qui guide leurs actions. L’écriture est incisive, proche de la nouvelle avec un chapitrage découpé selon la voix d’un personnage. Progressivement, la tension monte, jusqu’à son apogée en troisième partie de roman où l’orage politique éclate et balaye tout sur son passage.

On sent que Jean-Laurent Del Socorro a réalisé de nombreuses recherches historiques sur cet événement de l’Histoire de France. Il a su également le vulgariser et y apporter sa touche personnelle. Le complot et ses ramifications politiques sont assez faciles à comprendre pour un lecteur peu averti. La présence de l’Artbon, à la fois destructeur et addictif amène une interrogation nouvelle sur l’utilisation de la magie à des fins politiques.

Des personnages forts

A travers ce siège, Jean-Laurent Del Socorro nous dévoile des personnages aux préoccupations personnelles proches des nôtres : sacrifier sa carrière à sa famille pour Axelle, faire face à la vieillesse  pour Gabriel, accomplir un dernier exploit pour Victoire, faire preuve d’ambition pour Silas.

Les personnages ont également tous des regrets, esquissés au fil de leurs récits personnels : vivre son amour au grand jour pour les deux moines, être bien née ou rencontrer l’amour pour la cheffe des assassins, venger sa famille assassinée pour le chevalier, avoir eu une mère aimante pour Axelle. Seul Silas apparaît comme un être mystérieux dont on sait peu de choses excepté qu’il adore les pommes et qu’il est prêt à tout pour devenir chef des assassins. Il apporte une touche de légèreté dans le récit, malgré la torture dont il est l’objet, avec des scènes  à glacer le sang.

L’auteur instille comme toujours un côté égalitaire en montrant des personnages féminins forts et ambitieux, ainsi que des personnages masculins sensibles, à l’opposé de ce qui a pu exister jusque là en Fantasy. Il évoque aussi le racisme avec Silas et le gâchis  humain des guerres avec Axelle et sa troupe de mercenaires.

Quelques mots sur la nouvelle présente en fin de roman : Gabin sans « aime »

Après le roman en lui-même, une nouvelle mettant en scène Gabin, le jeune commis d’Axelle, apporte un éclairage sur le passé du garçon et quelques éléments pour mieux comprendre le mystérieux Silas.

Gabin a été élevé par un père violent, suite au décès de sa mère. Il vit avec la peur de la colère de son père, comme de la sienne. Cette colère ressort quand il joue avec ses camarades, à travers des rixes violentes alors qu’il est d’un tempérament doux. Il voit la colère comme une forme malfaisante qui prend possession de lui ou de son père lorsqu’il a bu.

Axelle voit en lui l’enfant qu’elle a été et lui fait une place dans son auberge, dévoilant un  coeur tendre derrière sa carapace de soldat. Silas le croise pendant une planque pour la guilde et s’émeut également de sa situation. Il y répondra à sa manière…

Le récit est narré par Gabin avec ses mots d’enfant, ce qui apporte une dose de légèreté à ce sujet sérieux. Comme il s’embrouille parfois et confonds des termes proches phonétiquement cela occasionne des passages hilarants. La confusion entre mort et maure est tout simplement géniale.

Avec cette nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro décrit la situation des enfants battus et  la manière dont ils gèrent leurs émotions et leur passé afin de tenter de vivre une vie normale. Gabin pense qu’il n’est pas digne d’être aimé à cause de sa colère qu’il ne maîtrise pas. Axelle et Silas lui apprendront deux manières de s’en sortir. A lui de choisir la sienne.

En conclusion : Ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est d’une justesse littéraire et d’une intelligence rare pour le tout jeune auteur qu’il était en 2015. Son style synthétique et percutant, aux thématiques actuelles nous interrogent sur le sens de l’existence tout en nous divertissant. Avec la publication de Bouddicca, on sent un prélude à ce qui éclatera dans Je suis Fille de Rage, à la manière du Mistral sur la ville de Marseille. Un Royaume de Vent et de Colères est roman historique avec une pointe de magie qui vous emmènera au coeur d’un complot dont vous ne sortirez pas indemne.

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Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉

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Les brumes de Cendrelune (T1), Georgia Caldera, éditions J’ai Lu Fantasy

J’ai lu Georgia Caldera par obligation, en tant que jurée du PLIB 2020, car le roman est dans les 5 finalistes. Je ne connaissais pas l’auteure, et ce fut une belle découverte. Laissez-moi vous emmener dans un monde désolé où les dieux sont rois, et les hommes privés de toute liberté…

Résumé : Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes et condamnent toute envie de dissidence. Céphise, 17 ans, rêve pourtant de détruire l’Empereur-Dieu qui a fait voler sa vie en éclats…

Mon avis : 

La religion comme règle de vie

Bienvenue à Cendrelune où rien ne pousse, tout nourriture est synthétique et la société est devenue une dictature sous couvert de religion. Les Dieux écoutent tout, s’insinuent dans vos pensées les plus secrètes, et mènent des purges hebdomadaires auprès des dissidents à venir pour éviter tout un soulèvement. Un petit air de Minority Report règne ici bas, sous des noms antiques et de la robotique magique…

Personne n’est libre de penser ce qu’il veut, personne n’est à l’abri, ce qui vous plonge dans un climat anxiogène dès le premier chapitre. Si l’opprobre est jeté sur votre famille, vous pouvez devenir un rapiécé : mi humain, mi-robot, avec des membres de métal intégrés pour vous contrôler encore plus. Si vous êtes un jeune garçon, le plus grand honneur pour votre famille est de devenir un soldat de la garde des dieux : une armure anonymisée par un numéroe habitée par une âme désincarnée…

Les Dieux apparaissent comme des êtres à chérir si vous tenez à la vie, avec des sacrifices de sang, mais aussi en érigeant les arts et la culture comme supérieurs à tout ce qui existe. De là à parler de nazisme, on n’est pas loin (voilà pour le point Godwin).

Georgia Caldera nous invite à entrer dans un univers mélangeant régime dictatorial, et religion fanatique avec des Dieux proches du Panthéon grec, et c’est plutôt réussi, même si cela fait froid dans le dos !

Dans cette aventure, nous suivrons deux personnages, comme deux faces opposées d’une même pièce : Céphise, paria chez les humains après avoir subi l’opprobre des Dieux, et Verlaine, le fils d’un Dieu, mais paria parmi les siens car demi-Dieu. Deux êtres que tout sépare et dont la rencontre va produire des étincelles…

Des personnages attachants

Outre un univers fort, les personnages de ce roman suscitent facilement l’empathie du lecteur, même si certains contribuent à faire appliquer son système. Georgia Caldera parvient avec intelligence à démontrer que rien n’est simple quand vous cherchez à survivre dans un univers cruel et que vos actions ne reflètent pas forcément votre identité.

Ainsi, chez les dieux, notre ami Verlaine, fils de Zeus et d’une humaine, est un garçon sensible et curieux de son côté humain, mais il est condamné à un rôle de bourreau du fait de ses pouvoirs destructeurs. Tandis que son frère Héphaïstos construit sans remords des armures et des membres de métal pour les parias humains, mais cherche en secret à faire évader Proserpine retenue prisonnière par Zeus pour des raisons mystérieuses, et à s’enfuir avec elle.

Du côté des humains, Céphise devenue une rapiécée suite à une purge, essaie de faire bonne figure auprès du culte, mais garde au fond d’elle une rancoeur éternelle envers ce système. Proche d’une Katniss de la série Hunger Games de Suzanne Collins,  elle va tenter de gagner sa liberté au fil du roman et sans le savoir, devenir un espoir pour ceux qui rêvent de liberté. Mais elle reste bien la seule à vouloir se soulever : 90% de la population continue de servir les dieux et leur dogme par peur ou par habitude. Le père de son meilleur ami par exemple, suit les préceptes des dieux à la lettre et voit d’un mauvais oeil l’influence que Céphise peut avoir auprès de son fils. A l’inverse, les plus désespérés comme les enfants des rues, orphelins après avoir perdu leurs parents lors d’une énième purge, sont motivés pour prendre part à la rébellion.

D’autres personnages, entrevus brièvement viennent compléter cette grande fresque : Lorien, un enfant des rues qui aura le courage de semer les premières graines de la rebellion ; Eldriss, une mystérieuse prêtresse des Cendres qui pousse le peuple à la révolte ; Eurydice, déesse fiancée à Verlaine désireuse d’être mère ; Halfdan, meilleur ami de Céphise et dont la mère a mystérieusement disparu; Rhadamante, déesse tortionnaire et très zélée dans son domaine… L’auteure sait en quelques mots nous dresser un portrait et nous indiquer par petites touches l’importance de ces personnages dans la suite du récit.

Je me suis surtout attachée aux personnages de Céphise et Verlaine au fur et à mesure du roman. Couple improbable en devenir, couple déjà en place dans un drôle d’univers parallèle… Leur relation passe de bourreau-victime à une possible histoire d’amour au fur et à mesure qu’ils découvrent une curieuse connexion les reliant mystérieusement. Chacun pense connaître la vérité sur le fonctionnement du monde, mais leur rencontre va bouleverser leurs convictions. Ce premier tome se termine sur un cliffangher haletant à leur sujet, sans tomber dans les stéréotypes du roman d’amour, ce qui est très intelligent.

Un premier tome d’introduction efficace

Un panthéon des Dieux vivant en autarcie et dont la seule préoccupation est le maintien de leur pouvoir, malgré un problème de stérilité pour perpétuer leur règne. Un Zeus tout puissant qui contrôle jusqu’aux pensées de ses enfants et adorateurs. Un mystérieux ordre de prêtresses des Cendres qui reparaît au moment où Céphise décide de se rebeller contre le système. Un bourreau qui souhaiterait ne plus exercer son pouvoir. Et surtout un peuple mi-fanatique, mi-effrayé, qui tente de vivre en respectant au mieux les rituels des Dieux…

Georgia Caldera nous fait découvrir un univers tout en distillant des informations mais en laissant aussi certaines questions en suspens, et c’est diaboliquement efficace ! Ainsi au terme de ce roman, nous resterons sur notre faim concernant l’origine des Dieux et du poison qui frappe la terre de cet univers, la disparition du fameux ordre des prêtresses des Cendres, et surtout si les hommes vont vraiment se rebeller face à leurs dieux.

En conclusion : Georgia Caldera signe ici un premier tome puissant pour cette série young adult mettant en lumière les dérives d’une société menée par une religion meurtrière et qui interroge sur la place du destin dans nos vies. On suivra avec plaisir ses héros au profil complexe et leur histoire d’amour en devenir, sur le tome suivant. 

 

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Le bâtard de Kosigan (T3), le marteau des sorcières, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Un Inquisiteur, des sorcières, un troll aux couilles géantes, le tome 3 des aventures du chevalier-mercenaire commence bien !

Résumé : 1341, sur les traces de son passé, le Bâtard de Kosigan et sa compagnie s’enfoncent dans les profondeurs de l’Empire germanique au service d’un puissant seigneur du Rhin. Les mystères s’épaississent, mêlant complots, magie et religion, sur fond de chasse aux sorcières. Le chevalier devra naviguer avec prudence sur des eaux redoutables où l’Inquisition rôde et où il est parfois difficile de distinguer amis et ennemis. À quelques siècles d’intervalle, Kergaël de Kosigan tente d’élucider les interrogations soulevées par les écrits de son ancêtre. Mais remuer les secrets de l’Histoire s’avère périlleux et la vérité a toujours un prix.

Mon avis :

Cologne, son climat, son Inquisition, son cénacle de sorcières…

Fin du tome 2, on quittait un Bâtard fuyant la France pour l’Empire Germanique où l’Humal Gunthar Von Weisshaupt lui avait acquis des planques, loué ses mercenaires et s’était infiltré au sein du pouvoir germanique.

On le retrouve désormais la compagnie dans son ensemble à Cologne où Pierre s’est engagé sur trois contrats : Délivrer une sorcière prisonnière du Grand Inquisiteur Juan Gines de Las Casas pour le compte du Cénacle de sorcière le MundKreises qui lui offrira des renseignements sur ses origines; mettre en déroute le Mundkreises pour le compte du l’Herzog de Cologne et enfin, découvrir qui est derrière les raids menés contre les marchands de la ville et nuit à l’économie de la ville.

Par ailleurs, le Bâtard n’est plus trop en odeur de sainteté auprès des cours royales depuis que Charles V lui fait porter le chapeau pour le meurtre de son père Philippe VI de Valois (cf Le Fou prend le Roi, tome 2). Et cela ne va pas lui simplifier la tâche.

Autant dire que comme d’habitude, le mercenaire joue sur plusieurs tableaux et essaie d’en tirer profit un maximum. Mais c’est sans compter un Grand Inquisiteur, aussi malin et dangereux que lui et un cénacle de sorcières retords. Un vrai nid de vipère en somme.

Dans ce tome, Pierre va miser gros et perdre beaucoup sur certains plans, pour notre plus grand (dé)plaisir. Même si on salue son intelligence, on a envie de lui donner des claques pour l’empêcher de commettre des erreurs qui lui coûtent cher.

Où l’on apprend un peu plus sur les origines du Bâtard…ou pas !

La quête de Pierre à Cologne concernant aussi ses origines magiques, nous aurons la chance de découvrir de nouvelles créatures telles que des Orcs, des kobolds, un troll aux parties monstrueuses (qui feront l’objet d’un combat épique), une dryade et surtout des sorcières.

Dans les tomes précédents, on découvrait que la mère du Bâtard était sans doute associée aux sorcières. Dans le Marteau des Sorcières, nous en avons confirmation, néanmoins, cela s’arrête là.

En effet, le roman se termine sur deux cliffhanger à la fois sur Pierre de Kosigan, mais aussi sur Kergaël son héritier, qui vont se trouver tous les deux dans de fâcheuses postures. On attend avec impatience la suite (parce qu’il faut bien l’avouer, le suspense est insoutenable et c’est un crime de nous laisser dans un tel état !)

Pendant ce temps, au XIXème siècle…

Fabien Cerutti réutilise le même principe d’écriture que dans les tomes précédents concernant son récit : l’alternance entre une plongée dans le Moyen-Age avec les écrits de Pierre de Kosigan, et des passages épistolaires datant du XIXème siècle entre son héritier Kergaël et ses amis.

Tout comme dans les tomes précédents, cela donne un rythme au récit et permet au lecteur de reconstituer certains fragments de l’intrigue à travers ce puzzle, voire d’anticiper sur certaines actions. Ce qui est très positif, car à la manière d’un enquêteur, il participe de ce fait à la construction du récit.

Cependant, les passages concernant Kergaël ne sont pas assez développés au contraire du Bâtard et restent bien une intrigue secondaire qui peut s’avérer frustrante par moments. Sa présence est pourtant importante car elle renforce le côté uchronique du récit.

De même, là où Pierre prend toute sa dimension de personnage dans le récit, Kergaël semble quelque peu effacé au profit de ses compagnons. On en sait peu sur lui, sinon qu’il est aussi malin et tête brûlée que son ancêtre.

Néanmoins, celui-ci va avancer un peu plus dans la découverte de ses origines ainsi que sur la disparition de la magie au sein de l’Histoire avec ses amis professeurs en trouvant de nouveaux indices à Cologne, là où notre Bâtard poursuit en parallèle son récit.

Il mettra à jour l’existence de deux sociétés secrètes opposées qui lui veulent plus ou moins du bien et qui oeuvrent l’une contre l’existence de la magie, l’autre pour son maintient caché. L’uchronie prend alors toute sa dimension dans les révélations qui lui seront faites et l’imbrication de tous les éléments disséminés dans les tomes précédents feront sens.

En conclusion : On retrouve avec autant de plaisir les aventures du Bâtard, avec encore plus de mystères et un récit au rythme encore plus haletant au bout duquel on ne peut que crier « Encore » et se morfondre dans son coin pour mieux attendre la suite.

Envie d’en savoir plus sur le dernier tome ? Venez lire mon interview de l’auteur avant la publication de ma critique du Testament d’involution.

Cet article a été originellement publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

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Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.

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Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.