Publié dans Lectures

Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas, éditions Rageot

Bienvenue à Celumbre et son Académie de magie et de mécanique ! Ici, on entretient l’animosité entre les apprentis, afin de maintenir la compétition entre les deux factions. Et si, un mage et une mécanicienne formaient une équipe malgré eux ? Tel est le point de départ de Engrenages et Sortilèges…

Résumé : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis :

Un roman jeunesse sur l’adolescence

Dans ce roman, nous serons confrontés à deux personnages principaux forts, que tout oppose : Grise et Cyrus.

Grise ou Grisella est la fille d’un ingénieur d’Etat réputé. Elle vient d’un autre pays et est noire. Elle étudie la mécanique à l’Académie de Celumbre et est plutôt douée dans son domaine. Elle a un côté Hermione Granger, respecte les règles et les professeurs et a déjà choisi un futur métier. Plutôt solitaire du fait de son ambition, elle aimerait se faire un ami qui la comprenne. Du fait de son statut de mécanicienne et d’étrangère, elle est également marginalisée par les apprentis mages, dont Cyrus, qui se moque de son état débraillé et de ses doigts pleins de cambouis. Elle vit avec son père, très aimant, qui l’encourage dans ses projets et réalise des automates avec elle. Il s’inquiète cependant qu’elle ne se préoccupe pas des garçons, comme une adolescente normale de 15 ans. Elle a pour compagnon Cog,  un petit robot qui récite des proverbes.

Cyrus est le fils de la Première générale de l’armée des Empires. Il est arrogant, imbu de sa personne, délicat, d’apparence soignée, studieux, mais aussi un peu rebelle et peu enclin à l’effort. Derrière cette façade, il cache deux grandes faiblesses :  le manque d’amour de sa mère qui fait passer le devoir avant tout, et son manque de compétences en élémentalisme alors qu’il maîtrise les autres disciplines magiques. Si Grise est naïve, lui est très perspicace, preuve que les leçons de stratégie de sa mère ont finalement porté leurs fruits. Il a pour compagnon Quint, un chat roux qui est aussi son familier.

Grise et Cyrus se détestent au début du roman, du fait de leur classe respective, concept entretenu par les règles de l’Académie. Mais suite à leur mésaventure commune, ils vont devoir faire alliance, et apprendre l’un de l’autre.

Avec ce duo improbable, nous exploiterons les questionnements liés à l’adolescence : les premiers émois amoureux, la vision de l’avenir, la déception vis à vis des adultes, les choix et leurs conséquences, la confiance en soi, la rébellion envers les adultes ou le système.

A eux deux, ils sont également un bel exemple d’amitié malgré leurs nombreuses contradictions, et de maturité contrairement aux adultes qu’ils rencontreront dans leur périple.

De cette aventure, ils sortiront grandis, un peu moins intellos, et surtout plus portés sur des choses de leur âge. Un vrai roman d’apprentissage en somme.

Un manifeste en filigramme sur la politique et ses conséquences

Celumbre, capitale du pays, est gouvernée par Sarenziah, son impératrice. C’est une femme indolente, rêveuse, plus soucieuse de son apparence que de politique, mais aimée de ses sujets. Elle laisse les grandes décisions à Vezzir, son conseiller qui l’assiste avec dévotion. C’est cette dévotion qui causera la perte du royaume, car Vezzir a de grandes ambitions.

A travers cet univers, Adrien Tomas nous dépeint une situation politique calamiteuse, qui pourrait trouver écho dans notre propre réalité.

Il réalise un décorticage en règle des conséquences d’une guerre et de la taxation, qui créé des conditions favorables à l’enrôlement dans l’armée pour les plus jeunes. Cela fait grandir la criminalité et la pauvreté, et pousse le peuple à de mauvaises décisions par nécessité de survie. Les réfugiés de guerre sont ostracisés, les vétérans deviennent mendiants ou mercenaires, les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, la protection civile sous-payée est corrompue et des factions républicaines se créent en opposition au régime impérial.

Mais l’impératrice disposant d’une image impeccable, personne n’ose penser qu’elle veut le mal de ses sujets et n’ose élever la voix… exceptés les républicains dont on moque les idées farfelues. En parallèle, un empire du crime se créé dans les bas-fonds, comme réponse officieuse au gouvernement en place, avec une autre reine : l’Arachnide.

Si l’univers est purement fictif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a été inspiré de faits réels pour certains détails, et nous donne une bonne leçon de politique digne de la série House of Cards.

Un roman qui entremêle astucieusement magie et mécanique

La force d’Adrien Tomas dans la plupart de ses récits, réside en sa manière d’aborder la magie. Sujet récurrent dans ses romans, il se distingue une nouvelle fois en mélangeant le côté magique de ses personnages à celui de la mécanique.

Dans Engrenages et Sortilèges, l’inimitié des deux personnages principaux a pour point de départ leurs sujet d’étude et compétences au sein de la même Académie. Si Grise étudie la mécanique, symbole d’avenir et de progrès dans cet univers, Cyrus privilégie la magie, plutôt associée au passé.  

A l’Académie, on encourage les mécaniciens à ne pas offusquer les mages car leurs pouvoirs sont liés à ses émotions et ils pourraient perdre leur magie si leur confiance en eux est lésée. Cyrus en est bien conscient et joue de cette autorité pour martyriser les mécaniciens, tout comme ses camarades, ce qui nuit aux relations entre les deux factions. Cela a pour conséquence une forme de révolte intérieure chez les mécaniciens, qui culminera à travers Grise quand Cyrus poussera la plaisanterie trop loin. Cette inimitié tient à l’origine au fait que les magiciens ont peur de se faire remplacer par des machines et que les mécaniciens trouvent leur fonctionnement complètement dépassé.

Le seul point sur lequel magiciens et mécaniciens se rejoignent est l’énergie utilisée dans cet univers :  l’Arcanium.  Subtile invention de l’auteur, qui fait ressentir son parcours scientifique, cette énergie pourrait se rapprocher dans notre réalité du lithium, utilisée dans les batteries, plutôt rare et difficile à extraire. A travers cette histoire, Adrien Tomas lance des pistes de réflexion concernant l’utilisation de cette énergie et son exploitation : doit-elle servir à la destruction ou au bien de tous ? Doit-on l’extraire et à quel prix ?

D’autres réflexions viennent pimenter l’aventure comme le statut des automates, souvent développée dans les romans steampunk ou de Science-fiction. Ici, nous rencontrerons des automates dotés de conscience propre et autonomes, devenus des marginaux après avoir été rejetés ou maltraités par les hommes. Doit-on les considérer comme des êtres humains ? Tel est un des enjeux de ce livre.

Mais la plus grande thématique abordée sera la loyauté envers un système avec qui l’on est en désaccord. Doit-on s’y soumettre ou se révolter ? Et quelles seront les répercussions de nos actions ?

La magie est abordée aussi sous un angle différent en opposant le savoir des livres à celui de la connaissance de soi. C’est ce qu’apprendra Cyrus auprès d’un mage noir qui lui fera étudier la nécromancie, ouvrant ainsi un autre chapitre dans l’étude de la magie dans les récits d’Adrien Tomas.

En conclusion : Engrenages et sortilèges est un roman jeunesse qui, sous couvert de magie et de mécanique aborde des sujets plus sérieux comme la manipulation politique, l’origine de la pauvreté et la délinquance. Il développe également des personnages attachants, en qui l’on peut facilement se reconnaître. C’est une petite pépite à découvrir, sans distinction d’âge.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #12

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Un ebook gratuit par la maman d’Harry Potter, un pique-nique steampunk virtuel, un article sur la place des femmes en littérature de SF, un podcast sur un film d’animation japonais à couper le souffle, deux appels à texte autour de la littérature de l’imaginaire, une artiste qui manie papier et fil de fer de façon originale, une film d’animation émouvant sur un bibliothécaire particulier, un concours pour gagner des livres et un projet de financement autour d’un Beau-Livre sur les auteur(e)s de la Belle-Epoque… le tout pas nécessairement dans cet ordre !

L’ebook gratuit du moment 

the ickabog Paris match

J.K Rowling  a encore frappé ! Oui, je sais, j’ai deux semaine de retard sur l’information. Mais avec mon déménagement, j’ai reporté mes lectures d’article de veille, et voilà, ô stupeur que je découvre cette nouvelle ô combien importante. The Ickabog de J.KRowling est en ligne sur un fabuleux site internet et l’histoire est même traduite en français (si tu repères la barre déroulante des langues en haut à droit de l’écran). Mais de quoi ça parle son nouveau livre ? C’est un livre jeunesse en au moins 28 chapitres qui parle du Roi Fred sans peur, peu expérimenté et mal conseillé par ses amis pour gouverner, mais aussi de la légende l’Ickabog, un monstre des marais à la voix de sirène, l’apparence monstrueuse et qui mange les voyageurs imprudents. Suite à un évènement particulier, le roi se fait haïr d’une partie de ses sujets. Afin de redorer son blason, il décide de partir pour une quête qui lui semble juste, mais qui semble ridicule aux yeux de ses sujets…

Le roman se lit très facilement, à la manière d’un conte et regorge de créativité et de petites leçons de morale. Une petite pépite à découvrir en ligne sur le site internet créé pour l’occasion. Tu peux aussi participer à un concours de dessin pour illustrer l’histoire, organisé par l’auteure elle-même. 😉

Le projet Ulule de la semaine

Une anthologie sur les femmes de la Belle Epoque façon Beau Livre, ça te tente ? Tel est le projet proposé par les éditions Luciférines sur Ulule qui m’a tapé dans l’oeil cette semaine.

Le recueil regroupe 15 illustrations originales dont certaines façon Mucha, 16 nouvelles originales autour de cet univers, des dossiers historiques sur des figures importantes…

Il sera question, en vrac, de Paris, les quartiers latins, les fumeries d’opium, les fêtes foraines, les salles de jeux, des découvertes scientifiques du siècle, des débuts de la psychiatrie, du spiritisme… et d’auteurs symbolistes décadents.

Le projet a déjà atteint son objectif mais s’il t’intéresse tu peux encore participer jusqu’au 4 juillet. Des interviews des auteurs du recueil et autres informations sont disponibles sur la page facebook de la maison d’édition. Le premier palier pour la version  papier est à partir de 21 euros, ce que je trouve personnellement raisonnable pour un Beau Livre. 😉

L’événement virtuel du weekend

Le confinement est terminé, mais des évènements virtuels pullulent encore sur le net. Fan de l’univers Steampunk, je n’ai pas pu m’empêcher de noter dans mon agenda le pique-nique virtuel steampunk de la Société des Libellules qui a lieu ce dimanche 21 juin sur Discord.

Apéro en ligne, retrouvailles costumées, spectacle de magie, critique littéraire, démo d’illustration en live, démo de cuisine et lecture de nouvelle sont au programme. Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter la page Facebook de La Société des Libellules et à revêtir ta crinoline ou ton haut de forme pour nous rejoindre dimanche à partir de 11h !

L’article qui fait réfléchir

Hier, j’ai lu un article de la blogueuse et auteure Ombre Bones alias Manon d’Ombremont qui m’a quelque peu interpellée. Elle évoque la sous-représentation des auteures en littérature de SF et aussi dans les prix de littérature SF.  Son article fait suite à la nomination par le jury des Utopiales cette année d’un panel exclusivement masculin d’auteurs, qui a enflammé la blogosphère littéraire. J’ai trouvé qu’elle abordait de manière assez juste la nécessite de mettre en avant des romancières de SF pour la qualité de leur travail, sans tomber dans une forme de discrimination positive liée au genre. Elle s’interroge sur le classement de ces auteures le plus souvent en Young adult et la manière dont ce genre est sous-évalué car lié à la littérature jeunesse. Elle donne également des noms à suivre comme Aurélie Wellenstein ou Ada Palmer. Bref, un article qui te poussera à t’interroger sur le panorama féminins de la création littéraire française dans les littératures de l’imaginaire et peut-être à te faire connaître des auteures tout aussi talentueuses que leurs compatriotes masculins. 😉

Les appels à textes du moment

Tu le sais peut-être, j’aime bien écrire et je participe depuis septembre à un atelier d’écriture (cf ma rubrique Atelier d’écriture). Alors je me suis dit que je devais peut-être parler des appels à textes que je vois passer de temps à autre chez les éditeurs de l’imaginaire. On ne sait jamais, peut-être que tu es toi aussi une graine d’écrivain ?

Cette semaine, je suis tombée sur l’appel à textes des éditions Projets Sillex qui te propose d’éditer une anthologie de nouvelles autour de la fantasy animalière intitulée Féro(ce)cités. Selon le résumé de l’annonce : « Dans cette anthologie, nous vous invitons à mettre en scène des animaux anthropomorphes dont le sort est intimement lié à celui de la cité où ils résident ou qu’ils recherchent. Qu’ils en soient les sauveurs, les pillards, qu’ils soient témoins d’événements importants ou qu’ils se contentent d’essayer d’y survivre, nous voulons connaître leur histoire, et nous comptons sur vous pour nous la raconter ! » . Tu peux t’inspirer des livres des Légendes de la garde de David Petersen que j’ai chroniquées en octobre par exemple. La date butoir pour l’envoi des textes est le 15 janvier 2021. Tu trouveras le reste des informations sur la page facebook de l’éditeur.

Un autre appel à texte est en cours pour les éditions Noir d’Absinthe autour du thème du monstre féminin. Le sujet est le suivant : « Lovée dans le sein maternel, son cruel poison s’insinue jusqu’au lait intime, corrompt et pervertit.Frappée du sceau de l’infamie par une déesse jalouse, brûlée pour avoir fait des anges dans les bois, ou chassée pour avoir offert sa matrice de chair à l’innommable, ces puissances féminines de l’ombre, Monstresse(s) manifestée(s), hantent l’humanité… L’homme, surtout. Que se cache-t-il derrière cette terreur ancestrale ? Que provoque leur ire ? À vous de l’explorer et, peut-être, d’y répondre.Vos œuvres s’adresseront à un public adulte. Vos textes ne se contenteront pas d’histoires monstrueuses: elles creuseront sous les catacombes de la civilisation, exploreront cette peur du féminin, excaveront les tabous. L’heure de la catharsis est venue. » Les textes sont à envoyer avant le 30 septembre 2020 à l’éditeur. Tu trouveras plus de détails sur son site internet, et des conseils sur le groupe facebook réalisé pour l’occasion. 😉

Le podcast de la semaine

Connais-tu le film d’animation japonais Your Name de Makoto Shinkai ? C’est LE film qui a explosé les records en salles au Japon, dépassant même Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Un véritable petit bijou tant par ses dessins ultra réalistes, son jeu sur la lumière, son sujet à la fois amusant et inspirant et surtout sa bande son extraordinaire. Je suis une grande fan de ce film et j’ai eu l’occasion d’écouter le podcast « C’est plus que de la SF » animé par Lloyd Chery qui évoque le succès de ce film et le parcours du réalisateur. Tu apprendras que Makoto Shinkai est un grand romantique : la plupart de ses films parlent d’amour. Il apparaît un peu comme un ovni dans les films d’animations car il réalise des oeuvres de qualité, montées de manière particulière, en mettant en avant souvent le ciel avec un dessin extraordinaire et des décors contrastés.

Un podcast de 30 minutes à écouter, où Sylvie Brevignon, directrice d’All The Anime France, revient sur ce long métrage qu’elle a édité en vidéo, et répond aux questions de Loyd Chery. Et si le film te tente, il est actuellement disponible sur Netflix. 😉

La vidéo littéraire de la semaine

La fantastique histoire des livres volants de Morris Lessmore, est avant-tout l’adaptation de l’album Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore de William Joyce. C’est l’histoire, toute en sensibilité d’un amoureux des livres, qui découvre une bibliothèque abandonnée où les livres sont vivants. Années après années, il s’occupe d’eux, jusqu’à ce qu’un jour il passe le relais à quelqu’un d’autre. Métaphore du temps qui passe, de ce que les livres apportent aux gens, on peut y voir plusieurs lectures selon son âge ou son vécu.

C’est un de mes livres préférés et je trouve que le film d’animation lui rend tout à fait hommage. Il est visible directement sur Youtube et a été réalisé par le studio Moonbot. L’auteur de l’album est aussi le réalisateur du film d’animation. 😉

Le concours de la semaine

Pour fêter ses 10 000 abonnés sur son compte Instagram, la blogueuse The eden of books te propose de gagner jusqu’au 22 juin ou 24 juin (selon les livres), des romansau thème estival sur instagram :

Pour participer, il suffit de liker les posts en lien avec les concours sur son compte insta, de commenter en invitant quelqu’un et de liker la page éditeur et mettre le post en story avec un tag sur la blogueuse. Les trucs habituels quoi… Bonne chance ! 😉

L’artiste de la semaine 

Si tu es familière avec le concept de poésie de papier, tu vas adorer Betty Pepper, l’artiste que je te présente aujourd’hui. Betty est une créatrice britannique qui réalise des sculptures avec du papier et du fil de fer très poétiques. Son thème récurrent est la petite maison de papier. Elle aime jouer aussi avec de vieux livres recyclés qu’elle sculpte comme du bois, ou bien du bois flotté sur lequel elle dispose certaines de ses créations. Elle a été exposée dans plusieurs galeries en Angleterre, au Danemark, à Munich, en Italie et aux Pays-Bas. Actuellement, ses dernières créations sont exposées à Cambridge dans la galerie Byard Art. Si son travail t’intéresse, tu peux consulter sa page instagram où elle réalise aussi des photos d’objets inanimés qui semblent vivants, ou sa page facebook. Il est possible d’acquérir ses oeuvres sur la boutique de la galerie d’art Byard Art.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Petites maisons et coucher de soleil,

A.Chatterton

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La carte des jours, Le quatrième volume de Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs, éditions Bayard jeunesse

Retour chez les Particuliers pour un quatrième tome basé sur le désir d’émancipation, la recherche d’identité et la découverte de l’Amérique. Ransom Riggs sait se renouveler et même continuer sa série en beauté, ce qui n’est pas pour me déplaire…

Résumé : Jacob Portman est de retour chez lui, en Floride, là où tout a commencé. Et cette fois, son rêve est devenu réalité : Miss Peregrine et les enfants particuliers sont à ses côtés. Ces derniers découvrent, fascinés, le monde moderne. Afin de faciliter leur intégration, Jacob est chargé de leur donner des cours de normalité. Au programme : plage, baignade, et leçons particulières…
Mais la découverte d’un mystérieux bunker dans la maison de son grand-père va tout changer. Persuadé qu’Abe lui a laissé des indices pour sauver des enfants particuliers isolés, Jacob entraîne ses amis sur les routes. C’est le début d’un jeu de piste dangereux, à travers un long périple dans l’Amérique d’aujourd’hui, territoire étrange, aux espaces parallèles peuplés de créatures d’un autre temps.

Mon avis : 

Afin de mieux apprécier ce quatrième tome, je vous invite à lire les tomes précédents car de nombreux points concernant le tome 3 sont abordés dans l’intrigue et vous risquez de ne pas tout comprendre ou de vous spoiler inutilement des éléments.

Recréer un ordre nouveau et s’affranchir des règles

La première partie du roman sera consacrée à l’après-bataille du tome 3, où l’on en apprend un peu plus la reconstruction du monde des particuliers dans l’Arpent du Diable, mené d’une main de fer par les Ombrunes survivantes. Chaque particuliers d’une boucle détruite est recueilli en ce lieu et participe à l’effort commun. Habituellement, dans des récits de ce genre, l’auteur s’arrête après la victoire d’une bataille et tend à réaliser une ellipse narrative importante pour nous emmener des années après, quand les héros ont grandi et que tout est réparé. Pas Ransom Riggs. Il choisit de nous plonger dans ce beau bazar d’après-guerre pour montrer la complexité de la reconstruction, ce qui est plutôt intelligent.

Au niveau temporel, Jacob aura passé ses deux mois d’été chez les particuliers, où le temps s’écoule plus lentement. Alors  que dans sa réalité,son grand-père vient tout juste de mourir. De ce fait, le récit reprend  où Jacob était rentré chez lui, en Floride.

Cela ne sera pas sans heurts : sa famille le croyant fou,  va essayer de le faire interner. Jacob devra prendre des décisions radicales vis à vis de ses parents et de ses choix de vie. Difficile quand on est tout juste un lycéen !

Dans ce tome, nous retrouvons la fine équipe de particuliers des tomes précédents. Emma, Enoch, Millard, Bronwyn et les autres ont trouvé par accident un moyen de conjurer le vieillissement accéléré dont ils sont victimes en dehors des boucles temporelles. Ils vieillissent désormais normalement dans le présent de Jacob ce qui aura des conséquences inattendues.

Tous auront envie de s’affranchir des Ombrunes qui continuent de les considérer comme des enfants. Ces dernières leur confient des tâches qui ne sont pas à la hauteur de leurs talents. Nous assistons à une forme de crise d’adolescence à retardement de ces enfants-adultes. La troupe suscitera la jalousie des autres particuliers qui n’ont pas la possibilité de vieillir normalement et cela leur posera des problèmes.

Jacob aussi est en pleine crise d’émancipation.  Il s’efforce surtout de se forger une identité. Mais ce sera complexe car il a acquis une notoriété non désirée  dans l’Arpent du Diable (cf tome 3), qu’il assume avec difficulté. Par ailleurs, il s’efforce de se rapprocher d’Emma, sa petite-amie, mais leur relation est compliquée car le souvenir de son grand-père (premier petit ami d’Emma) se met entre eux constamment.

Dans ce tome, il sera question de faire le deuil d’Abe pour tout le monde, chose impossible dans les tomes précédents avec la bataille contre les Estres. Ici, les particuliers prennent le temps de rendre hommage à leur vieil ami avec une visite de sa maison, et la découverte de ses secrets. Jacob a dû mal à dire adieu à son grand-père mais aussi à se détacher de son ombre. On sent que le road-trip qu’il va réaliser par la suite sera un moyen de se rapprocher de lui, mais aussi d’apprendre à se forger une identité propre. Car  comme lui disent ses amis : Il n’est pas Abe, malgré ses efforts pour bien faire.

Le chasseur de Creux ne réalise pas qu’il est le seul à pouvoir faire le lien entre les deux mondes, ce que va essayer de lui faire comprendre Miss Peregrine en lui demandant d’apprendre aux particuliers la normalité de la vie américaine. Les leçons seront hilarantes tant le décalage est grand entre les particuliers anglais ayant vécu dans une boucle des années 40 et les années 2020 américaines de Jacob. J’ai trouvé pour ma part que ces passages dédramatisaient une action un peu lourde, avec le deuil et l’ambiance d’après-guerre très présents.

Je n’ai pas pu m’empêcher de trouver une ressemblance entre Jacob et Harry Potter : ses parents/oncle et tante nient le côté magique ou fantastique de l’autre réalité qui existe. Il se trouve être un héros sans pour autant avoir saisi l’importance de sa notoriété. Il souffre d’un fort sentiment de solitude car il se sent différent…Mais à la différence d’Harry Potter, Jacob n’a pas un ennemi juré.

De nouvelles aventures mais en Amérique

Abe Portman n’a pas encore livré tous ses secrets. En apprenant qu’il aidait à sauver des particuliers américains peu conscients de leur pouvoirs grâce à une organisation secrète, Jacob se met en quête de réponses et se lance dans un road-trip avec quelques particuliers en rébellion contre les Ombrunes. Cette nouvelle intrigue m’a fait un peu penser à la série tv Hunters où un jeune garçon apprend que sa grand-mère rescapée des camps avait créé une organisation secrète pour tuer les nazis, et décide de prendre la relève. Même si le sujet est différent, il y a quelques similarités.

Pendant ce voyage en compagnie d’Emma, Enoch, Millard, Bronwyn, Jacob va découvrir de nouveaux particuliers et de nouvelles boucles temporelles plutôt effrayantes. L’Amérique semble être une terre non-civilisée et violente avec des guerres de gangs,  la traite de particuliers comme des esclaves, du cannibalisme. La bande d’amis découvrira une organisation différente de celle des ombrunes anglaises, avec d’autres codes parfois insaisissables. J’ai trouvé qu’on pouvait y voir en filigramme une critique de la société américaine à la manière des Voyages de Gulliver de Swift : nourriture infecte, villes pauvres et désaffectées, racisme…

Niveau écriture, l’auteur apporte de la crédibilité à ce récit imaginaire en utilisant des photos anciennes de vraies personnes comme base de son récit. Il les incorpore dans le texte, comme un jeu avec le lecteur et le résultat est toujours aussi brillant et créatif. ( Si le sujet vous intéresse, je vous renvoie à mon atelier d’écriture à partir d’une photo).

La fin de ce nouveau tome reste ouverte avec de nouvelles questions irrésolues : Les Estres sont-ils vraiment morts (NB : ils sont tombés dans une boucle)? Est-ce que Fiona, la petite amie de Hugh est vivante (elle aussi est tombée dans une boucle)? Comment fonctionne l’organisation secrète d’Abe ? Quel est son ennemi principal ?

On comprendra que ce nouveau tome est peut-être le début d’une seconde trilogie, dans laquelle les particuliers et surtout Jacob évolueront non plus en Angleterre mais en Amérique.

En conclusion : Une suite à la trilogie plutôt réussie qui met l’accent sur l’émancipation des particuliers et la découverte d’une nouvelle organisation aux Etats-Unis. Une intrigue toujours aussi imaginative et pleine d’intérêt au niveau de sa construction. Il me tarde de découvrir la suite !

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L’imparfé (T1), Johan Heliot, Gulf Stream éditeur

Joli roman initiatique, L’imparfé m’a beaucoup plu par sa fraîcheur et son thème du contes de fées non genré. Laissez-moi vous faire découvrir la plume de Johan Heliot, un auteur reconnu et pré-sélectionné cette année pour le PLIB 2020.

Résumé : C’est le grand jour pour Tindal et ses amis : au royaume de Faërie, l’intendance de la capitale vient chercher les adolescents qui sont dans leur treizième année pour leur faire intégrer des formations prestigieuses. Les jeunes garçons s’en vont à l’École des guerriers, apprendre le maniement des armes. Les jeunes filles, elles, se destinent à protéger la nature en pratiquant l’art de la magie ancienne des dames fées. L’enjeu est grand, seuls les meilleurs des novices poursuivront leur apprentissage. Tout ne va pas se passer comme prévu : l’empire est attaqué par un être que l’on pensait déchu depuis les Batailles Sans Merci, et l’ordre risque bien de ne jamais revenir en Faërie… Quant à Tindal, sa destinée qu’il pensait toute tracée dépasse de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Mon avis 

Un conte de fées revisité

Le héros de cette histoire, Tindal, est un garçon petit et fragile, obligé de suivre l’apprentissage des fées à cause d’une erreur administrative. Cela paraît drôle du point de vue extérieur, mais lui va très mal le vivre. En plus d’attirer la honte sur ses parents et son village, il va devoir dormir dans un placard (car le dortoir est dédié aux filles), et surtout subir les moqueries de ses camarades féminines.

Mais, du côté du pensionnat des guerriers, l’ambiance n’est pas plus sympathique pour ses amis garçons, avec des corvées discriminantes pour les plus faibles, et la brutalité mise en avant au détriment de l’intelligence et de l’esprit d’équipe.

On se rend vite compte qu’à partir d’une erreur administrative anodine,  Johan Heliot met en avant l’absurdité d’un univers complètement genré et rigide : celui des contes de fées traditionnels.

Par ailleurs, en plus de revisiter le genre, l’auteur tacle au passage l’administration tatillonne et certains clichés de romans d’aventures : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, être un bon soldat ne mène nulle part, préserver les princesses les vouent à un ennui mortel, les privilèges permettent d’évoluer plus rapidement que les autres, les apparences sont parfois trompeuses…

Dans ce nouveau conte de fées, les filles peuvent devenir des guerrières et les garçons des fées, les princesses peuvent sortir de leur tour d’ivoire, les fées tirent leurs pouvoirs des couleurs et les méchants sont plus complexes que prévu. Un pari réussi pour ce premier tome qui pose les bases de l’univers tout en nous présentant un héros qui brille pas son intelligence et son esprit d’équipe, plus que par sa force physique.

Une réflexion subtile sur le passage à l’âge adulte

A travers les yeux de Tindal, l’auteur nous met à la place des enfants qui perdent leurs illusions vis à vis des adultes. Le meilleur exemple est celui des héros d’autrefois, encensés par les garçons, et finalement devenus des vieillards et des alcooliques. Mais il y aura aussi une déception concernant l’entrainement militaire très difficile et les décisions politiques du roi, dictées par la peur et le besoin de répression.

Mais après tout, perdre ses illusions, n’est-ce pas grandir ? Pour ce faire, les enfants vont devoir ne compter que sur eux-mêmes, et surtout sortir des rangs bien ordonnés que la société a décidé pour eux. Un beau message renforcé par des valeurs importantes comme l’amitié, l’amour filial, et surtout accepter d’être soi-même.

L’autre côté de l’apprentissage, ce sera aussi de comprendre la complexité des décisions à prendre dans sa vie d’adulte, et leurs conséquences. Tindal en fera les frais une fois ses origines découvertes, tout comme Azazelle, les fées vénérables et le roi, en cherchant à protéger le pays mais aussi ses habitants.

En plus d’apprendre à grandir, ce roman jeunesse aborde le fait d’être différent avant tout et d’apprendre à l’accepter pour mieux s’intégrer dans la société. En ce sens, c’est un roman d’apprentissage pour son personnage principal, qui apprivoise son adolescence naissante, et se découvre plus fort qu’il ne le pensait.

En conclusion : Johan Heliot tient le pari de nous présenter un héros à contre courant dans un conte non genré et sans violence. Une jolie histoire bourrée d’intelligence et de vérités bien placées. Un vrai renouvellement du conte de fées que l’on attendait tous et qui nous donne envie de lire la suite de cette trilogie jeunesse pleine de promesses.

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L’herbier des fées, Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, éditions Albin Michel

Entre herbier imaginaire et carnet d’exploration, découvrez les fées de Bretagne…

Résumé : L’Herbier des Fées est le carnet intime d’un éminent botaniste russe du siècle dernier. Détaché du Cabinet des sciences occultes de Raspoutine, en quête d’un élixir d’immortalité, ses recherches le mènent en forêt de Brocéliande, célèbre pour ses plantes médicinales et ses légendes. Ce qu’il découvre dans ces bois va bouleverser sa vie à jamais… Mêlant merveilles botaniques, correspondances et personnages féeriques, ce livre vous attire dans un monde magique et mystérieux.

Mon avis :

Un faux reportage palpitant

Le livre se présente comme le journal de bord d’un botaniste russe : Aleksandr Bogdanovich.

Il présente des illustrations ressemblant à des photographies du botaniste et de sa famille, mais aussi des croquis des plantes découvertes ainsi que des correspondances entre lui et Raspoutine.

A travers ce journal, on se rend compte de l’évolution des découvertes de Aleksandr : tout d’abord très impliqué dans la constitution d’un élixir de longue vie en capturant des spécimens pour les disséquer, il délaisse peu à peu son patriotisme en découvrant que les plantes sont vivantes, des créatures qu’il faut protéger.

Il tente alors de s’enfuir et d’abandonner sa mission. Son dernier courrier envoyé à sa femme a une double lecture : il l’enjoint à la rejoindre pour éviter des représailles de Raspoutine. On ne sait pas s’il réussit mais on suppose que oui. La dernière page de l’album présente des coupures de journaux relatant la disparition du botaniste et de sa famille à travers divers témoignages.

Sont présentés différentes plantes-fées à travers les croquis du botaniste : La Pilularia Animans (plante aquatique pour la digestion), l’Eriophoria Animans (plante de tourbière aidant à la cicatrisation des plaies), l’Aruma Animans, l’Asphodelia Animans qui vit en groupe, l’Helleboria qui s’exprime en dansant. On découvre à travers son expérience, tout un univers invisible qui ne cherche qu’à être dévoilé pour ceux qui savent voir dans la forêt.

A travers cet album, on perçoit une réflexion autour de la préservation de la nature et des secrets qu’elle présente face aux volontés humaines de contrôle et de destruction. Mais il est question aussi de  la folie de Raspoutine à travers sa recherche de l’immortalité.

Sébastien Perez et Benjamin Lacombe réussissent à apporter une touche de légèreté à des faits graves à travers l’histoire des fées de Bretagne.

Des illustrations tout en finesse

Les illustrations de Benjamin Lacombe apportent toute leur dimension au récit. Que cela soit les photographies fictives ou les croquis de plantes-fées, tout est pensé pour accompagner le récit, voire, le supplanter au profit de l’illustration pure. Certaines pages sont découpées telles de la dentelle pour apporter une deuxième lecture à la même image. D’autres pages, transparentes, forment un calque à une seconde image pour lui donner de la profondeur. Le trait est doux, poétique. L’ensemble invite au rêve et à la contemplation.

En conclusion : Un album-tableau pour les plus jeunes comme pour les adultes idéal pour se plonger dans l’univers magique de la forêt bretonne.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr