Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #9

Au sommaire de cette veille : Des personnalités te racontent des histoires, la dernière adaptation au ciné de Jane Austen, un podcast sur la Fantasy historique, un challenge instagram, le retour du Naheulband, et une artiste un peu barrée…

Les initiatives littéraire du mois 

Depuis le début du confinement, Josiane Balasko raconte des histoires (contes surtout) tous les soirs depuis sa cuisine, en live sur son compte instagram à  17h30. Pour avoir assisté à plusieurs live, je trouve que cela la rend plus proche du public. Elle y apparaît au naturel, avec son franc-parler et ses cheveux aussi décolorés que les miens à l’heure actuelle. Tu as l’impression de prendre rendez-vous avec ta grand-mère pour qu’elle te raconte des histoires et c’est vraiment sympa. Si tu rates son live de 17h30, saches qu’il est en replay la journée sur sa story.

Autre initiative du même type, Daniel Radcliffe et quelques acteurs des films du sorcier ou des animaux fantastiques, te lit des chapitres du livre Harry Potter depuis un site internet créé pour l’occasion. Il y a aura 17 épisodes, un par semaine sur 17 semaines, en anglais. L’occasion de retrouver les aventures de Poudlard en VO depuis chez soi. Le site comprend aussi des activités et des quizz en anglais si tu veux mesurer tes connaissances !

Le film du mois

Emma, réalisé par Autumn de Wilde avec Anya Taylor-Joy (vue dans Split) est sorti en catimini avant le confinement. Il s’agit de l’adaptation du roman Emma de Jane Austen, dont j’ai déjà parlé dans mon article sur mes héroïnes de roman préférées. Comme les cinémas sont fermés depuis la crise sanitaire et qu’ils ne sont pas encore prêts de réouvrir, je désespérais de ne pas pouvoir le voir… jusqu’à ce que je tombe sur l’offre de location Youtube à 17.99 euros. Et là ! ô joie, j’ai pu assouvir ma curiosité.

A l’inverse de la version dramatique de 1996 avec Kate Beckinsale dans le rôle principal, la version 2020 ressemble à première vue à une comédie… et ça l’est vraiment, mais tout en gardant l’essence du livre. Emma est surtout un film centré sur une jeune fille riche et capricieuse qui veut faire le bien autour d’elle mais par pur orgueil, quitte à commettre des erreurs qui font du mal aux autres. Les costumes sont magnifiques (je ne m’aventure pas sur leur authenticité car je ne suis pas assez calée), les décors à couper le souffle, le casting impressionnant avec une pléiade d’acteurs britanniques et le décorum Régence très fan-service. Surtout, Anya Taylor-Joy apporte un côté encore plus peste au personnage d’Emma tout en montrant sa grande sensibilité. Une version qui dépoussière les autres et que je te conseille fortement si tu es fan de Jane Austen ou de réflexion sur la condition féminine à l’époque Régence et d’Angleterre.

Le podcast de la semaine

Après les conférences en replay des Imaginales, je suis tombée sur celles des Utopiales sur le site de Actusf. Parmi les nombreux sujets, j’ai dégoté un podcast intéressant sur la Fantasy Historique sous forme de questions réponses avec Jean-Laurent Del Socorro qui date de 2019.

En 30 minutes, l’auteur définit ce qu’est la Fantasy Historique, la différence avec le roman historique et explique comment il écrit ses romans. Un bon moyen de découvrir ce genre et cet auteur. Si tu ne connais pas Jean-Laurent, je t’invite à lire mes chroniques sur ses livres : Je suis fille de Rage  et Boudicca. Il a également écrit Royaume de vent et de colères que je suis actuellement en train de relire dans le cadre du Bingo du Plib. 😉

Pour plus de confort lors de l’écoute, je t’invite franchement à bien monter le son, car les questions du public sont parfois peu audibles. 😉

Le challenge littéraire insta du moment

En ce moment, le challenge #Bookspinepoetry ou #Trancheslittéraires cartonne sur instagram. Il consiste à réaliser un poème ou une phrase à consonance poétique avec les titres des livres de sa bibliothèque. Une manière détournée de faire de la prose sans le savoir comme Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme de Molière. Mais aussi, de voir sa collection autrement que pour son contenu et d’en faire part aux autres. J’ai réalisé quelques essais sur le compte instagram du blog. Pour une fois, c’est un challenge assez simple et si tu as des enfants, tu peux les faire participer. 😉

La vidéo marrante de la semaine

Naheulband, le groupe qui a réalisé le livre audio et la BD Le donjon de Naheulbeuk et connu pour ses parodies de musiques médiévales-geek, a profité du confinement pour réaliser une vidéo amusante intitulée L’album confiné. Tu y retrouves tous les membres du groupe, ou presque, reprenant leurs tubes mais avec de nouvelles paroles ou des créations. C’est beaucoup plus savoureux quand on connaît le groupe et les chansons originales, mais cela reste drôle quand même, voire même absurde par moments. Si tu ne connais pas la saga audio, je t’invite fortement à l’écouter. C’est une parodie de Donjon et Dragons, avec des personnages un peu barrés qui galèrent à accomplir leurs quêtes. (cf liens du titre).

La visite virtuelle de la semaine

bronte sisters wikipedia

Si tu es fan de littérature anglaise, Google Art et Culture te propose de réaliser un circuit des lieux qui ont inspiré les soeurs Brontë, et ceux où elles ont vécu dans une visite virtuelle incluant google maps. En plus de voir des paysages anglais magnifiques et des jolies maisons, tu peux déambuler dans la rue ! Si tu ne connais pas les soeurs Brontë, peut-être auras-tu entendu parler de Jane Eyre ou des Hauts de Hurlevent ? La littérature des soeurs Brontë diffère de celle de Jane Austen dans le sens où les personnages sont plus cruels, la nature plus sauvage, l’influence du romantisme allemand très présente. Néanmoins, elles ont des points communs : Filles de Pasteur, vivant dans la campagne anglaise, très pauvres, mortes prématurément et/ou célibataires, n’ayant que peu connu de succès de leur vivant, passionnées par l’écriture. Bref, je t’invite une nouvelle fois à revenir en Angleterre mais fin époque Régence-Début de l’époque Victorienne. Et cela te fera sortir dans la lande britannique sans quitter ton canapé ! 😉

L’artiste du moment

Comme évoqué dans ma watch précédente, je me suis mise à écouter des livres audio parce que j’en ai un peu marre des écrans en ce moment (ils me piquent les yeux !). Et cette semaine, je suis tombée sur un article de Bored Panda intitulé : Quand j’écoute des livres audio, je peins. suivi des oeuvres d’une artiste bulgare un peu barrée qui s’appelle Irina Pandeva.

Irina explique que les livres audio influent en quelque sorte sur son art car cela l’inspire. Elle a réalisé plusieurs tableaux en fonction des livres qu’elle a lu et mentionnés dans l’article. J’ai trouvé cela amusant et été voir son site internet par curiosité. Elle a aussi réalisédes tableaux proches du style de Picasso dans sa période cubiste pendant le confinement. Et c’est assez saisissant !

Suite à cette découverte, je me suis demandée à quelles activités s’adonnaient les gens qui écoutent des audio-livres. Peut-on rester tranquillement assis à écouter un livre ? Personnellement, je peins ou je réalise des coloriages, mais je reste curieuse de ce que font les autres… Si toi aussi, tu écoutes des audio-livres, dis-moi ce que tu fais en même temps en commentaire. 😉

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Angleterre et tasse de thé,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’imparfé (T1), Johan Heliot, Gulf Stream éditeur

Joli roman initiatique, L’imparfé m’a beaucoup plu par sa fraîcheur et son thème du contes de fées non genré. Laissez-moi vous faire découvrir la plume de Johan Heliot, un auteur reconnu et pré-sélectionné cette année pour le PLIB 2020.

Résumé : C’est le grand jour pour Tindal et ses amis : au royaume de Faërie, l’intendance de la capitale vient chercher les adolescents qui sont dans leur treizième année pour leur faire intégrer des formations prestigieuses. Les jeunes garçons s’en vont à l’École des guerriers, apprendre le maniement des armes. Les jeunes filles, elles, se destinent à protéger la nature en pratiquant l’art de la magie ancienne des dames fées. L’enjeu est grand, seuls les meilleurs des novices poursuivront leur apprentissage. Tout ne va pas se passer comme prévu : l’empire est attaqué par un être que l’on pensait déchu depuis les Batailles Sans Merci, et l’ordre risque bien de ne jamais revenir en Faërie… Quant à Tindal, sa destinée qu’il pensait toute tracée dépasse de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Mon avis 

Un conte de fées revisité

Le héros de cette histoire, Tindal, est un garçon petit et fragile, obligé de suivre l’apprentissage des fées à cause d’une erreur administrative. Cela paraît drôle du point de vue extérieur, mais lui va très mal le vivre. En plus d’attirer la honte sur ses parents et son village, il va devoir dormir dans un placard (car le dortoir est dédié aux filles), et surtout subir les moqueries de ses camarades féminines.

Mais, du côté du pensionnat des guerriers, l’ambiance n’est pas plus sympathique pour ses amis garçons, avec des corvées discriminantes pour les plus faibles, et la brutalité mise en avant au détriment de l’intelligence et de l’esprit d’équipe.

On se rend vite compte qu’à partir d’une erreur administrative anodine,  Johan Heliot met en avant l’absurdité d’un univers complètement genré et rigide : celui des contes de fées traditionnels.

Par ailleurs, en plus de revisiter le genre, l’auteur tacle au passage l’administration tatillonne et certains clichés de romans d’aventures : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, être un bon soldat ne mène nulle part, préserver les princesses les vouent à un ennui mortel, les privilèges permettent d’évoluer plus rapidement que les autres, les apparences sont parfois trompeuses…

Dans ce nouveau conte de fées, les filles peuvent devenir des guerrières et les garçons des fées, les princesses peuvent sortir de leur tour d’ivoire, les fées tirent leurs pouvoirs des couleurs et les méchants sont plus complexes que prévu. Un pari réussi pour ce premier tome qui pose les bases de l’univers tout en nous présentant un héros qui brille pas son intelligence et son esprit d’équipe, plus que par sa force physique.

Une réflexion subtile sur le passage à l’âge adulte

A travers les yeux de Tindal, l’auteur nous met à la place des enfants qui perdent leurs illusions vis à vis des adultes. Le meilleur exemple est celui des héros d’autrefois, encensés par les garçons, et finalement devenus des vieillards et des alcooliques. Mais il y aura aussi une déception concernant l’entrainement militaire très difficile et les décisions politiques du roi, dictées par la peur et le besoin de répression.

Mais après tout, perdre ses illusions, n’est-ce pas grandir ? Pour ce faire, les enfants vont devoir ne compter que sur eux-mêmes, et surtout sortir des rangs bien ordonnés que la société a décidé pour eux. Un beau message renforcé par des valeurs importantes comme l’amitié, l’amour filial, et surtout accepter d’être soi-même.

L’autre côté de l’apprentissage, ce sera aussi de comprendre la complexité des décisions à prendre dans sa vie d’adulte, et leurs conséquences. Tindal en fera les frais une fois ses origines découvertes, tout comme Azazelle, les fées vénérables et le roi, en cherchant à protéger le pays mais aussi ses habitants.

En plus d’apprendre à grandir, ce roman jeunesse aborde le fait d’être différent avant tout et d’apprendre à l’accepter pour mieux s’intégrer dans la société. En ce sens, c’est un roman d’apprentissage pour son personnage principal, qui apprivoise son adolescence naissante, et se découvre plus fort qu’il ne le pensait.

En conclusion : Johan Heliot tient le pari de nous présenter un héros à contre courant dans un conte non genré et sans violence. Une jolie histoire bourrée d’intelligence et de vérités bien placées. Un vrai renouvellement du conte de fées que l’on attendait tous et qui nous donne envie de lire la suite de cette trilogie jeunesse pleine de promesses.

Publié dans Lectures

Cuits à point, Elodie Serrano, éditions ActuSF

Fausse voyante ? Château soi-disant hanté ? Appelez les Démystificateurs Gauthier et Anna ! Par contre, s’il s’agit de réchauffement climatique, ils risquent d’être bien en peine… Je vous présente aujourd’hui une aventure londonienne pleine de suspense et de flegme britannique. Suivez le guide !

Résumé : Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Mon avis :

Des personnages principaux hauts en couleur

Le roman a pour héros Gauthier Guillet, insupportable je-sais-tout mais redoutable détective, et surtout grand Carthésien, pour qui la magie n’existe pas. Il est accompagné de son associée Anna Cargali, jeune veuve italienne, au caractère bien trempé et à l’intelligence supérieure à celle de son coéquipier.

Au cours de leur enquête, ils seront rejoint par un autre duo à Londres :  Anton et sa nièce Maggie. Tous deux sont des démystificateurs aussi, mais à l’inverse de Gauthier et Anna, Anton n’écarte pas l’hypothèse de l’existence de la magie.

Cette différence d’opinion va ponctuer tout le roman de combats acharnés entre les deux coqs, tempéré par Anna, et va les mener parfois à de mauvais choix pour prouver à l’un ou l’autre qu’ils ont raison. Je dois avouer que certains passages de leurs disputes, à l’image d’Anna, m’ont quelque peu agacée.

L’auteure s’amuse des clichées culturels en présentant Anton comme un pur britannique avec un flegme et une capacité à arrondir les angles dans les conflits. Anna est vue comme une jeune femme caractérielle qui n’hésite pas à mettre elle-même ce trait de sa personnalité sur le compte de ses origines italiennes. Quant à Gauthier, son côté pédant est bien représentatif du français lambda, fier de ses origines.

Une enquête bien menée

Durant leur investigation, les détectives du paranormal seront amenés à rencontrer une sorcière londonienne, au grand dam de Gauthier qui ne croit pas en la magie. Puis, de fil en aiguille, les deux équipes réussiront à travailler de concert pour se concentrer sur les travaux du métro et enfin toucher au but. Je ne vous spoile pas la suite, sinon cela n’aurait pas d’intérêt.

Si le suspense est à son comble jusqu’à la moitié du roman, et m’a bien tenue en haleine, sur la deuxième partie, je me suis demandée comment l’histoire allait se terminer une fois le mystère résolu. Et bien… je n’ai pas été déçue ! Même si arrivée à 30 pages de la fin, j’ai été prise de sueurs froides en me demandant comment Elodie Serrano allait conclure en si peu de pages, j’ai trouvé la fin soignée.

Je me suis même demandée si ce roman était le premier d’une longue série d’aventures pour les démystificateurs… car j’avais envie d’en lire davantage !

Une critique de la société victorienne

Au-delà de cette enquête, j’ai vu en filigrane une critique de la société victorienne à travers le regard d’Anna, la narratrice principale de cette histoire.

A plusieurs reprises, elle fait mention du sexisme ambiant de son siècle vis à vis de son statut de femme,  ou du fait qu’elle travaille avec un homme qui n’est pas son mari. Elle va même jusqu’à critiquer sa tenue de dame, peu pratique pour l’exploration. La bonne tenue, autant vestimentaire que de caractère est de mise chez les anglais et lui vaudra bien des déconvenues tout au long de l’enquête, autant par ses employeurs (les Lords de la Chambre), que des autres hommes.

La seule a bien gérer sa part de féminisme est Maggie, qui malgré sa timidité et sa jeunesse, sait se faire entendre quand cela est nécessaire, et se moque des convenances.

A travers cette aventure, on découvre un pays désireux de montrer sa supériorité, soucieux des apparences et respectant assez peu sa souveraine, jugée trop inexpérimentée et surtout… femme !

En conclusion : Cuits à point est un bon divertissement qui a su me tenir en haleine grâce à son mystère à la résolution surprenante et son côté féministe pas déplaisant. A quand une nouvelle aventure des démystificateurs ?

PS : je remercie les Éditions ActuSf pour l’envoi de ce service presse. Même si par principe je n’en demande pas, il se trouve que je comptais lire ce livre. Je préfère rester transparente avec vous, lecteurs sur le sujet. 😉

 

 

 

Publié dans Questions existentielles

Mes héroïnes de roman préférées

En cette journée internationale du droit de la femme, j’ai eu envie de partager avec vous mes six héroïnes de prédilection rencontrées au fil de mes lectures. Peut-être avons nous les mêmes ? A vous de me le dire…

Joséphine March, Les quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott.

J’ai toujours apprécié le personnage de Jo March (alias Joséphine March) pour son côté impétueux, sa volonté farouche de s’émanciper à une époque où les femmes sont reléguées à la maison, et son envie d’écrire. Malgré un caractère bien trempé qui lui vaut des déconvenues, elle se fiche pas mal de ce qu’on pense d’elle et fait preuve d’une grande générosité. Quand elle va jusqu’à sacrifier ses cheveux pour récolter de l’argent pour sa famille ou qu’elle envoie des piques à sa vieille tante riche, j’envie son culot et sa bonté. On ne peut pas dire que ses convictions lui facilitent la vie mais elle est entière et c’est ce qui me plaît le plus chez elle.

Hermione Granger, Harry Potter de J.K Rowling.

Hermione est l’archétype d’une Mademoiselle Je-sais-tout entre son intelligence vive et son besoin (peut-être inconscient) de connaître tout de la magie, elle qui vient d’une famille sans pouvoirs. Malgré son côté agaçant, elle reste une amie fidèle envers Harry et Ron, fait preuve d’un immense courage vis à vis des dangers qui les guette et surtout se bat pour une cause qui n’a pas de valeur aux yeux des magiciens pur sang : la défense des créatures magiques. Si on la transposait dans notre monde moderne, elle serait une militante de la cause animale. C’est un personnage qui évolue au fil de la saga Harry Potter, passant du statut de première de la classe respectueuse des règles et mal dans sa peau, à une jeune fille épanouie et consciente que le monde ne consiste pas à respecter ces règles. Pour moi, elle reste un personnage féminin qui a marqué une génération de lectrices.

Dolorine Carmine, Dolorine à l’école, Les soeurs carmines tome 3 de Ariel Holtz.

Dolorine à l'école ariel holtz

Dolorine Carmine est la benjamine des soeurs Carmine. Accompagnée de son doudou Monsieur Nyx (une poupée faite de chaussettes ayant appartenu à des condamnés à mort), elle évolue dans le monde de Grisaille pleins de zombies et de fantômes avec son regard d’enfant un peu naïf mais tout de même intelligent. Ce qui est fascinant avec ce personnage, est qu’elle comprend souvent les choses de travers et cela occasionne des scènes hilarantes, et une lecture à double niveau du récit par le lecteur. Dolorine est aussi une petite fille particulière : elle voit les fantômes mais parle peu aux gens vivants. Pour se faire des amis, cela reste compliqué. Monsieur Nyx reste son ami préféré même s’il lui demande de tuer des gens, ce qu’elle ne fait pas car elle a bon fond. Elle reste un personnage féminin qui sort de l’ordinaire, essayant de sortir de l’enfance et de trouver sa place dans sa famille et le monde qui l’entoure.

Irène Adler, Un scandale en Bohème de Arthur Conan Doyle

Seule femme aimée par Sherlock Holmes, escroc d’une beauté renversante, uniquement intéressée par son profit personnel, Irène Adler reste un personnage emblématique, et envié pour son indépendance vis à vis des hommes. Ma version préférée reste celle incarnée par Rachel McAdams dans le film de Guy Richie : Sherlock Holmes, jeux d’ombres. On y retrouve une Irène pétillante, mutine et joueuse devant un Sherlock qui en perds ses moyens. La version dominatrice de la série Sherlock de Mark Gatiss est très bien trouvée également, rappelant qu’elle utilise les hommes sans s’y attacher. Malgré ses manigances, on ressent son côté fragile, désireux de s’assurer un avenir, comme tous les cambrioleurs, même si l’adrénaline et le danger sont ses amies. Une bad girl détestable comme on n’en fait plus en littérature.

Sarah Crewe, La petite princesse de Frances Burnett

La « petite princesse » comme la surnomment ses camarades, a vécu bien des tourments depuis son enfance avec le décès de sa mère pour commencer, puis la disparition de son père qui la plonge dans un profond dénuement. Ce qui me plaît dans ce personnage, est son regard positif envers la vie, sa générosité et son côté humble. Quand elle est riche, elle n’en devient pas hautaine. Quand elle devient pauvre, elle reste charitable. Une petite fille courageuse qui sait évoluer au fil des aléas de l’existence. Un exemple à suivre. Une Cendrillon d’un autre temps.

Emma Woodhouse, Emma de Jane Austen

Emma, soucieuse d’aider ses amies mais aussi pour lutter contre l’idée du destin réunissant les couples, a décidé de jouer les entremetteuses. Au final, cela s’avère catastrophique pour elle comme les autres. Avec ce personnage, on évoque une jeune aristocrate qui a peur d’aimer, dans la société anglaise de la Régence plus soucieuse de marier ses filles par intérêt que par amour. Mais… Emma est complexe. Elle apparaît comme un être capricieux, parfois méchant par ennui, et très imbu de sa personne. Elle pourrait passer pour une féministe de son temps, refusant de se marier pour céder aux intérêts familiaux, mais l’histoire va plus loin. Son orgueil de petite fille gâtée doit être corrigé et elle doit se rendre compte qu’on ne peut pas tout diriger comme on l’entend. Pour moi, Emma reste une héroïne particulière dans l’univers de la littérature et celui de Jane Austen. Elle marque par sa présence, mais on a envie de lui donner des claques afin qu’elle ne passe pas à côté de l’amour par pure conviction personnelle.

J’en ai terminé avec mes héroïnes préférées. Qu’en as-tu pensé ? As-tu retrouvé les tiennes ? Si oui, dans lesquelles te retrouves-tu le plus ? Si non, quelles sont tes héroïnes littéraires de prédilection ? Dis-moi tout en commentaire ! 😉

Amour et roses des prés,

A.Chatterton.

Publié dans Lectures

L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Une réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.

Publié dans Lectures

Vert de Lierre, Louise Le Bars, édition Noir d’Absinthe

Je n’étais pas motivée pour lire Vert de Lierre, sélectionné pour le PLIB 2020, mais après un roman plutôt long (Les voiles de Frédégonde),  j’avais envie d’une histoire courte et effrayante. 155 pages plus tard, me voici arrivée au terme de cette lecture qui m’a plongée dans une grande perplexité…

Résumé : Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre. A quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Mon avis :

Un récit fantastique à deux voix

L’histoire principale se découpe en deux récits parallèles,  alternant deux points de vue différents, mais toujours reliés à la légende de Vert de Lierre.

Il y a tout d’abord le récit d’Olivier, enquêtant sur la légende du lierreux pour son prochain livre, qui fait la rencontre de Rose, la nièce d’une vieille anglaise recluse.

Celle-ci lui confie son roman pour avoir son avis d’écrivain dessus. Il s’agit de la seconde histoire, un récit enchâssé, où Mary, une jeune paysanne raconte sa rencontre avec le Vert de lierre et les bouleversements qu’il va occasionner chez elle.

Le ton est différent sur les deux récits : l’écrivain utilise un vocabulaire riche et propose  une vision exaltée de la réalité, ponctuée par des prémonitions ou des rêves étranges. A l’inverse, Mary est plutôt pragmatique et tournée vers ses sensations avec un vocabulaire un peu moins développé.

A la première lecture, j’ai noté que le roman respectait en tous points les codes du roman fantastique en introduisant un élément surnaturel dans le cadre réaliste du récit : la légende du Vert de Lierre et toutes les manifestations de sa présence relevées par l’écrivain.

Il m’a évoqué un autre roman fantastique : La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée, pour la durée temporelle du récit qui est relativement courte, le côté superstitieux liée à cette légende paysanne et la forte présence du thème de l’amour.

Par ailleurs, il mélange deux mystères : celui de la légende de Vert de Lierre et celui autour de la tante de Rose dont personne n’a jamais vu le visage. On pourrait en ajouter un troisième qui est la vraie nature de Mary dans le récit de Rose. Celle-ci est en proie à des questionnements sur les meurtres inexpliqués de ses amants. Tout ceci contribue à donner un côté roman policier à cette histoire, en plus du fantastique.

Mais aussi, et de façon plus surprenante, ce court roman se rapproche du courant littéraire romantique. Il m’a rappelé Aurélia de Gérard de Nerval, à travers le personnage d’Olivier. En effet,  à l’image du narrateur dans Aurélia, l’écrivain déifie Rose dont il est tombé amoureux et raconte ses rêves voire ses prémonitions. Et, clin d’oeil ou pas de Louise Le Bars, quand Mary parle de son éducation, elle évoque Gérard de Nerval ainsi que d’autres écrivains romantiques.

On sent que l’auteure plonge dans des références littéraires différentes pour nous offrir un récit fantastique plutôt riche. Et c’est pas mal joué.

Une dénonciation de la condition féminine fin XIXème siècle.

Dans le récit enchâssé qu’est le roman de Rose, Louise Le Bars nous livre le portrait d’une paysanne victime d’un mariage forcé qui se donne à Vert de Lierre pour échapper à sa condition. Mais cela ne sera pas sans conséquences.

Son histoire semble le reflet du combat de femmes de la fin du XIXème siècle, qui n’avaient que peu de chances de vivre de manière libre et autonome. Les seules options étaient le mariage (choisi ou non, avec un statut de procréatrice ou de femme-potiche selon le milieu), de prendre le voile, de devenir sorcière mais en marge de la société, de se prostituer, ou d’être déclarée indigente et folle (donc le parfait cobaye pour des expériences scientifiques en asile psychiatrique.)

L’auteure évoque à un moment donné la mutilation dont Mary est victime, en hôpital psychiatrique justement, en lien avec l’hystérie. Cet épisode est caractéristique de la peur et de l’incompréhension du plaisir féminin chez l’homme, dont la vision de la femme est liée à la procréation ou à son propre plaisir.

Mary devient une figure de peur, puis d’éloge romantique, pour devenir celle de la libération féminine, proche de la sorcière. En ce sens, Louise Le Bars nous présente une femme plutôt contemporaine dans son livre, proche de celle évoquée par Mona Chollet dans Sorcières, la puissance invaincue des femmes.

Quelques bémols

Des deux personnages principaux, j’ai trouvé que le personnage de l’écrivain était le moins bien réussi. Tout au long de l’histoire, il m’a semblé qu’il était moqué par l’auteure  à cause de son côté romantisme, le rendant naïf et risible. En revanche, j’aurais aimé plus de détails sur le personnage de Vert de Lierre dont est tiré la légende originale qui reste bien mystérieux malgré les rebondissements finaux.

Par ailleurs, pendant ma lecture, j’ai été gênée parce que le roman est écrit à la première personne du singulier pour les deux histoires. Cela a pour conséquences un mélange des deux récits parallèles. J’ai dû prêter attention à chaque chapitre pour ne pas m’y perdre. Heureusement, des indices comme le niveau de langage m’ont bien aidés.

Pour finir,  je regrette de ne pas avoir frissonné face au faible degré de suspense associé au roman fantastique et d’avoir compris rapidement une partie du dénouement de l’intrigue à la moitié du récit. Peut-être qu’instiller plus de terreur à l’histoire aurait relevé son intrigue. Ou tout simplement que je lis trop de récits fantastiques et policiers. Un lecteur avec un autre bagage littéraire aura sans doute une impression différente.

En conclusion : Vert de Lierre est un roman fantastique qui se joue des codes en incluant des clins d’oeil à d’autres genres littéraires et faisant la part belle au féminisme.

Note : Si vous souhaitez connaître d’autres romans qui font référence à la littérature, je vous conseille Le club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon, et L’arrache-mots de Judith Bouilloc. Deux livres, deux ambiances…

Lierre et plumes,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.