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Les filles du Siècle : Séraphine, Satin Grenadine et La Capucine, Marie Despechin, édition Ecole des Loisirs

Cette série de trois tomes met en avant trois filles au destin différent qui vous font découvrir le quotidien des femmes à Paris à la Belle-Epoque. Trois récits jeunesse composant une véritable peinture sociale teintée de féminisme et de socialisme.

NB : J’ai choisi de réaliser un article qui regroupe mon avis sur les trois livres, d’où la présence des trois résumés. Chaque tome peut se lire de façon indépendante, mais au fil de votre lecture vous constaterez que les personnages secondaires sont présents dans toutes les histoires. Pour information, les deux premiers tomes ont été réédités en Octobre 2020 suite à la parution du troisième : La Capucine. L’éditeur a changé les couvertures pour les rendre plus actuelles. Séraphine et Satin Grenadine ont été publiées en 2004 et 2005.

Résumé de Satin Grenadine : Lucie est persuadée qu’au vingtième siècle, les demoiselles de la bonne bourgeoisie parisienne auront le droit de courir toutes nues, d’aller à la messe en cheveux, de parler à table et même, qui sait ? de s’instruire et de ne pas se marier. A quoi bon vieillir, sinon ? Le problème, c’est que nous ne sommes qu’en 1885 et qu’à treize ans, la seule éducation qu’une jeune fille comme Lucie est censée recevoir consiste à savoir tenir une maison pour devenir une épouse accomplie. Hygiène, lessive, cuisine : Lucie est envoyée faire son apprentissage avec Annette, Fanny et Marceline. Si ses parents savaient… Il se passe parfois des choses étranges, dans les communs des maisons bourgeoises. Les domestiques peuvent s’y révéler plus passionnants et subversifs que des livres. On y fait des révolutions en secret.

Résumé de Séraphine : Que faire de sa vie quand on a treize ans et qu’on est une fille pauvre, pas laide, sachant lire, sans autre protection que celle d’un vieux curé, d’une tante prostituée et d’une veuve ronchon ? Nonne ? Jamais. Séraphine est trop insolente. Couturière ? Non plus. Elle a trop envie de parler et de voir du monde. Peut-être qu’un jour les femmes pourront devenir juges, gendarmes ou avocats et faire de la politique… Peut-être même qu’un jour Dieu Lui-même sera une femme. Mais, pour l’instant, nous sommes en 1885, à Paris, ou plutôt à Montmartre. Le souvenir de la Commune est encore vif chez les uns. Les autres s’occupent de l’enterrer définitivement en bâtissant, là-haut sur la butte, le Sacré-Cœur. Et Séraphine ne voit qu’une solution pour mener la vie libre et sans misère dont elle rêve : s’en remettre à sainte Rita, la patronne des causes désespérées…

Résumé de La Capucine : Si son patron ne la battait pas, si elle était justement payée, si on ne lui comptait pas son assiette et son lit, Louise adorerait la terre sur laquelle elle travaille. Une terre incroyablement fertile, qui peut donner huit récoltes par an ! Qui exporte ses légumes jusqu’à Londres, et même jusqu’en Russie…. Une terre qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Paris, sur un petit village de maraîchers nommé Bobigny. Le jour où vient la raclée de trop, Louise s’enfuit. Direction Paris, où vivent et travaillent sa mère Clémence, et son indéfectible protectrice, Bernadette, génie de la cuisine et de la voyance réunies. Mais Louise a treize ans, et à cet âge, même si l’on rêve de liberté, encore faut-il gagner sa vie…

Mon avis :

Trois filles, trois histoires en lien avec le féminisme

A travers ces trois romans courts de 200 pages, Marie Desplechin nous dévoile la condition des femmes et des jeunes filles à la Belle-Epoque et de leurs possibilités d’évolution dans une société très patriarcale.

Ainsi, avec Lucie, de Satin Grenadine, on découvre l’univers des jeunes filles de la bourgeoisie qui doivent s’instruire mais pas trop, pour éviter de faire peur à un futur mari et surtout être jolie pour attirer les prétendants. Malheureusement pour sa famille, Marceline, la gouvernante de Lucie aux idées plus progressistes souhaite surtout que Lucie s’instruise pour tracer sa propre voie. Lucie, elle, ne rêve que de partir en Amérique et de porter du Satin Grenadine, réservé aux grandes dames. Elle est loin des considérations de sa classe sociale et s’émerveille de ce qu’elle peut apprendre chez les domestiques et le peuple, au grand désespoir de ses parents.

Avec Séraphine, on découvre la classe ouvrière pauvre de Paris et surtout de Montmartre. Séraphine travaille chez une couturière pour gagner sa vie mais elle aspire à une autre vie. De nature généreuse, elle est assez naïve vis à vis de l’extérieur et s’en remet à sa foi envers la Sainte Rita, patronne des causes désespérée. Elle va s’essayer à d’autres métiers mais cela reste compliqué de s’élever socialement quand on est orpheline et sans le sou. Il faudra la solidarité de la communauté vivant sur la Butte et d’heureux hasards pour qu’elle trouve un dénouement opportun.

Louise de La Capucine, est la plus têtue et téméraire des trois héroïnes. Elle vit à Bobigny dans une ferme maraichère où elle travaille sous les ordres d’un maître violent. Elle est séparée de sa mère qui travaille pour une famille bourgeoise à Paris et l’a laissée dans cette ferme pour des raisons financières. Louise adore travailler la terre, et elle souhaiterait pouvoir son propre terrain pour vendre seule sa production mais elle est trop pauvre pour réaliser son rêve. Néanmoins, c’est une fille intelligente et autonome qui a le sens des affaires, ce qui lui permettra de s’en sortir, avec un coup de pouce du destin.

Trois destins de jeune filles, et pourtant peu d’issues au début de chaque livre. Le mariage revient très souvent comme porte de sortie, mais finalement d’autres possibilités s’ouvriront à elles grâce à l’aide d’autres personnages secondaires qui souhaitent faire bouger les choses.

Une fresque sociale à travers des personnages secondaires très vivants

En dehors des héroïnes, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires féminins hauts en couleurs qui nous donnent une vision d’ensemble de la société parisienne, dans chaque classe sociale, ainsi que leurs rêves et aspirations.

Du côté des aristocrates, Mme D’Argenton s’étiole dans sa vie de confort aux côtés de son mari. Elle est dépressive depuis le décès de l’un de ses fils à la guerre et se passionne pour les spirites, seule solution pour revoir son fils défunt. A l’inverse, sa cousine Blanche, seule célibataire de la famille, passe pour une excentrique car elle aime se déguiser en domestique afin de visiter le marché des Halles. On devine par là qu’elle s’ennuie également dans sa classe sociale et qu’elle se soucie peu des convenances au profit de sa liberté de femme.

Chez les bourgeois, Mme Chassignol, la mère de Lucie, cherche à élever sa famille au rang des aristocrates. Son statut de femme mariée et aisée semble lui convenir. Elle accorde beaucoup d’importance aux apparences et souhaite marier sa fille à un homme bien né, dans la plus pure tradition de son siècle. Instruire ou élever Lucie ne l’intéresse pas, elle a laissé cela à la nourrice et la gouvernante de sa fille. Elle préfère réaliser des économies sur l’instruction de Lucie et plutôt lui offrir des robes qu’elle aura choisie pour attirer les prétendants. Elle est également charitable mais par pur intérêt : elle recueille sa cousine Marceline pour la faire travailler gratuitement comme gouvernante auprès de sa fille.

Du côté des domestiques et du peuple, les personnages sont un peu plus intéressants et très nombreux, comme si le confort ôtait toute vie trépidante ! Néanmoins, l’auteure décrit leurs rudes conditions de vie qui font parfois frémir, expliquant ainsi leur envie d’une autre avenir.

Dans la maison de Lucie, Annette la cuisinière se fait vieille et souhaiterait rentrer dans sa famille pour vivre sa retraite. Mais il lui est compliqué de partir quand elle est la seule à rester parmi les domestiques. Son aide de cuisine, Fanny, une jeune fille de 16 ans, aspire à autrechose qu’au ménage et les corvées de lessive. Maligne, prête à tout pour parvenir à ses fins, elle souhaite épouser un maraîcher repéré au marché des Halles et s’établir avec lui pour être maitresse de sa propre maison.

Charlotte, la tante de Séraphine, est une prostituée de bordel de luxe. Même si on dévoile peu ses activités, Marie Desplechin donne des détails historiquement justes à son sujet : Charlotte dispose d’un carnet où elle est signalée comme prostituée auprès de la police. Elle doit rembourser sa dette auprès de sa maquerelle pour pouvoir quitter cet emploi. Elle est obligée de s’habiller de façon voyante pour être identifiée comme prostituée, y compris quand elle sort du Bordel. Derrière ce métier nécessaire pour une fille de province sans fortune, Charlotte est généreuse, un peu frivole, têtue et surtout très pieuse. Son rêve est de se marier avec le peintre Raoul et d’élever une famille.

Marceline, la cousine et gouvernante de Lucie est une orpheline élevée par les religieuses suite au décès de ses parents. Elle est recueillie par sa cousinge, la mère de Lucie, pour devenir gouvernante alors qu’elle sort de l’enfance. C’est la plus intelligente de tous les personnages : ancienne bourgeoise abaissée au rang de domestique, elle se débrouille pour avoir du temps libre en menant Mme Chassignol et les autres domestiques par le bout du nez. Elle cherche à émanciper Lucie, lit beaucoup et fréquente des cercles socialistes. Son objectif est de quitter la famille Chassignol, sans pour autant s’enfermer dans un mariage, et de protéger Lucie de son avenir tout tracé de bourgeoise.

Bernadette, l’amie et voisine de Louise est une vieille femme qui cache un passé malheureux. Elle voit les fantômes et cela lui causé bien du tort. Elle adore cuisiner et travailler la terre. Ce sera le seul exemple de personnage à refuser d’évoluer socialement car elle ne se sent pas à l’aise dans la Haute-Société Parisienne et préfère le bonheur d’une vie simple.

Enfin, Mme Sponze est la couturière des bourgeois et des gens bien nés. Elle fait le lien entre les domestiques et les hautes classes sociales car elle fréquente les deux. On la retrouve dans les trois romans. C’est la mieux considérée des « domestiques » car elle dispose de son propre commerce. Pourtant, elle déteste ceux qui la font vivre alors qu’elle est très proche de leurs valeurs morales. A Lucie qui souhaite s’émanciper, elle lui rappelle qu’une jeune fille ne peut pas vivre sans la tutelle d’un homme si elle souhaite disposer de son propre argent.

On comprend à travers tout ces exemples que les seuls moyens pour les femmes de tracer leur propre chemin à la Belle-Epoque se résume à peu de possibilités : avoir de l’argent, se marier, fuir la France pour un autre pays, s’instruire ou faire fi des convenances. En somme, il faut beaucoup de courage et de travail si l’on n’a pas d’argent ni l’envie de se trouver un mari.

La Commune en filigramme

Dans chaque récit, Marie Desplechin associe des personnages ou des événements en lien avec la Commune de Paris. On en apprend ainsi un peu plus à la fois sur ce qui s’est passé du point de vue des communards, et aussi sur l’état d’esprit du peuple quelques années après.

Dans Séraphine, on découvre que le Sacré Coeur est construit pour « faire oublier » les atrocités commises pendant la Commune. Mais aussi que d’anciens communards ont été déportés au Bagne pendant 10 ans. On rencontre Louise Michel qui a participé à cette révolution et souhaite éduquer les jeunes filles pour les sortir de leur condition de femme. Et surtout, on touche du doigt l’émotion que suscite le souvenir de la Commune chez les anciens communards : une immense tristesse devant les victimes de cette révolution, la déception envers un système de classes qui n’a que peu bougé, l’espoir d’une nouvelle révolution qui améliorerait leur sort.

Dans La Capucine, on découvre que Jacques D’Argenton, l’ami de Lucie et surtout aristocrate, connaît la chanson communarde Dansons la Capucine, et qu’il adhère aux idées socialistes. Apostrophé au marché par des maraîchers parce qu’il chante la chanson alors qu’il n’est pas de la classe sociale qui a fait la révolution, il rétorquera qu’il en connaît l’auteur. On comprend par là que La Commune touche aussi d’autres classes que le peuple. Des années après, les idées que ce mouvement a généré ont perduré, intéressant même les aristocrates, plus empathiques vis à vis des autres. Par ailleurs, Jacques sort complètement des normes car il est homosexuel mais sans pour autant le revendiquer ouvertement.

Cette tendance trouve son apogée dans Satin Grenadine, avec Marceline, qui discrètement instille des idées socialistes et du féministes dans l’éducation de Lucie, en lui faisant réaliser les tâches des domestiques pour lui faire comprendre le quotidien de ceux qu’elle emploie. On rencontrera aussi un bourgeois (dont je taierai le nom pour éviter tout spoiler), qui adhère aux idées du peuple et va de café en café pour haranguer les foules et répandre les idées socialistes. Il finira par vivre en accord avec ses principes en épousant une fille du peuple et en sacrifiant son héritage pour construire une usine utopique où les ouvriers seront mieux traités et logés dans des conditions décentes. Sortir des convenances associées à sa classe sociale lui aura permis de faire progresser la société en quelque sorte.

D’une manière générale, les trois romans vous donneront envie de connaître La Commune, cette période de l’Histoire de France un peu sombre, mais nécessaire pour faire comprendre notre société actuelle. En tout cas, cela m’a personnellement donné envie de me replonger dans les livres d’Histoire !

Une ballade dans Paris à la fin XIXème siècle

La série nous fait littéralement replonger dans Paris à la Belle-Epoque avec une visite en règle de certains lieux phares, alimenté par de recherches historiques pointues de la part de l’auteure.

Ainsi, le marché des Halles est au cœur de La Capucine. On s’y rendra aussi dans Satin Grenadine, nous faisant découvrir son organisation, ses odeurs, par des descriptions très vivantes, dignes d’Emile Zola dans Le Ventre de Paris. On retracera le trajet des légumes et autres denrées qui arrivent au marché depuis les villages maraîchers autour de Paris avec Louise, qui se lève vers 3h du matin depuis Bobigny pour vendre sa production. On découvrira le coin des bouchers, son fumet atroce et la vente de verres de sang chaud censé revigorer les jeunes filles avec Jean Martin, l’ami de Fanny et de Jacques. On apprendra à marchander avec Louise, et comment les domestiques des grands maisons réalisent leurs commissions pour leurs maîtres. On ira manger dans une cantine autour des halles, fréquentée par des ouvriers socialistes.

L’autre lieu emblématique des romans est Montmartre pendant la construction du Sacré-Coeur dans Séraphine. Ici se côtoient une population pauvre qui vit dans des conditions sordides, des artistes-peintres, des cabarets où viennent s’encanailler les bourgeois, des ouvriers du chantier et surtout la plus grande communauté communarde de la ville. Ici, les rares commerçants ne sont pas charitables, mais c’est pour survivre et non pas par gaieté de coeur, comme Marthe et Eugène tenanciers d’un café où Séraphine ira trouver du travail. On rencontrera Raoul, un artiste peintre, qui réalise des peintures post-impressionnistes de prostituées et gens de la butte, dans un style proche de Edgar Degas. On verra aussi Jeanne, une couturière et ancienne communarde, qui coud nuit et jour pour survivre comme d’autres travailleurs pauvres,

Nous irons aussi à Bobigny, dans une ferme où vit et travaille Louise. Quand on regarde Bobigny de nos jours, complétement bétonné, on éprouve des difficultés à se l’imaginer village maraîcher avec des champs à perte de vue. Et pourtant, Bobigny à la Belle-Epoque est un village paysan fier d’alimenter Paris grâce à sa terre fertile tout comme les autres villages alentours. L’auteure laisse entrevoir leur avenir avec un projet d’industrialisation dans Satin Grenadine et l’abandon progressif du travail de la terre avec Antonin, le fils du propriétaire de la ferme qui préfère partir en Australie. Ici, on rencontrera Gaston, le père d’Antonin et maître de Louise, un paysan radin, avide d’argent et soucieux de son patrimoine avec les conséquences que cela implique pour les autres.

La ballade ne s’arrête pas là, mais elle sera plus brève dans d’autres lieux : les hôtels particuliers des bourgeois et aristocrates, le parc où se promènent leurs enfants, l’île de la Cité et Notre-Dame toujours debout, les cafés populaires de la Butte, les couvents, les péniches qui charrient du charbon pour la capitale via les canaux et la Seine. Un clin d’oeil à la mode des cercles de Spiritisme fréquentés par Alexandre Dumas fils et Mme D’Argenton sera aussi évoqué avec les escroqueries des tables-tournantes. Pour ceux qui aiment Paris à la Belle-Epoque, c’est un réel enchantement de se promener à travers ces trois histoires.

En conclusion : Marie Desplechin propose une série de romans jeunesse historiquement justes, qui vous fera voyager à la Belle Epoque dans le quotidien des différentes classes sociales parisiennes. Elle nous présente des héroïnes, proche des jeunes lecteurs comme des adultes, ainsi qu’une foule de personnages dignes d’une fresque sociale à la Emile Zola. Une belle leçon d’Histoire sur l’évolution de la société et de Paris, sous une plume agréable et avec des couvertures de roman dignes de tableaux de Monet.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #26

Au sommaire de cette veille littéraire du net : un article qui interroge la republication d’un livre nazi, une série remake sur Arsène Lupin, une plateforme solidaire de vente, une opération pour mettre en valeur des petits éditeurs, un documentaire sur une aventurière du XXème siècle, un prix littéraire qui met en avant de petits éditeurs par des blogueurs, un challenge littéraire printanier et une chaîne Youtube spécialisée en Gangs parisiens de la Belle Epoque.

L’article du mois

Faut-il republier Mein Kampf ? C’est la question posée dans l’article d’Actualitté que j’ai lu l’autre jour, devant l’annonce des éditions Fayard qui publient cette année une version augmentée du livre d’origine avec son contexte historique destinée aux chercheurs et universitaires travaillant sur le totalitarisme.

Cette nouvelle publication enrichie servirait à mettre en garde les générations futures contre les dérives du nazisme et de toute politique basée sur la discrimination raciale, religieuse, etc… Il est publié à titre de document historique et pédagogique.

Le sujet pose polémique, vis à vis de la mémoire des victimes du nazisme ou par crainte d’attiser un regain néo-nazi à qui pourrait profiter cette publication.

Personnellement, je suis partisane d’éduquer les gens pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, et donc je vois un intérêt à cette nouvelle publication. Cependant, je reste perplexe quant aux motivations de Fayard qui publiait déjà une version de ce titre en 1938, supervisée par l’Allemagne nazie selon l’article d’Actualitté. Il lui sera également difficile d’écouler ses exemplaires sur Amazon qui a renforcé son interdiction de vente de livres sur le nazisme sur sa plateforme. Bref, restons optimistes…

La série du moment

Ce mois-ci, j’ai regardé la dernière série adaptée d’un roman (ou plutôt inspirée de) : Lupin, dans l’Ombre d’Arsène réalisée pour Netflix avec Omar Sy dans le rôle titre. J’en ressors un peu mitigée…

L’intrigue ressemble un peu à celle du Collier de la reine de Maurice Leblanc avec pour thème le vol d’un collier ayant appartenu à Marie-Antoinette, propriété des employeurs de la mère d’Arsène Lupin alors enfant. Si dans le livre, c’est sa mère qui est accusée de vol, et le jeune Arsène qui en est l’auteur, dans l’adaptation en série, il s’agit du père du héros, mais ni lui, ni son père ne sont à l’origine du larcin. L’affaire laisse le jeune garçon de 13 ans aux services sociaux alors que son père est mis en prison.

Derrière cette tragique histoire, on sent tout le racisme latent des employeurs petit-bourgeois, le manque d’assiduité de la police à résoudre l’affaire et l’injustice dans laquelle est plongée Assan jusque là heureux avec son père.

Le garçon devenu orphelin se trouve un modèle dans Arsène Lupin, livre fétiche offert par son père. Il l’aidera à grandir et à se forger une identité, pour le meilleur comme pour le pire. Assan est charmant, manipulateur, épris de justice, mais aussi voleur, arnaqueur, père lui-aussi à ses heures perdues et a des difficultés à garder les femmes qu’il rencontre.

L’intrigue est assez divertissante, les décors parisiens un peu clichés mais toutefois intéressants (nous irons au Louvre tout de même !) et la mise en valeur des petites gens plutôt importante.

En revanche, j’ai trouvé que le jeu d’acteur et la direction artistique manquaient de profondeur. Si tu as vu Omar Sy dans le film Intouchables, tu sais qu’il peut beaucoup mieux jouer. Dans Lupin, il semble toujours pressé de débiter sa réplique. Je dirais que l’action a été privilégiée au détriment du jeu des acteurs, même si ces derniers auraient été capables de faire le job si on en leur avait laissé le temps.

Dans l’ensemble la série est assez intense et l’intrigue digne d’un film de braquage, quoiqu’un peu cousue de fil blanc, avec de nombreuses références au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc. J’attends la deuxième partie de la saison avec impatience pour voir mes hypothèses confirmées sur la suite de l’histoire. 😉

Le challenge littéraire du moment

La version 2021 du PIF (=Printemps de l’Imaginaire Francophone) a été lancée il y a peu par la blogueuse Zahardonia du site Monde-fantasy.com sur son compte Instagram. C’est la sixième édition de ce challenge qui fait la promotion de la Littérature de l’Imaginaire écrite en Français, peu importe la nationalité de l’auteur(ice). L’idée est de défendre cette littérature et de combattre les préjugés qui l’accompagnent (ex : la meilleure littérature de Fantasy est anglosaxonne).

Le challenge se déroulera sur trois mois : du 1er mars au 1er juin avec 4 menus présentant chacun 4 sous-catégories. Seuls les ouvrages de fiction de la littérature de l’Imaginaire comptent : romans, nouvelles, bd, mangas, théâtre, albums… en Science-Fiction, Fantasy et Fantastique. Tu peux déterminer un palier de lecture en fonction de tes objectifs et partager tes avis lecture sur Instagram ou Facebook avec les Hashtag  #PrintempsImaginaireFR#ImaginaireFR. Si tu souhaites plus d’informations sur ce challenge, tu peux déjà trouver les menus ci-dessous sur le compte instragram de la blogueuse et lire son article détaillé sur son site internet.

L’initiative solidaire du mois

Emmaüs vient de lancer une plate-forme solidaire de vente dont le produit des ventes sera reversé sous forme de dons mais à des associations pour aider à l’insertion sociale, ou au développement de projets solidaires.

La plate-forme s’appelle Trëmma et est très simple d’utilisation : il suffit de mettre en vente comme sur Vinted l’article que tu souhaites donner avec photo et description. Elle est ensuite validée par un modérateur et apparaît sur le site Label Emmaüs, la plateforme de vente de l’association.

En somme, c’est une bonne façon de vider ses placards pour la bonne cause et de vendre (ou d’acheter) solidaire.

Pour retrouver les articles sur le site d’Emmaüs, coche la case Trëmma quand tu réalises une recherche ou que tu ouvres une rubrique de produits. Par contre, accroche toi bien pour les recherches de livres d’occasion au catalogue : c’est un peu compliqué ! Personnellement, je trouve le moteur de recherche de leur site désespérant…

La mobilisation du mois

Les blogueuses belges du site Recto-Verso remettent en marche leur projet « 1 week-end, 1 mise en avant, 1 mobilisation » afin de mettre en valeur de petites maisons d’édition et des auteurs parfois auto-édités face à la crise sanitaire.

Elles proposent chaque semaine des interviews en live et des chroniques littéraires, ciblées sur une maison d’édition à chaque fois, pour les faire découvrir à un vaste public et favoriser des ventes.

Pour février par exemple, ce sont les éditions Plume Blanche et Caravelle qui sont invitées, ainsi que les auteures Ielenna et Maud Cordier. C’est l’occasion d’élargir son horizon et de découvrir de nouveaux moyens d’augmenter ta PAL !

Tu trouveras plus d’informations sur leurs programmes mensuels sur leur page facebook.

Le Prix littéraire du moment

Vu sur le compte instagram de Lamousme et aussi sur un article d’actualitté, le Vleel ou « Varions Les Editions En Live » est un prix littéraire qui récompense des ouvrages issus de maisons d’éditions moins médiatisées via Instagram et Youtube.

Ce prix est l’aboutissement d’interviews réalisées depuis avril 2020 par le blogueur Anthony Lachegar, alias Serial Lecteur Nyctalope. Il a pour but de récompenser un auteur et une maison d’édition moins connus en faisant participer la blogosphère littéraire.

Le principe est simple : si tu as un compte instagram, tu peux voter jusqu’à Dimanche 7 février 21h, pour l’un des 10 auteurs et maisons finalistes présents dans la liste ci-dessous en utilisant le formulaire présent sur le site du Lecteur Nyctalope.

Si tu n’as pas lu les livres ou que tu ne connais pas les maisons d’édition présentées, pas de panique ! Tu peux retrouver les critiques des livres et présentations des éditeurs sur le site de Serial Lecteur Nyctalope et sa chaîne youtube pour te faire une idée.

Le documentaire du moment

Connais-tu Alexandra David Neel ? Il s’agit de la première femme a avoir voyagé jusqu’au Tibet et à avoir pénétré Lhassa, interdite aux occidentaux. C’était en 1924.

Orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra lyrique, féministe, journaliste, anarchiste, exploratrice, bouddhiste, écrivaine et franc-maçonne, elle a multiplié les casquettes mais toujours avec cette envie furieuse de voyager et de découvrir l’Orient qui a donné lieu à de nombreux livres de sa part.

Arte consacre un documentaire synthétique de 5 minutes, intitulé Une occidentale sur le toit du monde, qui retrace l’histoire de cette grande voyageuse qui souhaitait encore renouveler son passeport à 103 ans.

Une belle manière de découvrir son état d’esprit, complètement inconcevable pour une femme de son époque, et de se familiariser avec ses aventures. 😉

La chaîne youtube du moment

Je suis assez fan de la Belle-Epoque et de Paris en général, aussi, quand j’ai découvert la chaîne Gang de Paris, mon excitation était à son comble ! Dans des vidéos assez courtes, Jérémy te raconte des anecdotes autour des gangs qui ont régné sur Paris à la Belle-Epoque. Code vestimentaire, langage, mode de vie, tout y passe ! Les vidéos sont rythmées, les explications claires, le texte travaillé et documenté. Bref, un petit plaisir de 2 minutes dont je ne me lasse pas.

Si tu apprécies ses dessins, tu peux aussi commander des vêtements à l’effigie des Apaches et autres gangs sur son site internet 😉

Voilà, ma veille est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Crêpes et chocolat chaud,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’année de grâce, Kim Liggett, éditions Casterman

J’étais impatiente de lire ce roman dont je n’ai vu que des bonnes critiques depuis sa sortie, et je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt : je tiens mon coup de coeur de l’année 2021 ! Si vous appréciez les récits dystopies féministes avec une pointe de fantastique, ce livre est fait pour vous !

Résumé : « Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. » Un an d’exil en forêt. Un an d’épreuves. On ne revient pas indemne de l’année de grâce. Si on en revient.

Mon avis :

Comme le livre s’y prête, j’ai abordé certains sujets qui contiennent des spoilers en fin de chronique, après la conclusion. Ainsi si vous ne souhaitez pas les lire, vous ne tomberez pas dessus par hasard. 😉

Une dystopie centrée sur le féminisme

Dans le village de Tierney, notre héroïne, les femmes sont soumises aux hommes. Elles n’ont aucun droit, même pas celui de rêver, et les hommes décident de leur sort : devenir des épouses, des travailleuses, des prostituées. Toutes apprennent très tôt à cacher leurs émotions pour ne pas trahir leur désaccord avec les lois en vigueur dans cette société. Toute rébellion renvoie à un acte d’impiété et la coupable est aussitôt exécutée par pendaison ou bûcher.

Les hommes ont la conviction que leurs femmes possèdent une forme de magie qui les rend très fortes. Pour les purger de cette magie et les transformer en épouses, ou travailleuses convenables, elles sont envoyées à l’adolescence pendant une année dans la forêt dans un camp où elles vivront en autonomie. Aucune femme ne parle de l’année de Grâce quand elle en revient. Et certaines n’en reviennent pas…

Dans ces circonstances, on pourrait penser qu’une solidarité féminine s’organise, d’autant plus que les femmes sont supérieures en nombre au village. Mais il n’en est rien. Au contraire, le jour de l’année de Grâce sont choisies celles qui deviendront les futurs épouses à leur retour. Et avec peu de maris disponibles, elles ont tendances à user de stratagèmes pour être les heureuses élues. Encore qu’être épouse signifie engendrer des fils et certaines seront répudiées ou tuées pour ne pas avoir failli à leur devoir, ou parce qu’elles n’ont pas éliminé leur magie…

Dès le départ, l’auteure nous entraîne dans une intrigue qui nous rappelle d’autres romans centrés sur l’oppression féminine.

Le premier livre qui vient à l’esprit est bien évidemment La servante écarlate de Margaret Atwood pour le rôle attribué aux femmes dans la communauté et la manière dont elles vivent leur féminité : dans des croyances religieuses qui les détournent d’elles-mêmes.

J’ai également perçu un rapprochement de ce livre avec l’histoire des sorcières de Salem, assassinées si elles s’écartaient des lois patriarcales du village ou si elles devenaient gênantes pour leurs maris sous couvert de « pouvoirs magiques ».

Pour finir, et malgré une intrigue différente, j’ai retrouvé l’ambiance du film Le Village du réalisateur Night Shyamalan pour sa ressemblance avec ce village autonome et étouffant, où les croyances liées à des êtres fantastiques sont très présentes et soudent l’organisation de la communauté.

L’année de Grâce : Hunger games ?

C’est à travers les yeux de Tierney, l’héroïne, que nous allons vivre cette année effroyable au sein de ce camp étrange qui a vu passer des milliers de jeunes filles avant elles, totalement livrées à elles-mêmes.

Dès le départ, Tierney a plusieurs avantages qui vont lui porter préjudice au sein de sa « promotion » d’année de Grâce : elle est lucide sur l’organisation dans laquelle elles vivent, reste dubitative quant à la présence réelle de la magie et surtout n’a jamais embrassé sa condition de fille, toujours éprise de liberté et d’égalité face aux hommes. Elle connaît également un peu de médecine grâce à son père et ne sait pas cacher ses émotions. Sa personnalité entière et son envie d’aider les autres va peu à peu l’exclure du groupe, ainsi qu’un incident survenu avant leur entrée dans le camp.

Dès lors, tout ce qu’elle va tenter d’entreprendre pour aider à la survie de l’ensemble du groupe va être mal perçu et elle va s’attirer la haine de Kiersten, la fille populaire (et peste) du village, ce qui ne va pas favoriser des alliances.

Or, survivre quand on est seul dans un milieu hostile va s’avérer très difficile. Il lui faudra toute sa force mentale et l’aide parfois inattendue de ses sœurs, ou d’autres personnes bienveillantes pour y parvenir. D’autant que les filles précédentes ne leur ont pas non plus fait de cadeaux en partant et qu’en dehors du camp, il n’y a que la forêt et ses braconniers assassins.

Avec cette Année de Grâce, c’est tout le processus de survie qui est mis en lumière au sein d’un groupe. L’auteure explique très bien comment se dessine un leader, parfois peu avisé, et l’effet de groupe qu’il peut entraîner, en utilisant la peur et une doctrine religieuse. Elle montre les conséquences du rejet chez les membres exclus, ou encore la peur de ne pas réussir qui peut entraîner la mort.

Elle nous donne à voir surtout à quel point certaines filles sont obsédées par l’idée de reproduire le seul fonctionnement qu’elles connaissent : les règles du village, au lieu de profiter du moment de liberté qui leur est offert. Cela donnera lieu à des créations atroces comme un autel de pénitence sur lequel seront accrochés les doigts et membres coupés des filles qui auront été impies.

La course à la découverte de sa magie deviendra alors obsédante et quiconque remettra son existence en question sera écrasé par le groupe, ou pire, livré aux braconniers en dehors du camps pour être découpée en morceaux.

Magie ou fantasme ?

Dès le départ, on ne sait pas si la magie est vraiment présente dans ce village. Si la plupart des jeunes filles en sont convaincues, Tierney doute…jusqu’à ce qu’elles arrivent au camp et que toutes voient leurs yeux devenir complètement noirs avec le temps et percevoir la réalité de manière étrange.

D’autres faits étayent la réalité magique : les rêves étranges et réalistes que fait Tiernen, le squelette en haut de la crète qui change de position à chacune de ses visites, les bruits étranges que toutes perçoivent la nuit sans en déterminer la cause…

Il faudra une révélation décisive sur le sujet pour découvrir la vérité. En attendant, nous serons toujours dans le doute et nous vivrons l’histoire avec les mêmes craintes que les jeunes filles…

Si l’on considère la magie comme une métaphore de la libération féminine, on peut envisager que Kim Liggett nous explique les manigances réelles des hommes du village pour dompter leurs futures femmes. Quoi de mieux que les broyer à l’adolescence, l’âge où l’on se rebelle, afin qu’elles soient dociles à leur retour avec cette année en autonomie dans la forêt ? Le village sera alors perçu comme la seule échappatoire possible et les enfermera un peu plus dans un dogme qu’elles seront encore plus enclines à appliquer. Et aucune ne souhaitera s’évader d’une prison qu’elles auront choisi d’habiter…

En conclusion : L’année de Grâce est un roman coup de poing dont on ne sort pas indemne. C’est une ode au féminisme et à l’adolescence qui, malgré un récit jonché d’épreuves pour l’héroïne, nous apporte un beau message d’espoir. Un vrai coup au coeur !

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Partie Spoilers : Derrière l’horreur, l’espoir

Dans la seconde partie du récit, Tierney va faire la rencontre de Ryker le braconnier et découvrir une partie encore plus sombre de la vérité : les braconniers sont payés par les hommes du village pour réduire le nombre des jeunes filles de l’année de Grâce, car le village comporte trop de femmes. Leurs corps sont ensuite écorchés et découpés pour servir d’élixirs aux hommes du village.

Pour certains braconniers la tâche est facile car ils sont dans la superstition et restent persuadés que les jeunes filles ont des pouvoirs. Pour d’autres, c’est l’inverse, mais ils n’ont pas le choix : sans argent, ils ne peuvent pas nourrir leurs familles et meurent de faim. Ils doivent donc tuer pour survivre.

Ryker va devenir l’exception qui confirme la règle et envisager une vie différente avec Tierney en la soignant et en refusant de la tuer. Mais l’espoir sera de courte durée. Le retour au village sera difficile pour la jeune fille car elle devra à la fois supporter la perte de son amant, sa liberté et affronter son futur mari alors qu’elle est enceinte d’un autre.

La chance fera qu’elle tombera sur un mari bon et intelligent, futur chef du village, et désireux de changer les choses. En retournant les règles du village pour sauver sa femme, Mickaël lancera un élan de solidarité entre la promotion d’année de Grâce de Tierney.

Ajouté au travail de Tierney pour ouvrir les yeux de ses consœurs sur leur condition, la naissance de sa fille, et la résistance secrète menée par certaines femmes du village, le roman apporte une lueur d’espoir au destin de toutes ces jeunes filles qui contrebalance les horreurs vécues dans la première partie.

Par ailleurs, on reste dans le flou concernant la magie : on devine que Tierney a rêvé de sa fille qui porte cette tache de naissance et de cette résistance de manière prémonitoire, depuis le début de sa vie…

La fin du roman est en demi-teinte : si Grâce représente l’espoir des futures générations envoyées au camp pour « purger leur magie », Tierney ne verra pas sa fille grandir car elle semble succomber des suites de son accouchement. Le rêve qu’elle fait de Ryker est assez éloquent. J’ai trouvé cela à la fois triste et beau, voire presque prévisible. Tierney aura planté la graine pour que sa fille puisse la faire éclore…

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L’Héritage du rail, La dernière geste, deuxième chant, Morgan of Glencoe, éditions ActuSF

Suite directe de Dans l’ombre de Paris, que j’avais fort apprécié, L’Héritage du Rail nous emmène dans une nouvelle aventure de Yuri, la princesse japonaise, qui se forge une nouvelle identité et en apprend plus sur son héritage maternel. Un nouveau chapitre riche en personnages au charme envoûtant.

Résumé : Alors que la nouvelle se répand en Keltia, Yuri, ramenée de force à l’ambassade du Japon, est déterminée à reprendre sa liberté malgré tout. Mais comment fuir, et où trouver refuge ? Seul le Rail semble désormais capable de lui donner asile…

Mon avis :

Attention ! Cet article comprend des spoilers sur le premier tome. Si vous n’avez pas lu Dans l’ombre de Paris, je vous conseille de vous référer d’abord à ma première chronique sur ce sujet, ou de lire le livre tout simplement. Je ne peux malheureusement pas évoquer ce deuxième tome sans révéler certains détails. 🙂

Par ailleurs, comme je demande peu de services presse, aussi je tiens à remercier vivement les éditions ActuSF pour l’envoi de ce livre, qui m’a bien fait plaisir.

Un roman sous l’égide de l’amour, du deuil et du Rail

Dans le premier tome, nous avons quitté les Rats, massacrés par les soldats du roi de France venus secourir Yuri. Pendant l’assaut, Sir Longway est tombé sous la lame du jeune Prince mettant fin ainsi à son règne sous les égouts et anéantissant les relations commerciales entre Keltia et le Rail dont il était le dépositaire. Yuri est rentrée malgré elle au palais pour suivre son destin de future reine de France, encore sonnée par le sacrifice de ses amis. Mais la découverte d’une autre vie et le deuil des Rats va l’empêcher de rester impassible face au sort des plus faibles et lui donner la force de tracer sa voie.

Le deuil du personnage emblématique qu’était Sir Longway et de la communauté des Rats marque profondément ce deuxième tome. Entre balades mélancoliques chantées par la fée-barde, rituels de deuil keltiens, enterrement et testament, l’Héritage du Rail trouve bien son titre.

Chacun des personnages sera amené à dépasser la perte des êtres chers pour aller de l’avant et trouver sa voie à sa manière. Gabrielle de France portera le deuil de son vieil ami, au grand dam de sa famille, ravivant ainsi de vieilles rancœurs. Kenzo, le père de Yuri va laisser peu à peu se fissurer son masque d’impassibilité. Pyro va entraîner son frère sur le Rail…tout comme Yuri.

Nous voyagerons à bord du Rail et des fourmis. Nous connaîtrons leur solidarité, leurs règles de vie et nous vivrons de nouvelles aventures dans les paysages glacés de Russie, avant d’arriver en Keltia.

Malgré la mélancolie qui règne, l’amour sera l’élément clé qui permettra aux personnages d’être sauvés. Le meilleur exemple en sera le couple formé par Bran la Selkie et Ren le Spectral-Guérisseur. Il faudra toute la patience de Ren et son énergie vitale pour redonner vie à sa petite-amie, affectée à la fois par le deuil de son père et ses blessures graves de combat. Ren fera une rencontre inattendue lors du récit, qui lui permettra également de faire le deuil de son frère/soeur évoqué dans le premier tome.

Des personnages qui gagnent en profondeur

La force du récit de Morgan of Glencoe, outre son style poétique semblable à une mélopée, réside dans ses personnages à la psychologie très étoffée. Si l’on croyait que Yuri était le personnage principal d’un récit où les autres ne sont là que pour la mettre en valeur, ce serait une grave erreur.

Dans L’héritage du rail, chaque personnage a son importance, car chacun apporte sa couleur au récit. Et ils évoluent énormément par rapport au premier tome ! Je n’imagine pas le temps passé par l’autrice à développer les fiches de ses personnages lors de l’écriture de son roman. Je la soupçonne même de nous donner seulement un aperçu de ce qu’ils sont réellement dans son imaginaire personnel.

Sans pour autant détailler l’évolution de chacun, j’évoquerais quelques personnages clés :

Tout d’abord Yuri, qui cherche et réussit à se forger une identité proche des valeurs keltiennes, en apprenant à se défendre seule, à faire preuve de solidarité et surtout à être vraie.

Ensuite, Bran, qui en guérissant successivement de ses deuils et de ses blessures, profite du temps passé avec Ren et se prépare doucement à son avenir de Barde.

Aliénor, quant à elle, tire son épingle du jeu à la Cour du Roi de France en réalisant des choix discutables tout en révélant une intelligence et un côté manipulateur hors pair. Dans le même temps, le jeune Prince Louis-Philippe dévoile sa vraie nature qui fait un peu frémir.

Levana, la garde du corps créé génétiquement pour la protection de Yuri, accepte sa part d’humanité au contact des Fourmis qui ne la considèrent pas comme un monstre de laboratoire.

Enfin, Pyro trouve sa voie professionnelle, Alcyone trouve l’amour et Ryuzaki découvre un secret sur ses origines.

A la manière de poupées russes, les récits des uns et des autres s’entremêlent et se croisent pour n’en former qu’un, à la manière des dragons évoqués par Kenzo et Longway dans leur danse du sabre, et c’est très réussi.

Vers une découverte de Keltia la libre et de Badgad la mystérieuse

Longtemps évoqué dans le tome précédent, Keltia, terre des fées et créatures magiques, mais aussi des hommes et des femmes libres, nous est enfin présentée. Enfin… nous aurons un petit aperçu d’Oxford et parfois le monde irréel des Bardes de Taliesin !

Inspirée de la Grande Bretagne et des terres de légendes telles que l’Ecosse, la Cornouailles et l’Irlande, chères au coeur de l’autrice, nous découvrons enfin, au terme du voyage du Rail, ce pays tant décrié par la France car considéré comme barbare.

Entre l’enterrement de Sir Longway sur sa terre natale et la maison de l’oncle de Bran, Keltia se révèle un pays pluvieux, frappé par la rudesse de la vie, mais dont les habitants sont chaleureux comme une tasse de chocolat chaud.

A travers ce pays inventé, Morgan of Glencoe évoque des valeurs bienveillantes qui redonnent de l’espoir à ses personnages comme à son lectorat : la liberté de devenir qui l’on veut, d’aimer qui l’on veut, l’égalité des sexe, un gouvernement dont on doit se montrer digne. En Keltia, la solidarité, l’espoir d’un monde meilleur, le féminisme et le LGBTQ+ ont le vent poupe et tout le monde trouve cela normal.

Comparé aux autres pays qui écrasent les plus faibles, discriminent les minorités et où l’hérédité du pouvoir (sans réelles compétences) est de mise, on peut comprendre que Keltia est considérée comme un danger qui menace l’ordre établi.

Mais je pense qu’il faudra attendre le troisième tome de cette série pour enfin plonger totalement dans l’univers Keltien. Car la mère de Yuri, Mona, était keltienne et cela commence a être tout juste exploré en fin de récit.

Nous effleurerons également une autre partie de l’univers de la Dernière Geste dans ce deuxième tome : les pays arabes avec les personnages de Abbas Benacer, le diplomate-émissaire présent à la Cour de France et Kimiya Mchezaji, une danseuse célèbre et mystérieuse. Ils nous emmèneront brièvement dans le désert, et apporteront une touche politique au récit, qui devrait porter ses fruits dans le troisième tome.

Quelques détails sur le style de l’autrice

Quand j’ai lu Dans l’Ombre de Paris, j’ai été frappée par l’utilisation de chansons dans le récit, de façon récurrente et principalement en anglais. Cela est dû au fait que Morgan of Glencoe est musicienne : elle joue de la harpe, et cela se ressent dans la manière dont est rythmée son histoire. On a l’impression de lire une histoire des temps anciens, avec de nombreuses aventures et des héros en plein apprentissage.

L’histoire se répète dans L’Héritage du Rail, qui propose des documents en annexe en anglais et leur traduction. Car c’est l’autre particularité de ces histoires : certains passages sont en anglais, japonais ou encore langue des fées, voire en russe. L’autrice apprécie d’ajouter une touche linguistique pour différencier les origines des personnages. Cela apporte un côté multiculturel à son récit, qui pourra peut-être dérouter certains. Heureusement pour nous, des notes de bas de page et des traductions en fin d’ouvrage aident grandement à la compréhension. Ce n’était pas forcément le cas dans le premier tome, aussi j’ai encore mieux apprécié celui-ci.

En conclusion : Un univers original, riche et bienveillant, des personnages inoubliables, un voyage qui nous transporte au delà de notre imagination… Morgan of Glencoe signe ici un deuxième tome plus fort que le premier, confortant mon sentiment que cette série est une vraie pépite. Je vous invite fortement à la découvrir ! Pour ma part, j’attends la sortie du tome 3 de cette série, qui j’espère se terminera bien pour l’héroïne.

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Félin, Collectif, Yby éditions

Un recueil de nouvelles dont le thème principal est le chat, ça vous tente ? Moi, j’ai craqué littéralement pour la couverture très manga et les nouvelles inclusives LGBT+ de Félin. Voici mon retour sur ces histoires, très différentes les unes des autres.

Résumé : Miaou miaou miaou ! Pour ceux·elles qui ne parlent pas le chat, et n’ont donc pas compris Fripon, ceci est un recueil de nouvelles polyfélin. Cet ouvrage ne contient pas de croquettes. Vous y trouverez, en revanche, un seigneur dragon, une poisse incommensurable, des griffons guerriers, un shamisen mélodieux, des sorcières féministes, un détective en Marilyn Monroe, des souvenirs perdus, des dieux égyptiens en colère, une réincarnation inattendue, des ocelots aux yeux vairons et des croissants sur un banc. Les héros·ïnes de ces histoires, félidés ou non, vous emmèneront dans des aventures à vous hérisser le poil, qui vous feront peut-être feuler d’angoisse, mais surtout ronronner de plaisir. Miaou ! Fripon vous souhaite une bonne lecture.

Mon avis :

Mon avis général sur le recueil

Le recueil comprend 11 nouvelles, illustrées chacune par 11 illustrateurs différents dont le fil conducteur est le félin sous différentes formes. Le niveau d’écriture est de qualité et homogène. L’ensemble est agréable à lire et cohérent. On sent un travail de mise en forme réfléchi qui apporte de la fluidité à l’ensemble malgré des univers totalement éloignés. Cela a été un vrai plaisir de se plonger dans chacune de ces histoires et je ne me suis pas ennuyée à un seul instant.

Ici, le thème du félin est exploité sous toutes ses formes : un chat a un rôle important dans l’histoire ou il ne fait que passer, un humain peut se changer en chat, le chat est vénéré par les autres protagonistes, ou il sert les intérêts des humains… Les auteurs ont vraiment déployé toute leur imagination.

Les éditions Yby sont spécialisées dans l’inclusif LGBT+. Par conséquent, la plupart des nouvelles proposent une romance homosexuelle ou un personnage parfois non genré, ce qui m’a changé de mes lectures habituelles et de manière très positive. Par ailleurs, les détails concernant les scènes de sexe ne sont pas crus mais plutôt doux. On sent une pudeur dans les récits, favorisant l’évocation plus que le côté pornographique, ce que j’ai beaucoup apprécié.

Si le chat et le LGBT+ sont mis en avant, des thèmes assez intéressants le sont aussi dans toutes les nouvelles : La timidité, le terrorisme, l’espoir, l’amour, la jalousie, la solitude, le féminisme, l’affirmation de son genre ou de sa sexualité. Certains récits poussent à réfléchir, d’autres à la contemplation ou à l’amusement.

Le recueil comprend aussi 11 illustrateurs avec des styles différents. Ici encore, la cohérence dans le choix des illustrations est soignée, comme celles des récits, et elle n’est pas purement gratuite. Les illustrations enrichissent les histoires et permettent de se figurer certains personnages. Une touche de qualité supplémentaire même si, l’ayant lu en ebook sur ma Kobo, je n’ai pas pu en voir les couleurs.

Quelques détails sur mes nouvelles coup de coeur

Chaque nouvelle est différente et assez bien conçue, même si j’ai une préférence pour certaines selon les sujets. J’en évoquerai seulement trois en détail pour vous laisser découvrir le reste.

Tout d’abord, Panthère et Paillettes de Kalo, illustré par Aki m’a fait hurler de rire. On y croise une espèce de tueur à gages au genre non défini (c’est lui/elle qui le dit), qui engage un détective Drag Queen pour retrouver un chaton kidnappé. Le bagout du détective et les joutes verbales entre lui et notre tueur sont un pur délice. Et c’est le premier récit que je lis avec un personnage non genré, ce qui m’a beaucoup plu car cela déconstruit les stéréotypes que l’on associe généralement à un personnage masculin ou féminin.

J’ai également beaucoup apprécié la sérénité et le mystère du Jardin de Hayashi de Roger Raynal, illustré par Clays où le moine Hayashi se laisse gagner par l’amour au fil des pages jusqu’à un dénouement inattendu. Certaines phrases méditatives, tels des poèmes, m’ont touchée, comme :  » Sur le point de perdre conscience, j’aperçois dans son regard doré le reflet chatoyant de notre monde sensible ». La plus belle description d’un chat et de son regard sur le monde que j’ai pu lire jusqu’à présent.

Pour finir, la première nouvelle intitulée Mauvais sort, écrite par Gabyle et illustrée par Euyevair m’a marquée vis à vis de son sujet. Sous couvert de la persécution des sorcières et de ceux qui les aident dans une uchronie du XIXème siècle, il y est clairement question de la condition de la femme dans une société patriarcale et de la construction d’une cellule terroriste en réponse à cette oppression. Cela est abordé à travers deux personnages féminins forts : une sorcière recherchée par la police pour terrorisme et une gardienne de pension pour chat qui cache un passé d’oppression.

D’autres nouvelles tout aussi géniales mériteraient que l’on s’y attarde : Dans les geôles de la terreur pour son ambiance de jeu vidéo médiéval fantastique, Philae pour ses descriptions magnifiques des temples égyptiens, Timide pour son côté bizarre qui m’a fait penser au Pigeon de Suskind, Sept jours avec les ocelots pour son final complètement renversant, etc… Mais je ne peux pas vous décrire tout sous peine de spoiler une bonne partie des intrigues !

Enfin, quelques nouvelles donnent envie de découvrir la suite de l’univers développé par l’auteur comme Dans l’antre du Dragon qui laisse quelques éléments en suspens à la fin du récit. Cela laisse un peu sur sa faim, mais qui sait ? Peut-être qu’un roman du même auteur sera public aux éditions Yby et me permettra de retrouver ce personnage de changeforme-chat ainsi que tous les autres ?

En conclusion : Un recueil de nouvelles original et hétéroclite, autour de la figure du félin et des romances LGBT+, qui trouve sa cohérence grâce à un travail soigné de sélection. On ronronne de plaisir devant ces récits de qualité et leurs magnifiques illustrations et on espère une plus grande mise en lumière de cette maison d’édition qui mériterait d’être mieux connue.

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Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe, Seuil jeunesse

Pour valider un menu du Pumpkin Autumn Challenge 2020, catégorie Automne des enchanteresses / Sarah Bernardt monstre sacré, j’ai choisi cet album/conte/ Beau-livre illustré par Benjamin Lacombe. Son côté artistique et son approche féministe des sorcières de légende m’ont particulièrement séduite.

Revisiter les mythes et légendes des sorcières célèbres

Dans son Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez nous présente des figures féminines fortes, qui ont toutes un passé de souffrance ou du moins des raisons d’en vouloir aux hommes. Il s’amuse avec les contes, les mythes, les légendes pour inventer des histoires plus élaborées et nous montrer des sorcières beaucoup plus humaines. Derrière les atrocités commises, il y a souvent une jeune femme victime de discrimination de la part des autres qui cherche à se venger par désespoir ou vengeance.

Nous rencontrerons au fil des pages de ce grimoire une Lilith, trahie par Adam à cause de son envie d’émancipation et qui cherchera vengeance auprès de Belzébuth. Il y aura aussi Méduse, transformée en femme à chevelure de serpent pour avoir été admirée par un Dieu dans le temple d’une Athéna jalouse. Nous connaîtrons la véritable histoire de la sorcière d’Hansel et Gretel, de la Reine et belle-mère de Blanche-Neige, ou encore de la sorcière à l’origine du naufrage du Titanic…

De façon surprenante et audacieuse, d’autres femmes fortes sans connotation vraiment maléfique sont également évoquées avec des histoires tout aussi tragiques : Jeanne d’Arc, La Joconde et une version siamoise de la pirate Anne Bonny…

Jonglant à travers les époques, les histoires et les pays, la réalité et la fiction, Sébastien Pérez nous emporte dans le sillon de ses sorcières d’hier et d’aujourd’hui, et c’est particulièrement réussi.

Jouer avec la forme

Pour illustrer ce grimoire de sorcellerie, Benjamin Lacombe n’a pas fait les choses à moitié ! L’objet-livre se présente sous la forme d’un vrai livre de sorcière avec couverture entoilée et reliée au fil, gravures dorées sur la première et quatrième de couverture, tranche dorée, pages jaunies. Il y a même un avertissement au lecteur dès les premières pages sur ce qu’il risque de découvrir à l’intérieur !

Chaque sorcière est représentée par une illustration magnifique de Benjamin dans son style si particulier, à la fois délicat et effrayant. Les histoires sont constellées d’objets ayant appartenu à chaque sorcière, à la manière d’une boîte à souvenirs. Cela m’a rappelé L’herbier des fées, des mêmes auteurs, dans sa construction : une fable autour d’objets et d’éléments imaginaires. Je rapproche leur travail de celui de Camille Renversade, illustrateur et metteur en scène d’expositions imaginaires.

J’ai pu lire dans d’autres critiques que cet album était lié à l’histoire La Petite Sorcière du même duo. On retrouve ladite sorcière en fin de Grimoire : Il s’agit de Lisbeth, une jeune sorcière qui découvre ce grimoire dans un grenier. Si vous voulez éviter de vous spoiler avec le Grimoire, je vous conseille de lire La Petite Sorcière bien avant. En tout cas, cela m’a donné envie de lire l’autre album de mon côté !

En conclusion : Un album qui m’a à la fois émue vis à vis des drames vécus par ces sorcières, mais aussi émerveillée devant tant d’imagination déployée pour écrire leurs histoires. C’est une belle leçon sur la différence et l’acceptation de soi qui nous est proposée à travers cet objet-livre qui saura, j’en suis sûre, vous enchanter autant que moi, ainsi que votre bibliothèque.

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Sans foi ni loi, Marion Brunet, éditions PKJ

Lu dans le cadre du Mois Américain, je me suis lancée avec envie dans ce one-shot Young adult encensé par le Salon littérature de jeunesse de Montreuil en 2019. Et je n’ai absolument par regretté mon choix. Entre l’ambiance western, la condition de la femme au Far West mise à nu et l’interrogation des notions de bien et de mal, j’ai eu un vrai coup de coeur. Voici mon retour …

Résumé : Ouest américain, années 1920. La cavale d’une hors-la loi avec l’adolescent qu’elle a kidnappé. Lorsqu’une hors-la-loi débarque chez lui et le kidnappe, Garett est terrifié. Pourtant Ab Stenson, cette femme indomptable, est celle qui lui ouvrira les portes d’un avenir moins sombre, loin de son père violent.
Fasciné par sa ravisseuse, Garett découvrira ses plus grands secrets, ceux qu’on ne révèle qu’à ses plus proches amis. Dans son sillage, il rencontrera l’amour et l’amitié, là où il les attendait le moins. Jusqu’au bout de la route, où Ab lui offrira le plus beau des destins : la liberté.

Une course-poursuite haletante

Le point de départ de cette histoire est l’enlèvement de Garett, fils de Pasteur et plutôt craintif, par Abigaïl Stenson, une hors-la-loi dure à cuire qui vient de braquer une banque. L’enjeu du récit sera de savoir si Stenson va libérer Garrett ou non, et si au bout du compte, elle se fera capturer par le Marshall pour l’agent qu’elle a volé.

Au cours de leur fuite, les deux personnages vont traverser des forêts, la montagne, un désert, des villes. Ils rencontreront d’autres protagonistes qui nous permettront d’esquisser un portrait de l’Amérique en 1920 : un pays raciste, injuste envers les faibles, coincé entre le puritanisme et la prostitution, dominé par la violence et où une femme qui s’habille et se comporte en homme n’a pas sa place.

Marion Brunet instille du suspense, de la réflexion à travers les yeux de Garett. Et même si l’on devine l’issue de cette chasse à l’homme, on se laisse quand même emporter par l’esprit rebelle de Ab et la naïveté du jeune garçon face au monde qu’il découvre.

Une ode à la femme forte

L’auteure nous dépeint un Far West où la femme a dû mal à trouver sa place. Les fondements d’une société patriarcale sont toujours en vigueur et cela ne leur offre que trois possibilités : l’épouse bigote soumise à son mari, la putain de saloon et…Ab Stenson.

Abigaïl Stenson est une femme qui s’habille en homme, se comporte en homme, se fait respecter. Elle s’affranchit de toutes les règles dans un univers où ce sont les hommes qui font régner la loi. Et cela fait grincer des dents la gent masculine qui ne sait pas comment réagir face à cette femme hors normes.

Curieusement, ce n’est pas le fait qu’elle ait dérobé de l’argent dans une banque et qu’elle ait enlevé un gamin pour se protéger qui dérange. C’est qu’elle soit une femme qui bouleverse un ordre bien établi. Et c’est ce qu’on lui fera payer : l’humiliation d’être battu par une femme qui ne sait pas rester à sa place, la peur de l’exemple qu’elle pourrait donner aux épouses et putains en mal d’émancipation.

Mais Ab a ses fêlures. Ironiquement, elle a été épouse et mère mais ne sait pas construire un foyer. Elle a la bougeotte, le besoin d’action dans le sang. Le modèle n’est donc pas si parfait : à trop vouloir se conduire comme un homme, elle est devenue le cliché du cowboy solitaire, à la poursuite de chimères et d’aventures.

Un véritable roman d’apprentissage

Garett a été enlevé, mais est-il vraiment prisonnier de cette femme hors la loi ? Au fil des pages, un lien va se nouer entre l’adolescent et la criminelle. Pas vraiment du syndrome de Stokholm, plutôt un lien de confiance, une complicité, du respect mutuel.

En partant, Garett pensait échapper à son père tortionnaire. Ce voyage lui fait découvrir bien plus : le courage, la détermination, l’ouverture d’esprit, l’amitié, l’amour même. Il apprendra à tirer, à tuer. Il découvrira le vrai sens du mot « Justice ». De jeune garçon, il deviendra homme et dans tous les sens du terme.

Et quand la course-poursuite prendra fin, il faudra réaliser un choix : retourner chez soi ou partir à l’aventure, comme Ab. Cet enlèvement lui aura changé son existence, et dans le bon sens. Sans cette aventure, il serait resté à la merci de son père, à vivre dans la peur avec ses frères et sa soeur dans la ferme familiale, pour une vie de misère et d’hypocrisie. Désormais, il peut décider de sa vie. Et c’est une très jolie perspective.

En conclusion : Un roman coup de poing sur le Far west qui aborde la condition de la femme sans détours avec un personnage hors du commun. Mais aussi un roman d’apprentissage pour un jeune garçon qui découvre le monde ainsi que le sens du mot Justice. Une vraie claque !

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Peau d’Homme, Hubert et Zanzim, Glénat

Le Mois Américain n’est pas terminé et je commence ma première lecture du Pumpkin Autumn Challenge ! Lu en un après-midi, ce conte/Bande-dessinée/roman graphique m’a interpellée par sa couverture étrange et son intrigue féministe. Voici mon retour sur cette ode à la liberté et à l’amour

Résumé : Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Mon avis : 

Attention lecteur ! La troisième partie de cette critique comprend des spoilers. Si tu ne veux pas connaître trop de détails sur le dénouement, je t’invite à aller directement à la conclusion. 😉

PS : je n’évoquerai pas les dessins très beaux, et avec des couleurs joliment contrastées car je ne suis pas spécialiste de la Bande-dessinée. Mon avis portera donc uniquement sur l’histoire. 🙂

Une critique de la société sous la Renaissance, mais pas que…

L’intrigue de départ de cette histoire est l’histoire d’une femme et de son mariage arrangé sous la Renaissance Italienne.

Le mariage est vu ici comme une réelle transaction où la jeune femme n’a pas son mot à dire. L’amour est prohibé mais peut se développer pendant le mariage.

Bianca, notre héroïne, regrette seulement de ne pas faire connaissance avec son mari avant le mariage et ses amies se moquent d’elle : pourquoi faire ? Découvrir qu’il est effrayant ou pathétique et annuler les noces ? Les amies sont déjà blasées par leur propre mari, car elles n’ont pas eu le choix non plus.

Seule sa marraine lui propose une alternative, comme une échappatoire avant une vie en cage : essayer, avant le mariage une peau d’homme afin de découvrir comment se conduisent les hommes et en apprendre un peu plus sur son futur époux. C’est le début d’une grande aventure qui va emmener Bianca très loin.

Mais tandis qu’elle découvre ce nouvel univers, la morale se renforce contre les lieux de mauvaise vie, ou l’Art. Son propre frère, devenu moine, devient plus virulent dans ses prêches contre les femmes. Il fait éclore un effrayant mouvement religieux qui nie toute liberté et en particulier envers la gent féminine, accusée de susciter le péché. Il condamne aussi l’homosexualité chez les hommes et les transgenres. Et cherche à cacher les corps, la nudité en vue d’une vie plus chaste qui nie la sexualité de manière générale, sauf pour la procréation.

A travers cette histoire semi-fantastique, on voit poindre de la part de l’auteur une forme de critique envers la liberté de moeurs assez prononcée qui réprime l’amour, ceci dans le but de faire valoir une seule forme de pensée. Et cela est plutôt bien amené avec le personnage du peintre transgenre ou Bianca elle-même qui essaie d’ouvrir les yeux à son frère ou sa famille sur les dangers de cette forme de pensée.

Une ode à la femme

Peau d’homme, c’est aussi un clin d’oeil au conte Peau d’âne de Charles Perrault où une jeune fille cache sa beauté sous une peau d’âne pour passer incognito. Bianca cherche à comprendre son mari puis les hommes en général : Quels sont leurs préférences sexuelles ? Pourquoi se vantent-ils de leurs conquêtes ? Qui sont-ils vraiment derrière le paraître ?Mais surtout, elle découvre une forme liberté à devenir un homme.

Cette liberté est d’abord physique car la peau est vivante, ainsi que son pénis, et elle vit des expériences qu’elle n’aurait pu connaître en tant que femme, satisfaisant ainsi ce désir féminin enfoui de comprendre ce que ressentent physiquement les hommes qui n’ont pas les mêmes attributs. Elle n’a plus honte de son corps sous la peau, qui devient un déguisement renforçant son assurance.

Puis, la liberté devient mentale, car Bianca s’enhardit, devient conquérante, invite les autres hommes à rassembler leur courage plutôt que de se cacher, devient un modèle masculin. La peau lui donne le courage de devenir elle, si la société ne lui avait pas imposé un carcan et une éducation de fille.

Elle devient héroïne face aux maris qui trompent leur femme en toute impunité alors que l’inverse est sévèrement réprimé. Une fois redevenue femme, elle a acquis assez de répondant pour se battre contre la société et la place qu’on lui impose.

Et si le secret de la peau d’homme reste bien caché, c’est qu’il servira à d’autres filles, qui auront besoin elles aussi de se mettre à la place des hommes pour se définir une identité sans réfléchir à une question de genre ou de sexualité. Car elles auront essayé les deux.

Par là, l’auteur nous offre une belle leçon de féminisme car c’est de cela qu’il s’agit : si toutes les femmes avaient la possibilité d’enfiler une peau d’homme pour vivre cette expérience, peut-être réagirions-nous différemment face à notre environnement ? Peut-être aurions-nous plus de facilités à comprendre les hommes ?

Une ode à l’amour (attention spoilers)

L’homosexualité se veut ici joyeuse, proche parfois d’une camaraderie plus poussée face à des filles enfermées sous clé jusqu’à leur mariage. Mais Giovanni, le mari de Bianca, aime sincèrement les hommes et ne considère les filles que comme un devoir conjugal en vue de procréer et donner un héritier à la famille.

Or, ce que Bianca souhaite avant tout, c’est d’être aimée de lui. Or, l’affaire tourne vite au vinaigre quand elle comprend qu’il préfère les garçons. Aimée mais uniquement quand elle porte la peau d’homme, sa vie va être plus compliquée que prévue. Et elle se fera prendre à son propre piège.

Cependant l’auteur lui propose une alternative : créer son propre bonheur en réinventant son couple. Et cela passera par l’amour et la liberté liberté d’être mariés mais aussi d’avoir chacun un amant, liberté d’inventer son propre bonheur en dehors des cases de la société, liberté pour Bianca de trouver un homme qui l’aime et d’être audacieuse sexuellement…

Hubert pousse les cases de la Morale en nous invitant à un autre modèle de couple et de sexualité. Qu’il puisse exister dans cette Renaissance fictive nous laisse l’espoir qu’il est également possible à notre époque actuelle, même sous le seau du secret.

En conclusion : Hubert et Zanzim signent une bande-dessinée audacieuse qui pose des questions actuelles sur la place de l’amour et le mariage, le rôle de la morale, le courage d’être soi, le féminisme, l’homosexualité. Un joli conte à découvrir, à travers les yeux de la charmante et courageuse Bianca, qui s’épanouira au fil des pages pour devenir elle-même.

Publié dans Lectures

Félines, Stéphane Servant, éditions du Rouergue

Dernière lecture imposée dans le cadre du PLIB 2020, ce roman a été une bonne surprise malgré mon manque de motivation à le lire. Au regard de la sélection des finalistes de cette année, je pense que je voterai pour lui, malgré quelques bémols.

Résumé : Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

Mon avis

Réagir face à la différence

Le sujet principal du roman est l’apparition de poils chez les adolescentes du monde entier, les transformant peu à peu en Félines, autrement dit des félins femelles, avec des sens aiguisés et une volonté farouche de se défendre face aux agressions extérieures.

A travers une myriade de personnages rencontrés par Louise, l’héroïne du roman, l’auteur passe en revue l’ensemble des réactions face à ce phénomène inexpliqué et ne nous épargne rien : suicide face à la honte, fierté d’appartenir à une nouvelle évolution, répression vis à vis de la différence, soutien de cette différence.

Ce qui va sous-tendre le récit est l’opposition entre les pro-félines et ceux qui souhaitent leur éradication. On voit évoluer ce qui semble être un groupuscule extrémiste religieux anti-félines avec un leader charismatique. Ce groupe va proposer tout d’abord que les félines ne soient plus scolarisées avec les autres pour éviter une « contamination », puis, en prenant de l’ampleur via la politique et la police, devenir une forme de répression très élaborée : port d’une « Aube » pour cacher ses poils qui rappelle la Burka, interdiction de rassemblement, refus de prendre en compte leurs plaintes en commissariat, regroupement dans des camps de travail…

Les félines se voient contraintes soit de fuir, soit de se plier aux lois dictées par les hommes et surtout ce dogme religieux. Si Louise reste pacifique, Fatia et d’autres veulent en découdre. Ici, on touche à la manière de réagir face à une injustice, ce qui rappelle de nombreux conflits.

L’auteur analyse de manière très fine à travers ce récit fantastique certains combats : Black Lives matters, l’homosexualité au sens large, tout forme de ségrégation, voire la Shoah, et interpelle le lecteur sur ce qui pourrait arriver dans sa réalité, s’il n’y prend pas garde.

Grandir en étant différente

Louise, notre héroïne, est une ancienne bimbo de lycée qui a vécu un accident traumatisant, lui laissant des séquelles physiques et mentales. Cet incident, et le décès de sa mère, l’ont profondément changée. Habillée d’une cape, studieuse, elle est devenue la fille bizarre du lycée.

C’est à travers son regard que nous aborderons le phénomène des Félines, mais aussi les affres de l’adolescence.

Sa transformation, d’abord honteuse et que l’on pourrait assimiler à la puberté, sera au contraire une libération. Libérée de son corps recouvert non plus de cicatrices, mais de poils, elle va vivre une véritable renaissance et le clamer haut et fort.

Fuyant la violence, elle tente de vivre une vie normale avec sa famille en dépit des discriminations dont elle est victime : elle va chercher son petit frère à l’école, passe du temps avec son père, a un amoureux.

Sa plus grande grande appréhension sera d’être acceptée par sa famille et son petit-ami pour ce qu’elle est devenue, rappelant ainsi les changements qui peuvent survenir à l’adolescence et le regard des autres.

L’interrogation sur sa sexualité et celle de son petit-ami seront aussi abordés. Les premiers émois amoureux sont difficiles, effrayants et Louise cache d’autres secrets qu’elle aura du mal à dévoiler.

Le roman met surtout en avant, à côté du phénomène étrange des félines, le courage de devenir soi, malgré le regard des autres et l’envie de se plier au conformisme. Ainsi, Louise par sa détermination et son pacifisme, tentera de désamorcer le conflit entre Félines et détracteurs et deviendra un symbole malgré elle. Cette expérience l’aura transformée en adulte, comme peut l’être l’adolescence.

Quelques bémols

Je n’ai pas aimé le début du roman, pas très accrocheur à mon goût. Le ton est celui d’une adolescente qui est censée parler avec son langage à elle, mais cela tombe un peu à plat. J’ai failli ne pas continuer en me demandant si l’auteur savait comment s’expriment vraiment les adolescents et s’il visait un vrai lecteur adolescent avec son livre. Bref, pas un adulte en tout cas.

La deuxième chose qui m’a agacée est le côté fourre-tout des sujets abordés dans ce roman : Féminisme, viol, masculinisme, discrimination, racisme, homophobie, , épidémie mondiale, Génocide et la petite référence sympa aux camps de concentration (voilà pour le point Godwin).  Le mieux aurait été de traiter un seul sujet. Je me suis sentie un peu perdue avec tout ça.

La fin m’a également déçue. Elle se veut ouverte sur une nouvelle ère… mais de quoi ? On ne sait même rien sur les enfants nés d’une féline et d’un homme. J’aurais voulu en savoir plus sur le sujet.

En conclusion : Stéphane Servant signe un roman fantastique coup de poing qui aborde le phénomène de l’adolescence et de la discrimination de manière fine mais un peu fouillis. Si le ton est juste et l’analyse des réactions éclairante face à un nouveau phénomène, j’aurais apprécié plus de simplicité dans les thématiques évoquées.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #18

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Trois concours pour gagner des livres, deux événements littéraires LGBT+, des box pour bien profiter de l’automne, un challenge d’écriture collaborative, un challenge littéraire amusant, une vidéo témoignage sur les débuts d’auteures connues en maison d’édition, un article choc sur Amazon et ses clubs lecture.

L’article de la semaine qui fait réfléchir 

Hier matin, lors de ma veille pro quotidienne, je suis tombée sur un article d’Actualitté qui évoquait le lancement de clubs de lecture par Amazon USA. L’information me semblant bizarre, j’ai cliqué ( oui, je suis un pigeon) et j’ai découvert avec effroi que le géant du commerce souhaitait effectivement lancer un nouveau service de club lecture qui pourrait concurrencer la plateforme Goodreads (l’équivalent américain de Babelio).

Or, Amazon possède Goodreads. N’est-ce pas un peu étrange de proposer un service qui existe déjà dans une autre filiale que l’on possède ? Pas si l’on considère que Goodreads, malgré sa prédominance du marché du réseau social littéraire est une grosse machine pleine de dysfonctionnements avec des recommandations sans queue ni tête.

Alors qu’apporte de plus ce nouveau service Amazon ? Rien de plus que des listes de livres à acheter. Quand un algorithme remplace un libraire, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Et n’oublions pas que même si l’idée de créer son club de lecture sur Amazon reste séduisante, cela contribue une fois de plus à récupérer vos données à des fins commerciales.

La question que je me pose est de savoir si quelqu’un peut arriver à concurrencer le géant pour vendre des livres, maintenant qu’il dispose d’un réseau social littéraire de la taille de Facebook pour les liens d’affiliation et qu’il propose ce nouveau service ? Il y aurait un renforcement des propositions de librairies indépendantes à réaliser en France,  et peut-être un développement des clubs lectures par d’autres biais à mettre en avant.

Si le fonctionnement de ce club lecture Amazon t’intéresse, voici la FAQ américaine du futur service pour te faire une idée.

Les événements littéraires de la semaine

                         

Ce weekend a lieu le Festival Fantastiqueer à Strasbourg. En fait, ça a commencé hier, mais je m’en suis aperçue trop tard… Sur trois jours, tu pourras découvrir des auteurs LGBT+ de romans SFFF avec des rencontres, un atelier d’écriture, un atelier GN, une soirée jeux de rôle, etc… Le festival devait être plus élaboré mais pour des raisons sanitaires, le plus gros des activités est reporté à juin 2021. C’est donc en petit comité qu’il est maintenu. Pour plus de détails, je te renvoie au site dédié. Le petit + : le site du festival héberge une bibliothèque  qui recense les romans de SFFF à tendance LGBT+, en partenariat avec la Rainbowthèque, site collaboratif dont je t’ai déjà parlé. Tu peux soumettre des livres si tu souhaites participer au projet.

Autre événement en lien avec la communauté LGBT+ : Y/Men, la convention spécial Yaoi, le manga (érotique) gay se tiendra le 26 septembre prochain à Lyon. Pour 6 euros, tu pourras accéder à de nombreux jeux et quizz prévus sur place, un défilé cosplay, des ateliers créatifs, un karaoké géant, et des tables-ronde autour du manga incluant des sujets hot ! Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter le programme de la convention.

Le challenge d’écriture du moment

Vu sur Instagram, sur le compte de Violainejaneau, un challenge d’écriture commune est en cours sur les réseaux sociaux, lancé par la blogueuse Jenniferdainaart. Le principe est simple : Jennifer a rédigé le premier chapitre et lancé le synopsis : il s’agit d’écrire une histoire autour d’une jeune femme réalise la réalité d’un monde magique lorsqu’elle hérite d’une mystérieuse clé au décès de son oncle.

26 auteures se sont inscrites pour continuer l’histoire chapitre par chapitre pendant tout le mois de septembre. A chaque fois, elles publient leur morceau d’histoire sur un post instagram dans la zone texte, en citant l’auteure précédente et la suivante pour qu’on puisse suivre l’histoire. Le post doit être court : 300 mots et il y a quelques règles à respecter que Jennifer a énoncé en Story.

A la fin du mois, le texte est réuni sur le compte de Jennifer et on y apporte quelques corrections si j’ai tout saisi. Pendant tout le challenge, les participants peuvent aussi échanger via un serveur Discord.

Si le sujet t’intéresse, je t’invite à suivre son projet et le texte du mois de septembre. Et si tu veux participer, il reste de nombreuses places pour le mois d’octobre dont l’histoire est la suivante : A l’approche de Samhain après une séance de spiritisme avec ses amis, un jeune homme est retrouvé mort chez lui. Bon challenge !

Les concours de la semaine

           

Beaucoup de concours sur Instagram cette semaine !

Si tu aimes la littérature contemporaine, la Kube box t’invite à gagner l’ensemble des romans sélectionnés pour le prix Goncourt de cette année, soit 15 livres !  Pour cela, il suffit de s’inscrire à leur jeu concours sur leur site internet et de le partager pour multiplier tes chances d’être tiré au sort. Le concours se termine mercredi 30 septembre.

Si tu préfères les romans gothiques, je te conseille le concours organisé par Livres enchantés sur son compte Instagram en partenariat avec les éditions Noir d’Absinthe. Pour fêter ses 4k abonnés, la blogueuse te propose de gagner un ebook de la maison d’édition. Pour cela, il suffit d’être abonné à son compte instagram et à celui de Noir d’Absinthe et de partager le concours dans sa story en la mentionnant. Les modalités se trouvent actuellement dans la story instagram de la blogueuse et le concours se termine d’ici 6 jours.

Enfin, si tu n’as pas d’idées précises, mon ancien binôme du challenge des alliés, Shury Lecture te propose de gagner le ou les livres de ton choix parmi ceux de sa bibliothèque. Il te suffit d’indiquer en commentaire de son post instagram ce qui t’intéresse. Pas de contrepartie à prévoir. Le tirage au sort aura lieu le 8 octobre et le jeu est ouvert à la France et la Belgique. 🙂

La vidéo de la semaine

La Charte des auteurs de littérature jeunesse lance une série de vidéos sur les femmes auteures. A travers 5 vidéos de 8 minutes, 8 auteures répondent à la question : Être une femme est-il un point de difficulté dans la pratique de son métier d’autrice ? Pour le moment deux vidéos sont en ligne sur le compte youtube de la Charte : Les débuts et Les difficultés. Voici la première vidéo pour te faire une idée :

Le sujet est intéressant car il est peu abordé, mais les discriminations liées au genre existent même dans le métier d’auteure. J’ai trouvé pertinent le choix des femmes interrogées car elles sont de milieux, couleur, âge et styles complètement différents. Certaines écrivent pour la jeunesse, d’autres pour les adultes, d’autres encore de la BD. Une série à suivre !

Les box de la saison

         

Je ne sais pas pour toi, mais en automne j’aime bien l’ambiance cocooning et quoi de mieux qu’un bon thé associé à une tablette de chocolat pour se remonter le moral quand il pleut dehors ? Bon, en ce moment, c’est plutôt la canicule. Mais j’anticipe sur les mauvais jours.

J’ai offert récemment une box spéciale chocolat noir à ma petite maman pour son anniversaire et j’ai trouvé l’offre tellement top que je souhaitais en parler. Il s’agit de la box Raconte moi un chocolat. J’ai pris la formule trois mois pour 70 euros environ. Elle comprend un envoi de trois tablettes de chocolats noirs différents par mois, accompagnés d’un fascicule explicatif sur l’origine des tablettes. Il y a une formule mensuelle à 20 eur et une autre également sur 6 mois. On reçoit le colis par voie postale directement chez soi. De quoi craquer avec un bon livre ! Ma mère est ravie et j’envisage de me prendre un abonnement moi aussi.

Pour se réchauffer, il y a aussi la thé Box, une box entièrement dédiée au thé et accompagnée de douceurs. Les boîtes sont jolies et à thématique : cuisine, jardin japonais, maison de famille, etc…Tu peux l’offrir ou te faire un cadeau. Pour cela, il existe plusieurs abonnements : 3 mois (65.70 euros), 6 mois (125 euros)… et tu reçois une box chaque mois comprenant 30 thés différents, quelques biscuits, des goodies comme des marque-pages ou des cartes, et un cahier de saveurs comprenant des recettes. Bref, je pense la commander pour passer mes soirées d’automne sous mon plaid devant la cheminée. Je ne sais pas pour toi, mais je me lasse souvent de mes thés et je suis très curieuse d’en découvrir de nouveaux. Cette box est un bon moyen de satisfaire ma curiosité.

Peut-être connais-tu ces box ? Si oui, n’hésite pas à me faire un retour en commentaire. 🙂

Le challenge littéraire du moment

Après le Mois Américain et le Pumpkin Autumn Challenge 2020 (je te renvoie vers mes PAL associées car je participe aux deux), j’ai découvert le #Challengefoireux sur le compte instagram de la Foire du livre de Bruxelles.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc me diras-tu ? C’est un challenge littéraire qui prend les autres à contre-pied en inventant trois types de livres à lire chaque mois, toujours dans l’objectif de te faire diminuer ta PAL.

Pour le mois de septembre, il faudra lire : un livre dont l’intrigue se situe dans un autre pays, un livre recommandé par un ami, et un livre que tu aurais dû lire pour l’école.

J’ai trouvé l’idée amusante et je pense réaliser mes propres challenges foireux pour les mois à venir. Peut-être même que je vais l’inclure dans ma version du Bookopoly que je prépare pour l’année 2021 pour les cartes chance. Affaire à suivre…

Si le challenge t’intéresse, je te renvoie au hashtag associé sur Instagram afin de retrouver les posts des mois précédents. Peut-être souhaiteras-tu créer les tiens ? N’hésite pas à me faire des propositions en commentaire. 😉

Tu l’auras remarqué, il n’y a pas d’article sur un artiste cette semaine. Je n’avais pas d’idées. Ce sera pour la prochaine veille ! 😉

Ma veille littéraire du net se termine. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Thé et plaid tout doux,

A.Chatterton