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Les filles du Siècle : Séraphine, Satin Grenadine et La Capucine, Marie Despechin, édition Ecole des Loisirs

Cette série de trois tomes met en avant trois filles au destin différent qui vous font découvrir le quotidien des femmes à Paris à la Belle-Epoque. Trois récits jeunesse composant une véritable peinture sociale teintée de féminisme et de socialisme.

NB : J’ai choisi de réaliser un article qui regroupe mon avis sur les trois livres, d’où la présence des trois résumés. Chaque tome peut se lire de façon indépendante, mais au fil de votre lecture vous constaterez que les personnages secondaires sont présents dans toutes les histoires. Pour information, les deux premiers tomes ont été réédités en Octobre 2020 suite à la parution du troisième : La Capucine. L’éditeur a changé les couvertures pour les rendre plus actuelles. Séraphine et Satin Grenadine ont été publiées en 2004 et 2005.

Résumé de Satin Grenadine : Lucie est persuadée qu’au vingtième siècle, les demoiselles de la bonne bourgeoisie parisienne auront le droit de courir toutes nues, d’aller à la messe en cheveux, de parler à table et même, qui sait ? de s’instruire et de ne pas se marier. A quoi bon vieillir, sinon ? Le problème, c’est que nous ne sommes qu’en 1885 et qu’à treize ans, la seule éducation qu’une jeune fille comme Lucie est censée recevoir consiste à savoir tenir une maison pour devenir une épouse accomplie. Hygiène, lessive, cuisine : Lucie est envoyée faire son apprentissage avec Annette, Fanny et Marceline. Si ses parents savaient… Il se passe parfois des choses étranges, dans les communs des maisons bourgeoises. Les domestiques peuvent s’y révéler plus passionnants et subversifs que des livres. On y fait des révolutions en secret.

Résumé de Séraphine : Que faire de sa vie quand on a treize ans et qu’on est une fille pauvre, pas laide, sachant lire, sans autre protection que celle d’un vieux curé, d’une tante prostituée et d’une veuve ronchon ? Nonne ? Jamais. Séraphine est trop insolente. Couturière ? Non plus. Elle a trop envie de parler et de voir du monde. Peut-être qu’un jour les femmes pourront devenir juges, gendarmes ou avocats et faire de la politique… Peut-être même qu’un jour Dieu Lui-même sera une femme. Mais, pour l’instant, nous sommes en 1885, à Paris, ou plutôt à Montmartre. Le souvenir de la Commune est encore vif chez les uns. Les autres s’occupent de l’enterrer définitivement en bâtissant, là-haut sur la butte, le Sacré-Cœur. Et Séraphine ne voit qu’une solution pour mener la vie libre et sans misère dont elle rêve : s’en remettre à sainte Rita, la patronne des causes désespérées…

Résumé de La Capucine : Si son patron ne la battait pas, si elle était justement payée, si on ne lui comptait pas son assiette et son lit, Louise adorerait la terre sur laquelle elle travaille. Une terre incroyablement fertile, qui peut donner huit récoltes par an ! Qui exporte ses légumes jusqu’à Londres, et même jusqu’en Russie…. Une terre qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Paris, sur un petit village de maraîchers nommé Bobigny. Le jour où vient la raclée de trop, Louise s’enfuit. Direction Paris, où vivent et travaillent sa mère Clémence, et son indéfectible protectrice, Bernadette, génie de la cuisine et de la voyance réunies. Mais Louise a treize ans, et à cet âge, même si l’on rêve de liberté, encore faut-il gagner sa vie…

Mon avis :

Trois filles, trois histoires en lien avec le féminisme

A travers ces trois romans courts de 200 pages, Marie Desplechin nous dévoile la condition des femmes et des jeunes filles à la Belle-Epoque et de leurs possibilités d’évolution dans une société très patriarcale.

Ainsi, avec Lucie, de Satin Grenadine, on découvre l’univers des jeunes filles de la bourgeoisie qui doivent s’instruire mais pas trop, pour éviter de faire peur à un futur mari et surtout être jolie pour attirer les prétendants. Malheureusement pour sa famille, Marceline, la gouvernante de Lucie aux idées plus progressistes souhaite surtout que Lucie s’instruise pour tracer sa propre voie. Lucie, elle, ne rêve que de partir en Amérique et de porter du Satin Grenadine, réservé aux grandes dames. Elle est loin des considérations de sa classe sociale et s’émerveille de ce qu’elle peut apprendre chez les domestiques et le peuple, au grand désespoir de ses parents.

Avec Séraphine, on découvre la classe ouvrière pauvre de Paris et surtout de Montmartre. Séraphine travaille chez une couturière pour gagner sa vie mais elle aspire à une autre vie. De nature généreuse, elle est assez naïve vis à vis de l’extérieur et s’en remet à sa foi envers la Sainte Rita, patronne des causes désespérée. Elle va s’essayer à d’autres métiers mais cela reste compliqué de s’élever socialement quand on est orpheline et sans le sou. Il faudra la solidarité de la communauté vivant sur la Butte et d’heureux hasards pour qu’elle trouve un dénouement opportun.

Louise de La Capucine, est la plus têtue et téméraire des trois héroïnes. Elle vit à Bobigny dans une ferme maraichère où elle travaille sous les ordres d’un maître violent. Elle est séparée de sa mère qui travaille pour une famille bourgeoise à Paris et l’a laissée dans cette ferme pour des raisons financières. Louise adore travailler la terre, et elle souhaiterait pouvoir son propre terrain pour vendre seule sa production mais elle est trop pauvre pour réaliser son rêve. Néanmoins, c’est une fille intelligente et autonome qui a le sens des affaires, ce qui lui permettra de s’en sortir, avec un coup de pouce du destin.

Trois destins de jeune filles, et pourtant peu d’issues au début de chaque livre. Le mariage revient très souvent comme porte de sortie, mais finalement d’autres possibilités s’ouvriront à elles grâce à l’aide d’autres personnages secondaires qui souhaitent faire bouger les choses.

Une fresque sociale à travers des personnages secondaires très vivants

En dehors des héroïnes, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires féminins hauts en couleurs qui nous donnent une vision d’ensemble de la société parisienne, dans chaque classe sociale, ainsi que leurs rêves et aspirations.

Du côté des aristocrates, Mme D’Argenton s’étiole dans sa vie de confort aux côtés de son mari. Elle est dépressive depuis le décès de l’un de ses fils à la guerre et se passionne pour les spirites, seule solution pour revoir son fils défunt. A l’inverse, sa cousine Blanche, seule célibataire de la famille, passe pour une excentrique car elle aime se déguiser en domestique afin de visiter le marché des Halles. On devine par là qu’elle s’ennuie également dans sa classe sociale et qu’elle se soucie peu des convenances au profit de sa liberté de femme.

Chez les bourgeois, Mme Chassignol, la mère de Lucie, cherche à élever sa famille au rang des aristocrates. Son statut de femme mariée et aisée semble lui convenir. Elle accorde beaucoup d’importance aux apparences et souhaite marier sa fille à un homme bien né, dans la plus pure tradition de son siècle. Instruire ou élever Lucie ne l’intéresse pas, elle a laissé cela à la nourrice et la gouvernante de sa fille. Elle préfère réaliser des économies sur l’instruction de Lucie et plutôt lui offrir des robes qu’elle aura choisie pour attirer les prétendants. Elle est également charitable mais par pur intérêt : elle recueille sa cousine Marceline pour la faire travailler gratuitement comme gouvernante auprès de sa fille.

Du côté des domestiques et du peuple, les personnages sont un peu plus intéressants et très nombreux, comme si le confort ôtait toute vie trépidante ! Néanmoins, l’auteure décrit leurs rudes conditions de vie qui font parfois frémir, expliquant ainsi leur envie d’une autre avenir.

Dans la maison de Lucie, Annette la cuisinière se fait vieille et souhaiterait rentrer dans sa famille pour vivre sa retraite. Mais il lui est compliqué de partir quand elle est la seule à rester parmi les domestiques. Son aide de cuisine, Fanny, une jeune fille de 16 ans, aspire à autrechose qu’au ménage et les corvées de lessive. Maligne, prête à tout pour parvenir à ses fins, elle souhaite épouser un maraîcher repéré au marché des Halles et s’établir avec lui pour être maitresse de sa propre maison.

Charlotte, la tante de Séraphine, est une prostituée de bordel de luxe. Même si on dévoile peu ses activités, Marie Desplechin donne des détails historiquement justes à son sujet : Charlotte dispose d’un carnet où elle est signalée comme prostituée auprès de la police. Elle doit rembourser sa dette auprès de sa maquerelle pour pouvoir quitter cet emploi. Elle est obligée de s’habiller de façon voyante pour être identifiée comme prostituée, y compris quand elle sort du Bordel. Derrière ce métier nécessaire pour une fille de province sans fortune, Charlotte est généreuse, un peu frivole, têtue et surtout très pieuse. Son rêve est de se marier avec le peintre Raoul et d’élever une famille.

Marceline, la cousine et gouvernante de Lucie est une orpheline élevée par les religieuses suite au décès de ses parents. Elle est recueillie par sa cousinge, la mère de Lucie, pour devenir gouvernante alors qu’elle sort de l’enfance. C’est la plus intelligente de tous les personnages : ancienne bourgeoise abaissée au rang de domestique, elle se débrouille pour avoir du temps libre en menant Mme Chassignol et les autres domestiques par le bout du nez. Elle cherche à émanciper Lucie, lit beaucoup et fréquente des cercles socialistes. Son objectif est de quitter la famille Chassignol, sans pour autant s’enfermer dans un mariage, et de protéger Lucie de son avenir tout tracé de bourgeoise.

Bernadette, l’amie et voisine de Louise est une vieille femme qui cache un passé malheureux. Elle voit les fantômes et cela lui causé bien du tort. Elle adore cuisiner et travailler la terre. Ce sera le seul exemple de personnage à refuser d’évoluer socialement car elle ne se sent pas à l’aise dans la Haute-Société Parisienne et préfère le bonheur d’une vie simple.

Enfin, Mme Sponze est la couturière des bourgeois et des gens bien nés. Elle fait le lien entre les domestiques et les hautes classes sociales car elle fréquente les deux. On la retrouve dans les trois romans. C’est la mieux considérée des « domestiques » car elle dispose de son propre commerce. Pourtant, elle déteste ceux qui la font vivre alors qu’elle est très proche de leurs valeurs morales. A Lucie qui souhaite s’émanciper, elle lui rappelle qu’une jeune fille ne peut pas vivre sans la tutelle d’un homme si elle souhaite disposer de son propre argent.

On comprend à travers tout ces exemples que les seuls moyens pour les femmes de tracer leur propre chemin à la Belle-Epoque se résume à peu de possibilités : avoir de l’argent, se marier, fuir la France pour un autre pays, s’instruire ou faire fi des convenances. En somme, il faut beaucoup de courage et de travail si l’on n’a pas d’argent ni l’envie de se trouver un mari.

La Commune en filigramme

Dans chaque récit, Marie Desplechin associe des personnages ou des événements en lien avec la Commune de Paris. On en apprend ainsi un peu plus à la fois sur ce qui s’est passé du point de vue des communards, et aussi sur l’état d’esprit du peuple quelques années après.

Dans Séraphine, on découvre que le Sacré Coeur est construit pour « faire oublier » les atrocités commises pendant la Commune. Mais aussi que d’anciens communards ont été déportés au Bagne pendant 10 ans. On rencontre Louise Michel qui a participé à cette révolution et souhaite éduquer les jeunes filles pour les sortir de leur condition de femme. Et surtout, on touche du doigt l’émotion que suscite le souvenir de la Commune chez les anciens communards : une immense tristesse devant les victimes de cette révolution, la déception envers un système de classes qui n’a que peu bougé, l’espoir d’une nouvelle révolution qui améliorerait leur sort.

Dans La Capucine, on découvre que Jacques D’Argenton, l’ami de Lucie et surtout aristocrate, connaît la chanson communarde Dansons la Capucine, et qu’il adhère aux idées socialistes. Apostrophé au marché par des maraîchers parce qu’il chante la chanson alors qu’il n’est pas de la classe sociale qui a fait la révolution, il rétorquera qu’il en connaît l’auteur. On comprend par là que La Commune touche aussi d’autres classes que le peuple. Des années après, les idées que ce mouvement a généré ont perduré, intéressant même les aristocrates, plus empathiques vis à vis des autres. Par ailleurs, Jacques sort complètement des normes car il est homosexuel mais sans pour autant le revendiquer ouvertement.

Cette tendance trouve son apogée dans Satin Grenadine, avec Marceline, qui discrètement instille des idées socialistes et du féministes dans l’éducation de Lucie, en lui faisant réaliser les tâches des domestiques pour lui faire comprendre le quotidien de ceux qu’elle emploie. On rencontrera aussi un bourgeois (dont je taierai le nom pour éviter tout spoiler), qui adhère aux idées du peuple et va de café en café pour haranguer les foules et répandre les idées socialistes. Il finira par vivre en accord avec ses principes en épousant une fille du peuple et en sacrifiant son héritage pour construire une usine utopique où les ouvriers seront mieux traités et logés dans des conditions décentes. Sortir des convenances associées à sa classe sociale lui aura permis de faire progresser la société en quelque sorte.

D’une manière générale, les trois romans vous donneront envie de connaître La Commune, cette période de l’Histoire de France un peu sombre, mais nécessaire pour faire comprendre notre société actuelle. En tout cas, cela m’a personnellement donné envie de me replonger dans les livres d’Histoire !

Une ballade dans Paris à la fin XIXème siècle

La série nous fait littéralement replonger dans Paris à la Belle-Epoque avec une visite en règle de certains lieux phares, alimenté par de recherches historiques pointues de la part de l’auteure.

Ainsi, le marché des Halles est au cœur de La Capucine. On s’y rendra aussi dans Satin Grenadine, nous faisant découvrir son organisation, ses odeurs, par des descriptions très vivantes, dignes d’Emile Zola dans Le Ventre de Paris. On retracera le trajet des légumes et autres denrées qui arrivent au marché depuis les villages maraîchers autour de Paris avec Louise, qui se lève vers 3h du matin depuis Bobigny pour vendre sa production. On découvrira le coin des bouchers, son fumet atroce et la vente de verres de sang chaud censé revigorer les jeunes filles avec Jean Martin, l’ami de Fanny et de Jacques. On apprendra à marchander avec Louise, et comment les domestiques des grands maisons réalisent leurs commissions pour leurs maîtres. On ira manger dans une cantine autour des halles, fréquentée par des ouvriers socialistes.

L’autre lieu emblématique des romans est Montmartre pendant la construction du Sacré-Coeur dans Séraphine. Ici se côtoient une population pauvre qui vit dans des conditions sordides, des artistes-peintres, des cabarets où viennent s’encanailler les bourgeois, des ouvriers du chantier et surtout la plus grande communauté communarde de la ville. Ici, les rares commerçants ne sont pas charitables, mais c’est pour survivre et non pas par gaieté de coeur, comme Marthe et Eugène tenanciers d’un café où Séraphine ira trouver du travail. On rencontrera Raoul, un artiste peintre, qui réalise des peintures post-impressionnistes de prostituées et gens de la butte, dans un style proche de Edgar Degas. On verra aussi Jeanne, une couturière et ancienne communarde, qui coud nuit et jour pour survivre comme d’autres travailleurs pauvres,

Nous irons aussi à Bobigny, dans une ferme où vit et travaille Louise. Quand on regarde Bobigny de nos jours, complétement bétonné, on éprouve des difficultés à se l’imaginer village maraîcher avec des champs à perte de vue. Et pourtant, Bobigny à la Belle-Epoque est un village paysan fier d’alimenter Paris grâce à sa terre fertile tout comme les autres villages alentours. L’auteure laisse entrevoir leur avenir avec un projet d’industrialisation dans Satin Grenadine et l’abandon progressif du travail de la terre avec Antonin, le fils du propriétaire de la ferme qui préfère partir en Australie. Ici, on rencontrera Gaston, le père d’Antonin et maître de Louise, un paysan radin, avide d’argent et soucieux de son patrimoine avec les conséquences que cela implique pour les autres.

La ballade ne s’arrête pas là, mais elle sera plus brève dans d’autres lieux : les hôtels particuliers des bourgeois et aristocrates, le parc où se promènent leurs enfants, l’île de la Cité et Notre-Dame toujours debout, les cafés populaires de la Butte, les couvents, les péniches qui charrient du charbon pour la capitale via les canaux et la Seine. Un clin d’oeil à la mode des cercles de Spiritisme fréquentés par Alexandre Dumas fils et Mme D’Argenton sera aussi évoqué avec les escroqueries des tables-tournantes. Pour ceux qui aiment Paris à la Belle-Epoque, c’est un réel enchantement de se promener à travers ces trois histoires.

En conclusion : Marie Desplechin propose une série de romans jeunesse historiquement justes, qui vous fera voyager à la Belle Epoque dans le quotidien des différentes classes sociales parisiennes. Elle nous présente des héroïnes, proche des jeunes lecteurs comme des adultes, ainsi qu’une foule de personnages dignes d’une fresque sociale à la Emile Zola. Une belle leçon d’Histoire sur l’évolution de la société et de Paris, sous une plume agréable et avec des couvertures de roman dignes de tableaux de Monet.

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Le Roi des Aulnes, Nixi Turner contre les Croquemitaines T5, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Un dernier tome de saga centré sur la maltraitance infantile qui ne m’a pas laissée indifférente…

Résumé : Nixi doit affronter son ennemi, le Roi des Aulnes, mais elle ne sait pas que quelqu’un l’espionne. Tous les élèves pensent que Jennifer est folle, cependant l’adolescente est loin d’être bête et a vite compris que Nixi n est pas une fille comme les autres. Depuis la rentrée, des choses étranges se produisent et Jennifer compte bien découvrir toute la vérité.

Mon avis :

Jennifer, folle à lier ou fille intelligente ?

Dans cet opus, le Scooby Gang (ou les Thérioctones comme dirait Hugo) va venir en aide à Jennifer, la tarée de la classe que l’on aperçoit depuis le début du tome 1, entre deux crises. Cette dernière sent que quelque chose ne tourne pas rond chez son père, qui la bat depuis le départ de sa mère et a sombré dans l’alcoolisme.

L’auteur nous décrit avec justesse la culpabilité de la jeune fille et sa difficulté à demander de l’aide au départ. Elle pense que si son père la bat, c’est parce qu’elle a des crises de folie. Donc, que c’est de sa faute. Elle cache ses bleus sous du maquillage, une frange qui lui mange le visage et des pulls informes. Elle a posé un verrou sur la porte de sa chambre. Elle ment à son thérapeute sur les raisons de sa frayeur, comme si les mots restaient bloqués en elle. Et chaque soir, quand elle rentre un peu tard, elle tremble de peur à l’idée que le monstre habitant chez elle se réveille et vienne la frapper.

Malgré sa détresse, c’est une jeune fille attentive et intelligente qui essaie de s’en sortir. Elle a compris plus ou moins ce que Nixi faisait avec la bande et va se rapprocher d’eux. Elle deviendra l’élément intelligent dont ils ont parfois besoin et trouvera parfaitement sa place chez les Thérioctones.

Un dernier croquemitaine difficile à éliminer

Le dernier combat avec le Marchand de Sable a laissé Nixi blessée et affaiblie. Les Enfers sont figés dans la glace à cause de l’intervention de Chora dans le tome 4. La Chasseuse de croquemitaine ne part pas gagnante et aura plus que jamais besoin de l’aide de ses amis pour réussir sa mission.

Par ailleurs, le dernier croquemitaine, le Roi des Aulnes, est présenté comme le chef des monstres et très difficile à tuer. Si nous étions dans un jeu vidéo, je dirais que c’est le boss de fin. Il réservera deux ou trois surprises à la bande qui pimentent le récit et que personnellement, je n’ai pas vu du tout venir.

Le côté humain de Nixi atteindra son apogée dans ce dernier tome : elle aura peur de mourir ou que ses amis meurent par sa faute. Un choix sera à faire pour détruire le Roi des Aulnes et il ne sera pas facile. Mais le naturel reprendra vite le dessus : d’abord on tape, et après on réfléchit. La méthode bourrin de Nixi face au danger…

On notera une grosse référence à la série Buffy contre les vampires, plus présente que dans les autres tomes, autour du personnage de Nixi et de son rôle réel aux Enfers. Mais je n’en dirai pas plus pour éviter de vous spoiler un des rebondissements.

Quelques bémols (attention Spoilers)

Si ce tome a le mérite de bien terminer la saga de Nixi Turner, j’ai noté quelques détails qui m’ont fait moins accrocher au récit vis à vis des tomes précédents.

Tout d’abord, j’aurais apprécié que la maltraitance dont est victime Jennifer soit un peu plus développée. On sait peu de choses concernant son père, ce qui lui est arrivé et son état dépressif/alcoolique. Est-ce que la jeune fille est battue tous les jours ? Pourquoi n’appelle-t-elle pas sa mère ? J’ai l’impression que l’on esquisse ici le problème, peut-être par pudeur envers les jeunes lecteurs. Et je n’ai pas compris d’où provenaient les crises de la jeune fille. Sont-elles liées au croquemitaines s’il a pris possession de son père ?

J’aurais bien aimé rencontrer Hadès, le père de Nixi dont on entend parler, mais que l’on jamais. Je m’attendais à un final avec le Dieu des morts apparaissant miraculeusement, mais il n’en a rien été. Je suis un peu déçue à ce niveau. L’auteur a préféré mettre en avant les enfants en tant que héros, plutôt que les adultes, et je reconnais là un choix d’écriture vis à vis de son public cible.

Enfin, les répétitions de certaines situations, comme les dialogues improbables entre les collégiens lors de moments de danger manquaient de nouveauté. C’était amusant mais redondant. Cela a été compensé par les multiples rebondissements finaux, mais je reste sur ma faim malgré tout.

En conclusion : Une fin soignée, aux rebondissements imprévus, qui met en avant le courage des personnages principaux devant l’adversité. On trouvera également pour ce dernier tome la thématique de la maltraitance infantile qui est abordée avec finesse mais pas assez développée à mon goût. Une bonne fin de saga parfaitement adaptée à un jeune public, mais peut-être pas assez développée pour un adulte.

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Le marchand de sable, Nixi Turner contre les Croquemitaines T4, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Retour à Gustave-Caillebotte où Kylian essaie de se rapprocher du Scooby Gang, attiré par la gothique Chora. Un tome qui laisse voir un autre visage du tortionnaire-harceleur de la classe, en lien avec l’adoption. Une lecture agréable et fine dans la psychologie du personnage que j’ai beaucoup appréciée.

Résumé : Kylian aimerait bien rejoindre la bande de Nixi, mais il se rend compte que cela risque d’être compliqué après tout le mal qu’il leur a fait. Il faut dire que pour lui, c’est plus facile de frapper et d’injurier que de se livrer à cœur ouvert. Quand sa mère biologique le contacte, il voit là l’occasion d’être enfin aimé et accepté comme il est.

Mon avis :

Quand le gros dur tombe le masque

Le quatrième tome est centré sur le personnage de Kylian, harceleur d’Hugo et de Nawel dans le premier tome de la série, qui commence à fréquenter le groupe par le biais de Chora. Car le jeune ado en pince pour la miss gothique du Scooby Gang et aimerait percer les mystères qui entourent Nixi…

On découvre un jeune garçon sensible et intelligent malgré son masque de tortionnaire, qui souffre de l’absence de sa mère biologique. Enfant adopté, il est élevé par deux pères homosexuels, avec qui il se sent en décalage car ils sont plus âgés que les parents de ses camarades. Malgré leur amour, il n’arrive pas à combler le vide qu’il ressent en lui, rattaché au fait de ne rien connaître de sa mère.

Son attitude de rebelle va peu à peu s’effacer grâce à l’amour de Chora. Mais les deux ados vont avoir du mal à se comprendre et à se faire confiance… Et la rencontre avec la mère biologique du jeune garçon ne va pas arranger les choses.

Fabien Clavel nous donne à voir un personnage complexe qui prouve que derrière une façade de monstre peut se cacher quelqu’un en manque de contact et d’amour. Kylian éprouve des difficultés à exprimer ses émotions et a peur de l’abandon. Nouer une relation avec Chora va s’avérer compliqué, car même s’il y met beaucoup de bonne volonté, il restera sur la défensive.

Un croquemitaine doué pour la manipulation

Dans ce nouvel opus, le Scooby Gang se rend compte que le secret de l’identité de Nixi est dévoilé et qu’elle est en danger vis à vis de sa mission. Cela donnera lieu à une enquête autour de Jennifer, la cinglée de la classe, qui agit vraiment de façon bizarre…

Le groupe aura aussi affaire à un croquemitaine rusé : le marchand de sable. Il aura recours au mensonge et à la manipulation afin d’atteindre Nixi. La tueuse passera pour un monstre destructeur de familles et le marchand de sable pour un saint. Il faudra toute l’énergie et l’intelligence du groupe pour en venir à bout, et cela ne sera pas aussi facile que prévu car des sentiments entreront en jeu.

A travers ce renversement de situation, on sent que l’auteur essaie de donner une humanité aux monstres malgré leurs mauvaises actions et de faire douter son héroïne. Il est peu courant de se retrouver dans ce cas de figure. Cela apporte au récit un côté non manichéen très intéressant à étudier, même si au final, le monstre reste le méchant de l’histoire.

En conclusion : Un quatrième tome moins centré sur le croquemitaine et sa représentation que sur le personnage de Kylian, la grosse brute en manque d’amour. Fabien Clavel réussit à nous faire ressentir le désarroi d’un enfant adopté qui a tout pour être heureux mais n’arrive pas à trouver le bonheur. Et c’est plutôt réussi.

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Moi, le Minotaure, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

Premier tome de la collection « La mythologie vue par les monstres », ce récit raconté par la créature mythique m’a apporté un regard différent sur la légende de Thésée.Voici mon retour sur le Minotaure alias le prince Astérios de Crète…

Résumé : Je suis Astérios, Prince de Crète. Je vis dans un grand palais et mon lit est en or. Mais tout le monde me fuit ! Je viens de découvrir ma véritable apparence : celle d’un enfant à tête de taureau ! On m’appelle désormais le Minotaure. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

Où comment naquit le Minotaure…

L’auteure part aux origines du mythe en commençant par l’enfance du monstre afin de nous expliquer comment il est devenu le célèbre Minotaure assoiffé de sang.

Ainsi, nous faisons connaissance avec Astérios, Prince de Crète, fils du Roi Minos et de la Reine Pasiphaé. L’enfant grandit dans la solitude la plus totale, servi par une vieille domestique, rejeté par sa famille sans qu’il sache pourquoi. Ses soeurs Arianne et Phèdre trouvent toujours des prétextes pour l’éviter, sa mère ne lui rend presque jamais visite et tous les domestiques du Palais le fuient.

L’adolescence arrivant, le jeune Prince force les choses et tente de se rapprocher de sa mère pour une banale activité de filage de laine. Mais il surprend une conversation qui le fait douter de sa nature. Il faudra qu’il voit son reflet dans un étang pour comprendre qu’il est différent des autres.

De là, l’enfant cherchera des réponses : qui l’a transformé ? Est-il né ainsi ? Pourquoi le Roi ne veut pas qu’il l’appelle Père et reste froid avec lui ? Pourquoi sa mère, qui semble l’aimer, le fuit ou pleure à sa vue ?

De fil en aiguille, il remontera le fil de l’histoire de ses origines, jusqu’au moment où il est enfermé dans le Labyrinthe : un palais qu’il prendra au départ pour sa nouvelle maison, construite à la demande du Roi, afin de le couronner comme descendant légitime.

Sylvie Baussier introduit quelques éléments fictionnels dans le récit de l’enfance du monstre, mais c’est pour mieux comprendre ce qu’il endure. Elle réalise avec brio l’introspection profonde de l’enfant, dérouté par le comportement des adultes, et qui cherche profondément à se faire aimer des autres. Elle explique aussi brillamment la folie qui s’empare de cet être, à force de solitude et de privations, au sein du labyrinthe, le transformant en monstre.

Monstre ou victime ?

Souvent, dans la mythologie grecque, les enfants paient pour les erreurs de leurs parents. Et c’est ce qui est arrivé au jeune Prince, victime de l’orgueil du Roi Minos.

Tout l’enjeu de cette histoire est qu’Astérios est le fruit d’une erreur du Roi et de la Reine, qu’ils ne peuvent effacer. Son existence leur rappelle cette erreur chaque jour, et la honte qu’elle occasionne, alors que le Prince n’y est pour rien.

Si Minos avait sacrifié comme prévu le taureau envoyé par les Dieux, Poséïdon n’aurait pas insufflé à Pasiphaé de l’amour pour cette bête et le prince ne serait pas né avec des cornes. Minos regrette ce sacrifice manqué et cache son enfant bâtard et difforme car il en a honte. Pasiphaé aime son fils mais elle est faible devant le Roi et ne peut le protéger de sa fureur.

Peut-être que l’histoire du Minotaure aurait été différente s’il avait été accepté pour ce qu’il est et non l’erreur qu’il représente. Ou qu’il ne serait pas né difforme si le Roi avait été moins orgueilleux avec les dieux.

A force d’acharnement contre lui, il est normal que l’enfant, devenu adulte, s’en prenne au monde entier et laisse éclater sa fureur. La description de son enfermement solitaire dans le labyrinthe et la privation de nourriture pour le pousser à manger des humains est particulièrement atroce et pourrait rendre fou n’importe qui. Quoi de plus étonnant qu’il attende la mort comme une délivrance ?

Une partie documentaire très complète

En plus de l’histoire du Minotaure, qui fait une centaine de pages, le roman est accompagné d’une partie documentaire sur la Crète, les origines du Labyrinthe à travers le Palais de Cnossos, les tributs de guerre, les différentes versions de la naissance du monstre et un quizz sur le récit pour tester ses connaissances.

Cette partie documentaire est très intéressante et très simple, mais apporte les éléments essentiels pour compléter l’histoire. Elle conviendra parfaitement aux enfants à partir de 10 ans.

L’auteure explique également sa démarche, ses sources pour écrire le récit et ses choix de récit par rapport à l’histoire initiale. Car il y a peu de récits sur l’enfance du Minotaure, mais beaucoup plus sur son origine et sa rencontre avec Thésée !

J’ai trouvé cette initiative très intéressante, car nous avons souvent affaire aux récits présentant la version « finale » des monstres et la manière dont ils sont tués, mais très peu sur comment ils ont vécu leur difformité et se sont construits. En ce sens, le récit prend une tournure assez moderne car les monstres pourraient être métaphoriquement des criminels, nous expliquant le moment de basculement de leur humanité vers leur monstruosité. Mais je m’avance peut-être un peu…

Pour avoir lu et chroniqué Moi, Ligia, Sirène de la même auteure, je vous conseille de commencer la collection par le récit du Minotaure. L’histoire est beaucoup plus prenante et intéressante, à mon sens.

En conclusion : Un récit court mais riche, qui nous dévoile avec finesse la psychologie du Minotaure et comment s’est construit son mythe. Sylvie Baussier nous invite à rendre à la bête son humanité et nous fait réfléchir sur le véritable monstre de cette histoire. Elle réussit à apporter une touche de modernité à ce récit millénaire. Et c’est une vraie réussite !

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Moi, Ligia, Sirène, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

« La mythologie vue par les monstres », c’est la nouvelle collection lancée par Scrineo pour un public jeunesse amateur de mythologie grecque. J’ai voulu essayer ce concept innovant et original avec beaucoup d’enthousiasme et j’ai tenté ma chance avec l’histoire de Ligia la sirène, le deuxième titre de la collection après Moi, le Minotaure…

Résumé : Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

L’Histoire des sirènes, par les sirènes

Pour peu qu’on se souvienne de nos cours de mythologie de collège, les sirènes sont des créatures à corps d’oiseau (et non de poisson) et visage de femme que croisent Ulysse lors de son retour à Ithaque, ainsi que les Argonautes pendant leur voyage. De nature cruelle, elles charment les humains par leur chant mélodieux et les attirent dans l’eau pour se noyer. Elles se repaissent ensuite de leur chair et attendent le prochain bateau pour recommencer.

Ici, il sera question de ces sirènes, mais surtout de deux en particulier : les soeurs Ligia et Leucosia. Jeunes filles insouciantes, enfants du Fleuve Acheloos et de la Muse Melpomène, elles sont transformées en sirènes par la déesse Démeter pour les punir de ne pas avoir retrouvé sa fille Coré, enlevée par Hadès. Accrochées à un repaire rocheux en mer dont elles sont plus ou moins prisonnières, elles vivent désormais leur destin cruel de monstres en se remémorant avec nostalgie leur passé.

Un monstre ou une victime ?

Dans ce court roman de 100 pages, Ligia nous raconte ses malheurs quotidiens, ses souvenirs joyeux d’autrefois et son dilemme pour se nourrir.

L’auteure fait apparaître le caractère injuste de cette transformation en sirène, un châtiment motivé plus par la colère et l’impuissance à retrouver son enfant, qu’une punition pour un crime établi. Les deux soeurs ont cherché en vain Coré, mais comment deviner qu’elle était sous terre ? Elles ne sont pas responsables de son enlèvement. On voit bien là que les Dieux font ce qu’ils veulent sur Terre et que la vie de tout humain peut basculer sous leurs caprices.

Sur leur rocher dont elles ne peuvent trop s’éloigner sans se fatiguer, les deux soeurs sont obligées de se nourrir d’humains qu’elles attirent avec leur chant. Ces repas cruels font partie de la punition et sont nécessaires à leur survie, mais leur part humaine éprouve toujours un dégoût après chaque festin.

Leurs rencontres avec les Argonautes, puis avec Ulysse vont les démoraliser complètement quant à leur capacité à charmer les hommes pour s’en nourrir, ou à être assez puissantes pour séduire le plus intelligent des mortels.

La fin du récit est un joli clin d’oeil à l’autre des versions des sirènes que l’on connaît, et popularisée par Disney : celle des femmes-poissons. Une fois de plus, Ulysse aura démontré sa ruse ou les deux soeurs auront trouvé un destin plus en adéquation avec leur part humaine. Qui sait ?

Un roman parfait pour la jeunesse

Le livre se présente en plusieurs parties : une introduction des personnages comme dans une pièce de théâtre afin de rappeler l’identité de chacun, le récit de Ligia, une partie documentaire sur le mythe des sirènes par l’auteure et ses choix d’écriture pour ce récit, et enfin quelques pages de jeux sur la compréhension sur le texte.

En cela, il est parfait pour un enfant à partir de 10 ans et répond à toutes les attentes en termes de lecture et documentation. Pour ce qui est d’un public adulte, j’ai trouvé l’idée d’adopter le point de vue du monstre très intéressante. Cependant, du point de vue du récit, j’ai noté quelques longueurs et répétitions, ainsi qu’un ton un peu déprimant. J’attends de lire les autres récits de la collection pour voir si cela est le cas pour tous afin d’adopter une opinion plus tranchée.

En conclusion : Un roman court, parfait pour la jeunesse, qui démontre que l’on peut encore être original en évoquant les récits mythologiques grecs. Sylvie Baussier nous dépeint des sirènes fatiguées de manger les humains et nostalgiques de leur vie terrestre, au lieu de monstres sanguinaires charmeurs de marins. Une vision rafraîchissante, quoique pas très joyeuse du mythe. Vivement la lecture des autres tomes de la collection !

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Le Père Fouettard, Nixi Turner contre les Croquemitaines T3, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

De retour à Paris pour affronter un nouveau monstre associé à la dépression et à la mise en danger de soi, Nixi doit récupérer des informations sur les forces qu’elle combat. Mais retourner chez elle comporte des risques, surtout quand ses amis lui collent aux fesses…

Résumé : Ce sont les vacances de Noël. Chora vient d’apprendre qu’elle a une grave maladie de coeur. La jeune fille vit très mal la situation, ce qui attire vers elle le Père Fouettard. Heureusement, Nixi et ses amis sont là.

Un croquemitaine associé à Noël… et aux attitudes téméraires

Ce troisième tome va nous faire découvrir le personnage de Chora, une collégienne un peu casse-cou qui se met délibérément en danger car elle cache un secret : elle est atteinte d’une maladie mortelle. Et depuis qu’elle en a eu connaissance, un croquemitaine vient la hanter pour la pousser à faire des choix inconsidérés ou qu’elle se mette fin à ses jours.

Figure opposée au Père Noël, le Père Fouettard invite les enfants à faire des bêtises, et plus sérieusement à la dépression et au suicide. Chora pense être plus forte que son monstre intérieur et réussir à le combattre seule, sans l’aide de Nixi. Elle ira même jusqu’à semer le doute dans l’esprit du Scooby Gang sur les motivations de Nixi a être leur amie. Pour elle, la chasseuse n’est présente parmi eux que pour tuer les Croquemitaines, pas du tout leur porter secours.

Suite au départ précipité de Nixi de sa fête d’anniversaire pour retourner chez elle glaner des informations, Chora verra rouge et voudra en savoir plus sur la chasseuse… à ses risques et péril !

Dans cet opus, Fabien Clavel nous met à la place d’une petite fille effrayée devant sa maladie mortelle et nous interroge sur nos choix : est-ce que comme Chora, nous allons céder à une pulsion de mort et à la dépression ou au contraire profiter du temps qu’il nous reste à vivre pour réaliser des choses merveilleuses ? L’auteur développe un sujet plus sensible que dans les précédents tomes, mais sans pour autant proposer des personnages qui s’apitoient sur leur sort. On en ressort l’esprit positif, malgré le drame qui pourrait arriver un jour ou l’autre. Et c’est émouvant et fort.

Une chasseuse de croquemitaines face à des choix

Dans ce tome 3, Nixi retourne chez elle et on découvre enfin ses origines et celles des croquemitaines. Cependant, rien ne va se passer comme prévu ! Face à un événement inattendu, elle va devoir choisir entre secourir sa famille ou ses amis.

Et ce sera un dilemme complexe… car la chasseuse s’est attachée aux collégiens, malgré l’incompréhension de sa mère. Un dialogue magistral entre les deux personnages donnera sens au sentiment de solitude qui habite Nixi et dont elle souhaite désormais se débarrasser.

Elle va devoir prouver qu’elle peut concilier les deux aspects de sa vie tout en continuant sa mission. Pas si facile sans aide…

Une équipe qui se renforce

Le Scooby gang de notre tueuse miniature va profiter de cette aventure pour renforcer ses liens et faire émerger les personnalités.

Hugo va se révéler un atout (intello) très précieux dans sa compréhension orale du grec ancien et ses nombreuses connaissances sur la mythologie… surtout quand il a peur !

Imane saura agir en gardant la tête froide et de manière perspicace face aux dangers qui les entourent. Elle montrera aussi un côté geek peu avouable mais fédérateur.

Kylian va révéler un côté sensible et leur donner un coup de main dans l’ombre, rachetant par là son attitude de tortionnaire envers Hugo et Nawel dans le premier tome de la série.

Chora va faire douter le groupe…pour mieux le ressouder.

Le final sera épique et nous donnera envie de vérifier s’il existe une porte mystérieuse en forme de pyramide dans les réserves du Musée du Louvre, permettant d’accéder à la maison de Nixi…

En conclusion : Dans cet opus, Fabien Clavel manie avec habileté la mythologie avec encore plus de brio que d’habitude en remettant au goût du jour les civilisations anciennes avec son gang de collégiens digne du Scooby Gang de Buffy contre les vampires. Il traite aussi d’un sujet peu joyeux : les enfants ayant des maladies graves, mais de manière positive sans pour autant manquer d’empathie.

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La Goule, Nixi Turner contre les Croquemitaines T2, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Je continue sur ma lancée de la série Nixi Turner avec la lecture du tome 2 où l’on en apprend un peu plus encore sur notre héroïne aux cheveux blancs et sur un nouveau croque-mitaine en lien avec l’anorexie…

Résumé : Après les vacances de la Toussaint, Nawel retrouve ses amis et découvre qu’Imane a perdu beaucoup de poids. Elle commence à s’inquiéter pour elle, mais Nixi ne s’y trompe pas, c’est certainement l’oeuvre d’un Croquemitaine. Armée de son épée, la chasseuse est prête à reprendre le combat !

Mon avis :

Quand un croque-mitaine cache un problème d’anorexie

Aperçue dans le tome 1 sur Baba Yaga, Imane, la déléguée de classe de Nawel et Hugo, va être le personnage mis en lumière dans ce deuxième opus de la Chasseuse de monstres. Elève brillante, très exigeante envers elle-même, on ne devine pas derrière son masque hautain qu’elle a des problèmes.

Dans cet épisode, Fabien Clavel aborde le sujet de l’anorexie avec ce personnage, représenté par la Goule qui dévore la jeune fille à chaque fois qu’elle se regarde dans un miroir. Plus grave encore, au lieu de combattre le Croque-Mitaine, Imane l’attends et sacrifie volontiers son corps aux appétits du monstre car elle a une vision d’elle-même déformée, grosse, horrible que la Goule rectifie à coups de crocs.

L’auteur décrit parfaitement les petits riens qui amènent la jeune fille à basculer : déménagement, perte des amis, départ de son frère adoré, disputes entre ses parents, et surtout régime qui n’en finit pas comme une solution à tous ses autres problèmes, et ses stratégies pour faire croire qu’elle mange. On visitera même pour l’occasion une unité de soins pour jeunes filles atteintes du même mal aux allures de cadavres.

Heureusement pour Imane, l’arrivée de Nixi va changer la donne. Mais il faudra que la jeune fille accepte de se faire aider pour que tout revienne dans l’ordre. Et ce ne sera pas évident. L’appui de ses autres camarades sera décisif pour cela.

Une chasseuse qui doute

Dans ce nouvel opus, Nixi va découvrir qu’évoluer parmi les mortels est plus complexe que prévu et qu’il faut parfois faire preuve d’empathie pour améliorer ses relations amicales.

Alors que son Scooby Gang s’élargit avec l’arrivée de Chora et d’Imane en plus d’Hugo et Nawel, Nixi commence à s’attacher aux collégiens, et ce n’est pas une bonne idée car cela la détourne de sa mission.

D’esprit pragmatique, elle va devoir faire appel à Nawel qui approche Imane pour des cours particuliers afin de débusquer le nouveau Croque-Mitaine. Mais cela tourne vite au vinaigre : entre la peur de Nixi de perdre une amie au profit d’une autre, et le fait qu’elle utilise les mortels comme des appâts, la pilule passe mal auprès de Nawel.

La tueuse de monstres va se sentir dépassée et perdre la confiance de ses amis. Elle fera appel à une aide maléfique extérieure plus ou moins efficace pour se débarrasser de la Goule…

Dans ce deuxième tome, on devine les points de fragilité du personnage qui apparaît plus humain qu’on ne le pense. Nixi reste une petite fille capable d’éprouver de la peur et surtout meurt d’envie de rentrer chez elle auprès de ses parents. On sent aussi chez elle une grande solitude, que ses amis mortels semblent combler. Et l’ambivalence de ses sentiments envers eux : la nécessité de les protéger quand ils veulent l’aider dans sa mission et… les empêcher de l’aider pour ne pas la gêner justement. C’est un point central qui risque de revenir dans les tomes suivants.

En conclusion : Un tome deux centré sur les faiblesses de la chasseuse de monstres et sur un nouveau problème d’adolescence sous couvert d’un monstre mythologique. Fabien Clavel sait trouver les mots justes pour décrire l’anorexie du point de vue d’une jeune fille malade et nous toucher par la même occasion. Il nous invite également à nous interroger sur la figure de l’héroïne qui, pour réussir sa mission, doit embrasser son côté humain, et surtout accepter l’aide qu’on lui propose.

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Baba Yaga, Nixi Turner contre les Croquemitaines T1, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Couverture rose, petite fille au regard décidé portant une épée, titre digne d’une série d’aventurière… La lecture de ce premier tome d’une série de 5 destinée à la jeunesse m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais après plusieurs romans bien épais. Bienvenue dans les aventures de Nixi Turner, la tueuse de croquemitaines … au collège-lycée Gustave-Caillebotte !

Résumé : C’est la rentrée scolaire au collège Gustave-Caillebotte et Nawel angoisse à l’idée de se retrouver dans cet établissement huppé. Ses premiers jours en 6ème ne se passent pas très bien et une brume étrange et surnaturelle semble la suivre partout. Heureusement, une nouvelle élève nommée Nixi Turner arrive. Elle a l’air particulièrement féroce et les adultes ne peuvent pas la voir. Sa mission : chasser les monstres du collège !

Mon avis :

Une intrigue autour du harcèlement scolaire et de la discrimination

Dans ce premier opus, Nixi va aider la jeune Nawel à se débarrasser d’un croque-mitaine (=une créature maléfique) qui a pris possession d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.

Il s’agit de Baba Yaga, la sorcière russe. Elle se nourrit du sentiment d’insécurité qui habite Nawel et colporte des rumeurs nuisant à la jeune fille pour y parvenir. Il faut dire que Nawel, habitant un quartier populaire à Villejuif, et surtout à peine sortie de l’enfance, intègre un collège prestigieux parisien et éprouve beaucoup de difficultés à trouver sa place.

Rejetée dès le premier jour par l’ensemble de sa classe du fait de ses origines populaires, elle va tomber dans la spirale infernale du harcèlement scolaire, refusant toute aide des adultes par souci de ne pas causer d’ennuis et par envie de se débrouiller seule. La pression et la culpabilisation de venir d’une famille qui veut un avenir meilleur pour elle joue un rôle dans l’affaire.

Avec ce roman, Fabien Clavel nous montre les étapes du harcèlement du point de vue de l’enfant et cela fait froid dans le dos ! Rejet de l’aide d’autres élèves pour éviter d’être cataloguée intello, minimisation du problème devant le principal quand elle est confrontée à son bourreau, obsession compulsive à regarder les publications relayant les moqueries dont elle est victime… sans l’aide de Nixi, Nawel serait sans-doute au bord du suicide à 12 ans !

Du côté des adultes, le problème n’est pas forcément entendu non plus : aveuglement de l’enseignant même quand l’enfant a besoin d’aide, solution-rustine d’un conseil de discipline… Il en faudra beaucoup plus pour que tout cela se résolve dans la joie et la bonne humeur.

Quant à son bourreau qui visiblement n’en est pas à son premier coup d’essai, on se pose des questions sur ses motivations. On le décrit comme un rebelle avec souvent des égratignures au visage. Serait-il lui-même victime d’un boureau à la maison ? Mystère…

J’ai pour ma part noté que ce thème harcèlement est abordé sérieusement, malgré la pointe fantastique, et qu’il pourra peut-être faire réfléchir les enfants harcelés. Après tout, la collection Chatons hantés est destinée aux 9-12 ans : un public qui sort de l’enfance pour entrer progressivement dans la pré-adolescence…

Nixi : une Buffy 2.0 ?

On ne sait pas vraiment d’où vient Nixi, mais à plusieurs reprises elle est comparée à la célèbre tueuse de vampires. Et il faut dire qu’elle lui ressemble sur certains points : armée d’une épée en os (et non d’un pieu en bois), elle est solitaire, et combat des monstres afin de protéger les (enfants) humains.

Comme l’Elue, elle possède un grimoire recensant les créatures qu’elle poursuit, et au fil de l’histoire, elle va se constituer une équipe de choc, même si ce ne sont que des collégiens. Le plus grand point commun à lui trouver avec Buffy serait l’impression qu’elle porte le poids du monde (des collégiens) sur les épaules.

Dans ce premier tome, on en apprend très peu sur ses origines. Elle ne semble pas humaine mais pourtant peut saigner. Elle a un pouvoir d’invisibilité aux yeux des adultes, mais les enfants peuvent la voir. Et surtout, on a cette impression bizarre qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être, et qu’elle vient d’un monde apocalyptique pour réparer une bêtise.

Au fil de l’histoire, malgré son besoin de solitude, et son visible manque d’empathie, elle va commencer à s’attacher à Nawel et aux autres enfants qu’elle rencontre, ce qui laisse entrevoir un besoin de se faire des amis. Peut-être qu’elle n’a pas d’amis, là d’où elle vient ?

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Fabien Clavel manie l’art de distiller des indices sur ses personnages pour permettre au lecteur d’enquêter. C’est une manière de procéder plaisante qui permet d’injecter du suspens et d’émettre des hypothèses sur les péripéties, l’évolution des personnages, la suite de ce premier tome… Bref c’est très réussi !

En conclusion : Baba Yaga est un premier tome d’introduction efficace, qui marque l’entrée d’une nouvelle héroïne encore très mystérieuse, et dont on a hâte de connaître la suite des aventures. Mais c’est aussi un roman jeunesse coup de poing sur le harcèlement scolaire, sous couvert d’une histoire autour d’une créature issue des contes et des légendes et d’une jeune tueuse de monstres.

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Feux follets, mandragore et cadavre frais, Fingus Malister Tome 1, Ariel Holzl, Rageot

Quand le jeune Fingus a décidé d’intégrer une prestigieuse école de sorcellerie pour devenir le plus grand nécromancien de tous les temps, cela ne va pas sans catastrophes. Car après tout, même s’il est un Malister, il n’y connaît rien en magie !

Résumé : « Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! » Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Mon avis :

Vie d’un sorcier discriminé

Le ton est donné dès le départ, Fingus n’a pas la vie facile. Discriminé par tout le village parce qu’il est le descendant des sorciers qui ont persécuté les habitants pendant des siècles, il vit seul dans une vieille cabane adossée au château familial en ruines. Heureusement pour lui, il peut compter sur son amie sorcière Polly. Sauf… qu’elle ne souhaite pas utiliser ses pouvoirs, parce que selon elle, la magie est néfaste ! Le duo va tant bien que mal essayer de réaliser une potion pour briller auprès des recruteurs de l’Académie de magie. Mais les ingrédients ne sont pas faciles à trouver, et disons que Fingus est beaucoup plus motivé que Polly à y parvenir.

A travers cette histoire aux multiples rebondissements, Ariel Holzl aborde la discrimination d’un orphelin due à son histoire familiale. Rejeté par le village, ses camarades de classe et semble-t-il la terre entière, pour les actions de ses parents, il fait quand même bonne figure en se débrouillant seul et en gardant un objectif (plus ou moins positif en tête) : devenir un sorcier puissant pour redorer l’image familiale. Car Fingus ne manque ni de créativité ni de débrouillardise. Juste un peu de discernement entre ce qui est bien ou mal. Heureusement, son amie Polly, aux airs de Ron Weasley, veille, l’air de rien, à ce qu’il fasse les bons choix. On se demande d’ailleurs comme il pourrait se nourrir correctement ou arrêter de faire des bêtises si elle n’était pas là.

D’autant que si Fingus a un bon fond, ce n’est pas le cas d’autres habitants du village, comme Ammonia, la fille du maire. Mais curieusement, si un malheur arrive, il devient le bouc émissaire même s’il n’est pas impliqué (ce qui arrive une fois sur deux !).

Il y a un côté tragédie grecque derrière cette histoire jeunesse mais curieusement, Fingus ne se laisse jamais abattre et reste toujours de bonne humeur. On peut penser que le crâne de son grand-père défunt et son grimoire l’aident à tenir même s’ils sont à l’origine de toutes ses bêtises.

De l’humour noir façon jeunesse

Entre le crâne du grand-père Malister, la visite au cimetière, le village maudit, la forêt habitée d’étranges créatures et les quelques fantômes que nous rencontrerons en chemin, Ariel Holzl ne fait pas les choses à moitié pour nous faire entrer dans son univers gothique aux multiples dangers, mais fort amusant.

L’humour est très présent dans tout le récit. On rit des inventions de Fingus aux noms improbables, d’Ammonia qui souhaite créer des parfums alors qu’elle n’a pas d’odorat, des malentendus sur la recette de la potion de Fingus, du décalage entre la joie de Fingus et la haine des habitants à son égard, du monstre du donjon…

L’auteur a le don de rendre les situations cocasses amusantes alors qu’elles sont parfois tristes à pleurer et c’est particulièrement réussi. Et on se demande jusqu’où le jeune sorcier est prêt à aller dans la bêtise pour assouvir ses ambitions.

Quelques bémols

Cette première aventure, malgré une fin quelque peu inattendue, m’a laissée un peu sur ma faim. J’avais en tête l’excellente trilogie des Soeurs Carmine, du même auteur en commençant le récit. Même si j’ai retrouvé l’humour noir d’Ariel que j’adore, je trouve que cela n’a pas été assez loin dans l’intrigue. Pas assez gore, grinçant, gothique… Cela est sans doute dû au public destinataire de ce roman qui n’est pas young adult mais plutôt jeunesse. Avec une intrigue dont on devine facilement les rebondissements, ce sont les deux seuls bémols que j’ai noté pour cette lecture et qui font que cela n’a pas été un coup de coeur.

En conclusion : Une jolie histoire jeunesse conçue comme une potion anti-morosité : Prenez une grosse louche de discrimination, une cuillère à soupe d’amitié et une pluie d’actions aux conséquences désastreuses. Faites mariner dans un univers gothique mais joyeux. Saupoudrez d’un soupçon d’humour noir et d’un peu de magie et vous serez servi !

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Miss Charity, Marie-Aude Murail, édition Ecole des Loisirs

Dernièrement, le roman Miss Charity de Marie-Aude Murail a été adapté en BD aux éditions Rue de Sèvres par les talentueux Loïc Clément et Anne Montel. Après lecture du premier tome de cette merveilleuse version, j’ai eu envie de découvrir le roman à l’origine de la BD. Voici mon retour sur ce pavé de 500 pages aux allures de biographie de Beatrix Potter…

Résumé : Charity est comme tous les enfants : débordante de curiosité. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

Mon avis :

De l’éducation des petites filles à l’époque victorienne

Marie-Aude Murail nous emmène à la fin du XIXème siècle en Angleterre, dans une société où les riches prennent soin de leur patrimoine et surtout ne travaillent pas.

Dans ce contexte, nous faisons la connaissance de Charity Tilder, fille de bourgeois anglais, pas très jolie, plutôt curieuse et surtout aux passions tournées vers la nature qui la font passer pour une excentrique.

Or dans une société où les filles sont destinées à réaliser un bon mariage, étudier les animaux et la flore ne font pas partie des qualités nécessaires. Mais Charity chante mal, joue encore plus mal du piano et danse comme une patate. Autant dire que c’est mal parti pour elle.

Ajoutez à cela une mère envahissante, légèrement hypocondriaque et jalouse de ses amis et vous aurez une esquisse d’une enfance solitaire jusqu’à sa vie adulte, entourée seulement d’une petite ménagerie d’animaux mal en point et de domestiques.

Sa rencontre avec une préceptrice française qui va lui faire étudier l’aquarelle va changer son rapport au monde et lui ouvrir des portes qu’elle n’aurait jamais imaginées, bravant ainsi sa classe sociale et son statut de femme potiche imposé.

Charity va dévoiler une personnalité originale pour son époque, quoique à tendance neurasthénique et trop bien consciente de ses défauts. Elle incarne une forme de féminisme dans une société non-progressiste vis à vis du droit des femmes à travailler ou à disposer de leur argent sans tutelle masculine.

Au fil des pages, derrière les interrogations de son personnage, Marie-Aude Murail se permet une critique la société telle quelle était à cette époque avec le mépris des classes aisées pour tout ce qui se situe en dehors de la bienséance, le refus d’évoluer vers une classe de travailleurs jugée méprisable, l’obligation pour les jeunes filles de se marier par souci de préservation du patrimoine (et avant une date de péremption ! ), une vie difficile pour les domestiques dans ces familles et un souci de représentation permanent.

Ce roman n’est pas seulement le récit d’une jeune fille, c’est aussi l’histoire de l’évolution progressive de cette aristocratie figée dans le temps obligée d’évoluer pour survivre. Il se rapproche en cela de la série Downtown Abbey, située un peu plus tard dans le siècle.

Une ode à la nature et à Beatrix Potter

Il apparaît comme indéniable que l’auteure s’est inspirée de la vie de l’auteure pour la jeunesse Beatrix Potter pour écrire ce libre. Les similitudes sont trop importantes : Beatrix a vécu longtemps seule et célibataire dans la nursery familiale à Londres, réalisait de fréquents séjours dans la campagne anglaise, a réalisé les mêmes études sur les animaux et les champignons que Charity et connaît un destin similaire à notre héroïne.

D’autres auteures anglaises peuvent avoir influencé Marie-Aude Murail et se ressentent dans le roman : Jane Austen pour ses descriptions amusantes et critiques de la société, les soeurs Brontë pour la mise en avant de la nature. On sent également une touche de Comtesse de Ségur dans la description de la vie familiale et les visites aux cousins pendant les fêtes.

Mais ce n’est pas la seule source d’inspiration du roman : la nature y est extrêmement présente.

A la fois du point de vue scientifique à travers les expériences de Charity sur les escargots, l’élevage des souris et des lapins, son étude sur les champignons, exacerbés par sa passion pour l’aquarelle.

Mais aussi du point de vue bucolique, avec les descriptions de longues balades dans la campagne anglaise, et des propriétés de Bertram Manor et de Dingley Bell où se rend chaque été la famille de Charity. Là, son père passe son temps à la pêche à la mouche avec ses amis, tandis que Charity récupère de nouveaux spécimens ou se promène en calèche avec son âne. Des incursions en Ecosse auront lieu également avec des personnages hauts en couleur et des paysages tout aussi beaux (quoique pluvieux). On se rendra aussi au musée d’Histoire Naturelle de Londres, peu convenable pour une jeune fille de bonne famille.

Un joli moment de lecture si vous aimez la campagne anglaise autant que moi !

Quelques mots sur l’adaptation en BD

Pour adapter ce pavé de 500 pages, les éditions Rue de Sèvres ont pris le parti de découper en plusieurs tomes les aventures de Miss Charity en commençant par un premier volume intitulé L’enfance de l’art.

Ce que nous avons imaginé dans le roman, le dessin permet de le visualiser et joliment en plus ! On découvre une coup de crayon audacieux, des couleurs dignes d’une aquarelle et surtout une faune et une flore très détaillées dans un style purement anglais.

Sans réaliser de grosses ellipses du roman, la bande-dessinée retranscrit parfaitement les scènes de la vie quotidienne de Charity, entre ses parents aux préoccupations différentes, sa nurse écossaise complètement folle, ses expériences scientifiques, ses rencontres avec des cousins éloignés, ses virées à la campagne…tout en gardant l’humour et les aspects critiques présents dans le roman.

Certains événements restent à deviner à travers les dessins, comme la raison pour laquelle le personnage de Kenneth est souvent montré avec une tête de renard. C’est une des raisons qui m’ont poussée à lire le livre, mais surtout le fait d’avoir une seule partie de l’histoire. Ce premier tome s’achève en effet aux 15 ans de Charity alors que le roman raconte aussi sa vie d’adulte. Espérons que l’adaptation de la suite dans le deuxième volume soit de qualité identique !

La seule chose que je regrette entre la bd et le roman, reste la pauvreté de la couverture du roman (qui date quand même de 2008). Quand on compare avec celle de la BD, on se demande si les éditions de l’Ecole des loisirs vont enfin se décider à proposer une couverture de roman à la hauteur ! D’autant que la version italienne est beaucoup plus jolie. A méditer…

En conclusion : Miss Charity est un petit bijou de littérature jeunesse qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants. Si vous aimez la nature, la société victorienne ou les aventures d’une petite fille fantasque qui s’invente un monde, ce roman est fait pour vous.