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Moi, Ligia, Sirène, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

« La mythologie vue par les monstres », c’est la nouvelle collection lancée par Scrineo pour un public jeunesse amateur de mythologie grecque. J’ai voulu essayer ce concept innovant et original avec beaucoup d’enthousiasme et j’ai tenté ma chance avec l’histoire de Ligia la sirène, le deuxième titre de la collection après Moi, le Minotaure…

Résumé : Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

L’Histoire des sirènes, par les sirènes

Pour peu qu’on se souvienne de nos cours de mythologie de collège, les sirènes sont des créatures à corps d’oiseau (et non de poisson) et visage de femme que croisent Ulysse lors de son retour à Ithaque, ainsi que les Argonautes pendant leur voyage. De nature cruelle, elles charment les humains par leur chant mélodieux et les attirent dans l’eau pour se noyer. Elles se repaissent ensuite de leur chair et attendent le prochain bateau pour recommencer.

Ici, il sera question de ces sirènes, mais surtout de deux en particulier : les soeurs Ligia et Leucosia. Jeunes filles insouciantes, enfants du Fleuve Acheloos et de la Muse Melpomène, elles sont transformées en sirènes par la déesse Démeter pour les punir de ne pas avoir retrouvé sa fille Coré, enlevée par Hadès. Accrochées à un repaire rocheux en mer dont elles sont plus ou moins prisonnières, elles vivent désormais leur destin cruel de monstres en se remémorant avec nostalgie leur passé.

Un monstre ou une victime ?

Dans ce court roman de 100 pages, Ligia nous raconte ses malheurs quotidiens, ses souvenirs joyeux d’autrefois et son dilemme pour se nourrir.

L’auteure fait apparaître le caractère injuste de cette transformation en sirène, un châtiment motivé plus par la colère et l’impuissance à retrouver son enfant, qu’une punition pour un crime établi. Les deux soeurs ont cherché en vain Coré, mais comment deviner qu’elle était sous terre ? Elles ne sont pas responsables de son enlèvement. On voit bien là que les Dieux font ce qu’ils veulent sur Terre et que la vie de tout humain peut basculer sous leurs caprices.

Sur leur rocher dont elles ne peuvent trop s’éloigner sans se fatiguer, les deux soeurs sont obligées de se nourrir d’humains qu’elles attirent avec leur chant. Ces repas cruels font partie de la punition et sont nécessaires à leur survie, mais leur part humaine éprouve toujours un dégoût après chaque festin.

Leurs rencontres avec les Argonautes, puis avec Ulysse vont les démoraliser complètement quant à leur capacité à charmer les hommes pour s’en nourrir, ou à être assez puissantes pour séduire le plus intelligent des mortels.

La fin du récit est un joli clin d’oeil à l’autre des versions des sirènes que l’on connaît, et popularisée par Disney : celle des femmes-poissons. Une fois de plus, Ulysse aura démontré sa ruse ou les deux soeurs auront trouvé un destin plus en adéquation avec leur part humaine. Qui sait ?

Un roman parfait pour la jeunesse

Le livre se présente en plusieurs parties : une introduction des personnages comme dans une pièce de théâtre afin de rappeler l’identité de chacun, le récit de Ligia, une partie documentaire sur le mythe des sirènes par l’auteure et ses choix d’écriture pour ce récit, et enfin quelques pages de jeux sur la compréhension sur le texte.

En cela, il est parfait pour un enfant à partir de 10 ans et répond à toutes les attentes en termes de lecture et documentation. Pour ce qui est d’un public adulte, j’ai trouvé l’idée d’adopter le point de vue du monstre très intéressante. Cependant, du point de vue du récit, j’ai noté quelques longueurs et répétitions, ainsi qu’un ton un peu déprimant. J’attends de lire les autres récits de la collection pour voir si cela est le cas pour tous afin d’adopter une opinion plus tranchée.

En conclusion : Un roman court, parfait pour la jeunesse, qui démontre que l’on peut encore être original en évoquant les récits mythologiques grecs. Sylvie Baussier nous dépeint des sirènes fatiguées de manger les humains et nostalgiques de leur vie terrestre, au lieu de monstres sanguinaires charmeurs de marins. Une vision rafraîchissante, quoique pas très joyeuse du mythe. Vivement la lecture des autres tomes de la collection !

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Le Père Fouettard, Nixi Turner contre les Croquemitaines T3, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

De retour à Paris pour affronter un nouveau monstre associé à la dépression et à la mise en danger de soi, Nixi doit récupérer des informations sur les forces qu’elle combat. Mais retourner chez elle comporte des risques, surtout quand ses amis lui collent aux fesses…

Résumé : Ce sont les vacances de Noël. Chora vient d’apprendre qu’elle a une grave maladie de coeur. La jeune fille vit très mal la situation, ce qui attire vers elle le Père Fouettard. Heureusement, Nixi et ses amis sont là.

Un croquemitaine associé à Noël… et aux attitudes téméraires

Ce troisième tome va nous faire découvrir le personnage de Chora, une collégienne un peu casse-cou qui se met délibérément en danger car elle cache un secret : elle est atteinte d’une maladie mortelle. Et depuis qu’elle en a eu connaissance, un croquemitaine vient la hanter pour la pousser à faire des choix inconsidérés ou qu’elle se mette fin à ses jours.

Figure opposée au Père Noël, le Père Fouettard invite les enfants à faire des bêtises, et plus sérieusement à la dépression et au suicide. Chora pense être plus forte que son monstre intérieur et réussir à le combattre seule, sans l’aide de Nixi. Elle ira même jusqu’à semer le doute dans l’esprit du Scooby Gang sur les motivations de Nixi a être leur amie. Pour elle, la chasseuse n’est présente parmi eux que pour tuer les Croquemitaines, pas du tout leur porter secours.

Suite au départ précipité de Nixi de sa fête d’anniversaire pour retourner chez elle glaner des informations, Chora verra rouge et voudra en savoir plus sur la chasseuse… à ses risques et péril !

Dans cet opus, Fabien Clavel nous met à la place d’une petite fille effrayée devant sa maladie mortelle et nous interroge sur nos choix : est-ce que comme Chora, nous allons céder à une pulsion de mort et à la dépression ou au contraire profiter du temps qu’il nous reste à vivre pour réaliser des choses merveilleuses ? L’auteur développe un sujet plus sensible que dans les précédents tomes, mais sans pour autant proposer des personnages qui s’apitoient sur leur sort. On en ressort l’esprit positif, malgré le drame qui pourrait arriver un jour ou l’autre. Et c’est émouvant et fort.

Une chasseuse de croquemitaines face à des choix

Dans ce tome 3, Nixi retourne chez elle et on découvre enfin ses origines et celles des croquemitaines. Cependant, rien ne va se passer comme prévu ! Face à un événement inattendu, elle va devoir choisir entre secourir sa famille ou ses amis.

Et ce sera un dilemme complexe… car la chasseuse s’est attachée aux collégiens, malgré l’incompréhension de sa mère. Un dialogue magistral entre les deux personnages donnera sens au sentiment de solitude qui habite Nixi et dont elle souhaite désormais se débarrasser.

Elle va devoir prouver qu’elle peut concilier les deux aspects de sa vie tout en continuant sa mission. Pas si facile sans aide…

Une équipe qui se renforce

Le Scooby gang de notre tueuse miniature va profiter de cette aventure pour renforcer ses liens et faire émerger les personnalités.

Hugo va se révéler un atout (intello) très précieux dans sa compréhension orale du grec ancien et ses nombreuses connaissances sur la mythologie… surtout quand il a peur !

Imane saura agir en gardant la tête froide et de manière perspicace face aux dangers qui les entourent. Elle montrera aussi un côté geek peu avouable mais fédérateur.

Kylian va révéler un côté sensible et leur donner un coup de main dans l’ombre, rachetant par là son attitude de tortionnaire envers Hugo et Nawel dans le premier tome de la série.

Chora va faire douter le groupe…pour mieux le ressouder.

Le final sera épique et nous donnera envie de vérifier s’il existe une porte mystérieuse en forme de pyramide dans les réserves du Musée du Louvre, permettant d’accéder à la maison de Nixi…

En conclusion : Dans cet opus, Fabien Clavel manie avec habileté la mythologie avec encore plus de brio que d’habitude en remettant au goût du jour les civilisations anciennes avec son gang de collégiens digne du Scooby Gang de Buffy contre les vampires. Il traite aussi d’un sujet peu joyeux : les enfants ayant des maladies graves, mais de manière positive sans pour autant manquer d’empathie.

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La Goule, Nixi Turner contre les Croquemitaines T2, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Je continue sur ma lancée de la série Nixi Turner avec la lecture du tome 2 où l’on en apprend un peu plus encore sur notre héroïne aux cheveux blancs et sur un nouveau croque-mitaine en lien avec l’anorexie…

Résumé : Après les vacances de la Toussaint, Nawel retrouve ses amis et découvre qu’Imane a perdu beaucoup de poids. Elle commence à s’inquiéter pour elle, mais Nixi ne s’y trompe pas, c’est certainement l’oeuvre d’un Croquemitaine. Armée de son épée, la chasseuse est prête à reprendre le combat !

Mon avis :

Quand un croque-mitaine cache un problème d’anorexie

Aperçue dans le tome 1 sur Baba Yaga, Imane, la déléguée de classe de Nawel et Hugo, va être le personnage mis en lumière dans ce deuxième opus de la Chasseuse de monstres. Elève brillante, très exigeante envers elle-même, on ne devine pas derrière son masque hautain qu’elle a des problèmes.

Dans cet épisode, Fabien Clavel aborde le sujet de l’anorexie avec ce personnage, représenté par la Goule qui dévore la jeune fille à chaque fois qu’elle se regarde dans un miroir. Plus grave encore, au lieu de combattre le Croque-Mitaine, Imane l’attends et sacrifie volontiers son corps aux appétits du monstre car elle a une vision d’elle-même déformée, grosse, horrible que la Goule rectifie à coups de crocs.

L’auteur décrit parfaitement les petits riens qui amènent la jeune fille à basculer : déménagement, perte des amis, départ de son frère adoré, disputes entre ses parents, et surtout régime qui n’en finit pas comme une solution à tous ses autres problèmes, et ses stratégies pour faire croire qu’elle mange. On visitera même pour l’occasion une unité de soins pour jeunes filles atteintes du même mal aux allures de cadavres.

Heureusement pour Imane, l’arrivée de Nixi va changer la donne. Mais il faudra que la jeune fille accepte de se faire aider pour que tout revienne dans l’ordre. Et ce ne sera pas évident. L’appui de ses autres camarades sera décisif pour cela.

Une chasseuse qui doute

Dans ce nouvel opus, Nixi va découvrir qu’évoluer parmi les mortels est plus complexe que prévu et qu’il faut parfois faire preuve d’empathie pour améliorer ses relations amicales.

Alors que son Scooby Gang s’élargit avec l’arrivée de Chora et d’Imane en plus d’Hugo et Nawel, Nixi commence à s’attacher aux collégiens, et ce n’est pas une bonne idée car cela la détourne de sa mission.

D’esprit pragmatique, elle va devoir faire appel à Nawel qui approche Imane pour des cours particuliers afin de débusquer le nouveau Croque-Mitaine. Mais cela tourne vite au vinaigre : entre la peur de Nixi de perdre une amie au profit d’une autre, et le fait qu’elle utilise les mortels comme des appâts, la pilule passe mal auprès de Nawel.

La tueuse de monstres va se sentir dépassée et perdre la confiance de ses amis. Elle fera appel à une aide maléfique extérieure plus ou moins efficace pour se débarrasser de la Goule…

Dans ce deuxième tome, on devine les points de fragilité du personnage qui apparaît plus humain qu’on ne le pense. Nixi reste une petite fille capable d’éprouver de la peur et surtout meurt d’envie de rentrer chez elle auprès de ses parents. On sent aussi chez elle une grande solitude, que ses amis mortels semblent combler. Et l’ambivalence de ses sentiments envers eux : la nécessité de les protéger quand ils veulent l’aider dans sa mission et… les empêcher de l’aider pour ne pas la gêner justement. C’est un point central qui risque de revenir dans les tomes suivants.

En conclusion : Un tome deux centré sur les faiblesses de la chasseuse de monstres et sur un nouveau problème d’adolescence sous couvert d’un monstre mythologique. Fabien Clavel sait trouver les mots justes pour décrire l’anorexie du point de vue d’une jeune fille malade et nous toucher par la même occasion. Il nous invite également à nous interroger sur la figure de l’héroïne qui, pour réussir sa mission, doit embrasser son côté humain, et surtout accepter l’aide qu’on lui propose.

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Baba Yaga, Nixi Turner contre les Croquemitaines T1, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Couverture rose, petite fille au regard décidé portant une épée, titre digne d’une série d’aventurière… La lecture de ce premier tome d’une série de 5 destinée à la jeunesse m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais après plusieurs romans bien épais. Bienvenue dans les aventures de Nixi Turner, la tueuse de croquemitaines … au collège-lycée Gustave-Caillebotte !

Résumé : C’est la rentrée scolaire au collège Gustave-Caillebotte et Nawel angoisse à l’idée de se retrouver dans cet établissement huppé. Ses premiers jours en 6ème ne se passent pas très bien et une brume étrange et surnaturelle semble la suivre partout. Heureusement, une nouvelle élève nommée Nixi Turner arrive. Elle a l’air particulièrement féroce et les adultes ne peuvent pas la voir. Sa mission : chasser les monstres du collège !

Mon avis :

Une intrigue autour du harcèlement scolaire et de la discrimination

Dans ce premier opus, Nixi va aider la jeune Nawel à se débarrasser d’un croque-mitaine (=une créature maléfique) qui a pris possession d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.

Il s’agit de Baba Yaga, la sorcière russe. Elle se nourrit du sentiment d’insécurité qui habite Nawel et colporte des rumeurs nuisant à la jeune fille pour y parvenir. Il faut dire que Nawel, habitant un quartier populaire à Villejuif, et surtout à peine sortie de l’enfance, intègre un collège prestigieux parisien et éprouve beaucoup de difficultés à trouver sa place.

Rejetée dès le premier jour par l’ensemble de sa classe du fait de ses origines populaires, elle va tomber dans la spirale infernale du harcèlement scolaire, refusant toute aide des adultes par souci de ne pas causer d’ennuis et par envie de se débrouiller seule. La pression et la culpabilisation de venir d’une famille qui veut un avenir meilleur pour elle joue un rôle dans l’affaire.

Avec ce roman, Fabien Clavel nous montre les étapes du harcèlement du point de vue de l’enfant et cela fait froid dans le dos ! Rejet de l’aide d’autres élèves pour éviter d’être cataloguée intello, minimisation du problème devant le principal quand elle est confrontée à son bourreau, obsession compulsive à regarder les publications relayant les moqueries dont elle est victime… sans l’aide de Nixi, Nawel serait sans-doute au bord du suicide à 12 ans !

Du côté des adultes, le problème n’est pas forcément entendu non plus : aveuglement de l’enseignant même quand l’enfant a besoin d’aide, solution-rustine d’un conseil de discipline… Il en faudra beaucoup plus pour que tout cela se résolve dans la joie et la bonne humeur.

Quant à son bourreau qui visiblement n’en est pas à son premier coup d’essai, on se pose des questions sur ses motivations. On le décrit comme un rebelle avec souvent des égratignures au visage. Serait-il lui-même victime d’un boureau à la maison ? Mystère…

J’ai pour ma part noté que ce thème harcèlement est abordé sérieusement, malgré la pointe fantastique, et qu’il pourra peut-être faire réfléchir les enfants harcelés. Après tout, la collection Chatons hantés est destinée aux 9-12 ans : un public qui sort de l’enfance pour entrer progressivement dans la pré-adolescence…

Nixi : une Buffy 2.0 ?

On ne sait pas vraiment d’où vient Nixi, mais à plusieurs reprises elle est comparée à la célèbre tueuse de vampires. Et il faut dire qu’elle lui ressemble sur certains points : armée d’une épée en os (et non d’un pieu en bois), elle est solitaire, et combat des monstres afin de protéger les (enfants) humains.

Comme l’Elue, elle possède un grimoire recensant les créatures qu’elle poursuit, et au fil de l’histoire, elle va se constituer une équipe de choc, même si ce ne sont que des collégiens. Le plus grand point commun à lui trouver avec Buffy serait l’impression qu’elle porte le poids du monde (des collégiens) sur les épaules.

Dans ce premier tome, on en apprend très peu sur ses origines. Elle ne semble pas humaine mais pourtant peut saigner. Elle a un pouvoir d’invisibilité aux yeux des adultes, mais les enfants peuvent la voir. Et surtout, on a cette impression bizarre qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être, et qu’elle vient d’un monde apocalyptique pour réparer une bêtise.

Au fil de l’histoire, malgré son besoin de solitude, et son visible manque d’empathie, elle va commencer à s’attacher à Nawel et aux autres enfants qu’elle rencontre, ce qui laisse entrevoir un besoin de se faire des amis. Peut-être qu’elle n’a pas d’amis, là d’où elle vient ?

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Fabien Clavel manie l’art de distiller des indices sur ses personnages pour permettre au lecteur d’enquêter. C’est une manière de procéder plaisante qui permet d’injecter du suspens et d’émettre des hypothèses sur les péripéties, l’évolution des personnages, la suite de ce premier tome… Bref c’est très réussi !

En conclusion : Baba Yaga est un premier tome d’introduction efficace, qui marque l’entrée d’une nouvelle héroïne encore très mystérieuse, et dont on a hâte de connaître la suite des aventures. Mais c’est aussi un roman jeunesse coup de poing sur le harcèlement scolaire, sous couvert d’une histoire autour d’une créature issue des contes et des légendes et d’une jeune tueuse de monstres.

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Feux follets, mandragore et cadavre frais, Fingus Malister Tome 1, Ariel Holzl, Rageot

Quand le jeune Fingus a décidé d’intégrer une prestigieuse école de sorcellerie pour devenir le plus grand nécromancien de tous les temps, cela ne va pas sans catastrophes. Car après tout, même s’il est un Malister, il n’y connaît rien en magie !

Résumé : « Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! » Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Mon avis :

Vie d’un sorcier discriminé

Le ton est donné dès le départ, Fingus n’a pas la vie facile. Discriminé par tout le village parce qu’il est le descendant des sorciers qui ont persécuté les habitants pendant des siècles, il vit seul dans une vieille cabane adossée au château familial en ruines. Heureusement pour lui, il peut compter sur son amie sorcière Polly. Sauf… qu’elle ne souhaite pas utiliser ses pouvoirs, parce que selon elle, la magie est néfaste ! Le duo va tant bien que mal essayer de réaliser une potion pour briller auprès des recruteurs de l’Académie de magie. Mais les ingrédients ne sont pas faciles à trouver, et disons que Fingus est beaucoup plus motivé que Polly à y parvenir.

A travers cette histoire aux multiples rebondissements, Ariel Holzl aborde la discrimination d’un orphelin due à son histoire familiale. Rejeté par le village, ses camarades de classe et semble-t-il la terre entière, pour les actions de ses parents, il fait quand même bonne figure en se débrouillant seul et en gardant un objectif (plus ou moins positif en tête) : devenir un sorcier puissant pour redorer l’image familiale. Car Fingus ne manque ni de créativité ni de débrouillardise. Juste un peu de discernement entre ce qui est bien ou mal. Heureusement, son amie Polly, aux airs de Ron Weasley, veille, l’air de rien, à ce qu’il fasse les bons choix. On se demande d’ailleurs comme il pourrait se nourrir correctement ou arrêter de faire des bêtises si elle n’était pas là.

D’autant que si Fingus a un bon fond, ce n’est pas le cas d’autres habitants du village, comme Ammonia, la fille du maire. Mais curieusement, si un malheur arrive, il devient le bouc émissaire même s’il n’est pas impliqué (ce qui arrive une fois sur deux !).

Il y a un côté tragédie grecque derrière cette histoire jeunesse mais curieusement, Fingus ne se laisse jamais abattre et reste toujours de bonne humeur. On peut penser que le crâne de son grand-père défunt et son grimoire l’aident à tenir même s’ils sont à l’origine de toutes ses bêtises.

De l’humour noir façon jeunesse

Entre le crâne du grand-père Malister, la visite au cimetière, le village maudit, la forêt habitée d’étranges créatures et les quelques fantômes que nous rencontrerons en chemin, Ariel Holzl ne fait pas les choses à moitié pour nous faire entrer dans son univers gothique aux multiples dangers, mais fort amusant.

L’humour est très présent dans tout le récit. On rit des inventions de Fingus aux noms improbables, d’Ammonia qui souhaite créer des parfums alors qu’elle n’a pas d’odorat, des malentendus sur la recette de la potion de Fingus, du décalage entre la joie de Fingus et la haine des habitants à son égard, du monstre du donjon…

L’auteur a le don de rendre les situations cocasses amusantes alors qu’elles sont parfois tristes à pleurer et c’est particulièrement réussi. Et on se demande jusqu’où le jeune sorcier est prêt à aller dans la bêtise pour assouvir ses ambitions.

Quelques bémols

Cette première aventure, malgré une fin quelque peu inattendue, m’a laissée un peu sur ma faim. J’avais en tête l’excellente trilogie des Soeurs Carmine, du même auteur en commençant le récit. Même si j’ai retrouvé l’humour noir d’Ariel que j’adore, je trouve que cela n’a pas été assez loin dans l’intrigue. Pas assez gore, grinçant, gothique… Cela est sans doute dû au public destinataire de ce roman qui n’est pas young adult mais plutôt jeunesse. Avec une intrigue dont on devine facilement les rebondissements, ce sont les deux seuls bémols que j’ai noté pour cette lecture et qui font que cela n’a pas été un coup de coeur.

En conclusion : Une jolie histoire jeunesse conçue comme une potion anti-morosité : Prenez une grosse louche de discrimination, une cuillère à soupe d’amitié et une pluie d’actions aux conséquences désastreuses. Faites mariner dans un univers gothique mais joyeux. Saupoudrez d’un soupçon d’humour noir et d’un peu de magie et vous serez servi !

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Miss Charity, Marie-Aude Murail, édition Ecole des Loisirs

Dernièrement, le roman Miss Charity de Marie-Aude Murail a été adapté en BD aux éditions Rue de Sèvres par les talentueux Loïc Clément et Anne Montel. Après lecture du premier tome de cette merveilleuse version, j’ai eu envie de découvrir le roman à l’origine de la BD. Voici mon retour sur ce pavé de 500 pages aux allures de biographie de Beatrix Potter…

Résumé : Charity est comme tous les enfants : débordante de curiosité. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

Mon avis :

De l’éducation des petites filles à l’époque victorienne

Marie-Aude Murail nous emmène à la fin du XIXème siècle en Angleterre, dans une société où les riches prennent soin de leur patrimoine et surtout ne travaillent pas.

Dans ce contexte, nous faisons la connaissance de Charity Tilder, fille de bourgeois anglais, pas très jolie, plutôt curieuse et surtout aux passions tournées vers la nature qui la font passer pour une excentrique.

Or dans une société où les filles sont destinées à réaliser un bon mariage, étudier les animaux et la flore ne font pas partie des qualités nécessaires. Mais Charity chante mal, joue encore plus mal du piano et danse comme une patate. Autant dire que c’est mal parti pour elle.

Ajoutez à cela une mère envahissante, légèrement hypocondriaque et jalouse de ses amis et vous aurez une esquisse d’une enfance solitaire jusqu’à sa vie adulte, entourée seulement d’une petite ménagerie d’animaux mal en point et de domestiques.

Sa rencontre avec une préceptrice française qui va lui faire étudier l’aquarelle va changer son rapport au monde et lui ouvrir des portes qu’elle n’aurait jamais imaginées, bravant ainsi sa classe sociale et son statut de femme potiche imposé.

Charity va dévoiler une personnalité originale pour son époque, quoique à tendance neurasthénique et trop bien consciente de ses défauts. Elle incarne une forme de féminisme dans une société non-progressiste vis à vis du droit des femmes à travailler ou à disposer de leur argent sans tutelle masculine.

Au fil des pages, derrière les interrogations de son personnage, Marie-Aude Murail se permet une critique la société telle quelle était à cette époque avec le mépris des classes aisées pour tout ce qui se situe en dehors de la bienséance, le refus d’évoluer vers une classe de travailleurs jugée méprisable, l’obligation pour les jeunes filles de se marier par souci de préservation du patrimoine (et avant une date de péremption ! ), une vie difficile pour les domestiques dans ces familles et un souci de représentation permanent.

Ce roman n’est pas seulement le récit d’une jeune fille, c’est aussi l’histoire de l’évolution progressive de cette aristocratie figée dans le temps obligée d’évoluer pour survivre. Il se rapproche en cela de la série Downtown Abbey, située un peu plus tard dans le siècle.

Une ode à la nature et à Beatrix Potter

Il apparaît comme indéniable que l’auteure s’est inspirée de la vie de l’auteure pour la jeunesse Beatrix Potter pour écrire ce libre. Les similitudes sont trop importantes : Beatrix a vécu longtemps seule et célibataire dans la nursery familiale à Londres, réalisait de fréquents séjours dans la campagne anglaise, a réalisé les mêmes études sur les animaux et les champignons que Charity et connaît un destin similaire à notre héroïne.

D’autres auteures anglaises peuvent avoir influencé Marie-Aude Murail et se ressentent dans le roman : Jane Austen pour ses descriptions amusantes et critiques de la société, les soeurs Brontë pour la mise en avant de la nature. On sent également une touche de Comtesse de Ségur dans la description de la vie familiale et les visites aux cousins pendant les fêtes.

Mais ce n’est pas la seule source d’inspiration du roman : la nature y est extrêmement présente.

A la fois du point de vue scientifique à travers les expériences de Charity sur les escargots, l’élevage des souris et des lapins, son étude sur les champignons, exacerbés par sa passion pour l’aquarelle.

Mais aussi du point de vue bucolique, avec les descriptions de longues balades dans la campagne anglaise, et des propriétés de Bertram Manor et de Dingley Bell où se rend chaque été la famille de Charity. Là, son père passe son temps à la pêche à la mouche avec ses amis, tandis que Charity récupère de nouveaux spécimens ou se promène en calèche avec son âne. Des incursions en Ecosse auront lieu également avec des personnages hauts en couleur et des paysages tout aussi beaux (quoique pluvieux). On se rendra aussi au musée d’Histoire Naturelle de Londres, peu convenable pour une jeune fille de bonne famille.

Un joli moment de lecture si vous aimez la campagne anglaise autant que moi !

Quelques mots sur l’adaptation en BD

Pour adapter ce pavé de 500 pages, les éditions Rue de Sèvres ont pris le parti de découper en plusieurs tomes les aventures de Miss Charity en commençant par un premier volume intitulé L’enfance de l’art.

Ce que nous avons imaginé dans le roman, le dessin permet de le visualiser et joliment en plus ! On découvre une coup de crayon audacieux, des couleurs dignes d’une aquarelle et surtout une faune et une flore très détaillées dans un style purement anglais.

Sans réaliser de grosses ellipses du roman, la bande-dessinée retranscrit parfaitement les scènes de la vie quotidienne de Charity, entre ses parents aux préoccupations différentes, sa nurse écossaise complètement folle, ses expériences scientifiques, ses rencontres avec des cousins éloignés, ses virées à la campagne…tout en gardant l’humour et les aspects critiques présents dans le roman.

Certains événements restent à deviner à travers les dessins, comme la raison pour laquelle le personnage de Kenneth est souvent montré avec une tête de renard. C’est une des raisons qui m’ont poussée à lire le livre, mais surtout le fait d’avoir une seule partie de l’histoire. Ce premier tome s’achève en effet aux 15 ans de Charity alors que le roman raconte aussi sa vie d’adulte. Espérons que l’adaptation de la suite dans le deuxième volume soit de qualité identique !

La seule chose que je regrette entre la bd et le roman, reste la pauvreté de la couverture du roman (qui date quand même de 2008). Quand on compare avec celle de la BD, on se demande si les éditions de l’Ecole des loisirs vont enfin se décider à proposer une couverture de roman à la hauteur ! D’autant que la version italienne est beaucoup plus jolie. A méditer…

En conclusion : Miss Charity est un petit bijou de littérature jeunesse qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants. Si vous aimez la nature, la société victorienne ou les aventures d’une petite fille fantasque qui s’invente un monde, ce roman est fait pour vous.

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7 questions à Grégoire Laroque sur Zilwa, Les Trois rites

Suite à la lecture du premier tome de Zilwa, intitulé Les trois rites, j’ai tellement aimé l’intrigue que je n’ai pas pu m’empêcher d’interroger son auteur sur cette histoire qui se déroule sur une île tropicale. L’occasion d’en savoir plus sur sa réalisation et peut-être de glaner des éléments sur le tome 2…

Amélia : Bonjour Grégoire, dans le préambule de ton roman, tu le définis  comme appartenant à la Kreol Fantasy, peux-tu m’en dire plus sur le sujet ? Est-ce un terme que tu as imaginé par exemple ou cela existe-t-il déjà ?

Grégroire Laroque : J’ai inventé le terme car je trouve qu’il collait bien à ce que j’écrivais. Quand on pense à la fantasy, on s’imagine des décors écossais ou irlandais, avec d’immenses prairies vertes, de vieilles forêts, des châteaux médiévaux… Je voulais sortir de cet esprit et faire évoluer mes personnages sur une île tropicale, avec des grandes plages de sable blanc, des jungles luxuriantes, un lagon turquoise… Tout en gardant le thème de l’épopée (qui est légion dans la Fantasy).

Amélia :  Quelles ont été tes inspirations pour l’écriture de ce premier roman ? Tu évoques tes voyages en préambule, est-ce qu’il y a des auteurs qui t’ont marqués par exemple ? J’ai senti l’influence de J.K.Rowling dans ton trio de personnages principaux mais je me trompe peut-être…
Grégoire Laroque : Mes principales sources d’inspirations sont Tolkien et Zola. Les deux n’ont rien à voir, mais j’admire leur écriture. Pour le premier, j’ai clairement été frappé par l’imagination et l’univers qu’il a créé. Pour le second, la précision des mots et des descriptions qui habillaient parfaitement l’histoire. Puis, bien évidemment, beaucoup d’autres auteurs (même si je dois admettre que les deux que j’ai cités sont mes évidences).
Amélia : Les îles tropicales sont très présentes dans ton récit avec l’évocation de la faune et de la flore. T’es-tu inspiré d’une île réelle ?
Grégoire Laroque : Bien sûr ! J’ai écrit ce roman à l’Île Maurice où j’ai vécu pendant 4-5 ans. Je me suis également inspiré de l’Île de Pâques, de l’Île de la Réunion, Madagascar…Toutes les îles dans lesquelles j’ai eu l’occasion de voyager !
Amélia : Comment est né ce livre ? Tu es jeune auteur, cela était-il un projet de longue date ?
Grégoire Laroque : Je n’ai jamais songé à écrire quoi que ce soit ! Je dois cela à notre expatriation à l’Île Maurice, qui m’a tellement inspiré ! Ce n’est que plusieurs mois après notre arrivée qu’une idée à germé et que celle-ci a pris de plus en plus d’ampleur… Jusqu’à ce que l’évidence me saute aux yeux : il fallait que j’écrive cette histoire.
Amélia : Combien de tomes sont prévus ?
Grégoire Laroque : J’ai prévu une pentalogie, donc 5 tomes !
Amélia : Peux-tu me donner quelques éléments concernant les prochains tomes ? Est-ce que par exemple, Shivan va perdre un peu plus de sa naïveté ?
Grégoire Laroque : Shivan va en voir des vertes et des pas mûres, de même qu’Alynn et Bojun. Zilwa est non seulement une aventure avec des dangers et des défis, mais aussi une épopée personnelle pour se trouver. Dans la suite, des choix difficiles vont se poser, des personnages présents dans le premier tome vont être mis à nu, des machinations vont apparaître… Le tome 1 n’est qu’un préambule à tout ce que j’avais en tête !
Amélia : Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ? Est-ce parce que ton roman innove dans un genre nouveau par exemple, et qu’il ne correspond pas aux maisons d’édition classiques ?
Grégoire Laroque : J’ai choisi l’auto-éditions car je ne pense pas que mon livre rentrait réellement dans des cases. J’ai tout de même envoyé beaucoup de manuscrits aux maisons d’édition mais n’ai jamais eu de réponse. Il faut savoir que les maisons d’édition ne prennent que 0.9% des manuscrits qu’elles reçoivent, et le chiffre diminue quand c’est le premier livre. Je ne connaissais pas l’auto-édition et, en ayant creusé, je trouve que c’est un moyen fantastique de garder une liberté sur son ouvrage, créer des projets dans lesquels on se retrouve… Pour les prochains tomes, je ne me pose même pas la question : ce sera auto-édité !
Amélia : As-tu des conseils à donner aux jeunes auteurs qui passent par l’auto-édition ?
Grégoire Laroque : L’auto-édition, c’est beaucoup de travail. Il faut bien s’organiser et ne pas avoir froid aux yeux pour communique suffisamment et correctement sur tous les réseaux (digitaux et physiques) qui sont à notre disposition, être inventif, aller à la rencontre de potentiels lecteurs… Si vous vous sentez à la hauteur de ce challenge, foncez car ce n’est que du bonheur.
Au sujet de la communication autour de son premier roman, je vous invite à lire l’excellent article de l’auteur intitulé :
Je remercie chaleureusement Grégoire qui a pris le temps de répondre à mes questions. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur son roman, vous pouvez retrouver ma chronique sur son premier tome : Zilwa, Les trois rites, rubrique Lecture.
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Zilwa tome 1 – Les Trois rites, Grégoire Laroque, Auto-édition

Rendez-vous dans une île paradisiaque pour finir l’été, avec sa religion bien ancrée et surtout un rite initiatique destiné à désigner le nouveau protecteur. Un joli roman d’apprentissage aux accents exotiques qui m’a fait voyager mais aussi trembler aux côtés des héros décidés à gagner cette course contre la montre.

Résumé : Zilwa Naboo, protecteur sacré de l’île de Welling, meurt subitement, dans d’étranges circonstances. Comme le veut la tradition, son successeur sera le vainqueur d’une série d’épreuves, les Trois Rites, regroupant les jeunes hommes et femmes entre vingt et vingt-cinq ans. Shivan, épaulé par ses amis d’enfance, Alynn et Bojun, participe à cet incroyable défi à travers mer, jungle et montagne. Ensemble, ils devront faire face aux pires trahisons, aux combats les plus spectaculaires, à la perte de proches et à une machination qui les dépasse tous.

Mon avis :

Je ne lis pas souvent de romans auto-édités car j’ai eu des expériences malheureuses dans le passé avec ces ouvrages : illustration de couverture peu flatteuse, récit criblé de fautes d’orthographe ou à la syntaxe défaillante, intrigue bancale…

Aussi, quand Grégoire m’a proposé son roman en service presse, j’ai un peu hésité. A la fois parce que j’accepte peu de service presse mais aussi à cause de ce statut d’auto-édition. Cependant, comme l’illustration de couverture était chatoyante et l’intrigue peu commune,  je me suis laissée tenter. Bien m’en a pris ! Son roman n’a rien des défauts qui peuvent apparaître en auto-édition. Au contraire, il est d’une très grande qualité et on sent qu’il prend un soin particulier autant à son récit qu’à la forme. Voici donc mon retour sur la lecture de son livre. En espérant qu’il vous plaise autant qu’à moi. 🙂

Welling, sa communauté, sa religion, ses rites ancestraux

L’histoire nous emmène sur un archipel d’îles tropicales peu communes, où une religion associée à 5 Dieux est prédominante. Ces 5 Dieux, peut-être humains (?), auraient apporté la civilisation sur l’île avec des techniques d’agriculture ou de construction afin de la faire prospérer, écrasant ainsi la religion païenne d’origine.

Un Zilwa (ou protecteur d’île) est garant du maintien de l’ordre, et d’une catastrophe mystérieuse liée à des pierres de pouvoir sur l’ensemble de l’archipel. Il  réside dans un palais, protégé par une milice dans lequel les habitants ne peuvent entrer. Il est aidé dans sa tâche d’un chaman aux pouvoirs magiques et d’un chef de sécurité.

Mais l’on sent dès les premiers chapitres que le Zilwa en place, Naboo se sent un peu prisonnier de son palais doré et surtout très seul depuis le décès de sa femme. Son chaman et son chef de la sécurité n’arrivent pas à lui remonter le moral. Son décès va engendrer une série d’épreuves pour désigner le nouveau protecteur.

Dans cette société, le Zilwa est désigné suite à une série de trois rites assez durs, souvent mortels, auxquels vont participer des concurrents venant des deux villages principaux de l’archipel : Norile (au nord) et Sudile (au Sud). Au fil de l’histoire, les rites laissent apercevoir une forme d’inégalité entre les villages avec une richesse plus marquée au Nord. Ils attisent également une rivalité marquée entre les villageois, qui pour la majorité, n’ont jamais quitté leur partie de l’île.

Nos trois héros principaux vont ainsi participer à ces rites, aux allures d’Hunger Games . Il s’agit de Shivan orphelin élevé par son grand-père, Bojun un jovial ami pas très sportif et Alynn, une piqueuse d’ourites (= une pêcheuse avec statut de célibataire imposé).

Au fil de l’histoire, ils vont devoir se serrer les coudes pour réussir les épreuves, même si un seul sera désigné Zilwa. Ils feront face à de sérieux concurrents comme Vern et sa bande, entraînés dès l’enfance à ces épreuves, et de nature impitoyable. Car oui, il y aura des morts, des blessés et des situations assez catastrophiques pour nos trois amis dans ce roman !

Un roman de Kreol Fantasy young adult

Grégoire Laroque invente un genre inédit avec son roman : le Kreol Fantasy. C’est ce qui m’a attirée le plus dans sa lecture. Sortant des sentiers battus de ce genre un peu éclusé, il apporte une touche d’originalité en proposant une aventure à mi-chemin entre un roman d’apprentissage et un voyage sur des terres tropicales.

A l’image de la couverture chaleureuse et colorée, nous nous promènerons tels des Hobbits sur une île inconnue avec Shivan qui n’a jusque là jamais quitté Sudile et ignore tout du reste de l’archipel. Il nous fera découvrir des fruits exotiques, des fleurs aux odeurs envoûtantes, des paysages paradisiaques… mais aussi les dangers de cette île à travers ses rencontres et différentes épreuves du rite.

Au fil de l’histoire, nos héros grandiront et trouveront la force nécessaire pour affronter leurs adversaires. Chacun affublé d’un pouvoir le temps de la sélection, ils évolueront de manière positive, devenant ainsi des adultes à part entière. Ainsi, Shivan perdra un peu de sa naïveté, Bojun deviendra plus courageux et sportif, Alynn plus féministe et plus déterminée que jamais à changer la condition des Piqueuses d’ourites.

Que serait un récit de fantasy sans un antagoniste ? Ici, l’auteur joue dans la subtilité en nous présentant au premier plan un concurrent assez implacable : Vern, la version grosse brute de Drago Malefoy (cf Harry Potter). Déterminé à gagner, il utilisera tous les moyens à sa disposition, même les plus affreux pour gagner le titre de Zilwa. Mais derrière cette apparente brutalité, on découvrira une forme de fragilité en fin de roman, preuve que les méchants ne naissent pas tels quels, ils se construisent. Au second plan, un autre antagoniste agira dans l’ombre, autour d’une machination qui dépasse les trois rites…

Ce premier tome initie parfaitement la série à suivre et nous donne envie de découvrir le complot sous-jacent aux trois rites, mais aussi l’origine des dieux sur l’île, ou encore le maintien de certaines traditions comme le statut de célibataire des Piqueuses. Bref, vivement le tome 2 !

Derrière l’histoire, des sujets sérieux

Derrière son récit d’aventure, Grégoire Laroque aborde en filigramme des thématiques fortes aux accents actuels.

Ainsi, il évoque une société patriarcale, où l’égalité homme-femmes est inexistante avec les Piqueuses d’ourites, et les personnages d’Alynn et de Melen. Obligées de choisir entre une vie d’épouse ou une vie de célibataire mise au ban de la société dont les enfants seront discriminés, les femmes n’ont pas vraiment leur mot à dire sur Welling. Quant à concourir pour le titre de Zilwa, il leur est possible de participer aux trois rites mais elles intégreront la garde du Palais. Aucun Zilwa ne peut être une femme. L’histoire de Melen et de la piqueuse non soignée à temps car le médecin méprise son statut est édifiante. On ne peut qu’encourager Alynn qui accompagne Shivan dans les trois épreuves et qui fait preuve de plus de volonté que lui alors qu’elle est plus souvent blessée.

Par ailleurs, les habitants qui ne se plient à la religion des 5 dieux ont aussi leur lot de discriminations de la part du Zilwa et du chaman. Vénérant les anciens dieux de l’île, ils sont considérés comme des hérétiques et sont par conséquent bannis ou punis de manière atroce. Transformés en phasmes, des créatures mi-homme, mi-arbre, ils sont condamnés à se nourrir d’être humains qu’ils capturent en dégageant des odeurs appétissantes de fruits. Quant au reste de la tribu, il  se cache pour éviter des représailles. Sur ce sujet, on se rapproche de conflits bien ancrés dans notre réalité comme les conversions forcées ou la persécution d’une religion face à l’arrivée d’une nouvelle et les génocides que cela occasionne.

Enfin, la mort est très présente dans ce premier tome et surtout le deuil. Faire face au deuil des êtres chers apparaît comme un sujet majeur qu’il n’est pas facile d’aborder dans un roman Young Adult. Pourtant, dans ce récit, cela semble être un mal nécessaire pour aborder la vie avec sérénité. Parler aux morts permet également d’apprendre de leurs erreurs et c’est ce que comprendra un des protagonistes. L’auteur est assez doué pour aborder ce sujet avec subtilité et faire de la douleur une force pour faire grandir ses personnages. Une belle leçon de vie.

En conclusion : Grégoire Laroque nous offre un premier tome prometteur de Kreol Fantasy autour d’une aventure initiatique avec des personnages forts et une intrigue aux ramifications mystérieuses. Un très bon moment de lecture qui vous fera voyager sur des îles tropicales paradisiaques, où l’éveil des sens est plus que jamais sollicité, mais où la mort vous attend à chaque tournant de cocotier. Une série à suivre de toute urgence !

 

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Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas, éditions Rageot

Bienvenue à Celumbre et son Académie de magie et de mécanique ! Ici, on entretient l’animosité entre les apprentis, afin de maintenir la compétition entre les deux factions. Et si, un mage et une mécanicienne formaient une équipe malgré eux ? Tel est le point de départ de Engrenages et Sortilèges…

Résumé : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis :

Un roman jeunesse sur l’adolescence

Dans ce roman, nous serons confrontés à deux personnages principaux forts, que tout oppose : Grise et Cyrus.

Grise ou Grisella est la fille d’un ingénieur d’Etat réputé. Elle vient d’un autre pays et est noire. Elle étudie la mécanique à l’Académie de Celumbre et est plutôt douée dans son domaine. Elle a un côté Hermione Granger, respecte les règles et les professeurs et a déjà choisi un futur métier. Plutôt solitaire du fait de son ambition, elle aimerait se faire un ami qui la comprenne. Du fait de son statut de mécanicienne et d’étrangère, elle est également marginalisée par les apprentis mages, dont Cyrus, qui se moque de son état débraillé et de ses doigts pleins de cambouis. Elle vit avec son père, très aimant, qui l’encourage dans ses projets et réalise des automates avec elle. Il s’inquiète cependant qu’elle ne se préoccupe pas des garçons, comme une adolescente normale de 15 ans. Elle a pour compagnon Cog,  un petit robot qui récite des proverbes.

Cyrus est le fils de la Première générale de l’armée des Empires. Il est arrogant, imbu de sa personne, délicat, d’apparence soignée, studieux, mais aussi un peu rebelle et peu enclin à l’effort. Derrière cette façade, il cache deux grandes faiblesses :  le manque d’amour de sa mère qui fait passer le devoir avant tout, et son manque de compétences en élémentalisme alors qu’il maîtrise les autres disciplines magiques. Si Grise est naïve, lui est très perspicace, preuve que les leçons de stratégie de sa mère ont finalement porté leurs fruits. Il a pour compagnon Quint, un chat roux qui est aussi son familier.

Grise et Cyrus se détestent au début du roman, du fait de leur classe respective, concept entretenu par les règles de l’Académie. Mais suite à leur mésaventure commune, ils vont devoir faire alliance, et apprendre l’un de l’autre.

Avec ce duo improbable, nous exploiterons les questionnements liés à l’adolescence : les premiers émois amoureux, la vision de l’avenir, la déception vis à vis des adultes, les choix et leurs conséquences, la confiance en soi, la rébellion envers les adultes ou le système.

A eux deux, ils sont également un bel exemple d’amitié malgré leurs nombreuses contradictions, et de maturité contrairement aux adultes qu’ils rencontreront dans leur périple.

De cette aventure, ils sortiront grandis, un peu moins intellos, et surtout plus portés sur des choses de leur âge. Un vrai roman d’apprentissage en somme.

Un manifeste en filigramme sur la politique et ses conséquences

Celumbre, capitale du pays, est gouvernée par Sarenziah, son impératrice. C’est une femme indolente, rêveuse, plus soucieuse de son apparence que de politique, mais aimée de ses sujets. Elle laisse les grandes décisions à Vezzir, son conseiller qui l’assiste avec dévotion. C’est cette dévotion qui causera la perte du royaume, car Vezzir a de grandes ambitions.

A travers cet univers, Adrien Tomas nous dépeint une situation politique calamiteuse, qui pourrait trouver écho dans notre propre réalité.

Il réalise un décorticage en règle des conséquences d’une guerre et de la taxation, qui créé des conditions favorables à l’enrôlement dans l’armée pour les plus jeunes. Cela fait grandir la criminalité et la pauvreté, et pousse le peuple à de mauvaises décisions par nécessité de survie. Les réfugiés de guerre sont ostracisés, les vétérans deviennent mendiants ou mercenaires, les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, la protection civile sous-payée est corrompue et des factions républicaines se créent en opposition au régime impérial.

Mais l’impératrice disposant d’une image impeccable, personne n’ose penser qu’elle veut le mal de ses sujets et n’ose élever la voix… exceptés les républicains dont on moque les idées farfelues. En parallèle, un empire du crime se créé dans les bas-fonds, comme réponse officieuse au gouvernement en place, avec une autre reine : l’Arachnide.

Si l’univers est purement fictif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a été inspiré de faits réels pour certains détails, et nous donne une bonne leçon de politique digne de la série House of Cards.

Un roman qui entremêle astucieusement magie et mécanique

La force d’Adrien Tomas dans la plupart de ses récits, réside en sa manière d’aborder la magie. Sujet récurrent dans ses romans, il se distingue une nouvelle fois en mélangeant le côté magique de ses personnages à celui de la mécanique.

Dans Engrenages et Sortilèges, l’inimitié des deux personnages principaux a pour point de départ leurs sujet d’étude et compétences au sein de la même Académie. Si Grise étudie la mécanique, symbole d’avenir et de progrès dans cet univers, Cyrus privilégie la magie, plutôt associée au passé.  

A l’Académie, on encourage les mécaniciens à ne pas offusquer les mages car leurs pouvoirs sont liés à ses émotions et ils pourraient perdre leur magie si leur confiance en eux est lésée. Cyrus en est bien conscient et joue de cette autorité pour martyriser les mécaniciens, tout comme ses camarades, ce qui nuit aux relations entre les deux factions. Cela a pour conséquence une forme de révolte intérieure chez les mécaniciens, qui culminera à travers Grise quand Cyrus poussera la plaisanterie trop loin. Cette inimitié tient à l’origine au fait que les magiciens ont peur de se faire remplacer par des machines et que les mécaniciens trouvent leur fonctionnement complètement dépassé.

Le seul point sur lequel magiciens et mécaniciens se rejoignent est l’énergie utilisée dans cet univers :  l’Arcanium.  Subtile invention de l’auteur, qui fait ressentir son parcours scientifique, cette énergie pourrait se rapprocher dans notre réalité du lithium, utilisée dans les batteries, plutôt rare et difficile à extraire. A travers cette histoire, Adrien Tomas lance des pistes de réflexion concernant l’utilisation de cette énergie et son exploitation : doit-elle servir à la destruction ou au bien de tous ? Doit-on l’extraire et à quel prix ?

D’autres réflexions viennent pimenter l’aventure comme le statut des automates, souvent développée dans les romans steampunk ou de Science-fiction. Ici, nous rencontrerons des automates dotés de conscience propre et autonomes, devenus des marginaux après avoir été rejetés ou maltraités par les hommes. Doit-on les considérer comme des êtres humains ? Tel est un des enjeux de ce livre.

Mais la plus grande thématique abordée sera la loyauté envers un système avec qui l’on est en désaccord. Doit-on s’y soumettre ou se révolter ? Et quelles seront les répercussions de nos actions ?

La magie est abordée aussi sous un angle différent en opposant le savoir des livres à celui de la connaissance de soi. C’est ce qu’apprendra Cyrus auprès d’un mage noir qui lui fera étudier la nécromancie, ouvrant ainsi un autre chapitre dans l’étude de la magie dans les récits d’Adrien Tomas.

En conclusion : Engrenages et sortilèges est un roman jeunesse qui, sous couvert de magie et de mécanique aborde des sujets plus sérieux comme la manipulation politique, l’origine de la pauvreté et la délinquance. Il développe également des personnages attachants, en qui l’on peut facilement se reconnaître. C’est une petite pépite à découvrir, sans distinction d’âge.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #12

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Un ebook gratuit par la maman d’Harry Potter, un pique-nique steampunk virtuel, un article sur la place des femmes en littérature de SF, un podcast sur un film d’animation japonais à couper le souffle, deux appels à texte autour de la littérature de l’imaginaire, une artiste qui manie papier et fil de fer de façon originale, une film d’animation émouvant sur un bibliothécaire particulier, un concours pour gagner des livres et un projet de financement autour d’un Beau-Livre sur les auteur(e)s de la Belle-Epoque… le tout pas nécessairement dans cet ordre !

L’ebook gratuit du moment 

the ickabog Paris match

J.K Rowling  a encore frappé ! Oui, je sais, j’ai deux semaine de retard sur l’information. Mais avec mon déménagement, j’ai reporté mes lectures d’article de veille, et voilà, ô stupeur que je découvre cette nouvelle ô combien importante. The Ickabog de J.KRowling est en ligne sur un fabuleux site internet et l’histoire est même traduite en français (si tu repères la barre déroulante des langues en haut à droit de l’écran). Mais de quoi ça parle son nouveau livre ? C’est un livre jeunesse en au moins 28 chapitres qui parle du Roi Fred sans peur, peu expérimenté et mal conseillé par ses amis pour gouverner, mais aussi de la légende l’Ickabog, un monstre des marais à la voix de sirène, l’apparence monstrueuse et qui mange les voyageurs imprudents. Suite à un évènement particulier, le roi se fait haïr d’une partie de ses sujets. Afin de redorer son blason, il décide de partir pour une quête qui lui semble juste, mais qui semble ridicule aux yeux de ses sujets…

Le roman se lit très facilement, à la manière d’un conte et regorge de créativité et de petites leçons de morale. Une petite pépite à découvrir en ligne sur le site internet créé pour l’occasion. Tu peux aussi participer à un concours de dessin pour illustrer l’histoire, organisé par l’auteure elle-même. 😉

Le projet Ulule de la semaine

Une anthologie sur les femmes de la Belle Epoque façon Beau Livre, ça te tente ? Tel est le projet proposé par les éditions Luciférines sur Ulule qui m’a tapé dans l’oeil cette semaine.

Le recueil regroupe 15 illustrations originales dont certaines façon Mucha, 16 nouvelles originales autour de cet univers, des dossiers historiques sur des figures importantes…

Il sera question, en vrac, de Paris, les quartiers latins, les fumeries d’opium, les fêtes foraines, les salles de jeux, des découvertes scientifiques du siècle, des débuts de la psychiatrie, du spiritisme… et d’auteurs symbolistes décadents.

Le projet a déjà atteint son objectif mais s’il t’intéresse tu peux encore participer jusqu’au 4 juillet. Des interviews des auteurs du recueil et autres informations sont disponibles sur la page facebook de la maison d’édition. Le premier palier pour la version  papier est à partir de 21 euros, ce que je trouve personnellement raisonnable pour un Beau Livre. 😉

L’événement virtuel du weekend

Le confinement est terminé, mais des évènements virtuels pullulent encore sur le net. Fan de l’univers Steampunk, je n’ai pas pu m’empêcher de noter dans mon agenda le pique-nique virtuel steampunk de la Société des Libellules qui a lieu ce dimanche 21 juin sur Discord.

Apéro en ligne, retrouvailles costumées, spectacle de magie, critique littéraire, démo d’illustration en live, démo de cuisine et lecture de nouvelle sont au programme. Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter la page Facebook de La Société des Libellules et à revêtir ta crinoline ou ton haut de forme pour nous rejoindre dimanche à partir de 11h !

L’article qui fait réfléchir

Hier, j’ai lu un article de la blogueuse et auteure Ombre Bones alias Manon d’Ombremont qui m’a quelque peu interpellée. Elle évoque la sous-représentation des auteures en littérature de SF et aussi dans les prix de littérature SF.  Son article fait suite à la nomination par le jury des Utopiales cette année d’un panel exclusivement masculin d’auteurs, qui a enflammé la blogosphère littéraire. J’ai trouvé qu’elle abordait de manière assez juste la nécessite de mettre en avant des romancières de SF pour la qualité de leur travail, sans tomber dans une forme de discrimination positive liée au genre. Elle s’interroge sur le classement de ces auteures le plus souvent en Young adult et la manière dont ce genre est sous-évalué car lié à la littérature jeunesse. Elle donne également des noms à suivre comme Aurélie Wellenstein ou Ada Palmer. Bref, un article qui te poussera à t’interroger sur le panorama féminins de la création littéraire française dans les littératures de l’imaginaire et peut-être à te faire connaître des auteures tout aussi talentueuses que leurs compatriotes masculins. 😉

Les appels à textes du moment

Tu le sais peut-être, j’aime bien écrire et je participe depuis septembre à un atelier d’écriture (cf ma rubrique Atelier d’écriture). Alors je me suis dit que je devais peut-être parler des appels à textes que je vois passer de temps à autre chez les éditeurs de l’imaginaire. On ne sait jamais, peut-être que tu es toi aussi une graine d’écrivain ?

Cette semaine, je suis tombée sur l’appel à textes des éditions Projets Sillex qui te propose d’éditer une anthologie de nouvelles autour de la fantasy animalière intitulée Féro(ce)cités. Selon le résumé de l’annonce : « Dans cette anthologie, nous vous invitons à mettre en scène des animaux anthropomorphes dont le sort est intimement lié à celui de la cité où ils résident ou qu’ils recherchent. Qu’ils en soient les sauveurs, les pillards, qu’ils soient témoins d’événements importants ou qu’ils se contentent d’essayer d’y survivre, nous voulons connaître leur histoire, et nous comptons sur vous pour nous la raconter ! » . Tu peux t’inspirer des livres des Légendes de la garde de David Petersen que j’ai chroniquées en octobre par exemple. La date butoir pour l’envoi des textes est le 15 janvier 2021. Tu trouveras le reste des informations sur la page facebook de l’éditeur.

Un autre appel à texte est en cours pour les éditions Noir d’Absinthe autour du thème du monstre féminin. Le sujet est le suivant : « Lovée dans le sein maternel, son cruel poison s’insinue jusqu’au lait intime, corrompt et pervertit.Frappée du sceau de l’infamie par une déesse jalouse, brûlée pour avoir fait des anges dans les bois, ou chassée pour avoir offert sa matrice de chair à l’innommable, ces puissances féminines de l’ombre, Monstresse(s) manifestée(s), hantent l’humanité… L’homme, surtout. Que se cache-t-il derrière cette terreur ancestrale ? Que provoque leur ire ? À vous de l’explorer et, peut-être, d’y répondre.Vos œuvres s’adresseront à un public adulte. Vos textes ne se contenteront pas d’histoires monstrueuses: elles creuseront sous les catacombes de la civilisation, exploreront cette peur du féminin, excaveront les tabous. L’heure de la catharsis est venue. » Les textes sont à envoyer avant le 30 septembre 2020 à l’éditeur. Tu trouveras plus de détails sur son site internet, et des conseils sur le groupe facebook réalisé pour l’occasion. 😉

Le podcast de la semaine

Connais-tu le film d’animation japonais Your Name de Makoto Shinkai ? C’est LE film qui a explosé les records en salles au Japon, dépassant même Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Un véritable petit bijou tant par ses dessins ultra réalistes, son jeu sur la lumière, son sujet à la fois amusant et inspirant et surtout sa bande son extraordinaire. Je suis une grande fan de ce film et j’ai eu l’occasion d’écouter le podcast « C’est plus que de la SF » animé par Lloyd Chery qui évoque le succès de ce film et le parcours du réalisateur. Tu apprendras que Makoto Shinkai est un grand romantique : la plupart de ses films parlent d’amour. Il apparaît un peu comme un ovni dans les films d’animations car il réalise des oeuvres de qualité, montées de manière particulière, en mettant en avant souvent le ciel avec un dessin extraordinaire et des décors contrastés.

Un podcast de 30 minutes à écouter, où Sylvie Brevignon, directrice d’All The Anime France, revient sur ce long métrage qu’elle a édité en vidéo, et répond aux questions de Loyd Chery. Et si le film te tente, il est actuellement disponible sur Netflix. 😉

La vidéo littéraire de la semaine

La fantastique histoire des livres volants de Morris Lessmore, est avant-tout l’adaptation de l’album Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore de William Joyce. C’est l’histoire, toute en sensibilité d’un amoureux des livres, qui découvre une bibliothèque abandonnée où les livres sont vivants. Années après années, il s’occupe d’eux, jusqu’à ce qu’un jour il passe le relais à quelqu’un d’autre. Métaphore du temps qui passe, de ce que les livres apportent aux gens, on peut y voir plusieurs lectures selon son âge ou son vécu.

C’est un de mes livres préférés et je trouve que le film d’animation lui rend tout à fait hommage. Il est visible directement sur Youtube et a été réalisé par le studio Moonbot. L’auteur de l’album est aussi le réalisateur du film d’animation. 😉

Le concours de la semaine

Pour fêter ses 10 000 abonnés sur son compte Instagram, la blogueuse The eden of books te propose de gagner jusqu’au 22 juin ou 24 juin (selon les livres), des romansau thème estival sur instagram :

Pour participer, il suffit de liker les posts en lien avec les concours sur son compte insta, de commenter en invitant quelqu’un et de liker la page éditeur et mettre le post en story avec un tag sur la blogueuse. Les trucs habituels quoi… Bonne chance ! 😉

L’artiste de la semaine 

Si tu es familière avec le concept de poésie de papier, tu vas adorer Betty Pepper, l’artiste que je te présente aujourd’hui. Betty est une créatrice britannique qui réalise des sculptures avec du papier et du fil de fer très poétiques. Son thème récurrent est la petite maison de papier. Elle aime jouer aussi avec de vieux livres recyclés qu’elle sculpte comme du bois, ou bien du bois flotté sur lequel elle dispose certaines de ses créations. Elle a été exposée dans plusieurs galeries en Angleterre, au Danemark, à Munich, en Italie et aux Pays-Bas. Actuellement, ses dernières créations sont exposées à Cambridge dans la galerie Byard Art. Si son travail t’intéresse, tu peux consulter sa page instagram où elle réalise aussi des photos d’objets inanimés qui semblent vivants, ou sa page facebook. Il est possible d’acquérir ses oeuvres sur la boutique de la galerie d’art Byard Art.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Petites maisons et coucher de soleil,

A.Chatterton