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Parlons Steampunk #3 : L’automate

Quelle est la place de l’automate dans la littérature steampunk ? Sous quelle forme apparaît-il ? Possède-t-il des qualités humaines ? Quelle est son origine ? Telles sont les questions auxquelles j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/03/2021. Dans ce troisième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans steampunk qui abordent de manière différente la figure de l’automate pour vous en montrer les différentes facettes.

L’origine de la figure de l’automate en littérature steampunk

Note : je précise que je ne suis pas spécialiste en science-fiction et que pour réaliser cette première partie, j’ai dû réaliser des recherches sur le sujet. Les hypothèses que je dégage sur l’automate n’engagent que moi.

Avant le steampunk, le cyberpunk

Pour revenir à mon introduction à la définition du Steampunk (cf Parlons Steampunk #1), le steampunk littéraire a été créé comme une blague en réaction au cyberpunk par trois auteurs américains. Ces derniers ont imaginé transposer des thématiques du cyberpunk à l’époque victorienne.

Or, dans le cyberpunk, il est souvent question de robots : des robots avec des pensées humaines, des humains dans des robots, des robots dont on se demande s’ils sont humains…

C’est donc tout naturellement que l’on retrouve cette thématique dans la littérature steampunk avec la figure plus archaïque et moins moderne du robot : l’automate.

Mais pour retrouver l’origine des questionnements qui existent vis à vis des robots ou des automates, il faut creuser aux bases de la littérature de Science-Fiction, avec Isaac Asimov.

Avant le cyberpunk, Isaac Asimov et les lois de la robotique

Isaac Asimov est un écrivain américain d’origine russe, et un professeur en Biochimie à l’Université de Boston qui a vécu de 1920 à 1992. Auteur prolifique, il a écrit une œuvre composée d’environ 500 livres de Science-Fiction ainsi que d’ouvrages de vulgarisation scientifique dans plusieurs domaines (astronomie, biochimie, etc…).

Avec son Cycle des robots publié entre 1967 et 1988, il a posé les bases des romans ayant pour sujet les robots avec les trois lois de la robotiques :

  •  Première loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » 
  • Deuxième loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. »
  • Troisième loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Une loi zéro viendra s’ajouter par la suite dans ses écrits : « Un robot ne peut ni nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal ».

Tout l’objet de la littérature d’Asimov est de se faire confronter ces lois dans ses fictions, ainsi que leurs contradictions. Elle constitue également une base de réflexion qui a fait évoluer par la suite la Science de la Robotique que nous connaissons aujourd’hui, preuve que la littérature peut être à la base d’innovations dans notre réalité.

C’est cette base que l’on retrouve dans le cyberpunk, puis par la suite dans le steampunk. On peut y noter en filigramme une critique du racisme si l’on considère le robot comme une figure de l’étranger.

L’évolution dans la littérature steampunk contemporaine

Si la notion de création est déjà présente dans les romans fondateurs du steampunk comme Homonculus de James Blaylock avec la figure de l’homoncule (=un petit être issu du végétal et éveillé grâce à un procédé alchimique), son éclosion a lieu plus tard avec des récits plus contemporains mettant en scène des automates.

Dans l’imaginaire rétro-futuriste, l’automate est présent pour son côté esthétique (rouages apparents, rouille), et les questions qu’il soulève vis à vis de sa création.

La plupart des romans steampunk interrogent la figure de l’automate sous plusieurs niveaux :

  • la nature de l’automate : est-il vivant ? se considère-t-il comme humain ? comment est-il construit ? est-il immortel ?
  • les conséquences de l’existence de l’automate pour les humains : Est-il un danger ou une aide ? Remplace-t-il un humain pour ses tâches ingrates (= question de la lutte des classes) ou dans ses relations amoureuses (= question des relations humaines) ?, comment est-il accepté dans la société ? comment les hommes l’utilisent ?

Il est intéressant de constater que les lois de la robotique sous-tendent l’ensemble de ces questions, tout en ajoutant d’autres thèmes propres aux romans steampunk : la lutte contre les inégalités sociales, l’intérêt pour l’évolution scientifique et le progrès, le féminisme, l’esthétique rétro-futuriste, le voyage imaginaire.

Afin d’illustrer mon propos, je vous propose d’étudier plusieurs cas d’automates dans quatre romans steampunk. Je précise que cette liste n’est pas exhaustive car elle est issue de mes lectures personnelles.

Si vous connaissez d’autres romans évoquant des cas différents d’automates, je vous invite à les indiquer en commentaire de cet article pour les faire découvrir. 😉

L’homme-automate et les automates vivants : La trilogie des Récits des mondes mécaniques de Marianne Stern, éditions du Chat noir

Un roman où l’action se situe dans une Allemagne uchronique où la construction des automates est réalisée par des orfèvres, ceux qui naissent avec ce don de créer en insufflant une partie de leur âme dans leurs créations. On y abordera trois thèmes en lien avec l’automatie : l’homme mécanisé qui a perdu son humanité, la mécanique qui rend vie aux morts et les créations quasi vivantes grâce à la magie et l’âme de celui qui les a construites.

L’intrigue du tome 1, Smog of Germania : Germania, début des années 1900, capitale du Reich.
À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre. Une poursuite infernale s’engage dans les rues et les cieux de Germania le jour où la fille du Kaiser échappe de peu à une tentative de meurtre. Objectif : retrouver les commanditaires. La chose serait bien plus aisée s’il ne s’agissait pas en réalité d’un gigantesque complot, qui se développe dans l’ombre depuis trop longtemps.

Ce qu’on en retient :

La trilogie des Récits du monde mécanique raconte trois histoires mettant en scène des personnages récurrents, mais dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Le personnage central s’avère être Maxwell, un créateur de génie et aussi pirate de l’air, à la solde de l’empereur Wilhem. Au fil des tomes, il sera pourchassé pour son art à des fins militaires car l’Europe est en guerre : le Reich, la France et l’Angleterre essaient de conserver leurs territoires à n’importe quel prix et en cela les orfèvres sont très recherchés.

Le premier tome situé en Allemagne tourne autour d’un complot politique visant à détruire l’Empereur. Sa fille Viktoria, aidée de son garde du corps Jérémiah, va enquêter et découvrir des choses qu’elle n’aurait pas soupçonnées concernant sa famille.

Le roman fait la part belle aux personnages masculins plus travaillés que les féminins et à une atmosphère crasseuse de pollution.

L’auteure nous présente Viktoria comme une jeune fille capricieuse et naïve en opposition à Maxwell charmeur et mortel ou Jéremiah d’aspect repoussant mais au coeur tendre.

L’univers n’est pas rose et intègre un questionnement sur les classes sociales : en haut les riches disposant de l’air pur, en bas les pauvres noyés dans la pollution des usines. On s’interroge également sur les capacités mentales de l’empereur et son aptitude à gouverner du fait de ses lubies de construction démesurées qui ne prennent pas en compte le bien-être de son peuple.

A côté de son intrigue pleine de suspens, Marianne Stern développe une réflexion sur les automates et leur créateur sur plusieurs niveaux.

Dans son univers, créer des automates est tout d’abord un don, qui s’acquiert en naissant et se perfectionne avec le temps. Mawxell en a hérité et quand il réalise un automate : fleur, oiseau, vaisseau… il met une partie de son âme littéralement dans sa création, lui conférant à la fois un aspect magique, mais surtout un réalisme vivant. Le revers est que si son âme est noire, corrompue, les automates le seront tout autant. Pire, ils seront reliés à lui. On s’en rendra vite compte dans le troisième tome Realm of Broken Faces.

Les automates servent exclusivement les intérêts de la guerre, en tant qu’armes ou améliorations techniques pour s’entretuer. Cette utilisation atteindra son paroxysme dans le troisième tome avec des automates créés à partir de déchets de métal qui n’ont même plus l’apparence humaine mais tout juste une parodie grotesque.

L’autre utilisation des automates proposée par l’auteur est celle de ramener les morts à la vie par le biais de la nécromancie. Comme la création est liée à la magie des orfèvres, cela était prévisible. Mais dans quel but vouloir ressusciter les morts ? Ici, il sera question d’un amour perdu qu’on ne veut pas laisser partir. Si derrière l’intention de création, il y a l’impossibilité de réaliser son deuil, le résultat sera désastreux : un automate vidé de son humanité, parodie de l’être humain qu’il était.

Le dernier aspect que nous fait étudier l’auteure dans sa trilogie est la reconstruction d’un être vivant avec des parties mécaniques à travers le personnage de Jérémiah. L’homme de main de Viktoria n’a pas toujours été à moitié automate, il était de chair et de sang. Suite à des circonstances particulières que j’éviterai de vous dévoiler, Maxwell l’a réparé avec des éléments mécanique pour lui permettre de vivre. Mais son humanité s’en est trouvée affectée. Amélioré avec un oeil mécanique qui lui permet de voir l’invisible, et un coeur mécanique qui l’enchaine au Reich, il est devenu un exécuteur froid et très efficace. Cependant, il souffre de son aspect repoussant qui l’empêche de mener une vie normale d’homme. Il lui faudra l’amour d’une jeune femme pour enfin s’humaniser.

Avec ce personnage, on s’interroge sur les limites de l’humain : où la partie automate commence ? où celle humaine s’arrête ? Loin d’un automate complet, on est face à un hybride avec une base humaine assez complexe, beaucoup plus qu’un simple homme doté d’une prothèse. On se demande aussi s’il n’aurait pas atteint une forme d’immortalité avec ses améliorations profondes.

Pour faire un parallèle avec d’autres romans qui traitent des mêmes thèmes :

On retrouve cette thématique des automates vivants dans Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway, déjà évoquée dans Parlons Steampunk #1, où l’héroïne insuffle la vie à ses créations mécaniques avec de la magie.

Quant à l’homme modifié mécaniquement, il trouve un écho dans le roman steampunk Rouille, de Floriane Soulas, avec un tueur en série modifié et une mode des greffes d’implants mécaniques parmi les riches. J’évoquerai plus en détail ce roman en juin autour d’un Parlons Steampunk au féminin.

Si vous souhaitez un retour complet sur la trilogie, je vous invite à lire mes chroniques complètes de Smog of Germania, Scents of Orient et Realm of Broken Faces dans ma rubrique Lecture et sur le site de French-Steampunk.fr.

L’automate qui cherchait son identité : Le club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon, éditions du Chat noir

Ce roman se présente comme la suite directe de L’Eve future de Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, un classique de la littérature française qui évoque la création de la femme parfaite mais mécanique. On y retrouve l’automate/andréïde Eugénia qui a perdu la mémoire et qui, découvrant sa nature, part à la recherche de son créateur. Elle sera aidée dans sa quête par un cercle d’érudits et d’aventuriers.

L’intrigue : Quand la jeune Eugénia trouve refuge dans la maison du professeur Brussière, physicien en retraite dirigeant un petit cercle d’érudits, elle ne révèle pas immédiatement son extraordinaire nature : elle n’est pourtant autre que l’andréïde, la première femme artificielle, prodige d’une mystérieuse technologie décrite par Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future. Avec l’aide du professeur et des membres du cénacle, un étudiant passionné, un dandy mélomane, un aventurier aguerri et une voyante excentrique, Eugénia part en quête des secrets de sa conception, car une question obsessionnelle occupe son esprit : une machine peut-elle posséder une âme ?

Ce qu’on en retient :

Dans cette intrigue aux allures de roman scientifique à la Jules Verne, on abordera deux thèmes associés à l’automate : la création de l’automate et les questions associées à son humanité, mais aussi le phénomène de biomutation qui accompagne Eugénia.

Le roman est construit autour du personnage d’Eugénia et de la résolution de son mystère avec plusieurs histoires qui nous emmènent dans différents lieux du globe par le biais des membres du cénacle : Paris, Londres, Ceylan, Héraclite (une ville imaginaire scientifique). Il alterne les passages de fiction, et les correspondances entre les différents personnages, le journal intime d’Eugénia ou encore les notes scientifiques du Professeur Brussière.

La création d’Eugénia trouve son origine première dans celle de la femme parfaite : belle et intelligente. C’est celle qui est racontée dans l’Eve future, où un riche aristocrate amoureux d’une cantatrice belle mais stupide demande à Thomas Edison de lui construire une automate qui lui ressemblera en comblant ses lacunes.

On y voit donc une forme de peine de coeur masculine devant une imperfection décelée chez l’être aimé mais cela va plus loin chez Marie-Lucie Bougon. La cantatrice mourra par la suite transformant l’histoire initiale en envie de ressusciter les morts. L’automate sera là pour combler une absence, un vide et l’impossibilité de faire son deuil (comme chez Marianne Stern). Mais aussi plus trivialement pour combler un besoin sexuel, transformant l’automate en prostituée mécanique.

Cependant, afin de déterminer si Eugénia est humaine, il lui faudra réaliser des recherches scientifiques sérieuses : interrogation des esprits avec la voyante Barberine, capacité à aimer un humain avec Eusèbe d’Orlille, capacité à réfléchir par elle-même, à être acceptée de tous comme un être humain. En se remémorant son passé, on comprend qu’elle est capable de prendre des décisions pour s’assurer de sa survie et surtout de refuser des actions pour lesquelles elle a été créé.

A côté du personnage d’Eugénia, le professeur Brussière étudie le procédé de Biomutation qui serait un phénomène selon lequel les objets mécaniques prendrait vie. Eugénia serait aussi capable de donner vie à des objets mécanique en transposant son propre flux dans ces derniers. Cependant, je n’ai personnellement pas compris l’origine de cette énergie et la manière dont elle fonctionne. Elle m’a fait penser aux objets japonais qui prennent vie après 100 ans sans qu’on sache pourquoi.

Mais ce phénomène apporte un nouvel attrait au personnage de l’automate : il est capable lui aussi de donner vie à d’autres automates, le transformant ainsi en créateur.

Enfin, le roman aborde le thème de l’industrialisation et de la lutte contre les inégalités sociales avec le personnage de Honoré de Froimont qui souhaite remplacer les humains domestiques par des automates parfaits. Mais pour lui la perfection réside dans le fait que l’automate ne prend pas vie et réalise les tâches qui lui sont demandées. En ce sens, il souhaite libérer l’humanité du travail pour réfléchir au fonctionnement de l’humanité. Reste à savoir si l’humanité est prête pour cette évolution et si l’on est à l’aise avec des robots sans âme programmés pour des plaisirs sexuels.

Si vous souhaitez un retour plus complet sur ce roman, je vous invite à lire ma chronique complète rubrique Lecture.

L’humain qui était amoureux d’un automate : Eros Automaton, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir

A la fois roman policier et romance, Eros automaton aborde plusieurs thèmes autour de l’automate dont comment les hommes réagissent à son intégration dans la société : objet d’utilité, symbole de richesse, voleur d’emplois, être digne d’amour. Nous suivrons deux intrigues qui finiront par se rejoindre : l’enquête de l’inspecteur Bouquet face à un attentat pro-humain et l’histoire d’amour entre un humain et un robot.

L’intrigue : Quand le Palais des Expositions de Parisore accueille le Salon Galien d’Automatie, c’est toute la capitale qui vit à l’heure des automates, quitte à chambouler quelques destins au passage. Un attentat en plein concours de modélisation met l’inspecteur Balthazar Bouquet sur la piste d’une mystérieuse organisation pro-humaine alors même que sa sœur Adélaïde devient une célébrité dans le monde de l’automatie. Quant à Agathe Lepique, couturière timide et amie de toujours des Bouquet, elle voit sa vie transformée lorsqu’elle est embauchée dans l’atelier d’Edgar Weyland, un ingénieur de génie aussi énigmatique que séduisant. Son projet: créer la femme parfaite pour jouer le premier rôle dans un opéra romantique… Des salles de bal étincelantes aux bas-fonds de la ville, Balthazar et Agathe vont découvrir à leurs dépens que l’amour, la vengeance et la haine ne sont pas réservés qu’aux êtres de chair et de sang.

Ce qu’on en retient :

Dans l’univers de Clémence Godefroy, les automates sont présents comme domestiques dans les maisons les plus riches. Ils sont facilement reconnaissables malgré leur apparence presque humaine car ils possèdent deux yeux de couleurs différentes. Leur création et évolutions technologiques font l’objet d’un concours entre les étudiants de l’Institut Supérieur d’Automatie, permettant au gagnant de trouver du prestige à sa sortie d’études.

Dans ce roman, nous suivrons trois personnages : Adélaïde Bouquet, seule étudiante féminine de l’Institut, son frère Balthazar Bouquet qui va enquêter sur l’attentat du Salon, et Agathe Lepique l’amie discrète d’Adélaïde, couturière de talent embauchée chez un créateur d’automate.

Outre les questions autour des automates, il sera ici question de romance, de condition féminine dans une société patriarcale et d’enquête policière.

Pour revenir à la question des automates, Clémence Godefroy aborde deux sujets principaux évoqués en introduction de cet article : la nature de l’automate et les conséquences de sa création.

Nous ferons face à plusieurs couples composés d’un humain et d’un automate qui s’aiment et souhaitent se marier en dépit des convenances, ce qui amènera à s’interroger sur le côté humain de l’automate : ressent-il des émotions ? sa sophistication est-elle étendue au point de le faire devenir humain ou ses actions sont-elles programmées par une mémoire qui se répète ? Son humanité a-t-elle des limites ?

Le fait d’aimer un automate pourra sembler une hérésie aux yeux de certains humains, y compris remplacer des ouvriers par des machines ce qui engendrera une montée de violence et la constitution d’une cellule terroriste pro-humain cherchant à nuire aux automates.

A terme, le danger évoqué est de ne plus savoir reconnaître un humain d’un automate, au fil des avancées technologiques, surtout si les yeux des automates deviennent de la même couleur. De manière triviale, c’est l’extinction de la population qui est soulignée car impossible de se reproduire avec un automate. Il est intéressant de constater que finalement, les pro-humains prôneront quelques arguments religieux dans leurs revendications fanatiques.

En dernier lieu, on touche du doigt à la fin du roman à des questions d’immortalité humaine grâce à la technologie. Sans vouloir trop en dévoiler, le niveau de sophistication des automates sera tel qu’un transfert d’identité sera possible dans un automate. Mais l’immortalité a-t-elle du bon pour les humains?

Si vous souhaitez un retour plus détaillé, je vous invite à lire ma chronique complète sur le roman dans ma rubrique lecture.

L’automate qui était humain : Confessions d’un automate mangeur d’opium, Fabrice Colin et Matthieu Gaborit, éditions Bragelonne [ATTENTION SPOILERS]

Difficile d’aborder ce roman sans vous dévoiler son dénouement en lien avec l’automate. Donc si vous ne l’avez pas déjà lu et que vous ne souhaitez pas vous faire spoiler la fin, je vous invite à vous arrêter ici et de passer directement au paragraphe de conclusion de cet article.

Ici, il sera question d’enquête policière, sur fonds d’expériences scientifiques avec des ramifications politiques et militaires. Le rapport avec l’automate sera lié à sa conception : mi-homme, mi- mécanique, grâce à un procédé associant l’énergie de l’éther. Un cyborg avant l’heure en somme…

L’intrigue : Paris, 1889…L’industrie, portée par la force de l’Éther, a révolutionné le monde. Le ciel bourdonne de machines volantes, les automates sont partout qui agissent au service des hommes, hommes qui communiquent entre eux par téléchromos d’un continent à un autre. Dans cette ville moderne où s’ouvre une éblouissante Exposition Universelle, une jeune comédienne, Margo, aidée de son frère psychiatre, enquête sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie et d’un singulier personnage créateur de robots…

Ce qu’on en retient :

Ce roman est l’un des premiers romans steampunk français qui a importé le genre en France dans les années 2000. Il s’agit d’une enquête policière écrite à quatre mains, mettant en scène un duo de détectives improvisé : Théo un docteur aliéniste de l’hôpital Saint-Anne à Paris et de son agaçante soeur Margo, comédienne.

Sans être très subtil dans ses rebondissements, il propose une intrigue ayant pour point de départ le meurtre d’une jeune femme par un automate « pensant ». Or, les automates ne sont pas censés faire de mal aux humains, ce qui remet en cause toute leur société où les automates remplacent les humains pour les tâches ingrates.

L’affaire les fera rencontrer Villiers de l’Isle l’Adam, auteur du roman l’Eve Future, ainsi qu’un créateur d’automates fou. A eux deux, ils auront l’utopie de créer un être immortel, éliminant vieillesse et souffrance, pour permettre aux artistes de continuer à créer éternellement et à l’ensemble de l’humanité de vivre à pied d’égalité.

Or, la réalité de cette utopie sera moins glamour et surtout peu éthique. La méthode utilisée pour devenir immortel sera de transposer son cerveau dans un corps d’automate, grâce à un procédé utilisant comme énergie l’éther. L’éther étant censé effacer la mémoire et la souffrance des individus.

La question des propriétés de l’éther sera abordée à plusieurs reprises, marquant le roman comme steampunk à travers l’utilisation de cette nouvelle énergie : à des fins militaires, à des fins d’utilité publique, et surtout comme danger potentiel pour la population. Théo en a fait son sujet d’étude et soigne des patients qui ont été mis en contact avec l’énergie, similaire à un élément radioactif.

Loin de ces préoccupations, le créateur fou profitera de ses découvertes pour vendre des armées d’automates pensants à plusieurs pays en guerre, induisant l’idée d’une armée éternelle composée des cerveaux de soldats morts au combat, transposé dans des corps de métal. On sent ici l’influence des Cybermen de la série britannique Docteur Who.

Mais il y aura bien sûr un hic ! L’opium empêche l’effacement de mémoire du patient, et utiliser le cerveau d’un ancien soldat toxicomane échappé d’un massacre pour créer un automate pensant aura de graves conséquences. Un homme fou le reste même si son corps est devenu de métal.

Notons au passage qu’il n’a pas été demandé au soldat son consentement pour vivre éternellement dans un corps d’automate, ce qui pose des problèmes éthiques au niveau scientifique, et émotionnellement compliqués pour le soldat en question à son réveil.

Enfin, le roman abordera aussi un amour impossible et non-réciproque entre l’automate et son aimée. Aurélie sera attirée par l’être de métal capable d’écrire de magnifiques poèmes, mais ne souhaitera pas aller plus loin dans son exploration, rendant encore plus fou l’automate.

A travers cette histoire, c’est plutôt un film d’horreur qui nous est montré avec la figure de l’automate, et les limites des avancées technologiques sous couvert d’une utopie.

Que retenir concernant la figure de l’automate par rapport au roman steampunk ?

L’automate des romans steampunk trouve son origine dans la figure du robot, présente dans le cyberpunk. Il interroge les lois de la robotique énoncées par Asimov dans son Cycle des robots tout en mélangeant des thèmes propres au steampunk.

C’est une figure récurrente qui peut apparaître en arrière plan dans le décor pour apporter une touche rétro-futuriste, ou être le sujet principal des romans steampunk.

Les thématiques qu’il véhicule touchent à sa nature ou aux raisons/conséquences de sa création. Il met l’accent sur des thèmes déjà présents dans le steampunk comme l’inégalité sociale, l’industrialisation massive, les dérives des expériences scientifiques. Il peut aussi aborder la question de l’immortalité ou interroger ce qui nous rend humain.

Dans les romans steampunk, son humanité relève souvent de la magie ou d’une énergie nouvelle qui le transforme pour le rendre égal à l’homme. Ou être le résultat d’une expérience scientifique défiant toute éthique. On trouvera ainsi différents types d’automates ou d’humains modifiés selon les histoires mais avec des thèmes récurrents.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

Je vous donne rendez-vous le dernier dimanche d’avril pour mon quatrième épisode de Parlons Steampunk centré sur les engins mécaniques et l’énergie dans les romans steampunk qui fera l’objet d’un live et d’un article.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman steampunk mettant en scène un automate, pour poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Rouages et humanité,

A.Chatterton

Publié dans Questions existentielles

Combattre les idées reçues autour des livres auto-édités

Au mois d’août, j’ai eu la chance de recevoir en service-presse le roman auto-édité de Grégoire Laroque que j’ai beaucoup apprécié. J’ai beaucoup hésité avant d’accepter son offre, car je n’avais jamais eu de bons souvenirs de livres auto-édités par le passé. Cette expérience m’a fait réfléchir sur le sujet et je me suis demandée pourquoi les livres auto-édités avaient si mauvaise réputation et comment les mettre un peu plus en lumière. Car tout n’est pas mauvais dans l’auto-édition, loin de là…

Une mauvaise réputation

Avant le roman de Grégoire, je n’avais lu que deux romans auto-édités dans ma vie (oui, j’ai un peu honte). Je ne nommerai pas les titres, mais les principaux défauts que j’avais retenus à ces ouvrages étaient identiques.

Tout d’abord, les romans n’avaient pas fait l’objet d’une relecture approfondie, voire d’une correction, autant au niveau des fautes d’orthographe, des coquilles de texte ou plus grave, de sa cohérence.

Ensuite, l’illustration était rarement flatteuse. Je sais qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, mais on ne peut nier que cela joue beaucoup pour son acquisition. Je ne compte pas les post bookstagram où un livre est mis en avant plus par son aspect que par son contenu (et je ne juge pas, je fais pareil).

Enfin et surtout, le livre manquait de légitimité. Dans ma tête, si ce livre auto-édité n’avait pas trouvé sa place chez un éditeur parce qu’il n’était pas assez bon pour être publié. Et par conséquent, j’étais bien moins encline à en lire le contenu… vu qu’une maison d’édition ne l’avait pas fait. Triste, mais véridique.

Ces réflexions m’ont amenées à penser que lire de l’auto-édition n’était pas pour moi, d’autant que j’en connaissais très peu. Et pour cause ! L’offre est méconnue car les auteurs auto-édités font eux-mêmes leur communication. Ils n’ont pas une maison d’édition pour l’assurer. Et en dehors des Salons où l’on trouve plus ou moins facilement des stands d’auteurs auto-édités, si je ne tombe pas dessus par hasard en librairie ou sur internet, je ne peux pas deviner qu’ils existent.

Un regard différent sur l’édition

Ces a priori ont vite volé en éclat après avoir lu le roman de Grégoire.

Son roman était bien construit, bien illustré, sans fautes d’orthographes et surtout, l’auteur avait CHOISI d’être auto-édité. Ma vision du monde s’est vue chamboulée. Pourquoi accepter de s’auto-éditer ? D’autant que son roman est bien écrit, et mériterait sa place dans une maison d’édition.

Grégoire m’a alors expliqué que son histoire ne correspondait à aucune ligne éditoriale connue et qu’aucun éditeur ne prendrait le risque de l’éditer pour cela. Par ailleurs, il préférait s’auto-éditer car ce mode de diffusion lui correspondait mieux et qu’il souhaitait tout gérer de A à Z concernant son roman. (cf mon interview de Grégoire sur Zilwa).

J’ai pris conscience que peut-être d’autres auteurs auto-édités suivaient la logique de Grégoire : l’intelligence de ne pas proposer un projet qui ne correspond pas à la ligne éditoriale d’une maison d’édition, le besoin de maîtriser sa création, et l’envie d’en récolter un peu plus de bénéfices aussi car un auteur auto-édité récupère plus d’argent sur son livre qu’en maison d’édition.

Cependant, cette liberté a un coût : en plus du travail d’écriture, il faut également s’assurer les services d’un correcteur, d’un illustrateur, et réaliser la promotion de son livre. En gros, ce qu’une maison d’édition propose lors d’un contrat et qui fait baisser la rémunération de l’auteur. C’est donc un travail de longue haleine pour un jeune auteur qui peut parfois décourager…Surtout s’il se retrouve confronté à un public qui a les a priori que j’ai mentionnés plus haut sur l’auto-édition. Il y a de quoi être admiratif envers les auteurs qui font ce choix.

Comment redorer l’image des livres auto-édités

Une meilleure information des auteurs sur l’auto-édition

En France, à l’heure actuelle, quand un écrivain souhaite faire publier son livre, il se tourne presque instantanément vers le circuit classique : les maisons d’édition. Il ne connaît pas les rouages de l’auto-édition et la confond souvent avec l’édition à compte d’auteur. Un vrai travail d’information et de recherche est nécessaire pour oser se lancer, et ce n’est pas toujours facile de le réaliser, surtout pour un premier roman. Ma copine Babitty du blog Histoire Naturelle des Bibliophiles a écrit un article assez intéressant sur le fonctionnement de l’Auto-édition avec Amazon comme angle principal et réalisé quelques interviews d’auteurs qui utilisent la plateforme. Je t’invite à aller lire son travail pour plus de détails. C’est une porte vers les coulisses du fonctionnement de l’auto-édition chez Amazon.

Améliorer la qualité des publications en auto-édition

Je jette un pavé dans la mare, mais une véritable relecture avec un travail de correction ainsi qu’une couverture attractive sont nécessaires pour qu’un livre auto-édité puisse donner envie au lecteur de s’y pencher et surtout combattre les clichés qui y sont associés. On peut avoir écrit une histoire formidable mais la forme reste un argument commercial fort auprès des lecteurs de nos jours pour réussir à vendre un livre.

Promouvoir l’auto-édition à son niveau

Si tu es lecteur ou bloggueur littéraire, mets en avant des coups de coeur lectures en auto-édition. Tu rends service à son auteur et en plus tu fais découvrir une pépite à d’autres lecteurs. Et hop, c’est l’effet boule de neige, auto-édition ou pas. Les blogueuses Delphine et Lucie de Recto-Verso n’ont pas attendu et réalisent depuis un moment des chroniques de livres auto-édités. Si tu veux découvrir des pépites, je t’invite à consulter leur site.

Si tu es libraire, accepte des dépôts de livres auto-édités dans ta librairie. Essaie de les mettre en avant au même titre que tes autres livres. Tu peux y gagner tout autant ! Regarde : La Librairie en ligne Jeunes Pousses s’est spécialisée en auto-édition, et elle est en pleine expansion. Elle propose de nombreux titres en version numérique, papier, audio et réalise une vraie sélection de ses titres au catalogue en proposant au besoin, un service de correction. Je t’invite à lire l’interview que ma copine Babitty, du blog Histoire Naturelle des Bibliophiles à réalisée auprès de la créatrice de la librairie, Lou.

Si tu es organisateur de salon, assouplis tes règles vis à vis des stands et propose à des auteurs en auto-édition de venir vendre leur livre. Ils sont tout autant légitimes que ceux des maisons d’éditions. Pour preuve, il existe même des salons spécialisé comme le Salon de l’auto-édition de Lyon qui en est à sa troisième édition !

Référencer et abuser des lieux de diffusion de livres auto-édités

En parler c’est bien, mais les trouver c’est mieux. Comme je suis sympa, j’ai écumé le net pour toi afin de trouver les sites qui proposent d’acheter ou de lire des livres auto-édités.

Sur les paragraphes précédents, j’ai évoqué la Librairie Jeunes Pousses spécialisée dans l’auto-édition, ainsi que le blog Recto-Verso qui réalise souvent des chroniques littéraires de livres auto-édités. Mais il existe d’autres sites où trouver son bonheur.

Le site Thebookedition est un des plus anciens à proposer des livres en auto-édition en format numérique et papier. Ils aident aussi les auteurs à diffuser leurs livres et proposent des prestations de relecture, communication, etc… Une de leurs particularité est la présence, comme sur Amazon, d’avis et de notes sous formes d’étoiles sur certains des livres de leur catalogue. Leur offre est large : Romans, documentaires, BD, etc…

Libranova, est une plateforme d’auto-édition qui dispose d’une partie Librairie sur laquelle tu peux retrouver de très nombreux titres en auto-édition. Il y a des romans, mais aussi des documentaires et même des livres pour la jeunesse. Les livres sont en format numérique principalement mais aussi papier. La plateforme propose également des services de correction, communication, et d’impression qui sont payants pour les jeunes auteurs. De nombreux concours d’écriture thématiques y sont organisés pour trouver de nouveaux talents chaque mois.

Le grand méchant Amazon, pour ne citer que lui, propose une section Auto-édition sur les romans disponibles de son rayon librairie, à la fois en numérique (format Kindle) et papier. Cette section se situe dans l’onglet Le livre Autrement puis Auteurs Indépendants.Tous les genres sont représentés et des sélections sont proposées par thématiques ou promotion. Amazon organise aussi des concours d’écriture, comme Libranova, pour mettre en avant des auteurs dans son catalogue.

Enfin la plate-forme Wattpad propose la lecture en ligne gratuite de livres en cours d’écriture par leurs auteurs. C’est une plateforme sur laquelle tu peux échanger directement avec les auteurs sur la construction de leurs livres et parfois même leur proposer des idées. Une autre manière de découvrir l’auto-édition en somme, même si techniquement, les auteurs n’y gagnent pas d’argent.

Les conseils de Grégoire Laroque sur le sujet

Comme j’avais encore des interrogations sur le fonctionnement de l’auto-édition, j’ai posé quelques questions à Grégoire… qui se sont vite transformées en conseils à des jeunes auteurs intéressés par le fonctionnement de ce mode de publication. Grégoire utilise Amazon pour s’auto-publier et t’explique un peu sa démarche. Je précise que je ne suis pas une pro Amazon, mais que connaître son fonctionnement reste utile dans une démarche de compréhension de l’auto-publication.

Amélia C. : Quelle plateforme te semble la plus adaptée pour vendre ton roman en auto-édition ?

Grégoire L. : Amazon, aujourd’hui, reste la plateforme qui permet la distribution la plus étendue possible. Si un auteur auto-édité n’est pas sur ce site, il perd de grandes possibilités d’atteindre de nouveaux lecteurs. Soyons honnêtes, Amazon, qu’on les aime ou pas, reste le leader incontesté du e-commerce. De plus, la publication (ou plutôt la création du livre) sur Amazon est très facile. Il ne faut pas avoir beaucoup de compétences en informatique pour mener son projet de livre à bien. Il y a quelques informations à savoir quant à la couverture, la taille du livre… Mais hormis cela, c’est très simple. Le seul inconvénient que je verrais est qu’en s’auto-publiant sur Amazon, l’auteur prend une étiquette sur la tête qui fera rougir de colère les libraires indépendants. Si nous avons des velléités de publication dans les presses du coin, cela sera plus difficile de leur faire accepter sachant qu’ils imputent à Amazon les troubles que connaissent les commerçants de proximité.

Amélia C. : Que penses-tu du service proposé par Amazon par exemple ? Ou celui de Librinova ?

Grégoire L. : Le service d’Amazon est très bon. Comme je l’écrivais plus haut, la prise en main est très simple. Toutes les étapes sont bien indiquées et leur service client (en cas de questions) répond très rapidement. Aussi, Amazon fait de l’impression à la demande. Cela signifie qu’il n’y a aucun stock de livres. Je connais certains auto-édités qui, sans passer par Amazon, doivent imprimer tous leurs livres (et donc payer l’impression) pour les envoyer eux-mêmes. Cela est un bon point pour le géant américain. Par ailleurs, Amazon dispose de plusieurs leviers (advertising, affiliate program…) qui sont de bons moyens d’acquisition de lecteurs et de revenus. Librinova, je suis assez mitigé car j’ai eu des retours très négatifs de certains auteurs, notamment par la prestation très onéreuse de quelque chose de gratuit (si on prend le temps).

Amélia C. : En plus de la rédaction de ton roman, quel travail as-tu réalisé par la suite pour assurer la promotion de ton livre ?

Grégoire L. : La promotion du livre est un travail ÉNORME! Quand on écrit, on ne se rend pas compte du temps que cela nous prendra. J’ai activé mon compte instagram pour promouvoir l’écriture de Zilwa, mes lectures, mes astuces… De manière à me construire une communauté. J’ai ensuite contacté des bloggueurs littéraire (comme toi ;)) car, dans le cadre d’un blog, on peut beaucoup plus rentrer dans le détail (alors que Insta c’est vraiment du visuel). Ensuite, en parlant de blog, j’ai créé le mien que je mets à jour régulièrement (gregoirelaroque.com). Puis, j’ai aussi contacté la presse locale pour les prévenir de la sortie de mon livre. Enfin, j’ai organisé une séance de dédicaces qui a très bien fonctionné et je compte bien en faire d’autres !

Amélia L. : Quels sont les freins selon toi à utiliser l’auto-édition pour un jeune auteur ?

Grégoire L. : Le temps à y dédier est un gros frein (même si, grâce à Amazon, c’est assez rapide). Toute la communication, le démarchage des librairies et des chroniqueurs, la création de la couverture… sont des choses que l’auto-édité doit faire tout seul. Il faut prendre cela en compte. Aussi, forcément, on est moins distribués car, en ME, ton livre peut se retrouver dans plusieurs points de vente (ce qui n’est pas le cas en auto-édition, sauf en faisant un travail efficace de prospection (on en revient au temps dédié…).

Amélia C. : Quels sont les avantages ?

Grégoire L. : Il y a beaucoup d’avantages! Déjà, le plus évident: on contrôle tout. Alors, certes, comme je l’ai répondu plus haut, cela nécessite du temps mais toute la communication nous est propre. On peut dire et mettre en avant ce qu’on veut! Pareil pour le livre en lui même: beaucoup de maisons d’édition font changer des passages à l’auteur qui peuvent dénaturer le récit. Et bien, pas en auto-édition! Notre histoire reste fidèle à notre idée et nous sommes les seuls à posséder le dernier mot. Enfin, un argument et pas des moindres: on peut gagner plus d’argent en auto-édition qu’en ME. Les redevances d’un auteur auto-édité (pour un livre papier) sont de 30% sur Amazon, alors qu’en maison, on sera autour de 9%… Donc si un auto-édité vend beaucoup, cela peut être bien lucratif !

Amélia C. : Est-ce qu’en tant que lecteur, tu lis des livres auto-édités ?

Grégoire L.: Bien sûr! Certains auto-édités furent de véritables coups de coeur: Lucille Chaponnay, Yoan H. Padines, Mikki Summers, Franck J. Matthews, Megara Nolhan… et tellement d’autres! Ce sont des auteurs bourrés de talent qu’il faut absolument découvrir !

Amélia C. : Avais-tu une opinion différente sur le sujet avant de publier en auto-édition ?

Grégoire L. : Oh oui… Je n’avais même pas songé à m’auto-éditer à vrai-dire. Pour moi, l’auto-édition était ce que j’avais décris plus haut: imprimer tous ses livres et faire du porte à porte pour les vendre. Cela ne me correspondait pas. Cependant, quand j’ai découvert Amazon, j’ai tout de suite aimé.

Amélia C. : comment as-tu trouvé un illustrateur pour réaliser la couverture de ton roman ?

Grégoire L. : Ma petite soeur est graphiste! C’est elle qui a dessiné et créé les visuels du livre! Vous pouvez d’ailleurs voir son travail par ici: https://sarahvalensi.myportfolio.com/

Amélia C. : Est-ce qu’il y a des pièges à éviter en auto-édition ?

Grégoire L. : Le piège est de sous-estimer la communication qu’il faut faire de son livre. Une fois qu’on est auto-publié, un nouveau travail commence! Et il est très important pour pouvoir vendre. Une fois que l’auteur est connu, peut-être qu’il aura moins besoin de communiquer sur ses romans car sa communauté sera au rendez-vous. En attendant, tant que ce n’est pas le cas, il faut se retrousser les manches !

Si tu souhaites plus de détails sur le travail de communication d’un auteur auto-édité, je te conseille l’article de Grégroire sur le sujet.

Pour conclure sur l’auto-édition

L’auto-édition traîne une mauvaise image. Or, elle est la preuve d’une vitalité d’écriture de nos jours avec des auteurs encore plus motivés au vu des difficultés de ce mode de publication. Dois-je rappeler que certaines auteures connues comme Delphine de Vigan, Aurélie Valognes et de façon plus confidentielle Alex Evans, ont commencé à publier en auto-édition avant de se voir proposer un contrat en Maison d’édition ?

A notre niveau comment faire pour redorer l’image de l’auto-édition ? Je dirais par des petits pas et de la bonne volonté. J’ai proposé quelques démarches plus haut, mais il en existe bien d’autres !

L’important étant surtout, de découvrir de la bonne littérature : celle qui nous inspire, nous fait voyager, nous émeut. Peu importe son mode de diffusion.

Et toi ? Lis-tu des livres auto-édités? Quels sont tes auteurs préférés ? As-tu d’autres sites sur l’auto-édition à me faire découvrir ?

Chocolat chaud et coin du feu,

A.Chatterton

Publié dans Questions existentielles

Le Tourisme Littéraire : Kézako ?

L’autre jour, je suis tombée sur le Hashtag « Tourisme littéraire » sur Instagram. Ce terme étrange et poétique m’a intriguée et je me suis demandée ce qu’il recouvrait. Après quelques recherches, voici ce que j’ai trouvé…

La définition « officielle »

Selon Wikipedia, le Tourisme littéraire serait « une forme de tourisme culturel dans lequel les visites d’un lieu sont motivées par leur lien avec un auteur ou un univers fictionnel ».

Si l’on s’en tient strictement à cette définition, cela se résumerait à des circuits de tourisme autour des lieux fréquentés par un auteur, ou qui auraient inspiré une oeuvre littéraire. Pour détailler, cela donne les deux cas suivants :

La maison où a vécu un auteur

Entre le lieu de naissance, de mort, d’enfance, de vacances, de passage, etc… où un auteur a vécu, on peut parfois réaliser un grand circuit en France voire dans d’autres pays.

Personnellement, j’ai déjà visité la maison de famille de Victor Hugo à Villequier, en Normandie près de la Seine, là où sa fille Léopoldine s’est noyée et évoqué dans le célèbre poème Demain dès l’Aube. Pour l’anecdote, après son décès, Victor Hugo a réalisé un pèlerinage tous les ans dans ce village pour se recueillir sur sa tombe. Au-delà de cet aspect tragique, la maison est visitable et certaines pièces ont été conservées en l’état, comme les chambres à l’étage. C’est ainsi que l’on découvre que notre auteur national avait la chambre de sa maîtresse à côté de celle de sa femme, le coquinou !

Pendant cette visite à Villequier, j’étais fébrile. Je voyais Victor Hugo partout, et je me demandais si le lieu l’avait inspiré, quel endroit de la maison il préférait pour réfléchir etc… Voir le contexte dans lequel a vécu un auteur est toujours intéressant, car on a tendance à se projeter dans ses pas, même si le temps a passé et que la modernité a changé le paysage. De la maison de Villequier, on voit la Seine, le ciel normand empreint de nuages et il y a une promenade très agréable à réaliser le long des maisons qui longent ce fleuve. Je me suis demandée si suite au décès de sa fille, Victor Hugo avait conservé la même sensibilité vis à vis de ce paysage et s’il s’était laissé porté par la mélancolie.

Pour réaliser un parallèle avec les peintres, ce phénomène est encore plus flagrant. Lorsque l’on visite un lieu dans lequel ils ont réalisé des oeuvres majeures, on se rend vite compte que la lumière du soleil est différente. Pour ne citer que les impressionnistes, la retranscription de la lumière du ciel normand ou du sud de la France est très saisissante dans leurs tableaux. Quand vous êtes sur le lieu de création, vous comprenez tout de suite pourquoi elle est représentée ainsi sur la toile.

Les auteurs procèdent par sensations sur leur environnement autant que par leur vécu personnel. Visiter un lieu où ils sont venus écrire pendant un temps permet de percevoir parfois un peu mieux une partie de leur oeuvre.

Il existe de nombreux circuits touristiques basés sur la vie d’un auteur ou de son oeuvre. Si vous n’avez pas d’idées,  je vous conseille le livre Voyages autour des lieux littéraires de Sarah Baxter aux éditions Christine Bonneton. C’est un circuit basé sur plusieurs oeuvres classiques dans divers pays. Vous trouverez certainement un auteur qui vous intéresse dedans. L’intérêt est que chaque lieu est relié à une oeuvre et à des informations historiques, tout en restant un récit de voyage avec ses impressions personnelles. Vous y trouverez par exemple Dublin via Ulysses de James Joyce, Naples via L’amie prodigieuse de Elena Ferrante, etc…

Si un auteur en particulier vous intéresse, vous pouvez réaliser un circuit vous-même en regardant où il a vécu, ou chercher en ligne si un tel circuit existe déjà. Par exemple, sur le site de la fédération nationale des maisons d’écrivain et patrimoines littéraires vous trouverez quelques idées de visite principalement en France.

Pour ma part, j’ai marché sur les traces de Jane Austen en me rendant à Bath où elle a vécu, et à Lacock où a été tourné l’une des adaptations de son roman Emma.

Le lieu qui a inspiré un auteur pour son oeuvre de fiction.

Prenez Jane Austen, Beatrix Potter ou les soeurs Brontë : elles se sont beaucoup inspirées de la campagne anglaise ou de villes où elles ont vécu dans leurs romans. En France, de nombreux auteurs français classiques ont souvent fait figurer Paris dans leurs récits. De ce fait, dans leurs histoires ces lieux sont très présents et représentent parfois un personnage à part entière.

De nos jours, on peut visiter des circuits en lien avec les lieux évoqués dans des oeuvres, en virtuel grâce à Google Art et Culture catégorie street view.

Mais on peut aussi aimer les voir en vrai. Je prendrais pour exemple un lieu unique mêlant imaginaire des contes et Matière de Bretagne: Le centre de l’imaginaire Arthurien, basé à Comper en Bretagne. Au sein de la forêt de Brocéliande, les guides proposent des balades contées sur le thème des lutins, de la légende arthurienne et autres fééries. Sans se rattacher à un auteur unique, on y revit la magie de la forêt et de ses contes.

Pour aller plus loin, certains sites ont réalisé des visites de villes détaillées sous forme de cartes avec des extraits de livres, en partant d’un lieu comme Manhattan à New-York, ou Paris. L’idée est de se promener dans un quartier et de repérer un endroit mentionné par un livre. On peut ainsi voyager à travers plusieurs livres dans un périmètre extérieur restreint.

De façon plus globale, des passionnés ont créé une carte du monde qui associe des livres à des pays comme sur le site Bibliosurf dédié à la veille littéraire. Ainsi, si vous souhaitez lire un livre qui se déroule à Berlin ou en Argentine, vous y trouverez votre bonheur sans bouger de chez vous. Le voyage étant dans la tête.

Un écueil est que ces cartes, si elles ne sont pas réalisées par les municipalités ou des bibliothèques, sont souvent très subjectives et non exhaustives. Il peut être amusant de réaliser ses propres cartes de lieux touristiques littéraires de ses livres préférés en utilisant des outils en ligne. En cherchant un peu, j’ai trouvé deux sites : U map et  Google my maps, mais il doit en exister bien d’autres.

Quel est l’intérêt de ce genre de visite ? Je dirais que pour les passionnés de ces romans, c’est tout simplement de se mettre à la place des personnages ou de se rendre sur ces lieux afin de revivre leur histoire favorite. Certains vont même jusqu’à se costumer en leur personnage favori pour prendre une photo sur le lieu évoqué dans le livre. D’autres y voient une forme différente et intéressante de visite d’un pays ou d’une ville, basé sur leur passion pour la littérature.

Au fil de mes recherches pour cet article, j’ai l’impression que la définition officielle de Tourisme littéraire a évolué et que d’autres branches se sont développées. Ainsi, j’ai réfléchi à ce qui pour moi, pouvait être une forme de tourisme littéraire au vu de mon expérience et de ce que j’ai pu rencontrer sur Instagram. Cela a donné ceci :

Les lieux fictionnels recréés

Quand un univers marque beaucoup les lecteurs et rencontre un franc-succès, il est parfois recréé par des fans sous diverses formes afin de pouvoir revivre l’ambiance et la magie de ses livres.

J’ai rencontré plusieurs fois le cas au gré de mes voyages. Pour moi, le Musée Sherlock Holmes en est le meilleur exemple. Il s’agit d’une maison située à Londres à Baker Street, qui a été réhabilitée avec des décors façon époque victorienne pour recréer la maison de Sherlock Holmes, le personnage emblématique d’Arthur Conan Doyle.

Le musée se visite par petits groupes, il faut acheter un ticket dans la boutique située à droite du bâtiment et un Bobby (=policier anglais en uniforme) vous fait entrer. Là, vous montez les étages d’un vieil escalier de bois et découvrez le bureau, la chambre de Sherlock et quelques scènes reconstituées avec des mannequins de cire sur le dernier étage, tirées des romans. La maison n’est pas le reflet exact des aventures du détective car il manque le cabinet du Dr Watson, mais c’est une plongée plaisante dans ce qu’aurait pu être le lieu de vie de Sherlock. Petit clin d’oeil : les gens peuvent déposer leur carte de visite sur un panneau dédié au détective.

Un autre exemple flagrant reste le parc d’attraction dédié à l’univers d’Harry Potter en Floride, ou encore la Forêt enchantée Grimm à Europapark, et bien sûr certains espaces de Disneyland concernant les contes de fées. Même si je trouve que les parcs d’attraction ont un côté carton-pâte, cela peut permettre de s’évader le temps de quelques heures dans son univers préféré.

Enfin, je citerai également les hébergements insolites qui sont issus d’univers littéraires : chambre d’hôte Harry Potter, cabane de Robinson Crusoé, Château de vampire… Celui que je connais le mieux se situe dans le Morvan en Bourgogne et est dédié à l’univers du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Il s’agit du Domaine de la Pierre ronde où des passionnés ont recréé avec des artisans et un super financement participatif deux maison de hobbit et une maison d’enchanteur. Ces hébergements se louent pour la nuit et sont décorés à l’image de leurs occupants imaginaires. Le village a vocation à s’étendre avec une cabane perchée d’elfe, affaire à suivre… 😉

Les lieux d’adaptation de livres au cinéma 

Quand un livre connaît un très grand succès, il est souvent adapté au cinéma et par extension, les lieux de tournage deviennent des lieux de pèlerinage touristique pour les fans qui souhaitent revivre le film ou le livre.

Il existe des circuits touristique en Angleterre pour aller sur les traces des lieux de tournage d’Harry Potter, en plus de la visite du Studio Warner Bros où sont mis en scène les décors et costumes qui ont été utilisés dans le film.

C’est la même chose pour Le Seigneur des Anneaux de J. R.R Tolkien, ou encore Le trône de fer de George R.R. Martin, mais il faut pour cela avoir un bon budget étant donné que le premier se trouve en Nouvelle-Zélande et le second éparpillé un peu partout en Europe.

Au sujet du Trône de fer, si le sujet vous intéresse, il existe un guide du Petit Futé intitulé Game of thrones, carnet de voyage, les sites de tournage de la série et publié en 2020. Il recense tous les lieux de tournage de la série avec de bonnes adresses, et a été réalisé en collaboration avec des blogueurs fans de l’univers de G.R.R.Martin ainsi que des Offices de tourisme des pays cités. Un index récapitulatif des personnages emblématiques est présent en début de guide pour vous aider. Vous voyagerez ensuite d’Islande en Irlande, en passant par la Croatie, le Maroc, Malte ou encore l’Espagne. Prévoyez de bonnes chaussures et un bon portefeuille ! 😉

Les lieux qui mettent le livre-objet en valeur.

Suis-je la seule à me rendre dans les bibliothèques anciennes de chaque pays que je visite ? Ou alors je suis juste une grosse obsédée par mon travail et les bibliothèques en général… Toujours est-il que pour moi, le tourisme littéraire, c’est aussi explorer des lieux dédiés à l’objet livre.

Bibliothèque du Trinity College de Dublin, Bibliothèque du monastère de Strahov à Prague, British Library de Londres, … à chaque fois, je ne peux m’empêcher d’y poser un pied, de goûter le calme et de respirer l’odeur du vieux papier.

Mais il n’y a pas que les bibliothèques dédiées au livre : il y a aussi les librairies ! Et certaines, très anciennes ou originales valent le détour. Je citerai pour celles que je connais : La librairie du Bal des ardents à Lyon avec son arche de livres, la librairie Waterstone’s à Coventry (UK) et sa fausse ambiance à l’ancienne, The American Book Center à La Haye (Pays-Bas)…

Plus sympa encore, les cafés-librairies : un lieu où l’on peut chiller tout en lisant sur place. Plusieurs formules existent. Par exemple, il y a des mangas-cafés où l’on paie un forfait à l’heure pour lire autant de mangas que l’on veut, les cafés-librairies où l’on peut lire un livre et repartir avec, ou encore les cafés où des livres sont à disposition du public et font partie de la déco.

Pour aller plus loin…

sur Instagram, j’ai récolté des Hashtags relatifs au tourisme littéraire. Si vous avez un compte, et que le sujet  vous intéresse, je vous invite à regarder leurs flux pour de belles découvertes : #lireetvoyager, #voyagelittéraire, #tourismelitteraire, #literaryplaces, #booktourism, #prettybookplaces

Sur Facebook, il y a The fabulous Weird trotters qui proposent de temps en temps des lieux imaginaires via une publication.

Au niveau des blogs, La vie est un roman propose plusieurs articles sur des lieux de tourisme littéraire avec de supers photos. Je n’en connais pas d’autre pour le moment.

Quelques sites m’ont inspirés pour réaliser cet article  :

  • Hisour.com évoque plusieurs lieux littéraires à travers le monde et une définition assez complète du sujet
  • Babel balades propose des idées de visite surtout en France
  • Chantal Neault dans un article intitulé De la littérature au Circuit touristique pour le site Veilletourisme.ca réalise une définition très juste du sujet et recense des initiatives au canada et à New-York
  • Nathalie Nyang dans un article intitulé Sous le regard des écrivains ou dans les pas de nos héros, pour le site Balises de la BPI évoque d’autres lieux littéraires comme Paris et le Musée Sherlock Holmes.

Annonce ! Comme cet été, je ne pars pas en vacances, j’ai décidé de les vivre par procuration en revisitant des photos de lieux où j’ai posé un pied, toujours en lien avec la littérature. Chaque semaine entre juillet et août, je mettrai en ligne sur mon compte instagram des photos de mes voyages touristiques littéraires avec quelques commentaires. Mon compte est en mode public, donc même si vous n’avez pas de compte, vous pouvez quand même y avoir accès ici, et sur le côté droit de ma page d’accueil.

Voyage et littérature,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Une réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.