Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #18

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Trois concours pour gagner des livres, deux événements littéraires LGBT+, des box pour bien profiter de l’automne, un challenge d’écriture collaborative, un challenge littéraire amusant, une vidéo témoignage sur les débuts d’auteures connues en maison d’édition, un article choc sur Amazon et ses clubs lecture.

L’article de la semaine qui fait réfléchir 

Hier matin, lors de ma veille pro quotidienne, je suis tombée sur un article d’Actualitté qui évoquait le lancement de clubs de lecture par Amazon USA. L’information me semblant bizarre, j’ai cliqué ( oui, je suis un pigeon) et j’ai découvert avec effroi que le géant du commerce souhaitait effectivement lancer un nouveau service de club lecture qui pourrait concurrencer la plateforme Goodreads (l’équivalent américain de Babelio).

Or, Amazon possède Goodreads. N’est-ce pas un peu étrange de proposer un service qui existe déjà dans une autre filiale que l’on possède ? Pas si l’on considère que Goodreads, malgré sa prédominance du marché du réseau social littéraire est une grosse machine pleine de dysfonctionnements avec des recommandations sans queue ni tête.

Alors qu’apporte de plus ce nouveau service Amazon ? Rien de plus que des listes de livres à acheter. Quand un algorithme remplace un libraire, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Et n’oublions pas que même si l’idée de créer son club de lecture sur Amazon reste séduisante, cela contribue une fois de plus à récupérer vos données à des fins commerciales.

La question que je me pose est de savoir si quelqu’un peut arriver à concurrencer le géant pour vendre des livres, maintenant qu’il dispose d’un réseau social littéraire de la taille de Facebook pour les liens d’affiliation et qu’il propose ce nouveau service ? Il y aurait un renforcement des propositions de librairies indépendantes à réaliser en France,  et peut-être un développement des clubs lectures par d’autres biais à mettre en avant.

Si le fonctionnement de ce club lecture Amazon t’intéresse, voici la FAQ américaine du futur service pour te faire une idée.

Les événements littéraires de la semaine

                         

Ce weekend a lieu le Festival Fantastiqueer à Strasbourg. En fait, ça a commencé hier, mais je m’en suis aperçue trop tard… Sur trois jours, tu pourras découvrir des auteurs LGBT+ de romans SFFF avec des rencontres, un atelier d’écriture, un atelier GN, une soirée jeux de rôle, etc… Le festival devait être plus élaboré mais pour des raisons sanitaires, le plus gros des activités est reporté à juin 2021. C’est donc en petit comité qu’il est maintenu. Pour plus de détails, je te renvoie au site dédié. Le petit + : le site du festival héberge une bibliothèque  qui recense les romans de SFFF à tendance LGBT+, en partenariat avec la Rainbowthèque, site collaboratif dont je t’ai déjà parlé. Tu peux soumettre des livres si tu souhaites participer au projet.

Autre événement en lien avec la communauté LGBT+ : Y/Men, la convention spécial Yaoi, le manga (érotique) gay se tiendra le 26 septembre prochain à Lyon. Pour 6 euros, tu pourras accéder à de nombreux jeux et quizz prévus sur place, un défilé cosplay, des ateliers créatifs, un karaoké géant, et des tables-ronde autour du manga incluant des sujets hot ! Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter le programme de la convention.

Le challenge d’écriture du moment

Vu sur Instagram, sur le compte de Violainejaneau, un challenge d’écriture commune est en cours sur les réseaux sociaux, lancé par la blogueuse Jenniferdainaart. Le principe est simple : Jennifer a rédigé le premier chapitre et lancé le synopsis : il s’agit d’écrire une histoire autour d’une jeune femme réalise la réalité d’un monde magique lorsqu’elle hérite d’une mystérieuse clé au décès de son oncle.

26 auteures se sont inscrites pour continuer l’histoire chapitre par chapitre pendant tout le mois de septembre. A chaque fois, elles publient leur morceau d’histoire sur un post instagram dans la zone texte, en citant l’auteure précédente et la suivante pour qu’on puisse suivre l’histoire. Le post doit être court : 300 mots et il y a quelques règles à respecter que Jennifer a énoncé en Story.

A la fin du mois, le texte est réuni sur le compte de Jennifer et on y apporte quelques corrections si j’ai tout saisi. Pendant tout le challenge, les participants peuvent aussi échanger via un serveur Discord.

Si le sujet t’intéresse, je t’invite à suivre son projet et le texte du mois de septembre. Et si tu veux participer, il reste de nombreuses places pour le mois d’octobre dont l’histoire est la suivante : A l’approche de Samhain après une séance de spiritisme avec ses amis, un jeune homme est retrouvé mort chez lui. Bon challenge !

Les concours de la semaine

           

Beaucoup de concours sur Instagram cette semaine !

Si tu aimes la littérature contemporaine, la Kube box t’invite à gagner l’ensemble des romans sélectionnés pour le prix Goncourt de cette année, soit 15 livres !  Pour cela, il suffit de s’inscrire à leur jeu concours sur leur site internet et de le partager pour multiplier tes chances d’être tiré au sort. Le concours se termine mercredi 30 septembre.

Si tu préfères les romans gothiques, je te conseille le concours organisé par Livres enchantés sur son compte Instagram en partenariat avec les éditions Noir d’Absinthe. Pour fêter ses 4k abonnés, la blogueuse te propose de gagner un ebook de la maison d’édition. Pour cela, il suffit d’être abonné à son compte instagram et à celui de Noir d’Absinthe et de partager le concours dans sa story en la mentionnant. Les modalités se trouvent actuellement dans la story instagram de la blogueuse et le concours se termine d’ici 6 jours.

Enfin, si tu n’as pas d’idées précises, mon ancien binôme du challenge des alliés, Shury Lecture te propose de gagner le ou les livres de ton choix parmi ceux de sa bibliothèque. Il te suffit d’indiquer en commentaire de son post instagram ce qui t’intéresse. Pas de contrepartie à prévoir. Le tirage au sort aura lieu le 8 octobre et le jeu est ouvert à la France et la Belgique. 🙂

La vidéo de la semaine

La Charte des auteurs de littérature jeunesse lance une série de vidéos sur les femmes auteures. A travers 5 vidéos de 8 minutes, 8 auteures répondent à la question : Être une femme est-il un point de difficulté dans la pratique de son métier d’autrice ? Pour le moment deux vidéos sont en ligne sur le compte youtube de la Charte : Les débuts et Les difficultés. Voici la première vidéo pour te faire une idée :

Le sujet est intéressant car il est peu abordé, mais les discriminations liées au genre existent même dans le métier d’auteure. J’ai trouvé pertinent le choix des femmes interrogées car elles sont de milieux, couleur, âge et styles complètement différents. Certaines écrivent pour la jeunesse, d’autres pour les adultes, d’autres encore de la BD. Une série à suivre !

Les box de la saison

         

Je ne sais pas pour toi, mais en automne j’aime bien l’ambiance cocooning et quoi de mieux qu’un bon thé associé à une tablette de chocolat pour se remonter le moral quand il pleut dehors ? Bon, en ce moment, c’est plutôt la canicule. Mais j’anticipe sur les mauvais jours.

J’ai offert récemment une box spéciale chocolat noir à ma petite maman pour son anniversaire et j’ai trouvé l’offre tellement top que je souhaitais en parler. Il s’agit de la box Raconte moi un chocolat. J’ai pris la formule trois mois pour 70 euros environ. Elle comprend un envoi de trois tablettes de chocolats noirs différents par mois, accompagnés d’un fascicule explicatif sur l’origine des tablettes. Il y a une formule mensuelle à 20 eur et une autre également sur 6 mois. On reçoit le colis par voie postale directement chez soi. De quoi craquer avec un bon livre ! Ma mère est ravie et j’envisage de me prendre un abonnement moi aussi.

Pour se réchauffer, il y a aussi la thé Box, une box entièrement dédiée au thé et accompagnée de douceurs. Les boîtes sont jolies et à thématique : cuisine, jardin japonais, maison de famille, etc…Tu peux l’offrir ou te faire un cadeau. Pour cela, il existe plusieurs abonnements : 3 mois (65.70 euros), 6 mois (125 euros)… et tu reçois une box chaque mois comprenant 30 thés différents, quelques biscuits, des goodies comme des marque-pages ou des cartes, et un cahier de saveurs comprenant des recettes. Bref, je pense la commander pour passer mes soirées d’automne sous mon plaid devant la cheminée. Je ne sais pas pour toi, mais je me lasse souvent de mes thés et je suis très curieuse d’en découvrir de nouveaux. Cette box est un bon moyen de satisfaire ma curiosité.

Peut-être connais-tu ces box ? Si oui, n’hésite pas à me faire un retour en commentaire. 🙂

Le challenge littéraire du moment

Après le Mois Américain et le Pumpkin Autumn Challenge 2020 (je te renvoie vers mes PAL associées car je participe aux deux), j’ai découvert le #Challengefoireux sur le compte instagram de la Foire du livre de Bruxelles.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc me diras-tu ? C’est un challenge littéraire qui prend les autres à contre-pied en inventant trois types de livres à lire chaque mois, toujours dans l’objectif de te faire diminuer ta PAL.

Pour le mois de septembre, il faudra lire : un livre dont l’intrigue se situe dans un autre pays, un livre recommandé par un ami, et un livre que tu aurais dû lire pour l’école.

J’ai trouvé l’idée amusante et je pense réaliser mes propres challenges foireux pour les mois à venir. Peut-être même que je vais l’inclure dans ma version du Bookopoly que je prépare pour l’année 2021 pour les cartes chance. Affaire à suivre…

Si le challenge t’intéresse, je te renvoie au hashtag associé sur Instagram afin de retrouver les posts des mois précédents. Peut-être souhaiteras-tu créer les tiens ? N’hésite pas à me faire des propositions en commentaire. 😉

Tu l’auras remarqué, il n’y a pas d’article sur un artiste cette semaine. Je n’avais pas d’idées. Ce sera pour la prochaine veille ! 😉

Ma veille littéraire du net se termine. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Thé et plaid tout doux,

A.Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture #6 : Développer un Synopsis et continuer une histoire

Le déconfinement a eu lieu depuis un moment et je n’avais pas traité ce sujet d’atelier ! Comme d’habitude, je suis partie d’une proposition de Chloé Dubreuil dans le cadre des ateliers d’écriture de l’université de Lyon, avec un sujet qui gagne en complexité, cette fois et m’a valu plusieurs relectures…

Les consignes :

Synopsis de base : Deux jeunes gens se sont donné rendez-vous devant une vieille chapelle au centre d’une clairière. Quand le garçon arrive, la porte en bois est ouverte. Il pénètre à l’intérieur pour attendre au frais son amie. Mais peu de temps après, des voleurs arrivent en voiture pour y cacher un butin dérobé et découvrent là le jeune homme. Quand la jeune fille (ou femme) arrive sur place à son tour, elle aperçoit le véhicule et l’un des gangsters armés faisant le guet.

Développe le synopsis en soignant tes personnages (personnalité, traits de caractère, physique) et le lieu de rencontre (pour créer une atmosphère). Raconte ce qui se passe ensuite : Comment les deux personnages vont se sortir de cette situation ? Quelle est la fin de cette histoire ?

L’idée de départ

Compliqué cet atelier ! J’ai dû me creuser les méninges parce que je ne voyais pas comment sortir les personnages de cette situation… J’ai eu quelques idées comme : faire de la fille une sorcière, ou faire croire que tout se passe dans la tête du garçon devenu fou. J’ai même pensé à faire une version thriller avec un tueur en série, ou tout simplement à ce que le garçon demande de l’aide à la fille par sms interposés. Mais… est-ce qu’on capte en forêt ? Et puis, j’ai eu une idée un peu tordue comme d’habitude. Et si tout cela n’était qu’un piège ? La fin est un peu flippante, mais bon, tu verras… 😉

La nouvelle

Amour mortel

Il est bientôt minuit. Je marche à grandes enjambées dans la forêt, balayant le sol du faisceau de ma lampe pour m’éviter de tomber. Je vais rejoindre Mirella. Nous nous sommes donnés rendez-vous dans la chapelle pour la première fois. Après de longues discussions sur internet, nous avons enfin décidé de nous rencontrer. La chapelle semble être un endroit bizarre, mais pas pour nous. Mirella est comme moi adoratrice des lieux religieux, des ambiances gothiques et des costumes façon XVIIIème siècle. Nous avons fait connaissance sur un forum Victorien. Mirella… évoquer son nom me donne des papillons dans le ventre mais réveille aussi un désir inattendu. Sur la photo qu’elle m’a envoyée d’elle, deux yeux verts étincelants éclairent son visage de porcelaine encadré par de longs cheveux roux…

Je suis à présent arrivé au lieu de rendez-vous. Mirella n’est pas là.

Les bruits de la nuit m’enveloppent. Au loin, une chouette ulule. J’entends des craquements dans les arbres.  L’air se fait plus frais malgré la chaleur estivale. Je resserre ma veste en velours autour de mon cou. J’ai revêtu mon plus beau costume de nuit pour notre rencontre mais là, je me sens un peu ridicule. Et seul.

Et si elle avait décidé de ne pas venir finalement ? Les filles ont tendance à être effrayées dans les bois, surtout la nuit.

Pour me changer les idées, je jette un coup d’oeil à la chapelle.

Elle se découpe sous la lumière de la lune, étincelante avec ses pierres blanches, comme sortie d’un film de Tim Burton. Son entrée est finement sculptée d’entrelacs sur lesquels viennent se greffer un lierre envahissant. La porte est ouverte.

Quitte à attendre, autant entrer et satisfaire ma curiosité…

La porte en bois grince quand je la pousse. Au sol, un tapis de lierre qui remonte délicatement le long de l’autel devant moi. Pas de statue, peu de décorations, mais des bougies consumées en pagaille sur l’autel. Je distingue des traces de vie ça et là, malgré les toiles d’araignées. Des frottements sur le sol à droite de l’autel m’indiquent qu’on vient déplacer un objet.  Je fais le tour de l’autel pour aller voir jusqu’où les traces m’emmènent quand j’entends une voiture arriver. Mirella ? Elle était censée venir à pied, pourtant…

Je me relève pour venir à sa rencontre mais des voix d’hommes suspendent mon geste. Ce n’est pas Mirella… Instinctivement, je me cache sous l’autel.

J’entends des bruits de pas et des voix. Deux hommes. Ils  semblent porter un truc lourd aux bruits d’essoufflement que je perçois. 

–   » Arnaud, t’es sûr que c’est une bonne idée de mettre les flingues ici ? Ils vont pas rouiller avec l’humidité ? Et puis, c’est safe ? Parce que là, vu les bougies en masse, ça doit être pas mal fréquenté…

– T’inquiète Boris, j’ai mis des trucs anti-humidité dans la caisse. Niveau discrétion, les flics viendront jamais chercher ici. Et puis, j’ai surtout dégoté un coin parfait que personne ne connaît, regarde… »

J’entends un bruit de pierre qui frotte contre le sol à ma droite. Je me terre un peu plus sous l’autel et retiens ma respiration. Mon coeur bat à tout rompre. Des armes ? Qui sont ces types ? Il faut vite que je parte avant qu’il me découvrent. Sauf qu’ils sont trop proches… Mieux vaut rester caché pour le moment.Je rapproche mes genoux plus près de mon torse et j’attends, osant à peine respirer. J’entends l’écho de leurs pas se prolonger dans le lointain. Puis le silence. Je desserre un peu ma prise sur mes genoux malgré la position inconfortable. Attentif aux bruits, j’essaie de deviner s’ils sont toujours là. La transpiration perle sur mon front. Je l’essuie sans bruit, toujours à l’affût. Mais je me rends à l’évidence : je suis seul. Les deux truands ont mystérieusement disparu. Je glisse un oeil du côté de l’autel où ils sont censés être et découvre une sorte de souterrain avec un escalier. Tout s’explique…

C’est ma chance ! Je quitte l’autel, dépliant mes jambes tant bien que mal, et me hâte en silence vers la sortie. Il faut faire vite avant qu’ils reviennent… 

Malheureusement, mon soulagement est de courte durée. A peine ai-je franchi la porte que je distingue adossé à la voiture, un troisième mec qui fume une cigarette. Il a le dos tourné et n’a pas perçu ma présence pour le moment. Le cauchemar s’éternise…

Mais, si j’essaie de sortir d’un côté ou de l’autre de l’entrée, je serai dans son champ de vision. Que faire ? 

J’avise un fourré à 2 mètres de l’entrée. C’est un buisson de chèvrefeuille. Il est peut-être assez touffu pour que je puisse m’y glisser. Pris d’une inspiration subite, je ramasse un caillou et le jette dans la direction opposée pour faire diversion. Le troisième larron se redresse soudain, et la cigarette au bec, va voir d’où vient le bruit. Je me jette derrière le buisson et m’accroupit à nouveau, en espérant qu’il ne m’aura pas entendu.

Il était temps ! Les deux autres rappliquent quand je suis installé. Je ne vois absolument rien tant le fourré est dense, mais je suis aux premières loges au niveau sonore.

– « C’est bon Tony, on se casse », dit la voix d’Arnaud.

Les pas dudit Tony se rapprochent de moi. Il n’a pas trouvé mon caillou visiblement. Malgré la situation, je me surprends à sourire. Quel imbécile !

Les voleurs se préparent à partir. J’entends les portes de la voiture s’ouvrir. Le coffre se refermer. L’excitation me guette. Je vais pouvoir rentrer chez moi et oublier tout ça.

C’est alors qu’un sifflement d’admiration fend l’air. Mirella ! Je l’avais oubliée. Mon coeur bat à nouveau la chamade. J’ai un mauvais pressentiment.

– Regardez la meuf ! Alors, chérie on est perdue ? continue Arnaud

– Matez ses fringues de sorcière ! Tu viens allumer des bougies à la con pour appeler les esprits ! dit Boris

– Ouh ouh  ! Esprit es-tu là ? renchérit Tony

Ils s’esclaffent. J’entends des pas s’approcher venant de la clairière à droite du véhicule. Une voix inquiète s’élève soudain :

– “ J’ai rendez-vous avec mon petit-ami, il ne va pas tarder…” La fin de sa phrase se perd dans le noir.

Je perçois un mouvement. L’un des hommes se déplace.

– « Bizarre, on a vu personne nous, dit Arnaud, hilare.

– Attends, Arnaud, si ça se trouve c’est nous ses petits-amis ! ajoute Boris

– Ouais Boris, je crois que c’est ça. Venez les gars, on va s’amuser un peu et lui montrer qu’on est des hommes. Chopez-la. »

Des bruits de course se font entendre dans les fourrés, suivi des hurlements de Mirella. Ils la ramènent vers la voiture. Mirella se débat et crie à tue-tête “Laissez-moi tranquille !

– C’est qu’elle a du caractère cette salope, dit Tony

– Si on se la faisait dans la chapelle, comme ça elle l’aura sa cérémonie de sorcière, ricane Boris.

– Tony, tu fais le guet. Comme ça, si son soupirant se pointe, il aura un beau comité d’accueil, ordonne Arnaud

– Pourquoi, moi? Je fais toujours le guet. 

– T’en profiteras aussi, fais ce que je te dis. “

Tony retourne à la voiture en maugréant, tandis que les deux autres traînent une Mirella en pleurs dans la chapelle. Je sens son parfum à la violette me parvenir tandis qu’ils passent devant mon buisson. Ils referment la porte. 

Dans ma cachette, je me sens impuissant. Si je fais quelque chose, je suis seul contre trois et je risque de me faire tuer. Mais je ne peux pas laisser Mirella se faire violer à deux mètres de moi. Je serre les poings, essaie de réfléchir, le souffle court. Des rigoles de sueur dégoulinent dans mon dos. 

Dans la chapelle, les cris se sont tus soudainement. Un silence de mort règne autour de moi. Tony a senti que quelque chose cloche. Il écrase son mégot, à 50 cm de moi sur le gravier et se tourne vers la chapelle.

– « Les gars, c’est bon ? Je peux venir ? »

Seul le bruit d’une chouette lui répond.

Je l’entends sortir un truc de sa poche. Je reconnais le cliquetis caractéristique d’un cran d’arrêt.

– « Les gars, vous êtes toujours là ? »

Il s’avance. La porte grince sinistrement sur ses gonds. Il entre dans le noir. Un hurlement bestial s’élève, suivi de bruits de lutte, puis plus rien. 

Le silence devient assourdissant. La forêt s’est figée. Même la chouette s’est tue. 

Dans mon fourré, je suis paralysé de terreur. Que s’est-il passé ? Est-ce que Mirella va bien ? Qui a crié ? Tout mon corps est en tension. Mes sens sont en alerte. Ma respiration s’accélère. J’essaie de réfléchir… Mirella, je dois sauver Mirella…  Je prends sur moi, sur ma peur grandissante, et décide de sortir de ma cachette pour la secourir. 

Je passe devant la voiture et avise une lampe torche sur le siège conducteur. Les clés sont également sur le contact. Je prend la lampe torche et un bâton en guise d’arme, puis me dirige vers la porte de la chapelle. Il n’y a toujours aucun bruit. C’est très inquiétant.

Peu rassuré, je me cramponne à mon arme de fortune et pousse la porte du pied, tout en éclairant l’intérieur.

Mirella se tient devant moi, couverte de sang, la robe déchirée. A ses pieds gisent les trois mecs dans un sale état. Elle halète bruyamment, l’air épuisée et s’effondre quand le faisceau de lumière arrive sur son visage.

Je lache mon bâton et la retient pour éviter qu’elle ne tombe au sol.

Je ne comprend rien. Comment trois types aussi baraqués ont pu se faire massacrer ainsi ? Que s’est-il passé ? Incommodé par l’odeur métallique du sang, je décide de ramener Mirella à la voiture et de me tirer vite fait. En poussant la porte, je jette un coup d’oeil en arrière. La trappe dans le sol de pierre est ouverte et des traînées de sang se dirigent vers elle.

Est-ce qu’un monstre vivrait ici ? Ne soit pas idiot, Romain, il doit y avoir une explication logique…

Le corps de Mirella est froid et me pèse sur les bras comme une pierre. Je me dépêche de la ramener à la voiture et dégote une couverture pour essayer de la réchauffer. Elle a du sang jusque sur le visage. Elle est belle, malgré les circonstances…

Je remonte la couverture sur ses épaules pour cacher sa semi-nudité. Sa robe est déchirée à l’encolure et laisse entrevoir sa poitrine ronde et laiteuse. Moi qui pensais aller à un rendez-vous d’amoureux, j’en suis quitte pour un film d’horreur.

Je dois vérifier qu’elle n’est pas blessée et surtout appeler les flics, mais d’abord, je vais me barrer de cette forêt. Je démarre la voiture et roule sur le chemin communal constellé d’ornières. La voiture n’est pas tout terrain, et je m’accroche au volant pour maintenir le cap.

Les sursauts réveillent Mirella. Elle relève la tête, l’air pâteux. Je lui souris et tente de la réconforter :

– « Courage Mirella, on va sortir de la forêt. Le cauchemar sera bientôt terminé. Je suis Romain, tu te souviens ? On avait rendez-vous.

Elle me dévisage l’air absent sans prononcer un mot. Inquiet, je continue pour faire bonne figure :

– Est-ce tu es blessée ? Tu as besoin de voir un médecin ? Dis-moi si tu as mal quelque part. »

Elle secoue la tête, toujours sans prononcer un mot. Elle me regarde avec attention. Une attention étrange.

Je suis soulagé qu’elle aille bien, mais la manière dont elle me dévisage me met mal à l’aise.

Nous arrivons à la limite de la forêt, je sors mon téléphone pour capter un signal. Si Mirella va bien, je vais appeler les flics et la ramener chez elle. 

Tout en composant le numéro de la gendarmerie, j’observe Mirella à la dérobée. Elle a sorti un mouchoir de sa poche et essaie de se nettoyer le visage avec le miroir du pare soleil.

Il est plus de minuit, je ne suis pas sûr que quelqu’un décroche. Nous habitons dans une petite ville, il y a rarement une permanence. Après quelques appels dans le vide, je raccroche, dépité.

Mirella se tourne vers moi. Elle me sourit et cela me met du baume au coeur. 

Elle se penche vers moi. Mon coeur bat la chamade. Elle est vraiment belle et malgré l’horreur de ces dernières heures, je ne pense qu’à l’embrasser. 

Comme si elle avait compris mes intentions, elle se penche vers moi et presse délicatement ses lèvres sur les miennes. Le temps est comme suspendu. Je me sens transporté. Puis, je l’entends murmurer à mon oreille de sa voix douce et mélodieuse : “Merci de m’avoir secourue. “

Elle s’écarte et je me sens rougir. J’ai honte. J’aurais dû intervenir plus tôt. Mais de cela, elle n’en saura jamais rien. Elle me regarde en souriant.

Son baiser m’a comme engourdi. Je me sens cotonneux, vidé de toute  volonté. C’est ça être amoureux ? Quelle sensation étrange…

Je la dévisage, détaillant ses traits avec béatitude.  Ses longs cheveux roux, en bataille, encadrent de façon charmante son visage de porcelaine. De ses magnifiques yeux verts brûle un feu inconnu.  Sa bouche aux lèvres ourlées, propice à un nouveau baiser, laisse apercevoir deux belles canines brillantes sous la lune… Deux canines pointues, tranchantes…Mon esprit lutte un bref instant, envahi par une pensée terrifiante mais le regard envoûtant de Mirella m’ôte à nouveau toute volonté.

Mon corps est comme paralysé. Ma sensation de terreur s’amplifie.  Je vois Mirella étendre son sourire, le regard avide et se pencher à nouveau vers moi en ouvrant la bouche. 

Elle me mord violemment le cou et commence à pomper mon sang à grandes gorgées. Je suis incapable de bouger. Je sens le contact de ses dents sur ma peau et une sensation de froid puissante prend possession de mon corps. La dernière chose que je garde en mémoire est son visage d’ange, la bouche dégoulinante de sang, avant de m’évanouir.

Je me suis réveillé un peu plus tard dans la nuit, comme émergé d’un mauvais sommeil. J’étais seul, étendu entre deux arbres de la forêt. La voiture avait disparu.

Je me suis demandé si j’avais rêvé. Si les événements de ces dernières heures n’étaient que le fruit de mon imagination. J’ai tâté mon cou et ma morsure avait disparu. J’ai tenté de retrouver la chapelle dans la forêt, mais c’est comme si elle n’avait jamais existé. Même mes conversations en ligne avec Mirella se sont volatilisées. Depuis cette nuit, je me demande si je ne suis pas devenu fou. Une seule certitude reste ancrée au fond de moi : je nourris une faim insatiable, vorace. Une faim que seul du sang humain pourrait combler…

FIN

Envie de te lancer ?

Rien de plus simple ! Reprends le synopsis et interroge-toi sur certains points pour construire ton récit et lui trouver un ton :

Imagine la relation entre le garçon et la fille : amis, amoureux, frères et soeurs…

Pour quelle raison se retrouvent-ils : un rendez-vous secret, jouer à se faire peur et appeler les fantômes, déterrer un trésor dans la chapelle…

Que transportent les bandits : armes, drogue, trésor…

Comment le garçon et la fille vont-ils se sortir de ce mauvais pas : une aide extérieure, en communiquant avec leurs téléphones, en se cachant, en attirant les bandits en dehors de la chapelle…

Quelles conséquences auront leurs actions : la fille se fait capturer, le garçon se fait tabasser, ou tout le monde va bien …

Et surtout, détermine qui sont tes deux personnages : des froussards, des tordus, des courageux. Quel âge ont-il ? A quoi ressemblent-ils ?

Une fois que tu auras répondu à ces questions, lance toi ! 😉

N’hésite pas à me laisser en commentaire ton avis sur ma nouvelle, l’exercice, voire ton essai d’écriture, cela me fera plaisir.

Sang frais et armes à feu,

A.Chatterton

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #12

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Un ebook gratuit par la maman d’Harry Potter, un pique-nique steampunk virtuel, un article sur la place des femmes en littérature de SF, un podcast sur un film d’animation japonais à couper le souffle, deux appels à texte autour de la littérature de l’imaginaire, une artiste qui manie papier et fil de fer de façon originale, une film d’animation émouvant sur un bibliothécaire particulier, un concours pour gagner des livres et un projet de financement autour d’un Beau-Livre sur les auteur(e)s de la Belle-Epoque… le tout pas nécessairement dans cet ordre !

L’ebook gratuit du moment 

the ickabog Paris match

J.K Rowling  a encore frappé ! Oui, je sais, j’ai deux semaine de retard sur l’information. Mais avec mon déménagement, j’ai reporté mes lectures d’article de veille, et voilà, ô stupeur que je découvre cette nouvelle ô combien importante. The Ickabog de J.KRowling est en ligne sur un fabuleux site internet et l’histoire est même traduite en français (si tu repères la barre déroulante des langues en haut à droit de l’écran). Mais de quoi ça parle son nouveau livre ? C’est un livre jeunesse en au moins 28 chapitres qui parle du Roi Fred sans peur, peu expérimenté et mal conseillé par ses amis pour gouverner, mais aussi de la légende l’Ickabog, un monstre des marais à la voix de sirène, l’apparence monstrueuse et qui mange les voyageurs imprudents. Suite à un évènement particulier, le roi se fait haïr d’une partie de ses sujets. Afin de redorer son blason, il décide de partir pour une quête qui lui semble juste, mais qui semble ridicule aux yeux de ses sujets…

Le roman se lit très facilement, à la manière d’un conte et regorge de créativité et de petites leçons de morale. Une petite pépite à découvrir en ligne sur le site internet créé pour l’occasion. Tu peux aussi participer à un concours de dessin pour illustrer l’histoire, organisé par l’auteure elle-même. 😉

Le projet Ulule de la semaine

Une anthologie sur les femmes de la Belle Epoque façon Beau Livre, ça te tente ? Tel est le projet proposé par les éditions Luciférines sur Ulule qui m’a tapé dans l’oeil cette semaine.

Le recueil regroupe 15 illustrations originales dont certaines façon Mucha, 16 nouvelles originales autour de cet univers, des dossiers historiques sur des figures importantes…

Il sera question, en vrac, de Paris, les quartiers latins, les fumeries d’opium, les fêtes foraines, les salles de jeux, des découvertes scientifiques du siècle, des débuts de la psychiatrie, du spiritisme… et d’auteurs symbolistes décadents.

Le projet a déjà atteint son objectif mais s’il t’intéresse tu peux encore participer jusqu’au 4 juillet. Des interviews des auteurs du recueil et autres informations sont disponibles sur la page facebook de la maison d’édition. Le premier palier pour la version  papier est à partir de 21 euros, ce que je trouve personnellement raisonnable pour un Beau Livre. 😉

L’événement virtuel du weekend

Le confinement est terminé, mais des évènements virtuels pullulent encore sur le net. Fan de l’univers Steampunk, je n’ai pas pu m’empêcher de noter dans mon agenda le pique-nique virtuel steampunk de la Société des Libellules qui a lieu ce dimanche 21 juin sur Discord.

Apéro en ligne, retrouvailles costumées, spectacle de magie, critique littéraire, démo d’illustration en live, démo de cuisine et lecture de nouvelle sont au programme. Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter la page Facebook de La Société des Libellules et à revêtir ta crinoline ou ton haut de forme pour nous rejoindre dimanche à partir de 11h !

L’article qui fait réfléchir

Hier, j’ai lu un article de la blogueuse et auteure Ombre Bones alias Manon d’Ombremont qui m’a quelque peu interpellée. Elle évoque la sous-représentation des auteures en littérature de SF et aussi dans les prix de littérature SF.  Son article fait suite à la nomination par le jury des Utopiales cette année d’un panel exclusivement masculin d’auteurs, qui a enflammé la blogosphère littéraire. J’ai trouvé qu’elle abordait de manière assez juste la nécessite de mettre en avant des romancières de SF pour la qualité de leur travail, sans tomber dans une forme de discrimination positive liée au genre. Elle s’interroge sur le classement de ces auteures le plus souvent en Young adult et la manière dont ce genre est sous-évalué car lié à la littérature jeunesse. Elle donne également des noms à suivre comme Aurélie Wellenstein ou Ada Palmer. Bref, un article qui te poussera à t’interroger sur le panorama féminins de la création littéraire française dans les littératures de l’imaginaire et peut-être à te faire connaître des auteures tout aussi talentueuses que leurs compatriotes masculins. 😉

Les appels à textes du moment

Tu le sais peut-être, j’aime bien écrire et je participe depuis septembre à un atelier d’écriture (cf ma rubrique Atelier d’écriture). Alors je me suis dit que je devais peut-être parler des appels à textes que je vois passer de temps à autre chez les éditeurs de l’imaginaire. On ne sait jamais, peut-être que tu es toi aussi une graine d’écrivain ?

Cette semaine, je suis tombée sur l’appel à textes des éditions Projets Sillex qui te propose d’éditer une anthologie de nouvelles autour de la fantasy animalière intitulée Féro(ce)cités. Selon le résumé de l’annonce : « Dans cette anthologie, nous vous invitons à mettre en scène des animaux anthropomorphes dont le sort est intimement lié à celui de la cité où ils résident ou qu’ils recherchent. Qu’ils en soient les sauveurs, les pillards, qu’ils soient témoins d’événements importants ou qu’ils se contentent d’essayer d’y survivre, nous voulons connaître leur histoire, et nous comptons sur vous pour nous la raconter ! » . Tu peux t’inspirer des livres des Légendes de la garde de David Petersen que j’ai chroniquées en octobre par exemple. La date butoir pour l’envoi des textes est le 15 janvier 2021. Tu trouveras le reste des informations sur la page facebook de l’éditeur.

Un autre appel à texte est en cours pour les éditions Noir d’Absinthe autour du thème du monstre féminin. Le sujet est le suivant : « Lovée dans le sein maternel, son cruel poison s’insinue jusqu’au lait intime, corrompt et pervertit.Frappée du sceau de l’infamie par une déesse jalouse, brûlée pour avoir fait des anges dans les bois, ou chassée pour avoir offert sa matrice de chair à l’innommable, ces puissances féminines de l’ombre, Monstresse(s) manifestée(s), hantent l’humanité… L’homme, surtout. Que se cache-t-il derrière cette terreur ancestrale ? Que provoque leur ire ? À vous de l’explorer et, peut-être, d’y répondre.Vos œuvres s’adresseront à un public adulte. Vos textes ne se contenteront pas d’histoires monstrueuses: elles creuseront sous les catacombes de la civilisation, exploreront cette peur du féminin, excaveront les tabous. L’heure de la catharsis est venue. » Les textes sont à envoyer avant le 30 septembre 2020 à l’éditeur. Tu trouveras plus de détails sur son site internet, et des conseils sur le groupe facebook réalisé pour l’occasion. 😉

Le podcast de la semaine

Connais-tu le film d’animation japonais Your Name de Makoto Shinkai ? C’est LE film qui a explosé les records en salles au Japon, dépassant même Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Un véritable petit bijou tant par ses dessins ultra réalistes, son jeu sur la lumière, son sujet à la fois amusant et inspirant et surtout sa bande son extraordinaire. Je suis une grande fan de ce film et j’ai eu l’occasion d’écouter le podcast « C’est plus que de la SF » animé par Lloyd Chery qui évoque le succès de ce film et le parcours du réalisateur. Tu apprendras que Makoto Shinkai est un grand romantique : la plupart de ses films parlent d’amour. Il apparaît un peu comme un ovni dans les films d’animations car il réalise des oeuvres de qualité, montées de manière particulière, en mettant en avant souvent le ciel avec un dessin extraordinaire et des décors contrastés.

Un podcast de 30 minutes à écouter, où Sylvie Brevignon, directrice d’All The Anime France, revient sur ce long métrage qu’elle a édité en vidéo, et répond aux questions de Loyd Chery. Et si le film te tente, il est actuellement disponible sur Netflix. 😉

La vidéo littéraire de la semaine

La fantastique histoire des livres volants de Morris Lessmore, est avant-tout l’adaptation de l’album Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore de William Joyce. C’est l’histoire, toute en sensibilité d’un amoureux des livres, qui découvre une bibliothèque abandonnée où les livres sont vivants. Années après années, il s’occupe d’eux, jusqu’à ce qu’un jour il passe le relais à quelqu’un d’autre. Métaphore du temps qui passe, de ce que les livres apportent aux gens, on peut y voir plusieurs lectures selon son âge ou son vécu.

C’est un de mes livres préférés et je trouve que le film d’animation lui rend tout à fait hommage. Il est visible directement sur Youtube et a été réalisé par le studio Moonbot. L’auteur de l’album est aussi le réalisateur du film d’animation. 😉

Le concours de la semaine

Pour fêter ses 10 000 abonnés sur son compte Instagram, la blogueuse The eden of books te propose de gagner jusqu’au 22 juin ou 24 juin (selon les livres), des romansau thème estival sur instagram :

Pour participer, il suffit de liker les posts en lien avec les concours sur son compte insta, de commenter en invitant quelqu’un et de liker la page éditeur et mettre le post en story avec un tag sur la blogueuse. Les trucs habituels quoi… Bonne chance ! 😉

L’artiste de la semaine 

Si tu es familière avec le concept de poésie de papier, tu vas adorer Betty Pepper, l’artiste que je te présente aujourd’hui. Betty est une créatrice britannique qui réalise des sculptures avec du papier et du fil de fer très poétiques. Son thème récurrent est la petite maison de papier. Elle aime jouer aussi avec de vieux livres recyclés qu’elle sculpte comme du bois, ou bien du bois flotté sur lequel elle dispose certaines de ses créations. Elle a été exposée dans plusieurs galeries en Angleterre, au Danemark, à Munich, en Italie et aux Pays-Bas. Actuellement, ses dernières créations sont exposées à Cambridge dans la galerie Byard Art. Si son travail t’intéresse, tu peux consulter sa page instagram où elle réalise aussi des photos d’objets inanimés qui semblent vivants, ou sa page facebook. Il est possible d’acquérir ses oeuvres sur la boutique de la galerie d’art Byard Art.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Petites maisons et coucher de soleil,

A.Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture, On joue ?

Concours d’écriture : la nouvelle policière

Depuis trois ans déjà, je soutiens une manifestation littéraire appelée Les Rencontres littéraires du polar et du roman noir du Deschaux ou plus simplement L’Automne sera noir. Il s’agit d’une journée organisée dans le village de Le Deschaux dans le Jura, autour de la littérature policière, qui comprend des dédicaces d’auteurs, une table-ronde littéraire, parfois un jeu, et surtout un concours de nouvelles ! Je me suis dit que l’exercice pourrait peut-être vous intéresser, alors voici le sujet de l’édition 2020…

Qui peut concourir ?

Il est possible de concourir selon 4 types de catégories :

  • Si tu es prof et que tu as une classe de primaire : la rédaction collective d’un texte de 3 pages minimum.
  • Si tu es prof et que tu as une classe de collège ou lycée : la rédaction collective d’un texte de 5 pages minimum.
  • Si tu as moins de 18 ans (catégorie Ado) : la rédaction d’un texte individuel de 5 pages minimum.
  • Si tu as plus de 18 ans (catégorie Adulte) : la rédaction d’un texte individuel de 8 pages minimum

Quel est le règlement du concours ?

Ce concours ne requiert pas de droit de participation à régler. En revanche, il implique le respect du règlement du concours, le fait que tu ne peux te prévaloir d’un droit d’auteur par la suite, sur ton texte et que tu autorises son utilisation à but non lucratif (ex : à des fins pédagogiques, lecture publique…).

Chaque participant doit réaliser une nouvelle originale avec un titre.

La nouvelle doit finir par cette phrase : « Écartant les roseaux, elle sortit de l’eau, puis se mit à courir dans la nuit. » et comprendre les mots suivants : Etang Billedon, Bois des Noues, Les Granges, Le garde champêtre, Chiens, Chevaux, Château. (ce sont pour certains, des quartiers du village de Le Deschaux).

Le texte doit être présenté sous format A4 (21X29.7cm) avec une police de caractère en corps 12, interligne 1.5 et une marge de 2 cm à gauche  et 1.5 cm à droite.

Selon la catégorie dans laquelle tu concours, il faudra indiquer :

  • Pour les enseignants de primaire : Le nom de l’établissement, de la classe et du professeur.
  • Pour les enseignants de collège et lycée : Le nom de l’établissement, de la classe et du professeur référent.
  • Pour les adultes et adolescents en individuel : ton nom, prénom, adresse postale, email et numéro de téléphone. Et ta date de naissance si tu n’as pas 18 ans.

Ta nouvelle est à envoyer par email  au bibliothécaire du Deschaux, Michel Venel à l’adresse suivante : bibliotheque.le.deschaux@gmail.com  

L’email devra comprendre deux pièces jointes sous word : la première pièce-jointe sera la nouvelle, la seconde pour tes coordonnées.

Attention : La date limite de participation  est le 15 juillet 2020 !

Qui délibère pour le vainqueur ?

Le jury est présidé par le Maire du Deschaux, Patrick Jacquot. Il est composé de Michel Venel, responsable du projet et de la bibliothèque du Deschaux, Annick Fontaine, Correspondante du Progrès, Sandrine Kedziora et  Joël Verdelet, Conseillers Municipaux, Virginie Pique, Bibliothécaire à la médiathèque du Grand Dole et Corinne Desies-Dalloz, libraire à Poligny.

La remise des prix aura lieu le Dimanche 06 septembre à 15 h à la salle des fêtes du Deschaux. Tous les participants recevront un courriel le Vendredi 01 septembre pour connaître les résultats.

Tous les textes feront l’objet d’un recueil consultable à la bibliothèque du Deschaux.

Qu’est ce qu’il y a à gagner ?

Selon la catégorie dans laquelle tu concours, le prix sera différent.

Pour les enseignants, l’ensemble de la classe recevra un livre par élève et un par enseignant, au choix parmi les auteurs invités du Salon.

Pour les adultes et adolescents qui concourent en individuel, un lauréat de chaque catégorie recevra trois romans policiers dédicacés de son choix parmi les auteurs invités du Salon.

Pour te donner une idée des auteurs invités au salon, je t’invite à consulter la page facebook de l’événement où Michel, le bibliothécaire du Deschaux, publie régulièrement les noms des invités. Les années précédentes, le salon a accueilli 17 auteurs dont : Gaëlle Perrin-Guillet (dont je t’ai parlé avec le roman Soul of London), Guillaume Ramezi, Estelle Tharreau, Michel Embareck, Philippe Koeberlé, Hugues Pagan, Sébastien Lepetit, Eric Martzloff… Certains sont des auteurs régionaux, d’autres d’anciens flics, tous sont passionnés par le roman noir ou policier.

Le mot de la fin…

Cette manifestation est très familiale et c’est toujours un plaisir pour moi de retrouver ce petit monde. Je t’invite à y venir si tu passes dans le Jura. La prochaine aura lieu le dimanche 6 septembre 2020, à la salle des fêtes de Le Deschaux si tout va bien…

Si tu ne souhaites pas participer au concours, tu peux toutefois t’entraîner à cet exercice d’écriture sous contraintes. C’est un bon moyen pour développer tes compétences de novelliste en herbe, surtout si tu débutes en nouvelle policière.

Loupe et relevé d’empreintes,

A.Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture #6 : développer sa créativité avec Rory’s Story Cubes

Depuis peu, j’ai découvert un moyen de lutter contre l’angoisse de la page blanche mais aussi une façon de développer ma créativité : j’utilise le jeu Rory’s Story Cubes ! Laisse-moi t’expliquer comment ça marche et ce que j’en retire…

Rory’s Story-Cubes, c’est quoi ?

Il s’agit d’un jeu de dés créé en 2004 par quelqu’un appelé Rory qui a découvert que l’observation d’images suscitait l’imagination. L’idée lui est venue d’en faire un jeu de dés incluant des dessins au lieux de numéros, pour créer des histoires sous le nom de Rory’s Story cubes. Le jeu a été racheté par la suite en 2016 par l’éditeur de jeux Asmodée et le studio Zygomatic, qui le déclinent maintenant en plusieurs versions : le set classique, celui sur la fantasy, les héros, la préhistoire, les voyages, etc…

Personnellement, je travaille avec le set de base (orange) et j’ai été agréablement surprise de découvrir qu’il existait des versions différentes de dés.

Comment fonctionne ce jeu ?

Rory’s Story cubes est un jeu de 9 dés qui peut s’utiliser seul ou à plusieurs, à partir de 3 ans. Ses règles sont assez simples à comprendre et tu peux créer tes propres variantes.

Selon les règles officielles, si tu joues à plusieurs, chaque joueur doit lancer ses dés et inventer une histoire en commençant par la ritournelle « Il était une fois »…

Si vous avez des difficultés à commencer, il est possible d’utiliser les trois premiers dés pour la mise en place de l’intrigue, les trois suivants pour le développement, et les trois derniers pour le dénouement.

Tu peux aussi t’aider des mots de liaison présentés dans la vidéo de présentation d’Asmodée afin de structurer ton récit : Il était une fois, un…, puis, soudain, ensuite, heureusement, mais, après, enfin, fin.

Pour l’inspiration, c’est très libre : contes, séries tv, livres, vie de tous les jours… peuvent être utilisés.

A plusieurs, il est aussi possible de se lancer des défis comme inventer une histoire drôle ou effrayante. Si tu as plusieurs set de dés, tu peux les mélanger pour créer des récits inédits.

De mon point de vue, je trouve qu’il s’agit d’un outil très intéressant à utiliser pour des groupes d’écriture créative ou des soirées avec des amis écrivains en herbe.

Comment je l’utilise pour écrire ?

Tu l’auras compris, j’utilise ce jeu seule pour l’écriture. C’est en quelque sorte un stimulateur de créativité anti-page blanche. Les images données par le tirage des dés font appel à des images mentales dans mon esprit et m’aident parfois à me débloquer, parfois à m’amuser. J’en ai tiré deux méthodes :

Méthode 1 : quand je sèche sur un passage d’un récit en cours

En pleine écriture de roman, il m’arrive de bloquer pour trouver la fin d’une histoire ou un nouvel élément. Alors je sors ma boîte de dés, je les lance et je regarde si les images suscitées me donnent des idées. Je peux dériver sur des histoires parallèles au récit principal et complètement fantasques… qui aboutissent à des idées probantes ou pas. Cela dépend des jours. Sinon, je prends une pause et je pense à autre chose, histoire de faire maturer la suite du récit.

Méthode 2 : quand je veux me changer les idées et inventer une histoire juste pour le fun

Parfois, j’ai envie d’une récréation créative. Alors, je me lance des petits défis pour m’amuser avec ce jeu.

Je lance, puis classe mes dés. Et j’écris en incluant dans l’ordre les images qu’ils suscitent en moi, en essayant de garder une cohérence dans l’histoire conçue.  Vient parfois le moment où il faut ruser pour inclure dans son récit certains dés car ils n’ont pas de lien avec l’histoire du départ. C’est une très bonne gymnastique créative qui m’oblige à trouver des solutions avec ces munitions peu idéales. Quant au texte, parfois il est farfelu, parfois il est cohérent, mais dans tous les cas j’ai passé un bon moment créatif sans pression.

Qu’est-ce que cela donne niveau texte ?

Si tu veux essayer une récréation créative, munis toi de tes dés et lance les/toi ! En fonction de ton tirage, ton histoire pourra être plus ou moins facile à écrire. N’hésite pas à partir dans de l’invraisemblable si tu sèches, c’est toujours plus amusant.

Pour première cube story, j’ai obtenu les dés d’inspiration suivants :

Rory's story cubes 1

Je les ai classés dans cet ordre pour mon histoire :

Rory's story cubes

Cela a donné ce conte :

Le scarabée d’argent

Dans un château, il y a longtemps, vivait un roi à l’humeur changeante. Tantôt il était joyeux, tantôt il était triste mais jamais au bon moment. Personne, jusque là n’avait découvert la cause de sa maladie, et cela lui causait du tort dans ses fonctions royales. Par une nuit de sans lune, alors que le roi se lamentait seul, assis sur le rebord d’une fontaine de son jardin, il découvrit à la lueur de sa lanterne, un scarabée d’argent. L’insecte était tombé dans l’eau est essayait vainement d’en sortir, alourdi par sa carapace. Ebloui par la beauté de l’insecte, le roi le repêcha et le déposa sur le bord de pierre. Alors, le scarabée se dressa sur ses deux pattes arrières et se mit à lui parler :

“ô roi, je te remercie de m’avoir sauvé d’une mort affreuse et mouillée. En guise de remerciement, laisse moi t’exaucer un souhait. “

“J’aimerais, dit le roi, pas du tout perturbé par un scarabée qui parle, être joyeux quand je suis joyeux, et triste quand je suis triste. Ma vie en serait grandement améliorée, et je ne paraîtrai pas aux yeux de mes sujets comme un monstre.”

Alors, le scarabée fit apparaître une montre étrange qu’il présenta au roi. Sur le cadran, à la place des numéros figuraient des smileys avec des expressions différentes.

« Voici, votre altesse, une montre magique. A chaque fois que vous aurez un doute sur l’émotion à adopter, il vous suffira de la consulter et elle vous indiquera quoi faire.”

Le roi remercia le scarabée, et il rentra dans son château.

Quant il se fût un peu éloigné, l’insecte fit apparaître par magie un téléphone portable et contacta un certain “L”.

“ Ouais Lagrenouille, c’est moi. Ton truc pour rencontrer une nana en tombant dans l’eau d’une fontaine, ça marche pas. J’ai rencontré un vieux tout moisi complètement schizophrène. Bon, j’avais pas de balle dorée, mais j’ai réussi à lui refourguer ta montre Dora l’exploratrice, c’est déjà ça. Mais plus jamais tu me parles de tes plans pourris comprenant de l’eau. Mets-toi à la page vieux, on est au XXIème siècle, pas dans un conte de Grimm…”

FIN

 

Voilà, j’espère t’avoir donné envie d’écrire, même des trucs bêtes avec ces dés et surtout t’avoir montré qu’on peut facilement booster sa créativité avec pas grand chose. Là, c’est un jeu de dé, mais d’autres outils existent et feront l’objet d’un autre article.

Je te souhaite d’écrire de belles histoires. Tu peux en publier quelques unes en commentaires si tu le souhaites. Cela me fera très plaisir.

A bientôt !

ps : je précise qu’il ne s’agit pas d’un article sponsorisé par la marque Asmodée, mais d’une envie de ma part de vous faire découvrir un outil d’écriture.

Publié dans Ateliers d'écriture

Les conseils d’écriture de… Pierre Gaulon et Fred Ernotte : Ecrire à quatre mains

Suite à la conférence sur l’écriture à quatre mains donnée par Virtua’Livres ce 25 avril 2020 sur Discord, réunissant Pierre Gaulon et Fred Ernotte sous la direction de Taiki Sensei, j’ai décidé de vous réaliser un petit article de conseils à ce sujet, au cas où l’aventure vous tenterait…

Comment démarrer un projet d’écriture à quatre mains ?

Trouver son partenaire d’écriture

Les deux auteurs ne se connaissaient pas personnellement avant leur projet commune d’écriture. Ils ont lu par hasard les romans de l’autre avant de démarrer leur partenariat. Puis, l’un a proposé à l’autre d’écrire un roman avec lui en se basant sur leur styles d’écriture. Pierre est français, Fred est  belge. Tout leur travail s’est fait à distance, principalement à l’écrit.

Si vous vous lancez dans une aventure similaire, ils insistent l’un comme l’autre sur le fait de bien connaître l’univers littéraire de son binôme. Tous deux écrivaient des thrillers, ce qui a été plus facile d’en écrire un à deux, même si Fred a tendance à introduire une touche de fantastique, au contraire de Pierre.

Il est également important de bien s’entendre avec la personne avec qui l’on va travailler afin de faciliter la communication et l’écriture.

Bien se connaître

Pour s’engager dans un tel projet avec un autre auteur, il faut avant tout connaître ses propres points forts et ses points faibles en écriture. Cela permet de mieux avancer en équipe. Par exemple, quand l’un éprouvait des difficultés à écrire un chapitre ou un passage, il le proposait à l’autre, permettant ainsi de faire progresser le récit.

Développer une méthode de travail à deux

Pierre et Fred se sont rendus compte dès le départ qu’ils n’avaient pas la même méthode de travail pour écrire un livre. Là où le premier avait besoin d’un plan détaillé, le second préférait les grandes lignes et parfois aimait dévier de sa trajectoire. Il a fallu trouver ensemble une méthode commune afin de faciliter cette collaboration. Chacun a dû faire des concessions et s’adapter à l’autre. Un plan a été réalisé, mais souvent discuté quand une meilleure idée était proposée.

Les deux auteurs ont surtout communiqué à l’écrit pendant cette aventure, par email ou en utilisant Google Drive. Sur le Drive, ils ont rédigé un énorme pense-bête complété par l’un et l’autre, pour conserver la cohérence de leur récit. Ce pense-bête comprenait : le fameux plan détaillé, des fiches personnages des fiches sur les lieux de l’intrigue, mais surtout pas le récit principal.

Concernant ce dernier, ils se sont envoyés les chapitres rédigés par email, et ont discuté ensemble des points à améliorer.

Les avantages de l’écriture à quatre mains

Vivre une expérience enrichissante 

Comme Haruki Murakami l’évoque dans son livre Profession romancier, le métier d’écrivain est un métier solitaire. Or, dans un projet d’écriture à quatre mains,  il s’agit d’un travail d’équipe. Pierre et Fred ont expérimenté un dialogue constant dans le processus d’écriture, mais aussi une relecture pendant la création au lieu d’une relecture globale auprès de l’éditeur.

Cette émulation a aussi induit une forme de sérieux dans l’écriture, sans être pour autant une contrainte. Chacun a essayé de faire de son mieux pour faire progresser l’histoire mais aussi ne pas décevoir l’autre.

Progresser dans son travail d’écrivain

A partager sa méthode d’écriture et à en inventer une nouvelle à deux, Pierre et Fred ont amélioré leur technique personnelle. Par exemple, Fred réalise maintenant un peu plus de travail préparatoire avec un plan détaillé et des fiches personnages pour ses romans et Pierre s’est relâché un peu en utilisant des grandes lignes directrices au lieu d’un plan pour écrire les siens.

Les contraintes de l’écriture à quatre mains

Bien s’entendre avec son binôme

La complicité est important au sein d’un duo d’écrivain mais aussi l’humilité. Si le caractère de l’un prend le pas sur l’autre, la collaboration peut s’avérer être difficile et cela conduit à des projets inachevés. Cela n’a pas été le cas pour Pierre et Fred qui ont développé une écoute importante de l’autre pendant toute la durée de la création. Ils se sont même lancé des challenges comme commencer un paragraphe que l’autre doit terminer.

Rendre l’histoire fluide

Il existe plusieurs types de livres à quatre mains. Pour certains duos d’écrivains, il s’agira d’écrire chacun de son côté, un récit sous forme d’échange épistolaire. Par exemple, le roman Et je danse aussi est un échange entre Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat.

Ce n’est pas le choix qu’ont effectué Pierre et Fred. Ils ont pris le parti d’écrire le roman à deux, en fusionnant leurs styles. L’idée était que le lecteur ne reconnaisse pas l’écriture de l’un ou de l’autre en rendant le récit aussi fluide que possible. Cela a occasionné de nombreuses relectures pour repérer les tics de langage de l’un et de l’autre par exemple.

La lenteur d’écriture

A parler de ce que l’on va faire, au lieu de le faire, le projet n’avance pas. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, écrire à deux prend pas mal de temps car il s’agit d’un dialogue entre les deux auteurs, de nombreuses relectures, des essais, des abandons. Pour écrire Comme des mouches, il aura fallu deux ans d’écriture à Pierre et Fred !

Le contrat d’édition

Pour monter un projet d’écriture à quatre mains, il faut trouver un éditeur qui accepte le projet. Puis, viendra le contrat d’édition où tout devra être discuté entre l’éditeur et les deux auteurs, ce qui peut prendre plus de temps que d’habitude. Par ailleurs, les revenus dégagés par le livre seront scindés en deux pour les auteurs. Ne vous attendez pas à gagner beaucoup avec un tel projet en terme d’argent. En revanche, l’expérience humaine sera très enrichissante.

La communication autour du livre

En lien avec le contrat d’édition, la communication du livre est à prendre en compte s’il y a deux auteurs. Par exemple, difficile pour Pierre qui habite Paris, d’aller à des salons en Belgique où réside Fred, et inversement. Il faudra s’entendre à chaque fois sur le salon où les deux auteurs peuvent être présents, où si l’un vient sans l’autre.

Pierre Gaulon et Fred Ernotte, leur vie, leur oeuvre 

comme des mouches

Pierre Gaulon est un écrivain français, auteur d’environ 16  romans noirs et séries de Science-fiction pour les adultes et enfants. Il se reconnaît à son style posé, sa pointe de fantastique et son suspense haletant. Il est publié chez les éditions Lajouanie, Aconitum, Mnémos, Fleur Sauvage et City éditions.

Quant à Frédéric Ernotte, il est belge et a publié à ce jour trois thrillers adultes aux éditions Lajouanie et Avant-Propos. Il se démarque de Pierre par une construction du récit minutieuse, la maîtrise totale des retournements de situation, et son humour noir.

Le roman écrit à quatre mains par les deux compères, et dont cet article fait l’objet, s’intitule Comme des mouches. Il s’agit d’un thriller publié aux éditions Lajouanie, mettant en scène deux jeunes filles qui, désabusées suite à une rupture amoureuse, décident d’organiser un jeu sur un site de rencontre. Le gagnant remporte un rendez-vous avec une femme dont elles ont créé un profil fictif. Mais l’affaire va se corser quand les candidats disparaissent dans des circonstances mystérieuses… Critique de notre société ultra-connectée, enquête palpitante, ce roman ne vous laissera pas indifférent. Si vous souhaitez le lire, vous pouvez le retrouver en format numérique ici.

J’espère vous avoir donné envie d’écrire à quatre mains et de découvrir l’univers de ces deux auteurs très sympathiques.

Loupe et Deerstalker,

A.Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture #5 : Ecrire une nouvelle à partir d’un titre existant

Coronavirus oblige, l’atelier d’écriture auquel je participe à l’université de Lyon mené par Chloé Dubreuil a été annulé en présentiel. Pas grave, je le ferai en ligne ! Aujourd’hui, on écrit à partir d’un titre préexistant inventé par… Baudelaire !

L’histoire de l’Atelier : 

Le critique littéraire Eugène Crepet, a eu un jour l’idée d’acquérir l’original des liasses de manuscrits ébauchés du poète Charles Baudelaire. En les dépouillant, il a réussi à dresser une liste considérable d’œuvres que Baudelaire n’a pas abouti et dont les titres, ne devaient certainement pas être définitifs.

Ces titres sont les suivants :

  • Le marquis invisible.
  • Le portrait fatal.
  • L’amour parricide.
  • L’almanach.
  • La fin du monde.
  • Pile ou face.
  • Le triomphe du jeune Boniface.
  • La Licorne.
  • La maîtresse de l’idiot.
  • Une brebis galeuse.
  • Une infâme adorée.
  • L’automate.
  • Les enseignements d’un monstre.
  • Le crime au collège.
  • Le catéchisme de la femme aimée.
  • Le mari corrupteur.
  • Les monstres.
  • Les heureux de ce monde.
  • Le monde sous-marin.
  • Une ville dans une ville.
  • Les mineurs.
  • Le rêve prophète.
  • Le prétendant malgache.
  • Le fou raisonnable et la belle aventurière.
  • Le déserteur.
  • Le boa.
  • Une rancune.

Les consignes :

L’idée est de choisir l’un des titres et de l’utiliser comme base pour écrire un texte qui correspond à ce titre.

Il peut être en vers ou en prose, en nouvelle ou en récit et doit être adapté à notre époque actuelle.

L’idée de départ :

Beaucoup trop de titres et d’idées potentielles de récits ! Il a fallu faire un choix et j’ai jeté mon dévolu sur Une brebis galeuse.

Je me suis inspirée d’un entretien d’embauche que j’ai passé pour une centrale d’appel, à mon arrivée à Lyon, et imaginé ce qu’aurait pu être le présent d’une femme qui déteste ce travail. Cela a donné la nouvelle suivante.

La nouvelle :

Une brebis galeuse

Tous les matins, je me lève à 6h et  prends le métro bondé pour aller au travail. J’enchaîne un, deux, trois cafés, puis une réunion de motivation d’équipe, censée stimuler mes performances. Ici à la centrale d’appel d’Assurance-mix, il faut être compétitif, en vouloir un max, pour faire gagner son équipe d’assureurs. L’assurance, on y croit, et les mini-défis censés nous motiver toute l’année existent pour nous faire gagner. Mais gagner quoi ? Cent euros de plus sur ma fiche de paie ? Des bénéfices pour l’entreprise ? Les jours passent et se ressemblent dans le grand open-space, sous la lumière artificielle des néons, entourée de gens qui s’agitent dans tous les sens pour des actions vaines.

Quand j’ai commencé ce travail il y a un an, je me disais que j’allais gagner rapidement de l’argent et être formée à un nouveau métier, et cela me convenait. Je débarquais alors dans la ville et cherchais désespérément un emploi. Aujourd’hui, mon intérêt pour ce boulot a disparu. J’ai l’impression de perdre du temps de vie. Du temps que je pourrais consacrer à autre chose. Autrechose… mais quoi ? Je l’ignore. Je continue donc à aller travailler, et enchaîne métro-café-coups de fil à gogo pour vendre des produits auxquels je ne crois plus, rêvant à une vie différente, sans avoir le courage d’en dessiner les contours. Et depuis peu, je prends des médicaments pour endiguer ma dépression grandissante, me raccroche à mon horoscope journalier, espérant un signe du destin.

Ce matin, le chef d’équipe m’a convoquée dans son bureau. Il paraît que mes résultats mensuels plombent ceux de l’équipe.

“Sandrine, il va falloir te ressaisir ! Je compte sur toi ! » Me lance-t-il avec un clin d’oeil se voulant rassurant.

Je rejoins mon open-space où m’attendent mes collègues. Ils me regardent de travers en passant. Comme si j’étais une intruse dont ils souhaiteraient se débarrasser. 

Je m’assois à mon poste et constate que ma souris a disparu. Je cherche tout autour du poste de travail, avant d’entendre un ricanement et de comprendre. On m’a enlevé sciemment ma souris pour m’empêcher de travailler.

Pas grave, je vais continuer sans et faire bonne figure – je connais les raccourcis claviers – et du reste, il est hors de question que leurs actions m’atteignent. 

Je prends une communication, imperturbable. Un client m’appelle pour une question sur son assurance habitation. Je lui réponds aussi professionnellement que je possible, jusqu’à ce que mon ordinateur se coupe, m’empêchant d’accéder au dossier. J’entends à nouveau un ricanement de l’autre côté de l’open-space, qui me fait lever un sourcil. Je m’excuse auprès de mon interlocuteur et lui propose de le rappeler. Ce n’est pas le protocole, mais je n’ai pas le choix si je veux continuer à l’aider.

Enervée, je redémarre mon ordinateur, tout en essayant de repérer le petit salopard qui s’amuse à mes dépends. L’écran ne s’allume même pas.

Je passe sous le bureau pour me rendre compte qu’il est tout simplement débranché. Je remets la prise au mur, rallume la machine et rappelle le client en contenant la colère qui commence à poindre en moi. On cherche à se débarrasser de moi, mais je ne sais pas encore qui. Je ne me laisserai pas faire. J’ai beau ne pas aimer ce job, je n’en reste pas moins professionnelle.

A peine ai-je terminé mon coup de fil que le boss m’appelle pour m’inviter à le rejoindre à nouveau dans son bureau. Bon, deuxième avertissement de la journée en perspective…

Je vais aux toilettes avaler discrètement un cachet de Lexomil pour me calmer, puis entre, bien lasse, dans son bureau.

Il me demande de fermer la porte, avant de me lancer sèchement :

“ Sandrine, je peux savoir qui t’a autorisée à raccrocher au nez de Monsieur Landru ? Tu n’es pas censée terminer une communication. C’est le client qui est censé le faire !”

– Mais j’ai eu un problème avec…

Pas le temps de terminer ma phrase qu’il m’interrompt déjà :

– Je ne veux pas le savoir, tu respectes le règlement intérieur de la compagnie. Tu as fait perdre des points à ton équipe aujourd’hui avec ça ! Je t’avais demandé de te ressaisir ce matin. Ce n’est pas de cette manière que ça va s’arranger. Maintenant, retourne à ton bureau. »

Le ton est sans appel. Je me dirige vers l’open-space, encore plus abattue, pour découvrir que… ma chaise a disparu.

Décidément, mes collègues veulent ma peau. Je jette un coup d’oeil furibard aux alentours pour voir où  elle a été reléguée, mais ne la trouve pas. Le temps file et je devrais déjà être à mon poste. Nicolas, mon chef d’équipe s’énerve et m’invective :

– “Bon Sandrine, tu reprends tes appels ? T’as déjà perdu quinze minutes, là.”

– “ Mais je n’ai pas de chaise.”

– “ Bah reste debout, alors.”

J’en reste bouche bée. Si même lui s’y met… Je remets mon casque et prends un nouvel appel, debout devant mon bureau. Mais la manoeuvre n’est pas adaptée, et très vite, j’ai mal aux cervicales.

Je me masse la nuque quand j’entends pouffer de l’autre côté du bureau. C’est Marina, le modèle parfait de la commerciale de Assurance-mix. Elle me toise avec arrogance depuis son poste. Je suis sûre que c’est elle qui m’a pris ma chaise. Et ça la fait rire en plus !

L’exaspération commence à poindre, mais je refuse d’y céder. A la place, je prends discrètement un cachet et bois une gorgée d’eau entre deux coups de fils.

A 16h30, je prends une pause bien méritée et vais m’asseoir en “salle de convivialité”, l’espace soit disant chaleureux mis en place par l’entreprise pour renforcer les liens. Pour résumer, une salle de réunion avec un distributeur de café payant, un distributeur d’eau et deux plantes en train de crever.

Je bois rapidement mon café, sans parler à personne, avant de détourner une chaise et de l’emmener jusqu’à l’open-space. Hors de question de passer deux heures de plus debout à me péter le dos. J’ai le cou endolori et des crampes aux mollets. 

Quand j’arrive, tout le monde est encore en pause. L’endroit est désert. A mon poste, rien n’a bougé, mais mon siège n’est pas réapparu. Je place la chaise sous le bureau et vérifie quelques dossiers avant de voir les lieux se repeupler progressivement.

Les appels reprennent à 16h45. J’essaie de me concentrer sur les questions des clients tandis qu’une mouche vole au-dessus de mon bureau. Je la chasse de la main. Elle revient me narguer, se pose sur ma tasse de café. J’essaie de l’écraser tout en continuant ma conversation, quand soudain la tasse se renverse et je laisse échapper un juron, m’excuse tout de suite auprès du client, qui ne comprend pas ce qui se passe, et propose de le rappeler dans les cinq minutes. Il coupe de lui-même la conversation. J’ai échappé à une nouvelle remarque sur le protocole, par contre, je sens venir une autre sur mon langage car nos conversations sont toutes enregistrées et vérifiées par la direction.

Je cours aux toilettes ramasser du papier hygiénique et reviens vite essuyer le café répandu sur le bureau. Heureusement, le clavier n’est pas touché. Je vais m’asseoir quand je remarque qu’on m’a derechef dérobé ma chaise. J’entends à nouveau un rire provenant du poste de Marina. Elle me regarde, hilare.

Je la foudroie du regard, pendant que mon téléphone se remet à sonner. Mais je n’écoute plus. Quelque chose a cédé en moi, et je sens la rage me submerger.

La sonnerie continue dans mon dos tandis que je me dirige vers Marina, mon mug à la main. Elle me regarde arriver vers elle, un air carnassier sur le visage.

“  – Bonjour Marina.

– Bonjour, Sandrine. 

– Je peux savoir ce qui t’amuse autant ? 

– Ton équipe. Vous êtes vraiment à la traîne comparé à nous. En même temps, il n’y a qu’à te regarder pour comprendre.

– Ah ?Tu peux m’expliquer ?

– Moi je n’ai pas de brebis galeuse dans mes rangs.

– Pardon?

– ça va Sandrine, tout le monde sait que tu es sous cachetons. Tu ne te caches même pas pour les prendre. T’es à la ramasse. T’en es à deux avertissements aujourd’hui par le chef.  Je me demande comment on peut encore embaucher des gens comme toi. Je suppose qu’on doit avoir un quota handicapé, ça coûte moins cher à l’entreprise…

Elle s’enfonce dans son siège, fière de sa répartie, un sourire narquois aux lèvres.

Ma main qui tient le mug tremble. Je vois rouge et soudain, lui jette mon restant de café au visage.

Elle se recule, maculée de café, la bouche ouverte. Mais je ne me contrôle plus. Je sais ce qu’il reste à faire maintenant.  Mon bras se lève et je la frappe à la tête avec ma tasse. Le sang coule et, je continue de frapper. Frapper, tel un robot. Le mug se casse, le sang m’éclabousse le visage. J’entends une plainte continue hurler à mes oreilles. Des mains  essaient de me retenir, mais l’adrénaline me procure une force surhumaine et je me débats comme une tigresse. En continuant à frapper, le visage de Marina devient peu à peu une bouillie sanguinolante. Mon bras est toujours en train de lacérer dans le vide quand on réussit enfin à me dégager. Je ne tiens que l’anse de mon mug qui a éclaté sous l’impact. 

Et c’est le trou noir.

“- Didier, c’est quoi ce nouveau test psychologique pour le recrutement des commerciaux ? On n’en n’a pas déjà assez comme ça ?

– Je sais, mais c’est à cause de l’incident de l’autre jour. Ils veulent vérifier les risques d’agressivité chez nos employés.

– Tu veux qu’on se tape des équipes de losers à la vente ?

– Non, j’ai pas dit ça. Cela concerne les passifs-agressifs et ceux qui encaissent mal le stress. Le boss a dit qu’il n’en voulait pas, vu ce qui s’est passé avec la tarée.

– Ah oui, je vois. Celle qui a fini à l’hôpital psychiatrique ? Comment va Marina, au fait ?

– Bah, toujours en arrêt maladie. Elle va se faire refaire la tronche. En même temps, quand on l’a sortie de là, impossible de la reconnaître. Dommage, elle était canon comme nana.

– Ouais, un joli petit cul aussi… Il paraît que l’autre folle marmonnait un truc quand ils l’ont embarquée?

– Oui, attends ça me revient…elle disait en boucle : “Brebis galeuse, brebis galeuse…”

FIN

Envie de vous lancer ?

Rien de plus simple ! Choisis un titre qui  t’inspire et lance-toi ! Tu peux aussi tenter l’expérience avec le titre de ton roman préféré pour détourner son histoire.

N’hésite pas à me laisser en commentaire ton avis sur ma nouvelle, l’exercice, voire ton essai d’écriture, cela me fera plaisir.

A bientôt !

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #6

Au sommaire de ma veille littéraire du net cette semaine : encore des ebooks, des audiolivres aussi, un festival littéraire virtuel avec Pierre Dubois, un escape game virtuel, un jeu de société à télécharger, un concours d’écriture, un reportage sur le château de Downtown Abbey et une expo idéale à réaliser avec Hervé Tullet.

Ebooks et audiolivres gratuits du jour

Voici les ebooks que j’ai glanés sur la toile cette semaine :

Le Festival des Imaginales met en ligne une anthologie du confinement, comprenant des nouvelles issues des anthologies précédentes, en accès gratuit. On peut s’abonner à l’aide du formulaire situé à la fin du livre, sur la dernière page. Les livres ne sont pas téléchargeables mais en lecture seule avec Calameo. Que du beau monde dans ces nouvelles : Charlotte Bousquet, Estelle Faye, Silène Edgar, Lionel Davoust…

La e-bibliothèque de la SNCF te propose polars, mais aussi documentaires, bd et littérature générale sur son site internet. Pour les mamies, des romans du terroir sont disponibles et classés par région. C’est la première fois que je vois ça ailleurs qu’en bibliothèque ! L’inscription est gratuite, mais les livres ne sont pas téléchargeables, tu peux juste les lire en ligne.

L’application Rocambole, des romans présentés sous formes d’épisodes courts, idéal pour lire dans le train ou quand on a 5 minutes à tuer. Tous les genres sont dispos. Tu trouveras des textes originaux d’auteurs inconnus, un classement sympa (mention spéciale aux « filles badass ») et des couvertures de jolies couvertures de livres. Pour le moment, le catalogue est peu fourni mais c’est un début prometteur.

Et sinon, je me suis dit que les ebooks, c’était bien, mais que je passais beaucoup trop de temps sur les écrans, alors je me suis orientée vers les audiolivres. J’ai trouvé un article de Les outils Tice, qui recense cinq sites d’audiolivres gratuits. Et j’ai essayé d’écouter Orgueils et préjugés de Jane Austen sur Audiocité. Et bien, ça change ! Par contre, impossible d’écouter sans faire autre chose à côté, alors je me suis mise à la peinture…

Evénements littéraires virtuels à venir

Les blogueuses de Recto-Verso organisent depuis 4 semaines des rencontres avec des maisons d’éditions dans le but de soutenir la chaîne du livre, dans le cadre d’une opération baptisée « Une semaine, une maison d’édition, une mobilisation ». Des live vidéo ont lieu chaque semaine sur la page Instagram de la maison d’édition mise à l’honneur. Il y a quelques temps, c’étaient les éditions du Chat noir. La semaine prochaine (du 20 au 26 avril 2020), ce sera le tour des éditions du Héron d’argent, où est publié le roman L’apprentie Faucheuse de Justine Robin . C’est l’occasion de découvrir une maison d’édition ou de poser des questions à des auteurs que tu connais déjà. En parallèle, les blogueuses proposent des interviews d’auteurs autoédités et de petites maisons d’éditions, en live facebook ou instagram. La prochaine est prévu samedi 18 avril à 20h30 avec les éditions L’alsacienne indépendante. Les informations relatives aux programmes des lives sont sur la page facebook de Recto-Verso.

Le festival Florilège des imaginaires, organisé par L’Office de l’imaginaire ardennais sera en live sur Facebook du 17 au 19 avril 2020. Au Programme : des contes et contes musicaux, des tables-rondes littéraires, une soirée jeu de rôle en ligne, des conférences et la clôture avec du chant par Luc Arbogast. Personnellement, je suis impatiente d’assister au Conte de Paddington lu par Pierre Dubois (samedi 18/04 à 15h) et la conférence de Claudine Glot intitulée De Merlin à Daenerys qui me semble bien mystérieuse. Attention, pour la soirée jeu de rôle du dimanche soir, il faut s’inscrire au préalable ici.

Deux jeux pour s’amuser sans sortir de chez toi

Un escape game en ligne par les créateurs d’Escape Yourself Le Mans, est disponible en accès libre depuis peu. On te propose une enquête immersive sur les traces de Sherlock Holmes, intitulée L’alliance du Docteur Watson. Enigmes, casse-têtes sont au rendez-vous, dans une escape où le temps n’est pas compté, mais où, pour gagner il te faudra demander le moins d’indices possibles. Les créateurs organisent un concours autour de ce jeu. Si tu veux y participer, prend une copie d’écran de ta victoire et envoie-leur en message sur leur page facebook. Le gagnant pourra gagner des places pour venir essayer de vraies escape game, au Mans.

J’avais déjà parlé des packs de jeux à télécharger chez Asmodee dans ma watch #4 avec le jeu Sherlock Holmes Détective conseil…Et bien, tu seras content(e) d’apprendre qu’ils ont ajouté le jeu Dixit ! C’est un de mes jeux favoris. Il s’agit de faire deviner sa carte aux autres joueurs en faisant référence à un livre, film, etc… Cela peut vite partir en sucette si les sujets dérapent. Dans la version proposée en ligne, tu trouveras des cartes à découper et un livret de règle. Pour les jetons et le plateau, à toi de l’inventer ! Si tu veux plus de détails sur le jeu, clique ici. Et si tu n’as pas d’imprimante, pourquoi ne pas inventer tes propres cartes ? 😉

Un concours d’écriture 

Suite à un vote de leurs lecteurs sur Instagram, les éditions Scrineo organisent un concours d’écriture dont le principe est d‘écrire la suite de ton roman Scrineo préféré. Moi je trouve l’idée sympa, parce qu’elle change du sempiternel concours d’écriture spécial confinement (qui te ramène inlassablement au coronavirus). En plus, dans le catalogue Scrinéo, il y a pas mal de livres supers comme Rouille et Les noces de la renarde de Floriane Soulas, ou Mers Mortes de Aurélie Wellenstein, ou encore La voie des oracles de Estelle Faye… Le concours se termine le 11 mai 2020. Si tu veux plus de détails, c’est ici. 😉

Le documentaire de la semaine

Si tu es fan de la série historique Downtown Abbey, tu seras ravie de découvrir ce reportage Arte sur le château de Highclere. Au-delà de servir de décor à la célèbre famille Crawley, tu en apprendras un peu plus sur l’histoire du château, rénové par l’architecte de Westminster, et surtout sur son propriétaire frappé d’une malédiction égyptienne. Le reportage dure 10 minutes, à partir de la 30ème minute. (si tu veux t’éviter le reportage sur l’Acadie et la Croatie). Il est disponible jusqu’au 13/06/2020 en replay sur le site d’Arte.

L’artiste de la semaine 

Connais-tu Hervé Tullet ? Connais-tu l’album jeunesse Un livre ? Si ce n’est pas le cas, tu passes à côté d’un truc ! Je sors un peu des sentiers battus pour l’artiste de la semaine, mais cela en vaut la peine.

Hervé Tullet est un artiste-illustrateur-plasticien français qui vit à New-York. Il est célèbre pour sa série de livres jeunesse, dont le fameux Un livre. Ses albums sont comme des mini-oeuvres d’art modernes sans pour autant être prétentieuses… vu qu’ils sont destinés aux enfants.

L’artiste indique lui-même qu’il dessine très mal. Il essaie de désacraliser la notion d’oeuvre d’art par ses dessins en la mettant à la portée de tout le monde. J’avais écouté le podcast du Salon de la littérature jeunesse consacré à Hervé Tullet, la semaine dernière (cf my watch #5), et j’ai découvert son projet en ligne L’expo idéale.

Il s’agit d’un projet de création collaboratif mené par l’artiste dont le but est de libérer sa créativité. Il est basé sur une websérie qu’à réalisée Hervé Tullet pour apprendre aux enfants à réaliser ses dessins. On peut participer au projet en envoyant ses propres créations via un formulaire. Tout est rediffusé ensuite sur les différents réseaux sociaux de l’artiste.

Personnellement, je trouve que c’est une manière originale d’aborder les illustrations, l’art… et de créer sa propre expo à la maison ! Et toi, qu’en penses-tu ? Envie d’essayer ?

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Boule de gomme et sucre d’orge,

A.Chatterton

 

Publié dans Ateliers d'écriture

Les conseils d’écriture de…Emmanuelle Nuncq

Quelques astuces d’écriture par la romancière Emmanuelle Nuncq suite à la conférence de Virtualivres du 29 mars 2020 sur les Bases de l’écriture.

Au lieu de retranscrire mot à mot cette conférence fort intéressante, je me suis dit que j’allais vous en faire un résumé synthétique, avec quelques informations supplémentaires sur Emmanuelle Nuncq.  😉

La méthode d’écriture d’Emmanuelle Nuncq

Se connaître et s’organiser

Avant tout travail d’écriture, Emmanuelle Nuncq préconise de déterminer la méthode de travail qui vous convient et par extension, de se connaître.

Posez-vous les bonnes questions : Etes-vous à l’aise dans un environnement calme (chambre, bureau), ou bruyant (cafés, parcs) ? Combien de temps voulez-vous y consacrer chaque jour ? Allez-vous écrire à la main ou sur un ordinateur ?

Le but est de déterminer vos conditions idéales de travail afin d’éviter d’être confronté à des obstacles à l’écriture. Emmanuelle a écrit son premier roman en se levant très tôt tous les jours se donner du temps, avant d’aller au travail. Cela lui a pris 6 mois, mais comme elle avait organisé son travail d’écriture, cela a été plus facile.

Une fois ce cadre posé,  réfléchissez à votre méthode d’écriture : Etes-vous plutôt architecte ou plutôt jardinier ? Pour préciser, l’architecte est celui qui élabore un plan détaillé de son roman, chapitre par chapitre. Il peut aussi, comme Emile Zola ou J.K Rowling, créer des fiches associées à ses personnages avant de commencer à écrire son premier jet. Le jardinier, à l’inverse, se jette directement dans l’écriture, au feeling, sans savoir où il va. Il reviendra par la suite sur son premier jet pour y effectuer des corrections. Les deux méthodes ne sont pas incompatibles, et il est possible au fil de l’expérience, de passer de l’une à l’autre. Pour l’anecdote, Emmanuelle a d’abord été jardinière avant de devenir architecte.

Ecrire de façon non-linéaire

Contrairement à d’autres écrivains, Emmanuelle Nuncq a pour particularité d’utiliser une méthode d’écriture non-linéaire. Après avoir formalisé le plan de son histoire, voire écrit un synopsis,  elle rédige d’abord les scènes clés, puis les textes de liaison et assemble ensuite le tout en écrivant les parties manquantes. De cette manière, elle imagine les scènes importantes quand elle est dans l’humeur adéquate et cela balise le plan de son roman. Elle évite aussi de manquer d’inspiration. Son principal problème avoue-t-elle, n’est pas le manque d’idées mais plutôt le manque de temps pour écrire et les organiser !

S’exercer régulièrement

Le troisième conseil de la romancière pour écrire… c’est de se lancer, d’écrire justement, et régulièrement. Comme dans tout métier, c’est en s’exerçant que l’on acquiert de l’expérience. Emmanuelle propose, si l’on manque d’imagination, de commencer comme elle, par des fan fictions, c’est-à-dire, des nouvelles évoluant dans un univers déjà existant comme Harry Potter ou Le Seigneur des Anneaux par exemple. Plusieurs sites existent pour publier sa fan fiction : Wattpad, fanfictions.fr ou encore fanfic-fr.net. Cela permet d’avoir des retours sur son travail mais aussi de rencontrer d’autres jeunes auteurs. Attention, toutefois de ne pas rester cantonné à ce jeu d’écriture. Il faut savoir voler de ses propres ailes et essayer de créer son propre univers.

Parler de ce que l’on connaît

Concernant le manque d’inspiration, Emmanuelle a remarqué que lorsque l’on parlait d’un sujet que l’on ne maîtrise pas, le roman était moins réussi. Elle préconise donc d’imaginer des histoires à partir de son expérience ou de réaliser des recherches sur le sujet, le cas échéant. Cela permet d’avoir des intrigues crédibles et de se sentir impliqué dans son travail d’écriture.

Ne pas se mettre la pression

Ecrire dans le but d’être lu peut parfois conduire à un état de stress important et des blocage. Emmanuelle indique que ses premiers manuscrits ont été désastreux. Le principe, expose-t-elle, est de réaliser le premier jet de son roman sans se préoccuper du reste. Il faut le terminer. Ensuite viendront de multiples corrections qui pourront l’améliorer. Ne partez pas dans l’idée que vous allez écrire un chef d’oeuvre avec votre premier livre. Pensez plutôt qu’à force d’exercice vous allez améliorer votre style et donc, vous écrirez de meilleurs livres.

Dernière astuce d’écriture : écrire à la main

Emmanuelle Nuncq écrit certains de ses romans à la main, avant de les retaper à l’ordinateur. Cela lui permet de mieux réfléchir à la tournure de ses phrases. 😉

La publication de son premier roman

Peaufiner son oeuvre 

Emmanuelle évoque le fait que souvent, les premiers romans de jeunes auteurs sont fantastiques, mais qu’ensuite, le deuxième livre est moins bien. Cela est dû au fait que les écrivains ont eu parfois plusieurs années pour écrire leur premier livre, et beaucoup moins de temps pour le suivant, une fois un contrat signé avec une maison d’édition. Donc, pour chaque roman, n’hésitez pas à passer du temps à réécrire certains passages s’ils ne vous conviennent pas. L’important est de donner le meilleur de soi.

Prévoir plusieurs relecteurs

Quand elle veut faire relire son texte avant l’envoi à un éditeur, la romancière demande d’abord leur avis à des proches qui sont dans le milieu éditorial ou littéraire, puis à d’autres personnes moins proches pour avoir une vision plus objective.  Même si vous n’avez pas d’amis éditeurs ou auteurs, un avis extérieur et franc peut vous aider à avoir du recul sur votre manuscrit avant d’y apposer de nouvelles corrections.

Ne pas prendre les critiques de l’éditeur pour soi mais comme un moyen de progresser

Sur ses premiers romans, Emmanuelle avoue avoir éprouvé des difficultés à ne pas prendre trop à coeur les critiques énoncées par son éditeur pour améliorer ses textes. Puis, avec l’expériences, elle a compris qu’il s’agissait d’un moyen de progresser afin de rendre son manuscrit éditable. Maintenant, elle s’efforce de mieux peaufiner son texte avant de le proposer à un éditeur, même si elle sait qu’il y aura certainement de nouvelles corrections à lui apporter.

Cibler la maison d’édition à laquelle on destine son livre

Selon le sujet de votre livre et son public, il vous faudra déterminer la maison d’édition à qui vous le destinez. Pour cela, un tour d’horizon et une petite recherche sont nécessaires. Pensez à étudier la ligne éditoriale de chaque éditeur : quels genres de livres propose-t-il ? Est-ce qu’il ressemble au vôtre ?

Emmanuelle précise qu’il est important de vérifier aussi les règles des maisons d’édition concernant l’envoi de votre manuscrit : faut-il écrire un synopsis du livre ? Une lettre de motivation pour l’accompagner ? Cela vous permet d’avoir une chance de voir votre manuscrit étudié, sinon lu.

Elle préconise également de cibler d’abord les petites et moyennes maisons d’édition au lieu des plus importantes, afin d’optimiser vos chances. Pour cela, démarchez auprès des stands des éditeurs sur les Salons et conventions littéraires, et laissez votre carte de visite. En revanche, n’emmenez pas votre manuscrit, car c’est très mal vu.

Pour chacun de ses romans, Emmanuelle a dû démarcher de la sorte les maisons d’édition, et cela s’est avéré payant : elle est actuellement publiée chez cinq éditeurs différents dont Bragelonne.

Emmanuelle Nuncq : Sa vie, son oeuvre

Emmanuelle est une romancière française, auteure de pas moins de 11 romans de genre fantastique, fantasy ou historique. Elle est également costumière pour le fun sous le pseudonyme de Mademoiselle Mars.

Après des études à Nancy, et quatre ans comme bibliothécaire, elle travaille maintenant auprès d’adolescents dans une association de quartier à Bruxelles. Son premier roman Porcelaines, aux éditions Le Manuscrit a gagné le Prix du Premier roman en ligne, en 2011. La plupart de ses romans abordent le thème du voyage dans le temps. C’est le cas encore de son dernier roman, Beveridge Manor, qui évoque une jeune restauratrice de tableaux confrontée à un manoir lui permettant de retourner à l’époque de la Régence anglaise et de Jane Austen…

Emmanuelle est publiée chez Milady/Bragelonne, Les éditions le Chat Noir, Arkuiris éditionsSéma éditions et Melle Mars éditions.

Vous pouvez suivre ses aventures sur son blog personnel où elle évoque son quotidien, mets des photos de ses costumes et parle de ses romans.

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 3 : Le narrateur omniscient

On monte en difficulté avec cet exercice d’écriture, proposé par Chloé Dubreuil dans le cadre des ateliers d’écriture de l’université de Lyon. Aujourd’hui, je vais vous parler de narrateur omniscient et vous dévoiler un pan de l’intrigue de Miss Chatterton.

Quelques consignes pour commencer :

Il s’agit, pendant cette séance,  de mettre en scène l’état intérieur d’un personnage, mais raconté par un narrateur omniscient, toujours en 1h30 d’écriture.

Pour apporter plus de détails, le personnage principal est seul et en attente d’un événement. Plongé dans ses pensées, il fait également attention au décor qui l’entoure. Son environnement peut nourrir sa réflexion.

Le narrateur omniscient (=qui sait tout, plus d’infos ici si tu galères), décrit l’état intérieur du personnage en parlant de lui à la deuxième personne du singulier (tu). Il n’entre pas en contact avec lui. Ce n’est pas un personnage de l’histoire.

L’objectif final est de proposer un monologue intérieur décrit par un narrateur omniscient, tourné vers la psychologie, la rêverie ou la philosophie. Il ne sera pas question d’action dans cet exercice. 

Un bon exemple, pour illustrer ce jeu d’écriture, est le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino. Tu peux trouver d’autres exemples ici. Ce type de procédé est souvent utilisé dans les romans dont vous êtes le héros (si cela te parle un peu plus.)

Tu l’auras compris, après ces multiples explications, l’exercice est ardu et m’a demandé pas mal de réflexion. J’ai d’abord imaginé un personnage en salle d’interrogatoire de police, observé par quelqu’un derrière une glace sans tain. Mais je m’éloignais du sujet, car il s’agissait d’adopter un point de vue interne et non externe. Le deuxième personnage n’observe pas seulement le premier. Il sait ce qu’il se passe dans sa tête.

Je me suis alors demandée comment réagirait Miss Chatterton, si elle s’était faite épingler par la Commission de Discipline de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême, et cela a donné le texte suivant.

Essai d’écriture :

La Commission de Discipline

« Vous êtes invitée à vous présenter en Commission de Discipline le lundi 12 janvier 14h à l’aile Archimède afin de répondre d’une infraction constatée du Code de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême. Le Conseil vous autorise à venir accompagnée d’un représentant des élèves afin de défendre vos droits si vous le souhaitez. A l’issue de cette Commission, il sera déterminé votre maintien de permis de Voyageur livresque ainsi que votre place dans l’établissement. Signé : Le Haut-Conseil des Bibliothécaires de l’extrême. »

Cette lettre, tu l’as triturée dans tous les sens depuis que tu l’as reçue il y a une semaine. Tu n’en dors plus la nuit depuis. Tu t’y attendais pourtant, au vu de tes entorses occasionnelles au règlement de l’Académie. Ces petites entorses pour lesquelles tu trouvais toujours une raison légitime de transgresser la règle…

Tu regrettes maintenant, assise sur le banc en bois inconfortable des élèves impertinents, devant la porte de la Commission de discipline, attendant ton tour. Tu es seule dans cette partie du bâtiment. Évidemment : personne n’y vient à moins d’avoir fauté. C’est dommage. Il s’agit de la partie la plus ancienne de l’école et elle ne manque pas de cachet. Tu jettes un coup d’œil. De toute façon, il n’y a que ça à faire. Ton regard se porte sur les murs en pierre blanc. Ils te rappellent l’architecture de la faculté d’Oxford. Des murs sculptés, hauts qui se rejoignent par une voûte en croisée d’ogives à trois mètres du sol. Tu hausses les épaules. Normal, Oxford a inspiré l’école des Bibliothécaires de l’Extrême. Histoire de garder un côté solennel et d’impressionner les visiteurs sans doute. Le sol t’intrigue en revanche. Il est constellé d’une mosaïque colorée avec des motifs animaliers et floraux. Tu te lèves pour les observer. Tu distingues un chat, un poulpe, un corbeau, une chouette, des figures géométriques qui s’apparentent aux artefacts de voyages livresques, et des ornements décoratifs. Un beau mélange, mais parfaitement coordonné. Comme si tout ceci avait un sens. Tu le gardes en mémoire pour plus tard, quand tu retourneras chez toi étudier les mystères de l’Académie. Si tu n’est pas exclue aujourd’hui bien sûr ! Tu retournes à ton banc en silence en te maudissant d’avoir enfreint les règles, et tu relis une énième fois ton courrier de convocation.

Tu as choisi de venir seule car tu ne voulais pas impliquer un de tes collègues et amis. Mais la vérité, c’est que tu as honte. Toi, la première de la classe, convoquée en Commission de discipline ! La nouvelle a fait le tour de l’Académie et quand tu es arrivée à 13h30, c’était en cachette, espérant ne croiser personne. Tu as eu de la chance dans ton malheur, tous étaient soit en mission soit en cours. Il n’y a que la bibliothécaire de l’Accueil qui t’a vue et regardée d’un air mi-désolée mi-suspicieuse, quand tu lui as demandé de t’indiquer l’aile Archimède. Tout le monde sait que c’est l’aile où les cancres sont punis. On n’en revient dépité ou on disparaît, viré de l’Académie.

Tu réfléchis maintenant à nouveau à l’infraction mentionnée dans la lettre. Parce que tu as tellement dépassé le règlement depuis longtemps que tu ne sais plus ce qui est permis ou pas. Tu prépares mentalement ta défense en te remémorant tes écarts de conduites dont le conseil pourrait avoir connaissance.

Tu repenses aux créatures magiques que tu as laissé s’échapper des livres pour les protéger d’écrivains désireux de les torturer dans leur intrigue. Tu en as déjà recueilli quatre chez toi. Mais leur absence n’a pas impacté leurs histoires originelles. Tu penses donc qu’il ne s’agit pas de ça. Si on te demande, tu penses plaider la protection animalière magique. Tu hoches la tête. Oui, c’est un bon argument.

Tu te revois orienter le rôle du personnage de Jean dans Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch, pour qu’il prenne de l’importance dans l’histoire alors que l’auteur ne l’avait pas prévu. Monsieur Lynch était très déprimé pour l’écriture du tome 2 de sa série et tu en as profité pour apporter quelques améliorations de ton cru à son histoire.  Ton rôle originel était de soutenir psychologiquement les personnages malheureux, et de corriger les fautes d’orthographe à coup de marteau-tampon-encreur comme l’indique l’ennuyeux code des Bibliothécaires de l’extrême. Tu n’en as fait qu’à ta tête. L’écrivain a raconté plus tard dans une interview, que ses personnages lui semblaient vivants et l’avaient poussé à changer son intrigue, utilisant l’argument du créateur dépassé par sa création. Tu as beaucoup ri.  Le livre est devenu un best-seller. Cela t’as conforté dans tes actions. Après tout, tu as aidé un écrivain malade à améliorer son histoire pour qu’elle soit diffusée à un maximum de lecteurs. Et c’est l’une des règles fondamentales de l’Académie : le maintien de l’imagination collective par la diffusion des histoires au plus grand nombre. Si l’histoire est meilleure, elle est plus vendue et donc plus lue. IM-PA-RABLE ! Il ne la verront pas venir celle-là en commission ! Tu souris, conquise par ton forfait réalisé pour le bien de tous.

Tu repenses enfin à ton rôle dans l’affaire Le Roi Jaune et La Malédiction de Cthulhu. Ta première mission en tant que consultante privée auprès de la Police Magique. Une affaire non-officielle bien sûr. Tu n’avais pas les agréments ni l’autorisation de l’Académie pour aider le Détective Pedro de la Vega à élucider ce cas. Mais tu n’as pas pu t’en empêcher. L’envie d’aider un ami et le désir irrésistible d’entrer dans des livres interdits t’ont poussée à accepter la demande de Pedro.

Tu as failli rester dans le livre cette fois-ci, et te faire manger par des créatures issues de la sorcellerie. Mais bon, c’était le risque, et tu t’en es sortie. Tu as réussi à désenvoûter un ouvrage entier et Pedro a retrouvé l’assassin de son meilleur ami pour lui faire payer ses crimes. Ce n’est pas tous les jours qu’une Bibliothécaire de l’extrême de premier niveau arrive à un tel exploit ! Il faut attendre le sixième niveau pour savoir combattre une créature maléfique et le dixième pour s’échapper sans encombres d’un livre interdit avec l’équipement adéquat. Toi, tu n’avais que ton artefact de niveau 1 et … tes créatures magiques issues d’un autre tome (répétition) contraire au règlement. Mais bon, ils devraient être contents de savoir que tu as de telles capacités et en plus, tu pourrais conseiller cette méthode aux collègues de niveau 10 en cas de problème. Tu hoches encore la tête. Oui, la démonstration est digne d’un grand orateur.

Tu es la meilleure dans ton domaine. Ils doivent le savoir ces vieux croûtons. Et puis, il faut laisser la place aux jeunes, à des nouvelles idées d’exploration livresque.

Tu te lances dans une réflexion de la réécriture du code de l’Académie quand un doute t’assaille. Et si tu te trompais sur toute la ligne ? Si tes réponses aux accusations des membres de la commission ne suffisent pas ? Que feras-tu ? Que feras-tu sans permis pour voyager dans les livres ? Qu’arrive-t-il aux Bibliothécaires qui ont perdu leur permis ?

Tu as entendu de vagues histoires de voyageurs sans licence qui continuent à entrer dans les mondes imaginaires. Il s’agit de chasseurs de primes. Des mercenaires payés par l’Académie pour traquer des personnages échappés de leur ouvrage d’origine.

Cette carrière ne t’enchante guère. Tu as la violence en horreur. C’est amusant de bousculer des fautes d’orthographe ou de chasser des esprits, mais bon, tu as tes habitudes comme boire ta sacro-sainte tasse de thé à 16h et t’occuper de tes plantes vertes. Une vie de guerrière sans domicile fixe n’est pas pour toi.

Consultante pour la police alors ? Tu l’as déjà fait de manière officieuse. Pedro pourrait t’aider peut-être?

Mais est-ce que tu seras seulement autorisée à garder ton artefact de voyage si on t’enlève ton permis ? Là est la question.

Le voyage livresque est toute ta vie. Que vas-tu devenir sans ton artefact ?

Redevenir une bibliothécaire normale, tout en connaissant le secret de l’Académie ? Un vrai drame. Tu te sens utile dans ton travail, il représente toute ta vie.

Tu te mets soudain à pleurer. Tu murmures : « Qu’ai-je fait ? »

C’est à ce moment là qu’un des membres du Conseil ouvre la porte de la salle où a lieu la Commission.

– Mademoiselle Chatterton ! Bonjour à vous. Oh, n’allez pas vous mettre dans un tel état pour une histoire de Porte-monde mal refermé ! Vous êtes venue seule ?

Tu relèves la tête, surprise. Tu sèches tes larmes.

– Oui Professeur Lampion. Je n’ai pas voulu déranger mes camarades.

– Tant mieux, tant mieux. La commission sera moins longue comme ça. Vous savez, ce sont des courriers types que l’on vous envoie. Il ne faut pas m’en tenir rigueur. Certains collègues sont tatillons avec le protocole. Comme vous êtes la première de la classe, cela a dû vous effrayer. Nous avons plutôt l’habitude de recevoir des cancres ici.

– Le courrier m’a un peu affolée professeur, je l’avoue. Mais maintenant que je connais le motif, je comprends l’importance de cette commission. Il ne faut pas jouer avec le règlement de l’Académie.

– Vous avez bien raison Amélia. Afin de citer Adolphe de Chesnel : ” Pour mener une bonne vie, art, ordre et règle y remédient.

– C’est tiré du Dictionnaire de la sagesse populaire, recueil moral d’apophtegmes, axiomes de tous les temps et de tous les pays, n’est-ce pas ?

– Quelle érudition, Amélia, quelle érudition ! Oui, en effet. Entrez ma chère, ne laissez pas attendre mes confrères.

Tu entres dans la salle de Commission de Discipline, un sourire hypocrite  aux lèvres.

Mal refermer son Porte-monde après un voyage livresque, c’est vraiment des cacahuètes après ce que tu as fait en matière d’infraction au règlement. Il va falloir faire plus attention à l’avenir. Cette commission va être du gâteau…

J’espère que cet extrait t’aura plu. Afin de le présenter convenablement dans le cadre du Roman de Miss Chatterton, je vais réaliser quelques modifications en le passant à la première personne. Mais tu auras eu un petit teasing concernant des éléments que je n’ai pas encore évoqué concernant l’Académie : les règles de voyage, les chasseurs de primes, l’affaire Le Roi Jaune (en préparation avec Pedro de la Vega)…

Si tu souhaites en savoir plus sur l’univers d’Amélia Chatterton, je t’invite à lire mes premiers essais dans la rubrique Le Roman de Miss Chatterton.

A bientôt pour un nouvel atelier d’écriture !

Plumes et tampons-encreurs,

A. Chatterton