Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #10

Au sommaire de cette watch : un forum dédié à la littérature anglaise, une visite virtuelle d’un musée japonais d’animation très connu, deux concours pour gagner des livres, un podcast d’histoires glaçantes sur les yokai, des jeux steampunk, un article sur ma chaîne de musique préférée, un salon du livre virtuel LGBT et des livres-maisons…

Le site internet de la semaine

whoopsy daisy

Tu l’auras remarqué au fil des watch, je suis fan de littérature anglaise. Entre J.K. Rowling, Beatrix Potter, Jane Austen, les soeurs Brontë et Arthur Conan Doyle, mon petit coeur s’emballe assez rapidement pour le continent britannique. Et je vais te dire un secret : j’y ai même travaillé pendant un an ! Mais c’est une autre histoire…

Le site que je te présente aujourd’hui regroupe un peu tous mes auteurs britanniques préférés et bien d’autres, mais aussi une communauté active sur le sujet. Il s’agit de Whoopsy Daisy. 

Ce site est un forum participatif très large sur la littérature anglophone, principalement britannique mais aussi américaine. Tu peux y réaliser des challenges de lecture, y trouver des conseils de livres selon différentes thématiques ou genres,  ou débattre sur ton film préféré.

Le design reste celui des forums des années 2000, et il faut un peu de temps au début pour se repérer, mais cela en vaut la peine. Les Whoopsy Daisiennes sont très dynamiques et accueillantes et tu peux lancer tes propres sujets tout en respectant la charte de bonne conduite du forum bien sûr. En bref, un super espace de discussion et de découverte pour tout amateur de culture anglophone qui se respecte. 😉

La visite virtuelle du mois

Cette fois-ci, je t’emmène… au Musée Ghibli ! Situé à Mitaka, dans la banlieue de Tokyo au Japon, le musée est fermé au public depuis le début du confinement. Ils ont donc décidé de réaliser des vidéos pour présenter le parc et de les présenter sur leur chaîne Youtube. Certes, il n’est pas possible de visiter le musée dans le cadre d’une véritable visite virtuelle comme sur Google maps ou avec un module de vidéo en 360°C, mais c’est toujours un premier pas pour découvrir ce musée de plus près.

Moi qui suis fan des films d’animation de ce studio, je retrouve avec plaisir la mignonitude  des intérieurs mi-japonais mi-européens fantasmés,  tout en restant dans mon canapé, et cela me fait voyager un peu à défaut de partir en vacances. Le bémol ? La visite est un peu courte : 6 vidéos de 1 minute chacune. J’aurais préféré un plus grand tour, mais le musée publie quand même régulièrement des vidéos. Qui sait ? D’ici l’été, nous verrons peut-être un peu plus l’intérieur du parc ? J’ai trouvé une vidéo d’une youtubeuse sur les extérieurs si cela t’intéresse, pour patienter. Visiblement, filmer à l’intérieur n’est pas autorisé pour les visiteurs du musée…

Deux concours pour gagner des livres

Cette semaine, je suis tombée sur deux concours pour gagner des livres sur les réseaux sociaux :

Le premier est organisé par la romancière Elodie Serrano, auteure de Cuits à point aux éditions ActuSF. Il s’agit de remporter un exemplaire de son livre en allant sur sa page auteur Facebook. Si tu ne connais par l’intrigue, je t’invite à relire ma chronique sur le sujet. Le concours se terminera le 25 mai à 18h.

Le second concours a lieu sur le compte Instagram des éditions Snag et en partenariat avec le PLIB 2020. Tu peux remporter un exemplaire de La cité des Chimères de Vania Prates, une des finalistes du Plib 2020, ou carrément un swap réalisé par l’auteure (avec un exemplaire dédicacé de son livre et pleins d’autres trucs). Le concours se terminera le 29 mai. Tu trouveras un résumé du livre en cliquant sur le titre pour te donner une idée de l’intrigue. 😉

Le podcast de la semaine

téléchargement

Il y a peu, j’ai rejoins un club lecture sur Discord avec qui j’échange beaucoup (ce qui fera l’objet d’un article pour t’en parler) et cela m’a permis de découvrir de nombreux podcasts dont celui de La librairie Yôkai. Il est écrit et réalisé par Amandine Coyard, une créatrice de contenus qui réside à Tokyo. Il y a deux formats : Les histoires glaçantes, épisodes courts de 4 minutes où elle propose une histoire qu’elle a écrite autour d’un Yokai. Et les formats plus longs de type émission où elle raconte des histoires vraies et des légendes sur un Yokai en compagnie de Mathieu de Mensetsu. Les podcasts des émissions sont en accès libre sur le site d’Amandine, et aussi sur Spotify. Ceux sur les Histoires glaçantes sont accessibles sur la plateforme Badgeek. Un podcast idéal pour en apprendre un peu plus sur la culture japonaise mais évite tout de même les histoires glaçantes le soir avant d’aller dormir… 😉

Les jeux de la semaine

Les beaux jours reviennent et j’ai la nostalgie des conventions et des festivals geek et littéraires auxquels je me rends d’habitude. Alors j’ai décidé d’amener le festival à toi en te proposant des jeux steampunk qui sont habituellement présents lors des manifestations. J’en connais actuellement trois :

Le Duel de thé consiste à s’affronter à deux autour d’une tasse de thé et d’un biscuit à thé. Le but est de manger son biscuit trempé de thé avant l’autre, sans qu’il tombe non plus, au top-départ de l’arbitre. Attention à ne pas le faire tomber dans ton thé ou sur toi, sinon gare aux pénalités !

Le Duel d’ombrelle reprend les codes du chifoumi (pierre-papier-ciseaux). On s’affronte à deux comme un duel au pistolet, dos à dos. Et au signal de l’arbitre, on se retourne en réalisant une figure avec son ombrelle. Certaines figures sont plus fortes que d’autres. Il y a en général trois manches. Si tu n’as pas d’ombrelle à la maison, tu peux utiliser un parapluie. 😉

Pour finir, le Teapot-Racing est une course de théières téléguidées. Tu as bien lu ! Les vaporistes (=gens qui font du steampunk) sont des bricoleurs. Une voiture téléguidée toute simple, très peu pour eux ! Ils ont décidé de monter des théières sur des ossatures de voitures téléguidées,  et le must, c’est de l’accorder avec sa tenue steampunk. Tu peux bien sûr faire des courses d’obstacles et inventer des défis chronométrés avec ta création.

L’avantage de ces trois jeux est qu’ils nécessitent peu de matériel (à part le teapot-racing) et que tu peux y jouer en intérieur comme en extérieur (si, si, même dans ton salon !)

Si tu souhaites connaître les subtilités des règles pour ces trois jeux, je t’invite à lire l’article d’Arthur Morgan à ce sujet. Et si tu veux aller plus loin, il existe la Fédération Française de Duel de thés, la Fédération Française de Duels d’ombrelles et la Teapot-racing France. D’autres jeux existent certainement, d’autres sont à inventer, dans tous les cas, le but est de s’amuser, de bricoler et de socialiser, le tout avec distinction bien sûr !

L’article de la semaine et la chaîne de radio qui l’accompagne

La semaine dernière, j’ai lu un article de Traxmag concernant la musique Lo-fi hip-hop  qui m’a marquée. En effet,  je croyais être une des rares personne à écouter ce genre de musique sur internet. En fait, j’ai découvert que nous sommes des millions et l’article explique très bien les origines de cette musique, et surtout quelle population elle regroupe.

Pour résumer, c’est un style créé fin années 90-début années 2000 mélangeant plusieurs genres musicaux, qui rassemble des adolescents fans de dessins animés japonais et de communautés en ligne. Une musique idéale pour réviser à la maison seul dans sa chambre, loin du tumulte extérieur, mais parfois aussi teintée de solitude et de tristesse. Dans l’article, tu apprends qu’une des vidéos les plus populaires a dû être archivée par Youtube lui-même pour qu’elle continue d’exister, car le créateur de la chaîne a cessé d’émettre en dépit de millions de vues. Tu apprends aussi qu’une autre vidéo a fait l’objet d’une campagne de prévention contre le suicide…

Bref, tout cela ne semble pas très gai même si la musique en soi est plutôt sympa. Par ailleurs, il faut mettre un peu de distance sur ce qui est raconté dans l’article vis à vis de son public par exemple. Même si je suis fan de culture japonaise et de communautés en ligne, je ne suis pas une ado ! Ceci dit, j’ai été contente de savoir que je n’étais pas la seule à être fan de Lo-fi hip hop et je t’invite à lire cet article fort intéressant si toi aussi tu en écoutes.

Pour aller plus loin,  j’en profite pour te faire découvrir ma chaîne de Chill préférée : Lo-fi Hip hop radio. Je l’écoute souvent pour écrire mes articles car cela m’apporte une ambiance sereine de travail. J’apprécie aussi l’animation réalisée sur la vidéo avec le raton-laveur et les changements de saison ou les rythmes de la journée derrière la fenêtre. Bref, ouvre la vidéo et tu comprendras. 😉

Un salon du livre virtuel

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Les éditions YBY, spécialisées dans la littérature LGBT ouvrent un salon virtuel littéraire qui aura lieu les 4 et 5 juillets prochains. Il se nomme Y/Books et aura lieu sur Discord avec pour le moment les auteurs de cette maison d’édition dont Emrys que je t’avais déjà présentée avec la chronique sur sa nouvelle Derniers battements. Toutes les informations sur l’Événement sont à retrouver sur le site de la maison d’édition et sa page facebook. Il est déjà noté au programme des tables-rondes, des rencontres d’artistes et des surprises à gagner. Alors, retiens la date, en plus tu n’auras pas à bouger de ton canapé ! 🙂

L’artiste du moment

Connais-tu les miniatures Book Nooks ? Si le nom ne t’évoque rien, tu auras certainement vu passer ces photos sublimes sur Bored Panda de livres aménagés dans des bibliothèques comme des mini-maisons miniatures pour des habitants invisibles. Cela te revient ? Cette semaine, j’ai découvert un article détaillé en anglais du blog Messy Nessy Chic qui explique un peu comment sont nés ces livres-maisons-miniatures.

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Visiblement, une importante communauté de créateurs de ces maquettes peu ordinaires est présente sur Reddit.com. Il y a une forte entraide avec un mode d’emploi pour les débutants et une partie exposition où chacun montre sa dernière création. Pour quelques créateurs, l’engouement a été tel de la part du public qu’ils ont commencé à vendre leurs créations sur Etsy… avant d’être vite dévalisés ! Maintenant, ils ne produisent que sur commande car créer ce genre de projet prend énormément de temps, mais tu peux encore en trouver à la vente. Compte en moyenne entre 100 et 200 euros pour une reproduction d’une rue japonaise, ou du Chemin de Traverse…

Pour ma part, j’ai tenté de réaliser une maison-livre pour Marmouset, ma souris de bibliothèque, mais le résultat est très loin de ce que font les Book-Nookers, car je n’ai pas leur talent… 😦

Miss Chatterton cliché par Anais Nannini

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Miniatures et musique zen,

A.Chatterton

ps : le dernier cliché est d’Anais Nannini

Publié dans Ateliers d'écriture, Lectures

Les conseils d’écriture… de Haruki Murakami

Dans son essai  autobiographique sur l’écriture intitulé Profession romancier, Haruki Murakami développe sa vision de l’écrivain, de la littérature et surtout sa manière de travailler. Bienvenue dans le bureau de l’auteur japonais le plus connu au monde…

Extrait : « Écrire un roman n’est pas très difficile. Écrire un roman magnifique n’est pas non plus si difficile. Je ne prétends pas que c’est simple, mais ce n’est pas non plus impossible. Ce qui est particulièrement ardu, en revanche, c’est d’écrire des romans encore et encore. Tout le monde n’en est pas capable. Comme je l’ai déjà dit, il faut disposer d’une capacité particulière, qui est certainement un peu différente du simple « talent ». Bon, mais comment savoir si l’on possède cette aptitude ? Voici la réponse : plongez dans l’eau et voyez si vous nagez ou si vous coulez. Bienvenue sur le ring ! »

Mon avis :

Plutôt qu’une énième critique littéraire sur l’autobiographie de l’auteur, j’ai souhaité ici extraire sa pensée et vous la restituer sous forme de manuel de conseils à destination des jeunes écrivains.

La méthode Murakami pour écrire des romans

La réécriture façon traduction

Dans le chapitre 6 de son essai, Profession romancier, Haruki Murakami raconte que pour écrire son premier roman, il a utilisé une méthode inédite : il a d’abord écrit son texte d’une traite, à la main sur du papier. Puis, il l’a traduit en anglais en le retapant à la machine à écrire (c’était il y a 30 ans…). Enfin, il l’a traduit à nouveau dans sa langue d’origine. De là, il a réussi à dégager un texte fluide et épuré, différent de ce qui était publié jusqu’alors au Japon.

Envisager sérieusement le métier d’écrivain

Au fil du temps, l’auteur japonais a affiné sa technique et s’est mis à envisager l’écriture comme un travail au long cours, et surtout un vrai métier. Il l’exprime par la métaphore du ring : s’il est facile d’y entrer, il est plus compliqué d’y rester. Il faut surtout faire preuve de persévérance.

Toujours dans le chapitre 6 de Profession romancier, Murakami explique qu’il mène une vie plutôt solitaire et bien organisée pour écrire ses romans longs. Il consacre 5 heures par jour à écrire tous les matins et se donne un objectif de 10 pages manuscrites par jour. L’après-midi, il lit, écoute de la musique et fait une heure de sport quotidienne pour entretenir son corps. Il a compris que le mythe de l’écrivain torturé avait fait son temps et que pour être endurant en écriture, il fallait également ménager son corps.

De nombreuses relectures et réécritures

Passé l’étape d’écriture, sa méthode de travail consiste en plusieurs relectures successives du manuscrit, entrecoupées de pauses d’une semaine. A chaque relecture, il se concentre sur un aspect différent : par chapitre ou partie pour les allonger ou les rétrécir, sur les détails pour la cohérence, dans sa globalité pour fluidifier la lecture.

Une fois cela terminé, il enferme le manuscrit un mois dans son bureau et « l’oublie » comme s’il le laissait décanter, et s’octroie des vacances. A la fin de cette période, il relit de façon minutieuse son roman pour le corriger à nouveau, puis le fait lire à sa femme pour avoir un avis extérieur, et à son éditeur.

Il insiste sur le facteur temps, à la fois pour faire germer ses idées pendant la phase d’écriture mais aussi pour les faire décanter une fois le premier jet achevé.

Trouver l’inspiration

Dans le chapitre 5 de son essai, Haruki Muramaki explique qu’il est devenu écrivain d’abord en étant un grand lecteur. Ce qui lui a permis d’absorber toutes sortes de constructions littéraires pour écrire un roman. Mais il est surtout très observateur dans son quotidien. Sa méthode est de retenir des données liées à son environnement ou son entourage, sans jugement, puis de les stocker dans son tiroir mental. Quand il écrit, il a eu le temps de maturer ses idées et les réutilise, comme une ressource inépuisable. Fait amusant, il n’écrit rien dans des carnets mais garde vraiment tout dans sa tête.

Comment se faire connaître ?

Gagner un prix littéraire

Haruki Murakami a gagné le Prix des Nouveaux Auteurs de la revue Gunzo pour son premier roman Ecoute le chant du vent, en 1979. Il explique qu’il ne s’attendait pas à être reconnu comme auteur et que ce premier roman était né d’une envie d’écrire sans aller plus loin. Il avait envoyé son manuscrit à la revue sans trop y croire et l’avait oublié jusqu’à ce qu’il apprenne sa victoire.

La leçon a en tirer est que parfois, concourir à un prix peut ouvrir les portes du métier d’écrivain. En France par exemple, la plupart des romanciers qui ont gagné le Prix Goncourt ont vu leur carrière décoller par la suite. De façon plus modeste, vous pouvez aussi concourir pour des appels à textes thématiques ou encore des concours littéraires afin de vous exercer, avant d’envoyer votre manuscrit à une maison d’édition.

Multiplier les genres, les formats d’écriture

L’écrivain japonais a écrit des romans, des essais, et même des nouvelles publiées dans un journal. Il écrit au fil de ses humeurs, même s’il se considère avant tout comme romancier.  Le fait d’écrire dans des formats différents lui apporte de l’expérience : La nouvelle lui permet de tester des exercices de style. S’il s’agit d’une commande pour un journal, les contraintes imposées corseront l’exercice. Le roman nécessite une préparation différente, proche d’un marathon. Enfin, l’essai reste pour lui une manière de coucher ses pensées sur une thématique particulière.

Une chose à retenir cependant, est qu’il se consacre à un projet littéraire à la fois pour rester concentré.

Ne pas se limiter à son pays

Se faire connaître dans son pays… puis à l’étranger a été un objectif pour Murakami. Déjà bien connu au Japon, il vivait à l’étranger quand l’idée lui est venue de publier ses livres aux Etats-Unis. Il a ainsi commencé par écrire des nouvelles pour le journal The New Yorker, pour se faire connaître des américains, avant de trouver un agent, et surtout des traducteurs japonais-anglais pour publier ses livres en Amérique. Dès le départ, il a su bien s’entourer et tisser un réseau très fort au niveau éditorial. Et cela s’est avéré payant : il est maintenant connu et traduit dans de nombreux pays.

Haruki Murakami : Sa vie, son oeuvre

Haruki Murakami est un auteur japonais contemporain. Il a écrit environ une cinquantaine de romans, nouvelles et essais autobiographiques. Tous ne sont pas traduits en français, mais les plus célèbres sont la trilogie 1Q84, Kafka sur le rivage, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. Son dernier roman est Le meurtre du commandeur. Tous sont publiés chez les éditions Belfond.

Il est difficile de décrire le style de Murakami. Sur Wikipédia, il est indiqué qu’il pratique le réalisme magique, la quête picaresque. Il mêle science-fiction, fantastique, enquête policière…et quotidien teinté de mélancolie. Pour ma part, je décrirais ses romans comme des récits avec une temporalité plutôt lente, où il ne se passe pas grand chose, où l’on peut rencontrer des personnalités ou des objets fantastiques. Il a l’art et la manière de raconter des histoires où l’on se sent bien. Et quand le livre est terminé, même si de nombreuses questions liées à l’intrigue restent en suspens, on n’a qu’une envie, c’est de le relire !

Le romancier a gagné plusieurs prix mais aucun Nobel, et dans Profession Romancier, il ne s’en offusque pas. Ce qui le caractérise particulièrement, c’est une forme d’indolence latente. Rien n’est important. Ce qui peut paraître bizarre du point de vue occidental !

Pour conclure sur Profession Romancier, outre des anecdotes sur l’écrivain et ses méthodes d’écriture, vous en apprendrez un peu plus sur le système d’édition japonais et la vision de Murakami concernant ses lecteurs et les écrivains contemporains japonais.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir l’univers d’Haruki Murakami et aussi apporté quelques conseils d’écriture si vous débutez.

Sushis et Onigiris,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

La fille qui tressait les nuages, Céline Chevet, éditions du Chat Noir

Grand gagnant du PLIB 2019, ce roman young adult a fait partie de ma sélection pour le Mini-Challenge de Noël du PLIB 2020, l’Epreuve des Stratèges, afin de valider la catégorie « Retour en arrière » du Menu Authentique. Fantastique, Japon et premiers émois adolescents sont à l’honneur dans cette enquête pour déterminer ce qui est arrivé à la petite soeur de Souichiro Sakai…

Résumé : Saitama-ken, Japon. Entre les longs doigts blancs de Haru, les pelotes du temps s’enroulent comme des chats endormis. Elle tresse les nuages en forme de drame, d’amour passionnel, de secrets. Sous le nébuleux spectacle, Julian pleure encore la soeur de Souichiro Sakai, son meilleur ami. Son esprit et son coeur encore amoureux nient cette mort mystérieuse. Influencée par son amie Haru, Julian part en quête des souvenirs que sa mémoire a occultés. Il est alors loin de se douter du terrible passé que cache la famille Sakai… Fable surréaliste, La Fille qui tressait les nuages narre les destins entrecroisés d’un amour perdu, une famille maudite et les tragédies d’une adolescence toujours plus brève.

Mon avis : 

Il a été difficile de réaliser cet article car je ne voulais pas vous dévoiler l’intrigue à travers mon analyse. Comme certains romans policiers, si vous connaissez le meurtrier, à quoi bon le lire ? Je me suis donc concentrée sur certains détails que j’ai apprécié pour vous apporter mon point de vue sur l’histoire. Cependant, mon besoin de questionner étant toujours là, j’ai réalisé une section spoiler en fin d’article que vous pourrez lire si vous le souhaitez. Elle sera signalée en amont pour éviter toute surprise. Bonne lecture !

Une plongée dans la culture japonaise… par une française !

Quand j’ai lu où se situait l’action du roman, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire… Saitama est une région située au nord de Tokyo et éloignée de tout : mer, montagne… il n’y a absolument rien à y faire. Cela m’a fait penser au film absurde Fly me to the Saitama (si vous avez du temps à perdre), qui vous explique pourquoi c’est le coin des péquenots. Je ne sais pas si l’auteure connaît ce film, ou la réputation de la région, mais cela a joué sur ma lecture. En effet, j’y ai vu dans l’ennui profond des personnages vis à vis de leur vie quotidienne un clin d’oeil à cet endroit.

Passé ce détail, j’ai retrouvé dans ce roman une ambiance de roman japonais à travers les thèmes abordés.

Par exemple, dès les premiers chapitres est évoqué un problème de racisme très présent au Japon, avec le personnage de Julian : le racisme envers les hafu, les métis japonais. Ces derniers sont considérés comme des japonais pas terminés par les japonais pur souche. Pour un roman qui se voulait au départ traiter des émois amoureux et d’un mystère, j’ai trouvé cela très fort et très intéressant.

Le deuxième sujet important du livre est lié aux morts. Raison pour laquelle Céline Chevet nous emmène dans les temples, les cimetières, les marchands de voeux et d’amulettes, les rites de purification. Ainsi, nous nous immergeons dans la culture japonaise du deuil avec Julian, face au décès de son premier amour. La nouvelle lui a causé un tel choc qu’il a réagi comme certains japonais : par l’oubli pur et simple des circonstances de sa mort. Cela suscite le mystère et donc l’enquête. Le roman va traiter également de la manière dont les proches de Julian essaient de l’aider à traverser ce deuil : Akiko va mener l’enquête, Souichiro va lui demander de l’oublier pour le protéger, la mère de Julian va accepter son côté rêveur…

Quelques thèmes connus en littérature japonaise et notamment dans les mangas sont présents dans ce roman, comme la relation interdite élève-professeur, la prédominance des chats, ou la fille invisible. Concernant ce dernier point, j’ai remarqué qu’Akiko incarnait la fille effacée par excellence, que l’on retrouve dans le film Le Royaume des Chats des Studios Ghibli. Cela pourrait faire référence au fait que le Japon est un pays qui ne prône pas l’individualité, mais le collectif au service du bien commun. Ceci dit, l’auteure va plus loin en conférant à ce personnage un statut proche du fantôme.

On sent dans tous les cas que Céline Chevet est fan du Japon et qu’elle nous invite à l’aimer nous aussi.

Les premiers émois adolescents vus par 4 ados différents

Le deuil et le mystère ne sont pas les seules problématiques abordées dans ce livre. Céline Chevet nous propose une étude de l’amour et du sexe à travers ses principaux protagonistes incarnant, chacun à leur manière, une manière d’aimer ou d’envisager les relations.

Il y a tout d’abord Akiko,  la jeune fille discrète, amoureuse de Julian mais qui n’ose pas lui dire. Elle est tellement timide qu’elle se fait oublier par tous et surtout Julian. Elle est vierge mais n’a pas de honte à aborder le sujet du sexe.

Julian incarne quant à lui le garçon fragile et rêveur, amoureux fou d’une morte. Il vit dans l’idéalisation de l’amour, sans son côté sexuel. Il est vierge et n’a toujours pas tourné la page de son amour perdu, malgré la présence d’Akiko et de Haru.

Souichiro est le garçon beau-gosse qui enchaîne les relations sexuelles avec des filles plus âgées sans s’attacher. Il souhaite une relation lui conciliant amour et sexe, ce qu’il va trouver mais à travers un amour interdit.

Enfin, Haru représente la jeune fille provocatrice, consciente de l’effet de son corps sur les garçons. Elle aimerait que Julian aille plus loin avec elle mais il s’y refuse. Elle est pourtant amoureuse de lui malgré ses provocations et moqueries.

Les relations amoureuses et sexuelles vont s’entremêler subtilement dans le récit avec le mystère de la soeur disparue, transformant l’histoire en récit d’initiation. Surmonter le deuil, c’est aussi vivre, se lier aux gens et donc aimer. Seul un personnage réussira le passage vers la vie adulte, mais ce ne sera pas sans heurts, car la transformation en adulte suppose l’abandon de ses illusions.

Un roman-enquête oscillant entre le rêve et le fantastique

L’histoire, semblable à un thriller est pleine de rebondissements. Quand on penserez avoir compris ce qu’il s’est passé, une petite phrase fera tout basculer et vous remettrez tout ce que vous aviez lu jusque là en perspective. L’auteure est très douée pour ménager son suspense.

Pour en arriver jusque là, il vous faudra suivre l’enquête vue à travers le regard de Akiko, Julian et Souichiro, qui chacun à leur manière, apporteront des éléments à l’enquête. Mais méfiez-vous !  Julian est rêveur, Akiko invisible, et Souichiro a des choses à cacher…

Des épisodes seront particulièrement difficiles à lire, faisant basculer le récit dans l’horreur. Si vous êtes une âme sensible, vous serez prévenu !

A côté du roman policier, quelques éléments viennent apporter une touche de poésie ou de fantastique à cette histoire.

J’ai noté la présence d’objets en apparence anodins, comme tirés des romans de Haruki Murakami, mais qui ont une importance : les morceaux de sucre collectionnés par Akiko, la pièce de 5 yens voyageuse de Souichiro, l’amulette de la soeur de Souichiro, Haru qui tresse des nuages avec ses baguettes… Ils apportent une touche incongrue, un je ne sais quoi au récit. Et jusqu’au bout, on ne sait pas pourquoi on s’y accroche, mais on y repense jusqu’à leur trouver parfois un lien, une connexion avec l’intrigue principale.

A côté de cela, les personnages ont tendance à exprimer leurs émotions par des couleurs, ce qui renforce ce côté poétique. La couverture du livre évoque parfaitement ces tonalités qui nous enveloppent, passées les premières pages.

Enfin, la fin du roman m’a laissée perplexe : et si tout ceci n’avait été qu’un rêve éveillé de l’un des personnages ? Cela a-t-il vraiment eu lieu ?

En conclusion : La fille qui tressait les nuages est un très bon roman à suspense qui m’a fait réfléchir sur la société japonaise, le deuil et les histoires d’amours. C’est aussi une histoire qui vous emmènera tantôt vers des chimères poétiques, tantôt vers des cauchemars effrayants.

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PARTIE SPOILERS ( A ne lire que si vous avez déjà lu le roman, pour étayer votre réflexion)

Je vais revenir sur deux points que je trouve formidables dans cette histoire, et cela en sera fini de cette article (enfin !).

Le fait que Akiko et Haru soient présentées en opposition par l’auteure est tout simplement génial car cela nous donne un indice subtil sur ce qu’est Haru réellement. Haru est un vrai fantôme, mais elle semble plus réelle aux yeux de Julian qu’Akiko. De son côté, Akiko est considérée par tous comme inexistante. Même sa famille l’oublie, c’est dire ! J’aurais dû voir venir qu’Haru était un fantôme mais je me suis laissée prendre à ce piège très ironique !

Pour terminer, je reste encore sur des suppositions concernant la fin de cette histoire. Julian a-t-il rêvé ce qui est arrivé ? Souichiro est-il vraiment à Paris ? Akiko est-elle décédée dans la maison de famille des Sakai (Julian l’aurait enfermé dans la cave). Le morceau de sucre au fond de la poche de Julian lui rappelle bien quelque chose…mais quoi ? On dirait qu’il a complètement oublié Akiko après avoir libéré l’esprit d’Haru. Restent des suppositions, comme dans Inception, avec la fameuse toupie qui tourne, tourne, tourne…sans que l’on sache si tout ceci était vrai ou non.

 

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

Couchers de soleil et Onigiri,

A. Chatterton

 

 

 

Publié dans Lectures

Les Héritiers d’Higashi, Clémence Godefroy, éditions du Chat Noir #PLIB2020 #PAC2019

Pour moi, 2019 est synonyme de littérature young adult autour du thème du japon et des yokai. En ce sens, il m’a paru naturel de lire et proposer Les héritiers d’Higashi au Pumkin Autumn Challenge pour la catégorie Mon voisin le Kodama dans Automne Enchanteur, mais aussi dans la sélection du PLIB 2020. Mais pourquoi ce roman a-t-il retenu mon attention ? 

Résumé :  Il y a bien longtemps à Higashi, les différentes lignées de bakemono, ces humains porteurs d’esprits animaux et dotés de pouvoirs incroyables, vivaient en harmonie. Mais la guerre les a décimés, et depuis un siècle le clan Odai et les descendants des renards règnent sans partage sur l’archipel, reléguant les autres bakemono aux brumes du passé. Ayané, jeune disciple de l’Ordre de la Main Pure, se soucie bien peu de ces légendes. Pleine d’énergie mais peu disciplinée, elle aimerait surtout faire ses preuves au combat. Jusqu’au jour où ses supérieures lui assignent une mission très spéciale : partir au service d’un clan prestigieux dans le nord du pays et veiller sur leur hôte, Numié Dayut, une princesse exilée qui cache un lourd secret.

Mon avis :

Une plongée dans un Japon médiéval-steampunko-magique et de Bakemono.

Dans ce récit, vous trouverez une intrigue à plusieurs voix, (à l’image du Trône de Fer de George R.R. Martin), qui se rejoignent à différents moments de l’histoire.

Les personnages principaux sont soit des bakemono (esprit d’animaux qui ont forme humaine), soit des humains.

On suivra Ayané, présentée dans le résumé, la princesse Numié Dayut, mais aussi Yoriko, une Bakemono chat, Tanuki un Bakemono chien raton-laveur et pleins d’autres : des loups (Okamis), serpents (orochis) et des araignées (jorogumo)… et surtout le clan Odai, et les Bakemono renards, les nogitsune.

On sent que l’auteure s’est beaucoup documentée concernant les Bakemono afin de créer une vision réaliste de son univers. Par ailleurs, la ville d’Higashi d’où est tirée le nom du lieu principal de l’intrigue, existe réellement au Japon. Elle est située sur l’île d’Okinawa et est présentée comme un village d’eau, de fleurs et de pins, ce qui rejoint la nature très luxuriante décrite dans le roman.

L’époque d’Higashi est une forme de Japon médiéval où les Bakemono se mêlent aux humains en secret pour les minorités qui se sont faites écraser, ou en plein jour pour les renards grands vainqueurs de la guerre.

Cependant, quelques éléments viennent perturber ce côté moyen-âge très ancré dans le folklore. Tantôt nous rencontrons une touche steampunk par des palanquins à hélices autonomes, tantôt il s’agit de magie avec des armures de pouvoir qui décident seules de leur porteur ou des serrures en « métal flottant » réagissant à la magie pour mieux se refermer, voire des objets qui prennent vie, les tsukumogami.

J’ai personnellement beaucoup apprécié de rechercher à quels animaux ressemblent les Bakemono mentionnés et si le récit s’ancrait dans une forme de réalité historique.  Mais la présence des noms de ces Yokaïs en japonais, même s’il apporte une forme d’authenticité, pourra peut-être gêner certains lecteurs.

C’est un roman d’apprentissage féminin… mais pas que !

Les trois personnages principaux sont Ayané, Numié et Yoriko, trois femmes d’âges et de profils différents.

Ayané est une jeune orpheline servant l’Ordre de la Main-Pure. Elle est une sorte de garçon manqué plus préoccupée par les arts-martiaux que par son apparence et a des difficultés à respecter les notions d’humilité et de chasteté de l’Ordre. Elle est ignorante de ses origines et n’a pas de futur qui l’attend. C’est un personnage jovial, empathique et un peu maladroit par moments, mais toujours respectueuse de sa mission.

Numié Dayut est une princesse qui était destinée à un grand avenir, avant de tomber aux mains des renards.  C’est une jeune femme aux abords froids, soucieuse de l’étiquette,  méprisante avec son entourage, mais qui possède un bon fond, voire…un coeur !

Quant à Yoriko, il s’agit d’une bakemono chat âgée, qui adore les jeux d’argent. Elle est plutôt roublarde, paresseuse et dotée d’un pouvoir de persuasion très utile pour se libérer de ses créanciers. Ses dettes et son statut de bakemono vont l’obliger à se recréer une nouvelle identité et à faire preuve d’ingéniosité pour se sortir du pétrin dans lequel elle s’est fourrée.

Bien que classé dans la collection Neko, dédiée aux mythologies asiatiques, aux éditions du chat noir, le roman explore les premiers émois amoureux avec les personnages d’Ayané et Numié, sujet cher au coeur de Clémence Godefroy, qui l’aborde dans pratiquement l’ensemble de ses romans.

En ce sens, l’histoire suit l’intrigue d’un roman d’apprentissage classique féminin, où l’amour permet à l’héroïne d’évoluer.

Cependant, ce n’est pas le sujet principal du roman.

En effet, la mythologie reprend rapidement le dessus avec de manière sous-jacente, le conflit qui oppose l’ensemble des bakemono survivants, au clan des renards. Ce qu’on retrouve avec l’histoire de Yoriko, puis des deux autres.

De ce fait, d’un roman d’apprentissage féminin, on bascule brusquement dans une épopée fantastique sur fond révolte. L’origine du titre de la série prendra tout son sens dans le dernier chapitre, permettant d’assembler les différentes pièces du puzzle qu’aura disséminés ça et là l’auteure.

Il m’a fait penser aux romans de Jean-Laurent Del Socorro présentant une attente latente qui ne demande qu’à exploser.

Vous l’aurez compris, difficile de parler de cette histoire sans en dévoiler trop sur l’intrigue car tel un roman policier, si l’on connaît la fin, à quoi bon le lire ?

Note pour ceux qui seraient déjà séduits : Okami-Hime est le premier tome d’une trilogie. La deuxième partie est censée être publiée au printemps prochain.

Par ailleurs, il est en lice pour le PLIB 2020 dont j’ai déjà parlé dans un précédent article, parmi une liste de 20 romans présélectionnés.

En conclusion : Okami-Hime est un roman young adult mêlant destins féminins et folkore japonais, qui vous captivera autant pour ses romances que son exploration des mythes asiatiques, le tout sur fond de révolte clanique.