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Les tribulations d’Esther Parmentier, Cadavre haché, vampire fâché, Maëlle Desard, Rageot éditions

Une lecture légère et amusante pour l’été, cela vous tente ? Faites la rencontre d’Esther Parmentier, une fille ordinaire qui se découvre sorcière de bas niveau et embarquée comme stagiaire dans une sorte de police magique. Réussira-t-elle à s’en sortir avec son caractère de cochon et ses complexes ? Pour cela, entrons dans ce premier opus hilarant…

Résumé : Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Mon avis

Esther, un personnage à part entière

Dès le départ, l’auteure nous propose un personnage attachant qui n’a pas la langue dans sa poche et bourré de complexes. Esther a 19 ans, des bourrelets en trop, des cheveux ultra-rebelles, a la phobie du sport et déteste absolument l’été. Pas de bol, à Strasbourg où elle fait son stage de comptabilité, c’est la canicule !

Ajoutez à cela une mère qui lui a piqué son petit-ami, une addiction aux jeux-vidéos et sa propension à se fourrer dans des situations qui lui valent des ennuis et vous aurez un portrait en règle de sa petite personne.

Même quand elle se découvre un don de sorcière, il s’avère nul (sorcière de niveau 2 !). Cependant, la petite rousse a plus d’un tour dans son sac et va se révéler une enquêtrice hors pair lors de cette première aventure.

Accompagnée de son tuteur, le ténébreux vampire Loan, qui ne peut pas la piffer, de Mozzie un fantôme ultra-connecté, de Marine une Banshee invisible qui ressemble à une poupée Bratz, de Roger un papi-goule, de Dario le Djinn exhibitionniste et du capitaine Verner un loup-garou à moustache, elle va devoir s’adapter à son nouvel univers et résoudre une enquête autour d’adolescents disparus. Compliqué pour des débuts !

Moi qui ne supporte pas la chaleur, j’ai plus qu’acquiescé aux récriminations d’Esther sur les gens aux aisselles puantes dans les transports en commun ou encore le port de la veste en cuir qui devrait être interdit au-dessus de températures dépassant 24 degrés.

J’ai ri de son franc-parler, de ses prises de becs avec Loan, des situations dans lesquelles elle réussit à se fourrer sans le vouloir, des personnages secondaires tout aussi barrés.

J’ai ri aussi du décalage entre l’équipe (bien calée sur la magie mais pas la modernité) et Esther qui est bourrée de références geeks ou tout simplement au 21ème siècle auxquelles le vampire, le loup-garou ou le Djinn ne comprennent rien.

Ce personnage change des héroïnes parfaites habituelles trop lisses qui sont parfois agaçantes de perfection. Esther qui dit ce qu’elle pense, avec parfois un peu de culot et une touche d’humour, et on a l’impression qu’elle est une sorte de porte-parole du lecteur qui casse les codes de l’univers établi dans ce livre. Et ça fait du bien !

Une enquête aux multiples rebondissements

Au-delà du côté humoristique du livre et de son personnage principal haut en couleur, on trouve une enquête policière qui nous mène du côté des vampires mais aussi d’un challenge internet : le Ghost Challenge. Sous couvert du challenge, des jeunes adolescents disparaissent mystérieusement.

Le corps de l’un d’entre eux est retrouvé par l’ACDC (=l’Agence de Contrôle et de Détection des créatures, on sent que l’auteure s’amuse !) où Esther est stagiaire. Voilà notre héroïne partie avec l’agent Loan sur les traces des vampires et d’un trafic de venin et la découverte d’autres organisations : des terroristes magiques, une association réclamant l’indépendance des goules, le conseil des anciens vampires, etc…

La fine équipe ralliera plusieurs villes : Montpellier, la Bretagne, et rencontrera d’autres agents dans des bureaux tout aussi pourris que ceux de l’ACDC, ainsi que d’autres créatures magiques plus ou moins amicales.

Sans vouloir en dévoiler plus, vous irez de révélations en révélations autour de l’univers magique mais aussi du passé des personnages, qui feront avancer progressivement l’histoire.

La fin de l’enquête, sur les 20 dernières pages est plutôt bien menée et ne vous laissera pas sur votre faim.

L’auteure a su conclure efficacement l’enquête ainsi que plusieurs arcs narratifs avancés dans l’histoire. Un autre tome est à prévoir, mais il sera plutôt centré sur les origines magiques d’Esther et son apprentissage de sorcière, amenant une autre enquête.

Un univers basé sur la discrimination

Dans ce premier opus, nous apprenons en même temps qu’Esther l’existence d’un univers magique dans une autre dimension auquel on accède par des portails créés par des sorcières. Cet univers est réglementé par un organisme appelé le CRIS qui régit également le comportement des créatures magiques sur terre.

Les créatures magiques sont le fruit de l’union entre des êtres Sidhiens et des humains : Sorcières, Djinns, Loup-garous… Mais tous ne sont pas au même niveau.

Les sorcières sont en haut de l’échelle grâce à leur capacité à ouvrir des portails, importants pour les échanges commerciaux ou de nourriture avec la terre. Les loup-garous sont souvent des chefs de meute ou d’équipe grâce à leur capacité à se faire obéir des autres créatures.

A l’inverse, les vampires et les goules sont mal-aimés. Les premiers à cause de leur côté rebelle et imprévisible, et parce qu’ils se nourrissent des humains. On les appelle les sangsues. Les seconds parce que ce sont des créations de vampire qui n’obéissent qu’à eux. On les appelle les asticots.

Les goules sont un cas à part, et vraiment en bas de l’échelle sociale. Ils sont à la fois craints car ils se nourrissent de chair en décomposition et savent se battre férocement, mais aussi utiles pour retrouver les souvenirs d’une victime par des visions en mangeant une partie de son corps. Ce sont des créatures issues d’humains trop souvent mangés par des vampires qui se sont métamorphosés à cause du venin injecté par leurs maîtres.

Certaines goules se revendiquent libres, sans maîtres ce qui a pour effet d’attiser une animosité de la part des vampires, craignant de voir ces créatures échapper à leur contrôle et exister sans eux, mais aussi les tuer sans sommation.

A travers cette enquête, on verra que le statut de goule s’apparente presque à une forme d’esclavage moderne, mettant les vampires du côté des racistes.

L’agent Loan est également l’objet de discriminations car il est le seul vampire de l’Agence. Il est méprisé à la fois par ses collègues agent car il est un suceur de sang, mais aussi par les vampires car il travaille avec l’ennemi.

Quant à Esther, elle cumule plusieurs discriminations dans cette histoire : en plus d’être rabaissée comme stagiaire sans expérience (alors qu’elle a plus de jugeote que toute l’équipe réunie), et sorcière de bas étage, elle est victime de grossophobie. La scène de sa rencontre avec la responsable de l’agence de détection et contrôle des créatures magiques de Montpellier est assez éloquente sur le sujet. Cependant, la rouquine ne se démonte pas et use de son intelligence et de sa gouaille pour rabattre le caquet de ceux qui se moquent d’elle. Une belle leçon de vie.

Quelques bémols :

Quand j’ai commencé le roman, je suis tombée sur quelques clichés (ex : le vampire habillé comme Neo dans Matrix) et j’avais l’impression de comprendre en quelques pages une intrigue avec de grosses ficelles. Que nenni ! J’ai bien fait de persévérer car le dénouement m’a bluffée.

Destiné à un public jeunesse, je trouve que ce livre se lit aussi bien du côté des adultes. Je n’ai pas compris pourquoi il était classé en Young adult et j’ai l’impression qu’il rate son public. Le fait que l’héroïne ait 19 ans, évoque des références modernes à internet et la présence de langage sms à un moment donné de l’intrigue ne justifie par cette catégorisation à mon sens. Au contraire, je trouve qu’Esther a des réflexions très matures concernant l’enquête pour son âge. La même enquête avec une héroïne un poil plus âgée mais assumant son côté geek ne m’aurait pas choquée.

Pour revenir au langage sms utilisé par Esther en milieu de roman, j’ai été agacée de sa traduction en bas de page. Non pas que cela soit inutile pour ceux qui ne maîtrisent pas cette forme d’expression, mais l’utilisation du langage soutenu m’a parue incongrue. A moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’humour…

En conclusion : Maëlle Desard introduit parfaitement son univers pour ce premier tome, à travers le personnage déjanté d’Esther, et nous propose dans un style frais à l’humour décalé, une enquête aux multiples rebondissements. Un roman d’été qui vous fera pleurer de rire.

Publié dans Dialogues avec mon chat

Changement d’heure et confinement

Ou quand Amélia essaie d’expliquer à son chat des notions bien humaines…

4h30 du matin. Le chat Gimli gratte la porte de la chambre d’Amélia en miaulant à s’en faire péter les cordes vocales :

« Esclave ! Réveille toi ! J’ai faim ! Et puis, ton réveil n’a pas sonné. »

Amélia dans le coaltar, grogne du fond de son lit :  » Va te recoucher, c’est pas l’heure. »

Gimli, énervé : « Comment ça, c’est pas l’heure ! C’est comme ça que tu me remercies ? De te réveiller alors que tu as oublié de mettre ta machine musicale pour le faire ? Tu vas être en retard au travail, je te signale ! Et moi, j’ai faim. »

Le chat reste planté sur ses pattes et fixe le lit d’un air résolu.

Amélia râle :  » Non, il est 4h30. Je ne vais pas être en retard, j’ai encore une heure devant moi. C’est normal si mon réveil n’a pas sonné »

Le chat, déterminé à avoir raison, continue, sûr de son fait : « Mais non, il est 5h30. C’est l’heure des croquettes. M’embrouille pas. »

Amélia répond d’un ton agacé : « Gimli, cette nuit c’était le changement d’heure, on a reculé d’une heure. »

Gimli en reste la bouche ouverte, choqué : « C’est quoi ce délire ? Sous prétexte d’une invention d’esclave, je mange une heure plus tard ? Je m’en fous, pour moi il est 5h30. C’est l’heure des croquettes. J’attends humaine, que tu me serves en bon esclave que tu es. Si on a une heure de plus, ça te fait du temps en plus pour t’occuper de moi… »

Amélia soupire : « Et tu peux pas faire comme tout le monde ? Profiter d’une heure de sommeil en plus ? »

Gimli répond d’un air catégorique: « Non, je suis un chat, je dors quand ça me chante.”

Puis, plissant les yeux, il ajoute : “ Mais comme je vois que tu n’es pas réceptive à ma demande, je te laisse dormir exceptionnellement une heure de plus. Tu vois, je suis un Maître magnanime. »

Amélia  :  » Fort aimable ». Elle se retourne dans sa couette.

Il s’éloigne de la porte à pas feutrés.

2 minutes plus tard, le réveil sonne.

Le chat est de retour à l’entrée de la chambre : « Humaine, j’ai faim ! Donne moi des croquettes. C’est l’heure maintenant ».

Amélia le toise, d’un air circonspect : « Avoue, tu matais l’heure pendant qu’on discutait. « 

Gimli entreprend de se nettoyer les oreilles. Il prend un air indifférent avant de lui répondre :  » Je suis un chat, je ne sais pas lire l’heure, je te signale… ».

 Il continue plus bas : « Par contre, je sais l’estimer avec le soleil »

Amélia la tête dans mon oreiller, se redresse d’un bond : « Tu as dit quoi ? »

Gimli, retient un sourire : « J’ai dit qu’aujourd’hui, on allait avoir du soleil… Bon tu te lèves ? »

Amélia, le toise d’un oeil noir :  » Mouais, je me lève, tu ne perds rien pour attendre. »

Gimli, d’un air narquois se dirige vers sa gamelle : « Je préfère… »

La jeune fille sort péniblement de son lit, va servir une large ration au chat, puis retourne me recoucher.

Gimli dévore sa ration, puis se plante à nouveau à l’entrée de la chambre : « Esclave !? »

Amélia, très agacée d’être réveillée à nouveau, essaie de le rembarrer : « Quoi encore ? C’est bon t’as eu à manger. Tu veux quoi de plus ? »

Gimli, interrogatif : « Pourquoi tu vas te recoucher ? Tu ne dois pas aller travailler ? »

Amélia, d’un ton docte : « Non, c’est le Confinement Gimli, je fais du télétravail. Et à partir de 8h. Donc, je peux encore dormir un peu, si tu me laisses tranquille. »

Gimli, perplexe :  » C’est quoi le confinement et le télétravail ? Je ne comprends rien. »

Amélia reprend :  » Cela veut dire que je ne dois pas sortir dehors parce qu’il y a une maladie en ce moment et que je peux utiliser mon ordinateur pour travailler à la maison »

Gimli, soulagé : « Ah d’accord, c’est comme un weekend alors ? »

Amélia, hésitante, lève un sourcil :  » Comment ça, c’est comme un weekend ? »

Gimli, d’un air suffisant : « Bah tu restes au lit, tu vas sur l’ordinateur et tu ne sors pas. »

Amélia, gênée : « Euh…oui, si on veut »

Gimli, blasé : « Vous humains, vous avez vraiment des mots compliqués pour expliquer les choses… Bon bah à dans une heure, alors ! »

Amélia, interrogative : « Comment ça, à dans une heure ? »

Gimli, pédant : « Bah oui, si c’est comme le weekend, notre accord tacite tient toujours : je viens réclamer de l’attention toutes les heures. »

Amélia, se massant les tempes : « Je sens que le confinement ne va pas être facile… »

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #5

Au sommaire de cette nouvelle veille littéraire du net : encore des ebooks gratuits, une réflexion sur le sexisme en Fantasy, un salon du livre virtuel dédié à la jeunesse, une murder party virtuelle, un documentaire sur Donjon et Dragons, la visite virtuelle des lieux emblématiques de Jane Austen, et des Bd pour bien se marrer.

Les Ebooks gratuits de la semaine 

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J’ai encore dégoté quelques ebooks gratuits ou peu onéreux cette semaine que j’avais envie de te partager.

  • Dans un article de ActuSF, la Ligue de l’imaginaire te propose des nouvelles à prix libre par 40 auteurs pendant le confinement. Dans le lot, plusieurs noms connus : Jean-Luc Bizien, Bernard Werber…
  • La Bibliothèque du Sillon Lorrain ouvre ses abonnements numériques gratuitement à des nouveaux adhérents. Il suffit de s’inscrire sur leur site internet. Magazines, romans récents, documentaires, et livres jeunesse sont disponibles dessus.
  • Envie de bd et de mangas ? Je suis tombée sur un article de IdBoox.com qui recense des ressources numériques gratuites. Je te laisse piocher, il y a pas mal de titres dont des mangas récents comme The promised Neverland ou Black Clover

Si tu n’as pas envie de fouiller parmi ces ressources foisonnantes, je te conseille trois livres :

  • Dans le même univers que La crécerelle de Patrick Moran, tu apprécieras de découvrir une nouvelle intitulée L’assassin du Praximarque en accès libre sur le blog de l’auteur.
  • Plutôt Dark Fantasy ? Essaie Nuit tatouée, le premier tome de la série de la Peau des rêves par Charlotte Bousquet, est disponible en wetransfer gratuit ici. Un roman Young adult dans un Paris Post-apocalyptique avec des chimères et une jeune héroïne à la recherche de ses origines, sur fond de lutte pour sa survie.
  • Enfin, si tu es d’humeur philosophe, Histoires de chambres de Michelle Perrot pourra te convenir. Il s’agit d’une réflexion sur l’histoire culturelle de la chambre, ses usages et occupations au fil des époques, mais aussi à travers la vision des auteurs et artistes qui écrivent confinés.

La réflexion de la semaine

prieuré orangé samantha shannon

La fantasy est-elle sexiste ?  A la lecture de cet article du blog Planète diversité qui met en exergue le roman Le Prieuré de l’oranger de Samantha Shannon et les autres romans de fantasy que l’on connaît tous, je me suis rendue compte que 1) j’avais une vision réduite des romans de Fantasy, et plutôt sexiste, 2) on pouvait mettre en valeur les personnages féminins en Fantasy sans qu’elles soient des mères, des épouses, des femmes fatales ou des guerrières badass, 3) je peux à mon niveau favoriser cette mise en valeur en lisant des romancières, ou des intrigues qui les valorisent.

En bref, un article qui m’a interpellée sur des attentes de lecture et des clichés qui me sont habituels, alors que je devrais les questionner, sans pour autant tomber dans un féminisme forcené. En bonus, cela me donne encore plus envie de lire Le Prieuré de l’oranger !

Les événements littéraires du moment 

Le salon du livre jeunesse ne peut avoir lieu cette année à Paris. Ce n’est que partie remise ! Il sera virtuel ! Sur le site du Salon, depuis le 8 mars, tu peux visiter quelques expos, t’amuser avec des jeux concoctés par les auteurs, réaliser des ateliers créatifs depuis chez toi, écouter des podcasts associés à des illustrateurs. Mon coup de coeur est le podcast sur Hervé Tullet, auteur de Un livre, un super album un peu interactif, idéal pour les enfants. En 50 minutes, l’auteur évoque ses influences littéraires, musicales, et artistique en général, ainsi que son processus de création.

Les Imaginales sont annulées ? Ce n’est pas grave ! Tu peux quand même participer à la fameuse murder party organisée chaque année par la Bibliothèque d’Epinal. Elle aura lieu pour la première fois en virtuel sur Facebook du 10 au 17 avril. Prêt à découvrir le coupable ? A vos loupes et carnets !

Les comic-strip qui me font rire en ce moment

Si tu apprécies l’humour noir un peu limite, je te conseille Les Patates de David Berry. Comme son titre l’indique, il s’agit de patates mises en scène sur quelques cases de bd autour de sujets un peu crades. La chute est toujours ignoble mais je trouve ça hilarant. David Berry a un site internet, mais il publie régulièrement des planche de 6 cases ou moins sur sa page facebook.

Sinon, Poulop, un dessinateur bordelais à l’origine d’un site sur l’éducation au dessin, propose depuis le début du confinement et chaque jour sur sa page facebook, un strip de deux cases intitulé Dédé le confiné. Sur la deuxième case, il demande aux lecteurs de choisir l’action du personnage pour le lendemain. Dédé le confiné, c’est un peu nous, mais version rat de laboratoire. Une bd interactive et amusante que je te conseille.

La mini-web-série youtube pour se poiler :

J’ai découvert cette semaine la web-série Le syndic du Donjon, par Davy Mourier qui joue sur les codes des romans de Fantasy. L’intrigue tourne autour d’une réunion de syndic des membres d’un Donjon avec pas mal de caricatures et de l’humour bien potache. On y trouve un magicien, un bourreau et sa victime, Jeanne d’Arc, un nain, un dragon, une princesse… autour des joies de la vie en communauté. Les décors extérieurs envoient du lourd, et ont été tournés en Ardèche je pense,  mais les costumes sont bien cheap . Si ça t’intéresse, il y a 9 épisodes de 5 minutes chacun sur la chaîne youtube de Davy Mourier. Cela m’a bien amusée pendant 30 minutes, même si je dois avouer qu’il y a plus de générique que de scènes jouées à proprement dit.

Le jeu de société du moment 

Les-Loups-Garous-de-Thiercelieux-Asmodee FNAC

Tu es seul(e) chez toi, et tu voudrais jouer à un jeu collectif ? Si tu connaissais Le loup garou de Thiercelleux, je t’annonce qu’il est disponible en application par Wolfy et gratuitement !

Si tu ne connais pas ce jeu, c’est simple : il s’agit d’un genre de cluedo où chaque nuit, dans un village, attaquent des loups-garous. Le but est de les débusquer quand il reprennent forme humaine, car ils font partie des villageois.  Pour jouer, il suffit de te connecter via ton compte facebook, gmail, twitter ou Discord.

La visite virtuelle littéraire

Jane Austen

Fan de Jane Austen ? Tu apprécieras la visite des 10 lieux des romans de ta romancière favorite grâce à Google Art et culture. De Basildon Park, à Belton House en passant par Bath ou encore Lyme House, tu pourras te promener dans les jardins et extérieurs de magnifiques châteaux anglais mais aussi dans Lacock, un village du XIIIème siècle où ont été tournées les scènes du film Emma de 1996.

Pour avoir visité Lacock en vrai,  je peux te dire que c’est un charmant village peuplé de boutiques à l’ancienne. C’est aussi un des lieux de tournage de Harry Potter. On y trouve  la maison des parents du sorcier ! (Près de l’église, si tu te ballades en virtuel dans le village). Si tu as l’occasion de t’y rendre en vrai un jour et que tu n’as pas de voiture, tu peux t’y rendre en bus. Attention, c’est un vrai coin paumé !

Le documentaire de la semaine 

dungeons and dragons roleplaying game

Arte propose un documentaire sur la success story du jeu de rôle Donjons et Dragons en rediffusion jusqu’au 30 septembre 2024. En cinq minutes, tu apprends comment est né ce jeu, son fonctionnement et son influence sur la culture pop actuelle (littérature, Séries TV, films, BD). Un docu super intéressant, notamment sur des notions de construction littéraire comme « donner de l’espace au lecteur pour jouer… » Au passage, on retrouve une interview de Joann Sfar, l’auteur des BD Le chat du rabbin et Donjons qui explique comment le jeu a influencé sa création littéraire.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Tasse de thé et jeux de société,

A.Chatterton

 

 

Publié dans Lectures

L’échiquier de jade, Alex Evans, Editions ActuSF

Suite directe de Sorcières Associées du même auteur, L’échiquier de Jade a longtemps attendu dans ma PAL avant de trouver pour moi la bonne occasion de le lire. C’est dans le cadre du mini-challenge de Noël organisé par le PLIB que j’ai pu le ressortir, afin d’en apprécier toute sa saveur en cette période de fêtes. Voici venir une nouvelle aventure de Tanit et Padmé, sorcières à Jarta, la Cité où l’argent règne en maître et où la magie est imprévisible…

Résumé : Retour dans la cité de Jarta. La ville est en pleine ébullition. Les manifestations des opposants à la visite de l’ambassadrice d’un Empire fermé et agressif provoquent de sérieux remous. Dans le même temps, tous les sorciers de la ville sont réquisitionnés pour combattre un démon qui a dévoré deux personnes. Résultat, les forces de l’ordre confient deux nouvelles enquêtes aux sorcières Tanit et Padmé, et notamment le vol d’un antique échiquier en jade que la ville comptait offrir en cadeau à l’ambassadrice. L’incident diplomatique n’est pas loin…

Mon avis :

Où l’on en apprend plus sur nos sorcières préférées

Alex Evans profite de ce deuxième tome pour approfondir la psychologie de ses personnages et nous présenter, grâce à quelques chapitres, des événements de leur passé.

On découvre alors une histoire où la jeune Tanit, tumultueuse espionne, est propulsée dans une île dangereuse auprès de militaires. Quant à Padmé, enfant sage terrorisée par ses pouvoirs incontrôlables, elle est envoyée en pension chez une tante folle par sa riche famille.

Par ailleurs, ces épisodes participent à faire avancer l’intrigue et à comprendre les réactions des deux sorcières dans le présent : Tanit tient en haute estime l’honneur des espions et a développé un fort caractère après un passage dans l’armée et une enfance d’étrangère mal intégrée. De son côté, Padmé se méfie de la politique et cherche à protéger son statut de magicienne en créant une ligue, après son séjour chez sa tante.

Sur ce tome, il m’a semblé que les deux personnages principaux prenaient plus de relief et, contrairement au premier tome ( Sorcières Associées), faisaient entendre leurs voix de manière distincte.

Une enquête aux multiples rebondissements

L’auteure alterne les points de vue d’un chapitre à un autre, ce qui permet à la fois de rythmer le récit, mais aussi d’inviter le lecteur à participer à l’enquête. Celui-ci récupère les indices par les deux magiciennes, qui elles, n’ont pas forcément le temps de se voir pour faire des mises au point.

Cette enquête est plus complexe dans le précédent roman. J’ai trouvé que cela lui apportait du sérieux, pour un récit qui se veut au départ léger et amusant.

L’auteure nous ballade pas mal entre plusieurs intrigues, mais ce n’est jamais sans raison. Tout finira par se rejoindre, même si trouver le coupable dès le début n’est pas gagné.

Pour vous donner une idée de la multitude des rebondissements, j’ai compté une apparition de monstre,  un vol d’objet précieux, une escroquerie liée à la voyance, le retour d’une secte intégriste anti-magie, et la création d’un service de protection rapprochée afin de lutter contre les attentats magiques.

J’ai ressenti une réelle évolution du style de l’auteure dans ce second tome au niveau du genre policier, et cela a été très plaisant à découvrir.

Une réflexion sur la magie alliée à la politique

La principale intrigue, le vol d’un échiquier de Jade, mêle les sorcières à un enjeu politique avec la venue d’une ambassadrice étrangère. L’échiquier est un cadeau destiné à celle-ci en vue d’accords commerciaux. Tout tourne autour de cet enjeu politique qui met la police et les autorités sur les dents. Avec l’attentat du début,  Padmé est plusieurs fois réticente à travailler pour eux gratuitement, même si elle a le souci de protéger la cité. Comme elle le dit : « travailler gratuitement dans une cité où le dieu fondateur est l’argent équivaut à une insulte ».

La manière dont la police traite les magiciens est très démonstrative du comportement de la population à leur égard : ils sont très utiles quand il y a besoin, mais restent craints ou mal-vus. Face à la magie, les policiers sont désarçonnés et n’ont aucun outil pour la comprendre. Cependant, comme elle existe, il faut bien essayer de trouver une solution et donc de trouver des gens compétents pour régler les problèmes qu’elle cause.

La volonté de créer une ligue ou une confrérie de magie pour donner du poids au statut de sorcier prend alors tout son sens. Mais cela s’avère un enjeu complexe car les concernés sont très centrés sur leurs besoins personnels et peu soucieux d’aider les autres.

L’épisode avec la tante de Padmé rappelle les réquisitions de scientifiques par les militaires en vue de développer des projets destinés à une guerre en cours.

De là considérer les sorciers comme des anciens scientifiques, il n’y a qu’un pas…

Quelques bémols :

Si la lecture de ce livre a été très plaisante et palpitante, j’ai trouvé que l’univers cosmopolite, inspiré par les voyages de l’auteure, est un peu brouillon. J’ai éprouvé des difficultés à retenir les noms des différents pays, coutumes, manière de s’habiller, ou comprendre les corrélations possibles avec la réalité. Cela dit, Jarta et ses environs est un monde très riche, et les clins d’oeils de sa créatrice concernant ses autres livres me font toujours sourire. Par exemple, en début de roman, Padmé évoque un incident avec un Tigre-brouillard invoqué accidentellement via un artefact magique. C’est une des intrigues de La Machine de Léandre.

Par ailleurs, j’ai été un peu déçue que les idylles amoureuses des deux amies soient survolées en fin de roman. Padmé retrouve en effet son capitaine et Tanit son espion, qui les aideront à terminer les enquêtes. J’aurais aimé en lire un peu plus sur le sujet. Peut-être dans un autre tome ?

En conclusion : J’ai beaucoup aimé cette enquête complexe qui permet d’aborder un peu plus la psychologie de ses personnages principaux et d’apporter un questionnement plus profond sur l’utilisation de la magie, de la politique, voire de la science dans l’univers d’Alex Evans. A quand une nouvelle aventure du cabinet Sorcières et associées ?

Si vous souhaitez retrouver les chroniques des autres livres du Challenge de L’Epreuve des Stratèges, je vous invite à relire mon article sur le sujet dans la rubrique « On joue« . Je vais poster un lien sous chaque livre évoqué dans le défi pour vous renvoyer vers sa critique. 😉

 

Publié dans Dialogues avec mon chat

La grève des croquettes

5h du matin, une voix aiguë rompt le silence de l’appartement :

– Esclave ! Esclaaaaave !

L’esclave en question se retourne en grommelant dans son lit :

– Gimli, c’est pas l’heure. Fous moi la paix…

Cinq minutes passent. Puis la voix de Gimli s’élève à nouveau, plus forte. Des grattements sur la porte l’accompagnent : 

– Esclave ! Esclave ! Je sais que tu es réveillée, je ne t’entends plus ronfler. Lève-toi ! C’est l’heure pour moi.

L’esclave enfouit sa tête sous son oreiller, fait semblant de n’avoir rien entendu.

Cinq minutes passent à nouveau. Gimli continue d’un ton impératif, toujours en grattant à la porte :

– ESCLAVE ! Tu sais que je connais le numéro de la SPA. Je peux les appeler en imitant la voix de la voisine et leur parler des mauvais traitements que tu m’infliges ! J’attendais plus de toi quand je t’ai choisie au refuge. On m’avait assuré que les esclaves étaient très dévoués envers leurs maîtres. Surtout celles qui n’ont pas trouvé de mâle. Je vois qu’il y a des exceptions à tout. Je suis très déçu par ton attitude à mon égard.

De l’autre côté de la porte, ladite esclave se marre toute seule dans son lit. Elle est à présent totalement réveillée.

Gimli ajoute, vexé :

– Je ne vois pas du tout ce qui te fait rire. J’attends toujours que tu te lèves. C’est l’heure.

La porte s’ouvre en grand, laissant la place à une jeune femme brune en pyjama rayé bleu. Elle est hirsute et a les yeux cernés. Elle toise l’animal en face d’elle d’un air mauvais, le sourire aux lèvres.

– Je rigole parce que tu ne sais pas imiter la voix de la voisine. Tout ce que tu sais faire c’est te plaindre en miaulant. Et encore ce ne sont même pas des vrais miaulements. Ils ne vont rien comprendre si tu les appelles à la SPA. T’as gagné, je suis réveillée. Qu’est ce que tu veux ?

– Tu le sais bien. Pourquoi faut-il que je te dise tout. C’est toi l’esclave, tu dois devancer mes désirs, voyons. Et ne me manque pas de respect, s’il te plaît.

Gimli tourne les talons, la queue en l’air, et va se poster à côté de sa gamelle vide.

Il garde les yeux fixés sur la jeune femme, attendant le rituel matinal. D’abord, prendre le gobelet gradué, ensuite descendre le pot à croquettes du réfrigérateur. Puis plonger le gobelet dedans, le remplir de croquettes et enfin, en verser une partie dans sa gamelle.

Amélia s’apprête à ranger le gobelet sur l’étagère quand Gimli l’interpelle :

– Attends, il n’y en a pas assez.

– C’est une blague ? 

– Non, je vois encore le fond de la gamelle. Décidément, tu m’insupportes ce matin…

Amélia le ressert en croquettes, puis ramasse la deuxième gamelle et entreprend de la vider pour la remplir à nouveau d’eau fraîche. Elle regarde son chat avec attention, une tasse de café à la main, un air pensif sur le visage.

Gimli se sentant observé arrête de manger.

– Qu’est ce qu’il y a? Je suis mal peigné ?

– Je me disais…Qu’est ce que t’es gros ! Tu sais, le vétérinaire a dit qu’un régime ne te ferait pas de mal…

– Le doc n’y connaît rien. Il m’a déjà enlevé les testicules, il ne va pas me priver de nourriture non plus ! C’est un des derniers plaisir qu’il me reste.

Et il ajoute un sourire en coin : 

– ça et te réveiller à 5h du matin.

Amélia fronce les sourcils et demande d’un air agacé : 

– Comment ça ? tu le fais exprès ?

Le chat se tourne vers elle, il se marre carrément :

– Bien sûr ! qu’est ce que tu crois ? Je mange pour la forme. En fait, je n’ai pas faim. C’est surtout parce que je m’ennuie et que voir ta tête de déterrée à 5h reste un de mes divertissements favoris.

Tentant de contenir sa colère, la jeune femme pose sa tasse sur la table de la cuisine.

– Ah je vois… Alors laisse moi t’expliquer un concept d’esclave, qui va entrer en vigueur dès maintenant.

– Je suis tout ouïe, lance le chat d’un air mielleux.

– Je me mets en grève, lance Elsa en croisant les bras sur sa poitrine.

– Et… ça veut dire quoi ? demande Gimli d’une voix peu assurée.

– En gros, j’arrête de travailler pour toi tant que mes revendications n’auront pas été prises en compte. Donc, fini de te donner à manger quand tu l’exiges, fini le brossage de poils, fini le nettoyage de la litière, fini de t’ouvrir la porte pour aller dehors et surtout fini de se lever à n’importe quelle heure de la nuit pour tes beaux yeux !

Le chat a perdu de sa superbe. Il prend soudain un air affolé :

– Mais tu ne peux pas faire ça ! C’est du mauvais traitement ! Il y a de quoi appeler la SPA, cette fois ! 

– Ah, mais… je vais assurer un service minimal… ajoute Amélia, les yeux mi-clos.

– C’est-à-dire ?! 

– En gros, je vais te donner à manger aux heures que j’aurais définies et te nettoyer la litière quand ça puera trop. Pour les autres choses, tu peux attendre. Ah et tiens, je peux aussi me barrer en vacances et te laisser te débrouiller avec la machine automatique à croquettes et deux bacs à litière. Ce sera un service minimal automatisé.

– D’accord… euh… et c’est quoi tes revendications ? Parce que moi, à ce rythme là, je vais… je vais… me barrer et me trouver une autre esclave qui sera plus attentionnée, tiens ! 

– Ah, mais je t’en prie, fais ce que tu veux. Je te signale juste au passage que tu es pucé à mon nom. Donc, si tu te balades dehors, au mieux tu finis chez quelqu’un qui va t’emmener chez le véto pour voir à qui tu appartiens… et te ramener ici. Au pire, passer la nuit à la fourrière, car tu seras considéré comme un chat errant. A toi de voir !

Amélia défie Gimli du regard. Le chat la toise un instant les yeux écarquillés. Puis, il reprend son air nonchalant, et, se passant la patte derrière l’oreille pour un semblant de toilette,  ajoute :

– N’en arrivons pas à de telles extrémités, voyons. Qu’exiges-tu de ma part ? 

Amélia jubile :

– Ah ah ! On devient raisonnable ! Et bien, je voudrais que tu cesses de me réveiller à 5h du matin pour commencer…

Le chat arrête sa toilette, incrédule : 

– Mais je fais quoi, en attendant que tu te réveilles ? Je m’ennuie, moi !

– M’en fous. Tu attends que je me lèves pour réclamer à manger.

– Bon bon…si c’est ce que tu veux. Sur ce, je vais refaire une sieste moi. C’était court ta grève mais ça m’a fatigué. A plus tard, esclave.

Le lendemain, 5h du matin. Amélia endormie, sent une présence à côté d’elle sur son lit. Elle allume la lumière et se retrouve nez à nez avec Gimli qui la toise d’un air amusé.

– Qu’est ce que tu fous là ? Tu avais dit que t’arrêtais de me réveiller pour réclamer des croquettes !

– Alors, premièrement je tiens parole. Je ne t’ai pas réveillée. Tu t’es réveillée toute seule. Deuxièmement, pour répondre à ta question, je m’ennuyais. J’ai donc décidé de te regarder dormir. C’est aussi fascinant que lorsque tu te lèves avec ta tête de demeurée. J’aurais dû y penser plus tôt !

– Tu te fous de ma gueule ? 

– Pas du tout. Mais bon, maintenant que tu es réveillée, et en vertu de notre nouvel accord,  est-ce que je peux avoir à manger ? J’ai vraiment faim ce matin.

Le chat saute du lit, laissant Amélia perplexe :

– Faudra que je lui réexplique le concept de grève, je crois… dit-elle, en se massant les tempes.