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7 questions à Jean-Luc Bizien, sur L’appel du Dragon, éditions ActuSF

Suite à la sortie de son dernier roman Young adult pour la collection Naos des éditions ActuSF, j’ai eu le plaisir d’interroger (ou plutôt de cuisiner !), le grand Jean-Luc Bizien sur la réédition de ce roman qui date de 2000. L’occasion aussi de l’interroger sur la suite de cette série prometteuse…

Amélia : « Avec l’Appel du dragon, vous rééditez en 2017 et en un volume deux tomes de la série des Empereurs Mages, une série de trois romans pour adolescents que vous aviez publiée en 2000. Pourquoi maintenant ? Pensez-vous écrire une suite? ( NB : le volume réédité comprend les tomes 1 et 2 de la série, il reste un troisième tome non-réédité). »

Jean-Luc Bizien :  » J’ai repris il y a quelque temps ces romans. Je les ai feuilletés avec un certain plaisir, avant de jeter des notes sur mon clavier. L’envie d’écrire une suite à la trilogie m’est venue, comme une évidence. Ne me manquait qu’un éditeur. J’ai soumis le projet à Jérôme Vincent d’ActuSF, qui s’est montré enthousiaste. Je suis ravi de pouvoir travailler avec lui. J’aime sa rigueur, sa passion, sa vision de l’édition. Il est extrêmement créatif et réactif (à mille lieues de certains petits marquis du livre, qui hésitent pendant des mois en exécutant une danse grotesque avant de se lancer à reculons dans un projet qu’ils ne défendront pas, au final). Jérôme dit « oui » ou « non », mais il agit en conséquence. C’est lui qui a eu l’idée de réunir les deux premiers romans en un seul tome. Je lui fais totalement confiance. Le troisième titre sortira effectivement accompagné d’un quatrième, inédit celui-là. »

Amélia : « Vous êtes plus connu comme auteur de romans policiers pour adultes que d’Héroïc Fantasy pour adolescent. Comment passe-t-on d’un genre à un autre? Un challenge ? Une envie d’évoluer? Ou pensez-vous que c’est complémentaire ? »

Jean-Luc Bizien :  » C’est amusant de constater qu’aujourd’hui une majorité de lecteurs pensent que je me tourne vers l’écriture pour la jeunesse, après avoir longtemps publié pour les adultes. La vérité, c’est que j’ai COMMENCÉ par le jeu de rôle en 1988, puis la jeunesse. J’ai publié des livres-jeux dès 1995, aux éditions Gründ (près de 70 titres parus, pour un total de vente de deux millions et demie d’exemplaires). Je suis ensuite passé à la fantasy pour adolescents et enfin au thriller, grâce aux conseils avisés et au soutien de Serge Brussolo (un fabuleux auteur, doublé d’un immense bonhomme).Il se trouve qu’en France on ne retient pas les noms des écrivains, surtout en jeunesse. Les lecteurs de thrillers sont un peu plus sensibles au patronyme des auteurs, c’est sans doute pour cela que je suis aujourd’hui identifié comme un auteur de thrillers. Ils sont rares, parmi les libraires ou les éditeurs les plus jeunes, à savoir que j’ai publié de la jeunesse pendant plus de 20 ans. Reprendre la série des Empereurs-Mages n’est pas un challenge, mais une véritable envie : j’aime raconter des histoires et je veux aller au bout de celle-ci. L’Envol du dragon, le tome 3, s’achevait de manière abrupte et j’étais depuis lors  curieux de découvrir la suite. De plus, changer de public, de rythme, de style est pour moi un véritable bonheur. J’ai ainsi la chance d’exercer ce métier sans jamais tomber dans un « train-train » qui serait étouffant à la longue. »

Amélia : « Dans chaque tome de cette série, vous choisissez d’introduire un retournement de situation à un moment du récit. Est-ce une méthode d’écriture qui vous convient le mieux? Un moyen de bousculer le lecteur ? »

Jean-Luc Bizien : « C’est, je crois, l’un des incontournables du genre : la surprise, le rythme, les rebondissements successifs sont nécessaires – en tous cas, c’est ma vision de la fantasy. Je reste persuadé que ce genre se prête à tous les excès, jusqu’à offrir un jeu entre l’auteur et le lecteur. Mon travail consiste à vous garder en éveil, en alerte. Vous faire oublier l’effort de la lecture est pour moi la plus belle des récompenses – surtout chez les ados. Quand je commence un roman, je ne connais que la scène d’ouverture et la scène de fin. Je sais beaucoup de choses de mes personnages. Je n’ai plus qu’à les regarder faire et le récit découle de leurs choix et de leurs actions. Ces « retournements » participent probablement de ma musique personnelle, de mon tempo. J’éprouve le besoin de surprendre le lecteur… mais aussi de ME SURPRENDRE, ce qui se produit assez souvent. »

(ATTENTION ZONE SPOILERS)

Amélia : « Le premier tome de cette série décrit un triangle amoureux entre Kaylan, Shaarlun et Sheelba. Que se serait-il passé si Sheelba avait choisi Shaarlun ? Aviez-vous prévu une histoire différente avec Shaarlun comme époux ? »

Jean-Luc Bizien : « Je suis au regret de l’avouer : je n’en ai aucune idée. La question me fait sourire et, au vrai, m’intrigue aussi parce que je ne me la suis jamais posée. En commençant ce livre, j’avais une vision très précise de ce que les héros étaient, d’où ils venaient et de ce qu’ils avaient vécu avant d’arriver là. Ce qui se passe au fil de l’aventure me semble donc naturel – je jure n’en être pas totalement responsable ! »

Amélia : « Dans le deuxième tome, Kaylan subit des épreuves abominables au coeur des souterrains pour atteindre Shaarlun. Où trouvez vous l’inspiration pour décrire ces obstacles dignes de la torture? Est-ce que vous aimez torturer vos personnages? »

Jean-Luc Bizien : « Pas du tout. Je suis plutôt doux et calme dans la vie – au moins, jusqu’à un certain point. Même si j’écris des histoires de psychopathes, de meurtres en série, de sorciers défiant les forces du Mal et basculant dans les ténèbres… mon psy va bien, merci pour lui ! Je vais chercher ces idées dans l’espoir de faire peur au lecteur, de le faire frissonner, de créer une forme d’empathie avec les héros. Pour ce faire, rien n’est plus simple : ce qui me fait peur, si je ne triche pas, doit faire peur au lecteur. Je joue donc à me faire peur, à évoquer ce qui m’inquiète, ce qui me fait rire ou me pose question. Mon travail consiste ensuite à trouver les mots justes, pour partager au mieux les divers sentiments avec ceux qui me lisent. (Et je jure solennellement n’avoir pas de dragon dans mon grenier, ni m’adonner à l’élevage de monstres.) »

Amélia : « Toujours dans le deuxième tome, Kaylan se pose des questions sur son rôle de souverain et sur son évolution avec l’âge. Est-ce un clin d’oeil que vous  faites au lecteur (ou à vous-même) sur le fait de mûrir? »

Jean-Luc Bizien : « Bien sûr. J’ai écrit ce livre il y a presque 20 ans, j’étais alors un trentenaire qui commençait à publier, dans l’espoir de vivre de sa plume. J’avais déjà exercé plusieurs métiers, vécu des vies différentes ici ou là. Je découvrais ce territoire inconnu .C’est à la fois un clin d’œil, et une forme d’avertissement aux lecteurs adolescents : on n’a qu’un vie, qu’il convient de vivre pleinement tout en mesurant les conséquences de ces actes. Je n’ai pas pour autant peur du temps qui passe. Je crois qu’on choisit mon métier (il faudra un jour faire reconnaître « auteurs de thrillers et de fantasy » comme un véritable métier) non pas parce qu’on refuse de grandir… mais parce qu’on a décidé, une fois pour toutes, de BIEN VIEILLIR. »

Amélia: « Tournons-nous vers l’avenir de cette série. Quelques mystères subsistent autour du passé de Sheelba et de Shaarlun. Pensez-vous écrire une préquelle à ce récit un jour? »

Jean-Luc Bizien : « J’aime laisser planer quelques doutes. La fantasy est un genre dans lequel on a trop tendance à vouloir tout expliquer, tout justifier. En laissant le lecteur s’approprier mes personnages, je lui accorde ma confiance et je ne bride son imaginaire d’aucune manière. Ce livre, une fois entrouvert, ne m’appartient plus. C’est celui de chaque lecteur, qui en fera ce que bon lui semble. Je ne formule qu’un souhait : que le récit fasse passer un bon moment à tous ceux qui choisissent de s’y plonger. Quant à écrire une préquelle… l’idée est séduisante. Il me faudra juste trouver le temps, parce que j’ai de nombreux projets, tant en direction des adultes que des adolescents. Une chose est sure : je sais EXACTEMENT quels thèmes aborder pour l’occasion. Le titre de travail est déjà trouvé. Ce sera « le Sang du Dragon », mais je n’en dirai pas plus. Pour l’heure, l’important est d’achever le tome 4… et peut-être, en écrivant le mot « FIN », de laisser entrevoir la possibilité d’une nouvelle saga. Qui sait ? »

Si vous n’avez pas encore lu L’appel du Dragon, je vous invite à lire ma chronique dans la rubrique Lectures, pour vous donner une idée. 😉

Clochettes et paillettes,

A.Chatterton

Cette interview a été préalablement réalisée et publiée par mes soins sur Portdragon.fr

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Cinq questions à Fabien Cerutti

Suite à la sortie du tome 3 de la série du Bâtard de Kosigan dont il est l’auteur, j’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Fabien Cerutti à propos de son fameux bâtard bourguignon.

Amélie : D’où vous est venue l’idée de cette uchronie ? L’envie de jouer avec l’Histoire peut-être ? On sent l’Historien qui maîtrise son sujet derrière vos récits.

FC : « Oui, jongler avec l’histoire est extrêmement agréable. C’est venu naturellement en rapprochant deux de mes passions : la littérature imaginaire et mes études d’histoire. J’apprécie particulièrement d’unir le vrai et le faux, et d’imaginer des intrigues dans lesquelles certaines personnes, à divers moments au cours des siècles, ont eu la tentation de faire de même. Réellement. «

Amélie : Le Bâtard est un homme à femmes et plutôt volage. Va-t-il trouver chaussure à son pied dans les tomes suivants ?

FC : « Peut-être à Cologne, il faudra lire le tome 4 pour le découvrir. Ou peut-être plus tard, lorsque le Bâtard rentrera dans sa Bourgogne natale. Il est de toute manière très délicat de mêler romance et aventure dans un des romans du Bâtard, car l’action et le côté thriller exigent un rythme différent de celui des jeux du cœur. Ou alors, on reste dans des construction à la James Bond, avec des romances artificielles et purement physiques. C’est délicat à gérer, mais j’ai essayé de m’y frotter un peu dans le tome 4. »

Amélie :  Qu’un coup, Dunevia, Edric… les personnages secondaires faisant partie de la compagnie du Bâtard ont quand même une histoire personnelle assez développée. Pensez-vous que les personnages secondaires sont aussi importants que les principaux dans une intrigue ?

FC : »Cela dépend de l’intrigue. J’essaie d’équilibrer les choses car changer de point de vue permet de varier les écritures, ménager les tensions et aérer l’ensemble du roman. Mais j’aime aussi me focaliser sur le ou les personnages principaux parce qu’en tant que lecteur, il m’arrive d’être frustré de rester trop longtemps sans lire la suite de leurs péripéties. »

Amélie : Après les chroniques de Kosigan, avez-vous un autre projet en tête ? Peut-être l’adaptation de vos romans sur écran (petits ou grands)?

FC : « J’aimerais beaucoup voir le Bâtard de Kosigan adapté au cinéma ou mieux en série. Les histoires que je construis s’y prêtent tout particulièrement et il y a là un potentiel gigantesque. Mais, je ne connais personne dans ce milieu par conséquent il est peu probable que cela aboutisse. Pour le moment en tout cas … Quant à mes autres projets, ils sont nombreux : un recueil de nouvelles dans l’univers de Kosigan, un second cycle du Bâtard, une éventuelle adaptation en bande dessinée, une traduction en anglais, et pourquoi pas une de mes envies annexes, de la poésie d’aventure pour enfants. Il y a de quoi faire. »

Amélie : Comment conciliez-vous votre travail d’écrivain et celui d’enseignant ?

FC : « C’est compliqué car l’écriture est une activité extrêmement prenante et le métier d’enseignant, quoi qu’on en dise, présente de nombreux impératifs et engendre beaucoup de pression. Le moins que l’on puisse dire c’est que les deux mis bout à bout dévorent la quasi-totalité du temps dont je dispose et une bonne partie de celui dont je ne dispose pas. »

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

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Cinq questions à Jean-Laurent Del Socorro sur Boudicca (Imaginales d’Epinal, en mai 2017)

A l’occasion du festival des Imaginales, j’ai eu le plaisir de rencontrer Jean-Laurent Del Socorro pour évoquer avec lui son roman Boudicca, paru aux éditions ActuSF.

Amélie :  On remarque dans Boudicca que vous vous exprimez à la première personne, contrairement à un Royaume de Vent et de Colères qui était un roman choral avec plusieurs personnages exprimant leur point de vue sur la même situation. Pourquoi changer de style? Un challenge d’écrivain?

JLDS : Dans mon premier roman, j’ai effectivement utilisé le montage singulier du roman choral car c’est une formule que j’affectionne et qui me correspond. Dans Boudicca, j’ai souhaité innover pour progresser, pour le challenge, mais aussi, parce que je voulais garder une ligne narrative cohérente. Le roman traite de Boudicca, par Boudicca elle-même. Il est donc normal qu’elle s’exprime à la première personne et que l’on suive son évolution à travers son propre regard.

Amélie : Vous indiquez une bibliographie de références historiques liées à Boudicca en fin de livre, avez-vous effectué beaucoup de recherches sur Boudicca avant l’écriture du livre? Comme par exemple, le quotidien des Icènes ou des détails concernant maniement des armes?

JLDS : Je ne suis pas historien de formation, plutôt un scientifique. Néanmoins, il m’a semblé important garder une cohérence historique et aussi d’éviter les préjugés sur l’Histoire. On ne peut pas s’appuyer sur les séries TV car certaines d’entre elles ne sont pas toujours fiables historiquement parlant ( pour des raisons scénaristiques souvent). J’ai fait appel à un archéologue pour relire mon histoire mais aussi à d’autres personnes pour garder cette cohérence -même si moi aussi, je m’autorise des écarts ponctuels avec la réalité.

J’écris mes romans seul, puis je me fais relire par un groupe de relecteurs choisis et ce, pour plusieurs raisons.  Tout d’abord, j’aime le travail d’équipe, cela me permet de rompre avec la solitude de l’écrivain. Ensuite, je suis dyslexique. Par conséquent, mes correcteurs corrigent mes imprécisions orthographiques. Enfin, pour ce qui concerne Boudicca, il était difficile d’écrire et de parler à la place d’un personnage féminin étant un homme. Mes relectrices m’ont permis d’apporter les modifications nécessaires pour garder un ton juste.

Amélie : Vous présentez Boudicca comme un roman historique où la fantasy est très légèrement présente. Est-ce plus facile pour vous d’écrire du roman historique que de la fantasy? A quand un roman de pure fantasy?

JLDS : J’ai besoin de matière historique forte pour écrire mes romans. Je préfère utiliser une référence historique qui a un écho dans notre époque contemporaine à travers la thématique qu’elle véhicule. Avec Boudicca, j’évoque la place de la femme dans la société mais aussi comment naît une insurrection. En ce sens, un roman de Fantasy pure me donnerait trop de travail. Il est plus facile pour moi d’introduire des éléments de fantasy dans mes romans. Je me définis plutôt cependant comme un auteur de genre (de roman historique).

Amélie : Votre style, conçis et percutant, oscille entre le roman et la nouvelle. On sent que chaque mot écrit est pesé en vous lisant. Pensez-vous réussir un jour une saga en plusieurs tomes comme d’autres auteurs fantasy?

JLDS :  Mon style me vient de ma formation de scientifique, d’où une certaine épure dans mon écriture. Je me vois plutôt comme un expert technique. Quand j’écris, je ne raisonne pas en termes de saga, je me demande plutôt quel sera le bon format adapté à mon sujet.  Si je devais écrire une trilogie par exemple, je devrais écrire les trois tomes en une fois puis les retravailler par la suite pour garder mon style épuré.

Amélie : A la fin de Boudicca, on découvre un extrait d’un autre livre qui évoque la récolte du Tea Party aux Etats-Unis. Est-ce le début d’une nouvelle aventure littéraire ou souhaitiez-vous simplement établir un lien avec l’histoire de Boudicca?

JLDS : J’ai l’impression d’avoir raté ce que je voulais faire avec cette nouvelle. Pour résumer, elle a deux buts. Tout d’abord, elle fait écho à Boudicca à travers la thématique de la révolte : des années après, dans un autre pays, les cendres de la révolte de Boudicca ne sont pas encore éteintes qu’une autre insurrection prend forme… Ensuite, j’ai souhaité terminer mon roman avec une note positive en montrant qu’une révolte initiée par de petites gens peu aboutir.

Je remercie Jean-Laurent Del Soccoro d’avoir eu la gentillesse de se prêter à mes questions.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ses romans Boudicca, Un Royaume de Vent et de colères, et Je suis fille de rage, je vous invite à lire mon avis sur les deux livres dans la rubrique Lecture.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr