Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 3 : Le narrateur omniscient

On monte en difficulté avec cet exercice d’écriture, proposé par Chloé Dubreuil dans le cadre des ateliers d’écriture de l’université de Lyon. Aujourd’hui, je vais vous parler de narrateur omniscient et vous dévoiler un pan de l’intrigue de Miss Chatterton.

Quelques consignes pour commencer :

Il s’agit, pendant cette séance,  de mettre en scène l’état intérieur d’un personnage, mais raconté par un narrateur omniscient, toujours en 1h30 d’écriture.

Pour apporter plus de détails, le personnage principal est seul et en attente d’un événement. Plongé dans ses pensées, il fait également attention au décor qui l’entoure. Son environnement peut nourrir sa réflexion.

Le narrateur omniscient (=qui sait tout, plus d’infos ici si tu galères), décrit l’état intérieur du personnage en parlant de lui à la deuxième personne du singulier (tu). Il n’entre pas en contact avec lui. Ce n’est pas un personnage de l’histoire.

L’objectif final est de proposer un monologue intérieur décrit par un narrateur omniscient, tourné vers la psychologie, la rêverie ou la philosophie. Il ne sera pas question d’action dans cet exercice. 

Un bon exemple, pour illustrer ce jeu d’écriture, est le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino. Tu peux trouver d’autres exemples ici. Ce type de procédé est souvent utilisé dans les romans dont vous êtes le héros (si cela te parle un peu plus.)

Tu l’auras compris, après ces multiples explications, l’exercice est ardu et m’a demandé pas mal de réflexion. J’ai d’abord imaginé un personnage en salle d’interrogatoire de police, observé par quelqu’un derrière une glace sans tain. Mais je m’éloignais du sujet, car il s’agissait d’adopter un point de vue interne et non externe. Le deuxième personnage n’observe pas seulement le premier. Il sait ce qu’il se passe dans sa tête.

Je me suis alors demandée comment réagirait Miss Chatterton, si elle s’était faite épingler par la Commission de Discipline de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême, et cela a donné le texte suivant.

Essai d’écriture :

La Commission de Discipline

« Vous êtes invitée à vous présenter en Commission de Discipline le lundi 12 janvier 14h à l’aile Archimède afin de répondre d’une infraction constatée du Code de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême. Le Conseil vous autorise à venir accompagnée d’un représentant des élèves afin de défendre vos droits si vous le souhaitez. A l’issue de cette Commission, il sera déterminé votre maintien de permis de Voyageur livresque ainsi que votre place dans l’établissement. Signé : Le Haut-Conseil des Bibliothécaires de l’extrême. »

Cette lettre, tu l’as triturée dans tous les sens depuis que tu l’as reçue il y a une semaine. Tu n’en dors plus la nuit depuis. Tu t’y attendais pourtant, au vu de tes entorses occasionnelles au règlement de l’Académie. Ces petites entorses pour lesquelles tu trouvais toujours une raison légitime de transgresser la règle…

Tu regrettes maintenant, assise sur le banc en bois inconfortable des élèves impertinents, devant la porte de la Commission de discipline, attendant ton tour. Tu es seule dans cette partie du bâtiment. Évidemment : personne n’y vient à moins d’avoir fauté. C’est dommage. Il s’agit de la partie la plus ancienne de l’école et elle ne manque pas de cachet. Tu jettes un coup d’œil. De toute façon, il n’y a que ça à faire. Ton regard se porte sur les murs en pierre blanc. Ils te rappellent l’architecture de la faculté d’Oxford. Des murs sculptés, hauts qui se rejoignent par une voûte en croisée d’ogives à trois mètres du sol. Tu hausses les épaules. Normal, Oxford a inspiré l’école des Bibliothécaires de l’Extrême. Histoire de garder un côté solennel et d’impressionner les visiteurs sans doute. Le sol t’intrigue en revanche. Il est constellé d’une mosaïque colorée avec des motifs animaliers et floraux. Tu te lèves pour les observer. Tu distingues un chat, un poulpe, un corbeau, une chouette, des figures géométriques qui s’apparentent aux artefacts de voyages livresques, et des ornements décoratifs. Un beau mélange, mais parfaitement coordonné. Comme si tout ceci avait un sens. Tu le gardes en mémoire pour plus tard, quand tu retourneras chez toi étudier les mystères de l’Académie. Si tu n’est pas exclue aujourd’hui bien sûr ! Tu retournes à ton banc en silence en te maudissant d’avoir enfreint les règles, et tu relis une énième fois ton courrier de convocation.

Tu as choisi de venir seule car tu ne voulais pas impliquer un de tes collègues et amis. Mais la vérité, c’est que tu as honte. Toi, la première de la classe, convoquée en Commission de discipline ! La nouvelle a fait le tour de l’Académie et quand tu es arrivée à 13h30, c’était en cachette, espérant ne croiser personne. Tu as eu de la chance dans ton malheur, tous étaient soit en mission soit en cours. Il n’y a que la bibliothécaire de l’Accueil qui t’a vue et regardée d’un air mi-désolée mi-suspicieuse, quand tu lui as demandé de t’indiquer l’aile Archimède. Tout le monde sait que c’est l’aile où les cancres sont punis. On n’en revient dépité ou on disparaît, viré de l’Académie.

Tu réfléchis maintenant à nouveau à l’infraction mentionnée dans la lettre. Parce que tu as tellement dépassé le règlement depuis longtemps que tu ne sais plus ce qui est permis ou pas. Tu prépares mentalement ta défense en te remémorant tes écarts de conduites dont le conseil pourrait avoir connaissance.

Tu repenses aux créatures magiques que tu as laissé s’échapper des livres pour les protéger d’écrivains désireux de les torturer dans leur intrigue. Tu en as déjà recueilli quatre chez toi. Mais leur absence n’a pas impacté leurs histoires originelles. Tu penses donc qu’il ne s’agit pas de ça. Si on te demande, tu penses plaider la protection animalière magique. Tu hoches la tête. Oui, c’est un bon argument.

Tu te revois orienter le rôle du personnage de Jean dans Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch, pour qu’il prenne de l’importance dans l’histoire alors que l’auteur ne l’avait pas prévu. Monsieur Lynch était très déprimé pour l’écriture du tome 2 de sa série et tu en as profité pour apporter quelques améliorations de ton cru à son histoire.  Ton rôle originel était de soutenir psychologiquement les personnages malheureux, et de corriger les fautes d’orthographe à coup de marteau-tampon-encreur comme l’indique l’ennuyeux code des Bibliothécaires de l’extrême. Tu n’en as fait qu’à ta tête. L’écrivain a raconté plus tard dans une interview, que ses personnages lui semblaient vivants et l’avaient poussé à changer son intrigue, utilisant l’argument du créateur dépassé par sa création. Tu as beaucoup ri.  Le livre est devenu un best-seller. Cela t’as conforté dans tes actions. Après tout, tu as aidé un écrivain malade à améliorer son histoire pour qu’elle soit diffusée à un maximum de lecteurs. Et c’est l’une des règles fondamentales de l’Académie : le maintien de l’imagination collective par la diffusion des histoires au plus grand nombre. Si l’histoire est meilleure, elle est plus vendue et donc plus lue. IM-PA-RABLE ! Il ne la verront pas venir celle-là en commission ! Tu souris, conquise par ton forfait réalisé pour le bien de tous.

Tu repenses enfin à ton rôle dans l’affaire Le Roi Jaune et La Malédiction de Cthulhu. Ta première mission en tant que consultante privée auprès de la Police Magique. Une affaire non-officielle bien sûr. Tu n’avais pas les agréments ni l’autorisation de l’Académie pour aider le Détective Pedro de la Vega à élucider ce cas. Mais tu n’as pas pu t’en empêcher. L’envie d’aider un ami et le désir irrésistible d’entrer dans des livres interdits t’ont poussée à accepter la demande de Pedro.

Tu as failli rester dans le livre cette fois-ci, et te faire manger par des créatures issues de la sorcellerie. Mais bon, c’était le risque, et tu t’en es sortie. Tu as réussi à désenvoûter un ouvrage entier et Pedro a retrouvé l’assassin de son meilleur ami pour lui faire payer ses crimes. Ce n’est pas tous les jours qu’une Bibliothécaire de l’extrême de premier niveau arrive à un tel exploit ! Il faut attendre le sixième niveau pour savoir combattre une créature maléfique et le dixième pour s’échapper sans encombres d’un livre interdit avec l’équipement adéquat. Toi, tu n’avais que ton artefact de niveau 1 et … tes créatures magiques issues d’un autre tome (répétition) contraire au règlement. Mais bon, ils devraient être contents de savoir que tu as de telles capacités et en plus, tu pourrais conseiller cette méthode aux collègues de niveau 10 en cas de problème. Tu hoches encore la tête. Oui, la démonstration est digne d’un grand orateur.

Tu es la meilleure dans ton domaine. Ils doivent le savoir ces vieux croûtons. Et puis, il faut laisser la place aux jeunes, à des nouvelles idées d’exploration livresque.

Tu te lances dans une réflexion de la réécriture du code de l’Académie quand un doute t’assaille. Et si tu te trompais sur toute la ligne ? Si tes réponses aux accusations des membres de la commission ne suffisent pas ? Que feras-tu ? Que feras-tu sans permis pour voyager dans les livres ? Qu’arrive-t-il aux Bibliothécaires qui ont perdu leur permis ?

Tu as entendu de vagues histoires de voyageurs sans licence qui continuent à entrer dans les mondes imaginaires. Il s’agit de chasseurs de primes. Des mercenaires payés par l’Académie pour traquer des personnages échappés de leur ouvrage d’origine.

Cette carrière ne t’enchante guère. Tu as la violence en horreur. C’est amusant de bousculer des fautes d’orthographe ou de chasser des esprits, mais bon, tu as tes habitudes comme boire ta sacro-sainte tasse de thé à 16h et t’occuper de tes plantes vertes. Une vie de guerrière sans domicile fixe n’est pas pour toi.

Consultante pour la police alors ? Tu l’as déjà fait de manière officieuse. Pedro pourrait t’aider peut-être?

Mais est-ce que tu seras seulement autorisée à garder ton artefact de voyage si on t’enlève ton permis ? Là est la question.

Le voyage livresque est toute ta vie. Que vas-tu devenir sans ton artefact ?

Redevenir une bibliothécaire normale, tout en connaissant le secret de l’Académie ? Un vrai drame. Tu te sens utile dans ton travail, il représente toute ta vie.

Tu te mets soudain à pleurer. Tu murmures : « Qu’ai-je fait ? »

C’est à ce moment là qu’un des membres du Conseil ouvre la porte de la salle où a lieu la Commission.

– Mademoiselle Chatterton ! Bonjour à vous. Oh, n’allez pas vous mettre dans un tel état pour une histoire de Porte-monde mal refermé ! Vous êtes venue seule ?

Tu relèves la tête, surprise. Tu sèches tes larmes.

– Oui Professeur Lampion. Je n’ai pas voulu déranger mes camarades.

– Tant mieux, tant mieux. La commission sera moins longue comme ça. Vous savez, ce sont des courriers types que l’on vous envoie. Il ne faut pas m’en tenir rigueur. Certains collègues sont tatillons avec le protocole. Comme vous êtes la première de la classe, cela a dû vous effrayer. Nous avons plutôt l’habitude de recevoir des cancres ici.

– Le courrier m’a un peu affolée professeur, je l’avoue. Mais maintenant que je connais le motif, je comprends l’importance de cette commission. Il ne faut pas jouer avec le règlement de l’Académie.

– Vous avez bien raison Amélia. Afin de citer Adolphe de Chesnel : ” Pour mener une bonne vie, art, ordre et règle y remédient.

– C’est tiré du Dictionnaire de la sagesse populaire, recueil moral d’apophtegmes, axiomes de tous les temps et de tous les pays, n’est-ce pas ?

– Quelle érudition, Amélia, quelle érudition ! Oui, en effet. Entrez ma chère, ne laissez pas attendre mes confrères.

Tu entres dans la salle de Commission de Discipline, un sourire hypocrite  aux lèvres.

Mal refermer son Porte-monde après un voyage livresque, c’est vraiment des cacahuètes après ce que tu as fait en matière d’infraction au règlement. Il va falloir faire plus attention à l’avenir. Cette commission va être du gâteau…

J’espère que cet extrait t’aura plu. Afin de le présenter convenablement dans le cadre du Roman de Miss Chatterton, je vais réaliser quelques modifications en le passant à la première personne. Mais tu auras eu un petit teasing concernant des éléments que je n’ai pas encore évoqué concernant l’Académie : les règles de voyage, les chasseurs de primes, l’affaire Le Roi Jaune (en préparation avec Pedro de la Vega)…

Si tu souhaites en savoir plus sur l’univers d’Amélia Chatterton, je t’invite à lire mes premiers essais dans la rubrique Le Roman de Miss Chatterton.

A bientôt pour un nouvel atelier d’écriture !

Plumes et tampons-encreurs,

A. Chatterton

Publié dans Le roman de Miss Chatterton

Marmouset, la souris de bibliothèque #1

De retour d’une expédition fort éprouvante, je buvais mon thé en contemplant la fenêtre, lorsque j’ai découvert un intrus dans ma tasse : une mignonne petite souris s’y était glissée et prenait un bain sans se gêner.

Déboussolée au premier abord, quelle ne fut pas ma surprise quand elle s’adressa à moi en m’expliquant qu’elle s’était enfuie de la BD Les Légendes de La Garde de David Petersen et avait mené sa petite vie pépère en vadrouillant à droite et à gauche avant de finir dans mon humble demeure (ou en l’occurence, dans ma tasse).

Fort ennuyée de trouver une créature magique chez moi (le code de l’Académie stipule qu’il est formellement interdit de rapporter des créatures magiques issues des livres que l’on visite), je lui demandai d’abord de bien vouloir retourner dans son livre.

Mais Marmouset (tel était son nom), refusa catégoriquement de repartir, expliquant que son rôle secondaire dans l’intrigue des Légendes de La Garde passait inaperçu et que par conséquent, son absence ne serait pas remarquée.

Par ailleurs, il réclamait l’asile politique car il avait contrarié une belette de la Bande Dessinée, qui voulait lui faire la peau.

Attendrie par son histoire, je m’enquis alors de ses compétences.

Il se trouva que la souris connaissait la littérature comme sa poche.

Le sort était jeté : Elle serait ma souris de bibliothèque !

Elle m’aiderait à classer et à retrouver les livres de mes voyages et autres tâches rébarbatives dont je me serais bien passée.

Nous terminâmes la journée par une visite de son chez lui, bricolé avec deux vieux livres et la présentation de mes outils.

Mais ceci est une autre histoire…

Pour en savoir plus sur l’univers d’où est tiré Marmouset, je vous invite à lire ma chronique dédiée à cette fabuleuse bande dessinée qu’est Les Légendes de la garde de David Petersen.

Vapeur de thé et poils de souris.

A. Chatterton

 

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Crédits photos : Anaïs Nannini /Costume : Juliette Flambard /Chapeau : Esprit de Mélusine

Publié dans Le roman de Miss Chatterton

PROLOGUE

Mon nom est Amélia Chatterton.

Certains me connaissent comme chroniqueuse littéraire pour des sites internet en lien avec les cultures de l’imaginaire.

Mais ce n’est qu’une façade, une couverture…

En réalité, je fais partie de l’Académie des bibliothécaires de l’extrême.

Ma mission consiste, au péril de ma vie, à entrer dans les livres afin d’en vivre les histoires et de valider ou non leur pertinence pour les proposer au monde des humains.

Armée de mon tampon-encreur, je sillonne les différents univers pour chasser les fautes d’orthographe, remettre d’aplomb les histoires bancales et parfois mettre fin aux grèves des personnages secondaires en manque d’attention.

Ma spécialité ? Les créatures magiques et leur protection.

Je les aime tellement que j’en rapporte parfois lors de mes voyages.

Et quand je rentre de mission, bien fatiguée, je prend ma plume pour vous raconter mes périples…

Ceci est mon journal de bord. 

Vous y trouverez mes aventures mais aussi des informations concernant l’Académie des Bibliothécaire de l’extrême. 

Je n’ai pas trop le droit d’en parler, donc je compte sur votre discrétion.

Bonne lecture et…bon voyage !