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Ecologie et folie technologique, Anthologie de nouvelles steampunk vol.1, éditions Oneiroi

Dans le cadre du Projet Ombre dédié à la découverte du genre de la nouvelle, et de mon projet personnel Parlons Steampunk sur la littérature steampunk, je me suis lancée dans ce recueil de 4 nouvelles de la jeune maison d’édition Oneiroi. Une jolie plongée dans des univers différents, souvent dystopiques, ayant pour thèmes l’écologie et les avancées technologiques désastreuses.

Mon avis sur le recueil

Le recueil regroupe 4 nouvelles issues d’un appel à textes de la maison d’édition Oneiroi, ayant pour thème l’écologie et la folie technologique. A noter que ce jeune éditeur est spécialisé dans la littérature steampunk.

Chaque nouvelle est écrite par un auteur différent et propose un univers totalement unique. Parmi eux, on note la présence Emmanuel Chastellière auteur des romans steampunk Célestopol et Célestopol 1922; ainsi que Romain d’Huissier auteur de la trilogie de fantasy urbaine Les chroniques de l’étrange. Les deux autres auteurs du recueil sont Francis Jr Brenet auteur de nouvelles de Fantasy et Audrey Pleyne, autrice en Science-Fiction.

De manière générale, le recueil est bien construit et forme un ensemble cohérent. Les nouvelles s’enchaînent de façon fluide et les univers, bien que différents apparaissent comme complémentaires. Chaque auteur a son propre style et nous plonge dans un genre différent : policier, uchronie, dystopie…

On voyage en Chine, sur la Lune, ou dans des univers utopiques possibles, avec toujours dans l’idée que les améliorations technologiques pour l’homme ne le sont pas forcément pour son environnement. Le recueil fait réfléchir, interroge le lecteur, fait sourire aussi. Une jolie entrée en matière thématique pour découvrir la littérature steampunk si l’on ne souhaite pas se lancer dans un gros roman.

Pour cet article, j’ai pris le parti de résumer chaque nouvelle et de vous donner mon avis dessus à chaque fois car il y a peu d’histoires, contrairement à un gros recueil.

Mon avis sur chaque nouvelle

D’amour et d’acier, Francis Jr Brenet

Résumé : Walter Dickens, fils d’une famille riche, vit dans un univers où le travail a été réduit en grande partie et automatisé avec la création d’automates appelés humainciers. Il vit dans un énorme îlot flottant tandis qu’en bas règne la pollution, les ordures et la culture de pommes appelée Amour et de lianes appelées Foudre. Les classes sociales ont été abolies en théorie, chacun mange à sa faim et porte au poignet une montre indiquant ses dépenses, réglées sur ses battements de coeur. Dans ce contexte idyllique, Walter est amoureux de Jeanne, une jeune fille pauvre des bas quartiers. Quand Jeanne disparaît brutalement en laissant un moment indiquant qu’elle le quitte, Walter tombe en dépression et va réaliser des découvertes surprenantes concernant son univers…

Mon avis : Cette nouvelle m’a beaucoup fait penser à la trilogie Carbone modifié de Richard Morgan (adaptée sur Netflix sous le nom d’Altered Carbon), au niveau de la construction de l’univers. S’il n’est pas question ici de vie éternelle, on réfléchit surtout aux inégalités sociales avec les riches vivant en dehors de la pollution, qui se comparent à des dieux, et les pauvres en bas avec la pollution et dans des conditions précaires. L’idée de la montre et des dépenses de chacun m’a aussi renvoyée au film Time Out, où le temps est devenu une valeur monétaire. Sans en dévoiler trop sur la nouvelle, je dirais qu’elle fait surtout réfléchir à un monde utopique où le travail ne serait pas une obligation pour tous, avec une possibilité de gommer les classes sociales. Elle invite aussi à se poser des questions sur la place des automates dans la société : objets animés, outils de travail ou de plaisir… ont-ils une âme, une sensibilité ? A l’inverse, les hommes sont-ils plus insensibles que les robots ? Ici, le thème de l’écologie est surtout lié à la pollution et à l’alimentation? avec la création d’une société qui n’aide pas à préserver l’environnement mais alimente le mode de vie des humains. Au niveau du rythme, le récit est plein de suspense et l’on va de rebondissement en rebondissements avec un personnage principal choyé qui découvre vite que l’univers qu’il connaît est un mirage. La fin de la nouvelle fait un peu froid dans le dos mais amorce une lueur d’espoir malgré tout. Je serais curieuse d’en découvrir un peu plus sur l’univers avec d’autres récits de l’auteur, même si la nouvelle le développe en grande majorité.

Beautés, Audrey Pleynet

Résumé : Maureen, jeune femme effacée et mal dans sa peau, travaille au ministère de l’écologie dans un Londres uchronique. Un matin, elle fait la rencontre d’une femme magnifique qui vient d’un salon de beauté. Cette vision éblouissante suffit à lui donner envie d’essayer ce salon pour elle aussi, susciter l’admiration de tous. Le premier essai est concluant : elle en sort métamorphosée et récolte de meilleurs dossiers au travail grâce à son apparence. Mais de jour en jour, elle va vite devenir accro à son apparence impeccable et va chercher améliorer l’environnement de la ville à son image : artificielle mais magnifique…

Mon avis : Cette nouvelle interroge sur la beauté et la confiance en soi. Si au départ, l’héroïne avait eu confiance en elle, elle n’aurait pas fréquenté le salon et n’aurait pas détruit l’environnement londonien. Oui, mais il n’y aurait pas eu d’histoire… L’auteure exploite parfaitement le culte de l’apparence avec ce Salon de beauté du futur, similaire à une cabine de chirurgie esthétique qui en plus vous coiffe, vous maquille et vous habille. Au fil du récit, on découvre que les collègues de Maureen acceptent plus facilement ses décisions parce qu’elle est belle. Et cela fait frémir ! Cela interroge alors sur la valeur qu’ils accordent aussi à l’apparence : les gens beaux seraient-ils plus intelligents ? En dehors du récit de l’héroïne, on frémit également face aux décisions qui sont prises pour « améliorer » l’environnement et qui vont à l’encontre de l’écologie : Tamise colorée et parfumée, animaux remplacés par des automates, arbres malades transformés en statues… Cela questionne la notion de naturel et d’artificiel, et le bien fondé de l’action de l’homme sur la nature. La fin de la nouvelle est triste mais prévisible autour du thème de l’addiction.

L’Homme sans rivage, Emmanuel Chastellière

Résumé : Mer Baltique, un jeune garçon issue d’une riche famille russe doit participer à un rite traditionnel de passage : le massacre de baleines, dauphins et phoques sur une plage après un rabattage par des pêcheurs. Le garçon participe à contrecoeur sous le regard dur de son père mais reste traumatisé par la journée sanglante. Des années plus tard, un pêcheur de baleines rencontre un riche duc russe sur la colonie lunaire de Célestopol suite à une demande particulière du Duc. Nikolaï a un projet fou et seul ce chasseur rustre pourra l’aider…

Mon avis : Le fait que la nouvelle contienne deux histoires qui au départ semblent sans rapport m’a un peu remplie de perplexité. Ce n’est qu’à la fin du récit que j’ai pu assembler les récits et trouver leur cohérence. Le sujet abordé ici est la préservation des animaux marins face aux traditions séculaires de la pêche intensive et du rite de passage évoqué plus haut. Mais aussi la colonisation de la lune par les hommes et son indépendance à venir vis à vis de la Terre. Encore une fois, les riches humains s’éloignent des problèmes de la Terre pour créer une nouvelle utopie sur une autre planète et « oublier » les problèmes de pollution de leur lieu de naissance. Le Duc Nikolaï, avec ses fêtes fabuleuses souhaite surtout gagner la sympathie du peuple et réaliser ses rêves plus philanthropiques en se tournant vers l’avenir. A l’inverse, le chasseur Erland préfère conserver les traditions séculaires, s’enrichir personnellement et rester dans le passé. Cette opposition entre les deux personnages est le reflet de celle que nous connaissons aujourd’hui vis à vis de l’écologie. A noter que cette nouvelle se situe dans l’univers de Célestopol, développé par l’auteur dans ses deux romans du même nom. Elle m’a donné envie de les découvrir alors que de prime abord, je ne suis pas portée sur la conquête spatiale, même rétro-futuriste…

Fengshui et vapeur de jade, Romain d’Huissier

Résumé : Chine uchronique, le maître-géomancien Ming Zhi est convoqué sur un chantier avec sa garde du corps Li Zhan pour enquêter sur des sabotages perpétrés par des fantômes ou des esprits malveillants. En tant que responsable du Feng Shui dans les environnements sacrés, il est habilité à déterminer si un chantier doit se poursuivre ou non, si les esprits d’un lieu sont trop perturbés par la modernité. L’enquête va l’emmener à s’interroger sur le commerce florissant de la jade rouge, utilisée ici comme nouvelle énergie dans des technologies avancées.

Mon avis : C’est ma nouvelle préférée du recueil. Elle m’a donnée envie de découvrir l’univers de Romain d’Huissier par la suite. J’ai apprécié le personnage de Ming Zhi avec son sens de l’humour et sa perspicacité digne d’un Hercule Poirot chinois. J’ai adoré Li Zhan avec son côté rustre et ses manières très libérées. Il est rare de voir un personnage féminin abordé sous le métier de garde du corps et la proposition est assez réussie. L’intrigue policière ressemble à un roman d’Agatha Christie : le final fait place à des rebondissements intéressants que l’on ne voit pas venir. L’univers aussi interroge avec l’utilisation de cette nouvelle énergie qui pousse les hommes à s’enrichir au détriment de la nature. Heureusement que Ming Zhi veille au grain ! Le thème abordé ici reste surtout le massacre des arbres et de la nature, avec les esprits qui y sont associés, au nom de la modernité. Une manière de réfléchir une fois de plus à nos actions environnementales. A noter qu’il s’agit d’un rare récit steampunk situé dans un environnement asiatique. Traditionnellement, les récits se déroulent plutôt à Londres à l’époque victorienne. Ici, la transposition est réussie avec brio. Je serais curieuse de lire d’autres enquêtes de ce duo d’enquêteurs dont la personnalité m’a beaucoup marquée.

En conclusion : Ecologie et folie technologique est une anthologie de nouvelles steampunk assez intéressante qui fait réfléchir sur sur nos actions vis à vis de l’environnement à travers des univers uchroniques. Si les styles et les univers des auteurs semblent différents, l’ensemble est plutôt homogène et se prête très facilement à la découverte de la littérature steampunk. De manière général, le ton global du recueil est dystopique mais la dernière nouvelle vous redonnera rapidement le sourire. Je vous recommande chaudement de découvrir ce recueil pour goûter un peu au steampunk, surtout si vous préférez les lectures courtes.

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Elle est le vent furieux, collectif, éditions Flammarion

Lu dans le cadre du #ProjetOmbre visant à mettre en avant le genre de la nouvelle, ce recueil de 8 nouvelles, toutes écrites par des autrices met en scène des catastrophes naturelles sur Terre, suite à une punition de Dame Nature. Un joli recueil young adult qui interroge notre rapport à l’écologie.

Mon avis général sur le recueil :

Ce recueil a été écrit par 6 auteures spécialisée jeunesse ou young adult : Marie Pavlenko, Sophie Adriansen, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Marie Alhinho, Flore Vesco. C’est donc un recueil 100% féminin, chose rare. Personnellement, je n’ai lu que les récits de Marie Pavlenko, j’ai donc découvert complètement les autres.

L’ouvrage est très cohérent dans sa construction : Il est composé d’un récit d’introduction et de conclusion mettant en scène Dame Nature affligée par le comportement des hommes et qui a décidé de les punir. Chaque nouvelle présente une punition de la déesse et par là, un sujet écologique différent qui est d’actualité : déforestation, montée des eaux, catastrophes naturelles, dérèglement climatique. Certains récits touchent au fantastique, d’autres sont plus réalistes.

Par ailleurs, même si chaque auteure utilise un style propre, toutes réussissent à s’homogénéiser de façon cohérente. Il n’y a que Flore Vesco et Marie Alhinho qui se démarquent un peu, mais cela n’enlève rien au reste.

Mon avis sur chaque nouvelle :

Comme il s’agit d’un recueil de nouvelles, j’ai pris le parti donner mon avis sur chaque histoire de façon individuelle et d’en rédiger chaque résumé en évitant les spoilers.

Qui sème le vent – Colère, Marie Pavlenko

Résumé : Dame nature décide d’aller incognito sur Terre voir ce que font les hommes et s’ils respectent un peu plus les cadeaux qu’elle leur a fait.

Mon avis : Cette nouvelle est le préambule de l’ensemble du recueil. Elle introduit le personnage de Dame Nature, représentée par Marie Pavlenko sous les traits d’une petite vieille mi-hippie mi-sdf constamment en train de ruminer. Et pour cause ! Les humains ne la respectent plus ! Son périple à travers la ville semble une épreuve, les gens vraiment indifférents à son égard ou totalement horrifiés face à son allure misérable. Son regard extérieur nous éclaire sur nos pratiques : manque de considération pour la nature au sens général avec une bétonisation importante, l’extension des villes au mépris du bon sens, massacre des animaux. De retour dans son Eden, elle décide de donner une leçon aux humains : ce seront les nouvelles suivantes. Marie Pavlenko a pris plaisir à écrire cette nouvelle, cela se sent. Malgré le thème dramatique, elle a su y ajouter des touches d’humour comme le personnage du majordome de Dame Nature ou certains personnages qui jalonnent le voyage de la petite vieille. Le repaire de la mamie promet des descriptions enchanteresses et contraste totalement avec la ville visitée plus tôt. En dehors du personnage personnifié, on pourrait tout aussi bien être face à l’histoire d’une mamie retirée du monde qui essaie de retourner en ville pour se distraire et voir si le monde à changé. C’est du moins l’impression que j’ai eu au début, avant d’arriver à la chute. Une jolie introduction aux nouvelles suivantes qui pousse déjà à la réflexion.

Monkey Palace, la revanche des singes, Sophie Adriansen

Résumé : Une famille avec deux adolescents est en vacances dans un complexe touristique sur l’île de Bornéo, en Indonésie quand des singes expulsés de leur forêt décident de faire de même avec les touristes du complexe en s’installant dans leurs résidences…

Mon avis : Des vacances qui tournent au cauchemar, tel est le sujet de cette nouvelle qui m’a fait frémir jusqu’à sa chute et m’a interrogée sur ma propre réaction face à cette invasion de singes. On suit la fuite de cette famille qui croit d’abord à une blague avant de se rendre compte que toute l’île est envahie et qu’aucune échappatoire n’est possible. Cette histoire m’a également interpellée sur la déforestation et sur la légèreté avec laquelle nous traitons ce sujet au quotidien. L’héroïne ado qui nous raconte son histoire, évoque le Nutella, le bois tropical utilisé pour faire du mobilier de jardin et acheté partout dans le monde. Cela prive les singes de maison et les force à se rapprocher de zones habitées pour trouver de la nourriture. Si les rôles sont inversés, si les singes décident de nous prendre nos maisons, on se retrouverait dans le livre de Pierre Boule : La Planète des singes. Sophie Adriansen a su marquer avec ce récit en imaginant un scénario réaliste qui permet de se mettre à la place des animaux, et c’est assez efficace.

Nos corps végétaux, Coline Pierré

Résumé : Assia et Solveig sont colocataires. L’une est étudiante en économie sociale, l’autre en médecine. Un jour, elles découvrent sur leur peau les marques d’une forme d’allergie : les végétaux en elles ont décidé de germer et de sortir de leurs corps…

Mon avis : Voici venir une épidémie mondiale avec des végétaux pas ordinaires. Coline Pierré nous propose une revanche des végétaux sur les humains, en poussant sur leur corps. Les arracher équivaut à s’épiler ou se couper des membres, avec la douleur qui l’accompagne. L’auteure montre bien l’attitude différente des deux jeunes filles face à la propagation de la « maladie » et les incertitudes qu’elle occasionne. Si Solveig accepte avec philosophie les végétaux qui sortent peu à peu de son corps, il n’en est pas de même pour Assia, hypocondriaque et soucieuse de son apparence. Les végétaux vont bouleverser le quotidien de tous, les rapports entre les gens, la manière d’envisager sa vie. Une jolie lueur d’espoir clôt la nouvelle, bienvenue parmi l’ensemble de ces micro-dystopies composant ce recueil. Pour l’anecdote, la maladie des plantes m’a fait penser au rapport que nous entretenons avec nos poils, et de manière plus large avec notre corps. Si nous l’acceptons et avons un rapport plus sain avec lui, nous serions plus heureux. Cela éclipse un peu la question des plantes qu’il est dommage d’éradiquer pour des raisons esthétiques également alors qu’elles sont nécessaires à notre planète de manière générale.

Extinction games, Cindy Van Wilder

Résumé : Dame Nature peu convaincue par les efforts des humains envers elle décide de lancer des jeux d’éradication de l’espèce humaine : les extinction games.

Mon avis : Cette nouvelle propose le point de vue de deux duos situés à deux endroits différents de la planète face à des catastrophes provoquées par une Dame Nature/ Gaïa en colère. D’abord perplexes face au message de la mystérieuse déesse, les humains vont devoir prendre au sérieux ses avertissements et redoubler d’efforts pour la convaincre qu’ils peuvent changer. Cindy Van Wilder s’inspire un peu des jeux de survie comme Battle Royale pour cette nouvelle, tout en glissant quelques faits d’actualité : les confinements dûs au Covid-19 qui ont permis à la nature de reprendre ses droits notamment à Venise, les avertissements des scientifiques peu écoutés face à une catastrophe écologique imminente, la pollution des îles provoquée par l’afflux massif de touristes (comme à Majorque où vit Soledad, une des héroïnes), la décharge géante de Costa Brava à côté de Beyrouth… Au fil des épisodes de jeu, la tension monte entre Gaïa et les terriens. Elle va de plus en plus loin dans ses frappes punitives, utilisant même le chaos provoqué par les humains pour le retourner contre eux de manière ironique. Il faudra toute l’intelligence d’un personnage et sa force de persuasion pour apaiser la déesse et trouver un terrain d’entente. Cette fois aussi, malgré les catastrophes et massacres, la nouvelle se termine sur une touche d’espoir. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteure relève des faits du quotidien face aux problèmes écologique, qui sont assez réalistes comme le fait que le facteur économique est toujours plus important que le reste. C’est un sujet assez éclairant qui fait réfléchir sur nos pratiques et sur la nécessité d’avoir le courage de faire changer les choses, comme le fait Soledad.

Naître avec le printemps, mourir avec les roses, Marie Pavlenko

Résumé : Maxine, Roman et Lucille sont lycéens à Paris. Cette année, ils passent leur bac. Cette année aussi, quelque chose cloche : le printemps tarde à arriver…

Mon avis : Marie Pavlenko nous plonge dans le quotidien d’ados ordinaires confrontés à une catastrophe qui les dépasse. Cela commence par une inquiétude devant l’arrivée tardive du printemps, et cela se termine en émeute face à une crise alimentaire sans précédent. On ne se rend pas compte à quel point cette saison nous manque avant d’en être privée ! Et combien elle est importante pour nous nourrir ! Face à la situation, chacun réagit comme il peut : dévalisage des magasins, migrations à la campagne, confinement forcé, état d’urgence, rationnement alimentaire. Certains auront le courage de protester et de monter des barricades pour subir une répression policière féroce qui m’a rappelée celle des gilets jaunes. Cette nouvelle, toute en tension, alerte sur le dérèglement climatique et ce qu’il pourrait occasionner au niveau des saisons. Le fait de montrer le point de vue de lycéens apporte une proximité avec le lecteur mais aussi un message d’espoir : si les plus jeunes y croient encore et réagissent contrairement aux adultes, nous avons peut-être une chance de réussir à changer les choses.

Sauvée des eaux, Marie Alhinho

Résumé : Trois générations de femmes de la même famille ont fui la Havane submergée par les eaux pour La Louisiane. Réfugiée climatiques, elles trouvent asile chez un homme qui a profité de la situation pour diriger la ville et l’approvisionnement en eau potable. Mais toute faveur nécessite une faveur en retour…

Mon avis : Marie Alhinho s’attaque à un sujet d’actualité et a su imaginer l’ensemble des conséquences possibles : le dérèglement climatique et la montée des océans. A travers ces trois femmes, toutes victimes de plusieurs manières de cette catastrophe se dessine un avenir bien sombre. Celui où l’eau potable devient un luxe, ainsi qu’un endroit habitable au sec, une vie sans maladie. Bien sûr, certains en profitent, et d’horribles façons. On voit se dessiner avec horreur ce qui a pu arriver à la plus jeune au fur et à mesure de son récit. Mais comment de simples femmes peuvent-elles se protéger ? Au niveau du style, l’histoire est racontée à travers des dialogues entre mère et fille et des monologues intérieurs de la plus jeune ce qui tranche avec les récits précédents. La fin du récit tourne au fantastique avec une note d’espoir : et si cette montée des eaux s’accompagnait d’une évolution du genre humain ? Une nouvelle un peu différente des autres, avec un ton plus sombre et aux idées plus réalistes.

Le récit recyclé, Flore Vesco

Résumé : Les arbres ont disparu, rongés de l’intérieur par un insecte. Avec eux disparaît aussi le papier et l’impression de nouveaux livres. On commence à faire le trafic de papier, à le conserver sous clé. Arrive le moment fatal : il n’existe qu’un nombre fini d’histoires dans le monde, et l’héroïne à l’identité inconnue a pratiquement tout lu. Un collectionneur de papier crée alors un comité ayant pour mission de créer du nouveau papier, puis d’écrire de nouveaux récits à partir des textes déjà existant avec un procédé d’écritissage…

Mon avis : La plume de Flore Vesco est particulière dans ce récit, et pour cause ! L’ensemble de cette nouvelle a été créé à partir de morceaux des autres nouvelles ainsi que d’autres récits existants comme le réalise l’héroïne de son histoire. Mieux ! L’auteure nous propose de créer notre propre histoire en fin de récit à partir de morceaux de textes du recueil ! Au-delà du procédé de création très original, Flore nous interpelle de son côté sur la déforestation et l’industrie du livre grosse consommatrice de papier. Une manière de faire réfléchir le lecteur sur l’impression en masse de livres tous les ans et peut-être d’y inclure une notion de publication raisonnée actuellement inexistante. Si le procédé d’écriture et la thématique m’ont paru très intéressants, j’ai moins accroché au récit qui m’a semblé manquer de rythme, et l’héroïne de profondeur. Néanmoins, cette nouvelle reste une de mes favorites du recueil, peut-être parce qu’elle me touche en tant que lectrice ou qu’elle met en avant la puissance de l’imagination malgré les difficultés à trouver un support d’écriture.

Qui sème le vent- Espoir, Marie Pavlenko

Résumé : Depuis son Eden, Dame Nature a terminé de punir les hommes pour leur ouvrir les yeux sur le mal qu’ils font à la planète. Elle espère qu’ils auront compris la leçon.

Mon avis : Une jolie conclusion pour ce recueil, à nouveau avec Marie Pavlenko qui l’a introduit. On sent que Dame Nature est apaisée, mais chagrinée d’avoir été aussi dure avec les humains. A nouveau, on retrouve son refuge apaisant, symbole de la nature dans toutes ses formes, avec une description éveillant tous nos sens. Ce récit de fin apporte une note d’espoir vis à vis de l’être humain, mais semble bien fragile. Une conclusion en demi-teinte, à l’image de notre engagement actuel vis à vis de l’écologie.

En conclusion : Un recueil de nouvelles young adult engagé qui met l’accent sur l’écologie et le féminisme en développant plusieurs scénarios catastrophes déclenchés par une Dame Nature en colère. Malgré plusieurs récits dystopiques assez sombres, le recueil lance plusieurs pistes de réflexions vis à vis du réchauffement climatique qu’il serait intéressant d’exploiter. Une lueur d’espoir termine le recueil, preuve qu’il est toujours possible au lecteur de faire le premier pas du changement.

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Mini-chroniques en pagaille spécial Hanami Book Challenge #1

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes-Sud

Menu Japon d’aujourd’hui – catégorie Gambate !

Résumé : Propriétaire d’une petite librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques, Mitsuko partage ses journées avec sa mère, une ex-détenue qui confectionne de jolis signets de fleurs séchées, et son jeune fils Tarô, un métis sourd et muet. Plutôt revêche et ne cherchant aucune amitié, elle se contente d’amants occasionnels et de discussions intellectuelles avec les riches clients du bar où elle pratique encore le métier d’entraîneuse une fois par semaine.
Un jour pourtant, une femme distinguée se présente à la bouquinerie et, devant la complicité évidente qui s’établit entre son enfant et celui de Mitsuko, elle insiste pour provoquer des visites et des sorties communes. Pour faire plaisir à son fils, Mitsuko surmonte son agacement et accepte ces rencontres. Bien vite, afin de préserver l’équilibre de sa famille, elle devra cependant refaire le choix du mensonge.

Mon avis : Je suis tombée par hasard sur ce livre en bibliothèque et par envie de formats courts, je l’ai emprunté alors que ma PAL était déjà constituée. J’ai appris par la suite qu’il faisait partie d’une pentalogie avec 4 autres romans du même auteur, où évoluent les mêmes personnages. Cela m’a donné envie de lire les autres ! Pour en revenir à l’intrigue, c’est un roman très court (141p) plein de suspense où l’on se glisse dans le quotidien de l’héroïne Mitsuko, de ses difficultés en tant que mère-célibataire et en tant que femme-entrepreneuse, et surtout du mensonge qu’elle cache depuis plusieurs années : Tarô n’est pas son fils biologique. L’arrivée de Mme Sato dans sa vie va bouleverser son quotidien : qui est cette femme bien comme il faut ? que lui veut-elle ? Malgré une fin attendue, j’ai beaucoup aimé l’opposition entre les deux personnages féminins : d’un côté Mitsuko, revêche qui collectionne les amants, joue les entraîneuses ou se prostitue pour de l’argent sciemment, et adopte un enfant abandonné tout en gardant son indépendance. De l’autre Mme Sato, femme de diplomate, distinguée et conformiste, parfaite représentante de l’épouse japonaise comme il faut. Le thème de l’instinct maternel sera très bien abordé dans tout le roman par ces deux personnages ainsi que la mère de Mitsuko. J’ai également beaucoup apprécié le jeu sur le sens de l’écriture japonaise de certains mots, assez bien expliqué dans le roman. Ainsi, le nom de la librairie Kitô peut signifier Prière, mensonge, arbre de glycine ou Hozuki (fleur japonaise) selon la manière dont il est écrit. Enfin, ce qui m’a intéressée est que l’auteur ne dépeint pas un Japon lisse et parfait : Mitsuko et sa famille sont particuliers avec une grand-mère qui a été en prison, un fils discriminé car il est métis et sourd-muet, et Mitsuko qui fait des choses peu reluisantes pour survivre et ne cherche pas à s’intégrer socialement. Même Mme Sato aura elle aussi des secrets honteux qui cassent son image de femme docile. Le seul défaut que je regrette est sa traduction approximative, parfois proche de l’anglais qui peut déranger la lecture par moments.

Les miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino, éditions Actes Sud

Menu Japon d’aujourd’hui – catégorie Tokyo by night

Résumé : En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain. Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire. La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé. L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Mon avis : Je suis tombée sur ce roman japonais fantastique après avoir la critique d’un ami blogueur qui en faisait l’éloge. Le voyage dans le temps est une thématique que j’apprécie habituellement dans les romans steampunk, aussi j’étais curieuse de découvrir comment elle était exploitée dans une intrigue contemporaine japonaise. Je n’ai pas été déçue ! L’auteur nous embarque dans deux temporalités différentes : celle des années 80 où vivent les gens qui demandent au conseil au propriétaire du bazar, et celle des années 2012 où les trois voyous sont entrés dans le bazar abandonné. L’alternance entre les deux époques est facile à suivre et le roman est très bien construit et dynamique vis à vis de ces bonds temporels. Il nous est présenté toute une galerie de personnages qui se croisent ou évoluent dans le même quartier que le bazar : un musicien qui souhaite être connu, une sportive qui veut renoncer au sport par amour, une femme enceinte de son amant marié, une future carriériste qui veut gagner de l’argent, un ado qui fugue pour survivre à sa famille, un vieux propriétaire de bazar qui retrouve un sens à sa vie en donnant des conseils aux gens, son fils qui s’inquiète pour lui, trois voyous qui viennent de commettre un vol. On y trouve une forme d’entraide communautaire, le besoin de guérir de blessures du passé, la nécessité de trouver quelqu’un sur qui s’appuyer face à un choix complexe, des envies difficiles à concrétiser, des choix compliqués à assumer. C’est un roman qui questionne sur ses choix de vie et qui montre l’évolution de la société japonaise face à des individus qui sortent de la norme. Au final, bon gré mal gré, chacun trouvera sa résolution, même les voyous qui auront joué leur rôle dans l’histoire. Un petit bijou rythmé comme un roman policier et construit comme des nouvelles liées entre elles. A ne pas manquer !

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami, éditions Belfond

Menu Au temps des traditions – catégorie Le temple abandonné

Résumé : Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale. Jusqu’ici, rien que de très banal, le garçon est scrupuleux, il rend toujours ses livres à l’heure. Cette fois, pourtant, c’est d’abord l’employée qui l’envoie dans une salle qu’il ne connaissait pas. C’est un vieil homme, ensuite, qui le mène par les méandres d’un labyrinthe dans ce qui semble bien être une prison. C’est un homme-mouton qui l’y attend, qui aimerait bien l’aider mais qui redoute le pouvoir du gardien des livres.

Mon avis : Dans mon envie de continuer à lire des formats courts, et dans le cadre d’un autre challenge, le Projet Ombre, qui met en valeur les nouvelles, j’ai décidé de lire cette histoire fantastique de Murakami autour d’une étrange bibliothèque. J’avais déjà lu auparavant l’autobiographie de cet auteur Profession Romancier, ainsi que la trilogie 1Q84 et je m’attendais à retrouver cette atmosphère cotonneuse et incompréhensible qui le caractérise. Cela a été le cas mais pas seulement. J’ai eu l’impression d’être dans un rêve inquiétant et grinçant dont la chute, déconcertante, m’a laissée songeuse… au point d’avoir envie de relire la nouvelle pour être sûre de l’avoir bien comprise. Ce jeune garçon enfermé jusqu’à ce qu’il sache par coeur les livres qu’il souhaitait emprunter et qui souhaite s’échapper en oubliant ses chaussures neuves m’a un peu déboussolée. Y avait-il seulement un message derrière cette histoire ? La chute brutale, comme un retour à la réalité m’a fait penser à un rêve qu’aurait pu faire le personnage principal pour échapper à son quotidien trop douloureux. La perte de ses chaussures symboliserait-elle celle de son enfance ? Je me suis inventée bien des histoires à force de voir des significations partout. Toujours est-il que l’auteur m’a bien retournée le cerveau. Peut-être faut-il apprécier le texte juste tel qu’il est ? A côté du texte justement, l’édition Belfond propose les illustrations magnifiques et angoissantes de Kat Menschik qui ajoutent un petit plus à l’histoire. Un joli ouvrage qui interroge…

Birthday girl, Haruki Murakami, éditions Belfond

Résumé : « Je ne vais pas vous offrir quelque chose de matériel. Mon cadeau n’aura rien à voir avec un objet de valeur. En fait, voilà ce que j’aimerais offrir à la merveilleuse fée que vous êtes, mademoiselle. Vous allez faire un voeu. Et je l’exaucerai. Quel qu’il soit. À condition que vous ayez un voeu à formuler. »

Mon avis : Originellement publié dans le recueil Saules aveugles, femmes endormies, cette nouvelle de Murakami mets en scène une ancienne serveuse qui raconte l’histoire de son vingtième anniversaire à un tiers anonyme. Pour cette réédition de Belfond, le texte est accompagné d’illustrations magnifiques et oniriques de Kat Menschik, comme pour l‘Etrange bibliothèque du même auteur. Cette histoire étrange laisse place à l’imagination du lecteur puis le laisse en plan une fois racontée. Quel était donc le voeu formulé par la jeune fille lors de son vingtième anniversaire auprès de ce vieillard étrange qui a réussi à bouleverser sa vie ? Qui était ce vieillard, à part le patron du restaurant pour lequel elle travaillait ? Un récit à la Murakami où une fois de plus, le fantastique fait irruption sans crier gare, vous laissant interrogatif. C’est du moins mon ressenti. Mon imagination s’est en effet emballée : j’ai cherché le voeu de la jeune fille et je me suis même demandée si l’auteur se jouait des gens qui croient au pouvoir des voeux. Car après tout, si l’on y croit assez fort, peut-être que nous ferons inconsciemment en sorte qu’ils se réalisent (du moins, pour ceux où nous avons prise). A méditer.

Quartier lointain, Jirô Taniguchi, éditions Casterman (deux tomes)

Menu Japon d’aujourd’hui – Fly me to Saitama

Résumé : Homme mûr de 40 ans, transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi continue la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

Mon avis : Avec ce roman graphique en deux tomes, j’ai réalisé un bond dans le passé de Hiroshi qui se situe dans le Japon des années 1960, où les évènements de l’Après Deuxième Guerre Mondiale sont encore présents dans l’esprit des japonais. Malheureusement pour lui, c’est l’année où son père a abandonné sa famille. D’abord ravi de revoir sa mère vivante (dans son futur, elle venait de décéder), il va se donner pour mission de découvrir les raisons du départ de son père et s’efforcer de le retenir. Marqué par la perte de son père dans son enfance, il a reproduit adulte inconsciemment son schéma en étant très peu présent pour sa propre famille, préférant fréquenter les bars après le travail plutôt que de rentrer chez lui. Hiroshi va revivre une nouvelle fois son enfance, s’essayer à d’autres choix, saisir des opportunités pour lui et ses camarades proches, guérir de ses blessures. Il se créera une nouvelle adolescence avec des bêtises liées à ses habitudes de quarantenaire. Ses découvertes l’amèneront à se poser des questions sur lui-même, face à la crise de la quarantaine et à tracer sa propre voie de manière plus sereine. Le roman graphique apporte aussi des éléments sur le Japon d’après-guerre et la reconstruction du pays, les drames familiaux, les choix de vie des japonais. Il montre également l’opposition entre la ville et la campagne. C’est l’histoire d’un temps passé mis en valeur par les dessins réalistes de Jirô Taniguchi, parfois proches du documentaire.

A nous deux Paris ! Jean Paul Nishi, éditions Philippe Picquier

Hors Challenge

Résumé : Quand un jeune Japonais découvre dans ses pérégrinations humoristiques et ironiques les travers de la vie parisienne. Il scrute et déchiffre en images notre quotidien dans ses moindres détails, comme le ferait un Florent Chavouet à Tokyo, et apprend à ses risques et périls les charmes de la France que nous découvrons dans ce livre comme dans un miroir.

Mon avis : Je n’avais pas prévu de lire cette BD car elle se situe hors challenge, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. A nous deux Paris, ce sont des petites scènes du quotidien de l’auteur, alors mangaka japonais débutant, lors de son année en France. Venu à l’origine pour travailler dans sa branche et découvrir le format franco-belge, il va finir dans une épicerie asiatique alors qu’il ne parle pas français. Autant dire que cela commence mal ! Parfois drôles, parfois curieuses, ses réflexions sur les différences culturelles entre notre pays et le sien font souvent réfléchir. Quelques histoires se démarquent comme le fait qu’il n’a pas les bons codes pour draguer des filles françaises, ce qui se traduit par des bides complets. Sa visite d’une convention française sur le Japon est aussi intéressante quand il est confronté à des français habillés en cosplay ou en écolières, ou à l’inverse quand des français sont éberlués que ce japonais ne connaissent pas le jeu de go. On apprend que la sauce soja est une invention pour les occidentaux car elle n’existe pas au Japon, tout comme l’absence d’assistants mangakas en France alors qu’ils sont légion au pays du soleil levant. On rit devant les français amoureux du Japon qui le stalkent et essaient de lui parler japonais, ou quand Jean-Paul essaie de comprendre comment fonctionne la bise française. Le pompon restera pour moi l’attitude des japonaises quand elles viennent à Paris : émerveillées ou déçue par la capitale, prenant l’appartement de Jean-Paul pour un hôtel avant de repartir chargées de cadeaux pour leurs amis. Une petite pépite à découvrir pour porter un autre regard sur notre pays, par un japonais malgré tout curieux de notre culture.

Et vous ? Où en êtes-vous dans ce challenge ?

Avez-vous lu un des livres dont je vous ai parlé dans cet article ?

Dites-moi tout en commentaire ! 🙂

Sauce soja et Onigiri,

A.Chatterton

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Noël et Préjugés, recueil de nouvelles par la TeamRomCom, éditions Charleston

Noël est loin, mais j’avais envie de lecture légère et amusante. Cela tombe bien, ce recueil de nouvelles parle de romance, de Noël, avec de l’humour et surtout une petite référence à Jane Austen. Après avoir fait partie de ma PAL pour le Hohohochallenge, je le réutilise pour celle du ProjetOmbre. Machiavélique, moi ? Jamais ! 🙂

Résumé général du recueil: Noël, cette fête qu’on adore détester ou qu’on déteste adorer ! Réunion familiale ou tête-à-tête ratés, de Paris à New-York en passant par l’Italie, on peut y vivre des crush ou des clash, qu’importe ! Et si la figure tutélaire de Jane Austen vient y apporter sa petite touche de magie pour faire basculer les situations les plus inextricables, l’esprit de Noël promet d’être au rendez-vous !

Mon avis général :

Ce recueil comprend six nouvelles sur le thème de Noël et de Jane Austen. Chaque nouvelle est une romance, avec la rencontre d’un couple qui finit plus ou moins ensemble. Le fil conducteur est le roman Orgueil et Préjugés que l’on retrouve dans chaque histoire comme un clin d’oeil.

Les nouvelles sont écrites par un collectif de six auteures chez les éditions Charleston, surnommé La TeamRomCom. Il est composé de Marie Vareille, Isabelle Alexis, Sophie Henrionnet, Marianne Levy,Tonie Behar et Adèle Bréau. Chacune a son style propre. Elles s’associent dans le cadre de ce recueil, telle une équipe de choc de la romance et c’est plutôt réussi.

Afin de réaliser cette chronique de manière plus poussée, je vais aborder chaque nouvelle avec son résumé et mon avis dessus.

Comme une princesse Disney, Tonie Behar

Résumé : Eva est fan de Disney. Bien dans sa peau malgré quelques kilos en trop, elle travaille dans le marketing et l’événementiel. Sa soeur Juliette lui offre de passer Noël dans un château de contes de fées. Un cadeau de rêve ? Pas si sûr ! C’est un programme de détox et jeûne en groupe! Avec l’équipe des stagiaires aux profils farfelus, elle va rencontrer le propriétaire du château : un homme des cavernes aussi canon que malpoli. Mais son impolitesse cache autrechose…

Avis : Une nouvelle pétillante qui met à mal les programmes minceurs avec Eva, une héroïne fière de ses rondeurs, et au caractère bien trempé. L’auteure passe en revue les stagiaires en mal de régime en nous présentant des cas criants de vérité ou juste amusants : la bande de copine ultra mince et branchée, un couple de babas cools, un ancien punk, une femme qui veut maigrir avant d’aller au mariage de son ex… La coach du stage est une naturopathe un peu perchée qui prône plein d’idées détox mais toujours bienveillante. On nous présente aussi un château digne des contes de fées dans un décor sauvage de rêve, que je n’arriverais pas à situer dans la réalité. Daniel, le prince charmant préfère la compagnie des animaux aux humains, et dispose d’un orgueil rappelant celui de Darcy. La rencontre entre Eva et Daniel fera des étincelles, rappelant l’intrigue d’Orgueil et Préjugés, le livre de chevet d’Eva. Une nouvelle amusante, quoiqu’à l’intrigue un peu convenue.

L’hôtel des Monts enneigés, Marie Vareille

Résumé : Cassandra, célibataire de 28 ans et architecte, vient de perdre son job le jour de la fête de Noël de son bureau. Le lendemain, clouée au lit par une gueule de bois carabinée, elle voit débarquer sa mère, une célèbre journaliste de magazine féminin à qui tout réussit. Christine a décidé de fêter Noël avec sa fille, mais connaissant sa mère, Cassandra découvre rapidement qu’elle est un choix par défaut. En effet, sa mère s’est faite plaquer par son petit-ami et ne veut pas être seule pendant les fêtes. Après une dispute, Christine part en lui laissant son cadeau de Noël : des billets pour un séjour dans un hôtel de luxe de Haute-Savoie, dans une ville où Cassandra a passé son enfance. La jeune femme décide de profiter du cadeau, même si elle redoute de retourner sur place à cause d’un amour déçu. De fil en aiguille, elle va retrouver son ancien amoureux et peut-être guérir certaines blessures.

Avis : Une nouvelle centrée une histoire de coeur brisé pour des raisons stupides et une famille dysfonctionnelle. L’auteure a particulièrement soigné la personnalité toxique de Christine, plus centrée sur son succès et sa carrière que la vie de sa fille. On découvre une héroïne qui a refusé très tôt de chercher l’amour à cause d’une grave déception amoureuse, mais aussi parce qu’elle ne trouve pas d’exemple de stabilité dans sa propre famille. J’ai trouvé touchant les passages sur la relation de Cassandra avec Alexandre au lycée, et totalement hilarant le comportement de la jeune fille pour l’éviter dans l’Hôtel. On en profite pour visiter allègrement un Hôtel/chalet de montagne de luxe avec tous les clichés associés pendant la période de Noël : pâtisseries, musique, décorations, neige, etc… La nouvelle se termine sur une note très positive dans « l’esprit de Noël » qui réchauffe le coeur.

Le manoir des Wilfried, Isabelle Alexis

Résumé : 24 décembre, Lisa est sur le divan de sa psy en urgence car ce soir, elle va retrouver un amour perdu. Elle lui raconte comment tout est arrivé : voisine de la famille Wilfried, des membres de l’aristocratie, elle s’était liée dès l’enfance avec les deux fils Nicolas et Maxime. A l’adolescence, elle s’était éprise de Maxime avec qui elle avait toujours été liée, mais suite à un grave accident affectant son cerveau, celui-ci oublie tout de leur histoire. Bon gré mal gré, Lisa se marie avec le frère de Maxime, Nicolas, par sécurité mais aussi pour continuer à faire partie de la famille et espérer que Maxime retrouve la mémoire…

Avis : Le récit de Lisa est hilarant quand elle évoque sa double personnalité entre Fée ministe et princesse Duduche, tandis que sa psy ne l’écoute pas, ce qui vient contrebalancer les événements plus sombres comme l’accident de Maxime. C’est une histoire d’amour contrariée que nous propose Isabelle Alexis, opposant raison et passion, avec un amoureux qui a des soucis d’alcool, plutôt tête brûlée et surtout présent mais sans mémoire. La situation est atroce pour Lisa qui s’efforce de l’oublier sans y parvenir. Une nouvelle qui nous emmène dans un manoir du Calvados en Normandie, sur plusieurs Noëls se succèdent auprès d’une famille assez particulière.

Love Coach, Sophie Henrionnet

Résumé : C’est la semaine précédant Noël et Vincent se retrouve malgré lui à jouer les baby-sitter pour sa soeur, en gardant ses deux neveux Oscar et Tim, alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite-amie et que son coloc déménage. Adulescent et Freelance, Vincent a des difficultés à assumer ses responsabilités et surtout est très nul en drague. Son neveu Tim, âgé de 14 ans a décidé de le coacher car son oncle est bien décidé à récupérer son ex, malgré tout ce qu’en pense sa famille. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu…

Avis : C’est une nouvelle originale que nous propose Sophie Henrionnet, avec un héros au lieu d’une héroïne et surtout une rencontre amoureuse vue par un garçon pas très doué. De messages sur Whatsapp en méthodes de coach en séduction, on suivra le parcours du parfait séducteur malgré lui, même si au bout du compte la dulcinée n’est pas celle que l’on croit. J’ai trouvé Tim hilarant dans son rôle de coach et plutôt mature pour son âge, à côté d’un Vincent largué dans ses relations amoureuses (comme avec sa soeur qui le mène par le bout du nez), mais dont l’attitude sonne pourtant juste. On dirait un addict à l’amour qui ne peut s’empêcher de répondre aux messages de son ex pour espérer gagner son attention. Une nouvelle qui sort de l’ordinaire et évoque la vérité des relations amoureuses de notre époque, où parfois le prince charmant n’est pas sûr de lui et la princesse pas si gracieuse. Le final ? Un Noël en famille comme on les aime et un dénouement inattendu.

Nuit blanche au magasin de jouets, Adèle Bréau

Résumé : Le soir du réveillon, Lara se retrouve enfermée dans le magasin de jouet dans lequel elle travaille après avoir perdu les clés de l’entrée. La situation s’avère encore pire quand elle découvre qu’elle n’est pas seule : son boss, Matthieu, qu’elle déteste, s’est fait enfermer aussi. C’est le début d’une longue nuit qui commence…

Avis : Nous voici plongés dans l’univers des magasins de jouets de Noël et de la course aux cadeaux de dernière minute. Lara est passionnée par son travail de vendeuses de jouets, Matthieu prend son travail de manager plutôt à coeur, malgré les heurts que cela cause dans l’équipe. Son attitude hautaine et ses remarques sarcastiques agacent particulièrement Lara qui passe son temps à lui renvoyer des piques. Leur enfermement forcé vont les obliger à communiquer normalement et à mieux se connaître. Une nouvelle assez classique dans sa construction, qui fait écho à l’intrigue d’Orgueils et préjugés, et dont la fin m’a semblée un peu abrupte.

Amour, tempête et best-seller, Marianne Levy

Résumé : Soir de Noël, au lieu de prendre l’avion pour le Mexique afin de rejoindre sa meilleure amie et agent Kate, Charlotte est coincée chez elle à New York, en pleine tempête de neige, pour finir d’écrire son nouveau best-seller censé partir chez son éditeur avant minuit. Le hic ? Charlotte écrit des romans d’aventures se déroulant dans des pays étrangers où elle ne mets jamais les pieds car elle a la phobie des voyages. Avec la tempête, sa connexion internet est décédée et elle ne peut pas vérifier certains faits dans son récit qui se déroule en Alaska. Kate lui envoie quelqu’un pour l’aider, mais elle n’a pas précisé qui ni comment il allait l’aider…

Avis : Un récit un peu fantaisiste où Google Home s’appelle Arnold et agit un peu comme un humain, et où la maladie du writingholic existe (= passer son temps à écrire). Si certains passages sont amusants comme le concours de lasagnes des voisines de Charlotte, où l’identité de son sauveur, j’ai profondément détesté le personnage principal que j’ai trouvé fatigante à suivre. Le récit reprend aussi quelques éléments de style que l’on retrouve dans Bridget Jones comme compter ses points d’énergie ou de crédibilité. Néanmoins, j’ai trouvé judicieux un message glissé par l’auteure à travers son héroïne : au fond, toutes les romances actuelles sont des copies de Jane Austen…

En conclusion : Un recueil de Noël qui fleure bon les fêtes de Noël et vous incite à croire à l’amour. Les styles des auteures de la TeamRomCom se marient à merveille et nous font ressusciter l’intrigue d’Orgueil et Préjugés à la sauce moderne. Un pur moment de détente et d’humour.

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Contes et légendes du Paris des Merveilles, Pierre Pevel et d’autres auteurs, éditions Bragelonne

Lu dans le cadre du Projet Ombre pour mettre en avant le genre de la nouvelle, mais aussi dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk #1 en lien avec la magie et le steampunk, je me suis régalée avec ce recueil de nouvelles consacré à l’univers d’Ambremer créé par Pierre Pevel. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé du recueil : « Bienvenue dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre… et qui, désormais, n’appartient plus seulement à votre serviteur. Dans ce recueil, vous découvrirez six nouvelles situées dans le monde du Paris des Merveilles. Je suis l’auteur de deux d’entre elles, les quatre autres étant l’oeuvre de jeunes plumes – parfois débutantes mais toujours talentueuses – qui se sont approprié l’univers d’Isabel, Griffont et Azincourt pour, je l’espère, votre plus grand plaisir…  » Pierre Pevel

Mon avis sur le recueil :

Ce recueil est composé de 6 nouvelles autour de l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel. Il comprend deux nouvelles originales de l’auteur et 4 autres d’auteurs différents sélectionnés lors d’un appel à textes par l’éditeur Bragelonne. Même si les autres auteurs ont chacun leur style, on sent une grande cohérence dans ce recueil, comme si Pierre Pevel se cachait derrière eux. L’imagination de Catherine Loiseau, Sylvie Poulain, Benjamin Lupu et Bénédicte Vizier est prolifique : ils ont réussi à étendre l’univers d’Ambremer ou à développer des personnages déjà présents dans la trilogie originale. Ce recueil est un vrai petit bijou fait par des fans et pour des fans de Pierre Pevel.

Afin de mieux évoquer chaque nouvelle, je vais à chaque fois réaliser un petit résumé avant de donner mon avis. Comme il n’y en a que 6, ce sera plus simple que pour certains recueils.

Veni, Vidi, V… de Pierre Pevel ( Une aventure d’Isabel de Saint-Gil et Louis Denizart Hippolyte Griffont)

Résumé : Un soir d’orage magique, Isabel de Saint-Gil voit débarquer chez elle un félin ailé mécanique doué de vie mais en piteux état. Bien décidée à ne pas le laisser mourir et surtout intriguée par l’existence même du chat (ce type d’automate vivant n’existe pas à Ambremer), elle fait appel aux services de son cher mage Louis Griffont. L’aventure les mènera bien plus loin qu’on ne le pense…

Avis : Une nouvelle à l’intrigue bien menée où l’on retrouve l’éternel duo Saint-Gil/Griffont et le ton espiègle de l’auteur. Le mystère du chat ailé, invention fort steampunk, est passionnante à suivre. On notera au passage la rencontre avec un personnage historique important revisité façon charmeur, qui causera une petite crise de jalousie de la part de Griffont. Ainsi que la découverte d’un gnome-mage inventeur, créature inédite dans l’univers d’Ambremer.

L’urne de Râ, Catherine Loiseau

Résumé : Gabrielle Châtelet, jeune fille de bonne famille visite une exposition dédiée à l’Egypte Antique au musée du Louvre, accompagnée de sa famille et de sa gouvernante Suzanne Roc Peregrine de la Touche, quand dans une salle consacrée à des urnes funéraires, elle se fait agresser par un homme mystérieux. Suzanne intervient en utilisant son épingle à cheveux qui n’est autre qu’une baguette magique afin de protéger la jeune fille. C’est ainsi que Gabrielle découvre que sa gouvernante est une magicienne retirée du Cercle de Cyan suite à des déconvenues personnelles. Mais aussi que l’une des urnes égyptiennes de l’exposition est convoitée par l’homme et que des gardiens sont morts dans la salle où elle est entreposée. Gabrielle va embarquer Suzanne malgré ses protestations dans une enquête aux ramifications fort égyptiennes…

Avis : C’est la nouvelle que j’ai le moins aimé dans le recueil, à cause de son style et de quelques longueurs. Néanmoins, elle aborde des sujets importants que l’on retrouve dans l’univers de Pevel : le sexisme dont les femmes magiciennes sont victimes à l’intérieur de leur propre cercle de magie, le destin tout tracé des jeunes filles destinées au mariage, les mauvais côtés des cercles de magie en général. Une jolie histoire empreinte de féminisme qui flirte avec la mythologie égyptienne.

Les Révoltés d’Argecimes, Sylvie Poulain

Résumé : C’est le jour de l’inauguration d’une voie aérienne entre Paris et Ambremer. A cette occasion, une course d’aéronefs est organisée à Issy-Les-Moulineaux mais l’évènement tourne vite au drame. Elisabeth d’Arbois, magicienne du cercle de Cyan et aviatrice participant à la course, se voit plongée dans une enquête mêlant attentat terroriste et Histoire des guerres d’Ambremer contre les dragons.

Avis : C’est une nouvelle très intéressante à plusieurs points de vue que nous propose Sylvie Poulain. Elle aborde, comme Catherine Loiseau, le côté sexiste des cercles de mages parisiens, avec Elisabeth plus ou moins aidée dans son enquête car elle est une femme. Mais elle invente surtout une histoire autour des elfes d’Ambremer et pour certains leur exil chez les humains, dévoilant ainsi un pan de l’univers complètement inédit. Les thèmes du terrorisme et du racisme anti-êtres magiques et sa réciprocité anti-humain que l’on trouve dans l’oeuvre originale de Pevel sont aussi mis en avant. Elisabeth, comme Pevel nous fait voyager dans Paris de manière très juste, allant d’Issy à l’hôpital du Val de Grâce, pour finir aux Buttes de Montmartre. Une belle balade parisienne avec une fin touchante. C’est ma nouvelle préférée du recueil.

Les Portes de l’Outre-monde, Benjamin Lupu

Résumé : Louis Griffont est engagé par la compagne du sculpteur Rodin pour l’aider à sortir de sa folie créatrice. En effet, Rodin a décidé de reproduire une oeuvre détruite des années auparavant lors d’un attentat anti-magie : les portes de l’Outre-monde, censée sceller l’amitié entre Ambremer et les humains. En allant inspecter l’artiste et sa maison, le mage découvre plusieurs éléments perturbants : le sculpteur agit de manière bizarre et psychotique, l’ensemble de ses domestiques ont disparu, et surtout la plupart de ses sculptures semblent vivantes…

Avis : Cette nouvelle enquête va nous plonger dans une partie de l’univers jusque là peu étudiée : le Mouvement féériste. Benjamin Lupu nous dévoile une nouvelle manière de créer pour les artistes, en utilisant la magie, suite à l’arrivée d’Ambremer chez les humains. Malheureusement, cela ne sera pas sans conséquences : à nouveau, les cellules terroristes anti-magie sont abordées, et pire, cet art où tout semble vivant, sera conspué par une partie de la communauté artistique humaine. On retrouvera d’ailleurs Edmond Falissière, ambassadeur humain auprès de la cour d’Ambremer, reconverti en spécialiste d’Art féérique qui fera les frais de cette inimitié anti-magique. Un récit innovant vis à vis de l’oeuvre originale de Pevel qui étoffe davantage son univers.

Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin, Bénédicte Vizier

Résumé : Etienne Tiflaux, changelin (ou métamorphe), a quitté la police pour lancer son cabinet de détective, suite à ses déconvenues dans Le Royaume Immobile de Pierre Pevel. Il se voit confier une enquête qui pourrait bien lancer sa carrière : retrouver la fille disparue d’un magicien du cercle d’Or. Mais la tâche n’est pas facile d’autant que Sergej Lukowski lui cache bien des secrets. Une aventure qui mêlera magie, sciences et romance.

Avis : Bénédicte Vizier a eu le génie de faire évoluer un personnage déjà évoqué chez Pierre Pevel qui a décidé de devenir détective, sans que l’on en sache plus dans le Royaume Immobile. Pari réussi ! Le changelin, dont la famille a toujours été dans les arts du spectacle, a décidé d’utiliser ses talents de camouflage et son flair infaillible pour les mettre au service d’enquêtes privées. Ici, il sera question de la disparition de la fille d’un mage qui étudie les sciences à l’université (avec le progressisme que cela apporte vis à vis de la Belle-Epoque, et ses revers sexistes). Tiflaux fera face à la folie d’un personnage obsédé par la création d’une machine mêlant sciences et magie, et rencontrera une figure historique très connue. Une enquête aux ramifications surprenantes qui interroge les limites de la magie et de l’amour. (Je ne peux pas trop en dévoiler sans vous spoiler l’histoire).

Sous les ponts de Paris, Pierre Pevel

Résumé : Saviez-vous que sous chaque pont de Paris vivait un troll et que depuis longtemps, ils assuraient la solidité du pont en échange d’un droit de passage ? Dans cette histoire, le mage Griffont et la Baronne de Saint Gil joueront les conciliateurs auprès de l’ensemble des trolls des ponts de Paris pour que les humains comme les êtres magiques s’arrogent de leur quittance de passage qu’ils ont bien des difficultés à obtenir.

Avis : Cette nouvelle est tout simplement fabuleuse. On y retrouve le génie et l’imagination délirante de Pierre Pevel qui s’amuse à inventer des types de trolls en fonction de l’Histoire de chaque pont. Derrière, on sent un travail historique important, mais aussi l’envie d’ajouter une touche de féérie à notre quotidien. A l’issue de la réunion des trolls, les actions proposées par Isabel de Saint Gil seront hilarantes. J’ai passé un excellent moment avec cette histoire bourrée d’espièglerie, qui tacle au passage les services d’administration et les grèves parisiennes.

En conclusion : Une anthologie de nouvelles très bien menée qui nous dévoile un peu plus l’univers du Paris des Merveilles par des lecteurs assidus de la trilogie. Pierre Pevel comme les autres auteurs du recueil, a le don de nous apporter un peu de magie et de steampunk dans notre réalité quotidienne et cela fait du bien.