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Cuits à point, Elodie Serrano, éditions ActuSF

Fausse voyante ? Château soi-disant hanté ? Appelez les Démystificateurs Gauthier et Anna ! Par contre, s’il s’agit de réchauffement climatique, ils risquent d’être bien en peine… Je vous présente aujourd’hui une aventure londonienne pleine de suspense et de flegme britannique. Suivez le guide !

Résumé : Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Mon avis :

Des personnages principaux hauts en couleur

Le roman a pour héros Gauthier Guillet, insupportable je-sais-tout mais redoutable détective, et surtout grand Carthésien, pour qui la magie n’existe pas. Il est accompagné de son associée Anna Cargali, jeune veuve italienne, au caractère bien trempé et à l’intelligence supérieure à celle de son coéquipier.

Au cours de leur enquête, ils seront rejoint par un autre duo à Londres :  Anton et sa nièce Maggie. Tous deux sont des démystificateurs aussi, mais à l’inverse de Gauthier et Anna, Anton n’écarte pas l’hypothèse de l’existence de la magie.

Cette différence d’opinion va ponctuer tout le roman de combats acharnés entre les deux coqs, tempéré par Anna, et va les mener parfois à de mauvais choix pour prouver à l’un ou l’autre qu’ils ont raison. Je dois avouer que certains passages de leurs disputes, à l’image d’Anna, m’ont quelque peu agacée.

L’auteure s’amuse des clichées culturels en présentant Anton comme un pur britannique avec un flegme et une capacité à arrondir les angles dans les conflits. Anna est vue comme une jeune femme caractérielle qui n’hésite pas à mettre elle-même ce trait de sa personnalité sur le compte de ses origines italiennes. Quant à Gauthier, son côté pédant est bien représentatif du français lambda, fier de ses origines.

Une enquête bien menée

Durant leur investigation, les détectives du paranormal seront amenés à rencontrer une sorcière londonienne, au grand dam de Gauthier qui ne croit pas en la magie. Puis, de fil en aiguille, les deux équipes réussiront à travailler de concert pour se concentrer sur les travaux du métro et enfin toucher au but. Je ne vous spoile pas la suite, sinon cela n’aurait pas d’intérêt.

Si le suspense est à son comble jusqu’à la moitié du roman, et m’a bien tenue en haleine, sur la deuxième partie, je me suis demandée comment l’histoire allait se terminer une fois le mystère résolu. Et bien… je n’ai pas été déçue ! Même si arrivée à 30 pages de la fin, j’ai été prise de sueurs froides en me demandant comment Elodie Serrano allait conclure en si peu de pages, j’ai trouvé la fin soignée.

Je me suis même demandée si ce roman était le premier d’une longue série d’aventures pour les démystificateurs… car j’avais envie d’en lire davantage !

Une critique de la société victorienne

Au-delà de cette enquête, j’ai vu en filigrane une critique de la société victorienne à travers le regard d’Anna, la narratrice principale de cette histoire.

A plusieurs reprises, elle fait mention du sexisme ambiant de son siècle vis à vis de son statut de femme,  ou du fait qu’elle travaille avec un homme qui n’est pas son mari. Elle va même jusqu’à critiquer sa tenue de dame, peu pratique pour l’exploration. La bonne tenue, autant vestimentaire que de caractère est de mise chez les anglais et lui vaudra bien des déconvenues tout au long de l’enquête, autant par ses employeurs (les Lords de la Chambre), que des autres hommes.

La seule a bien gérer sa part de féminisme est Maggie, qui malgré sa timidité et sa jeunesse, sait se faire entendre quand cela est nécessaire, et se moque des convenances.

A travers cette aventure, on découvre un pays désireux de montrer sa supériorité, soucieux des apparences et respectant assez peu sa souveraine, jugée trop inexpérimentée et surtout… femme !

En conclusion : Cuits à point est un bon divertissement qui a su me tenir en haleine grâce à son mystère à la résolution surprenante et son côté féministe pas déplaisant. A quand une nouvelle aventure des démystificateurs ?

PS : je remercie les Éditions ActuSf pour l’envoi de ce service presse. Même si par principe je n’en demande pas, il se trouve que je comptais lire ce livre. Je préfère rester transparente avec vous, lecteurs sur le sujet. 😉

 

 

 

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Cendres, Johanna Marines, Snag éditions

Découvert lors des Imaginales 2019 lors d’une conférence intitulée « La ville, lieu du romanesque, entre fascination et répulsion » réunissant également Andoryss et Floriane Soulas, j’ai été séduite par l’atmosphère londonienne et steampunk de Cendres. Après lecture, mon avis reste mitigé. Comme le roman fait partie des sélectionnés du PLIB 2020, j’ai quand même décidé de vous en parler un peu, quitte à me faire taper sur les doigts…

Résumé : Londres, 1888. Nathaniel et Luna vivent dans un quartier mal famé de l’East-End. Pour survivre, ils sont obligés de revendre les objets qu’ils ont volés. Au même moment, à Westminster, Agathe accepte de devenir la domestique de la famille Henwoorth. Leur destin va basculer le jour où Nathaniel va découvrir un cadavre. Agathe, une jeune femme plutôt naïve prête à tout pour payer les médicaments de sa mère malade. Celle-ci va être embauchée comme parurière chez les Henwoorth. Mais, rapidement, le fils ainé de la famille, Archibald, se montre étrange… Qu’attend-il vraiment d’elle ? Et si un tout autre destin l’attendait ? Nathaniel Depford, un jeune homme de 27 ans, qui travaille comme allumeur de réverbères dans la vieille ville. Orphelin, il ne sait presque rien de ses origines. Mais, quand celle qu’il considère comme sa sœur, Luna, disparaît et que d’étranges cauchemars refont surface, son monde fragile vacille… Réussira-t-il à retrouver Luna avec l’aide de la police ? Ou devra-t-il faire chemin seul pour comprendre les forces obscures qui tirent les ficelles en coulisse ? Et si son passé le rattrapait ?

Mon avis :

Un univers assez travaillé

Johanna Marines connaît bien Londres et on sent qu’elle a fait des recherches historiques pour ce roman. Elle nous présente une capitale britannique baignant dans une ambiance puante, brumeuse, profondément inégalitaire et surtout impitoyable avec les plus faibles.

Dès les premières pages, nous entrons dans les bas-fonds de l’East End, le jour avec Agathe, une jeune fille de condition modeste, et la nuit avec Nathaniel, un allumeur de réverbères. Ils nous offrent une vue élargie de la capitale, du côté des pauvres et des sans avenir.

Les quartiers aisés ne sont pas oubliés avec le personnage de Archibald et sa famille qui  nous entraînent dans les soirées mondaines et les faux-semblants des aristocrates londoniens.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous emmène dans les cimetières et les commissariats de police où les méthodes d’interrogatoires sont peu orthodoxes et les criminels notoires.

Mais ce Londres victorien n’est pas seulement décrit du point de vue historique. L’auteure y introduit des éléments steampunk comme des fiacres mécaniques sans chevaux et des pigeons voyageurs mécaniques, qui ont une utilité dans cette histoire tout en apportant une certaine esthétique.

Ajoutez à cela que la pollution est tellement présente qu’elle se cristallise en un jour appelé Black Day, où les cendres toxiques des usines retombent sur la ville, et vous aurez un univers sombre plutôt réussi.

Une intrigue multiple 

Le roman se divise en plusieurs intrigues qui finissent par se rejoindre tôt ou tard, comme dans tout bon roman policier.

Les chapitres alternent les points de vue des personnages principaux et font avancer l’intrigue.

Tout d’abord, il y a Agathe qui se fait embaucher dans la famille d’Archibald pour gagner de quoi soigner sa mère malade. Elle découvre des élément curieux dans cette famille d’aristocrates et il lui arrive pas mal d’histoires imprévues.

Puis, le roman se recentre sur Nathaniel, allumeur de réverbères très pauvre, ignorant de ses origines, qui vit dans un grenier de fortune avec Luna sa soeur de rue et voleuse de haut vol.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous entraîne dans une enquête concernant un tueur en série/ kidnappeur de jeunes filles, dont sa propre fille a été la victime. Il prend son travail très à coeur et l’investigation tournant au personnel, il a tendance à déraper dans ses méthodes.

Les personnages vont se rencontrer, ce qui donnera lieu à de nombreux rebondissements et aboutira à un final  inattendu qui m’a personnellement bluffée.

Beaucoup de bémols

Malgré un univers plutôt réussi, j’ai noté deux grands défauts majeurs à ce roman, qui auraient pu, s’ils avaient été corrigés, donner plus de profondeur à l’intrigue et le transformer un véritable coup de coeur.

En premier lieu, il y a trop d’histoires parallèles et de rebondissements. J’ai eu l’impression de lire un récit où l’auteur n’a pas su choisir entre toutes ses idées… et a décidé de toutes les assembler. Le résultat est un peu maladroit et donne un effet fourre-tout avec tantôt des éléments inutiles sur-développés, tantôt d’autres importants mais peu étoffés.

Je citerais pour exemple l’épisode où Nathaniel se rend dans son ancien orphelinat en pleine nuit pour découvrir des éléments sur ses origines, alors que l’intrigue vient d’avancer sur l’identité du tueur. Cette énième péripétie aurait pu avoir une meilleure place à un autre moment de l’histoire et ne colle pas du tout avec le réalisme temporel de l’action. 

A l’inverse,  la fête souterraine à laquelle participe Agathe avec Archibald est sous représentée dans le récit alors qu’il s’agit d’un moment clé pour comprendre la psychologie de l’aristocrate. A croire que le roman a subi des coupures un peu abruptes.

Par ailleurs, cette accumulation de rebondissements a pour conséquence de donner un rythme trop rapide à l’intrigue. Le suspense de l’enquête et l’inquiétude des personnages concernant le tueur en série sont par conséquent tronqués alors qu’ils auraient pu y gagner en intensité avec plus de lenteur.

Le second point qui m’a un peu gênée dans ce roman, est la manière dont l’auteure développe ses personnages. Certains auraient mérité une psychologie plus fouillée comme l’inspecteur Abberline, torturé mais sans plus, la mère d’Archibald colérique mais énigmatique, et le père et frère d’Archibald, des figurants sans grande substance.  De même, les relations entre les personnages évoluent trop vite au niveau amoureux, sans-doute pour faire avancer rapidement l’histoire principale.

Ceci dit, j’admets que mon point de vue est peut-être biaisé car ce n’est pas le premier roman policier victorien et steampunk que je lis, et je deviens plus critique au fur et à mesure du temps à ce sujet. Un lecteur qui n’a jamais lu des livres de ces deux catégories aura sans doute une vision différente.

En conclusion  : Cendres est un premier roman qui mérite de gagner en maturité. Il est doté d’un univers Londonien victorien assez réussi, mais qui peut surprendre par la multiplicité de ses intrigues et le manque de profondeur de ses personnages. J’espère lire d’autres intrigues de cette auteure néanmoins prometteuse, à qui il ne manque pas grand chose pour s’avérer excellente.

NB : Si vous souhaitez lire un autre roman policier victorien et dont l’intrigue est basée à Londres, je vous conseille Soul of London de Clémence Perrin-Guillet. Si vous préférez lire un roman steampunk, Les revenants de Whitechapel de George Mann vous ravira par son esthétique et son côté glauque.

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Soul of London, Gaëlle Perrin-Guillet, édition Milady, #PAC2019

J’ai eu le plaisir de rencontrer Clémence Perrin-Guillet aux Rencontres littéraires autour du Polar et du Roman Noir 2019 et de découvrir son univers policier centré sur le Londres du XIXème siècle. En bonne fan de Sherlock Holmes, je n’ai pas pu résister à la tentation de vous en parler. Par ailleurs, Soul of London clôt ma participation au Pumpkin Autumn Challenge 2019, dans la catégorie « Tu n’en reviendras pas » dans le thème « Automne Frissonnant ».

Résumé : Londres, 1892. Des cadavres de chiens sont retrouvés mutilés, le crâne ouvert, dans les tunnels du métro. L’enquête est confiée à Henry Wilkes, flic accidenté et handicapé, relégué loin du terrain depuis qu’il doit marcher avec une canne. Le dossier ne l’enchante guère, mais quand le corps d’une enfant est à son tour retrouvé, au même endroit et mutilé, il prend une autre dimension. William Bennet, un gamin des rues qu’il a recueilli un an plus tôt, l’assiste dans sa tâche. Alors qu’ils explorent les tunnels crasseux du métro, Alice Pickman, une jeune femme issue de la haute société, s’adresse à Henry pour qu’il rouvre l’enquête du meurtre de sa soeur dans le quartier malsain de Lisson Grove, qu’elle estime avoir été bâclée. Au coeur d’une ville en pleine révolution, où se disputent la science et la religion, Henry et Billy, en dignes représentants des Lumières, cherchent à faire éclater la vérité au milieu du fog londonien, mélange de charbon, de mensonge et de perversion…

Mon avis

Une plongée saisissante dans le Londres victorien.

Bienvenue dans un Londres typique de la fin du XIXème siècle avec son brouillard, ses meurtres, ses rues crasseuses, ses mendiants, son métro et ses méthodes douteuses d’enquêtes de police.

On y suivra Henry Wilkes, policier à la canne, relégué aux affaires classées au vu d’une jambe défectueuse, et Billy Bennet, son protégé et assistant, qui tente de se faire une place respectable malgré ses origines modestes.

Les deux enquêtes menées conjointement nous entraîneront dans les bas-fonds de la ville, entre les égouts et les quartiers pauvres afin de dénicher le tueur en série des chiens mutilés et l’assassin d’une jeune infirmière issue des classes aisées.

L’auteure est très attachée à Londres et cela se ressent dans son roman. Elle s’attache à nous plonger dans une ambiance de la capitale britannique par des descriptions très réalistes des rues de la capitale, surtout du côté des bas-quartiers qu’elle met en lumière  à la manière de Charles Dickens.

Pour l’anecdote, elle visite les lieux dont elle parle dans ses romans pour plus d’authenticité et elle a déjà organisé par le passé des visites guidées de la capitale britannique pour ses fans, afin de retracer les lieux de ses histoires. C’est dire son amour pour la ville !

Un gros clin d’oeil à notre ami Sherlock Holmes

En plus d’être une grande admiratrice de Londres, Gaëlle Perrin-Guillet est une grande fan de Sherlock Holmes et cela se ressent à plusieurs niveaux dans le récit.

Tout d’abord, la référence la plus évidente est le fait que Henry Wilkes lise le Strand Magazine où sont parues les aventures du célèbre détective. Pratique honteuse dont le policier se défendra en mettant en avant les clichés des histoires…

On notera ensuite que l’auteure utilise une intrigue identique à celles d’Arthur Conan Doyle : Un duo de détectives est sommé d’intervenir pour une sombre affaire irrésolue par des policiers incompétents. 

Au fil de l’histoire, le lecteur sera amené à relever les indices en même temps que les enquêteurs, mais… Henry, tel Sherlock aura un temps d’avance, et le lecteur, comme nous,  se sentira un peu benêt de ne pas avoir remarqué certaines choses…

Côté personnages, nos deux limiers ressemblent à ceux de Baker Street : l’un est plus intelligent que l’autre, prend de la drogue (Henry est accro au laudanum à cause de sa jambe), et utilise des déguisements pour rechercher les assassins. Le second l’assiste, mais reste en apprentissage.

Cependant, la grosse différence entre Gaëlle et Doyle reste dans sa manière de traiter ses personnages. Là où Sherlock reste froid, flegmatique et imperméable à tout sentiment, Henry Wilkes éprouve de la compassion, de la colère et de l’amour. Là où le Docteur Watson apparaît comme un benêt pétri de conventions sociales,  Billy Bennett se moque des conventions car il se souvient d’où il est issu, malgré son envie de se faire une place dans le monde.

De ce fait, les aventures d’Henry Wilkes et Billy Bennet nous touchent plus que celles de Sherlock, car ils sont plus humains, et donc plus proches du lecteur.

On pourrait envisager ces enquêtes comme un récit parallèle, où Sherlock plus empathique et moins intelligent, aurait recueilli un gamin des rues dont il sollicite l’aide par moments (les regulars irregulars), et travaillerait pour la police. Mais cela ne serait pas rendre hommage au travail sur la psychologie des personnages développé par l’auteure.

Une double enquête 

Gaëlle Perrin-Guillet ne vous propose pas une mais deux enquêtes croisées au sein du même livre, agrémentées de secrets autour de certains personnages principaux.

Le récit est haletant et  les descriptions des morts font froid dans le dos avec des détails très sordides. Âmes sensibles d’abstenir !

Les chapitres alternent les points de vue des personnages, rendant le lecteur actif dans l’enquête. On notera des personnages emblématiques comme la belle et impertinente Alice Pickman, soeur de la défunte infirmière, un mendiant fou vivant dans les égouts et témoin de meurtres, une folle internée dans un hôpital suite au vol imaginaire de son bébé, et surtout des policiers du genre brutes épaisses, particulièrement incompétents.

Le seul petit défaut que l’on pourra trouver vis à vis de l’enquête est que l’auteure a favorisé le développement de la psychologie de ses personnages au détriment de l’intrigue. Sans doute parce qu’il s’agit de la première enquête du duo, et qu’elle a  a choisi de poser le cadre de son univers. On s’attend à découvrir d’autres aventures du duo d’enquêteurs qui se concentrent l’enquête dans ses prochains romans.

En conclusion : Ce roman convient autant aux amoureux du Londres victorien qu’aux nostalgiques des enquêtes du détective de Baker Street. Si vous aimez les bas-fonds, le fog et les meurtres sordides, ce thriller est fait pour vous.