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Un reflet de lune, Estelle Faye, éditions ActuSF

Dans le même univers qu’un Eclat de givre, nous voyagerons dans un Paris post-apocalyptique où la pluie ne s’arrête jamais, avec un personnage principal, moitié chanteur-moitié détective qui arpente la capitale en talons à paillettes pour se produire dans des cabarets et résoudre une enquête. Un jolie balade sur fond de questionnement d’identité, dans une atmosphère hallucinogène et cotonneuse, comme un morceau de jazz

Résumé : Paris, un siècle après l’apocalypse. La capitale est plongée dans les pluies de printemps et Chet, dans une affaire qui le dépasse. Des sosies apparaissent pour lui faire porter le chapeau de crimes dont il est innocent. Du lagon du Trocadéro au repaire lacustre des pirates de la Villette, Chet arpente les bords de la Seine en crue à la recherche de ces mystérieux doubles, autant que de lui-même.

Mon avis :

Un reflet de Lune est une aventure qui a lieu après Un éclat de Givre. Néanmoins, il peut se lire comme une aventure indépendante.

Personnellement, je n’ai pas lu Un éclat de Givre et malgré quelques événements cités qui ont eu lieu dans celui-ci, je n’ai pas eu l’impression de manquer d’éléments pour comprendre l’histoire.

En revanche, certains éléments d’Un Eclat de Givre m’ont été dévoilés et peut-être aurais-je plus de facilités à démêler son enquête.

Voilà ce que je peux en dire après lecture. Ceux qui ont lu les deux livres dans le bon ordre auront peut-être un avis différent du mien… 😉

Je tiens à remercier les éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse qui m’a permis de découvrir cet univers si poétique et m’a donné envie de lire Un éclat de givre. 😉

Chet, un personnage emblématique

Ce qui frappe en premier dans ce roman est son personnage principal : Chet.

Chet est un jeune homme complexe, au physique androgyne et sensible, et qui possède un don pour s’attirer des ennuis.

Dès le début de l’intrigue, on comprend qu’il essaie de soigner son coeur brisé suite à une rupture amoureuse. Et pour cela, il va éprouver le besoin de devenir femme, devenir… l’envoûtante Thaïs. Un moyen de se fuir à travers une autre identité que tous admirent. Car Thaïs chante de sa voix rauque dans les cabarets le soir, étincelante de strass et de paillettes, accompagnée de son fidèle pianiste Damien, mais reste inaccessible au commun des mortels.

Loin d’être un déguisement, sa métamorphose embrasse sa partie féminine de manière assumée. En ce sens, Estelle Faye nous laisse à voir un roman inclusif concernant la bisexualité et le transformisme qui semble naturel et positif, sans forcer le trait, ce qui est assez rare pour être souligné.

Dans son périple, Chet va multiplier les histoires de coeur avec des hommes, des femmes aussi, et souvent les mauvaises personnes au mauvais moment. Nous aurons l’occasion de nous en rendre compte à plusieurs reprises avec la rencontre d’ex rancuniers ou de nouveaux amants. La fascination que son personnage de Thaïs exerce sur le public lui causera aussi quelques ennuis.

Car si le point de départ du roman est une enquête policière, l’aventure que nous propose Chet va aussi s’avérer une manière de guérir de son histoire d’amour et d’évoluer pour devenir plus posé et stable dans ses relations, moins fuyant et égoïste.

C’est aussi une forme d’adieu à son passé, car nous rencontrerons différents personnages qui l’ont aidé à devenir ce qu’il est aujourd’hui : premiers émois bisexuels, premiers travestissements, l’éclosion de sa sensibilité, son amour pour le jazz.

Avec cette enquête marquée par la pluie continue et la crue surnaturelle, il va nous raconter son spleen et nous envelopper dans une atmosphère douce et cotonneuse qu’il sera difficile de quitter.

Paris en mode post-apocalyptique

A quelle époque sommes-nous ? Difficile à dire. Dans tous les cas, nous allons évoluer dans un Paris Post-apocalyptique, rongé par des effondrements, la végétation grandissante et surtout une pluie torrentielle continue qui va rendre fous les habitants.

Après l’Apocalypse, chaque quartier s’est trouvé dominé par une faction qui indique sa loi. La seule chose qui importe est la nourriture. Pour autant, on ne sent pas un danger permanent à y vivre, comme si les gens s’étaient accommodés de la situation. Par ailleurs, nous évoluerons à travers le Paris de Chet, sa vision de la ville : celle des artistes, où malgré les conditions déplorables, la chanson comme l’art permettent de supporter un peu mieux le quotidien. En dépit de certains passages un peu glauques, Estelle Faye nous proposera des descriptions magnifiques et très poétiques qui nous donneront envie d’y faire un tour. Et quelle visite !

L’enquête de Chet sera propice à une promenade en règle de cette ville étrange qu’il connaît comme sa poche. Chaque étape marquera sa rencontre avec un personnage emblématique : La Sorbonne et le discret enquêteur Paul, l’opéra Garnier et l’infâme François-Alexandre, les bordels/clubs sur les péniches du Lagon du Trocadéro, la Zone Humide autour de Paris et le mystérieux Galaad, le Marché aux plantes d’Evangile et le prêtre Azal, Silver et le quartier des mareyeurs à la Lune Envasée, Enguerrand le commissaire-priseur de Néo-Louvre, Janosh et les bohémiens de Notre-Dame, ou encore le Jardin Botanique avec le scientifique Gabriel.

Malgré un calme relatif face à une vie quotidienne dramatique, on notera deux formes dangereuses de folie qui se développeront chez les habitants au fil du roman: celle liée à la crue qui pousse à chercher des boucs émissaires chez ceux qui n’y sont pour rien, et celle des riches oisifs qui ne savent plus quoi inventer pour ce divertir. Cela donnera lieu à deux scènes marquantes : un procès absurde pour calmer la foule et le visionnage d’un horrible snuff movie.

Une enquête façon hallucinogène

Qui sont les doubles de Chet ? D’où viennent-ils ? Qui les a créé et dans quel but ? C’est ce que Chet va tenter de découvrir tout au long du roman, car mine de rien… ils lui causent de sérieux ennuis ! Et comme le musicien traînait avec lui une mauvaise réputation, il va lui être difficile de se discréditer de leurs méfaits.

Bien que l’enquête passe un peu au second plan, elle est bien présente et complexe. Nous évoluerons comme Chet dans un flou digne d’une drogue puissante. Chet va être plusieurs fois malmené dans sa recherche d’indices : plongée dans la seine toxique, tabassage, enlèvement,… et y perdre de nombreux vêtements, pour son plus grand désespoir, ce qui apportera une note humoristique.

Il pourra compter sur divers alliés qui l’aideront parfois à contrecoeur, soit par dette envers lui, soit par admiration pour son art, soit par respect pour son père. On note qu’il compte peu d’amis fidèles à part son pianiste, Silver et Paul, peut-être parce qu’il ne sait pas s’attacher aux gens ou qu’il leur fait mal sans le faire exprès.

Grâce à notre détective-musicien, et à travers son périple dans la ville, nous essaierons de récupérer des indices et de résoudre ce mystère. Mais malgré un dénouement inattendu, des questions resteront encore en suspens, propices à une nouvelle aventure…

En conclusion : Avec Un reflet de lune, Estelle Faye nous propose une enquête psychédélique dans un Paris post-apocalyptique marqué par le Jazz, la pluie, et un personnage principal en quête de reconstruction. Si son enquête passe parfois au second plan, on est très vite subjugué par l’ambiance très poétique qui se dégage du récit, très difficile à quitter. Un roman à conseiller pour les amateurs de spleen et d’histoires de coeurs brisés.

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Ex Dei, Damien Snyers, éditions ActuSF

Après la Stratégie des As, j’ai retrouvé avec plaisir James, l’elfe voleur et Marion, l’Historienne immortelle. Loin d’une nouvelle histoire de braquage, l’auteur nous embarque pour une autre aventure où le danger sera omniprésent et où les personnages renoueront avec leur passé. Un service presse que j’ai beaucoup apprécié et pour lequel je remercie les éditions ActuSF.

Résumé : Dans un monde où se mêlent machines à vapeur, magie et trolls, une humaine et un elfe tentent de sauver leur peau. Elle, membre d’une organisation secrète en possession d’un artefact convoité, lui, gentleman cambrioleur aux yeux plus gros que le ventre. Mais que peut-on faire face à un homme qui ne veut pas mourir ?

Mon avis :

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu La Stratégie des As ou la nouvelle gratuite Les Cambrioleurs rêvent-ils de dinosaures mécaniques pour apprécier cette nouvelle aventure. De nombreux rappels sont réalisés par l’auteur tout au long du récit qui vous permettent de ne pas être perdus.

Néanmoins, je vous préconise de lire La Stratégie des As avant Ex Dei, car Ex Dei est une suite directe (même si ce n’est pas présenté comme tel) et vous risquez de vous spoiler une bonne partie de la première aventure. 😉

Vous pouvez retrouver mon avis sur le premier opus et la nouvelle en cliquant sur les liens des titres ci-dessus.

Une double intrigue à deux voix

Damien Snyers nous propose un roman basé sur deux personnages qui vivent deux aventures séparées pour mieux se retrouver.

Après La Stratégie des As, où James avait réalisé un braquage audacieux qui l’avait rendu riche à millions, le voleur a décidé de se ranger en Afrique avec Mila, un membre de sa bande afin de profiter du bon temps. Mais les vieilles habitudes ayant la vie dure, il va tenter un casse pour le plaisir… qui va très mal se terminer et l’obliger à fuir. Car James est recherché, mais il ne sait pas par qui, et c’est ce qui va nous tenir en haleine pendant la première moitié du récit.

Pendant ce temps, Marion, immortelle, télépathe et appartenant au Cercle des Historiens (organisation secrète oeuvrant pour la collecte de l’Histoire du monde de façon objective), a décidé de divorcer de son mari après 10 ans de mariage. Retrouvant son indépendance, elle est victime d’une tentative de vol sur l’artefact qui permet au Cercle de rester immortel, puis constate que quelqu’un cherche à les infiltrer et à les détruire. Elle va alors demander l’aide de James, sans se douter que de son côté, il est aussi en danger.

L’intrigue, pleine de suspense, est proposée du point de vue de chacun des deux personnages principaux. Cela apporte du dynamisme au récit, nous faisant naviguer d’une histoire à une autre.

On découvre le fonctionnement de la société des Historiens, ce que sont devenus les membres de la bande de James (occasionnant des sous-intrigues), et une partie de l’univers jusque là inconnu : une version revisitée de l’Afrique à la sauce magico-steampunk, qui change de l’atmosphère glauque de Nowy Krakow d’où viennent la plupart des personnages.

L’auteur nous plonge dans un univers magique avec des mages qui apportent la technologie au peuple et régulent la météo. Il y ajoute quelques éléments steampunk comme des moyens de transports incongrus : Calèches automatisées à vapeur, Araignées géante de course… Ici la magie est l’énergie qui permet aussi à certaines inventions de fonctionner comme la machine à glaçons ou le coffre-fort avec dimension temporelle.

Cependant, malgré un récit riche et dynamique, j’ai trouvé trois bémols à cette intrigue :

Tout d’abord, le commanditaire qui cherche à tuer James est vite trouvé et son histoire réglée en milieu de roman. J’aurais aimé plus de développement ou de rebondissements, et cela m’a laissé sur ma faim, même si je comprend la logique de l’auteur : c’est en fait un retour de bâton que subit James pour ses actions passées.

Ensuite, en deuxième partie de roman, quand les deux personnages se retrouvent, j’ai trouvé ennuyeux le fait de relire la même scène du point de vue de chacun. Cela apportait parfois des éléments supplémentaires, mais rallongeait considérablement la durée de l’histoire. De plus, parfois il m’a fallu un petit temps d’adaptation selon les paragraphes pour comprendre quel point de vue était abordé.

Enfin, la résolution finale très abrupte m’a laissée pantoise. L’auteur utilise le procédé du Deus Ex Machina (au sens propre) que j’ai trouvé maladroit. J’ose espérer un troisième volume afin de laisser les nombreuses questions en suspens car c’est impossible de laisser cette histoire se terminer ainsi.

L’approfondissement de deux personnages

Dans ce deuxième opus, on sent une volonté de l’auteur de développer davantage ses deux principaux protagonistes, contrairement au premier où il était question d’une esquisse pour mieux se concentrer sur l’action.

Ici, Damien Snyers nous propose le portrait d’un elfe voleur qui est devenu plus mature, plus soucieux des autres, depuis qu’il est devenu riche. De crève-la-faim, il est devenu Robin des Bois mais le manque d’activité physique l’a rendu moins alerte, malgré la subsistance de ses principes de voleurs.

Avec l’opulence, James prend le temps de l’introspection et cela se ressent dans le récit : il repassera au village de son enfance se renseigner sur ses parents, réalisera un pèlerinage sur la tombe de son ancien mentor, retrouvera ses anciens amis, ne s’engagera plus dans une vie de débauche…

Le fait d’être recherché va le faire sortir d’une zone de confort qu’il avait du mal à assumer, et il sera presque content de fuir, même si le besoin de souffler se fait ressentir par moments, preuve que finalement, il s’était peut-être habitué à la vie de riche.

Ses actions seront plus réfléchies à cause de son âge et il se rendra compte que l’argent peut aider à se sortir de situations compliquées avec moins d’efforts.

A côté de James, Marion réalise également une introspection, mais sur sa vie d’immortelle. En se séparant de son mari, elle se rend compte qu’elle ne peut rester avec le même homme plus de 10 ans et espère trouver un compagnon qui renversera cette tendance. Avec son exemple, l’auteur interroge aussi la manière de vivre quand on a plusieurs siècles, et de pouvoir encore évoluer malgré tout, pour soi, et au contact de l’autre.

Par ailleurs, le don de télépathie de Marion sera abondamment abordé pendant le récit et de façon très intéressante : les cerveaux des gens sont comparés à des maisons mentales avec des pièces à souvenirs, des salles de commandes, des éléments effrayants. Et en fonction de la personnalité de chacun, la maison sera différente : délabrée, luxuriante, labyrinthique… ce qui donnera un aperçu de personnages avant même qu’ils n’agissent dans l’histoire.

Mais ce don ne va pas sans heurts : migraines, fatigue sont les maux qui accompagnent l’utilisation de son pouvoir par Marion. On questionnera aussi son don à des fins lucratives en lui demandant de devenir un outil pour connaître les secrets des autres Historiens afin de se prémunir de toute menace (ce qui va à l’encontre de son éthique, de la vie privée des autres et de ses relations avec eux).

Un univers magique qui interroge notre réalité

Avec Ex Dei, et sous couvert d’un univers magico-steampunk, l’auteur distille quelques éléments de réflexion à l’intention du lecteur, qui interroge sa réalité.

La question du racisme envers les êtres magiques et les métisses déjà présente dans La stratégie des As, est à nouveau rappelée à travers le personnage de James, mais aussi de Jorg, le troll, et Elise, une demi-elfe qui a ouvert un club réservé aux métisses. Dans cet univers, à moins d’être riche, les elfes sont méprisés et invisibles aux yeux des humains, les trolls ont le statut de meubles et peuvent être exécutés ou rien, et les métisses, êtres stériles sont à peine tolérés. L’existence du Club d’Elise reste fragile, et une demi-elfe enceinte peut se voir privée de ses droits si les mages estiment qu’elle peut être un bon sujet d’expérience.

Les mages sont présentés d’ailleurs comme des scientifiques dangereux, imbus de leur personne, obsédés par les plaisirs, et au-dessus des lois car ils apportent la technologie à l’univers. On sent une critique universelle des puissants intouchables derrière leur exemple et la visite que leur rendra James sera assez éclairante à ce sujet.

Si l’action se déroule en majorité à Nowy Krakow, sorte de Cracovie imaginaire et dangereuse, l’auteur nous emmènera au début du récit dans une Afrique utopique où les ressources sont exploitées par les habitants, avec un fonctionnement plus développé et efficace qu’en Europe. Les cantines collectives, les immeubles de diamant et la météo non capricieuse en sont de bons exemples et nous interrogent sur notre Afrique contemporaine.

L’homosexualité et la transidentité seront aussi abordés mais avec toujours des histoires douloureuses : Mila est lesbienne mais s’est fait chasser de chez elle par ses parents à cause de ses penchants, tandis que le Lord Commandeur Obel n’a jamais pu afficher son homosexualité au grand jour à cause de son métier, forçant son compagnon Neige à se transformer en femme pour rester « conforme » à la notion de couple en vigueur à Nowy Krakow.

Enfin, le Cercle des Historiens interroge plusieurs sujets dans cette aventure. Déjà évoqué avec Marion concernant les partenaires amoureux, l’auteur parle de la solitude de ces immortels qui ne peuvent finalement vivre qu’entre eux, en groupe. L’amitié est rare et précieuse pour Marion, tout comme le fait de faire part de ses découvertes aux autres. Et le fait de rajeunir ou non peut s’avérer un choix assumé vis à vis de son identité.

Par ailleurs, Marion se pose des questions sur la manière dont son Cercle fonctionne : Est-ce que l’objectivité est réellement présente pour relater l’Histoire ou passe-t-elle par le vécu de chacun ? Est-ce le manque d’inclusion d’êtres magiques parmi les membres du Cercle leur permet d’englober l’Histoire dans sa totalité? Ce sont des questionnements que l’on retrouve concernant l’élaboration des manuels d’Histoire dans notre réalité.

En conclusion : Damien Snyers signe ici une suite réussie de son roman de braquage en mettant l’accent sur la maturité des personnages, la manière dont ils tirent des leçons de leur passé et comment ils se projettent dans l’avenir. Une intrigue où le danger est présent à tout instant, qui interroge de nombreux sujet actuels contemporains, avec une ouverture vers un troisième opus, qui je l’espère, permettra de résoudre de nombreuses questions laissées en suspens.

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Anergique, Célia Flaux, éditions ActuSF

Avec ce roman, j’ai voyagé en Inde pour pourchasser une tueuse insaisissable, bravé les conventions sociales victoriennes et surtout découvert un univers magique particulier où les personnages dépendent les uns des autres par un lien mystérieux. Tenté par l’aventure ? Suivez le guide 😉

Résumé : Angleterre XIXe siècle. Lady Liliana Mayfair est une garde royale, mais aussi une lyne capable de manipuler la magie. Elle et son compagnon Clement partent en Inde sur les traces d’une voleuse d’énergie. Leur unique piste : Amiya, la seule victime à avoir survécu à la tueuse. De Surat à Londres, la traque commence. Mais qui sont véritablement les proies ?

Mon avis :

Une enquête haletante

Célia Flaux nous emporte avec elle dans une enquête pleine de suspense et de mystère entre la moiteur d’une Inde luxuriante au temps des colonies et la capitale anglaise glaciale et polluée. Nous ferons la connaissance de colons anglais, grand propriétaires, installés en Inde, mais aussi de personnages locaux indiens comme la famille d’Amiya, et la police indienne dépassée par les évènements. Nous aurons affaire à des aristocrates anglais à Londres via la famille de Liliana, ainsi que le club très fermé des gardes royaux et leurs entraînements particuliers.

De nombreux rebondissements sont à prévoir avec une tueuse imprévisible, insaisissable qui amène une sensation d’impuissance et le sentiment d’un danger permanent. Même la présence des gardes royaux pour assister la police dans son enquête ne la dissuadera pas d’agir et les victimes se feront de plus en plus nombreuses au fil des pages.

Il faudra toute l’intelligence et la persévérance de Amiya et Lilianna pour en venir à bout, ce qui ne sera pas sans occasionner quelques surprises inattendues comme le fait que la tueuse est mystérieusement reliée à sa victime…

Une réflexion sur le statut de victime

Un viol d’énergie. C’est de là que part toute notre enquête autour du personnage d’Amiya, la victime, et de Lady Liliana Mayfair, la garde royale chargée de l’affaire. Mais qu’est-ce qu’un viol d’énergie ? Et en quoi est-il si grave ?

Le mot viol vous aura mis la puce à l’oreille, indiquant l’absence de consentement de la victime. Il s’agit dans cet univers particulier, d’aspirer toute l’énergie d’une personne jusqu’à la faire mourir. Heureusement pour le dena Amiya, son agresseure a été surprise et n’a pas eu le temps de le tuer, mais elle l’a laissé pour mort et surtout marqué à vie, déséquilibré dans son flux et méfiant vis à vis des lynes. Et cela ne l’aidera pas à se construire sainement de ses 10 ans à l’âge adulte. Il va devenir Anergique, avec un trop plein d’énergie qu’il préfère destiner aux plantes qu’aux humains, mais lui causant de foudroyantes migraines.

On aurait pu penser que ce personnage allait rester dans son statut de victime jusqu’à la fin de sa vie, décalé par rapport à la société, et surtout peu désireux de fournir en énergie des Lynes sans avoir peur d’en mourir, au grand désespoir de sa mère guérisseuse. Mais l’auteure n’a pas souhaité en rester là.

Amiya va évoluer, combattre ses démons de manière pacifiste, reprendre confiance en lui. Il faudra que la Lyne meurtrière refasse surface et qu’il rencontre la lyne Liliana pour peu à peur sortir de sa coquille, guérir et rééquilibrer son énergie et son état mental. Ici pas de grands éclats de bravoure, seulement un homme qui sort de son état dépressif après un acte traumatisant.

En ce sens, il offre une leçon de courage à toutes les victimes de traumatismes et un beau message d’espoir, ainsi qu’aux familles de personnes ayant été violentées.

Un univers envoûtant

J’avoue avoir eu quelques réticences au début à rentrer dans l’histoire à cause de son aspect magique. J’avais l’impression de lire un roman de vampires énergétiques ! Mais il s’est avéré que l’univers créé par Célia Flaux était plus complexe que cela.

Elle nous propose un monde oscillant entre roman policier victorien et magie. En ce sens, elle se rapproche de la gaslamp fantasy et non pas du steampunk comme j’ai pu le penser au premier abord. Ici, pas de d’inventions mécaniques anachroniques, mais plutôt un monde où deux espèces agissent en complémentarité pour réguler la magie omniprésente.

Tout d’abord, les Lynes qui naissent avec moins d’énergie et doivent par la suite se nourrir des Denas pour vivre. Ils sont plutôt représentés comme des personnes au caractère fort et à la magie destructrice. Ils régentent l’univers à des postes clés et sont censés protéger les Denas.

Les Denas à l’inverse sont remplis d’énergie magique, ce qui peut leur occasionner des migraines s’ils n’évacuent pas ce trop plein en le proposant aux Lynes. Ils sont représentés comme faibles, en retrait, et occupent des positions inférieures comme si être un « garde-manger » énergétique était compliqué à vivre.

Les points de circulation d’énergie sont régis par les chakras, ce qui donne un petit côté mystique à l’histoire et l’ancre un peu plus dans la tradition indienne. Pour donner de l’énergie, un Dena dévoilera un de ces points sur son corps, en fonction de son degré d’intimité avec la personne. Il y a des points dédiés à la famille, aux amants, etc… Les Lynes aspirent avec les doigts ou la bouche, avec le consentement du Dena.

L’auteure a introduit quelques subtilités dans ce mode de vie comme rendre sacrilège le don d’énergie aux plantes par un Dena car il apparaît comme égoïste vis à vis des Lynes, ou encore faire en sorte que les chats soient des passeurs d’énergie entre lyne et Dena. La mère d’Amiya qui est une guérisseuse, nous apprendra ce genre de détails associés à cet univers fort créatif.

Une réflexion sur les classes sociales

Si les relations entre les Lynes et les Denas semblent figées et fortement hiérarchisées, cela n’a pas d’incidence sur leur classe sociale. N’importe qui peut être Dena ou Lyne. Et les Dena ne sont pas toujours des femmes, l’auteure a su sortir de cet écueil d’objet féminin à protéger.

Cependant, on sent qu’il est complexe pour Liliana et Amiya de s’intégrer avec leurs problèmes d’énergie, mais aussi pour des Dena d’accepter un autre rôle que celui d’être soumis envers des Lynes. Il sera question de la possibilité d’inverser les rôles, et de ce que cela implique. J’avoue que cela m’a fait un peu penser aux relations Sado-Masochistes sur un certain plan…

Par ailleurs, derrière le côté magique, une autre hiérarchie est présente : celle des classes sociales de la société victorienne.

Le ton est donné dès le départ avec le personnage du père de Liliana. Lord Mayfair ne supporte pas la mésalliance de sa fille avec Clément qu’elle souhaite épouser car ce Dena n’est pas membre de l’aristocratie. Par la suite, il appuie même l’idée que cette mésalliance de classe souillerait l’énergie de sa lignée, ce qui revient à une forme de racisme.

Le poids de l’héritage du nom familial et des conventions sociales pèse à Liliana qui souhaite s’en affranchir, comme de son père autoritaire et colérique. Le fait de devenir Garde Royale lui apporte des privilèges qui lui permettent de sortir de son statut de Lady et de femme. Cependant, cela ne sera pas toujours suffisant.

On sent que la famille Mayfair, malgré les apparences, cache plus d’un secret et qu’elle n’est pas heureuse à l’inverse de celle d’Amiya : Entre un père intransigeant, une mère effacée et un frère homosexuel caché, Liliana a fort à faire pour préserver sa vie personnelle tout en essayant d’aider ceux qu’elle aime.

Le fait qu’elle soit devenue anergique en se privant d’énergie auprès de sa mère Dena afin de la préserver de son père a créé une blessure irréversible dans ses relations familiales.

A côté de la famille de Liliana, Célia Flaux pointe également du doigt le racisme des anglais envers les indiens à travers le personnage d’Amiya, qui va évoluer dans la société londonienne tant bien que mal, toujours avec le sourire, subissant des humiliations qu’il n’avait pas prévues.

En conclusion : Célia Flaux signe ici un roman d’enquête haletant qui nous fera voyager dans des lieux exotiques, baignés de mysticisme où chacun essaie de trouver sa place malgré les conventions. Un joli roman sur la liberté, le courage d’affronter ses peurs, et surtout de guérir de ses blessures intérieures.

Je remercie les éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse qui m’a bien fait plaisir. Même si au final il ne s’agit pas d’un roman steampunk, j’ai passé un bon moment de lecture. 🙂

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Parlons Steampunk #2 : Roman policier et Steampunk

Qu’est-ce qui définit le roman policier steampunk ? Telle est la question à laquelle j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/02/2021. Dans ce deuxième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans policiers steampunk aux styles différents pour tenter d’en définir les grandes lignes .

Comment définir le roman policier steampunk ?

Commencez par une intrigue historique ou uchronique

La majorité des romans steampunk ont pour cadre l’Epoque Victorienne (1837-1901), ou pour la France, la période qui s’étend de la Belle-Epoque au Second Empire jusqu’au début de la Troisième République. En ce sens, la base de ces histoires ne diffère pas beaucoup d’un roman historique qui se déroulerait dans ce laps de temps, et l’on pourrait croire qu’il ne s’agit que de romans policiers victoriens.

Or, ce serait oublier la dimension uchronique du steampunk, à savoir imaginer une réalité alternative en se basant sur celle que l’on connaît. Pour cela, l’auteur introduira des éléments qui nous interpellerons sur cette réalité historique : des éléments steampunk.

Mettez quelques éléments steampunk

Dans l’épisode 1 de Parlons Steampunk, j’ai énuméré une brève définition des éléments que l’on retrouve dans les romans steampunk en partant des livres fondateurs de cette esthétique. Pour le roman policier steampunk, ces éléments ne diffèrent pas beaucoup. En voici quelques uns en lien avec les romans présentés aujourd’hui :

  • Une histoire farfelue (pour le côté « punk » de steampunk)
  • des automates, des dirigeables, des machines scientifiques improbables ou en avance sur leur temps, qui fonctionnent à la vapeur (=steam veut dire vapeur) ou à l’aide d’une autre énergie imaginaire.
  • des personnages historiques ou fictionnels en clin d’oeil ou comme héros de l’histoire
  • parfois des scientifiques fous, des créatures imaginaires (= loup-garou, vampire)
  • L’influence de Jules Verne (=les voyages imaginaires) ou de H.G Wells (la machine à remonter le temps, la lutte des classes).

Ajoutez l’influence de Sherlock Holmes

On ne peut pas nier que le personnage de Sherlock Holmes joue un grand rôle dans la plupart des intrigues policières à plusieurs niveaux. Le roman policier steampunk ne déroge pas à la règle.

Tout d’abord, il nous propose un personnage principal très intelligent, aux méthodes peu conventionnelles, affublé d’une addiction et d’un acolyte qui le rend un peu plus humain. L’enquêteur, qu’il soit détective privé, Lord mandaté par la Reine Victoria, justicier masqué ou Officier de police, montre des talents pour le déguisement, et apprécie les expériences scientifiques et/ou les avancées de son temps afin de faire progresser son enquête.

Parmi les duos d’enquêteurs régulièrement rencontrés dans les romans steampunk, il est souvent proposé une association de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme. Si ce sont deux hommes, les personnalités seront complémentaires, voire diamétralement opposées. Si une femme est présente, elle sera rabaissée au rôle d’assistante dans ces intrigues, mais elle apparaîtra régulièrement aussi intelligente que l’homme : peut-être une volonté progressiste des intrigues steampunk vis à vis de l’époque Victorienne ?

Une question se pose souvent quant au personnage de Sherlock Holmes lui-même : l’enquêteur de Baker Street serait-il Steampunk ? Dans ses dernières représentations dont le film Sherlock Holmes : Jeux d’ombres de Guy Ritchie avec Robert Downey Junior dans le rôle titre, une version plus déjantée du Détective apparaît, conduisant un véhicule à vapeur. Le réalisateur s’est inspiré de l’esthétique steampunk pour son film, cela est indéniable.

Cependant, si l’on s’en tient au Canon, qui désigne les romans écrits par Arthur Conan Doyle, les intrigues de Sherlock Holmes se situent plutôt dans une esthétique de roman historique se déroulant à l’époque victorienne. A aucun moment il ne nous est proposé un élément uchronique, et même les aspects fantastiques sont gommés par la logique implacable du détective (ex : Le chien des Baskerville).

Pour résumer, s’il inspire le steampunk comme Jules Verne et H.G. Wells, notre ami Sherlock n’en fait malheureusement pas partie. C’est du moins mon avis.

La côté protéiforme et caméléon du steampunk

Qu’il s’agisse d’un véritable roman policier ou d’une intrigue doublée d’une enquête, le steampunk a le don de se mélanger à plusieurs genres. Et c’est ce qu’il faudra retenir ici. A l’image des aspects magiques évoquée dans Parlons Steampunk #1 ou d’autres genres et styles que nous évoquerons au fil de ce programme.

Pour cette session sur le roman policier, je me suis concentrée sur des cas différents afin de montrer des types récurrents de romans policiers steampunk qui existent actuellement en France et dans les pays anglophones.

Je ne peux pas énoncer tous les romans policiers publiés à ce jour, ce n’est pas le but de cet article, mais si vous en connaissez n’hésitez pas à les indiquer en commentaire. 😉

Un roman policier steampunk classique : Les revenants de Whitechapel de George Mann, éditions Eclipse

Les Revenants de Whitechapel est un très bon exemple de roman policier steampunk de type « classique ». On y retrouve un duo d’inspecteurs mandatés par la Reine Victoria pour élucider un mystère dans une version uchronique de Londres à l’époque Victorienne, dominée par la mécanique et une épidémie de zombies.

L’intrigue : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Ce qu’on en retient :

Il s’agit du premier tome d’une série de 8 tomes dont la suite n’a jamais été traduite, alors que le roman est pourtant prometteur. Originellement publié aux éditions Eclipse, les droits ont été rachetés par les éditions Panini France. Cependant, il n’est plus réédité non plus à ce jour aux éditions Panini. Appelez ça la poisse… S’il vous intéresse, vous pouvez le retrouver dans le marché de l’occasion.

Le duo d’inspecteurs est assez complémentaire : D’un côté Lord aux allures de dandy, passionné par le laudanum et l’ésotérisme, à la constitution robuste et au flair infaillible. De l’autre, une jeune assistante plus intelligente qu’elle ne le laisse penser, au passé trouble et qui cache un secret de famille. L’auteur a le bon goût de ne pas proposer une romance entre les deux personnages, mais plutôt un rapport d’estime réciproque, chose rare dans l’univers où la société tend plutôt à discriminer les femmes.

L’intrigue est très prenante et aux ramifications multiples : une épidémie de peste rapportée d’Inde se déclare dans les quartiers pauvres de Londres et ressemble étrangement à une infestation de zombies, un crash d’aeronef conduit par un automate a lieu dans Londres alors que l’engin transportait un membre de la famille royale, des automates deviennent fou un peu partout dans la capitale et le fantôme d’un Bobby sévit dans les bas quartiers pour assassiner des criminels. Le lecteur n’aura pas le temps de s’ennuyer une seconde !

Le côté steampunk est mis en avant avec les nombreuses inventions mécaniques : aéronefs, tramway, trains à vapeur, automates. La reine Victoria survit et se déplace grâce à un fauteuil roulant qui l’aide aussi à respirer.

Mais aussi dans certains thèmes qui sont abordés dans le livre : le remplacement des ouvriers par des automates qui remet en question la valeur du travail, des automates presque vivants dont on interroge l’humanité, et surtout le traitement de femmes « hystériques » internées à tort dans les hôpitaux psychiatriques. Lutte des classes, sexisme et humanité sont donc au programme !

Le seul bémol de ce livre est qu’il est au départ compliqué d’entrer dans l’histoire car l’auteur nous présente de nombreux personnages et faits avant de faire débuter l’enquête. Tout se décante à partir du troisième chapitre quand nous faisons la connaissance des deux personnages principaux.

Pour lire ma chronique détaillée du livre, rendez-vous rubrique lecture.

Un Sherlock Holmes à la Française : La 25e heure de Feldrik Rivat, éditions de l’Homme sans nom.

Cette série en deux tomes fait partie de mes livres coup de coeur. C’est une version de Sherlock Holmes à la française, mais qui transcende même le Détective de Baker Street. L’intrigue se déroule à Paris à la Belle Epoque et mêle un duo d’agents de la sûreté complètement opposés dans leurs méthodes, face à des disparitions inexpliquées de cadavres. L’enquête leur fera affronter une société secrète mystérieuse dont l’objectif est de changer la face de l’humanité grâce à une invention scientifique révolutionnaire.

L’intrigue : Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grands frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent ! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

Ce qu’on en retient :

Feldrik Rivat possède une plume riche et un ton particulièrement saisissant et incisif. En peu de mots, il est capable de vous planter un décor, une atmosphère, un personnage. Et quel personnage !

Notre héros, le Grand Khan, Eudes Lacassagne, est le meilleur enquêteur de Paris, mais il est détesté de ses collègues, mystérieux, dangereux, muet, insaisissable. Justicier dans l’ombre, il arpente à pied la ville nuit et jour, a pour animal de compagnie un moineau, entretient son allure avec soin, et possède des habitudes étranges comme prendre son dîner dans un bordel en jouant les voyeurs invisibles. Mais voilà que le chef de la sûreté lui attribue un partenaire, un bleu : Louis Bertillon, à l’opposé total d’Eudes. Bavard, soucieux de son confort, passionné de sciences, il va s’avérer un allié précieux… mais après avoir subi un apprentissage sévère de son partenaire.

L’intrigue commence par la disparition de cadavres, ou de pouces d’êtres bien-vivants ! Puis, plusieurs faits viennent se mélanger à l’affaire sans lien apparent : des chrysanthèmes noirs sont retrouvés sur des tombes de personnes célèbres, un spectacle étrange a lieu dans le cabaret d’illusions de George Méliès, un individu un peu fou appartenant à une société secrète contacte le duo pour demander protection…

L’enquête est dense, et surtout en deux tomes, faisant apparaître un troisième personnage dans le tome 2 : une espionne agent double au service du gouvernement français et d’une autre société secrète. Si on début on ne comprend pas comment tous ces faits peuvent se rejoindre, on finit par y voir plus clair à un moment donné.

Le côté steampunk se veut discret dans cette série et n’est pas évident au départ. Outre l’époque choisie, on notera des références à des personnages historiques comme Gustave Eiffel, le Docteur Charcot, Georges Méliès. Certaines thématiques steampunk récurrentes sont présentes : la place des femmes dans une société patriarcale, l’ésotérisme, la lutte des classes, les sociétés secrètes. Enfin deux éléments scientifiques imaginaires nous ancrent dans cette esthétique rétrofuturiste : le cabaret des illusions de Monsieur Méliès, rempli d’automates féminins; ainsi que la machine créée par la société secrète du Chrysanthème noir qui sera à l’origine d’un bouleversement de la société telle qu’on la connaît.

L’auteur fait beaucoup évoluer ses personnages au fil des deux tomes : Louis va s’endurcir, Eudes va s’adoucir. On découvrira également les secrets que cache Eude sur lui et sa famille et qui définissent son identité.

Il propose aussi une critique des méthodes de police un peu douteuses de cette époque imaginaire et surtout le manque de moyens et de bons agents : le service d’empreintes digitales est balbutiant, les locaux insalubres, les collègues peu compétents et le chef de la sureté subit une pression politique pour résoudre l’affaire le plus vite possible au détriment de la vérité.

A noter qu’un tome intitulé Paris Capitale a été écrit par l’auteur pour raconter des années après, le bouleversement occasionné dans la société française à l’issue du tome 2. De plus, une bande-dessinée autour du personnage du Khan a été publiée il y a peu aux éditions Les Humanoïdes associés, intitulée La naissance du Tigre.

Pour lire mes chroniques détaillées de La 25e heure et du Chrysanthème noir, cliquez sur les titres des livres ou rendez-vous dans ma rubrique Lecture. 😉

Le justicier masqué : Le Baron noir d’Olivier Gechter, Mnémos

A côté des enquêteurs et des détectives, il existe aussi des justiciers steampunk. Le Baron Noir est un croisement entre Batman et le steampunk, mais sous la forme d’un recueil de nouvelles et non pas de Bande-Dessinée. A travers trois nouvelles, Olivier Getcher nous livre le portrait d’un justicier plutôt réaliste sous un Second Empire imaginaire où Louis-Napoléon Bonaparte serait Président de la République.

L’intrigue : Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation. Dans la nuit rôde un héros en armure… Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer les nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous oeuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Ce qu’on en retient :

L’univers steampunk est ancré dès le départ avec l’armure du Baron Noir : une merveille de technologie qui trouve son origine dans l’imagination d’Antoine Lefort, le personnage principal, et l’inventeur Louis-Guillaume Perreaux. D’autres créations imaginaires ou réinventées parsèment le récit : un système de courrier par pneumatiques dans l’ensemble de la capitale, d’autres créations farfelues de Perreaux comme le sous-marin ou une moto améliorée, le premier vol avec de fausses ailes avec Clément Ader, ainsi que des oiseaux mécaniques presque vivants du méchant de l’histoire.

C’est un des rares récit steampunk qui propose un justicier qui se déclare comme tel, et situe son histoire non pas à la Belle-Epoque mais dans un Second Empire uchronique. Par ailleurs, le héros agit seul, même s’il a des adjuvants pour l’aider au niveau technique, ce qui change du roman policier habituel.

On y retrouve à nouveau le thème de la lutte des classes avec des personnages anarchistes et la volonté de libération féminine face à une époque patriarcale avec le personnage de Bel Ange. Mais aussi des clins d’oeil à l’Histoire avec des figures historiques comme Victor Hugo, Clément Ader, Louis-Napoléon Bonaparte (enfin, une version imaginaire), ainsi que les divers ministres auxquels est confronté Antoine Lefort.

Le récit s’inscrit également dans la lignée du roman populaire du XIXème siècle (ou roman-feuilleton) dans son style d’écriture, et ses intrigues à grosses ficelles. Il emprunte aussi au roman d’espionnage.

Niveau intrigue policière, nous en aurons trois : La première nouvelle intitulée L’ombre du maître espion nous dévoile le personnage principal qui teste son identité secrète la nuit. Le jour, le riche magnat industriel doit faire face à des vols de plans d’un nouveau dirigeable, ce qui va l’obliger à utiliser son nouveau costume pour débusquer un méchant un peu potache. Dans la seconde nouvelle intitulée Bel Ange, Laurent rencontre sa Catwoman qui a embrassé la cause anarchiste et souhaite libérer les travailleurs du joug du capitalisme par un attentat. Enfin, dans La bataille de Cherbourg, notre héros voit son identité secrète menacée par un espion anglais, tandis qu’il doit participer à une enquête autour de la destruction de bateaux français et britanniques, lors d’un sommet de paix auquelle la Reine d’Angleterre et Louis-Napoléon Bonaparte sont conviés, sur une île anglo-normande.

Pour résumer, les trois histoires restent un peu simplistes, avec un suspens modéré, beaucoup d’action et des méchants en carton-pâte. Mais elles auront le mérite d’être divertissantes et drôles, soit par un comique de situation, soit par des personnages bizarres comme Perreaux très intelligent mais avec des manies bizarres, ou encore Phileas Fix, un espion anglais possédant un humour décapant.

Par ailleurs, notre personnage principal se démarque de Batman par une personnalité propre et beaucoup moins névrosée que son homologue américain, avec une capacité à se remettre en question. Il est plus proche d’Iron Man dans sa recherche de nouvelles idées prometteuses et d’Arsène Lupin pour le côté gentleman. Il saura vous charmer par ses inventions et son habileté à se sortir de toutes les situations.

Un livre qui plaira aux amoureux des uchronies centrées sur l’Histoire de France et des sciences, ainsi qu’aux amateurs du héros masqué. J’ai personnellement eu beaucoup de mal à terminer le recueil car je ne suis amatrice ni de l’un, ni de l’autre. Cependant, je dois avouer que l’on se prend au jeu à partir de la dernière histoire où l’on sent que le style de l’auteur s’affine. Par ailleurs, lors de ma lecture des deux premières histoires, j’étais plus concentrée à deviner si l’auteur allait vraiment proposer toute la panoplie de Batman version steampunk, plutôt à suivre l’intrigue.

Le Punk de steampunk, entre loups-garous et voyage dans le temps : L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, édition Bragelonne.

Pour finir, j’ai souhaité évoquer L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, la première enquête du duo Burton et Swinburne et surtout vainqueur du Prix Philip K. Dick en 2010.

Pourquoi ce roman ? Parce que selon moi, il reprend l’essence du steampunk que l’on peut retrouver dans les premiers romans steampunk comme Les voies d’Anubis de Tim Powers : Londres victorien, un côté farfelu, des monstres, des savants fous et une intrigue qui part dans tous les sens. En somme, le côté Punk du roman policier steampunk.

L’intrigue : Londres, XIXème siècle, époque Victorienne. La Reine Victoria a été assassinée et depuis, les technomages règnent en maîtres avec des machines les plus délirantes et des animaux génétiquement modifiés. Dans ce chaos technologique, Sir Richard Francis Burton dit « Dick la brute », grand explorateur, se confronte à son ancien ami John Hanning Speke pour déterminer la source du Nil lors d’une conférence. Mais ce dernier est victime d’un accident puis d’un enlèvement. En rentrant d’un pub, Burton est agressé par un étrange individu monté sur des échasses qui lui raconte son avenir. Quelques temps plus tard, le premier ministre demande à Burton de devenir un agent pour la Couronne. Burton hésite : la prédiction de son étrange agresseur s’avère juste. Il décide alors d’enquêter pour le Roi, sur la disparition de son ami Speke, mais aussi sur d’étranges agressions par un individu sur échasses et sur une meute de loups-garous qui enlève des enfants dans les bas-fonds de Londres. Il est aidé pour cela de son ami Swinburne, un jeune poète adepte des drogues les plus élaborées. Son enquête l’emmènera plus loin que ce qu’il avait imaginé.

Ce qu’on en retient :

Nous nous retrouvons ici face à un duo improbable composé de deux personnages historiques : Richard Burton, un explorateur plutôt brute et sexiste mais au coeur sensible, et Algernon Swinburne, un poète drogué de constitution fragile, un peu fou et masochiste. Le mariage va s’avérer fructueux car ils viendront à bout de deux enquêtes : un individu sur échasses qui terrorise la population et des loups-garous kidnappeurs d’enfants.

Le côté steampunk se retrouve à plusieurs niveaux dans ce livre : une Angleterre uchronique et victorienne où la Reine a été assassinée, un monopole du pouvoir par des technologistes (ingénieurs et eugénistes), des scientifiques fous, des loup-garous, la mode de l’égyptologie, de nombreux personnages historiques cités en clin d’oeil ( Oscar Wilde, John Hanning Speke, Charles Darwin, Florence Nightingale), une grosse inspiration des récits H.G Wells, et des créations technologiques surprenantes associées à la modification génétique comme des perroquets coursiers et des crabes éboueurs, ou à une évolution mécanique comme les Grands Bi à vapeur et des chaises volantes.

Des thématiques intéressantes, en lien avec le steampunk sont soulevées. La principale concerne les dangers de la science avec les eugénistes et technologistes : à quel moment cesse-t-on d’expérimenter au nom de l’évolution de l’humanité ? Quelle éthique doit-on respecter ? Quelles limites s’imposer ?

L’intrigue se divise en trois parties : la première est consacrée à l’enquête de Burton, la seconde est narrée par le personnage mystère aux échasses qui nous donne son point de vue sur les faits, et la troisième revient sur l’enquête du duo d’inspecteur pour trouver sa résolution. De ce fait, on s’éloigne d’une histoire manichéenne car le point de vue de Spring Heeled Jack nous montre qu’il n’est pas forcément le méchant dans cette histoire.

Beaucoup d’actions et de suspense rythment cette enquête, et surtout un humour décapant dans les dialogues entre les deux personnages principaux ce qui rend la lecture assez plaisante. L’univers assez fou, part un peu dans tous les sens et malgré des longueurs au début (ex : les conversations existentielles dans le club de gentlemen de Burton), et quelques passages glauques, on ne s’ennuie pas.

Le seul bémol que j’avancerai concernant ce roman est qu’il s’agit d’une histoire d’hommes : les femmes sont soit représentées comme hystériques quand elles ont un peu de caractère, soit des êtres fragiles et donc de parfaites victimes. Elles n’aident pas à faire progresser l’histoire contrairement à d’autres intrigues steampunk. La compagne de Burton et sa servante/logeuse en sont de parfaits exemples. En ce sens, Mark Hodder reste assez classique dans sa conception du roman policier.

Si le côté historique de l’histoire vous intéresse, un index est présent en fin d’ouvrage, recensant la vraie biographie des personnages historiques qui ont parsèment le récit. Mais je vous déconseille de le lire en premier sous peine de vous spoiler certains éléments de l’histoire.

Un deuxième tome des aventures de Burton et Swinburne intitulé L’étrange cas de l’Homme mécanique est également publié aux éditions Bragelonne si vous souhaitez rester plus longtemps dans cet univers.

Que retenir concernant le roman policier steampunk ?

Je vous ai proposé quatre exemples de romans policiers steampunk, mais il en existe bien d’autres comme Une étude en Soie de Emma Jane Holloway aux éditions Bragelonne, déjà évoqué dans Parlons Steampunk#1 avec la nièce de Sherlock Holmes en enquêtrice ou encore Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Matthieu Gaborit centré sur un duo d’enquêteur et d’un automate fou, abordé dans mon article consacré à la Figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Ce qu’il faut retenir concernant le roman policier steampunk aujourd’hui se résume en quelques points :

  • La norme tourne autour d’un duo d’inspecteur, de détectives, d’espions, souvent composé d’hommes qui rappellent Sherlock Holmes et Watson. Mais on a vu qu’un homme et une femme pouvaient travailler ensemble également, ainsi qu’un justicier ou un enquêteur solitaire.
  • L’histoire se déroule dans un univers uchronique situé à l’époque victorienne à Londres ou son équivalent temporel dans un autre pays.
  • Une grande importance est accordée à la technologie qui sert l’enquête ou bouleverse l’univers établi.
  • L’intrigue comporte souvent de l’humour ou un côté déjanté.
  • Le roman aborde des thématiques qui font réfléchir et inspirées de H.G Wells comme la lutte des classes, la liberté de la femme, les limites de la science.
  • Le grand méchant fait souvent partie d’une société secrète qui agit dans l’ombre.

Ce sont bien sûr de grandes lignes qui peuvent légèrement différer selon l’imagination de l’auteur, l’univers qu’il souhaite nous proposer.

Notez que je n’ai pas abordé en profondeur deux types de romans associés au roman policier steampunk : le roman d’espionnage et le roman comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de la résolution d’une enquête policière.

Pour le premier type, c’est par méconnaissance du sujet même si je pourrais citer sans les avoir lu : Opération Sabines de Nicolas Texier aux éditions Les Moutons électriques et Le Grand Jeu de Benjamin Lupu aux éditions Bragelonne. Je modifierai peut-être cet article dans l’avenir après avoir comblé mes lacunes sur le roman d’espionnage steampunk.

Concernant les romans comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de l’enquête policière, j’aborderai Rouille de Floriane Soulas en Juin dans mon futur article sur le Steampunk au féminin. Pour le roman Le club des érudits Hallucinés de Marie-Lucie Bougon aux éditions du Chat noir, vous pouvez en retrouver une étude dans mon article consacré à la figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Comme je ne peux pas évoquer tous les romans steampunk dans cet article, je vous invite à consulter la liste que j’ai créée sur Babelio à ce sujet. Libre à vous de me faire vos propres suggestions, je ne les connais pas tous !

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman policier steampunk, poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Loupe mécanique et tasse de thé,

A. Chatterton

Publié dans Lectures

Félin, Collectif, Yby éditions

Un recueil de nouvelles dont le thème principal est le chat, ça vous tente ? Moi, j’ai craqué littéralement pour la couverture très manga et les nouvelles inclusives LGBT+ de Félin. Voici mon retour sur ces histoires, très différentes les unes des autres.

Résumé : Miaou miaou miaou ! Pour ceux·elles qui ne parlent pas le chat, et n’ont donc pas compris Fripon, ceci est un recueil de nouvelles polyfélin. Cet ouvrage ne contient pas de croquettes. Vous y trouverez, en revanche, un seigneur dragon, une poisse incommensurable, des griffons guerriers, un shamisen mélodieux, des sorcières féministes, un détective en Marilyn Monroe, des souvenirs perdus, des dieux égyptiens en colère, une réincarnation inattendue, des ocelots aux yeux vairons et des croissants sur un banc. Les héros·ïnes de ces histoires, félidés ou non, vous emmèneront dans des aventures à vous hérisser le poil, qui vous feront peut-être feuler d’angoisse, mais surtout ronronner de plaisir. Miaou ! Fripon vous souhaite une bonne lecture.

Mon avis :

Mon avis général sur le recueil

Le recueil comprend 11 nouvelles, illustrées chacune par 11 illustrateurs différents dont le fil conducteur est le félin sous différentes formes. Le niveau d’écriture est de qualité et homogène. L’ensemble est agréable à lire et cohérent. On sent un travail de mise en forme réfléchi qui apporte de la fluidité à l’ensemble malgré des univers totalement éloignés. Cela a été un vrai plaisir de se plonger dans chacune de ces histoires et je ne me suis pas ennuyée à un seul instant.

Ici, le thème du félin est exploité sous toutes ses formes : un chat a un rôle important dans l’histoire ou il ne fait que passer, un humain peut se changer en chat, le chat est vénéré par les autres protagonistes, ou il sert les intérêts des humains… Les auteurs ont vraiment déployé toute leur imagination.

Les éditions Yby sont spécialisées dans l’inclusif LGBT+. Par conséquent, la plupart des nouvelles proposent une romance homosexuelle ou un personnage parfois non genré, ce qui m’a changé de mes lectures habituelles et de manière très positive. Par ailleurs, les détails concernant les scènes de sexe ne sont pas crus mais plutôt doux. On sent une pudeur dans les récits, favorisant l’évocation plus que le côté pornographique, ce que j’ai beaucoup apprécié.

Si le chat et le LGBT+ sont mis en avant, des thèmes assez intéressants le sont aussi dans toutes les nouvelles : La timidité, le terrorisme, l’espoir, l’amour, la jalousie, la solitude, le féminisme, l’affirmation de son genre ou de sa sexualité. Certains récits poussent à réfléchir, d’autres à la contemplation ou à l’amusement.

Le recueil comprend aussi 11 illustrateurs avec des styles différents. Ici encore, la cohérence dans le choix des illustrations est soignée, comme celles des récits, et elle n’est pas purement gratuite. Les illustrations enrichissent les histoires et permettent de se figurer certains personnages. Une touche de qualité supplémentaire même si, l’ayant lu en ebook sur ma Kobo, je n’ai pas pu en voir les couleurs.

Quelques détails sur mes nouvelles coup de coeur

Chaque nouvelle est différente et assez bien conçue, même si j’ai une préférence pour certaines selon les sujets. J’en évoquerai seulement trois en détail pour vous laisser découvrir le reste.

Tout d’abord, Panthère et Paillettes de Kalo, illustré par Aki m’a fait hurler de rire. On y croise une espèce de tueur à gages au genre non défini (c’est lui/elle qui le dit), qui engage un détective Drag Queen pour retrouver un chaton kidnappé. Le bagout du détective et les joutes verbales entre lui et notre tueur sont un pur délice. Et c’est le premier récit que je lis avec un personnage non genré, ce qui m’a beaucoup plu car cela déconstruit les stéréotypes que l’on associe généralement à un personnage masculin ou féminin.

J’ai également beaucoup apprécié la sérénité et le mystère du Jardin de Hayashi de Roger Raynal, illustré par Clays où le moine Hayashi se laisse gagner par l’amour au fil des pages jusqu’à un dénouement inattendu. Certaines phrases méditatives, tels des poèmes, m’ont touchée, comme :  » Sur le point de perdre conscience, j’aperçois dans son regard doré le reflet chatoyant de notre monde sensible ». La plus belle description d’un chat et de son regard sur le monde que j’ai pu lire jusqu’à présent.

Pour finir, la première nouvelle intitulée Mauvais sort, écrite par Gabyle et illustrée par Euyevair m’a marquée vis à vis de son sujet. Sous couvert de la persécution des sorcières et de ceux qui les aident dans une uchronie du XIXème siècle, il y est clairement question de la condition de la femme dans une société patriarcale et de la construction d’une cellule terroriste en réponse à cette oppression. Cela est abordé à travers deux personnages féminins forts : une sorcière recherchée par la police pour terrorisme et une gardienne de pension pour chat qui cache un passé d’oppression.

D’autres nouvelles tout aussi géniales mériteraient que l’on s’y attarde : Dans les geôles de la terreur pour son ambiance de jeu vidéo médiéval fantastique, Philae pour ses descriptions magnifiques des temples égyptiens, Timide pour son côté bizarre qui m’a fait penser au Pigeon de Suskind, Sept jours avec les ocelots pour son final complètement renversant, etc… Mais je ne peux pas vous décrire tout sous peine de spoiler une bonne partie des intrigues !

Enfin, quelques nouvelles donnent envie de découvrir la suite de l’univers développé par l’auteur comme Dans l’antre du Dragon qui laisse quelques éléments en suspens à la fin du récit. Cela laisse un peu sur sa faim, mais qui sait ? Peut-être qu’un roman du même auteur sera public aux éditions Yby et me permettra de retrouver ce personnage de changeforme-chat ainsi que tous les autres ?

En conclusion : Un recueil de nouvelles original et hétéroclite, autour de la figure du félin et des romances LGBT+, qui trouve sa cohérence grâce à un travail soigné de sélection. On ronronne de plaisir devant ces récits de qualité et leurs magnifiques illustrations et on espère une plus grande mise en lumière de cette maison d’édition qui mériterait d’être mieux connue.

Publié dans Lectures

Le chrysanthème noir, Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans nom

Après un gros coup de coeur pour La 25e heure de Feldrik Rivat, je n’ai pas pu résister à lire la suite des aventures de Bertillon et Lacassagne et en découvrir un peu plus sur la fameuse société secrète du Chrysanthème noir. Science, morts et enquête nébuleuse au rendez-vous pour un second tome qui ne m’a pas déçue…

Résumé : Paris, ville lumière, goûte en cette fin de XIXe siècle à la modernité. Réseaux à air comprimé, lignes téléphoniques, service de poste pneumatique : la capitale envisage d’aller plus loin encore et d’électrifier ses éclairages publics, de construire sa première ligne de métro, et… de révolutionner votre manière de concevoir la vie et la mort. Enfin, le projet ne faisait pas partie des cartons du président Sadi Carnot. Mais l’éclosion d’une drôle de fleur, au sortir de cet hiver de 1889, pourrait bien venir bouleverser la vie des Parisiens… Le Chrysanthème Noir. Après avoir fleuri dans les cimetières de la ville, il frappe de son logotype le nom d’une société qui offre aux gens de biens et créateurs de ce monde un bien curieux marché…

Mon avis :

L’enquête continue sans nos deux héros

Dès le début du roman, le ton est donné : Louis Bertillon et Eudes Lacassagne sont hors jeu, puis relégués au second plan de l’enquête autour du Chrysanthème Noir. Le jeune bleu est interné à la Salpêtrière, tandis que son équipier à la canne est laissé pour mort suite à une chute depuis un dirigeable. D’une manière générale, la police de Paris est dépassée par l’affaire, en l’absence de leur duo d’enquêteur et l’auteur nous en fait sentir les limites. Pas de panique ! L’agent La Rousseur et le chef de la sûreté de Paris, Marie-François Goron sont sur le coup, dans deux enquêtes parallèles. Mais, ce n’est pas sans réserver quelques surprises !

En effet, dans si l’espionne aux tâches de rousseur a toujours une longueur d’avance sur le policier, elle est très bien entourée et poursuit des ambitions toutes personnelles. Quant à Goron, il va de surprise en surprise dans cette enquête.  Au fil de l’histoire, on se rendra vite compte qu’il représente la figure du lecteur dans le roman : complètement déconcerté par les révélations qui arrivent au fur et à mesure.

Tout au long du récit, nous croiserons à nouveau des figures historiques ou littéraires dans des domaines très variés : politique, scientifique, artistiques, journalistiques… preuve que l’auteur s’amuse avec l’Histoire. Le clin d’oeil à Sherlock Holmes sur les techniques scientifiques est particulièrement bien trouvé et les étapes de construction de la Tour Eiffel assez intéressantes. J’ai particulièrement apprécié la critique des méthodes de soins en milieu psychiatrique avec le Professeur Charcot. Si vous êtes tenté de réaliser des recherches sur chaque personnage historique cité, je pense que la lecture peut s’avérer encore plus riche.

De nombreux rebondissements viendront s’ajouter à l’intrigue comme des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l’on soupçonne, mais surtout de nombreux dénouements face aux mystères non-élucidés du premier tome. On connaîtra ainsi le rôle de l’Ophiucus dans l’enquête, les secrets d’Edison, le vrai rôle de l’agent américain Pinkerton dans l’affaire et surtout pourquoi les corps sont retrouvés avec des doigts coupés.

Les personnages principaux vont évoluer : si Bertillon s’endurcit, le Khan apprivoise ses phobies et renoue plus ou moins avec son père et son frère. Il aurait presque de l’affection pour Clémence et les femmes en général !

Enfin, côté style, le roman se lit toujours aussi bien et est dominé par un suspense haletant. La langue est riche et ciselée. Feldrik Rivat clôt très bien son histoire avec une fin soignée, même si beaucoup d’intrigues s’entremêlent.

La place aux femmes : La Rousseur vs Mileva Varasd

La duchesse de l’Abey, La Rousseur, Milena … ce deuxième tome fait la part belle aux femmes qui essaient de s’émanciper des hommes.

La duchesse maintient d’ailleurs un projet pour faire accéder la gent féminine aux études ou à des métiers réservés aux hommes comme la médecine ou l’astronomie avec une critique cinglante des scientifiques américains reléguant leurs pairs féminines au café.

L’agent La Rousseur tire son épingle du jeu jusqu’au bout du récit. C’est une jeune femme manipulatrice, au service de son commanditaire mais aussi de ses intérêts. Elle saura apprivoiser le Khan, déjouer les complots, jouer sur plusieurs tableaux… et garde malgré tout avec un attachement sincère pour son fiancé qu’elle dissimule bien.

Mileva quant à elle, se sert du sexe pour marquer les hommes qu’elle hypnotise. C’est une immigrée des pays de l’Est qui a tenté de réussir et de s’imposer dans un domaine scientifique, tout en étant au service du Chrysanthème Noir. Malgré sa soif de pouvoir et ses méthodes douteuses, on sent un réel besoin de reconnaissance de sa part vis à vis de son travail, par ses collègues masculins qu’elle ne réussit pas à obtenir.

A travers ces trois personnages féminins, l’auteur dénonce la condition de la femme à la Belle-Epoque, reléguée au rang d’épouse potiche ou d’être faible. Il propose des moyens qui auraient pu être à leur disposition pour s’en sortir. Il montre également qu’une femme peut être l’égale d’un homme en tant qu’adversaire  et c’est plutôt innovant.

Une uchronie proche du roman scientifique

Ce deuxième tome est encore plus riche en vulgarisation scientifique que le précédent et m’a fait penser aux romans scientifiques de Jules Verne, auquel l’auteur aurait ajouté une pointe de mysticisme avec la mythologie égyptienne et beaucoup d’espionnage.

Si la vulgarisation est nécessaire pour comprendre l’histoire (dont le sujet est la résurrection des morts de manière scientifique), cela m’a par moments ennuyée. Feldrik Rivat est très précis pour évoquer les méthodes d’embaumement, le miracle de l’électricité, ou la Thanatogamie (procédé de résurrection). Cela occasionne parfois des longueurs avec des descriptions assez techniques. C’est le seul petit bémol que j’évoquerai pour ce livre.

En dehors de ce point, l’uchronie développée sur ce sujet est extrêmement intéressante et bien détaillée : il s’agit de passer un contrat avec un mort pour le faire renaître temporairement dans le corps d’un vivant. Cela interroge sur le modèle de société qui se construirait autour de cette innovation. En effet, comment gérer les héritages familiaux si le mort n’est plus vraiment mort ? A l’inverse, les plus grands artistes et érudits pourraient continuer à créer et à collaborer avec ceux de notre époque ce qui ferait prospérer l’humanité. Et la limitation des naissances au profit des renaissances apporterait un aspect écologique avec l’idée de la préservation des ressources.

Cependant, dans ce récit, le procédé est réservé aux riches, la plèbe ne servant qu’à engendrer.  En cela, on retombe sur la vision de la société dans les romans de Science-Fiction avec l’Elite intellectuelle et le Bas-Peuple qui n’ont pas les mêmes possibilités, comme un reflet déformant de notre réalité. Cela m’a rappelé la trilogie Altered Carbon (ou Carbone modifié) de Richard Morgan, qui accorde une forme d’immortalité à une seule partie de la population bien nantie.

En conclusion : Ce second tome est toujours aussi riche tant la construction de son intrigue que dans son vocabulaire. Feldrik Rivat fait le pari de créer un univers original en jouant avec les codes de la Belle-Epoque tout en y apportant une vraie réflexion scientifique sur l’avenir de l’Humanité. Et c’est une pure réussite.

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Les tribulations d’Esther Parmentier, Cadavre haché, vampire fâché, Maëlle Desard, Rageot éditions

Une lecture légère et amusante pour l’été, cela vous tente ? Faites la rencontre d’Esther Parmentier, une fille ordinaire qui se découvre sorcière de bas niveau et embarquée comme stagiaire dans une sorte de police magique. Réussira-t-elle à s’en sortir avec son caractère de cochon et ses complexes ? Pour cela, entrons dans ce premier opus hilarant…

Résumé : Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Mon avis

Esther, un personnage à part entière

Dès le départ, l’auteure nous propose un personnage attachant qui n’a pas la langue dans sa poche et bourré de complexes. Esther a 19 ans, des bourrelets en trop, des cheveux ultra-rebelles, a la phobie du sport et déteste absolument l’été. Pas de bol, à Strasbourg où elle fait son stage de comptabilité, c’est la canicule !

Ajoutez à cela une mère qui lui a piqué son petit-ami, une addiction aux jeux-vidéos et sa propension à se fourrer dans des situations qui lui valent des ennuis et vous aurez un portrait en règle de sa petite personne.

Même quand elle se découvre un don de sorcière, il s’avère nul (sorcière de niveau 2 !). Cependant, la petite rousse a plus d’un tour dans son sac et va se révéler une enquêtrice hors pair lors de cette première aventure.

Accompagnée de son tuteur, le ténébreux vampire Loan, qui ne peut pas la piffer, de Mozzie un fantôme ultra-connecté, de Marine une Banshee invisible qui ressemble à une poupée Bratz, de Roger un papi-goule, de Dario le Djinn exhibitionniste et du capitaine Verner un loup-garou à moustache, elle va devoir s’adapter à son nouvel univers et résoudre une enquête autour d’adolescents disparus. Compliqué pour des débuts !

Moi qui ne supporte pas la chaleur, j’ai plus qu’acquiescé aux récriminations d’Esther sur les gens aux aisselles puantes dans les transports en commun ou encore le port de la veste en cuir qui devrait être interdit au-dessus de températures dépassant 24 degrés.

J’ai ri de son franc-parler, de ses prises de becs avec Loan, des situations dans lesquelles elle réussit à se fourrer sans le vouloir, des personnages secondaires tout aussi barrés.

J’ai ri aussi du décalage entre l’équipe (bien calée sur la magie mais pas la modernité) et Esther qui est bourrée de références geeks ou tout simplement au 21ème siècle auxquelles le vampire, le loup-garou ou le Djinn ne comprennent rien.

Ce personnage change des héroïnes parfaites habituelles trop lisses qui sont parfois agaçantes de perfection. Esther qui dit ce qu’elle pense, avec parfois un peu de culot et une touche d’humour, et on a l’impression qu’elle est une sorte de porte-parole du lecteur qui casse les codes de l’univers établi dans ce livre. Et ça fait du bien !

Une enquête aux multiples rebondissements

Au-delà du côté humoristique du livre et de son personnage principal haut en couleur, on trouve une enquête policière qui nous mène du côté des vampires mais aussi d’un challenge internet : le Ghost Challenge. Sous couvert du challenge, des jeunes adolescents disparaissent mystérieusement.

Le corps de l’un d’entre eux est retrouvé par l’ACDC (=l’Agence de Contrôle et de Détection des créatures, on sent que l’auteure s’amuse !) où Esther est stagiaire. Voilà notre héroïne partie avec l’agent Loan sur les traces des vampires et d’un trafic de venin et la découverte d’autres organisations : des terroristes magiques, une association réclamant l’indépendance des goules, le conseil des anciens vampires, etc…

La fine équipe ralliera plusieurs villes : Montpellier, la Bretagne, et rencontrera d’autres agents dans des bureaux tout aussi pourris que ceux de l’ACDC, ainsi que d’autres créatures magiques plus ou moins amicales.

Sans vouloir en dévoiler plus, vous irez de révélations en révélations autour de l’univers magique mais aussi du passé des personnages, qui feront avancer progressivement l’histoire.

La fin de l’enquête, sur les 20 dernières pages est plutôt bien menée et ne vous laissera pas sur votre faim.

L’auteure a su conclure efficacement l’enquête ainsi que plusieurs arcs narratifs avancés dans l’histoire. Un autre tome est à prévoir, mais il sera plutôt centré sur les origines magiques d’Esther et son apprentissage de sorcière, amenant une autre enquête.

Un univers basé sur la discrimination

Dans ce premier opus, nous apprenons en même temps qu’Esther l’existence d’un univers magique dans une autre dimension auquel on accède par des portails créés par des sorcières. Cet univers est réglementé par un organisme appelé le CRIS qui régit également le comportement des créatures magiques sur terre.

Les créatures magiques sont le fruit de l’union entre des êtres Sidhiens et des humains : Sorcières, Djinns, Loup-garous… Mais tous ne sont pas au même niveau.

Les sorcières sont en haut de l’échelle grâce à leur capacité à ouvrir des portails, importants pour les échanges commerciaux ou de nourriture avec la terre. Les loup-garous sont souvent des chefs de meute ou d’équipe grâce à leur capacité à se faire obéir des autres créatures.

A l’inverse, les vampires et les goules sont mal-aimés. Les premiers à cause de leur côté rebelle et imprévisible, et parce qu’ils se nourrissent des humains. On les appelle les sangsues. Les seconds parce que ce sont des créations de vampire qui n’obéissent qu’à eux. On les appelle les asticots.

Les goules sont un cas à part, et vraiment en bas de l’échelle sociale. Ils sont à la fois craints car ils se nourrissent de chair en décomposition et savent se battre férocement, mais aussi utiles pour retrouver les souvenirs d’une victime par des visions en mangeant une partie de son corps. Ce sont des créatures issues d’humains trop souvent mangés par des vampires qui se sont métamorphosés à cause du venin injecté par leurs maîtres.

Certaines goules se revendiquent libres, sans maîtres ce qui a pour effet d’attiser une animosité de la part des vampires, craignant de voir ces créatures échapper à leur contrôle et exister sans eux, mais aussi les tuer sans sommation.

A travers cette enquête, on verra que le statut de goule s’apparente presque à une forme d’esclavage moderne, mettant les vampires du côté des racistes.

L’agent Loan est également l’objet de discriminations car il est le seul vampire de l’Agence. Il est méprisé à la fois par ses collègues agent car il est un suceur de sang, mais aussi par les vampires car il travaille avec l’ennemi.

Quant à Esther, elle cumule plusieurs discriminations dans cette histoire : en plus d’être rabaissée comme stagiaire sans expérience (alors qu’elle a plus de jugeote que toute l’équipe réunie), et sorcière de bas étage, elle est victime de grossophobie. La scène de sa rencontre avec la responsable de l’agence de détection et contrôle des créatures magiques de Montpellier est assez éloquente sur le sujet. Cependant, la rouquine ne se démonte pas et use de son intelligence et de sa gouaille pour rabattre le caquet de ceux qui se moquent d’elle. Une belle leçon de vie.

Quelques bémols :

Quand j’ai commencé le roman, je suis tombée sur quelques clichés (ex : le vampire habillé comme Neo dans Matrix) et j’avais l’impression de comprendre en quelques pages une intrigue avec de grosses ficelles. Que nenni ! J’ai bien fait de persévérer car le dénouement m’a bluffée.

Destiné à un public jeunesse, je trouve que ce livre se lit aussi bien du côté des adultes. Je n’ai pas compris pourquoi il était classé en Young adult et j’ai l’impression qu’il rate son public. Le fait que l’héroïne ait 19 ans, évoque des références modernes à internet et la présence de langage sms à un moment donné de l’intrigue ne justifie par cette catégorisation à mon sens. Au contraire, je trouve qu’Esther a des réflexions très matures concernant l’enquête pour son âge. La même enquête avec une héroïne un poil plus âgée mais assumant son côté geek ne m’aurait pas choquée.

Pour revenir au langage sms utilisé par Esther en milieu de roman, j’ai été agacée de sa traduction en bas de page. Non pas que cela soit inutile pour ceux qui ne maîtrisent pas cette forme d’expression, mais l’utilisation du langage soutenu m’a parue incongrue. A moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’humour…

En conclusion : Maëlle Desard introduit parfaitement son univers pour ce premier tome, à travers le personnage déjanté d’Esther, et nous propose dans un style frais à l’humour décalé, une enquête aux multiples rebondissements. Un roman d’été qui vous fera pleurer de rire.

Publié dans Ateliers d'écriture, On joue ?

Concours d’écriture : la nouvelle policière

Depuis trois ans déjà, je soutiens une manifestation littéraire appelée Les Rencontres littéraires du polar et du roman noir du Deschaux ou plus simplement L’Automne sera noir. Il s’agit d’une journée organisée dans le village de Le Deschaux dans le Jura, autour de la littérature policière, qui comprend des dédicaces d’auteurs, une table-ronde littéraire, parfois un jeu, et surtout un concours de nouvelles ! Je me suis dit que l’exercice pourrait peut-être vous intéresser, alors voici le sujet de l’édition 2020…

Qui peut concourir ?

Il est possible de concourir selon 4 types de catégories :

  • Si tu es prof et que tu as une classe de primaire : la rédaction collective d’un texte de 3 pages minimum.
  • Si tu es prof et que tu as une classe de collège ou lycée : la rédaction collective d’un texte de 5 pages minimum.
  • Si tu as moins de 18 ans (catégorie Ado) : la rédaction d’un texte individuel de 5 pages minimum.
  • Si tu as plus de 18 ans (catégorie Adulte) : la rédaction d’un texte individuel de 8 pages minimum

Quel est le règlement du concours ?

Ce concours ne requiert pas de droit de participation à régler. En revanche, il implique le respect du règlement du concours, le fait que tu ne peux te prévaloir d’un droit d’auteur par la suite, sur ton texte et que tu autorises son utilisation à but non lucratif (ex : à des fins pédagogiques, lecture publique…).

Chaque participant doit réaliser une nouvelle originale avec un titre.

La nouvelle doit finir par cette phrase : « Écartant les roseaux, elle sortit de l’eau, puis se mit à courir dans la nuit. » et comprendre les mots suivants : Etang Billedon, Bois des Noues, Les Granges, Le garde champêtre, Chiens, Chevaux, Château. (ce sont pour certains, des quartiers du village de Le Deschaux).

Le texte doit être présenté sous format A4 (21X29.7cm) avec une police de caractère en corps 12, interligne 1.5 et une marge de 2 cm à gauche  et 1.5 cm à droite.

Selon la catégorie dans laquelle tu concours, il faudra indiquer :

  • Pour les enseignants de primaire : Le nom de l’établissement, de la classe et du professeur.
  • Pour les enseignants de collège et lycée : Le nom de l’établissement, de la classe et du professeur référent.
  • Pour les adultes et adolescents en individuel : ton nom, prénom, adresse postale, email et numéro de téléphone. Et ta date de naissance si tu n’as pas 18 ans.

Ta nouvelle est à envoyer par email  au bibliothécaire du Deschaux, Michel Venel à l’adresse suivante : bibliotheque.le.deschaux@gmail.com  

L’email devra comprendre deux pièces jointes sous word : la première pièce-jointe sera la nouvelle, la seconde pour tes coordonnées.

Attention : La date limite de participation  est le 15 juillet 2020 !

Qui délibère pour le vainqueur ?

Le jury est présidé par le Maire du Deschaux, Patrick Jacquot. Il est composé de Michel Venel, responsable du projet et de la bibliothèque du Deschaux, Annick Fontaine, Correspondante du Progrès, Sandrine Kedziora et  Joël Verdelet, Conseillers Municipaux, Virginie Pique, Bibliothécaire à la médiathèque du Grand Dole et Corinne Desies-Dalloz, libraire à Poligny.

La remise des prix aura lieu le Dimanche 06 septembre à 15 h à la salle des fêtes du Deschaux. Tous les participants recevront un courriel le Vendredi 01 septembre pour connaître les résultats.

Tous les textes feront l’objet d’un recueil consultable à la bibliothèque du Deschaux.

Qu’est ce qu’il y a à gagner ?

Selon la catégorie dans laquelle tu concours, le prix sera différent.

Pour les enseignants, l’ensemble de la classe recevra un livre par élève et un par enseignant, au choix parmi les auteurs invités du Salon.

Pour les adultes et adolescents qui concourent en individuel, un lauréat de chaque catégorie recevra trois romans policiers dédicacés de son choix parmi les auteurs invités du Salon.

Pour te donner une idée des auteurs invités au salon, je t’invite à consulter la page facebook de l’événement où Michel, le bibliothécaire du Deschaux, publie régulièrement les noms des invités. Les années précédentes, le salon a accueilli 17 auteurs dont : Gaëlle Perrin-Guillet (dont je t’ai parlé avec le roman Soul of London), Guillaume Ramezi, Estelle Tharreau, Michel Embareck, Philippe Koeberlé, Hugues Pagan, Sébastien Lepetit, Eric Martzloff… Certains sont des auteurs régionaux, d’autres d’anciens flics, tous sont passionnés par le roman noir ou policier.

Le mot de la fin…

Cette manifestation est très familiale et c’est toujours un plaisir pour moi de retrouver ce petit monde. Je t’invite à y venir si tu passes dans le Jura. La prochaine aura lieu le dimanche 6 septembre 2020, à la salle des fêtes de Le Deschaux si tout va bien…

Si tu ne souhaites pas participer au concours, tu peux toutefois t’entraîner à cet exercice d’écriture sous contraintes. C’est un bon moyen pour développer tes compétences de novelliste en herbe, surtout si tu débutes en nouvelle policière.

Loupe et relevé d’empreintes,

A.Chatterton

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Cuits à point, Elodie Serrano, éditions ActuSF

Fausse voyante ? Château soi-disant hanté ? Appelez les Démystificateurs Gauthier et Anna ! Par contre, s’il s’agit de réchauffement climatique, ils risquent d’être bien en peine… Je vous présente aujourd’hui une aventure londonienne pleine de suspense et de flegme britannique. Suivez le guide !

Résumé : Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Mon avis :

Des personnages principaux hauts en couleur

Le roman a pour héros Gauthier Guillet, insupportable je-sais-tout mais redoutable détective, et surtout grand Carthésien, pour qui la magie n’existe pas. Il est accompagné de son associée Anna Cargali, jeune veuve italienne, au caractère bien trempé et à l’intelligence supérieure à celle de son coéquipier.

Au cours de leur enquête, ils seront rejoint par un autre duo à Londres :  Anton et sa nièce Maggie. Tous deux sont des démystificateurs aussi, mais à l’inverse de Gauthier et Anna, Anton n’écarte pas l’hypothèse de l’existence de la magie.

Cette différence d’opinion va ponctuer tout le roman de combats acharnés entre les deux coqs, tempéré par Anna, et va les mener parfois à de mauvais choix pour prouver à l’un ou l’autre qu’ils ont raison. Je dois avouer que certains passages de leurs disputes, à l’image d’Anna, m’ont quelque peu agacée.

L’auteure s’amuse des clichées culturels en présentant Anton comme un pur britannique avec un flegme et une capacité à arrondir les angles dans les conflits. Anna est vue comme une jeune femme caractérielle qui n’hésite pas à mettre elle-même ce trait de sa personnalité sur le compte de ses origines italiennes. Quant à Gauthier, son côté pédant est bien représentatif du français lambda, fier de ses origines.

Une enquête bien menée

Durant leur investigation, les détectives du paranormal seront amenés à rencontrer une sorcière londonienne, au grand dam de Gauthier qui ne croit pas en la magie. Puis, de fil en aiguille, les deux équipes réussiront à travailler de concert pour se concentrer sur les travaux du métro et enfin toucher au but. Je ne vous spoile pas la suite, sinon cela n’aurait pas d’intérêt.

Si le suspense est à son comble jusqu’à la moitié du roman, et m’a bien tenue en haleine, sur la deuxième partie, je me suis demandée comment l’histoire allait se terminer une fois le mystère résolu. Et bien… je n’ai pas été déçue ! Même si arrivée à 30 pages de la fin, j’ai été prise de sueurs froides en me demandant comment Elodie Serrano allait conclure en si peu de pages, j’ai trouvé la fin soignée.

Je me suis même demandée si ce roman était le premier d’une longue série d’aventures pour les démystificateurs… car j’avais envie d’en lire davantage !

Une critique de la société victorienne

Au-delà de cette enquête, j’ai vu en filigrane une critique de la société victorienne à travers le regard d’Anna, la narratrice principale de cette histoire.

A plusieurs reprises, elle fait mention du sexisme ambiant de son siècle vis à vis de son statut de femme,  ou du fait qu’elle travaille avec un homme qui n’est pas son mari. Elle va même jusqu’à critiquer sa tenue de dame, peu pratique pour l’exploration. La bonne tenue, autant vestimentaire que de caractère est de mise chez les anglais et lui vaudra bien des déconvenues tout au long de l’enquête, autant par ses employeurs (les Lords de la Chambre), que des autres hommes.

La seule a bien gérer sa part de féminisme est Maggie, qui malgré sa timidité et sa jeunesse, sait se faire entendre quand cela est nécessaire, et se moque des convenances.

A travers cette aventure, on découvre un pays désireux de montrer sa supériorité, soucieux des apparences et respectant assez peu sa souveraine, jugée trop inexpérimentée et surtout… femme !

En conclusion : Cuits à point est un bon divertissement qui a su me tenir en haleine grâce à son mystère à la résolution surprenante et son côté féministe pas déplaisant. A quand une nouvelle aventure des démystificateurs ?

PS : je remercie les Éditions ActuSf pour l’envoi de ce service presse. Même si par principe je n’en demande pas, il se trouve que je comptais lire ce livre. Je préfère rester transparente avec vous, lecteurs sur le sujet. 😉

 

 

 

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La 25e heure, Feldrik Rivat, éditions de l’Homme sans nom

Un roman policier qui décoiffe avec un duo d’enquêteur au caractère bien trempé, le tout dans un Paris Belle-Epoque, ça vous tente ? Laissez moi vous présenter le premier tome des enquêtes de l’inspecteur Lacassagne.

Résumé : Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grands frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent !
Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République.
Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

Mon avis :

Un duo d’enquêteurs original

Dès les premières pages, on sent que les deux enquêteurs de la 25e heure ne seront pas ordinaires.

Nous avons tout d’abord Louis Bertillon, jeune major de sa promotion au concours de police, nanti, cultivé, soucieux de son confort et féru de sciences. Peu habitué à la rudesse de son mentor l’inspecteur Eudes Lacassagne, il va progressivement s’endurcir et l’assister efficacement dans ses enquêtes.

Eudes Lacassagne, le personnage principal de ce roman, vient compléter le duo.  Il est présenté dès le départ comme un être mystérieux. Déambulant jour et nuit à pied dans tout Paris, connaissant les moindres recoins de la capitale, il apparaît tantôt comme un justicier silencieux dévoué aux plus pauvres, tantôt comme un bagarreur dans les tripots clandestins, tantôt comme un voyeur dans les bordels parisiens. Parlant peu, ne buvant ou mangeant qu’à heures fixes, il trimbale un moineau vivant, et a des habitudes énigmatiques comme prendre un remède sur un sucre ou paraître toujours impeccable. Son passé reste trouble. On ne sait rien de lui, sauf qu’il a été militaire en Asie, d’où son surnom de Khan, et qu’il est fâché avec son père.

Ensemble, ils forment un binôme imbattable, même si Louis a tendance à retarder l’enquête du fait de son manque d’expérience.

Ils rappellent un peu le duo de Baker Street, mais les dépassent, les dépoussièrent. Si Louis a une fiancée comme Watson, celle-ci fait l’école de médecine, un progrès pour les femmes de son temps. Et il compense son manque d’expérience des armes par une grande culture scientifique. De son côté, si Lacassagne possède un sens de la déduction identique à Sherlock, il le surpasse dans ses bizarreries et semble presque invincible.

Une enquête au goût de science

Feldrik Rivat a choisi Paris à la Belle Epoque de son roman, mais à l’apogée des recherches scientifiques et techniques.

On y croisera des personnages illustres comme  Gustave Eiffel, en pleine construction de la fameuse tour ou encore le Docteur Charcot, éminent psychiatre et même George Méliès.

Nos deux enquêteurs nous ferons visiter lors de leur investigation les bas-fonds de la capitale et les lieux dédiés aux morts : les thanatopracteurs et leurs techniques d’embaumement, les croque-morts de la morgue de Paris, les docteurs de la Faculté de Médecine, les cimetières, les abattoirs et les locaux de police et leur service de fichage.

L’enquête tournera autour des macchabées mais aussi d’une société secrète, d’expériences scientifiques et de la politique. En effet, nos deux héros éprouveront des difficultés à trouver la vérité car leurs adversaires auront souvent un temps d’avance et la police sera constamment tournée en dérision par un journaliste anonyme, provoquant les foudres du préfet.

On sent que l’auteur a souhaité rester réaliste dans son univers et qu’il a peut-être effectué des recherches sur l’Histoire de Paris, la langue.

Par exemple, il s’attache à nous décrire les méthodes de police de l’époque, qui semblent d’actualité à certains égards : la pauvreté des moyens,  l’aspect politique des enquêtes qui gêne leur progression, la rivalité entre services, le mépris des collègues pour ceux qui réussissent, la violence des interrogatoires…

Une pointe steampunk plus légère viendra s’ajouter à ce décor souvent morbide, avec la visite d’un café-théâtre tenu par George Méliès en personne, basé sur les illusions d’optique, les automates réalistes et des spectacles étonnants. Un pur régal pour les sens !

Un style chirurgical

Feldrik Rivat possède un style d’écriture inimitable notamment en matière de description. Les trois premières pages du roman en attestent. Il suffit de quelques phrases pour vous planter un décor, un personnage, une ambiance et en ressentir les odeurs, le goût, le toucher…

Son style est froid, précis, méthodique, à l’image de son personnage principal, mais aussi extrêmement riche sans être d’un langage soutenu.

L’auteur nous décrit un Paris réaliste, et en plus des décors, adapte sa langue aux personnages qu’il nous présente : le peuple aura sa gouaille de l’époque, les aristocrates un langage recherché, la police un entre-deux respectable. Enfin, les dialogues entre les scientifiques sembleront cohérents, en plus d’être fluides et intéressants démontrant encore une fois sa volonté de coller au réel.

Sur le même registre, sa description des abattoirs et de la leçon prodiguée par Lacassagne à son protégé est à la limite du soutenable, mais ultra-précise. Au delà du lieu, l’inspecteur apprend à Bertillon la nature humaine et ses limites. J’ai eu une pensée pour l’association L214 en lisant ces lignes…

On sent derrière le style, et ce sens du détail, qu’il cherche la vérité, tout comme Lacassagne ! A croire parfois qu’auteur et personnage se confondent…

En conclusion :  Je ne vais pas vous le cacher, ce roman est mon coup de coeur de l’année 2020. Une véritable pépite dont je vais bientôt lire la suite (car le tome 1 se termine sur un cliffhanger insoutenable). Pour résumer, avec sa figure forte et énigmatique d’enquêteur, son réalisme saisissant et son enquête aux ramifications tentaculaires, le roman de Feldrik Rivat est une claque magistrale au roman policier Belle Epoque.