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Le chrysanthème noir, Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans nom

Après un gros coup de coeur pour La 25e heure de Feldrik Rivat, je n’ai pas pu résister à lire la suite des aventures de Bertillon et Lacassagne et en découvrir un peu plus sur la fameuse société secrète du Chrysanthème noir. Science, morts et enquête nébuleuse au rendez-vous pour un second tome qui ne m’a pas déçue…

Résumé : Paris, ville lumière, goûte en cette fin de XIXe siècle à la modernité. Réseaux à air comprimé, lignes téléphoniques, service de poste pneumatique : la capitale envisage d’aller plus loin encore et d’électrifier ses éclairages publics, de construire sa première ligne de métro, et… de révolutionner votre manière de concevoir la vie et la mort. Enfin, le projet ne faisait pas partie des cartons du président Sadi Carnot. Mais l’éclosion d’une drôle de fleur, au sortir de cet hiver de 1889, pourrait bien venir bouleverser la vie des Parisiens… Le Chrysanthème Noir. Après avoir fleuri dans les cimetières de la ville, il frappe de son logotype le nom d’une société qui offre aux gens de biens et créateurs de ce monde un bien curieux marché…

Mon avis :

L’enquête continue sans nos deux héros

Dès le début du roman, le ton est donné : Louis Bertillon et Eudes Lacassagne sont hors jeu, puis relégués au second plan de l’enquête autour du Chrysanthème Noir. Le jeune bleu est interné à la Salpêtrière, tandis que son équipier à la canne est laissé pour mort suite à une chute depuis un dirigeable. D’une manière générale, la police de Paris est dépassée par l’affaire, en l’absence de leur duo d’enquêteur et l’auteur nous en fait sentir les limites. Pas de panique ! L’agent La Rousseur et le chef de la sûreté de Paris, Marie-François Goron sont sur le coup, dans deux enquêtes parallèles. Mais, ce n’est pas sans réserver quelques surprises !

En effet, dans si l’espionne aux tâches de rousseur a toujours une longueur d’avance sur le policier, elle est très bien entourée et poursuit des ambitions toutes personnelles. Quant à Goron, il va de surprise en surprise dans cette enquête.  Au fil de l’histoire, on se rendra vite compte qu’il représente la figure du lecteur dans le roman : complètement déconcerté par les révélations qui arrivent au fur et à mesure.

Tout au long du récit, nous croiserons à nouveau des figures historiques ou littéraires dans des domaines très variés : politique, scientifique, artistiques, journalistiques… preuve que l’auteur s’amuse avec l’Histoire. Le clin d’oeil à Sherlock Holmes sur les techniques scientifiques est particulièrement bien trouvé et les étapes de construction de la Tour Eiffel assez intéressantes. J’ai particulièrement apprécié la critique des méthodes de soins en milieu psychiatrique avec le Professeur Charcot. Si vous êtes tenté de réaliser des recherches sur chaque personnage historique cité, je pense que la lecture peut s’avérer encore plus riche.

De nombreux rebondissements viendront s’ajouter à l’intrigue comme des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l’on soupçonne, mais surtout de nombreux dénouements face aux mystères non-élucidés du premier tome. On connaîtra ainsi le rôle de l’Ophiucus dans l’enquête, les secrets d’Edison, le vrai rôle de l’agent américain Pinkerton dans l’affaire et surtout pourquoi les corps sont retrouvés avec des doigts coupés.

Les personnages principaux vont évoluer : si Bertillon s’endurcit, le Khan apprivoise ses phobies et renoue plus ou moins avec son père et son frère. Il aurait presque de l’affection pour Clémence et les femmes en général !

Enfin, côté style, le roman se lit toujours aussi bien et est dominé par un suspense haletant. La langue est riche et ciselée. Feldrik Rivat clôt très bien son histoire avec une fin soignée, même si beaucoup d’intrigues s’entremêlent.

La place aux femmes : La Rousseur vs Mileva Varasd

La duchesse de l’Abey, La Rousseur, Milena … ce deuxième tome fait la part belle aux femmes qui essaient de s’émanciper des hommes.

La duchesse maintient d’ailleurs un projet pour faire accéder la gent féminine aux études ou à des métiers réservés aux hommes comme la médecine ou l’astronomie avec une critique cinglante des scientifiques américains reléguant leurs pairs féminines au café.

L’agent La Rousseur tire son épingle du jeu jusqu’au bout du récit. C’est une jeune femme manipulatrice, au service de son commanditaire mais aussi de ses intérêts. Elle saura apprivoiser le Khan, déjouer les complots, jouer sur plusieurs tableaux… et garde malgré tout avec un attachement sincère pour son fiancé qu’elle dissimule bien.

Mileva quant à elle, se sert du sexe pour marquer les hommes qu’elle hypnotise. C’est une immigrée des pays de l’Est qui a tenté de réussir et de s’imposer dans un domaine scientifique, tout en étant au service du Chrysanthème Noir. Malgré sa soif de pouvoir et ses méthodes douteuses, on sent un réel besoin de reconnaissance de sa part vis à vis de son travail, par ses collègues masculins qu’elle ne réussit pas à obtenir.

A travers ces trois personnages féminins, l’auteur dénonce la condition de la femme à la Belle-Epoque, reléguée au rang d’épouse potiche ou d’être faible. Il propose des moyens qui auraient pu être à leur disposition pour s’en sortir. Il montre également qu’une femme peut être l’égale d’un homme en tant qu’adversaire  et c’est plutôt innovant.

Une uchronie proche du roman scientifique

Ce deuxième tome est encore plus riche en vulgarisation scientifique que le précédent et m’a fait penser aux romans scientifiques de Jules Verne, auquel l’auteur aurait ajouté une pointe de mysticisme avec la mythologie égyptienne et beaucoup d’espionnage.

Si la vulgarisation est nécessaire pour comprendre l’histoire (dont le sujet est la résurrection des morts de manière scientifique), cela m’a par moments ennuyée. Feldrik Rivat est très précis pour évoquer les méthodes d’embaumement, le miracle de l’électricité, ou la Thanatogamie (procédé de résurrection). Cela occasionne parfois des longueurs avec des descriptions assez techniques. C’est le seul petit bémol que j’évoquerai pour ce livre.

En dehors de ce point, l’uchronie développée sur ce sujet est extrêmement intéressante et bien détaillée : il s’agit de passer un contrat avec un mort pour le faire renaître temporairement dans le corps d’un vivant. Cela interroge sur le modèle de société qui se construirait autour de cette innovation. En effet, comment gérer les héritages familiaux si le mort n’est plus vraiment mort ? A l’inverse, les plus grands artistes et érudits pourraient continuer à créer et à collaborer avec ceux de notre époque ce qui ferait prospérer l’humanité. Et la limitation des naissances au profit des renaissances apporterait un aspect écologique avec l’idée de la préservation des ressources.

Cependant, dans ce récit, le procédé est réservé aux riches, la plèbe ne servant qu’à engendrer.  En cela, on retombe sur la vision de la société dans les romans de Science-Fiction avec l’Elite intellectuelle et le Bas-Peuple qui n’ont pas les mêmes possibilités, comme un reflet déformant de notre réalité. Cela m’a rappelé la trilogie Altered Carbon (ou Carbone modifié) de Richard Morgan, qui accorde une forme d’immortalité à une seule partie de la population bien nantie.

En conclusion : Ce second tome est toujours aussi riche tant la construction de son intrigue que dans son vocabulaire. Feldrik Rivat fait le pari de créer un univers original en jouant avec les codes de la Belle-Epoque tout en y apportant une vraie réflexion scientifique sur l’avenir de l’Humanité. Et c’est une pure réussite.

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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Relu pendant le Bingo du Plib, Royaume de vent et de Colères m’a transportée à nouveau dans cette uchronie autour de Marseille et des guerres de religion, en 1596. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : A Marseille, en 1596, un complot se prépare en vue d’assassiner les leaders politiques du parti catholique, en rébellion contre le parti protestant du Roi de France, Henri de Navarre. L’action  se déroule principalement dans une auberge, celle d’Axelle, ancienne mercenaire où évoluent les acteurs, opposants et adjuvants de ce complot : le chevalier Gabriel, qui a renié sa foi protestante pour rester en vie et se bat aux côtés des catholiques, Victoire, chef de la guilde des assassins effectuant sa dernière mission, Armand, moine de l’Artbon qui a fuit son monastère pour déserter la guerre et sauver son amant. Pendant ce temps, dans les geôles du chef de la ville, Silas est soumis à la torture pour savoir ce qu’il faisait cette nuit, avec d’autres hommes et un baril de poudre au pied des remparts, alors que le Roi de France est aux portes de la ville…Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est ce qui les a poussés à devenir ce qu’ils sont? Comment tout cela va-t-il se terminer?

Mon avis :

Un titre évocateur

Un Royaume de vent et de colères, c’est avant tout un roman qui évoque le Mistral de Marseille et la colère de ses habitants. Ou plutôt ses colères car les raisons de chacun peuvent être différentes.

A travers une galerie de personnages bien dessinés, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse le portrait d’une ville et d’une époque marquée par les luttes de pouvoir et la religion. Ainsi, Axelle ancienne mercenaire convertie en aubergiste brûle d’une soif de combats étouffée une vie domestique par amour pour son mari. Le chevalier Gabriel, éprouve une rage honteuse envers lui-même suite à sa conversion forcée à une religion qui lui a volé sa famille. Armand hait le Roi qui l’utilise au nom d’une tradition religieuse à des fins militaires, au détriment de sa santé et de celle de ses disciples. Et de manière plus générale, les taxes sans fin des plus pauvres enrichissent les plus riches sans apporter de contrepartie font de Marseille une ville sur le point d’exploser en début de roman.

Dans une intrigue haletante, proche d’une mise en scène théâtrale ou d’une partie d’échec, l’auteur déroule son histoire en alternant les temporalités. Passé, Présent, Futur… il joue avec le temps afin d’expliquer le parcours de chaque personnage et ce qui guide leurs actions. L’écriture est incisive, proche de la nouvelle avec un chapitrage découpé selon la voix d’un personnage. Progressivement, la tension monte, jusqu’à son apogée en troisième partie de roman où l’orage politique éclate et balaye tout sur son passage.

On sent que Jean-Laurent Del Socorro a réalisé de nombreuses recherches historiques sur cet événement de l’Histoire de France. Il a su également le vulgariser et y apporter sa touche personnelle. Le complot et ses ramifications politiques sont assez faciles à comprendre pour un lecteur peu averti. La présence de l’Artbon, à la fois destructeur et addictif amène une interrogation nouvelle sur l’utilisation de la magie à des fins politiques.

Des personnages forts

A travers ce siège, Jean-Laurent Del Socorro nous dévoile des personnages aux préoccupations personnelles proches des nôtres : sacrifier sa carrière à sa famille pour Axelle, faire face à la vieillesse  pour Gabriel, accomplir un dernier exploit pour Victoire, faire preuve d’ambition pour Silas.

Les personnages ont également tous des regrets, esquissés au fil de leurs récits personnels : vivre son amour au grand jour pour les deux moines, être bien née ou rencontrer l’amour pour la cheffe des assassins, venger sa famille assassinée pour le chevalier, avoir eu une mère aimante pour Axelle. Seul Silas apparaît comme un être mystérieux dont on sait peu de choses excepté qu’il adore les pommes et qu’il est prêt à tout pour devenir chef des assassins. Il apporte une touche de légèreté dans le récit, malgré la torture dont il est l’objet, avec des scènes  à glacer le sang.

L’auteur instille comme toujours un côté égalitaire en montrant des personnages féminins forts et ambitieux, ainsi que des personnages masculins sensibles, à l’opposé de ce qui a pu exister jusque là en Fantasy. Il évoque aussi le racisme avec Silas et le gâchis  humain des guerres avec Axelle et sa troupe de mercenaires.

Quelques mots sur la nouvelle présente en fin de roman : Gabin sans « aime »

Après le roman en lui-même, une nouvelle mettant en scène Gabin, le jeune commis d’Axelle, apporte un éclairage sur le passé du garçon et quelques éléments pour mieux comprendre le mystérieux Silas.

Gabin a été élevé par un père violent, suite au décès de sa mère. Il vit avec la peur de la colère de son père, comme de la sienne. Cette colère ressort quand il joue avec ses camarades, à travers des rixes violentes alors qu’il est d’un tempérament doux. Il voit la colère comme une forme malfaisante qui prend possession de lui ou de son père lorsqu’il a bu.

Axelle voit en lui l’enfant qu’elle a été et lui fait une place dans son auberge, dévoilant un  coeur tendre derrière sa carapace de soldat. Silas le croise pendant une planque pour la guilde et s’émeut également de sa situation. Il y répondra à sa manière…

Le récit est narré par Gabin avec ses mots d’enfant, ce qui apporte une dose de légèreté à ce sujet sérieux. Comme il s’embrouille parfois et confonds des termes proches phonétiquement cela occasionne des passages hilarants. La confusion entre mort et maure est tout simplement géniale.

Avec cette nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro décrit la situation des enfants battus et  la manière dont ils gèrent leurs émotions et leur passé afin de tenter de vivre une vie normale. Gabin pense qu’il n’est pas digne d’être aimé à cause de sa colère qu’il ne maîtrise pas. Axelle et Silas lui apprendront deux manières de s’en sortir. A lui de choisir la sienne.

En conclusion : Ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est d’une justesse littéraire et d’une intelligence rare pour le tout jeune auteur qu’il était en 2015. Son style synthétique et percutant, aux thématiques actuelles nous interrogent sur le sens de l’existence tout en nous divertissant. Avec la publication de Bouddicca, on sent un prélude à ce qui éclatera dans Je suis Fille de Rage, à la manière du Mistral sur la ville de Marseille. Un Royaume de Vent et de Colères est roman historique avec une pointe de magie qui vous emmènera au coeur d’un complot dont vous ne sortirez pas indemne.

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Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉

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And my watch begins #12

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Un ebook gratuit par la maman d’Harry Potter, un pique-nique steampunk virtuel, un article sur la place des femmes en littérature de SF, un podcast sur un film d’animation japonais à couper le souffle, deux appels à texte autour de la littérature de l’imaginaire, une artiste qui manie papier et fil de fer de façon originale, une film d’animation émouvant sur un bibliothécaire particulier, un concours pour gagner des livres et un projet de financement autour d’un Beau-Livre sur les auteur(e)s de la Belle-Epoque… le tout pas nécessairement dans cet ordre !

L’ebook gratuit du moment 

the ickabog Paris match

J.K Rowling  a encore frappé ! Oui, je sais, j’ai deux semaine de retard sur l’information. Mais avec mon déménagement, j’ai reporté mes lectures d’article de veille, et voilà, ô stupeur que je découvre cette nouvelle ô combien importante. The Ickabog de J.KRowling est en ligne sur un fabuleux site internet et l’histoire est même traduite en français (si tu repères la barre déroulante des langues en haut à droit de l’écran). Mais de quoi ça parle son nouveau livre ? C’est un livre jeunesse en au moins 28 chapitres qui parle du Roi Fred sans peur, peu expérimenté et mal conseillé par ses amis pour gouverner, mais aussi de la légende l’Ickabog, un monstre des marais à la voix de sirène, l’apparence monstrueuse et qui mange les voyageurs imprudents. Suite à un évènement particulier, le roi se fait haïr d’une partie de ses sujets. Afin de redorer son blason, il décide de partir pour une quête qui lui semble juste, mais qui semble ridicule aux yeux de ses sujets…

Le roman se lit très facilement, à la manière d’un conte et regorge de créativité et de petites leçons de morale. Une petite pépite à découvrir en ligne sur le site internet créé pour l’occasion. Tu peux aussi participer à un concours de dessin pour illustrer l’histoire, organisé par l’auteure elle-même. 😉

Le projet Ulule de la semaine

Une anthologie sur les femmes de la Belle Epoque façon Beau Livre, ça te tente ? Tel est le projet proposé par les éditions Luciférines sur Ulule qui m’a tapé dans l’oeil cette semaine.

Le recueil regroupe 15 illustrations originales dont certaines façon Mucha, 16 nouvelles originales autour de cet univers, des dossiers historiques sur des figures importantes…

Il sera question, en vrac, de Paris, les quartiers latins, les fumeries d’opium, les fêtes foraines, les salles de jeux, des découvertes scientifiques du siècle, des débuts de la psychiatrie, du spiritisme… et d’auteurs symbolistes décadents.

Le projet a déjà atteint son objectif mais s’il t’intéresse tu peux encore participer jusqu’au 4 juillet. Des interviews des auteurs du recueil et autres informations sont disponibles sur la page facebook de la maison d’édition. Le premier palier pour la version  papier est à partir de 21 euros, ce que je trouve personnellement raisonnable pour un Beau Livre. 😉

L’événement virtuel du weekend

Le confinement est terminé, mais des évènements virtuels pullulent encore sur le net. Fan de l’univers Steampunk, je n’ai pas pu m’empêcher de noter dans mon agenda le pique-nique virtuel steampunk de la Société des Libellules qui a lieu ce dimanche 21 juin sur Discord.

Apéro en ligne, retrouvailles costumées, spectacle de magie, critique littéraire, démo d’illustration en live, démo de cuisine et lecture de nouvelle sont au programme. Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter la page Facebook de La Société des Libellules et à revêtir ta crinoline ou ton haut de forme pour nous rejoindre dimanche à partir de 11h !

L’article qui fait réfléchir

Hier, j’ai lu un article de la blogueuse et auteure Ombre Bones alias Manon d’Ombremont qui m’a quelque peu interpellée. Elle évoque la sous-représentation des auteures en littérature de SF et aussi dans les prix de littérature SF.  Son article fait suite à la nomination par le jury des Utopiales cette année d’un panel exclusivement masculin d’auteurs, qui a enflammé la blogosphère littéraire. J’ai trouvé qu’elle abordait de manière assez juste la nécessite de mettre en avant des romancières de SF pour la qualité de leur travail, sans tomber dans une forme de discrimination positive liée au genre. Elle s’interroge sur le classement de ces auteures le plus souvent en Young adult et la manière dont ce genre est sous-évalué car lié à la littérature jeunesse. Elle donne également des noms à suivre comme Aurélie Wellenstein ou Ada Palmer. Bref, un article qui te poussera à t’interroger sur le panorama féminins de la création littéraire française dans les littératures de l’imaginaire et peut-être à te faire connaître des auteures tout aussi talentueuses que leurs compatriotes masculins. 😉

Les appels à textes du moment

Tu le sais peut-être, j’aime bien écrire et je participe depuis septembre à un atelier d’écriture (cf ma rubrique Atelier d’écriture). Alors je me suis dit que je devais peut-être parler des appels à textes que je vois passer de temps à autre chez les éditeurs de l’imaginaire. On ne sait jamais, peut-être que tu es toi aussi une graine d’écrivain ?

Cette semaine, je suis tombée sur l’appel à textes des éditions Projets Sillex qui te propose d’éditer une anthologie de nouvelles autour de la fantasy animalière intitulée Féro(ce)cités. Selon le résumé de l’annonce : « Dans cette anthologie, nous vous invitons à mettre en scène des animaux anthropomorphes dont le sort est intimement lié à celui de la cité où ils résident ou qu’ils recherchent. Qu’ils en soient les sauveurs, les pillards, qu’ils soient témoins d’événements importants ou qu’ils se contentent d’essayer d’y survivre, nous voulons connaître leur histoire, et nous comptons sur vous pour nous la raconter ! » . Tu peux t’inspirer des livres des Légendes de la garde de David Petersen que j’ai chroniquées en octobre par exemple. La date butoir pour l’envoi des textes est le 15 janvier 2021. Tu trouveras le reste des informations sur la page facebook de l’éditeur.

Un autre appel à texte est en cours pour les éditions Noir d’Absinthe autour du thème du monstre féminin. Le sujet est le suivant : « Lovée dans le sein maternel, son cruel poison s’insinue jusqu’au lait intime, corrompt et pervertit.Frappée du sceau de l’infamie par une déesse jalouse, brûlée pour avoir fait des anges dans les bois, ou chassée pour avoir offert sa matrice de chair à l’innommable, ces puissances féminines de l’ombre, Monstresse(s) manifestée(s), hantent l’humanité… L’homme, surtout. Que se cache-t-il derrière cette terreur ancestrale ? Que provoque leur ire ? À vous de l’explorer et, peut-être, d’y répondre.Vos œuvres s’adresseront à un public adulte. Vos textes ne se contenteront pas d’histoires monstrueuses: elles creuseront sous les catacombes de la civilisation, exploreront cette peur du féminin, excaveront les tabous. L’heure de la catharsis est venue. » Les textes sont à envoyer avant le 30 septembre 2020 à l’éditeur. Tu trouveras plus de détails sur son site internet, et des conseils sur le groupe facebook réalisé pour l’occasion. 😉

Le podcast de la semaine

Connais-tu le film d’animation japonais Your Name de Makoto Shinkai ? C’est LE film qui a explosé les records en salles au Japon, dépassant même Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Un véritable petit bijou tant par ses dessins ultra réalistes, son jeu sur la lumière, son sujet à la fois amusant et inspirant et surtout sa bande son extraordinaire. Je suis une grande fan de ce film et j’ai eu l’occasion d’écouter le podcast « C’est plus que de la SF » animé par Lloyd Chery qui évoque le succès de ce film et le parcours du réalisateur. Tu apprendras que Makoto Shinkai est un grand romantique : la plupart de ses films parlent d’amour. Il apparaît un peu comme un ovni dans les films d’animations car il réalise des oeuvres de qualité, montées de manière particulière, en mettant en avant souvent le ciel avec un dessin extraordinaire et des décors contrastés.

Un podcast de 30 minutes à écouter, où Sylvie Brevignon, directrice d’All The Anime France, revient sur ce long métrage qu’elle a édité en vidéo, et répond aux questions de Loyd Chery. Et si le film te tente, il est actuellement disponible sur Netflix. 😉

La vidéo littéraire de la semaine

La fantastique histoire des livres volants de Morris Lessmore, est avant-tout l’adaptation de l’album Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore de William Joyce. C’est l’histoire, toute en sensibilité d’un amoureux des livres, qui découvre une bibliothèque abandonnée où les livres sont vivants. Années après années, il s’occupe d’eux, jusqu’à ce qu’un jour il passe le relais à quelqu’un d’autre. Métaphore du temps qui passe, de ce que les livres apportent aux gens, on peut y voir plusieurs lectures selon son âge ou son vécu.

C’est un de mes livres préférés et je trouve que le film d’animation lui rend tout à fait hommage. Il est visible directement sur Youtube et a été réalisé par le studio Moonbot. L’auteur de l’album est aussi le réalisateur du film d’animation. 😉

Le concours de la semaine

Pour fêter ses 10 000 abonnés sur son compte Instagram, la blogueuse The eden of books te propose de gagner jusqu’au 22 juin ou 24 juin (selon les livres), des romansau thème estival sur instagram :

Pour participer, il suffit de liker les posts en lien avec les concours sur son compte insta, de commenter en invitant quelqu’un et de liker la page éditeur et mettre le post en story avec un tag sur la blogueuse. Les trucs habituels quoi… Bonne chance ! 😉

L’artiste de la semaine 

Si tu es familière avec le concept de poésie de papier, tu vas adorer Betty Pepper, l’artiste que je te présente aujourd’hui. Betty est une créatrice britannique qui réalise des sculptures avec du papier et du fil de fer très poétiques. Son thème récurrent est la petite maison de papier. Elle aime jouer aussi avec de vieux livres recyclés qu’elle sculpte comme du bois, ou bien du bois flotté sur lequel elle dispose certaines de ses créations. Elle a été exposée dans plusieurs galeries en Angleterre, au Danemark, à Munich, en Italie et aux Pays-Bas. Actuellement, ses dernières créations sont exposées à Cambridge dans la galerie Byard Art. Si son travail t’intéresse, tu peux consulter sa page instagram où elle réalise aussi des photos d’objets inanimés qui semblent vivants, ou sa page facebook. Il est possible d’acquérir ses oeuvres sur la boutique de la galerie d’art Byard Art.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Petites maisons et coucher de soleil,

A.Chatterton

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #9

Au sommaire de cette veille : Des personnalités te racontent des histoires, la dernière adaptation au ciné de Jane Austen, un podcast sur la Fantasy historique, un challenge instagram, le retour du Naheulband, et une artiste un peu barrée…

Les initiatives littéraire du mois 

Depuis le début du confinement, Josiane Balasko raconte des histoires (contes surtout) tous les soirs depuis sa cuisine, en live sur son compte instagram à  17h30. Pour avoir assisté à plusieurs live, je trouve que cela la rend plus proche du public. Elle y apparaît au naturel, avec son franc-parler et ses cheveux aussi décolorés que les miens à l’heure actuelle. Tu as l’impression de prendre rendez-vous avec ta grand-mère pour qu’elle te raconte des histoires et c’est vraiment sympa. Si tu rates son live de 17h30, saches qu’il est en replay la journée sur sa story.

Autre initiative du même type, Daniel Radcliffe et quelques acteurs des films du sorcier ou des animaux fantastiques, te lit des chapitres du livre Harry Potter depuis un site internet créé pour l’occasion. Il y a aura 17 épisodes, un par semaine sur 17 semaines, en anglais. L’occasion de retrouver les aventures de Poudlard en VO depuis chez soi. Le site comprend aussi des activités et des quizz en anglais si tu veux mesurer tes connaissances !

Le film du mois

Emma, réalisé par Autumn de Wilde avec Anya Taylor-Joy (vue dans Split) est sorti en catimini avant le confinement. Il s’agit de l’adaptation du roman Emma de Jane Austen, dont j’ai déjà parlé dans mon article sur mes héroïnes de roman préférées. Comme les cinémas sont fermés depuis la crise sanitaire et qu’ils ne sont pas encore prêts de réouvrir, je désespérais de ne pas pouvoir le voir… jusqu’à ce que je tombe sur l’offre de location Youtube à 17.99 euros. Et là ! ô joie, j’ai pu assouvir ma curiosité.

A l’inverse de la version dramatique de 1996 avec Kate Beckinsale dans le rôle principal, la version 2020 ressemble à première vue à une comédie… et ça l’est vraiment, mais tout en gardant l’essence du livre. Emma est surtout un film centré sur une jeune fille riche et capricieuse qui veut faire le bien autour d’elle mais par pur orgueil, quitte à commettre des erreurs qui font du mal aux autres. Les costumes sont magnifiques (je ne m’aventure pas sur leur authenticité car je ne suis pas assez calée), les décors à couper le souffle, le casting impressionnant avec une pléiade d’acteurs britanniques et le décorum Régence très fan-service. Surtout, Anya Taylor-Joy apporte un côté encore plus peste au personnage d’Emma tout en montrant sa grande sensibilité. Une version qui dépoussière les autres et que je te conseille fortement si tu es fan de Jane Austen ou de réflexion sur la condition féminine à l’époque Régence et d’Angleterre.

Le podcast de la semaine

Après les conférences en replay des Imaginales, je suis tombée sur celles des Utopiales sur le site de Actusf. Parmi les nombreux sujets, j’ai dégoté un podcast intéressant sur la Fantasy Historique sous forme de questions réponses avec Jean-Laurent Del Socorro qui date de 2019.

En 30 minutes, l’auteur définit ce qu’est la Fantasy Historique, la différence avec le roman historique et explique comment il écrit ses romans. Un bon moyen de découvrir ce genre et cet auteur. Si tu ne connais pas Jean-Laurent, je t’invite à lire mes chroniques sur ses livres : Je suis fille de Rage  et Boudicca. Il a également écrit Royaume de vent et de colères que je suis actuellement en train de relire dans le cadre du Bingo du Plib. 😉

Pour plus de confort lors de l’écoute, je t’invite franchement à bien monter le son, car les questions du public sont parfois peu audibles. 😉

Le challenge littéraire insta du moment

En ce moment, le challenge #Bookspinepoetry ou #Trancheslittéraires cartonne sur instagram. Il consiste à réaliser un poème ou une phrase à consonance poétique avec les titres des livres de sa bibliothèque. Une manière détournée de faire de la prose sans le savoir comme Monsieur Jourdain dans le Bourgeois Gentilhomme de Molière. Mais aussi, de voir sa collection autrement que pour son contenu et d’en faire part aux autres. J’ai réalisé quelques essais sur le compte instagram du blog. Pour une fois, c’est un challenge assez simple et si tu as des enfants, tu peux les faire participer. 😉

La vidéo marrante de la semaine

Naheulband, le groupe qui a réalisé le livre audio et la BD Le donjon de Naheulbeuk et connu pour ses parodies de musiques médiévales-geek, a profité du confinement pour réaliser une vidéo amusante intitulée L’album confiné. Tu y retrouves tous les membres du groupe, ou presque, reprenant leurs tubes mais avec de nouvelles paroles ou des créations. C’est beaucoup plus savoureux quand on connaît le groupe et les chansons originales, mais cela reste drôle quand même, voire même absurde par moments. Si tu ne connais pas la saga audio, je t’invite fortement à l’écouter. C’est une parodie de Donjon et Dragons, avec des personnages un peu barrés qui galèrent à accomplir leurs quêtes. (cf liens du titre).

La visite virtuelle de la semaine

bronte sisters wikipedia

Si tu es fan de littérature anglaise, Google Art et Culture te propose de réaliser un circuit des lieux qui ont inspiré les soeurs Brontë, et ceux où elles ont vécu dans une visite virtuelle incluant google maps. En plus de voir des paysages anglais magnifiques et des jolies maisons, tu peux déambuler dans la rue ! Si tu ne connais pas les soeurs Brontë, peut-être auras-tu entendu parler de Jane Eyre ou des Hauts de Hurlevent ? La littérature des soeurs Brontë diffère de celle de Jane Austen dans le sens où les personnages sont plus cruels, la nature plus sauvage, l’influence du romantisme allemand très présente. Néanmoins, elles ont des points communs : Filles de Pasteur, vivant dans la campagne anglaise, très pauvres, mortes prématurément et/ou célibataires, n’ayant que peu connu de succès de leur vivant, passionnées par l’écriture. Bref, je t’invite une nouvelle fois à revenir en Angleterre mais fin époque Régence-Début de l’époque Victorienne. Et cela te fera sortir dans la lande britannique sans quitter ton canapé ! 😉

L’artiste du moment

Comme évoqué dans ma watch précédente, je me suis mise à écouter des livres audio parce que j’en ai un peu marre des écrans en ce moment (ils me piquent les yeux !). Et cette semaine, je suis tombée sur un article de Bored Panda intitulé : Quand j’écoute des livres audio, je peins. suivi des oeuvres d’une artiste bulgare un peu barrée qui s’appelle Irina Pandeva.

Irina explique que les livres audio influent en quelque sorte sur son art car cela l’inspire. Elle a réalisé plusieurs tableaux en fonction des livres qu’elle a lu et mentionnés dans l’article. J’ai trouvé cela amusant et été voir son site internet par curiosité. Elle a aussi réalisédes tableaux proches du style de Picasso dans sa période cubiste pendant le confinement. Et c’est assez saisissant !

Suite à cette découverte, je me suis demandée à quelles activités s’adonnaient les gens qui écoutent des audio-livres. Peut-on rester tranquillement assis à écouter un livre ? Personnellement, je peins ou je réalise des coloriages, mais je reste curieuse de ce que font les autres… Si toi aussi, tu écoutes des audio-livres, dis-moi ce que tu fais en même temps en commentaire. 😉

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Angleterre et tasse de thé,

A.Chatterton

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #8

Au sommaire de ma veille littéraire du net cette semaine : deux événements littéraires d’envergure, un podcast sur le prince Charmant, deux financements participatifs autour de l’illustration et de la musique, un challenge littéraire, un documentaire sur Londres et une romancière féministe, une formation pour les blogueurs et un concours d’écriture

Ebooks gratuits et opérations littéraire de la semaine

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/janeb13-725943/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1176150">Welcome to all and thank you for your visit ! ツ</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1176150">Pixabay</a>

Peu d’ebooks gratuits cette semaine. La source s’est tarie pour les adultes. Néanmoins, j’ai trouvé des nouvelles américaines sur la nature et l’aventure aux éditions Galmeister. Et oui ! La maison d’édition propose en téléchargement des nouvelles de ses auteurs : Chris Offutt, David Vann, Craig Johnson, etc…

Et pour changer des livres à lire, je te propose de découvrir deux sites de plus pour les audiolivres gratuits : Kobo et Livreaud.io via cet article de TerraFemina. L’article a le mérite de recenser l’ensemble des sites proposant de l’audio-livre, dont ceux que j’avais déjà évoqués dans ma watch 6. L’inconvénient, c’est que la plupart des livres proposés sont des classiques et pas des nouveautés. Mais il en faut pour tout le monde…

Le challenge de lecture du mois

#PLIB2020

Le bingo du PLIB démarre aura lieu du 1er au 30 mai. Il s’agit d’un challenge lecture sur le principe du Bingo avec des cases actions et des cases lecture. Il est organisé par Le Prix littéraire de l’Imaginaire Booktubers et fonctionne en équipe. Pour y participer, il te suffit de t’inscrire via un formulaire disponible le Discord du PLIB et de choisir ta PAL. Si tu as déjà une équipe, suite à un précédent challenge du Prix, pas besoin de formulaire : échange autour de ta PAL avec tes partenaires de jeu sur Discord. La validation du challenge s’effectuera en fin de mois avec un autre formulaire à remplir. Plus de renseignements concernant les catégories et actions sur la page facebook du PLIB 2020. 😉

Demain, je posterai un article avec ma PAL pour ce challenge afin de te donner des idées.

Les événements littéraires de la semaine

 

L’événement attendu aujourd’hui dans le monde littéraire, c’est le Bibliothon de la bloggueuse Bulledop. 12 heures de live avec des rencontres d’auteur, des défis, des coups de coeur littéraires, des table-rondes, un concours pour gagner des livres. Tu trouveras le programme détaillé sur cet article de Booksquad. Le live aura lieu sur la chaine Youtube de Bulledop ce Samedi 2 mai à partir de 12h.

Quant à Virtua’Livres, le salon littéraire numérique a annoncé sa troisième édition cette fois-ci sur trois jours : du 29 au 31 mai 2020. Comme d’habitude, je te renvoie à la page organisatrice du salon, qui aura lieu sur Discord avec des auteurs en dédicace, des table-rondes littéraire, des live dessins et pleins d’autres trucs. 😉

Le podcast du moment 

Disney La belle au bois dormant

Et si le Prince Charmant n’était pas si Charmant ? Après tout il embrasse la Belle au Bois Dormant sans son consentement, séquestre Belle dans son château dans la Belle et la Bête… Dans ce podcast post-#Metoo, on remet en cause le statut de l’homme idéal des contes de fées par une mise en scène intéressante de son procès. Le podcast dure 56 minutes et il est à retrouver sur le site de télérama.   Une vision intéressante des contes de fées de notre enfance et une déconstruction du mythe du Prince Charmant qui fait réfléchir.

Les projets de financement de la semaine

Connais-tu Juliette Amadis ? Comment ? pas du tout ? Alors je t’informe que tu passes à côté de superbes illustrations ! Juliette est une illustratrice de talent qui dessine autant des sirènes que des filles de saloon, voire de jolies dames aux tenues steampunk. Son truc, ce sont surtout des héroïnes dans un style entre Art nouveau/Déco et comics. J’ai découvert son univers quand j’écrivais pour le site French-Steampunk.fr. Outre une boutique super cool, Juliette a pour projet de lancer un Tipeee afin de réaliser un Art-Book sur les femmes de l’Ouest Sauvage. Je te laisse découvrir ce super projet ici.

Mon autre projet coup de coeur du moment, c’est l’album de musique celtique de Morgan of Glencoe. Et oui, l’auteure de Dans l’ombre de Paris est aussi musicienne : elle joue de la harpe celtique. Son projet consiste à produire un album intitulé Fleur du Porhoet. Ce sera son quatrième album ! L’objectif du projet est déjà atteint, mais tu peux encore contribuer jusqu’à début juin. 😉

Le documentaire de la semaine

Doris Lessing

En furetant sur les reportages Arte-vidéo cette semaine, j’ai été attirée par celui concernant Doris Lessing, intitulé A Londres, libre comme Doris Lessing. Je ne connaissais pas du tout cette romancière sud-africaine, féministe et mère célibataire. J’ai découvert sa vie à Londres dans les années 1950. Elle est l’auteure du Carnet d’Or, un roman d’autofiction avec une structure peu conventionnelle, qui lui a valu un statut de féministe mondial. Dans ce reportage de 13 minutes, on en apprend un peu plus sur la pauvreté du quartier de Notting Hill à Londres après la guerre, l’engagement communiste de la romancière et surtout sa vision de femme libre face à la société rigide londonnienne. La vidéo est consultable jusqu’en avril 2022 sur la plate forme Arte-vidéo. Personnellement, il m’a donné envie de lire ses livres, d’autant qu’elle a obtenu le prix Nobel de la littérature en 2007…

La formation blogueur du moment

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/FunkyFocus-3900817/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1875813">FunkyFocus</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1875813">Pixabay</a>

Vous voulez faire des vidéos pour votre blog, mais vous n’y connaissez rien ? ça tombe bien, L’école des Gobelins réputée pour sa formation aux jeux-vidéos, vous propose un MOOC sur le montage de reportage vidéo avec un smartphone. La formation proposée est en deux formules : une gratuite qui comprend l’ensemble des cours, et une payante (38 euros) qui vous délivre un certificat qualifiant et vous demandera 3 heures de plus pour créer et présenter un projet. Si la formation vous intéresse, rendez-vous sur le site fun-mooc.frLes cours seront en ligne du 11 mai au 19 juin 2020. 

Attention, prévoyez un peu de matériel pour cette formation. L’Ecole des Gobelins recommande : un trépied pour smartphone, un micro-cravate, et deux applications de tournage (Filmicpro et LumaFusion).

L’escape game à tester chez soi

Planète expérience

Pour terminer, j’ai testé un autre escape game en ligne où tout commence bien sûr par un meurtre… Elle a été créée par le complexe d’escape game Planète expérience Antibes. C’est assez ardu et je n’ai pas réussi à le terminer, mais si tu veux te lancer un défi, tente l’expérience ! 😉

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Tasse de thé et marque-page,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’imparfé (T1), Johan Heliot, Gulf Stream éditeur

Joli roman initiatique, L’imparfé m’a beaucoup plu par sa fraîcheur et son thème du contes de fées non genré. Laissez-moi vous faire découvrir la plume de Johan Heliot, un auteur reconnu et pré-sélectionné cette année pour le PLIB 2020.

Résumé : C’est le grand jour pour Tindal et ses amis : au royaume de Faërie, l’intendance de la capitale vient chercher les adolescents qui sont dans leur treizième année pour leur faire intégrer des formations prestigieuses. Les jeunes garçons s’en vont à l’École des guerriers, apprendre le maniement des armes. Les jeunes filles, elles, se destinent à protéger la nature en pratiquant l’art de la magie ancienne des dames fées. L’enjeu est grand, seuls les meilleurs des novices poursuivront leur apprentissage. Tout ne va pas se passer comme prévu : l’empire est attaqué par un être que l’on pensait déchu depuis les Batailles Sans Merci, et l’ordre risque bien de ne jamais revenir en Faërie… Quant à Tindal, sa destinée qu’il pensait toute tracée dépasse de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Mon avis 

Un conte de fées revisité

Le héros de cette histoire, Tindal, est un garçon petit et fragile, obligé de suivre l’apprentissage des fées à cause d’une erreur administrative. Cela paraît drôle du point de vue extérieur, mais lui va très mal le vivre. En plus d’attirer la honte sur ses parents et son village, il va devoir dormir dans un placard (car le dortoir est dédié aux filles), et surtout subir les moqueries de ses camarades féminines.

Mais, du côté du pensionnat des guerriers, l’ambiance n’est pas plus sympathique pour ses amis garçons, avec des corvées discriminantes pour les plus faibles, et la brutalité mise en avant au détriment de l’intelligence et de l’esprit d’équipe.

On se rend vite compte qu’à partir d’une erreur administrative anodine,  Johan Heliot met en avant l’absurdité d’un univers complètement genré et rigide : celui des contes de fées traditionnels.

Par ailleurs, en plus de revisiter le genre, l’auteur tacle au passage l’administration tatillonne et certains clichés de romans d’aventures : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, être un bon soldat ne mène nulle part, préserver les princesses les vouent à un ennui mortel, les privilèges permettent d’évoluer plus rapidement que les autres, les apparences sont parfois trompeuses…

Dans ce nouveau conte de fées, les filles peuvent devenir des guerrières et les garçons des fées, les princesses peuvent sortir de leur tour d’ivoire, les fées tirent leurs pouvoirs des couleurs et les méchants sont plus complexes que prévu. Un pari réussi pour ce premier tome qui pose les bases de l’univers tout en nous présentant un héros qui brille par son intelligence et son esprit d’équipe, plus que par sa force physique.

Une réflexion subtile sur le passage à l’âge adulte

A travers les yeux de Tindal, l’auteur nous met à la place des enfants qui perdent leurs illusions vis à vis des adultes. Le meilleur exemple est celui des héros d’autrefois, encensés par les garçons, et finalement devenus des vieillards et des alcooliques. Mais il y aura aussi une déception concernant l’entrainement militaire très difficile et les décisions politiques du roi, dictées par la peur et le besoin de répression.

Mais après tout, perdre ses illusions, n’est-ce pas grandir ? Pour ce faire, les enfants vont devoir ne compter que sur eux-mêmes, et surtout sortir des rangs bien ordonnés que la société a décidé pour eux. Un beau message renforcé par des valeurs importantes comme l’amitié, l’amour filial, et surtout accepter d’être soi-même.

L’autre côté de l’apprentissage, ce sera aussi de comprendre la complexité des décisions à prendre dans sa vie d’adulte, et leurs conséquences. Tindal en fera les frais une fois ses origines découvertes, tout comme Azazelle, les fées vénérables et le roi, en cherchant à protéger le pays mais aussi ses habitants.

En plus d’apprendre à grandir, ce roman jeunesse aborde le fait d’être différent avant tout et d’apprendre à l’accepter pour mieux s’intégrer dans la société. En ce sens, c’est un roman d’apprentissage pour son personnage principal, qui apprivoise son adolescence naissante, et se découvre plus fort qu’il ne le pensait.

En conclusion : Johan Heliot tient le pari de nous présenter un héros à contre courant dans un conte non genré et sans violence. Une jolie histoire bourrée d’intelligence et de vérités bien placées. Un vrai renouvellement du conte de fées que l’on attendait tous et qui nous donne envie de lire la suite de cette trilogie jeunesse pleine de promesses.

Publié dans Lectures

Cuits à point, Elodie Serrano, éditions ActuSF

Fausse voyante ? Château soi-disant hanté ? Appelez les Démystificateurs Gauthier et Anna ! Par contre, s’il s’agit de réchauffement climatique, ils risquent d’être bien en peine… Je vous présente aujourd’hui une aventure londonienne pleine de suspense et de flegme britannique. Suivez le guide !

Résumé : Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Mon avis :

Des personnages principaux hauts en couleur

Le roman a pour héros Gauthier Guillet, insupportable je-sais-tout mais redoutable détective, et surtout grand Carthésien, pour qui la magie n’existe pas. Il est accompagné de son associée Anna Cargali, jeune veuve italienne, au caractère bien trempé et à l’intelligence supérieure à celle de son coéquipier.

Au cours de leur enquête, ils seront rejoint par un autre duo à Londres :  Anton et sa nièce Maggie. Tous deux sont des démystificateurs aussi, mais à l’inverse de Gauthier et Anna, Anton n’écarte pas l’hypothèse de l’existence de la magie.

Cette différence d’opinion va ponctuer tout le roman de combats acharnés entre les deux coqs, tempéré par Anna, et va les mener parfois à de mauvais choix pour prouver à l’un ou l’autre qu’ils ont raison. Je dois avouer que certains passages de leurs disputes, à l’image d’Anna, m’ont quelque peu agacée.

L’auteure s’amuse des clichées culturels en présentant Anton comme un pur britannique avec un flegme et une capacité à arrondir les angles dans les conflits. Anna est vue comme une jeune femme caractérielle qui n’hésite pas à mettre elle-même ce trait de sa personnalité sur le compte de ses origines italiennes. Quant à Gauthier, son côté pédant est bien représentatif du français lambda, fier de ses origines.

Une enquête bien menée

Durant leur investigation, les détectives du paranormal seront amenés à rencontrer une sorcière londonienne, au grand dam de Gauthier qui ne croit pas en la magie. Puis, de fil en aiguille, les deux équipes réussiront à travailler de concert pour se concentrer sur les travaux du métro et enfin toucher au but. Je ne vous spoile pas la suite, sinon cela n’aurait pas d’intérêt.

Si le suspense est à son comble jusqu’à la moitié du roman, et m’a bien tenue en haleine, sur la deuxième partie, je me suis demandée comment l’histoire allait se terminer une fois le mystère résolu. Et bien… je n’ai pas été déçue ! Même si arrivée à 30 pages de la fin, j’ai été prise de sueurs froides en me demandant comment Elodie Serrano allait conclure en si peu de pages, j’ai trouvé la fin soignée.

Je me suis même demandée si ce roman était le premier d’une longue série d’aventures pour les démystificateurs… car j’avais envie d’en lire davantage !

Une critique de la société victorienne

Au-delà de cette enquête, j’ai vu en filigrane une critique de la société victorienne à travers le regard d’Anna, la narratrice principale de cette histoire.

A plusieurs reprises, elle fait mention du sexisme ambiant de son siècle vis à vis de son statut de femme,  ou du fait qu’elle travaille avec un homme qui n’est pas son mari. Elle va même jusqu’à critiquer sa tenue de dame, peu pratique pour l’exploration. La bonne tenue, autant vestimentaire que de caractère est de mise chez les anglais et lui vaudra bien des déconvenues tout au long de l’enquête, autant par ses employeurs (les Lords de la Chambre), que des autres hommes.

La seule a bien gérer sa part de féminisme est Maggie, qui malgré sa timidité et sa jeunesse, sait se faire entendre quand cela est nécessaire, et se moque des convenances.

A travers cette aventure, on découvre un pays désireux de montrer sa supériorité, soucieux des apparences et respectant assez peu sa souveraine, jugée trop inexpérimentée et surtout… femme !

En conclusion : Cuits à point est un bon divertissement qui a su me tenir en haleine grâce à son mystère à la résolution surprenante et son côté féministe pas déplaisant. A quand une nouvelle aventure des démystificateurs ?

PS : je remercie les Éditions ActuSf pour l’envoi de ce service presse. Même si par principe je n’en demande pas, il se trouve que je comptais lire ce livre. Je préfère rester transparente avec vous, lecteurs sur le sujet. 😉

 

 

 

Publié dans Questions existentielles

Mes héroïnes de roman préférées

En cette journée internationale du droit de la femme, j’ai eu envie de partager avec vous mes six héroïnes de prédilection rencontrées au fil de mes lectures. Peut-être avons nous les mêmes ? A vous de me le dire…

Joséphine March, Les quatre filles du Docteur March de Louisa May Alcott.

J’ai toujours apprécié le personnage de Jo March (alias Joséphine March) pour son côté impétueux, sa volonté farouche de s’émanciper à une époque où les femmes sont reléguées à la maison, et son envie d’écrire. Malgré un caractère bien trempé qui lui vaut des déconvenues, elle se fiche pas mal de ce qu’on pense d’elle et fait preuve d’une grande générosité. Quand elle va jusqu’à sacrifier ses cheveux pour récolter de l’argent pour sa famille ou qu’elle envoie des piques à sa vieille tante riche, j’envie son culot et sa bonté. On ne peut pas dire que ses convictions lui facilitent la vie mais elle est entière et c’est ce qui me plaît le plus chez elle.

Hermione Granger, Harry Potter de J.K Rowling.

Hermione est l’archétype d’une Mademoiselle Je-sais-tout entre son intelligence vive et son besoin (peut-être inconscient) de connaître tout de la magie, elle qui vient d’une famille sans pouvoirs. Malgré son côté agaçant, elle reste une amie fidèle envers Harry et Ron, fait preuve d’un immense courage vis à vis des dangers qui les guette et surtout se bat pour une cause qui n’a pas de valeur aux yeux des magiciens pur sang : la défense des créatures magiques. Si on la transposait dans notre monde moderne, elle serait une militante de la cause animale. C’est un personnage qui évolue au fil de la saga Harry Potter, passant du statut de première de la classe respectueuse des règles et mal dans sa peau, à une jeune fille épanouie et consciente que le monde ne consiste pas à respecter ces règles. Pour moi, elle reste un personnage féminin qui a marqué une génération de lectrices.

Dolorine Carmine, Dolorine à l’école, Les soeurs carmines tome 3 de Ariel Holtz.

Dolorine à l'école ariel holtz

Dolorine Carmine est la benjamine des soeurs Carmine. Accompagnée de son doudou Monsieur Nyx (une poupée faite de chaussettes ayant appartenu à des condamnés à mort), elle évolue dans le monde de Grisaille pleins de zombies et de fantômes avec son regard d’enfant un peu naïf mais tout de même intelligent. Ce qui est fascinant avec ce personnage, est qu’elle comprend souvent les choses de travers et cela occasionne des scènes hilarantes, et une lecture à double niveau du récit par le lecteur. Dolorine est aussi une petite fille particulière : elle voit les fantômes mais parle peu aux gens vivants. Pour se faire des amis, cela reste compliqué. Monsieur Nyx reste son ami préféré même s’il lui demande de tuer des gens, ce qu’elle ne fait pas car elle a bon fond. Elle reste un personnage féminin qui sort de l’ordinaire, essayant de sortir de l’enfance et de trouver sa place dans sa famille et le monde qui l’entoure.

Irène Adler, Un scandale en Bohème de Arthur Conan Doyle

Seule femme aimée par Sherlock Holmes, escroc d’une beauté renversante, uniquement intéressée par son profit personnel, Irène Adler reste un personnage emblématique, et envié pour son indépendance vis à vis des hommes. Ma version préférée reste celle incarnée par Rachel McAdams dans le film de Guy Richie : Sherlock Holmes, jeux d’ombres. On y retrouve une Irène pétillante, mutine et joueuse devant un Sherlock qui en perds ses moyens. La version dominatrice de la série Sherlock de Mark Gatiss est très bien trouvée également, rappelant qu’elle utilise les hommes sans s’y attacher. Malgré ses manigances, on ressent son côté fragile, désireux de s’assurer un avenir, comme tous les cambrioleurs, même si l’adrénaline et le danger sont ses amies. Une bad girl détestable comme on n’en fait plus en littérature.

Sarah Crewe, La petite princesse de Frances Burnett

La « petite princesse » comme la surnomment ses camarades, a vécu bien des tourments depuis son enfance avec le décès de sa mère pour commencer, puis la disparition de son père qui la plonge dans un profond dénuement. Ce qui me plaît dans ce personnage, est son regard positif envers la vie, sa générosité et son côté humble. Quand elle est riche, elle n’en devient pas hautaine. Quand elle devient pauvre, elle reste charitable. Une petite fille courageuse qui sait évoluer au fil des aléas de l’existence. Un exemple à suivre. Une Cendrillon d’un autre temps.

Emma Woodhouse, Emma de Jane Austen

Emma, soucieuse d’aider ses amies mais aussi pour lutter contre l’idée du destin réunissant les couples, a décidé de jouer les entremetteuses. Au final, cela s’avère catastrophique pour elle comme les autres. Avec ce personnage, on évoque une jeune aristocrate qui a peur d’aimer, dans la société anglaise de la Régence plus soucieuse de marier ses filles par intérêt que par amour. Mais… Emma est complexe. Elle apparaît comme un être capricieux, parfois méchant par ennui, et très imbu de sa personne. Elle pourrait passer pour une féministe de son temps, refusant de se marier pour céder aux intérêts familiaux, mais l’histoire va plus loin. Son orgueil de petite fille gâtée doit être corrigé et elle doit se rendre compte qu’on ne peut pas tout diriger comme on l’entend. Pour moi, Emma reste une héroïne particulière dans l’univers de la littérature et celui de Jane Austen. Elle marque par sa présence, mais on a envie de lui donner des claques afin qu’elle ne passe pas à côté de l’amour par pure conviction personnelle.

J’en ai terminé avec mes héroïnes préférées. Qu’en as-tu pensé ? As-tu retrouvé les tiennes ? Si oui, dans lesquelles te retrouves-tu le plus ? Si non, quelles sont tes héroïnes littéraires de prédilection ? Dis-moi tout en commentaire ! 😉

Amour et roses des prés,

A.Chatterton.

Publié dans Lectures

L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Une réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.