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La cité des chimères, Vania Prates, Snag éditions

Dans les cinq finalistes du PLIB 2020, je me suis empressée de lire ce livre afin de finaliser mes choix de vote. Malgré quelques bonnes idées, je suis restée sur ma faim. Voici mon avis et les raisons pour lesquelles je ne voterai pas pour ce roman.

Résumé : Le monde tel qu’on l’a connu a disparu. Chaos, misère, famine … Les Hommes ont enfin trouvé un équilibre et se sont organisés en guildes, guidé par leur chi, leur nature profonde. Guilde des Marchands, des Inventeurs, des Alchimistes, des Gardiens ; tous demeurent fidèles à ce qu’ils sont afin de vivre en harmonie avec la nature et les animaux particulièrement respectés, créant une cité semblable à une ville sylvestre. Dans ce monde proche de l’utopie, Céleste, une jeune fille de 17 ans, n’a pas de chi. Le jour où elle rencontre Calissa, mystérieuse contrebandière, elle est loin de se douter qu’elle va se retrouver embrigadée bien malgré elle dans une histoire complexe qui même non seulement le dirigeant de Lowndon Fields, mais également la très redouté « Confrérie des Sans-loi ». Entre ruse, savoir, intrigues et faux-semblants, Céleste va devoir changer sa vision du monde.

Mon avis

Attention, cette chronique comprend des spoilers concernant le roman en troisième partie.

Par ailleurs, comme je suis tenue dans le cadre de mon engagement de jurée du PLIB d’écrire une chronique sur ce finaliste, j’ai dérogé à ma sacro-sainte règle de ne pas parler des livres que je n’ai pas aimés.

Un univers original 

L’auteure développe deux intrigues en parallèle dans un univers utopique/ post-apocalyptique avec de la magie, et où la nature a repris ses droits. On vit à l’ancienne et on collecte des objets d’avant l’apocalypse tout ignorant  leur utilisation.

Dans cet univers, chacun dispose d’un talent inné (ou Chi) qui révèle à l’adolescence leur nature profonde. Certains sont rassemblés en guildes, d’autres agissent en solitaire. Certaines guildes sont rassemblées à Septentria, sorte de château magico-mécanique protégé par les Gardiens, des humains capables de communiquer avec les animaux. Là, les  immergeants plongent littéralement dans leurs lectures pour en apprendre davantage sur l’ancien monde, les alchimistes réalisent des inventions, les médecins inventent des remèdes… A la fois craintes et vénérées, ces guildes apportent la connaissance au peuple mais restent aussi très secrètes sur leurs activités. Et surtout, elles sont une entité à part entière, opérant sans le dirigeant de la ville et son conseil de notables.

Une guilde reste mystérieuse par sa disparition soudaine : celle des chiméristes à laquelle appartient Calissa, une des deux héroïnes principales de l’histoire. Cette énigme sous-tendra l’ensemble du récit.

Le roman se compose de deux intrigues en parallèle : un roman d’apprentissage associé à la découverte de Septentria et du pouvoir de Céleste et un roman d’espionnage avec Calissa, engagée par le dirigeant de Lowndon Fields pour connaître celui qui a tenté de l’assassiner.

Les deux histoires vont s’entremêler avec la rencontre des deux jeunes femmes occasionnant d’autres sous-intrigues dont une sur l’Histoire des guildes et une autre sur un complot politique.

La partie concernant le pouvoir des immergeants m’a beaucoup intéressée car elle développe l’imaginaire et reste un sujet d’étude intéressant quant à l’écriture de mon propre roman. Elle soulève également des questions éthiques importantes sur la censure et le droit (ou plutôt la nécessité) de ne pas savoir certaines choses afin de ne pas devenir fou. L’idée de laisser les immergeants évoluer dans un château avec des pièces oniriques pour éviter qu’ils restent ancrés dans la réalité m’a aussi semblé original : une bonne métaphore de l’expression « avoir la tête dans les nuages ».

Des personnages travaillés

L’univers de la Cité des chimères est peuplé de personnages à la psychologie élaborée qui ne m’ont pas laissée indifférente. Excepté le personnage de Céleste que j’ai trouvé trop naïf au point de vouloir lui coller des gifles, j’ai apprécié l’évolution de tous.

Immature, incapable de cacher ses émotions, peu combative face à l’opinion de sa famille, Céleste prend de l’assurance au fil du roman jusqu’à avoir pleinement confiance en ses capacités. Mais le chemin est long avant d’y parvenir ! Son bracelet d’humeur apporte une touche d’humeur inattendue aux moments les plus inopportuns.

Calissa quant à elle,  cache ses émotions tout comme un lourd passé. Dernière survivante de sa guilde, elle se compose un personnage de contrebandière et s’est recrée une famille :  la Confrérie des sans lois. Elle est mystérieuse mais on devine, derrière sa carapace de dure à cuire, une fragilité liée à son envie de retrouver sa famille de chi et un profond désir de justice.

Daniel, l’immergeant fils à papa de Septentria a un caractère de cochon et semble indifférent à tout ce qui l’entoure au début du roman. On découvrira qu’il peut faire preuve de profondeur et de maturité. Son cynisme et son jugement infaillible sur les gens permettra de faire mûrir Céleste et d’aider à la progression de l’enquête autour de la guide des Chiméristes.

Les membres de la Confrérie des Sans Lois ont tous un passé et une personnalité très sympathique malgré leur côté rebelle. On compte un ancien ninja qui a renié sa guilde pour suivre son chi, un mystificateur qui cache son don, une gardienne au grand coeur et son furet voleur…Ils sont liés par une envie de justice, mais aussi l’amour du danger (pour certains).

Alexian, à travers son don interroge sur la question de l’héritage familial et des choix que l’on fait dans sa vie. Je l’ai trouvé très intéressant de ce point de vue, en plus de son côté espiègle qui permet d’alléger l’histoire par moments.

Même les frères de Céleste ont un intérêt et représentent la bêtise de la population vis à vis de la réputation de Septentria, et surtout le personnage du marchand peu scrupuleux. Soucieux de faire prospérer leur entreprise, ils exploitent leur soeur Céleste qu’ils estiment bonne à rien car sans chi.

Quelques bémols (Attention Spoilers)

Concernant l’intrigue, j’ai eu du mal à accrocher au départ, du fait des longueurs présentes dans la première partie du roman. Et j’ai bloqué sur l’histoire du chi, dès le début du récit. Pour moi, le Chi représente l’énergie vitale chinoise. Quand j’ai vu le terme dans le récit, j’ai aussitôt pensé qu’on allait parler d’Asie. Cela m’a induit en erreur jusqu’à ce que le terme soit expliqué dans un chapitre. Je précise que je n’avais pas lu le résumé du livre avant ma lecture.

Par ailleurs, j’ai l’impression d’être passée à côté de la partie apprentissage de Céleste car j’étais plus intéressée par l’intrigue de Calissa. Cela est dû peut-être à deux choses : d’une part, je suis fan des romans d’espionnage mettant en scène des personnages marqués par la vie et Calissa remplit ces cases, avec des rebondissements inattendus à la fin du récit dignes d’un braquage.

D’autre part, l’histoire de Céleste, quoique intéressante sur la partie immergeante, m’a parue fade car je n’ai pas accroché au personnage. Je crois que j’ai lu trop de romans d’apprentissages pour être facilement surprise par les intrigues de ce genre. Par exemple, j’ai noté quelques références subtiles à Harry Potter (où je l’ai peut-être rêvé?) comme la présence des labyrinthes de Septentria, qui ressemblaient aux escaliers volants de Poudlard dans leur fonctionnement. Pour le coup, j’ai trouvé son histoire de trop, même si elle contribue à faire avancer l’énigme de la disparition de la Guilde des Chiméristes.

Au sujet de l’univers, je suis restée sur ma faim concernant le côté post-apocalyptique utopique. A quel moment les gens ont pu oublier l’utilité de certains objets ? Quand a eu lieu ce grand Boum qui a tout détruit ? Est-ce que tout était lié à un événement magique ? Ce roman est censé être une introduction à l’univers car un deuxième tome est prévu. Je comprends l’idée de laisser des questions en suspens, mais là, il m’a semblé que je ratais quelque chose.

Je n’ai pas compris non plus l’utilité d’inclure les chimères dans cet univers ni l’importance de l’histoire de la Guilde des Chiméristes qui m’a semblé de trop. Quel est le rôle des chimères dans cet univers ? A aucun moment, nous n’avons l’impression qu’elles représentent un danger permanent pour la ville. Elles n’apparaissent qu’une seule fois dans l’histoire, quand Calissa en chasse une dans l’un des chapitres. On voit que c’est un monstre… mais où vivent-elles ? Que font-elles ? Mystère… Je suis donc restée sur ma faim à nouveau.

Pour finir, même si j’ai beaucoup apprécié les personnages (sauf Céleste), il m’a semblé lire une esquisse de ce qu’ils pourraient être. J’espère que l’auteure les développera plus dans le second tome à venir.

En conclusion : Un premier tome avec de bonnes idées, qui permet d’introduire un univers intéressant avec des personnages attachants, mais qui manque de profondeur pour un public adulte. Je pense qu’il intéressera plutôt un public adolescent (beaucoup moins pointilleux que moi) et j’espère que la suite permettra d’élucider l’ensemble des points laissés en suspens et de découvrir un peu plus les personnages.

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Les Hurleuses, tome 1 de Vaisseau d’Arcane, Adrien Tomas, éditions Mnémos

Quand j’ai su qu’Adrien Tomas publiait un nouveau roman dans le même univers qu’Engrenages et Sortilèges, et qu’en plus les Editions Mnémos me proposaient de le lire en service presse, j’ai sauté sur l’occasion… et je n’ai pas été déçue. En plus de nous faire découvrir une nouvelle partie de ce monde magique et technologique très riche, il a su instiller des questions importantes derrière son récit. Voici mon retour sur ce premier tome…

Résumé : Quand la magie, tombe en orage, ceux qu’elle touche ne sont plus jamais les mêmes. Sof, jeune infirmière courageuse et intelligente, en a tout à fait conscience lorsque son frère, éminent journaliste à la plume acérée, est frappé par un éclair qui le laisse à peine capable de se déplacer, son esprit à jamais perdu dans les méandres de l’Arcane. Elle décide de l’emmener loin de la cité où ils ont grandi.Ensemble, il fuient à travers les forêts aux secrets jamais percés et dans les steppes dévastées. Ils découvriront un monde redoutable, sans se douter une seconde des enjeux qui se tissent autour de leur destin, où chaque faction tire ses fils avec une virtuosité machiavélique.

Mon avis : 

Une intrigue aux ramifications complexes

Adrien Tomas nous emmène encore une fois dans un univers associé à la magie. Mais cette fois-ci, elle peut être meurtrière, au sens où les Touchés par la foudre de l’Arcane voient leur personnalité s’effacer au profit de l’entité surnaturelle et devenir des sortes d’handicapés mentaux. Récupérés au service exclusif de l’Etat, pour le Bien Commun, ils deviennent une main d’oeuvre gratuite, au grand dam de leur familles.

C’est dans ce contexte que de Sofena, infirmière décide de s’enfuir avec son frère Solen, touché par la foudre magique. Elle refuse de laisser l’Etat lui voler sa seule famille. Qui plus est quand elle comprend que la personnalité de son frère est encore là, quelque part et que le destin n’est peut-être pas le seul acteur de son malheur.

L’auteur nous emporte dans une course-poursuite haletante, où les personnages vont croiser la route de plusieurs protagonistes dont l’espion-assasin Nym, au service du gouvernement, mais aussi des orcs, des assassins, et  des soldats grimmnois.

Aidés de Nym, les deux fugitifs iront se perdre dans les Hurleuses, un territoire dominé par les Orcs et les chercheurs d’Arcanium, mais surtout au centre d’un conflit entre le Grimnark et la Tovkie, les deux pays limitrophes, ce qui ne sera pas sans leur poser quelques problèmes.

Pendant ce temps, au Grimnark, l’évasion de Solen a fait grand bruit et la chasse au Touché est lancée. D’autres agents de l’Etat vont se lancer à leurs trousses, mais si Nym est plutôt sympa, les autres ne feront pas dans la dentelle.

En parallèle, un nouveau diplomate est nommé pour la délégation des Abysses au Grimnark, afin de remplacer le précédent assassiné. Le poisson-Ambassadeur Gabba Do est curieux des humains et surtout très soucieux de faire ses preuves, alors que ses supérieurs souhaitent qu’il fasse profil bas. Malheureusement la curiosité l’emportera sur les devoirs diplomatiques…

Les deux intrigues vont se mêler étroitement avec de nombreux rebondissements et du suspense à revendre pour une conclusion complexe, qui m’a agréablement surprise.

Un univers bien ancré sur fond politique

L’univers de Vaisseau d’Arcane est identique à celui d’un autre roman d’Adrien Tomas pour la jeunesse, et dont j’ai déjà réalisé la chronique : Engrenages et Sortilèges. Malgré quelques clins d’oeil à ce roman à travers les pérégrinations éthérées de Solen et de l’Arcane, l’auteur nous dévoile une ambiance plus sombre dans une autre partie de l’univers : le Grimnark, qui ne bénéficie pas de l’Arcanium, la source d’énergie magique, comme à Celumbre.

Le Grimnark est pays un peu royaliste sur les bords :  le peuple est dévoué aux dirigeants et peu soucieux de se rebeller. Son nom fait penser aux pays nordiques, tout comme son climat. Ici, les orages d’Arcanium frappent sans arrêt et au hasard, obligeant la capitale à activer un dôme de protection en cas de changement climatique soudain et les puissants contrôlent le pays.

Comme la magie est trop instable pour être contrôlée, ce pays s’en est passé pour se développer, en faisant progresser la science et la technologie, et en considérant la magie comme objet d’étude. Mais quand la Tovkie, son ennemi juré, commence à utiliser l’Arcanium comme source d’énergie afin d’alimenter sa technologie, le Grimnark se résout à utiliser le potentiel magique des Touchés, afin de garder sa supériorité scientifique.

C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages : Sofena est infrmière et s’est intéressée aux études sur les Touchés, Solen écrit des articles qui dénonce les manigances des dirigeants de son pays, Gabba Do essaie de comprendre les moeurs Grimnoises, Nym manigance pour les politiques.

Le roman met en lumière les tensions politiques entre le Grimnark avec les pays limitrophes concernant l’utilisation de l’Arcanium, mais pas uniquement.

La Tovkie, sorte de russie communiste apparaît comme un idéal pour certains ouvriers grimnois. Son organisation menace le système politique du Grimnark. On le verra à travers le personnage de Garolf De Wise qui essaie d’expliquer, à sa manière, le système politique inégalitaire de son pays au diplomate des Abysses. Mais aussi de manière plus fugace, à travers un médecin qui pose des prothèses mécaniques aux soldats grimnois et qu’on soupçonne d’être un espion.

Les Hurleuses, no man’s land mi-désertique mi-sauvage est dominé par les orcs. Ces créatures vivent en tribus, sont connectées à la nature et se rapprochent de certaines représentations des elfes en faisant pousser des plantes. Les bannis finissent dans les grandes villes comme jardiniers et croque-morts car ils se nourrissent des nutriments présents dans les corps humains, en dehors de leur forêt d’origine. Comme ils traînent cette mauvaise réputation, les humains les  considèrent comme des parias ou des bêtes sauvages. Le mystère qui entoure leur mode de vie n’aide pas à les blanchir pour autant. Pour ma part, j’ai trouvé qu’ils se rapprochaient beaucoup des Indiens d’Amériques par leur mode de vie et leur histoire, car les « êtres civilisés » grimnois et tovkien grignotent peu à peu leur territoire, les obligeant à se battre ou à voler pour survivre. On verra aussi que la haine est réciproque avec la tentative d’un humain de s’intégrer à une tribu, ce qui cause des dissensions parmi les orcs. Ce sont les seuls à vraiment comprendre comment fonctionne l’Arcane, contrairement aux autres cultures, à travers leurs croyances liées à la Nature et aux Esprits.

Quant aux poissons des Abysses, les guerres humaines semblent être le cadet de leur souci. Sorte de Suisse observatrice du conflit, ils ont plutôt la curiosité de comprendre les relations et mode de vie humains sans s’impliquer outre mesure. On sent chez eux une supériorité intellectuelle et technologique qu’ils gardent pour eux. Et même si Gabba Do est plutôt curieux, il représente un spectateur très naïf des ambitions humaines.

L’Arcanium les réunis tous mais pour des raisons et des utilisations différentes : magie, mécanique, source de pouvoir ou religion.

A travers cette histoire, j’ai trouvé que l’auteur émettait une critique forte des guerres provoquées par l’attrait d’une ressource, et leurs conséquences désastreuses.

Des personnages intéressants et bien construits

L’action est menée par des personnages à la psychologie travaillée, qui évoluent au fil de l’histoire. Car rien n’est blanc ou noir dans Vaisseau d’Arcane !

Si Sofena est une infirmière émérite qui respecte la loi au pied de la lettre, elle n’est pas pour autant un mouton. Dès qu’elle sent que son univers est menacé et malgré les règles grimnoises, elle n’hésite pas à s’affranchir de tout par amour pour son frère, allant jusqu’à quitter son fiancé. Sa façon de penser ultra-méthodique ne laisse pas la place aux émotions, même s’il lui arrive de perdre pied. Son dévouement à son serment d’Hippocrate transcende la raison : peu importe si le blessé est un ennemi, elle ira lui porter secours.

Solen, avant de recevoir la foudre, apparaît comme un jeune homme profitant des plaisirs de la vie mais aussi engagé dans des combats politiques à travers ses articles. Une fois devenu Touché, il va faire preuve d’une résistance hors du commun en s’efforçant de ne pas laisser sa personnalité s’effacer face à l’Arcane. Il vivra un voyage mystique invisible au yeux des autres, car si son corps ressemble à celui d’un pantin au sourire béat, son esprit sera transporté à travers d’autres touchés ou animaux arcaniques. L’Arcane essaie de le séduire tout en lui montrant sa nature profonde. Ce premier tome nous laissera un peu sur notre faim à ce sujet.

Nym est plus complexe : Opérateur (espion-assassin) pour le Grimnark, il bénéficie de la « musique », sorte de don inné pour anticiper les dangers, qui lui permet de se sortir de toutes les situations. Du côté de Sof et Sol, il joue un jeu trouble pour des raisons pas évidentes au début mais qui prennent sens en fin de roman. On sent un besoin sincère de faire le Bien chez lui, mais ses actes semblent indiquer le contraire. Le dénouement du roman mettra en lumière ses motivations réelles.

D’une manière générale, l’auteur fait apparaître les points forts comme les faiblesses de chaque personnage : assassins du cénacle bien solitaires, orcs persécutés, humain adopté par les orcs qui essaie de s’intégrer, diplomate tenu en laisse par ses supérieurs…

La question de l’être civilisé reviendra régulièrement, notamment avec les orcs qui apparaissent plus humains que leurs ennemis alors que leur mode de vie est associé à la nature, donc sauvage. Mais aussi avec  les assassins, au service d’un maître et agissant parfois contre leurs principes. L’auteur nous montre ainsi que l’humain est complexe et que sa définition du Bien et du Mal l’est tout autant en fonction de son vécu ou de ses intentions.

En conclusion : Adrien Tomas signe un roman intelligent qui aborde, sous couvert de magie et de technologie, des questions d’actualité comme les conflits liés aux ressources naturelles ou la discrimination associée à un mode de vie. C’est le début d’une nouvelle saga prometteuse qui devrait plaire aux amateurs d’intrigues à suspense et de personnages non-manichéens.

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour l’envoi de cette intrigue palpitante. J’attends avec impatience la suite pour découvrir ce qu’il advient des personnages et du mystère associé à l’Arcane. 🙂 

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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Relu pendant le Bingo du Plib, Royaume de vent et de Colères m’a transportée à nouveau dans cette uchronie autour de Marseille et des guerres de religion, en 1596. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : A Marseille, en 1596, un complot se prépare en vue d’assassiner les leaders politiques du parti catholique, en rébellion contre le parti protestant du Roi de France, Henri de Navarre. L’action  se déroule principalement dans une auberge, celle d’Axelle, ancienne mercenaire où évoluent les acteurs, opposants et adjuvants de ce complot : le chevalier Gabriel, qui a renié sa foi protestante pour rester en vie et se bat aux côtés des catholiques, Victoire, chef de la guilde des assassins effectuant sa dernière mission, Armand, moine de l’Artbon qui a fuit son monastère pour déserter la guerre et sauver son amant. Pendant ce temps, dans les geôles du chef de la ville, Silas est soumis à la torture pour savoir ce qu’il faisait cette nuit, avec d’autres hommes et un baril de poudre au pied des remparts, alors que le Roi de France est aux portes de la ville…Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est ce qui les a poussés à devenir ce qu’ils sont? Comment tout cela va-t-il se terminer?

Mon avis :

Un titre évocateur

Un Royaume de vent et de colères, c’est avant tout un roman qui évoque le Mistral de Marseille et la colère de ses habitants. Ou plutôt ses colères car les raisons de chacun peuvent être différentes.

A travers une galerie de personnages bien dessinés, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse le portrait d’une ville et d’une époque marquée par les luttes de pouvoir et la religion. Ainsi, Axelle ancienne mercenaire convertie en aubergiste brûle d’une soif de combats étouffée une vie domestique par amour pour son mari. Le chevalier Gabriel, éprouve une rage honteuse envers lui-même suite à sa conversion forcée à une religion qui lui a volé sa famille. Armand hait le Roi qui l’utilise au nom d’une tradition religieuse à des fins militaires, au détriment de sa santé et de celle de ses disciples. Et de manière plus générale, les taxes sans fin des plus pauvres enrichissent les plus riches sans apporter de contrepartie font de Marseille une ville sur le point d’exploser en début de roman.

Dans une intrigue haletante, proche d’une mise en scène théâtrale ou d’une partie d’échec, l’auteur déroule son histoire en alternant les temporalités. Passé, Présent, Futur… il joue avec le temps afin d’expliquer le parcours de chaque personnage et ce qui guide leurs actions. L’écriture est incisive, proche de la nouvelle avec un chapitrage découpé selon la voix d’un personnage. Progressivement, la tension monte, jusqu’à son apogée en troisième partie de roman où l’orage politique éclate et balaye tout sur son passage.

On sent que Jean-Laurent Del Socorro a réalisé de nombreuses recherches historiques sur cet événement de l’Histoire de France. Il a su également le vulgariser et y apporter sa touche personnelle. Le complot et ses ramifications politiques sont assez faciles à comprendre pour un lecteur peu averti. La présence de l’Artbon, à la fois destructeur et addictif amène une interrogation nouvelle sur l’utilisation de la magie à des fins politiques.

Des personnages forts

A travers ce siège, Jean-Laurent Del Socorro nous dévoile des personnages aux préoccupations personnelles proches des nôtres : sacrifier sa carrière à sa famille pour Axelle, faire face à la vieillesse  pour Gabriel, accomplir un dernier exploit pour Victoire, faire preuve d’ambition pour Silas.

Les personnages ont également tous des regrets, esquissés au fil de leurs récits personnels : vivre son amour au grand jour pour les deux moines, être bien née ou rencontrer l’amour pour la cheffe des assassins, venger sa famille assassinée pour le chevalier, avoir eu une mère aimante pour Axelle. Seul Silas apparaît comme un être mystérieux dont on sait peu de choses excepté qu’il adore les pommes et qu’il est prêt à tout pour devenir chef des assassins. Il apporte une touche de légèreté dans le récit, malgré la torture dont il est l’objet, avec des scènes  à glacer le sang.

L’auteur instille comme toujours un côté égalitaire en montrant des personnages féminins forts et ambitieux, ainsi que des personnages masculins sensibles, à l’opposé de ce qui a pu exister jusque là en Fantasy. Il évoque aussi le racisme avec Silas et le gâchis  humain des guerres avec Axelle et sa troupe de mercenaires.

Quelques mots sur la nouvelle présente en fin de roman : Gabin sans « aime »

Après le roman en lui-même, une nouvelle mettant en scène Gabin, le jeune commis d’Axelle, apporte un éclairage sur le passé du garçon et quelques éléments pour mieux comprendre le mystérieux Silas.

Gabin a été élevé par un père violent, suite au décès de sa mère. Il vit avec la peur de la colère de son père, comme de la sienne. Cette colère ressort quand il joue avec ses camarades, à travers des rixes violentes alors qu’il est d’un tempérament doux. Il voit la colère comme une forme malfaisante qui prend possession de lui ou de son père lorsqu’il a bu.

Axelle voit en lui l’enfant qu’elle a été et lui fait une place dans son auberge, dévoilant un  coeur tendre derrière sa carapace de soldat. Silas le croise pendant une planque pour la guilde et s’émeut également de sa situation. Il y répondra à sa manière…

Le récit est narré par Gabin avec ses mots d’enfant, ce qui apporte une dose de légèreté à ce sujet sérieux. Comme il s’embrouille parfois et confonds des termes proches phonétiquement cela occasionne des passages hilarants. La confusion entre mort et maure est tout simplement géniale.

Avec cette nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro décrit la situation des enfants battus et  la manière dont ils gèrent leurs émotions et leur passé afin de tenter de vivre une vie normale. Gabin pense qu’il n’est pas digne d’être aimé à cause de sa colère qu’il ne maîtrise pas. Axelle et Silas lui apprendront deux manières de s’en sortir. A lui de choisir la sienne.

En conclusion : Ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est d’une justesse littéraire et d’une intelligence rare pour le tout jeune auteur qu’il était en 2015. Son style synthétique et percutant, aux thématiques actuelles nous interrogent sur le sens de l’existence tout en nous divertissant. Avec la publication de Bouddicca, on sent un prélude à ce qui éclatera dans Je suis Fille de Rage, à la manière du Mistral sur la ville de Marseille. Un Royaume de Vent et de Colères est roman historique avec une pointe de magie qui vous emmènera au coeur d’un complot dont vous ne sortirez pas indemne.

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Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉

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Les tribulations d’Esther Parmentier, Cadavre haché, vampire fâché, Maëlle Desard, Rageot éditions

Une lecture légère et amusante pour l’été, cela vous tente ? Faites la rencontre d’Esther Parmentier, une fille ordinaire qui se découvre sorcière de bas niveau et embarquée comme stagiaire dans une sorte de police magique. Réussira-t-elle à s’en sortir avec son caractère de cochon et ses complexes ? Pour cela, entrons dans ce premier opus hilarant…

Résumé : Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Mon avis

Esther, un personnage à part entière

Dès le départ, l’auteure nous propose un personnage attachant qui n’a pas la langue dans sa poche et bourré de complexes. Esther a 19 ans, des bourrelets en trop, des cheveux ultra-rebelles, a la phobie du sport et déteste absolument l’été. Pas de bol, à Strasbourg où elle fait son stage de comptabilité, c’est la canicule !

Ajoutez à cela une mère qui lui a piqué son petit-ami, une addiction aux jeux-vidéos et sa propension à se fourrer dans des situations qui lui valent des ennuis et vous aurez un portrait en règle de sa petite personne.

Même quand elle se découvre un don de sorcière, il s’avère nul (sorcière de niveau 2 !). Cependant, la petite rousse a plus d’un tour dans son sac et va se révéler une enquêtrice hors pair lors de cette première aventure.

Accompagnée de son tuteur, le ténébreux vampire Loan, qui ne peut pas la piffer, de Mozzie un fantôme ultra-connecté, de Marine une Banshee invisible qui ressemble à une poupée Bratz, de Roger un papi-goule, de Dario le Djinn exhibitionniste et du capitaine Verner un loup-garou à moustache, elle va devoir s’adapter à son nouvel univers et résoudre une enquête autour d’adolescents disparus. Compliqué pour des débuts !

Moi qui ne supporte pas la chaleur, j’ai plus qu’acquiescé aux récriminations d’Esther sur les gens aux aisselles puantes dans les transports en commun ou encore le port de la veste en cuir qui devrait être interdit au-dessus de températures dépassant 24 degrés.

J’ai ri de son franc-parler, de ses prises de becs avec Loan, des situations dans lesquelles elle réussit à se fourrer sans le vouloir, des personnages secondaires tout aussi barrés.

J’ai ri aussi du décalage entre l’équipe (bien calée sur la magie mais pas la modernité) et Esther qui est bourrée de références geeks ou tout simplement au 21ème siècle auxquelles le vampire, le loup-garou ou le Djinn ne comprennent rien.

Ce personnage change des héroïnes parfaites habituelles trop lisses qui sont parfois agaçantes de perfection. Esther qui dit ce qu’elle pense, avec parfois un peu de culot et une touche d’humour, et on a l’impression qu’elle est une sorte de porte-parole du lecteur qui casse les codes de l’univers établi dans ce livre. Et ça fait du bien !

Une enquête aux multiples rebondissements

Au-delà du côté humoristique du livre et de son personnage principal haut en couleur, on trouve une enquête policière qui nous mène du côté des vampires mais aussi d’un challenge internet : le Ghost Challenge. Sous couvert du challenge, des jeunes adolescents disparaissent mystérieusement.

Le corps de l’un d’entre eux est retrouvé par l’ACDC (=l’Agence de Contrôle et de Détection des créatures, on sent que l’auteure s’amuse !) où Esther est stagiaire. Voilà notre héroïne partie avec l’agent Loan sur les traces des vampires et d’un trafic de venin et la découverte d’autres organisations : des terroristes magiques, une association réclamant l’indépendance des goules, le conseil des anciens vampires, etc…

La fine équipe ralliera plusieurs villes : Montpellier, la Bretagne, et rencontrera d’autres agents dans des bureaux tout aussi pourris que ceux de l’ACDC, ainsi que d’autres créatures magiques plus ou moins amicales.

Sans vouloir en dévoiler plus, vous irez de révélations en révélations autour de l’univers magique mais aussi du passé des personnages, qui feront avancer progressivement l’histoire.

La fin de l’enquête, sur les 20 dernières pages est plutôt bien menée et ne vous laissera pas sur votre faim.

L’auteure a su conclure efficacement l’enquête ainsi que plusieurs arcs narratifs avancés dans l’histoire. Un autre tome est à prévoir, mais il sera plutôt centré sur les origines magiques d’Esther et son apprentissage de sorcière, amenant une autre enquête.

Un univers basé sur la discrimination

Dans ce premier opus, nous apprenons en même temps qu’Esther l’existence d’un univers magique dans une autre dimension auquel on accède par des portails créés par des sorcières. Cet univers est réglementé par un organisme appelé le CRIS qui régit également le comportement des créatures magiques sur terre.

Les créatures magiques sont le fruit de l’union entre des êtres Sidhiens et des humains : Sorcières, Djinns, Loup-garous… Mais tous ne sont pas au même niveau.

Les sorcières sont en haut de l’échelle grâce à leur capacité à ouvrir des portails, importants pour les échanges commerciaux ou de nourriture avec la terre. Les loup-garous sont souvent des chefs de meute ou d’équipe grâce à leur capacité à se faire obéir des autres créatures.

A l’inverse, les vampires et les goules sont mal-aimés. Les premiers à cause de leur côté rebelle et imprévisible, et parce qu’ils se nourrissent des humains. On les appelle les sangsues. Les seconds parce que ce sont des créations de vampire qui n’obéissent qu’à eux. On les appelle les asticots.

Les goules sont un cas à part, et vraiment en bas de l’échelle sociale. Ils sont à la fois craints car ils se nourrissent de chair en décomposition et savent se battre férocement, mais aussi utiles pour retrouver les souvenirs d’une victime par des visions en mangeant une partie de son corps. Ce sont des créatures issues d’humains trop souvent mangés par des vampires qui se sont métamorphosés à cause du venin injecté par leurs maîtres.

Certaines goules se revendiquent libres, sans maîtres ce qui a pour effet d’attiser une animosité de la part des vampires, craignant de voir ces créatures échapper à leur contrôle et exister sans eux, mais aussi les tuer sans sommation.

A travers cette enquête, on verra que le statut de goule s’apparente presque à une forme d’esclavage moderne, mettant les vampires du côté des racistes.

L’agent Loan est également l’objet de discriminations car il est le seul vampire de l’Agence. Il est méprisé à la fois par ses collègues agent car il est un suceur de sang, mais aussi par les vampires car il travaille avec l’ennemi.

Quant à Esther, elle cumule plusieurs discriminations dans cette histoire : en plus d’être rabaissée comme stagiaire sans expérience (alors qu’elle a plus de jugeote que toute l’équipe réunie), et sorcière de bas étage, elle est victime de grossophobie. La scène de sa rencontre avec la responsable de l’agence de détection et contrôle des créatures magiques de Montpellier est assez éloquente sur le sujet. Cependant, la rouquine ne se démonte pas et use de son intelligence et de sa gouaille pour rabattre le caquet de ceux qui se moquent d’elle. Une belle leçon de vie.

Quelques bémols :

Quand j’ai commencé le roman, je suis tombée sur quelques clichés (ex : le vampire habillé comme Neo dans Matrix) et j’avais l’impression de comprendre en quelques pages une intrigue avec de grosses ficelles. Que nenni ! J’ai bien fait de persévérer car le dénouement m’a bluffée.

Destiné à un public jeunesse, je trouve que ce livre se lit aussi bien du côté des adultes. Je n’ai pas compris pourquoi il était classé en Young adult et j’ai l’impression qu’il rate son public. Le fait que l’héroïne ait 19 ans, évoque des références modernes à internet et la présence de langage sms à un moment donné de l’intrigue ne justifie par cette catégorisation à mon sens. Au contraire, je trouve qu’Esther a des réflexions très matures concernant l’enquête pour son âge. La même enquête avec une héroïne un poil plus âgée mais assumant son côté geek ne m’aurait pas choquée.

Pour revenir au langage sms utilisé par Esther en milieu de roman, j’ai été agacée de sa traduction en bas de page. Non pas que cela soit inutile pour ceux qui ne maîtrisent pas cette forme d’expression, mais l’utilisation du langage soutenu m’a parue incongrue. A moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’humour…

En conclusion : Maëlle Desard introduit parfaitement son univers pour ce premier tome, à travers le personnage déjanté d’Esther, et nous propose dans un style frais à l’humour décalé, une enquête aux multiples rebondissements. Un roman d’été qui vous fera pleurer de rire.

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Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas, éditions Rageot

Bienvenue à Celumbre et son Académie de magie et de mécanique ! Ici, on entretient l’animosité entre les apprentis, afin de maintenir la compétition entre les deux factions. Et si, un mage et une mécanicienne formaient une équipe malgré eux ? Tel est le point de départ de Engrenages et Sortilèges…

Résumé : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis :

Un roman jeunesse sur l’adolescence

Dans ce roman, nous serons confrontés à deux personnages principaux forts, que tout oppose : Grise et Cyrus.

Grise ou Grisella est la fille d’un ingénieur d’Etat réputé. Elle vient d’un autre pays et est noire. Elle étudie la mécanique à l’Académie de Celumbre et est plutôt douée dans son domaine. Elle a un côté Hermione Granger, respecte les règles et les professeurs et a déjà choisi un futur métier. Plutôt solitaire du fait de son ambition, elle aimerait se faire un ami qui la comprenne. Du fait de son statut de mécanicienne et d’étrangère, elle est également marginalisée par les apprentis mages, dont Cyrus, qui se moque de son état débraillé et de ses doigts pleins de cambouis. Elle vit avec son père, très aimant, qui l’encourage dans ses projets et réalise des automates avec elle. Il s’inquiète cependant qu’elle ne se préoccupe pas des garçons, comme une adolescente normale de 15 ans. Elle a pour compagnon Cog,  un petit robot qui récite des proverbes.

Cyrus est le fils de la Première générale de l’armée des Empires. Il est arrogant, imbu de sa personne, délicat, d’apparence soignée, studieux, mais aussi un peu rebelle et peu enclin à l’effort. Derrière cette façade, il cache deux grandes faiblesses :  le manque d’amour de sa mère qui fait passer le devoir avant tout, et son manque de compétences en élémentalisme alors qu’il maîtrise les autres disciplines magiques. Si Grise est naïve, lui est très perspicace, preuve que les leçons de stratégie de sa mère ont finalement porté leurs fruits. Il a pour compagnon Quint, un chat roux qui est aussi son familier.

Grise et Cyrus se détestent au début du roman, du fait de leur classe respective, concept entretenu par les règles de l’Académie. Mais suite à leur mésaventure commune, ils vont devoir faire alliance, et apprendre l’un de l’autre.

Avec ce duo improbable, nous exploiterons les questionnements liés à l’adolescence : les premiers émois amoureux, la vision de l’avenir, la déception vis à vis des adultes, les choix et leurs conséquences, la confiance en soi, la rébellion envers les adultes ou le système.

A eux deux, ils sont également un bel exemple d’amitié malgré leurs nombreuses contradictions, et de maturité contrairement aux adultes qu’ils rencontreront dans leur périple.

De cette aventure, ils sortiront grandis, un peu moins intellos, et surtout plus portés sur des choses de leur âge. Un vrai roman d’apprentissage en somme.

Un manifeste en filigramme sur la politique et ses conséquences

Celumbre, capitale du pays, est gouvernée par Sarenziah, son impératrice. C’est une femme indolente, rêveuse, plus soucieuse de son apparence que de politique, mais aimée de ses sujets. Elle laisse les grandes décisions à Vezzir, son conseiller qui l’assiste avec dévotion. C’est cette dévotion qui causera la perte du royaume, car Vezzir a de grandes ambitions.

A travers cet univers, Adrien Tomas nous dépeint une situation politique calamiteuse, qui pourrait trouver écho dans notre propre réalité.

Il réalise un décorticage en règle des conséquences d’une guerre et de la taxation, qui créé des conditions favorables à l’enrôlement dans l’armée pour les plus jeunes. Cela fait grandir la criminalité et la pauvreté, et pousse le peuple à de mauvaises décisions par nécessité de survie. Les réfugiés de guerre sont ostracisés, les vétérans deviennent mendiants ou mercenaires, les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, la protection civile sous-payée est corrompue et des factions républicaines se créent en opposition au régime impérial.

Mais l’impératrice disposant d’une image impeccable, personne n’ose penser qu’elle veut le mal de ses sujets et n’ose élever la voix… exceptés les républicains dont on moque les idées farfelues. En parallèle, un empire du crime se créé dans les bas-fonds, comme réponse officieuse au gouvernement en place, avec une autre reine : l’Arachnide.

Si l’univers est purement fictif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a été inspiré de faits réels pour certains détails, et nous donne une bonne leçon de politique digne de la série House of Cards.

Un roman qui entremêle astucieusement magie et mécanique

La force d’Adrien Tomas dans la plupart de ses récits, réside en sa manière d’aborder la magie. Sujet récurrent dans ses romans, il se distingue une nouvelle fois en mélangeant le côté magique de ses personnages à celui de la mécanique.

Dans Engrenages et Sortilèges, l’inimitié des deux personnages principaux a pour point de départ leurs sujet d’étude et compétences au sein de la même Académie. Si Grise étudie la mécanique, symbole d’avenir et de progrès dans cet univers, Cyrus privilégie la magie, plutôt associée au passé.  

A l’Académie, on encourage les mécaniciens à ne pas offusquer les mages car leurs pouvoirs sont liés à ses émotions et ils pourraient perdre leur magie si leur confiance en eux est lésée. Cyrus en est bien conscient et joue de cette autorité pour martyriser les mécaniciens, tout comme ses camarades, ce qui nuit aux relations entre les deux factions. Cela a pour conséquence une forme de révolte intérieure chez les mécaniciens, qui culminera à travers Grise quand Cyrus poussera la plaisanterie trop loin. Cette inimitié tient à l’origine au fait que les magiciens ont peur de se faire remplacer par des machines et que les mécaniciens trouvent leur fonctionnement complètement dépassé.

Le seul point sur lequel magiciens et mécaniciens se rejoignent est l’énergie utilisée dans cet univers :  l’Arcanium.  Subtile invention de l’auteur, qui fait ressentir son parcours scientifique, cette énergie pourrait se rapprocher dans notre réalité du lithium, utilisée dans les batteries, plutôt rare et difficile à extraire. A travers cette histoire, Adrien Tomas lance des pistes de réflexion concernant l’utilisation de cette énergie et son exploitation : doit-elle servir à la destruction ou au bien de tous ? Doit-on l’extraire et à quel prix ?

D’autres réflexions viennent pimenter l’aventure comme le statut des automates, souvent développée dans les romans steampunk ou de Science-fiction. Ici, nous rencontrerons des automates dotés de conscience propre et autonomes, devenus des marginaux après avoir été rejetés ou maltraités par les hommes. Doit-on les considérer comme des êtres humains ? Tel est un des enjeux de ce livre.

Mais la plus grande thématique abordée sera la loyauté envers un système avec qui l’on est en désaccord. Doit-on s’y soumettre ou se révolter ? Et quelles seront les répercussions de nos actions ?

La magie est abordée aussi sous un angle différent en opposant le savoir des livres à celui de la connaissance de soi. C’est ce qu’apprendra Cyrus auprès d’un mage noir qui lui fera étudier la nécromancie, ouvrant ainsi un autre chapitre dans l’étude de la magie dans les récits d’Adrien Tomas.

En conclusion : Engrenages et sortilèges est un roman jeunesse qui, sous couvert de magie et de mécanique aborde des sujets plus sérieux comme la manipulation politique, l’origine de la pauvreté et la délinquance. Il développe également des personnages attachants, en qui l’on peut facilement se reconnaître. C’est une petite pépite à découvrir, sans distinction d’âge.

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Une collection d’ennuis, Alex Evans, éditions ActuSF

Que faire si la collection d’objets érotiques que vous venez d’acquérir vous apporte plus d’ennuis que d’argent ? Tel est le dilemme de Vif-argent, une antiquaire de la Cité de Jarta. Mais l’ancienne voleuse a encore de la ressource ! 

Résumé : Vif-argent, une antiquaire raffinée, s’apprête à mettre en vente une collection pour le moins inhabituelle. De plus, un élément du lot semble attirer la convoitise d’individus aussi divers que mal intentionnés. La jeune femme se retrouve obligée de protéger sa marchandise, tout en gérant les problèmes conjugaux de l’un de ses amis et les bourdes de son ado de fils. Heureusement, Vif-argent a plus d’un tour dans son sac…

Mon avis :

Où l’on rencontre une nouvelle héroïne de l’univers d’Alex Evans

Alex Evans a pour principe dans ses récits de mettre en avant ses personnages féminins. Une collection d’ennuis ne déroge pas à la règle en nous présentant Vif-Argent, ancienne voleuse, antiquaire respectable mais aussi mère célibataire d’un ado en pleine crise dans la belle cité de Jarta.

Femme exilée, sorcière en secret, elle ressemble un peu à Padmé de Sorcières et Associées dans son envie de paraître respectable (même confrontée à des gredins en affaires). Elle a malgré tout bon fond car en plus d’être une commerçante douée, elle s’efforce d’aider ses amis.

Après les sorcières-détectives, les archéologues et les scientifiques, avec ce personnage, nous abordons un aspect de l’univers de Jarta qui a une grande importance : celui des antiquaires. Car souvent la magie réside dans des objets ou reliques, et c’est par eux qu’ils transitent. Il s’agit donc d’un métier potentiellement dangereux, surtout si l’objet en question attire des convoitises peu ordinaires, ou que vous l’avez acquis malhonnêtement.

Une intrigue pleine de rebondissements et d’humour

Une collection d’objets ayant peut-être appartenu à la grand-mère de Padmé (hypothèse personnelle, peut-être erronée) arrive dans la boutique de Vif-Argent et c’est le début d’un bon pactole mais aussi de pas mal de problèmes.

Entre un objet possédé et un autre convoité par plusieurs personnes mal intentionnées, Vif-argent va en voir de toutes les couleurs.

Les éléments de l’intrigue sont jetés ça et aident à maintenir le suspense. Le lecteur, comme l’antiquaire, va devoir mettre les choses bout à bout pour venir à bout de ce puzzle.

Quelques surprises sont à prévoir, mais aussi des passages hilarants avec notamment un chef d’équipage épuisé par sa femme nymphomane (mais soucieux qu’elle lui soit fidèle), un prêtre possédé et surtout un fils en pleine crise d’émancipation.

La pauvre Vif-Argent va devoir faire preuve de sang-froid pour concilier vie professionnelle et personnelle et cela ne sera pas de tout repos.

En conclusion : Une nouvelle amusante qui introduit la caste des antiquaires, auprès d’une héroïne très maline mais dépassée par son fils. Encore une fois, Alex Evans nous propose un personnage féminin qui essaie de se construire une nouvelle vie dans une ville multiculturelle, en partant de rien. Une belle leçon de vie.

Si toi aussi tu as envie de lire cette nouvelle, c’est possible ! Elle est disponible gratuitement sur le site des éditions ActuSF. N’hésite pas à me faire un retour en commentaire 😉

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Les cambrioleurs rêvent-ils de dinosaures mécaniques ? Damien Snyers, édition ActuSF

Et si on embauchait des voleurs pour protéger une oeuvre de musée ? Tel est le point de départ de cette nouvelle de Damien Snyers dans le même univers que La Stratégie des As.

Résumé : Les voleurs faisant les meilleurs gardiens, James se retrouve engagé par l’un des plus redoutables d’entre eux pour garder un tableau dans le musée des Beaux-Arts de Nowy-Krakow. Mais peut-on faire vraiment confiance à une équipe uniquement composée de cambrioleurs ?

Mon avis :

Où l’on présente James, elfe voleur

James est un voleur, mais pas n’importe lequel : c’est un très bon voleur. Il est rapide, intelligent, distribue bourre-pifs comme personne et il est surtout très doué pour repérer les failles dans les systèmes de sécurité.

L’argent qu’il récolte lui sert à … ne rien faire. Un grand luxe quand on ne mange pas tous les jours à sa faim dans la ville de Nowy-Krakow. James est donc un voleur hédoniste et il opère seul. Il a aussi une forme de code d’honneur. La nouvelle se déroule avant La stratégie des As et à ce moment de son histoire, il ne peut compter que sur lui-même.

Aussi, alors qu’il fait trempette aux bains publics et qu’il laisse traîner l’oreille, il entend parler d’une affaire de protection de tableau dans un musée. Le voilà sur le coup, même si cela implique de bosser pour le pire des voleurs : Jaroslaw, un bulgare taré, brutal, vicieux et surtout féru d’art.

Une intrigue qui introduit La stratégie des As

L’idée est simple : le conservateur du musée recrute une bande de voleurs pour protéger un tableau hors de prix. Car qui de mieux qu’un voleur pour déceler les failles de protection ? Et surtout, qui de mieux que le pire des voleurs pour s’assurer qu’aucun autre gredin malintentionné ne se risque à le doubler ou même tenter quoi que ce soit ?

Jaroslaw a des méthodes de recrutement et de management un peu douteuses, mais efficaces. Bien entendu, rien ne va se dérouler comme prévu car on ne peut pas faire confiance à des voleurs. Des rebondissements sont quand même au programme, avec un côté grec mais je n’en dirai pas plus.

Avec cette nouvelle, on met un pied dans La Stratégie des As sur un thème particulier : le statut des voleurs dans la ville. Considérés comme des êtres en marge, très peu dignes de confiance et surtout beaucoup discriminés, même dans des tâches de sécurité (cf la réaction de la commissaire d’exposition). Par ailleurs, le récit également met en avant le côté impitoyable de la ville de Nowy Krakow : sauver sa propre peau, coûte que coûte quitte à la jouer solo. Les moins intelligents se feront bouffer…

En conclusion : Une nouvelle très divertissante, quoiqu’un peu courte, qui permet de découvrir James avant la création de sa bande de La stratégie des As. A quand d’autres nouvelles sur ses autres compagnons ?

NB : Si vous souhaitez découvrir vous-même cette nouvelle et vous faire votre avis personnel, elle est téléchargeable gratuitement sur le site des éditions ActuSF.

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L’imparfé (T1), Johan Heliot, Gulf Stream éditeur

Joli roman initiatique, L’imparfé m’a beaucoup plu par sa fraîcheur et son thème du contes de fées non genré. Laissez-moi vous faire découvrir la plume de Johan Heliot, un auteur reconnu et pré-sélectionné cette année pour le PLIB 2020.

Résumé : C’est le grand jour pour Tindal et ses amis : au royaume de Faërie, l’intendance de la capitale vient chercher les adolescents qui sont dans leur treizième année pour leur faire intégrer des formations prestigieuses. Les jeunes garçons s’en vont à l’École des guerriers, apprendre le maniement des armes. Les jeunes filles, elles, se destinent à protéger la nature en pratiquant l’art de la magie ancienne des dames fées. L’enjeu est grand, seuls les meilleurs des novices poursuivront leur apprentissage. Tout ne va pas se passer comme prévu : l’empire est attaqué par un être que l’on pensait déchu depuis les Batailles Sans Merci, et l’ordre risque bien de ne jamais revenir en Faërie… Quant à Tindal, sa destinée qu’il pensait toute tracée dépasse de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Mon avis 

Un conte de fées revisité

Le héros de cette histoire, Tindal, est un garçon petit et fragile, obligé de suivre l’apprentissage des fées à cause d’une erreur administrative. Cela paraît drôle du point de vue extérieur, mais lui va très mal le vivre. En plus d’attirer la honte sur ses parents et son village, il va devoir dormir dans un placard (car le dortoir est dédié aux filles), et surtout subir les moqueries de ses camarades féminines.

Mais, du côté du pensionnat des guerriers, l’ambiance n’est pas plus sympathique pour ses amis garçons, avec des corvées discriminantes pour les plus faibles, et la brutalité mise en avant au détriment de l’intelligence et de l’esprit d’équipe.

On se rend vite compte qu’à partir d’une erreur administrative anodine,  Johan Heliot met en avant l’absurdité d’un univers complètement genré et rigide : celui des contes de fées traditionnels.

Par ailleurs, en plus de revisiter le genre, l’auteur tacle au passage l’administration tatillonne et certains clichés de romans d’aventures : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, être un bon soldat ne mène nulle part, préserver les princesses les vouent à un ennui mortel, les privilèges permettent d’évoluer plus rapidement que les autres, les apparences sont parfois trompeuses…

Dans ce nouveau conte de fées, les filles peuvent devenir des guerrières et les garçons des fées, les princesses peuvent sortir de leur tour d’ivoire, les fées tirent leurs pouvoirs des couleurs et les méchants sont plus complexes que prévu. Un pari réussi pour ce premier tome qui pose les bases de l’univers tout en nous présentant un héros qui brille pas son intelligence et son esprit d’équipe, plus que par sa force physique.

Une réflexion subtile sur le passage à l’âge adulte

A travers les yeux de Tindal, l’auteur nous met à la place des enfants qui perdent leurs illusions vis à vis des adultes. Le meilleur exemple est celui des héros d’autrefois, encensés par les garçons, et finalement devenus des vieillards et des alcooliques. Mais il y aura aussi une déception concernant l’entrainement militaire très difficile et les décisions politiques du roi, dictées par la peur et le besoin de répression.

Mais après tout, perdre ses illusions, n’est-ce pas grandir ? Pour ce faire, les enfants vont devoir ne compter que sur eux-mêmes, et surtout sortir des rangs bien ordonnés que la société a décidé pour eux. Un beau message renforcé par des valeurs importantes comme l’amitié, l’amour filial, et surtout accepter d’être soi-même.

L’autre côté de l’apprentissage, ce sera aussi de comprendre la complexité des décisions à prendre dans sa vie d’adulte, et leurs conséquences. Tindal en fera les frais une fois ses origines découvertes, tout comme Azazelle, les fées vénérables et le roi, en cherchant à protéger le pays mais aussi ses habitants.

En plus d’apprendre à grandir, ce roman jeunesse aborde le fait d’être différent avant tout et d’apprendre à l’accepter pour mieux s’intégrer dans la société. En ce sens, c’est un roman d’apprentissage pour son personnage principal, qui apprivoise son adolescence naissante, et se découvre plus fort qu’il ne le pensait.

En conclusion : Johan Heliot tient le pari de nous présenter un héros à contre courant dans un conte non genré et sans violence. Une jolie histoire bourrée d’intelligence et de vérités bien placées. Un vrai renouvellement du conte de fées que l’on attendait tous et qui nous donne envie de lire la suite de cette trilogie jeunesse pleine de promesses.

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Moitié d’âme, Chronique des cinq trônes T1, Anthelme Hauchecorne, Gulf Stream éditeur

Magie, fées et secrets bien gardés, tels sont les thèmes de ce premier tome des Chroniques des cinq trônes, pré-sélectionné pour le PLIB 2020. Un roman qui intrigue tant par sa conception de la magie que par les questions qu’il soulève…

Résumé : La mägerie n’obéit qu’à un seul principe : elle ne peut s’exercer qu’à deux. Liutgarde le sait. Elle a pourtant fui Ortaire, l’époux qui lui avait été imposé, renonçant ainsi à son pouvoir. Exilée au nord des terres, elle serait morte sans l’aide des caravaniers et de Rollon, un mäge à l’esprit torturé. Épris l’un de l’autre, Liutgarde et Rollon se déplacent en roulottes avec leur communauté dans l’hostile forêt de la Sylverëe, ancien royaume des Faëes de l’Hiver. Mais l’équilibre de cette vie en cavale va complètement basculer, les obligeant l’un et l’autre à régler les dettes de leurs vies antérieures. Car dans ce monde tout se sait et tout se paie un jour. Leur pouvoir et leur amour suffiront-ils à les protéger ?

Mon avis :

Un univers riche et bien construit

Dans ce premier tome des chroniques des cinq trônes, l’auteur développe son univers. Il propose une version de la magie liée aux saisons : magie du printemps, de l’automne, de l’été, de l’hiver. A ce moment de l’histoire, seul l’Hiver prédomine dans le récit, à travers la forêt hostile et magique de la Sylverëe.

Les hommes naissent mäges naissent de façon mystérieuse et aléatoire. D’autres non et aimeraient bien posséder des pouvoirs comme le personnage de Griche, le forgeron de la caravane. Mais être mäge n’est pas forcément un cadeau : le Magistère, institution bien humaine, vous enlève à votre famille, vous apprend à utiliser vos pouvoirs en lien avec une saison, et surtout vous accouple avec un autre mäge que vous le vouliez ou non. C’est la raison pour laquelle Liutgarde a fui son mariage avec un vieux mäge. C’est aussi pour cela que Rollon a une main blessée et noircie par la magie en punition.

Mais si ce don s’avère un cauchemar pour Liutgarde et Rollon, d’autres mäges s’en accommodent et en tirent de nombreux privilèges : ce sont les classes aisées de cet univers. Cependant, ces mäges apparaissent comme des profiteurs ou des êtres particulièrement immondes à force de mariages parfois consanguins.  Pour certains, les alliances forcées sont malgré tout une contrainte déguisée :  s’ils ne forment pas de véritable couple, leur mägie peut s’altérer et devenir instable, ou rance. C’est le cas de Cloud et Poppa, héritiers de la bourgade de Löprönan.  A l’inverse, les parents de Cloud, les Gémeaux, ont eu une telle fusion amoureuse ou du moins magique, qu’ils sont devenus siamois, une sorte de monstre à deux têtes relié par la taille.

Quant à la seule fée que l’on verra dans cette histoire, Dame Hölle, il s’agit d’un être cruel et impitoyable dont l’idée fixe est de tuer le reste des humains. Réfugiée dans la Sylverëe, elle attend son heure…On est loin de la gentille fée ou de la sorcière qui s’affiche déjà comme maléfique.

Un duo de personnages principaux un peu spécial

Liutgarde aime Rollon, Rollon aime Liutgarde mais s’est engagé auprès d’une autre. Une relation triangulaire est annoncée dès le premier chapitre du livre et va être le fil rouge de toute l’histoire, soulevant bien des questions sur l’origine de cet univers par la même occasion.

En effet, l’histoire d’amour est contrariée par l’arrivée de la fée jalouse, qui veut Rollon pour elle seule. Tout le reste ne sera que lutte de Liutgarde pour protéger Rollon de la fée, et fuite de Rollon pour protéger Liutgarde de l’être magique… et préserver le secret qui entoure leur caravane.

Dès les premières pages, l’auteur dessine la psychologie de ces deux personnages : Liutgarde, de tempérament passionné, manque de maturité même si elle veut bien faire. Rollon, plus réservé, s’avère protecteur et ambitieux. Cependant, leur couple déjà mal assorti va rendre bancal l’intrigue. A se courir après, l’histoire va tourner en rond autour d’eux et de la fée, éclipsant un peu le reste de l’univers. Heureusement, ils évolueront au fil de l’histoire, comme si ce passage dans leur vie n’était qu’un moyen pour grandir, transformant ce récit en roman d’apprentissage, surtout pour Liutgarde.

Une intrigue en huis-clos qui n’a pas délivré tous ses secrets.

L’histoire de Moitié d’âme a lieu entre la forêt de la fée d’hiver et la bourgade de Löprönan. Le lecteur évolue avec les caravaniers, leurs roulottes étranges, leurs disputes et leurs moments de joie, leur façon de vivre.

Si au départ tout semble simple dans cette caravane aux personnalités bien distinctes, la Sylverë va révéler la vraie nature de chacun et élargir ou obscurcir leur avenir. La forêt enneigée rend l’ambiance oppressante et l’intrigue glaciale, comme si l’on était bloqué dedans physiquement ou mentalement. Dame Hölle a d’ailleurs la faculté de s’insinuer jusque dans vos rêves… et elle communique par télépathie avec Liutgarde et Rollon. Impossible pour les personnages de se cacher !

Le style de l’histoire rappelle un vieux conte d’autrefois, avec des noms énigmatiques et des légendes que l’on se transmettrait de génération en génération. Dans l’ensemble, tous les personnages sont dans le flou ou dans l’erreur concernant le passé des hommes et des fées. Le lecteur découvre peu à peu avec Liutgarde, le vieux Maître Cernault et Rollon des indices à ce sujet. Avec la présence mortelle de la Fée, le récit prendra alors des allures de thriller concernant le secret qui entoure la caravane et le passé de l’univers. Cela aidera les personnages à comprendre qui ils sont et comment fonctionne leur magie, voire à remettre en cause le système établi.

Avec ce premier tome, Anthelme  Hauchecorne apporte une touche d’originalité rafraîchissante dans l’univers magique en évoquant le prix de la magie sous un nouvel angle et une réflexion plus générale autour du Bien et du Mal liée aux actions des personnages. Car Dame Hölle n’a pas toujours été cruelle, Rollon n’a pas toujours été gentil et Maître Cernault n’a rien du sage érudit collectionneur d’artefacts magiques contrairement à ce qu’il laisse penser.

A l’issue du roman, on note que l’auteur ne fait qu’esquisser son univers et de nombreuses questions restent en suspens : Pourquoi Dame Hölle considèrent-elle les mäges comme des Moitiés d’âme ? Pourquoi certains hommes naissent mäges et pas d’autres ? Comment ont vraiment disparu les fées ? Est-il possible de pratiquer la magie seul sans conséquences ? Autant d’interrogations qui se résolveront, on l’espère dans le tome suivant.

En conclusion : Moitié d’âme est un roman qui dispose d’un univers très riche et très original concernant le traitement de la magie et donne matière à réfléchir sur les notions de Bien et de Mal, ainsi que d’écologie. Sa faiblesse reste un personnage principal féminin un peu creux et irréfléchi qui fragilise un peu l’intrigue. J’ai néanmoins hâte de lire le deuxième tome pour résoudre les questions liées à la magie laissées en suspens.