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Le Roi des Aulnes, Nixi Turner contre les Croquemitaines T5, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Un dernier tome de saga centré sur la maltraitance infantile qui ne m’a pas laissée indifférente…

Résumé : Nixi doit affronter son ennemi, le Roi des Aulnes, mais elle ne sait pas que quelqu’un l’espionne. Tous les élèves pensent que Jennifer est folle, cependant l’adolescente est loin d’être bête et a vite compris que Nixi n est pas une fille comme les autres. Depuis la rentrée, des choses étranges se produisent et Jennifer compte bien découvrir toute la vérité.

Mon avis :

Jennifer, folle à lier ou fille intelligente ?

Dans cet opus, le Scooby Gang (ou les Thérioctones comme dirait Hugo) va venir en aide à Jennifer, la tarée de la classe que l’on aperçoit depuis le début du tome 1, entre deux crises. Cette dernière sent que quelque chose ne tourne pas rond chez son père, qui la bat depuis le départ de sa mère et a sombré dans l’alcoolisme.

L’auteur nous décrit avec justesse la culpabilité de la jeune fille et sa difficulté à demander de l’aide au départ. Elle pense que si son père la bat, c’est parce qu’elle a des crises de folie. Donc, que c’est de sa faute. Elle cache ses bleus sous du maquillage, une frange qui lui mange le visage et des pulls informes. Elle a posé un verrou sur la porte de sa chambre. Elle ment à son thérapeute sur les raisons de sa frayeur, comme si les mots restaient bloqués en elle. Et chaque soir, quand elle rentre un peu tard, elle tremble de peur à l’idée que le monstre habitant chez elle se réveille et vienne la frapper.

Malgré sa détresse, c’est une jeune fille attentive et intelligente qui essaie de s’en sortir. Elle a compris plus ou moins ce que Nixi faisait avec la bande et va se rapprocher d’eux. Elle deviendra l’élément intelligent dont ils ont parfois besoin et trouvera parfaitement sa place chez les Thérioctones.

Un dernier croquemitaine difficile à éliminer

Le dernier combat avec le Marchand de Sable a laissé Nixi blessée et affaiblie. Les Enfers sont figés dans la glace à cause de l’intervention de Chora dans le tome 4. La Chasseuse de croquemitaine ne part pas gagnante et aura plus que jamais besoin de l’aide de ses amis pour réussir sa mission.

Par ailleurs, le dernier croquemitaine, le Roi des Aulnes, est présenté comme le chef des monstres et très difficile à tuer. Si nous étions dans un jeu vidéo, je dirais que c’est le boss de fin. Il réservera deux ou trois surprises à la bande qui pimentent le récit et que personnellement, je n’ai pas vu du tout venir.

Le côté humain de Nixi atteindra son apogée dans ce dernier tome : elle aura peur de mourir ou que ses amis meurent par sa faute. Un choix sera à faire pour détruire le Roi des Aulnes et il ne sera pas facile. Mais le naturel reprendra vite le dessus : d’abord on tape, et après on réfléchit. La méthode bourrin de Nixi face au danger…

On notera une grosse référence à la série Buffy contre les vampires, plus présente que dans les autres tomes, autour du personnage de Nixi et de son rôle réel aux Enfers. Mais je n’en dirai pas plus pour éviter de vous spoiler un des rebondissements.

Quelques bémols (attention Spoilers)

Si ce tome a le mérite de bien terminer la saga de Nixi Turner, j’ai noté quelques détails qui m’ont fait moins accrocher au récit vis à vis des tomes précédents.

Tout d’abord, j’aurais apprécié que la maltraitance dont est victime Jennifer soit un peu plus développée. On sait peu de choses concernant son père, ce qui lui est arrivé et son état dépressif/alcoolique. Est-ce que la jeune fille est battue tous les jours ? Pourquoi n’appelle-t-elle pas sa mère ? J’ai l’impression que l’on esquisse ici le problème, peut-être par pudeur envers les jeunes lecteurs. Et je n’ai pas compris d’où provenaient les crises de la jeune fille. Sont-elles liées au croquemitaines s’il a pris possession de son père ?

J’aurais bien aimé rencontrer Hadès, le père de Nixi dont on entend parler, mais que l’on jamais. Je m’attendais à un final avec le Dieu des morts apparaissant miraculeusement, mais il n’en a rien été. Je suis un peu déçue à ce niveau. L’auteur a préféré mettre en avant les enfants en tant que héros, plutôt que les adultes, et je reconnais là un choix d’écriture vis à vis de son public cible.

Enfin, les répétitions de certaines situations, comme les dialogues improbables entre les collégiens lors de moments de danger manquaient de nouveauté. C’était amusant mais redondant. Cela a été compensé par les multiples rebondissements finaux, mais je reste sur ma faim malgré tout.

En conclusion : Une fin soignée, aux rebondissements imprévus, qui met en avant le courage des personnages principaux devant l’adversité. On trouvera également pour ce dernier tome la thématique de la maltraitance infantile qui est abordée avec finesse mais pas assez développée à mon goût. Une bonne fin de saga parfaitement adaptée à un jeune public, mais peut-être pas assez développée pour un adulte.

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Le marchand de sable, Nixi Turner contre les Croquemitaines T4, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Retour à Gustave-Caillebotte où Kylian essaie de se rapprocher du Scooby Gang, attiré par la gothique Chora. Un tome qui laisse voir un autre visage du tortionnaire-harceleur de la classe, en lien avec l’adoption. Une lecture agréable et fine dans la psychologie du personnage que j’ai beaucoup appréciée.

Résumé : Kylian aimerait bien rejoindre la bande de Nixi, mais il se rend compte que cela risque d’être compliqué après tout le mal qu’il leur a fait. Il faut dire que pour lui, c’est plus facile de frapper et d’injurier que de se livrer à cœur ouvert. Quand sa mère biologique le contacte, il voit là l’occasion d’être enfin aimé et accepté comme il est.

Mon avis :

Quand le gros dur tombe le masque

Le quatrième tome est centré sur le personnage de Kylian, harceleur d’Hugo et de Nawel dans le premier tome de la série, qui commence à fréquenter le groupe par le biais de Chora. Car le jeune ado en pince pour la miss gothique du Scooby Gang et aimerait percer les mystères qui entourent Nixi…

On découvre un jeune garçon sensible et intelligent malgré son masque de tortionnaire, qui souffre de l’absence de sa mère biologique. Enfant adopté, il est élevé par deux pères homosexuels, avec qui il se sent en décalage car ils sont plus âgés que les parents de ses camarades. Malgré leur amour, il n’arrive pas à combler le vide qu’il ressent en lui, rattaché au fait de ne rien connaître de sa mère.

Son attitude de rebelle va peu à peu s’effacer grâce à l’amour de Chora. Mais les deux ados vont avoir du mal à se comprendre et à se faire confiance… Et la rencontre avec la mère biologique du jeune garçon ne va pas arranger les choses.

Fabien Clavel nous donne à voir un personnage complexe qui prouve que derrière une façade de monstre peut se cacher quelqu’un en manque de contact et d’amour. Kylian éprouve des difficultés à exprimer ses émotions et a peur de l’abandon. Nouer une relation avec Chora va s’avérer compliqué, car même s’il y met beaucoup de bonne volonté, il restera sur la défensive.

Un croquemitaine doué pour la manipulation

Dans ce nouvel opus, le Scooby Gang se rend compte que le secret de l’identité de Nixi est dévoilé et qu’elle est en danger vis à vis de sa mission. Cela donnera lieu à une enquête autour de Jennifer, la cinglée de la classe, qui agit vraiment de façon bizarre…

Le groupe aura aussi affaire à un croquemitaine rusé : le marchand de sable. Il aura recours au mensonge et à la manipulation afin d’atteindre Nixi. La tueuse passera pour un monstre destructeur de familles et le marchand de sable pour un saint. Il faudra toute l’énergie et l’intelligence du groupe pour en venir à bout, et cela ne sera pas aussi facile que prévu car des sentiments entreront en jeu.

A travers ce renversement de situation, on sent que l’auteur essaie de donner une humanité aux monstres malgré leurs mauvaises actions et de faire douter son héroïne. Il est peu courant de se retrouver dans ce cas de figure. Cela apporte au récit un côté non manichéen très intéressant à étudier, même si au final, le monstre reste le méchant de l’histoire.

En conclusion : Un quatrième tome moins centré sur le croquemitaine et sa représentation que sur le personnage de Kylian, la grosse brute en manque d’amour. Fabien Clavel réussit à nous faire ressentir le désarroi d’un enfant adopté qui a tout pour être heureux mais n’arrive pas à trouver le bonheur. Et c’est plutôt réussi.

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Moi, le Minotaure, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

Premier tome de la collection « La mythologie vue par les monstres », ce récit raconté par la créature mythique m’a apporté un regard différent sur la légende de Thésée.Voici mon retour sur le Minotaure alias le prince Astérios de Crète…

Résumé : Je suis Astérios, Prince de Crète. Je vis dans un grand palais et mon lit est en or. Mais tout le monde me fuit ! Je viens de découvrir ma véritable apparence : celle d’un enfant à tête de taureau ! On m’appelle désormais le Minotaure. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

Où comment naquit le Minotaure…

L’auteure part aux origines du mythe en commençant par l’enfance du monstre afin de nous expliquer comment il est devenu le célèbre Minotaure assoiffé de sang.

Ainsi, nous faisons connaissance avec Astérios, Prince de Crète, fils du Roi Minos et de la Reine Pasiphaé. L’enfant grandit dans la solitude la plus totale, servi par une vieille domestique, rejeté par sa famille sans qu’il sache pourquoi. Ses soeurs Arianne et Phèdre trouvent toujours des prétextes pour l’éviter, sa mère ne lui rend presque jamais visite et tous les domestiques du Palais le fuient.

L’adolescence arrivant, le jeune Prince force les choses et tente de se rapprocher de sa mère pour une banale activité de filage de laine. Mais il surprend une conversation qui le fait douter de sa nature. Il faudra qu’il voit son reflet dans un étang pour comprendre qu’il est différent des autres.

De là, l’enfant cherchera des réponses : qui l’a transformé ? Est-il né ainsi ? Pourquoi le Roi ne veut pas qu’il l’appelle Père et reste froid avec lui ? Pourquoi sa mère, qui semble l’aimer, le fuit ou pleure à sa vue ?

De fil en aiguille, il remontera le fil de l’histoire de ses origines, jusqu’au moment où il est enfermé dans le Labyrinthe : un palais qu’il prendra au départ pour sa nouvelle maison, construite à la demande du Roi, afin de le couronner comme descendant légitime.

Sylvie Baussier introduit quelques éléments fictionnels dans le récit de l’enfance du monstre, mais c’est pour mieux comprendre ce qu’il endure. Elle réalise avec brio l’introspection profonde de l’enfant, dérouté par le comportement des adultes, et qui cherche profondément à se faire aimer des autres. Elle explique aussi brillamment la folie qui s’empare de cet être, à force de solitude et de privations, au sein du labyrinthe, le transformant en monstre.

Monstre ou victime ?

Souvent, dans la mythologie grecque, les enfants paient pour les erreurs de leurs parents. Et c’est ce qui est arrivé au jeune Prince, victime de l’orgueil du Roi Minos.

Tout l’enjeu de cette histoire est qu’Astérios est le fruit d’une erreur du Roi et de la Reine, qu’ils ne peuvent effacer. Son existence leur rappelle cette erreur chaque jour, et la honte qu’elle occasionne, alors que le Prince n’y est pour rien.

Si Minos avait sacrifié comme prévu le taureau envoyé par les Dieux, Poséïdon n’aurait pas insufflé à Pasiphaé de l’amour pour cette bête et le prince ne serait pas né avec des cornes. Minos regrette ce sacrifice manqué et cache son enfant bâtard et difforme car il en a honte. Pasiphaé aime son fils mais elle est faible devant le Roi et ne peut le protéger de sa fureur.

Peut-être que l’histoire du Minotaure aurait été différente s’il avait été accepté pour ce qu’il est et non l’erreur qu’il représente. Ou qu’il ne serait pas né difforme si le Roi avait été moins orgueilleux avec les dieux.

A force d’acharnement contre lui, il est normal que l’enfant, devenu adulte, s’en prenne au monde entier et laisse éclater sa fureur. La description de son enfermement solitaire dans le labyrinthe et la privation de nourriture pour le pousser à manger des humains est particulièrement atroce et pourrait rendre fou n’importe qui. Quoi de plus étonnant qu’il attende la mort comme une délivrance ?

Une partie documentaire très complète

En plus de l’histoire du Minotaure, qui fait une centaine de pages, le roman est accompagné d’une partie documentaire sur la Crète, les origines du Labyrinthe à travers le Palais de Cnossos, les tributs de guerre, les différentes versions de la naissance du monstre et un quizz sur le récit pour tester ses connaissances.

Cette partie documentaire est très intéressante et très simple, mais apporte les éléments essentiels pour compléter l’histoire. Elle conviendra parfaitement aux enfants à partir de 10 ans.

L’auteure explique également sa démarche, ses sources pour écrire le récit et ses choix de récit par rapport à l’histoire initiale. Car il y a peu de récits sur l’enfance du Minotaure, mais beaucoup plus sur son origine et sa rencontre avec Thésée !

J’ai trouvé cette initiative très intéressante, car nous avons souvent affaire aux récits présentant la version « finale » des monstres et la manière dont ils sont tués, mais très peu sur comment ils ont vécu leur difformité et se sont construits. En ce sens, le récit prend une tournure assez moderne car les monstres pourraient être métaphoriquement des criminels, nous expliquant le moment de basculement de leur humanité vers leur monstruosité. Mais je m’avance peut-être un peu…

Pour avoir lu et chroniqué Moi, Ligia, Sirène de la même auteure, je vous conseille de commencer la collection par le récit du Minotaure. L’histoire est beaucoup plus prenante et intéressante, à mon sens.

En conclusion : Un récit court mais riche, qui nous dévoile avec finesse la psychologie du Minotaure et comment s’est construit son mythe. Sylvie Baussier nous invite à rendre à la bête son humanité et nous fait réfléchir sur le véritable monstre de cette histoire. Elle réussit à apporter une touche de modernité à ce récit millénaire. Et c’est une vraie réussite !

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Moi, Ligia, Sirène, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

« La mythologie vue par les monstres », c’est la nouvelle collection lancée par Scrineo pour un public jeunesse amateur de mythologie grecque. J’ai voulu essayer ce concept innovant et original avec beaucoup d’enthousiasme et j’ai tenté ma chance avec l’histoire de Ligia la sirène, le deuxième titre de la collection après Moi, le Minotaure…

Résumé : Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

L’Histoire des sirènes, par les sirènes

Pour peu qu’on se souvienne de nos cours de mythologie de collège, les sirènes sont des créatures à corps d’oiseau (et non de poisson) et visage de femme que croisent Ulysse lors de son retour à Ithaque, ainsi que les Argonautes pendant leur voyage. De nature cruelle, elles charment les humains par leur chant mélodieux et les attirent dans l’eau pour se noyer. Elles se repaissent ensuite de leur chair et attendent le prochain bateau pour recommencer.

Ici, il sera question de ces sirènes, mais surtout de deux en particulier : les soeurs Ligia et Leucosia. Jeunes filles insouciantes, enfants du Fleuve Acheloos et de la Muse Melpomène, elles sont transformées en sirènes par la déesse Démeter pour les punir de ne pas avoir retrouvé sa fille Coré, enlevée par Hadès. Accrochées à un repaire rocheux en mer dont elles sont plus ou moins prisonnières, elles vivent désormais leur destin cruel de monstres en se remémorant avec nostalgie leur passé.

Un monstre ou une victime ?

Dans ce court roman de 100 pages, Ligia nous raconte ses malheurs quotidiens, ses souvenirs joyeux d’autrefois et son dilemme pour se nourrir.

L’auteure fait apparaître le caractère injuste de cette transformation en sirène, un châtiment motivé plus par la colère et l’impuissance à retrouver son enfant, qu’une punition pour un crime établi. Les deux soeurs ont cherché en vain Coré, mais comment deviner qu’elle était sous terre ? Elles ne sont pas responsables de son enlèvement. On voit bien là que les Dieux font ce qu’ils veulent sur Terre et que la vie de tout humain peut basculer sous leurs caprices.

Sur leur rocher dont elles ne peuvent trop s’éloigner sans se fatiguer, les deux soeurs sont obligées de se nourrir d’humains qu’elles attirent avec leur chant. Ces repas cruels font partie de la punition et sont nécessaires à leur survie, mais leur part humaine éprouve toujours un dégoût après chaque festin.

Leurs rencontres avec les Argonautes, puis avec Ulysse vont les démoraliser complètement quant à leur capacité à charmer les hommes pour s’en nourrir, ou à être assez puissantes pour séduire le plus intelligent des mortels.

La fin du récit est un joli clin d’oeil à l’autre des versions des sirènes que l’on connaît, et popularisée par Disney : celle des femmes-poissons. Une fois de plus, Ulysse aura démontré sa ruse ou les deux soeurs auront trouvé un destin plus en adéquation avec leur part humaine. Qui sait ?

Un roman parfait pour la jeunesse

Le livre se présente en plusieurs parties : une introduction des personnages comme dans une pièce de théâtre afin de rappeler l’identité de chacun, le récit de Ligia, une partie documentaire sur le mythe des sirènes par l’auteure et ses choix d’écriture pour ce récit, et enfin quelques pages de jeux sur la compréhension sur le texte.

En cela, il est parfait pour un enfant à partir de 10 ans et répond à toutes les attentes en termes de lecture et documentation. Pour ce qui est d’un public adulte, j’ai trouvé l’idée d’adopter le point de vue du monstre très intéressante. Cependant, du point de vue du récit, j’ai noté quelques longueurs et répétitions, ainsi qu’un ton un peu déprimant. J’attends de lire les autres récits de la collection pour voir si cela est le cas pour tous afin d’adopter une opinion plus tranchée.

En conclusion : Un roman court, parfait pour la jeunesse, qui démontre que l’on peut encore être original en évoquant les récits mythologiques grecs. Sylvie Baussier nous dépeint des sirènes fatiguées de manger les humains et nostalgiques de leur vie terrestre, au lieu de monstres sanguinaires charmeurs de marins. Une vision rafraîchissante, quoique pas très joyeuse du mythe. Vivement la lecture des autres tomes de la collection !

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Le Père Fouettard, Nixi Turner contre les Croquemitaines T3, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

De retour à Paris pour affronter un nouveau monstre associé à la dépression et à la mise en danger de soi, Nixi doit récupérer des informations sur les forces qu’elle combat. Mais retourner chez elle comporte des risques, surtout quand ses amis lui collent aux fesses…

Résumé : Ce sont les vacances de Noël. Chora vient d’apprendre qu’elle a une grave maladie de coeur. La jeune fille vit très mal la situation, ce qui attire vers elle le Père Fouettard. Heureusement, Nixi et ses amis sont là.

Un croquemitaine associé à Noël… et aux attitudes téméraires

Ce troisième tome va nous faire découvrir le personnage de Chora, une collégienne un peu casse-cou qui se met délibérément en danger car elle cache un secret : elle est atteinte d’une maladie mortelle. Et depuis qu’elle en a eu connaissance, un croquemitaine vient la hanter pour la pousser à faire des choix inconsidérés ou qu’elle se mette fin à ses jours.

Figure opposée au Père Noël, le Père Fouettard invite les enfants à faire des bêtises, et plus sérieusement à la dépression et au suicide. Chora pense être plus forte que son monstre intérieur et réussir à le combattre seule, sans l’aide de Nixi. Elle ira même jusqu’à semer le doute dans l’esprit du Scooby Gang sur les motivations de Nixi a être leur amie. Pour elle, la chasseuse n’est présente parmi eux que pour tuer les Croquemitaines, pas du tout leur porter secours.

Suite au départ précipité de Nixi de sa fête d’anniversaire pour retourner chez elle glaner des informations, Chora verra rouge et voudra en savoir plus sur la chasseuse… à ses risques et péril !

Dans cet opus, Fabien Clavel nous met à la place d’une petite fille effrayée devant sa maladie mortelle et nous interroge sur nos choix : est-ce que comme Chora, nous allons céder à une pulsion de mort et à la dépression ou au contraire profiter du temps qu’il nous reste à vivre pour réaliser des choses merveilleuses ? L’auteur développe un sujet plus sensible que dans les précédents tomes, mais sans pour autant proposer des personnages qui s’apitoient sur leur sort. On en ressort l’esprit positif, malgré le drame qui pourrait arriver un jour ou l’autre. Et c’est émouvant et fort.

Une chasseuse de croquemitaines face à des choix

Dans ce tome 3, Nixi retourne chez elle et on découvre enfin ses origines et celles des croquemitaines. Cependant, rien ne va se passer comme prévu ! Face à un événement inattendu, elle va devoir choisir entre secourir sa famille ou ses amis.

Et ce sera un dilemme complexe… car la chasseuse s’est attachée aux collégiens, malgré l’incompréhension de sa mère. Un dialogue magistral entre les deux personnages donnera sens au sentiment de solitude qui habite Nixi et dont elle souhaite désormais se débarrasser.

Elle va devoir prouver qu’elle peut concilier les deux aspects de sa vie tout en continuant sa mission. Pas si facile sans aide…

Une équipe qui se renforce

Le Scooby gang de notre tueuse miniature va profiter de cette aventure pour renforcer ses liens et faire émerger les personnalités.

Hugo va se révéler un atout (intello) très précieux dans sa compréhension orale du grec ancien et ses nombreuses connaissances sur la mythologie… surtout quand il a peur !

Imane saura agir en gardant la tête froide et de manière perspicace face aux dangers qui les entourent. Elle montrera aussi un côté geek peu avouable mais fédérateur.

Kylian va révéler un côté sensible et leur donner un coup de main dans l’ombre, rachetant par là son attitude de tortionnaire envers Hugo et Nawel dans le premier tome de la série.

Chora va faire douter le groupe…pour mieux le ressouder.

Le final sera épique et nous donnera envie de vérifier s’il existe une porte mystérieuse en forme de pyramide dans les réserves du Musée du Louvre, permettant d’accéder à la maison de Nixi…

En conclusion : Dans cet opus, Fabien Clavel manie avec habileté la mythologie avec encore plus de brio que d’habitude en remettant au goût du jour les civilisations anciennes avec son gang de collégiens digne du Scooby Gang de Buffy contre les vampires. Il traite aussi d’un sujet peu joyeux : les enfants ayant des maladies graves, mais de manière positive sans pour autant manquer d’empathie.

Envie de connaître mon avis sur les précédents tomes ?

Clique ici pour le tome 1 : Baba Yaga

Clique ici pour le tome 2 : La Goule

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La Goule, Nixi Turner contre les Croquemitaines T2, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Je continue sur ma lancée de la série Nixi Turner avec la lecture du tome 2 où l’on en apprend un peu plus encore sur notre héroïne aux cheveux blancs et sur un nouveau croque-mitaine en lien avec l’anorexie…

Résumé : Après les vacances de la Toussaint, Nawel retrouve ses amis et découvre qu’Imane a perdu beaucoup de poids. Elle commence à s’inquiéter pour elle, mais Nixi ne s’y trompe pas, c’est certainement l’oeuvre d’un Croquemitaine. Armée de son épée, la chasseuse est prête à reprendre le combat !

Mon avis :

Quand un croque-mitaine cache un problème d’anorexie

Aperçue dans le tome 1 sur Baba Yaga, Imane, la déléguée de classe de Nawel et Hugo, va être le personnage mis en lumière dans ce deuxième opus de la Chasseuse de monstres. Elève brillante, très exigeante envers elle-même, on ne devine pas derrière son masque hautain qu’elle a des problèmes.

Dans cet épisode, Fabien Clavel aborde le sujet de l’anorexie avec ce personnage, représenté par la Goule qui dévore la jeune fille à chaque fois qu’elle se regarde dans un miroir. Plus grave encore, au lieu de combattre le Croque-Mitaine, Imane l’attends et sacrifie volontiers son corps aux appétits du monstre car elle a une vision d’elle-même déformée, grosse, horrible que la Goule rectifie à coups de crocs.

L’auteur décrit parfaitement les petits riens qui amènent la jeune fille à basculer : déménagement, perte des amis, départ de son frère adoré, disputes entre ses parents, et surtout régime qui n’en finit pas comme une solution à tous ses autres problèmes, et ses stratégies pour faire croire qu’elle mange. On visitera même pour l’occasion une unité de soins pour jeunes filles atteintes du même mal aux allures de cadavres.

Heureusement pour Imane, l’arrivée de Nixi va changer la donne. Mais il faudra que la jeune fille accepte de se faire aider pour que tout revienne dans l’ordre. Et ce ne sera pas évident. L’appui de ses autres camarades sera décisif pour cela.

Une chasseuse qui doute

Dans ce nouvel opus, Nixi va découvrir qu’évoluer parmi les mortels est plus complexe que prévu et qu’il faut parfois faire preuve d’empathie pour améliorer ses relations amicales.

Alors que son Scooby Gang s’élargit avec l’arrivée de Chora et d’Imane en plus d’Hugo et Nawel, Nixi commence à s’attacher aux collégiens, et ce n’est pas une bonne idée car cela la détourne de sa mission.

D’esprit pragmatique, elle va devoir faire appel à Nawel qui approche Imane pour des cours particuliers afin de débusquer le nouveau Croque-Mitaine. Mais cela tourne vite au vinaigre : entre la peur de Nixi de perdre une amie au profit d’une autre, et le fait qu’elle utilise les mortels comme des appâts, la pilule passe mal auprès de Nawel.

La tueuse de monstres va se sentir dépassée et perdre la confiance de ses amis. Elle fera appel à une aide maléfique extérieure plus ou moins efficace pour se débarrasser de la Goule…

Dans ce deuxième tome, on devine les points de fragilité du personnage qui apparaît plus humain qu’on ne le pense. Nixi reste une petite fille capable d’éprouver de la peur et surtout meurt d’envie de rentrer chez elle auprès de ses parents. On sent aussi chez elle une grande solitude, que ses amis mortels semblent combler. Et l’ambivalence de ses sentiments envers eux : la nécessité de les protéger quand ils veulent l’aider dans sa mission et… les empêcher de l’aider pour ne pas la gêner justement. C’est un point central qui risque de revenir dans les tomes suivants.

En conclusion : Un tome deux centré sur les faiblesses de la chasseuse de monstres et sur un nouveau problème d’adolescence sous couvert d’un monstre mythologique. Fabien Clavel sait trouver les mots justes pour décrire l’anorexie du point de vue d’une jeune fille malade et nous toucher par la même occasion. Il nous invite également à nous interroger sur la figure de l’héroïne qui, pour réussir sa mission, doit embrasser son côté humain, et surtout accepter l’aide qu’on lui propose.

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Baba Yaga, Nixi Turner contre les Croquemitaines T1, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Couverture rose, petite fille au regard décidé portant une épée, titre digne d’une série d’aventurière… La lecture de ce premier tome d’une série de 5 destinée à la jeunesse m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais après plusieurs romans bien épais. Bienvenue dans les aventures de Nixi Turner, la tueuse de croquemitaines … au collège-lycée Gustave-Caillebotte !

Résumé : C’est la rentrée scolaire au collège Gustave-Caillebotte et Nawel angoisse à l’idée de se retrouver dans cet établissement huppé. Ses premiers jours en 6ème ne se passent pas très bien et une brume étrange et surnaturelle semble la suivre partout. Heureusement, une nouvelle élève nommée Nixi Turner arrive. Elle a l’air particulièrement féroce et les adultes ne peuvent pas la voir. Sa mission : chasser les monstres du collège !

Mon avis :

Une intrigue autour du harcèlement scolaire et de la discrimination

Dans ce premier opus, Nixi va aider la jeune Nawel à se débarrasser d’un croque-mitaine (=une créature maléfique) qui a pris possession d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.

Il s’agit de Baba Yaga, la sorcière russe. Elle se nourrit du sentiment d’insécurité qui habite Nawel et colporte des rumeurs nuisant à la jeune fille pour y parvenir. Il faut dire que Nawel, habitant un quartier populaire à Villejuif, et surtout à peine sortie de l’enfance, intègre un collège prestigieux parisien et éprouve beaucoup de difficultés à trouver sa place.

Rejetée dès le premier jour par l’ensemble de sa classe du fait de ses origines populaires, elle va tomber dans la spirale infernale du harcèlement scolaire, refusant toute aide des adultes par souci de ne pas causer d’ennuis et par envie de se débrouiller seule. La pression et la culpabilisation de venir d’une famille qui veut un avenir meilleur pour elle joue un rôle dans l’affaire.

Avec ce roman, Fabien Clavel nous montre les étapes du harcèlement du point de vue de l’enfant et cela fait froid dans le dos ! Rejet de l’aide d’autres élèves pour éviter d’être cataloguée intello, minimisation du problème devant le principal quand elle est confrontée à son bourreau, obsession compulsive à regarder les publications relayant les moqueries dont elle est victime… sans l’aide de Nixi, Nawel serait sans-doute au bord du suicide à 12 ans !

Du côté des adultes, le problème n’est pas forcément entendu non plus : aveuglement de l’enseignant même quand l’enfant a besoin d’aide, solution-rustine d’un conseil de discipline… Il en faudra beaucoup plus pour que tout cela se résolve dans la joie et la bonne humeur.

Quant à son bourreau qui visiblement n’en est pas à son premier coup d’essai, on se pose des questions sur ses motivations. On le décrit comme un rebelle avec souvent des égratignures au visage. Serait-il lui-même victime d’un boureau à la maison ? Mystère…

J’ai pour ma part noté que ce thème harcèlement est abordé sérieusement, malgré la pointe fantastique, et qu’il pourra peut-être faire réfléchir les enfants harcelés. Après tout, la collection Chatons hantés est destinée aux 9-12 ans : un public qui sort de l’enfance pour entrer progressivement dans la pré-adolescence…

Nixi : une Buffy 2.0 ?

On ne sait pas vraiment d’où vient Nixi, mais à plusieurs reprises elle est comparée à la célèbre tueuse de vampires. Et il faut dire qu’elle lui ressemble sur certains points : armée d’une épée en os (et non d’un pieu en bois), elle est solitaire, et combat des monstres afin de protéger les (enfants) humains.

Comme l’Elue, elle possède un grimoire recensant les créatures qu’elle poursuit, et au fil de l’histoire, elle va se constituer une équipe de choc, même si ce ne sont que des collégiens. Le plus grand point commun à lui trouver avec Buffy serait l’impression qu’elle porte le poids du monde (des collégiens) sur les épaules.

Dans ce premier tome, on en apprend très peu sur ses origines. Elle ne semble pas humaine mais pourtant peut saigner. Elle a un pouvoir d’invisibilité aux yeux des adultes, mais les enfants peuvent la voir. Et surtout, on a cette impression bizarre qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être, et qu’elle vient d’un monde apocalyptique pour réparer une bêtise.

Au fil de l’histoire, malgré son besoin de solitude, et son visible manque d’empathie, elle va commencer à s’attacher à Nawel et aux autres enfants qu’elle rencontre, ce qui laisse entrevoir un besoin de se faire des amis. Peut-être qu’elle n’a pas d’amis, là d’où elle vient ?

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Fabien Clavel manie l’art de distiller des indices sur ses personnages pour permettre au lecteur d’enquêter. C’est une manière de procéder plaisante qui permet d’injecter du suspens et d’émettre des hypothèses sur les péripéties, l’évolution des personnages, la suite de ce premier tome… Bref c’est très réussi !

En conclusion : Baba Yaga est un premier tome d’introduction efficace, qui marque l’entrée d’une nouvelle héroïne encore très mystérieuse, et dont on a hâte de connaître la suite des aventures. Mais c’est aussi un roman jeunesse coup de poing sur le harcèlement scolaire, sous couvert d’une histoire autour d’une créature issue des contes et des légendes et d’une jeune tueuse de monstres.

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Publié dans Lectures

Les brumes de Cendrelune (T1), Georgia Caldera, éditions J’ai Lu Fantasy

J’ai lu Georgia Caldera par obligation, en tant que jurée du PLIB 2020, car le roman est dans les 5 finalistes. Je ne connaissais pas l’auteure, et ce fut une belle découverte. Laissez-moi vous emmener dans un monde désolé où les dieux sont rois, et les hommes privés de toute liberté…

Résumé : Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes et condamnent toute envie de dissidence. Céphise, 17 ans, rêve pourtant de détruire l’Empereur-Dieu qui a fait voler sa vie en éclats…

Mon avis : 

La religion comme règle de vie

Bienvenue à Cendrelune où rien ne pousse, tout nourriture est synthétique et la société est devenue une dictature sous couvert de religion. Les Dieux écoutent tout, s’insinuent dans vos pensées les plus secrètes, et mènent des purges hebdomadaires auprès des dissidents à venir pour éviter tout un soulèvement. Un petit air de Minority Report règne ici bas, sous des noms antiques et de la robotique magique…

Personne n’est libre de penser ce qu’il veut, personne n’est à l’abri, ce qui vous plonge dans un climat anxiogène dès le premier chapitre. Si l’opprobre est jeté sur votre famille, vous pouvez devenir un rapiécé : mi humain, mi-robot, avec des membres de métal intégrés pour vous contrôler encore plus. Si vous êtes un jeune garçon, le plus grand honneur pour votre famille est de devenir un soldat de la garde des dieux : une armure anonymisée par un numéroe habitée par une âme désincarnée…

Les Dieux apparaissent comme des êtres à chérir si vous tenez à la vie, avec des sacrifices de sang, mais aussi en érigeant les arts et la culture comme supérieurs à tout ce qui existe. De là à parler de nazisme, on n’est pas loin (voilà pour le point Godwin).

Georgia Caldera nous invite à entrer dans un univers mélangeant régime dictatorial, et religion fanatique avec des Dieux proches du Panthéon grec, et c’est plutôt réussi, même si cela fait froid dans le dos !

Dans cette aventure, nous suivrons deux personnages, comme deux faces opposées d’une même pièce : Céphise, paria chez les humains après avoir subi l’opprobre des Dieux, et Verlaine, le fils d’un Dieu, mais paria parmi les siens car demi-Dieu. Deux êtres que tout sépare et dont la rencontre va produire des étincelles…

Des personnages attachants

Outre un univers fort, les personnages de ce roman suscitent facilement l’empathie du lecteur, même si certains contribuent à faire appliquer son système. Georgia Caldera parvient avec intelligence à démontrer que rien n’est simple quand vous cherchez à survivre dans un univers cruel et que vos actions ne reflètent pas forcément votre identité.

Ainsi, chez les dieux, notre ami Verlaine, fils de Zeus et d’une humaine, est un garçon sensible et curieux de son côté humain, mais il est condamné à un rôle de bourreau du fait de ses pouvoirs destructeurs. Tandis que son frère Héphaïstos construit sans remords des armures et des membres de métal pour les parias humains, mais cherche en secret à faire évader Proserpine retenue prisonnière par Zeus pour des raisons mystérieuses, et à s’enfuir avec elle.

Du côté des humains, Céphise devenue une rapiécée suite à une purge, essaie de faire bonne figure auprès du culte, mais garde au fond d’elle une rancoeur éternelle envers ce système. Proche d’une Katniss de la série Hunger Games de Suzanne Collins,  elle va tenter de gagner sa liberté au fil du roman et sans le savoir, devenir un espoir pour ceux qui rêvent de liberté. Mais elle reste bien la seule à vouloir se soulever : 90% de la population continue de servir les dieux et leur dogme par peur ou par habitude. Le père de son meilleur ami par exemple, suit les préceptes des dieux à la lettre et voit d’un mauvais oeil l’influence que Céphise peut avoir auprès de son fils. A l’inverse, les plus désespérés comme les enfants des rues, orphelins après avoir perdu leurs parents lors d’une énième purge, sont motivés pour prendre part à la rébellion.

D’autres personnages, entrevus brièvement viennent compléter cette grande fresque : Lorien, un enfant des rues qui aura le courage de semer les premières graines de la rebellion ; Eldriss, une mystérieuse prêtresse des Cendres qui pousse le peuple à la révolte ; Eurydice, déesse fiancée à Verlaine désireuse d’être mère ; Halfdan, meilleur ami de Céphise et dont la mère a mystérieusement disparu; Rhadamante, déesse tortionnaire et très zélée dans son domaine… L’auteure sait en quelques mots nous dresser un portrait et nous indiquer par petites touches l’importance de ces personnages dans la suite du récit.

Je me suis surtout attachée aux personnages de Céphise et Verlaine au fur et à mesure du roman. Couple improbable en devenir, couple déjà en place dans un drôle d’univers parallèle… Leur relation passe de bourreau-victime à une possible histoire d’amour au fur et à mesure qu’ils découvrent une curieuse connexion les reliant mystérieusement. Chacun pense connaître la vérité sur le fonctionnement du monde, mais leur rencontre va bouleverser leurs convictions. Ce premier tome se termine sur un cliffangher haletant à leur sujet, sans tomber dans les stéréotypes du roman d’amour, ce qui est très intelligent.

Un premier tome d’introduction efficace

Un panthéon des Dieux vivant en autarcie et dont la seule préoccupation est le maintien de leur pouvoir, malgré un problème de stérilité pour perpétuer leur règne. Un Zeus tout puissant qui contrôle jusqu’aux pensées de ses enfants et adorateurs. Un mystérieux ordre de prêtresses des Cendres qui reparaît au moment où Céphise décide de se rebeller contre le système. Un bourreau qui souhaiterait ne plus exercer son pouvoir. Et surtout un peuple mi-fanatique, mi-effrayé, qui tente de vivre en respectant au mieux les rituels des Dieux…

Georgia Caldera nous fait découvrir un univers tout en distillant des informations mais en laissant aussi certaines questions en suspens, et c’est diaboliquement efficace ! Ainsi au terme de ce roman, nous resterons sur notre faim concernant l’origine des Dieux et du poison qui frappe la terre de cet univers, la disparition du fameux ordre des prêtresses des Cendres, et surtout si les hommes vont vraiment se rebeller face à leurs dieux.

En conclusion : Georgia Caldera signe ici un premier tome puissant pour cette série young adult mettant en lumière les dérives d’une société menée par une religion meurtrière et qui interroge sur la place du destin dans nos vies. On suivra avec plaisir ses héros au profil complexe et leur histoire d’amour en devenir, sur le tome suivant.