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Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe, Seuil jeunesse

Pour valider un menu du Pumpkin Autumn Challenge 2020, catégorie Automne des enchanteresses / Sarah Bernardt monstre sacré, j’ai choisi cet album/conte/ Beau-livre illustré par Benjamin Lacombe. Son côté artistique et son approche féministe des sorcières de légende m’ont particulièrement séduite.

Revisiter les mythes et légendes des sorcières célèbres

Dans son Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez nous présente des figures féminines fortes, qui ont toutes un passé de souffrance ou du moins des raisons d’en vouloir aux hommes. Il s’amuse avec les contes, les mythes, les légendes pour inventer des histoires plus élaborées et nous montrer des sorcières beaucoup plus humaines. Derrière les atrocités commises, il y a souvent une jeune femme victime de discrimination de la part des autres qui cherche à se venger par désespoir ou vengeance.

Nous rencontrerons au fil des pages de ce grimoire une Lilith, trahie par Adam à cause de son envie d’émancipation et qui cherchera vengeance auprès de Belzébuth. Il y aura aussi Méduse, transformée en femme à chevelure de serpent pour avoir été admirée par un Dieu dans le temple d’une Athéna jalouse. Nous connaîtrons la véritable histoire de la sorcière d’Hansel et Gretel, de la Reine et belle-mère de Blanche-Neige, ou encore de la sorcière à l’origine du naufrage du Titanic…

De façon surprenante et audacieuse, d’autres femmes fortes sans connotation vraiment maléfique sont également évoquées avec des histoires tout aussi tragiques : Jeanne d’Arc, La Joconde et une version siamoise de la pirate Anne Bonny…

Jonglant à travers les époques, les histoires et les pays, la réalité et la fiction, Sébastien Pérez nous emporte dans le sillon de ses sorcières d’hier et d’aujourd’hui, et c’est particulièrement réussi.

Jouer avec la forme

Pour illustrer ce grimoire de sorcellerie, Benjamin Lacombe n’a pas fait les choses à moitié ! L’objet-livre se présente sous la forme d’un vrai livre de sorcière avec couverture entoilée et reliée au fil, gravures dorées sur la première et quatrième de couverture, tranche dorée, pages jaunies. Il y a même un avertissement au lecteur dès les premières pages sur ce qu’il risque de découvrir à l’intérieur !

Chaque sorcière est représentée par une illustration magnifique de Benjamin dans son style si particulier, à la fois délicat et effrayant. Les histoires sont constellées d’objets ayant appartenu à chaque sorcière, à la manière d’une boîte à souvenirs. Cela m’a rappelé L’herbier des fées, des mêmes auteurs, dans sa construction : une fable autour d’objets et d’éléments imaginaires. Je rapproche leur travail de celui de Camille Renversade, illustrateur et metteur en scène d’expositions imaginaires.

J’ai pu lire dans d’autres critiques que cet album était lié à l’histoire La Petite Sorcière du même duo. On retrouve ladite sorcière en fin de Grimoire : Il s’agit de Lisbeth, une jeune sorcière qui découvre ce grimoire dans un grenier. Si vous voulez éviter de vous spoiler avec le Grimoire, je vous conseille de lire La Petite Sorcière bien avant. En tout cas, cela m’a donné envie de lire l’autre album de mon côté !

En conclusion : Un album qui m’a à la fois émue vis à vis des drames vécus par ces sorcières, mais aussi émerveillée devant tant d’imagination déployée pour écrire leurs histoires. C’est une belle leçon sur la différence et l’acceptation de soi qui nous est proposée à travers cet objet-livre qui saura, j’en suis sûre, vous enchanter autant que moi, ainsi que votre bibliothèque.

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Sans foi ni loi, Marion Brunet, éditions PKJ

Lu dans le cadre du Mois Américain, je me suis lancée avec envie dans ce one-shot Young adult encensé par le Salon littérature de jeunesse de Montreuil en 2019. Et je n’ai absolument par regretté mon choix. Entre l’ambiance western, la condition de la femme au Far West mise à nu et l’interrogation des notions de bien et de mal, j’ai eu un vrai coup de coeur. Voici mon retour …

Résumé : Ouest américain, années 1920. La cavale d’une hors-la loi avec l’adolescent qu’elle a kidnappé. Lorsqu’une hors-la-loi débarque chez lui et le kidnappe, Garett est terrifié. Pourtant Ab Stenson, cette femme indomptable, est celle qui lui ouvrira les portes d’un avenir moins sombre, loin de son père violent.
Fasciné par sa ravisseuse, Garett découvrira ses plus grands secrets, ceux qu’on ne révèle qu’à ses plus proches amis. Dans son sillage, il rencontrera l’amour et l’amitié, là où il les attendait le moins. Jusqu’au bout de la route, où Ab lui offrira le plus beau des destins : la liberté.

Une course-poursuite haletante

Le point de départ de cette histoire est l’enlèvement de Garett, fils de Pasteur et plutôt craintif, par Abigaïl Stenson, une hors-la-loi dure à cuire qui vient de braquer une banque. L’enjeu du récit sera de savoir si Stenson va libérer Garrett ou non, et si au bout du compte, elle se fera capturer par le Marshall pour l’agent qu’elle a volé.

Au cours de leur fuite, les deux personnages vont traverser des forêts, la montagne, un désert, des villes. Ils rencontreront d’autres protagonistes qui nous permettront d’esquisser un portrait de l’Amérique en 1920 : un pays raciste, injuste envers les faibles, coincé entre le puritanisme et la prostitution, dominé par la violence et où une femme qui s’habille et se comporte en homme n’a pas sa place.

Marion Brunet instille du suspense, de la réflexion à travers les yeux de Garett. Et même si l’on devine l’issue de cette chasse à l’homme, on se laisse quand même emporter par l’esprit rebelle de Ab et la naïveté du jeune garçon face au monde qu’il découvre.

Une ode à la femme forte

L’auteure nous dépeint un Far West où la femme a dû mal à trouver sa place. Les fondements d’une société patriarcale sont toujours en vigueur et cela ne leur offre que trois possibilités : l’épouse bigote soumise à son mari, la putain de saloon et…Ab Stenson.

Abigaïl Stenson est une femme qui s’habille en homme, se comporte en homme, se fait respecter. Elle s’affranchit de toutes les règles dans un univers où ce sont les hommes qui font régner la loi. Et cela fait grincer des dents la gent masculine qui ne sait pas comment réagir face à cette femme hors normes.

Curieusement, ce n’est pas le fait qu’elle ait dérobé de l’argent dans une banque et qu’elle ait enlevé un gamin pour se protéger qui dérange. C’est qu’elle soit une femme qui bouleverse un ordre bien établi. Et c’est ce qu’on lui fera payer : l’humiliation d’être battu par une femme qui ne sait pas rester à sa place, la peur de l’exemple qu’elle pourrait donner aux épouses et putains en mal d’émancipation.

Mais Ab a ses fêlures. Ironiquement, elle a été épouse et mère mais ne sait pas construire un foyer. Elle a la bougeotte, le besoin d’action dans le sang. Le modèle n’est donc pas si parfait : à trop vouloir se conduire comme un homme, elle est devenue le cliché du cowboy solitaire, à la poursuite de chimères et d’aventures.

Un véritable roman d’apprentissage

Garett a été enlevé, mais est-il vraiment prisonnier de cette femme hors la loi ? Au fil des pages, un lien va se nouer entre l’adolescent et la criminelle. Pas vraiment du syndrome de Stokholm, plutôt un lien de confiance, une complicité, du respect mutuel.

En partant, Garett pensait échapper à son père tortionnaire. Ce voyage lui fait découvrir bien plus : le courage, la détermination, l’ouverture d’esprit, l’amitié, l’amour même. Il apprendra à tirer, à tuer. Il découvrira le vrai sens du mot « Justice ». De jeune garçon, il deviendra homme et dans tous les sens du terme.

Et quand la course-poursuite prendra fin, il faudra réaliser un choix : retourner chez soi ou partir à l’aventure, comme Ab. Cet enlèvement lui aura changé son existence, et dans le bon sens. Sans cette aventure, il serait resté à la merci de son père, à vivre dans la peur avec ses frères et sa soeur dans la ferme familiale, pour une vie de misère et d’hypocrisie. Désormais, il peut décider de sa vie. Et c’est une très jolie perspective.

En conclusion : Un roman coup de poing sur le Far west qui aborde la condition de la femme sans détours avec un personnage hors du commun. Mais aussi un roman d’apprentissage pour un jeune garçon qui découvre le monde ainsi que le sens du mot Justice. Une vraie claque !

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Peau d’Homme, Hubert et Zanzim, Glénat

Le Mois Américain n’est pas terminé et je commence ma première lecture du Pumpkin Autumn Challenge ! Lu en un après-midi, ce conte/Bande-dessinée/roman graphique m’a interpellée par sa couverture étrange et son intrigue féministe. Voici mon retour sur cette ode à la liberté et à l’amour

Résumé : Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Mon avis : 

Attention lecteur ! La troisième partie de cette critique comprend des spoilers. Si tu ne veux pas connaître trop de détails sur le dénouement, je t’invite à aller directement à la conclusion. 😉

PS : je n’évoquerai pas les dessins très beaux, et avec des couleurs joliment contrastées car je ne suis pas spécialiste de la Bande-dessinée. Mon avis portera donc uniquement sur l’histoire. 🙂

Une critique de la société sous la Renaissance, mais pas que…

L’intrigue de départ de cette histoire est l’histoire d’une femme et de son mariage arrangé sous la Renaissance Italienne.

Le mariage est vu ici comme une réelle transaction où la jeune femme n’a pas son mot à dire. L’amour est prohibé mais peut se développer pendant le mariage.

Bianca, notre héroïne, regrette seulement de ne pas faire connaissance avec son mari avant le mariage et ses amies se moquent d’elle : pourquoi faire ? Découvrir qu’il est effrayant ou pathétique et annuler les noces ? Les amies sont déjà blasées par leur propre mari, car elles n’ont pas eu le choix non plus.

Seule sa marraine lui propose une alternative, comme une échappatoire avant une vie en cage : essayer, avant le mariage une peau d’homme afin de découvrir comment se conduisent les hommes et en apprendre un peu plus sur son futur époux. C’est le début d’une grande aventure qui va emmener Bianca très loin.

Mais tandis qu’elle découvre ce nouvel univers, la morale se renforce contre les lieux de mauvaise vie, ou l’Art. Son propre frère, devenu moine, devient plus virulent dans ses prêches contre les femmes. Il fait éclore un effrayant mouvement religieux qui nie toute liberté et en particulier envers la gent féminine, accusée de susciter le péché. Il condamne aussi l’homosexualité chez les hommes et les transgenres. Et cherche à cacher les corps, la nudité en vue d’une vie plus chaste qui nie la sexualité de manière générale, sauf pour la procréation.

A travers cette histoire semi-fantastique, on voit poindre de la part de l’auteur une forme de critique envers la liberté de moeurs assez prononcée qui réprime l’amour, ceci dans le but de faire valoir une seule forme de pensée. Et cela est plutôt bien amené avec le personnage du peintre transgenre ou Bianca elle-même qui essaie d’ouvrir les yeux à son frère ou sa famille sur les dangers de cette forme de pensée.

Une ode à la femme

Peau d’homme, c’est aussi un clin d’oeil au conte Peau d’âne de Charles Perrault où une jeune fille cache sa beauté sous une peau d’âne pour passer incognito. Bianca cherche à comprendre son mari puis les hommes en général : Quels sont leurs préférences sexuelles ? Pourquoi se vantent-ils de leurs conquêtes ? Qui sont-ils vraiment derrière le paraître ?Mais surtout, elle découvre une forme liberté à devenir un homme.

Cette liberté est d’abord physique car la peau est vivante, ainsi que son pénis, et elle vit des expériences qu’elle n’aurait pu connaître en tant que femme, satisfaisant ainsi ce désir féminin enfoui de comprendre ce que ressentent physiquement les hommes qui n’ont pas les mêmes attributs. Elle n’a plus honte de son corps sous la peau, qui devient un déguisement renforçant son assurance.

Puis, la liberté devient mentale, car Bianca s’enhardit, devient conquérante, invite les autres hommes à rassembler leur courage plutôt que de se cacher, devient un modèle masculin. La peau lui donne le courage de devenir elle, si la société ne lui avait pas imposé un carcan et une éducation de fille.

Elle devient héroïne face aux maris qui trompent leur femme en toute impunité alors que l’inverse est sévèrement réprimé. Une fois redevenue femme, elle a acquis assez de répondant pour se battre contre la société et la place qu’on lui impose.

Et si le secret de la peau d’homme reste bien caché, c’est qu’il servira à d’autres filles, qui auront besoin elles aussi de se mettre à la place des hommes pour se définir une identité sans réfléchir à une question de genre ou de sexualité. Car elles auront essayé les deux.

Par là, l’auteur nous offre une belle leçon de féminisme car c’est de cela qu’il s’agit : si toutes les femmes avaient la possibilité d’enfiler une peau d’homme pour vivre cette expérience, peut-être réagirions-nous différemment face à notre environnement ? Peut-être aurions-nous plus de facilités à comprendre les hommes ?

Une ode à l’amour (attention spoilers)

L’homosexualité se veut ici joyeuse, proche parfois d’une camaraderie plus poussée face à des filles enfermées sous clé jusqu’à leur mariage. Mais Giovanni, le mari de Bianca, aime sincèrement les hommes et ne considère les filles que comme un devoir conjugal en vue de procréer et donner un héritier à la famille.

Or, ce que Bianca souhaite avant tout, c’est d’être aimée de lui. Or, l’affaire tourne vite au vinaigre quand elle comprend qu’il préfère les garçons. Aimée mais uniquement quand elle porte la peau d’homme, sa vie va être plus compliquée que prévue. Et elle se fera prendre à son propre piège.

Cependant l’auteur lui propose une alternative : créer son propre bonheur en réinventant son couple. Et cela passera par l’amour et la liberté liberté d’être mariés mais aussi d’avoir chacun un amant, liberté d’inventer son propre bonheur en dehors des cases de la société, liberté pour Bianca de trouver un homme qui l’aime et d’être audacieuse sexuellement…

Hubert pousse les cases de la Morale en nous invitant à un autre modèle de couple et de sexualité. Qu’il puisse exister dans cette Renaissance fictive nous laisse l’espoir qu’il est également possible à notre époque actuelle, même sous le seau du secret.

En conclusion : Hubert et Zanzim signent une bande-dessinée audacieuse qui pose des questions actuelles sur la place de l’amour et le mariage, le rôle de la morale, le courage d’être soi, le féminisme, l’homosexualité. Un joli conte à découvrir, à travers les yeux de la charmante et courageuse Bianca, qui s’épanouira au fil des pages pour devenir elle-même.

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Félines, Stéphane Servant, éditions du Rouergue

Dernière lecture imposée dans le cadre du PLIB 2020, ce roman a été une bonne surprise malgré mon manque de motivation à le lire. Au regard de la sélection des finalistes de cette année, je pense que je voterai pour lui, malgré quelques bémols.

Résumé : Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

Mon avis

Réagir face à la différence

Le sujet principal du roman est l’apparition de poils chez les adolescentes du monde entier, les transformant peu à peu en Félines, autrement dit des félins femelles, avec des sens aiguisés et une volonté farouche de se défendre face aux agressions extérieures.

A travers une myriade de personnages rencontrés par Louise, l’héroïne du roman, l’auteur passe en revue l’ensemble des réactions face à ce phénomène inexpliqué et ne nous épargne rien : suicide face à la honte, fierté d’appartenir à une nouvelle évolution, répression vis à vis de la différence, soutien de cette différence.

Ce qui va sous-tendre le récit est l’opposition entre les pro-félines et ceux qui souhaitent leur éradication. On voit évoluer ce qui semble être un groupuscule extrémiste religieux anti-félines avec un leader charismatique. Ce groupe va proposer tout d’abord que les félines ne soient plus scolarisées avec les autres pour éviter une « contamination », puis, en prenant de l’ampleur via la politique et la police, devenir une forme de répression très élaborée : port d’une « Aube » pour cacher ses poils qui rappelle la Burka, interdiction de rassemblement, refus de prendre en compte leurs plaintes en commissariat, regroupement dans des camps de travail…

Les félines se voient contraintes soit de fuir, soit de se plier aux lois dictées par les hommes et surtout ce dogme religieux. Si Louise reste pacifique, Fatia et d’autres veulent en découdre. Ici, on touche à la manière de réagir face à une injustice, ce qui rappelle de nombreux conflits.

L’auteur analyse de manière très fine à travers ce récit fantastique certains combats : Black Lives matters, l’homosexualité au sens large, tout forme de ségrégation, voire la Shoah, et interpelle le lecteur sur ce qui pourrait arriver dans sa réalité, s’il n’y prend pas garde.

Grandir en étant différente

Louise, notre héroïne, est une ancienne bimbo de lycée qui a vécu un accident traumatisant, lui laissant des séquelles physiques et mentales. Cet incident, et le décès de sa mère, l’ont profondément changée. Habillée d’une cape, studieuse, elle est devenue la fille bizarre du lycée.

C’est à travers son regard que nous aborderons le phénomène des Félines, mais aussi les affres de l’adolescence.

Sa transformation, d’abord honteuse et que l’on pourrait assimiler à la puberté, sera au contraire une libération. Libérée de son corps recouvert non plus de cicatrices, mais de poils, elle va vivre une véritable renaissance et le clamer haut et fort.

Fuyant la violence, elle tente de vivre une vie normale avec sa famille en dépit des discriminations dont elle est victime : elle va chercher son petit frère à l’école, passe du temps avec son père, a un amoureux.

Sa plus grande grande appréhension sera d’être acceptée par sa famille et son petit-ami pour ce qu’elle est devenue, rappelant ainsi les changements qui peuvent survenir à l’adolescence et le regard des autres.

L’interrogation sur sa sexualité et celle de son petit-ami seront aussi abordés. Les premiers émois amoureux sont difficiles, effrayants et Louise cache d’autres secrets qu’elle aura du mal à dévoiler.

Le roman met surtout en avant, à côté du phénomène étrange des félines, le courage de devenir soi, malgré le regard des autres et l’envie de se plier au conformisme. Ainsi, Louise par sa détermination et son pacifisme, tentera de désamorcer le conflit entre Félines et détracteurs et deviendra un symbole malgré elle. Cette expérience l’aura transformée en adulte, comme peut l’être l’adolescence.

Quelques bémols

Je n’ai pas aimé le début du roman, pas très accrocheur à mon goût. Le ton est celui d’une adolescente qui est censée parler avec son langage à elle, mais cela tombe un peu à plat. J’ai failli ne pas continuer en me demandant si l’auteur savait comment s’expriment vraiment les adolescents et s’il visait un vrai lecteur adolescent avec son livre. Bref, pas un adulte en tout cas.

La deuxième chose qui m’a agacée est le côté fourre-tout des sujets abordés dans ce roman : Féminisme, viol, masculinisme, discrimination, racisme, homophobie, , épidémie mondiale, Génocide et la petite référence sympa aux camps de concentration (voilà pour le point Godwin).  Le mieux aurait été de traiter un seul sujet. Je me suis sentie un peu perdue avec tout ça.

La fin m’a également déçue. Elle se veut ouverte sur une nouvelle ère… mais de quoi ? On ne sait même rien sur les enfants nés d’une féline et d’un homme. J’aurais voulu en savoir plus sur le sujet.

En conclusion : Stéphane Servant signe un roman fantastique coup de poing qui aborde le phénomène de l’adolescence et de la discrimination de manière fine mais un peu fouillis. Si le ton est juste et l’analyse des réactions éclairante face à un nouveau phénomène, j’aurais apprécié plus de simplicité dans les thématiques évoquées.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #18

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Trois concours pour gagner des livres, deux événements littéraires LGBT+, des box pour bien profiter de l’automne, un challenge d’écriture collaborative, un challenge littéraire amusant, une vidéo témoignage sur les débuts d’auteures connues en maison d’édition, un article choc sur Amazon et ses clubs lecture.

L’article de la semaine qui fait réfléchir 

Hier matin, lors de ma veille pro quotidienne, je suis tombée sur un article d’Actualitté qui évoquait le lancement de clubs de lecture par Amazon USA. L’information me semblant bizarre, j’ai cliqué ( oui, je suis un pigeon) et j’ai découvert avec effroi que le géant du commerce souhaitait effectivement lancer un nouveau service de club lecture qui pourrait concurrencer la plateforme Goodreads (l’équivalent américain de Babelio).

Or, Amazon possède Goodreads. N’est-ce pas un peu étrange de proposer un service qui existe déjà dans une autre filiale que l’on possède ? Pas si l’on considère que Goodreads, malgré sa prédominance du marché du réseau social littéraire est une grosse machine pleine de dysfonctionnements avec des recommandations sans queue ni tête.

Alors qu’apporte de plus ce nouveau service Amazon ? Rien de plus que des listes de livres à acheter. Quand un algorithme remplace un libraire, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Et n’oublions pas que même si l’idée de créer son club de lecture sur Amazon reste séduisante, cela contribue une fois de plus à récupérer vos données à des fins commerciales.

La question que je me pose est de savoir si quelqu’un peut arriver à concurrencer le géant pour vendre des livres, maintenant qu’il dispose d’un réseau social littéraire de la taille de Facebook pour les liens d’affiliation et qu’il propose ce nouveau service ? Il y aurait un renforcement des propositions de librairies indépendantes à réaliser en France,  et peut-être un développement des clubs lectures par d’autres biais à mettre en avant.

Si le fonctionnement de ce club lecture Amazon t’intéresse, voici la FAQ américaine du futur service pour te faire une idée.

Les événements littéraires de la semaine

                         

Ce weekend a lieu le Festival Fantastiqueer à Strasbourg. En fait, ça a commencé hier, mais je m’en suis aperçue trop tard… Sur trois jours, tu pourras découvrir des auteurs LGBT+ de romans SFFF avec des rencontres, un atelier d’écriture, un atelier GN, une soirée jeux de rôle, etc… Le festival devait être plus élaboré mais pour des raisons sanitaires, le plus gros des activités est reporté à juin 2021. C’est donc en petit comité qu’il est maintenu. Pour plus de détails, je te renvoie au site dédié. Le petit + : le site du festival héberge une bibliothèque  qui recense les romans de SFFF à tendance LGBT+, en partenariat avec la Rainbowthèque, site collaboratif dont je t’ai déjà parlé. Tu peux soumettre des livres si tu souhaites participer au projet.

Autre événement en lien avec la communauté LGBT+ : Y/Men, la convention spécial Yaoi, le manga (érotique) gay se tiendra le 26 septembre prochain à Lyon. Pour 6 euros, tu pourras accéder à de nombreux jeux et quizz prévus sur place, un défilé cosplay, des ateliers créatifs, un karaoké géant, et des tables-ronde autour du manga incluant des sujets hot ! Si tu souhaites plus d’informations, je t’invite à consulter le programme de la convention.

Le challenge d’écriture du moment

Vu sur Instagram, sur le compte de Violainejaneau, un challenge d’écriture commune est en cours sur les réseaux sociaux, lancé par la blogueuse Jenniferdainaart. Le principe est simple : Jennifer a rédigé le premier chapitre et lancé le synopsis : il s’agit d’écrire une histoire autour d’une jeune femme réalise la réalité d’un monde magique lorsqu’elle hérite d’une mystérieuse clé au décès de son oncle.

26 auteures se sont inscrites pour continuer l’histoire chapitre par chapitre pendant tout le mois de septembre. A chaque fois, elles publient leur morceau d’histoire sur un post instagram dans la zone texte, en citant l’auteure précédente et la suivante pour qu’on puisse suivre l’histoire. Le post doit être court : 300 mots et il y a quelques règles à respecter que Jennifer a énoncé en Story.

A la fin du mois, le texte est réuni sur le compte de Jennifer et on y apporte quelques corrections si j’ai tout saisi. Pendant tout le challenge, les participants peuvent aussi échanger via un serveur Discord.

Si le sujet t’intéresse, je t’invite à suivre son projet et le texte du mois de septembre. Et si tu veux participer, il reste de nombreuses places pour le mois d’octobre dont l’histoire est la suivante : A l’approche de Samhain après une séance de spiritisme avec ses amis, un jeune homme est retrouvé mort chez lui. Bon challenge !

Les concours de la semaine

           

Beaucoup de concours sur Instagram cette semaine !

Si tu aimes la littérature contemporaine, la Kube box t’invite à gagner l’ensemble des romans sélectionnés pour le prix Goncourt de cette année, soit 15 livres !  Pour cela, il suffit de s’inscrire à leur jeu concours sur leur site internet et de le partager pour multiplier tes chances d’être tiré au sort. Le concours se termine mercredi 30 septembre.

Si tu préfères les romans gothiques, je te conseille le concours organisé par Livres enchantés sur son compte Instagram en partenariat avec les éditions Noir d’Absinthe. Pour fêter ses 4k abonnés, la blogueuse te propose de gagner un ebook de la maison d’édition. Pour cela, il suffit d’être abonné à son compte instagram et à celui de Noir d’Absinthe et de partager le concours dans sa story en la mentionnant. Les modalités se trouvent actuellement dans la story instagram de la blogueuse et le concours se termine d’ici 6 jours.

Enfin, si tu n’as pas d’idées précises, mon ancien binôme du challenge des alliés, Shury Lecture te propose de gagner le ou les livres de ton choix parmi ceux de sa bibliothèque. Il te suffit d’indiquer en commentaire de son post instagram ce qui t’intéresse. Pas de contrepartie à prévoir. Le tirage au sort aura lieu le 8 octobre et le jeu est ouvert à la France et la Belgique. 🙂

La vidéo de la semaine

La Charte des auteurs de littérature jeunesse lance une série de vidéos sur les femmes auteures. A travers 5 vidéos de 8 minutes, 8 auteures répondent à la question : Être une femme est-il un point de difficulté dans la pratique de son métier d’autrice ? Pour le moment deux vidéos sont en ligne sur le compte youtube de la Charte : Les débuts et Les difficultés. Voici la première vidéo pour te faire une idée :

Le sujet est intéressant car il est peu abordé, mais les discriminations liées au genre existent même dans le métier d’auteure. J’ai trouvé pertinent le choix des femmes interrogées car elles sont de milieux, couleur, âge et styles complètement différents. Certaines écrivent pour la jeunesse, d’autres pour les adultes, d’autres encore de la BD. Une série à suivre !

Les box de la saison

         

Je ne sais pas pour toi, mais en automne j’aime bien l’ambiance cocooning et quoi de mieux qu’un bon thé associé à une tablette de chocolat pour se remonter le moral quand il pleut dehors ? Bon, en ce moment, c’est plutôt la canicule. Mais j’anticipe sur les mauvais jours.

J’ai offert récemment une box spéciale chocolat noir à ma petite maman pour son anniversaire et j’ai trouvé l’offre tellement top que je souhaitais en parler. Il s’agit de la box Raconte moi un chocolat. J’ai pris la formule trois mois pour 70 euros environ. Elle comprend un envoi de trois tablettes de chocolats noirs différents par mois, accompagnés d’un fascicule explicatif sur l’origine des tablettes. Il y a une formule mensuelle à 20 eur et une autre également sur 6 mois. On reçoit le colis par voie postale directement chez soi. De quoi craquer avec un bon livre ! Ma mère est ravie et j’envisage de me prendre un abonnement moi aussi.

Pour se réchauffer, il y a aussi la thé Box, une box entièrement dédiée au thé et accompagnée de douceurs. Les boîtes sont jolies et à thématique : cuisine, jardin japonais, maison de famille, etc…Tu peux l’offrir ou te faire un cadeau. Pour cela, il existe plusieurs abonnements : 3 mois (65.70 euros), 6 mois (125 euros)… et tu reçois une box chaque mois comprenant 30 thés différents, quelques biscuits, des goodies comme des marque-pages ou des cartes, et un cahier de saveurs comprenant des recettes. Bref, je pense la commander pour passer mes soirées d’automne sous mon plaid devant la cheminée. Je ne sais pas pour toi, mais je me lasse souvent de mes thés et je suis très curieuse d’en découvrir de nouveaux. Cette box est un bon moyen de satisfaire ma curiosité.

Peut-être connais-tu ces box ? Si oui, n’hésite pas à me faire un retour en commentaire. 🙂

Le challenge littéraire du moment

Après le Mois Américain et le Pumpkin Autumn Challenge 2020 (je te renvoie vers mes PAL associées car je participe aux deux), j’ai découvert le #Challengefoireux sur le compte instagram de la Foire du livre de Bruxelles.

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc me diras-tu ? C’est un challenge littéraire qui prend les autres à contre-pied en inventant trois types de livres à lire chaque mois, toujours dans l’objectif de te faire diminuer ta PAL.

Pour le mois de septembre, il faudra lire : un livre dont l’intrigue se situe dans un autre pays, un livre recommandé par un ami, et un livre que tu aurais dû lire pour l’école.

J’ai trouvé l’idée amusante et je pense réaliser mes propres challenges foireux pour les mois à venir. Peut-être même que je vais l’inclure dans ma version du Bookopoly que je prépare pour l’année 2021 pour les cartes chance. Affaire à suivre…

Si le challenge t’intéresse, je te renvoie au hashtag associé sur Instagram afin de retrouver les posts des mois précédents. Peut-être souhaiteras-tu créer les tiens ? N’hésite pas à me faire des propositions en commentaire. 😉

Tu l’auras remarqué, il n’y a pas d’article sur un artiste cette semaine. Je n’avais pas d’idées. Ce sera pour la prochaine veille ! 😉

Ma veille littéraire du net se termine. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Thé et plaid tout doux,

A.Chatterton

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #17

Au sommaire de cette veille littéraire du net : un podcast sur les comédies musicales, une collection dédiée aux œuvres matrimoniales peu connues, une étude comparative de méthodes de formation en ligne pour écrire son premier livre, un évènement steampunk, un challenge littéraire pour l’automne, un concours au parfum d’halloween et une créatrice de papeterie aux couleurs automnales…

L’article de la semaine

Il date d’avril  mais j’ai beaucoup aimé l’article de la blogueuse Veryimportantbook intitulé Les formations en ligne pour écrire son premier roman. Il s’agit d’un comparatif assez détaillé entre trois méthodes d’ateliers pour se lancer dans l’écriture.

Elle évoque la formation de Cécile Duquenne (Ecrire son premier roman et arriver jusqu’au bout !), celle de Bernard Werber intitulée Les secrets de Bernard Werber, ainsi que la méthode proposée par les éditions Noir d’Absinthe : Accompagnement littéraire pour un premier roman. A chaque fois, elle a testé la méthode et donne ses impressions et ses préférences.

Un chouette article quand on cherche justement une méthode pour un coup de pouce dans l’écriture sans savoir vers qui se tourner. Après comme elle dit, l’important ce n’est pas la méthode, mais plutôt de se lancer. 🙂

L’évènement littéraire du moment

Les invités des Imaginales d’Automne ont enfin été dévoilés, en remplacement du salon celui de Mai. Cette édition 2020 sera en lien avec le Mois de L’Imaginaire. Tu pourras donc du 16 au 18 octobre te rendre dans les Vosges à Epinal pour rencontrer les auteurs piliers de ces rencontres littéraires : Pierre Pevel, Johan Heliot, Estelle Faye, Floriane Soulas,Silène Edgar… Petite édition oblige, les auteurs sont tous français ou belges et en nombre réduit. Tu peux retrouver tous les détails sur le site des Imaginales dont la  fameuse Remise des prix littéraires du Salon, en attendant la session 2021 qui sera, je l’espère aussi grandiose que les années précédentes.

Si tu es sur Paris et alentours et que tu préfères les animations autour du Steampunk, je te recommande l’Inauguration de la Maison de Fer qui aura lieu le 19 septembre à Poissy, au Parc Meyssonier. L’évènement est en partenariat avec mes amis de FrenchSteampunk.fr !

Au programme : déambulation en costume (tu as le droit de venir costumé si tu veux), visite de la Maison de Fer, une exposition de photos et un feu d’artifice. Tu peux retrouver les détails sur l’événement facebook. 😉

Le podcast de la semaine

Cette semaine dans mon club lecture, j’ai découvert l’existence de google podcast et surtout le podcast dédié aux critiques de comédies musicales : Les rois du monde est stone etc…

Il s’agit de sessions de 2 heures environ (oui, c’est long !) consacrées en détail à des comédies musicales récentes ou non, entrecoupées d’extraits musicaux et analysées par plusieurs experts ou adeptes du sujet.

J’ai commencé par le podcast sur Robin des bois, et je me suis bien amusée à écouter les 5 animateurs détailler les tops et les flops de ce spectacle musical ayant pour vedette Matt Pokora… Cela m’a replongée dans mon adolescence et les spectacles qui étaient mis en scène à l’époque : Notre-Dame de Paris, Le roi soleil…

Il y a pour le moment 21 épisodes disponibles et le dernier date du 21 août 2020 et tout est en accès libre sur cette plateforme.

Tu peux aussi suivre leurs dernières publication sur leur page Facebook.

Si toi aussi tu aimes les comédies musicales, que tu souhaites revivre l’ambiance de tes années lycées ou en découvrir de nouvelles, je t’invite à les écouter. Moi je les écoute dans mon bain et je me bidonne devant mon chat ahuri… 🙂

L’éditeur de la semaine

J’inaugure une nouvelle rubrique avec l’éditeur de la semaine, pour te parler des Editions Talents Hauts. Et pourquoi donc ? Parce qu’en plus de proposer des livres bilingues pour la jeunesse et d’autres sur la discrimination de genre (et en général), cet éditeur a lancé une collection d’oeuvres dites « matrimoniales » ntitulée : Les plumées.

Mais qu’est ce qu’une oeuvre matrimoniale me diras-tu ? C’est une oeuvre produite par un écrivain féminin, à l’inverse des œuvres « patrimoniales ». Le but de cette collection est donc de mettre en avant des auteures peu connues et de réhabiliter des nouvelles ou des romans, contemporaines de grand auteurs classiques.

Ainsi tu trouveras une dizaine de titres aux couvertures très colorées et contrastées avec d’illustres inconnues comme Marie-Louise Gagneur ou encore Renée Dunan, des femmes de caractère aux écrits plutôt engagés pour certaines.

J’ai particulièrement apprécié la nouvelle Trois soeurs Rivales de Marie-Louise Gagneur dont l’intrigue m’a fait penser à celles de Jane Austen.

Une collection engagée et féministe à découvrir et surtout à faire sortir des placards !

Un challenge littéraire automnal

Je ne peux pas passer à côté du Pumpkin Autumn Challenge 2020, mais ce sera l’objet de mon article de dimanche, accompagné de ma Pile à lire. En revanche, connais-tu le Challenge Cocooning automnal ? Il s’agit d’un autre défi sur le thème de l’automne organisé par la bloggueuse Au boudoir de Candyshy qui a lieu du 22 septembre au 22 décembre sur la Romance. N’étant pas adepte de la période d’Halloween, elle a lancé ce challenge depuis trois ans pour retrouver de la douceur à cette saison où les températures se refroidissent doucement. 

Le challenge cocooning automnal comprend des paliers de lecture et 6 menus aux noms évocateurs tels que cocooner sous le plaid, bougies allumées ou Au coin du feu. Ce n’est pas un challenge prise de tête pour la validation des menus avec des thèmes assez larges pour ne pas être bloqué dans une catégorie quant au choix du livre.

Pour les détails, je te renvoie vers son article en lien avec le challenge ou sa vidéo explicative. 😉

Le concours de la semaine

la fabrique des mignonneries

Aux accents d’Halloween, la créatrice de La Fabrique des Mignonneries propose un concours pour gagner un aimant citrouille en céramique.

Il s’agit d’une artiste spécialisée dans la céramique qui adore créer des petits personnages des bois à l’ambiance délicieusement automnale.

Le concours a lieu sur sa page instagram et se termine le 11 septembre. Il suffit de s’abonner à sa page, de partager en story son concours et de citer en commentaire deux amies et ce que tu aimerais voir dans sa boutique. 

Je t’invite également à visiter sa boutique Etsy pour te donner un aperçu de ses créations mignonnes et farfelues. Pour ma part, je suis très fan des figurines citrouilles et des petits chaudrons en céramique noire. 😉

L’artiste de la semaine

Si tu aimes la papeterie, l’automne et l’univers de Tolkien, tu vas adorer Le Prince au Petit Pois ! J’ai découvert cette créatrice de papeterie originale aux tendances écolo, via le compte instagram de la créatrice The Bat in the Hat dont je t’ai déjà parlé dans ma veille #14 (elle crée de la décoration de sorcière et d’halloween).

Emma est une illustratrice bretonne qui adore dessiner. Elle propose un univers chatoyant aux tonalités réconfortantes autour de l’automne, d’animaux de la forêt et de hobbits. Parfois, il lui arrive même de s’égarer dans l’univers d’Harry Potter !

Elle propose des cartes, marque-pages, bloc-notes, stickers et pins dans sa boutique Etsy, avec des créations originales comme les maisons-champignons, les ratons-laveur en pull-over ou des collections d’objets saisonnières. Chaque envoi est emballé avec du papier recyclé et enrubanné d’une jolie ficelle de rafia. Il est accompagné d’un petit mot et parfois d’une petite surprise.

C’est une créatrice qui apporte beaucoup de réconfort avec son art et je trouve cela très rare de nos jours.

Voilà, ma veille littéraire de la semaine est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Citrouille et balai magique,

A.Chatterton

 

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Miss Charity, Marie-Aude Murail, édition Ecole des Loisirs

Dernièrement, le roman Miss Charity de Marie-Aude Murail a été adapté en BD aux éditions Rue de Sèvres par les talentueux Loïc Clément et Anne Montel. Après lecture du premier tome de cette merveilleuse version, j’ai eu envie de découvrir le roman à l’origine de la BD. Voici mon retour sur ce pavé de 500 pages aux allures de biographie de Beatrix Potter…

Résumé : Charity est comme tous les enfants : débordante de curiosité. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

Mon avis :

De l’éducation des petites filles à l’époque victorienne

Marie-Aude Murail nous emmène à la fin du XIXème siècle en Angleterre, dans une société où les riches prennent soin de leur patrimoine et surtout ne travaillent pas.

Dans ce contexte, nous faisons la connaissance de Charity Tilder, fille de bourgeois anglais, pas très jolie, plutôt curieuse et surtout aux passions tournées vers la nature qui la font passer pour une excentrique.

Or dans une société où les filles sont destinées à réaliser un bon mariage, étudier les animaux et la flore ne font pas partie des qualités nécessaires. Mais Charity chante mal, joue encore plus mal du piano et danse comme une patate. Autant dire que c’est mal parti pour elle.

Ajoutez à cela une mère envahissante, légèrement hypocondriaque et jalouse de ses amis et vous aurez une esquisse d’une enfance solitaire jusqu’à sa vie adulte, entourée seulement d’une petite ménagerie d’animaux mal en point et de domestiques.

Sa rencontre avec une préceptrice française qui va lui faire étudier l’aquarelle va changer son rapport au monde et lui ouvrir des portes qu’elle n’aurait jamais imaginées, bravant ainsi sa classe sociale et son statut de femme potiche imposé.

Charity va dévoiler une personnalité originale pour son époque, quoique à tendance neurasthénique et trop bien consciente de ses défauts. Elle incarne une forme de féminisme dans une société non-progressiste vis à vis du droit des femmes à travailler ou à disposer de leur argent sans tutelle masculine.

Au fil des pages, derrière les interrogations de son personnage, Marie-Aude Murail se permet une critique la société telle quelle était à cette époque avec le mépris des classes aisées pour tout ce qui se situe en dehors de la bienséance, le refus d’évoluer vers une classe de travailleurs jugée méprisable, l’obligation pour les jeunes filles de se marier par souci de préservation du patrimoine (et avant une date de péremption ! ), une vie difficile pour les domestiques dans ces familles et un souci de représentation permanent.

Ce roman n’est pas seulement le récit d’une jeune fille, c’est aussi l’histoire de l’évolution progressive de cette aristocratie figée dans le temps obligée d’évoluer pour survivre. Il se rapproche en cela de la série Downtown Abbey, située un peu plus tard dans le siècle.

Une ode à la nature et à Beatrix Potter

Il apparaît comme indéniable que l’auteure s’est inspirée de la vie de l’auteure pour la jeunesse Beatrix Potter pour écrire ce libre. Les similitudes sont trop importantes : Beatrix a vécu longtemps seule et célibataire dans la nursery familiale à Londres, réalisait de fréquents séjours dans la campagne anglaise, a réalisé les mêmes études sur les animaux et les champignons que Charity et connaît un destin similaire à notre héroïne.

D’autres auteures anglaises peuvent avoir influencé Marie-Aude Murail et se ressentent dans le roman : Jane Austen pour ses descriptions amusantes et critiques de la société, les soeurs Brontë pour la mise en avant de la nature. On sent également une touche de Comtesse de Ségur dans la description de la vie familiale et les visites aux cousins pendant les fêtes.

Mais ce n’est pas la seule source d’inspiration du roman : la nature y est extrêmement présente.

A la fois du point de vue scientifique à travers les expériences de Charity sur les escargots, l’élevage des souris et des lapins, son étude sur les champignons, exacerbés par sa passion pour l’aquarelle.

Mais aussi du point de vue bucolique, avec les descriptions de longues balades dans la campagne anglaise, et des propriétés de Bertram Manor et de Dingley Bell où se rend chaque été la famille de Charity. Là, son père passe son temps à la pêche à la mouche avec ses amis, tandis que Charity récupère de nouveaux spécimens ou se promène en calèche avec son âne. Des incursions en Ecosse auront lieu également avec des personnages hauts en couleur et des paysages tout aussi beaux (quoique pluvieux). On se rendra aussi au musée d’Histoire Naturelle de Londres, peu convenable pour une jeune fille de bonne famille.

Un joli moment de lecture si vous aimez la campagne anglaise autant que moi !

Quelques mots sur l’adaptation en BD

Pour adapter ce pavé de 500 pages, les éditions Rue de Sèvres ont pris le parti de découper en plusieurs tomes les aventures de Miss Charity en commençant par un premier volume intitulé L’enfance de l’art.

Ce que nous avons imaginé dans le roman, le dessin permet de le visualiser et joliment en plus ! On découvre une coup de crayon audacieux, des couleurs dignes d’une aquarelle et surtout une faune et une flore très détaillées dans un style purement anglais.

Sans réaliser de grosses ellipses du roman, la bande-dessinée retranscrit parfaitement les scènes de la vie quotidienne de Charity, entre ses parents aux préoccupations différentes, sa nurse écossaise complètement folle, ses expériences scientifiques, ses rencontres avec des cousins éloignés, ses virées à la campagne…tout en gardant l’humour et les aspects critiques présents dans le roman.

Certains événements restent à deviner à travers les dessins, comme la raison pour laquelle le personnage de Kenneth est souvent montré avec une tête de renard. C’est une des raisons qui m’ont poussée à lire le livre, mais surtout le fait d’avoir une seule partie de l’histoire. Ce premier tome s’achève en effet aux 15 ans de Charity alors que le roman raconte aussi sa vie d’adulte. Espérons que l’adaptation de la suite dans le deuxième volume soit de qualité identique !

La seule chose que je regrette entre la bd et le roman, reste la pauvreté de la couverture du roman (qui date quand même de 2008). Quand on compare avec celle de la BD, on se demande si les éditions de l’Ecole des loisirs vont enfin se décider à proposer une couverture de roman à la hauteur ! D’autant que la version italienne est beaucoup plus jolie. A méditer…

En conclusion : Miss Charity est un petit bijou de littérature jeunesse qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants. Si vous aimez la nature, la société victorienne ou les aventures d’une petite fille fantasque qui s’invente un monde, ce roman est fait pour vous.

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Le chrysanthème noir, Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans nom

Après un gros coup de coeur pour La 25e heure de Feldrik Rivat, je n’ai pas pu résister à lire la suite des aventures de Bertillon et Lacassagne et en découvrir un peu plus sur la fameuse société secrète du Chrysanthème noir. Science, morts et enquête nébuleuse au rendez-vous pour un second tome qui ne m’a pas déçue…

Résumé : Paris, ville lumière, goûte en cette fin de XIXe siècle à la modernité. Réseaux à air comprimé, lignes téléphoniques, service de poste pneumatique : la capitale envisage d’aller plus loin encore et d’électrifier ses éclairages publics, de construire sa première ligne de métro, et… de révolutionner votre manière de concevoir la vie et la mort. Enfin, le projet ne faisait pas partie des cartons du président Sadi Carnot. Mais l’éclosion d’une drôle de fleur, au sortir de cet hiver de 1889, pourrait bien venir bouleverser la vie des Parisiens… Le Chrysanthème Noir. Après avoir fleuri dans les cimetières de la ville, il frappe de son logotype le nom d’une société qui offre aux gens de biens et créateurs de ce monde un bien curieux marché…

Mon avis :

L’enquête continue sans nos deux héros

Dès le début du roman, le ton est donné : Louis Bertillon et Eudes Lacassagne sont hors jeu, puis relégués au second plan de l’enquête autour du Chrysanthème Noir. Le jeune bleu est interné à la Salpêtrière, tandis que son équipier à la canne est laissé pour mort suite à une chute depuis un dirigeable. D’une manière générale, la police de Paris est dépassée par l’affaire, en l’absence de leur duo d’enquêteur et l’auteur nous en fait sentir les limites. Pas de panique ! L’agent La Rousseur et le chef de la sûreté de Paris, Marie-François Goron sont sur le coup, dans deux enquêtes parallèles. Mais, ce n’est pas sans réserver quelques surprises !

En effet, dans si l’espionne aux tâches de rousseur a toujours une longueur d’avance sur le policier, elle est très bien entourée et poursuit des ambitions toutes personnelles. Quant à Goron, il va de surprise en surprise dans cette enquête.  Au fil de l’histoire, on se rendra vite compte qu’il représente la figure du lecteur dans le roman : complètement déconcerté par les révélations qui arrivent au fur et à mesure.

Tout au long du récit, nous croiserons à nouveau des figures historiques ou littéraires dans des domaines très variés : politique, scientifique, artistiques, journalistiques… preuve que l’auteur s’amuse avec l’Histoire. Le clin d’oeil à Sherlock Holmes sur les techniques scientifiques est particulièrement bien trouvé et les étapes de construction de la Tour Eiffel assez intéressantes. J’ai particulièrement apprécié la critique des méthodes de soins en milieu psychiatrique avec le Professeur Charcot. Si vous êtes tenté de réaliser des recherches sur chaque personnage historique cité, je pense que la lecture peut s’avérer encore plus riche.

De nombreux rebondissements viendront s’ajouter à l’intrigue comme des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l’on soupçonne, mais surtout de nombreux dénouements face aux mystères non-élucidés du premier tome. On connaîtra ainsi le rôle de l’Ophiucus dans l’enquête, les secrets d’Edison, le vrai rôle de l’agent américain Pinkerton dans l’affaire et surtout pourquoi les corps sont retrouvés avec des doigts coupés.

Les personnages principaux vont évoluer : si Bertillon s’endurcit, le Khan apprivoise ses phobies et renoue plus ou moins avec son père et son frère. Il aurait presque de l’affection pour Clémence et les femmes en général !

Enfin, côté style, le roman se lit toujours aussi bien et est dominé par un suspense haletant. La langue est riche et ciselée. Feldrik Rivat clôt très bien son histoire avec une fin soignée, même si beaucoup d’intrigues s’entremêlent.

La place aux femmes : La Rousseur vs Mileva Varasd

La duchesse de l’Abey, La Rousseur, Milena … ce deuxième tome fait la part belle aux femmes qui essaient de s’émanciper des hommes.

La duchesse maintient d’ailleurs un projet pour faire accéder la gent féminine aux études ou à des métiers réservés aux hommes comme la médecine ou l’astronomie avec une critique cinglante des scientifiques américains reléguant leurs pairs féminines au café.

L’agent La Rousseur tire son épingle du jeu jusqu’au bout du récit. C’est une jeune femme manipulatrice, au service de son commanditaire mais aussi de ses intérêts. Elle saura apprivoiser le Khan, déjouer les complots, jouer sur plusieurs tableaux… et garde malgré tout avec un attachement sincère pour son fiancé qu’elle dissimule bien.

Mileva quant à elle, se sert du sexe pour marquer les hommes qu’elle hypnotise. C’est une immigrée des pays de l’Est qui a tenté de réussir et de s’imposer dans un domaine scientifique, tout en étant au service du Chrysanthème Noir. Malgré sa soif de pouvoir et ses méthodes douteuses, on sent un réel besoin de reconnaissance de sa part vis à vis de son travail, par ses collègues masculins qu’elle ne réussit pas à obtenir.

A travers ces trois personnages féminins, l’auteur dénonce la condition de la femme à la Belle-Epoque, reléguée au rang d’épouse potiche ou d’être faible. Il propose des moyens qui auraient pu être à leur disposition pour s’en sortir. Il montre également qu’une femme peut être l’égale d’un homme en tant qu’adversaire  et c’est plutôt innovant.

Une uchronie proche du roman scientifique

Ce deuxième tome est encore plus riche en vulgarisation scientifique que le précédent et m’a fait penser aux romans scientifiques de Jules Verne, auquel l’auteur aurait ajouté une pointe de mysticisme avec la mythologie égyptienne et beaucoup d’espionnage.

Si la vulgarisation est nécessaire pour comprendre l’histoire (dont le sujet est la résurrection des morts de manière scientifique), cela m’a par moments ennuyée. Feldrik Rivat est très précis pour évoquer les méthodes d’embaumement, le miracle de l’électricité, ou la Thanatogamie (procédé de résurrection). Cela occasionne parfois des longueurs avec des descriptions assez techniques. C’est le seul petit bémol que j’évoquerai pour ce livre.

En dehors de ce point, l’uchronie développée sur ce sujet est extrêmement intéressante et bien détaillée : il s’agit de passer un contrat avec un mort pour le faire renaître temporairement dans le corps d’un vivant. Cela interroge sur le modèle de société qui se construirait autour de cette innovation. En effet, comment gérer les héritages familiaux si le mort n’est plus vraiment mort ? A l’inverse, les plus grands artistes et érudits pourraient continuer à créer et à collaborer avec ceux de notre époque ce qui ferait prospérer l’humanité. Et la limitation des naissances au profit des renaissances apporterait un aspect écologique avec l’idée de la préservation des ressources.

Cependant, dans ce récit, le procédé est réservé aux riches, la plèbe ne servant qu’à engendrer.  En cela, on retombe sur la vision de la société dans les romans de Science-Fiction avec l’Elite intellectuelle et le Bas-Peuple qui n’ont pas les mêmes possibilités, comme un reflet déformant de notre réalité. Cela m’a rappelé la trilogie Altered Carbon (ou Carbone modifié) de Richard Morgan, qui accorde une forme d’immortalité à une seule partie de la population bien nantie.

En conclusion : Ce second tome est toujours aussi riche tant la construction de son intrigue que dans son vocabulaire. Feldrik Rivat fait le pari de créer un univers original en jouant avec les codes de la Belle-Epoque tout en y apportant une vraie réflexion scientifique sur l’avenir de l’Humanité. Et c’est une pure réussite.

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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Relu pendant le Bingo du Plib, Royaume de vent et de Colères m’a transportée à nouveau dans cette uchronie autour de Marseille et des guerres de religion, en 1596. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : A Marseille, en 1596, un complot se prépare en vue d’assassiner les leaders politiques du parti catholique, en rébellion contre le parti protestant du Roi de France, Henri de Navarre. L’action  se déroule principalement dans une auberge, celle d’Axelle, ancienne mercenaire où évoluent les acteurs, opposants et adjuvants de ce complot : le chevalier Gabriel, qui a renié sa foi protestante pour rester en vie et se bat aux côtés des catholiques, Victoire, chef de la guilde des assassins effectuant sa dernière mission, Armand, moine de l’Artbon qui a fuit son monastère pour déserter la guerre et sauver son amant. Pendant ce temps, dans les geôles du chef de la ville, Silas est soumis à la torture pour savoir ce qu’il faisait cette nuit, avec d’autres hommes et un baril de poudre au pied des remparts, alors que le Roi de France est aux portes de la ville…Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est ce qui les a poussés à devenir ce qu’ils sont? Comment tout cela va-t-il se terminer?

Mon avis :

Un titre évocateur

Un Royaume de vent et de colères, c’est avant tout un roman qui évoque le Mistral de Marseille et la colère de ses habitants. Ou plutôt ses colères car les raisons de chacun peuvent être différentes.

A travers une galerie de personnages bien dessinés, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse le portrait d’une ville et d’une époque marquée par les luttes de pouvoir et la religion. Ainsi, Axelle ancienne mercenaire convertie en aubergiste brûle d’une soif de combats étouffée une vie domestique par amour pour son mari. Le chevalier Gabriel, éprouve une rage honteuse envers lui-même suite à sa conversion forcée à une religion qui lui a volé sa famille. Armand hait le Roi qui l’utilise au nom d’une tradition religieuse à des fins militaires, au détriment de sa santé et de celle de ses disciples. Et de manière plus générale, les taxes sans fin des plus pauvres enrichissent les plus riches sans apporter de contrepartie font de Marseille une ville sur le point d’exploser en début de roman.

Dans une intrigue haletante, proche d’une mise en scène théâtrale ou d’une partie d’échec, l’auteur déroule son histoire en alternant les temporalités. Passé, Présent, Futur… il joue avec le temps afin d’expliquer le parcours de chaque personnage et ce qui guide leurs actions. L’écriture est incisive, proche de la nouvelle avec un chapitrage découpé selon la voix d’un personnage. Progressivement, la tension monte, jusqu’à son apogée en troisième partie de roman où l’orage politique éclate et balaye tout sur son passage.

On sent que Jean-Laurent Del Socorro a réalisé de nombreuses recherches historiques sur cet événement de l’Histoire de France. Il a su également le vulgariser et y apporter sa touche personnelle. Le complot et ses ramifications politiques sont assez faciles à comprendre pour un lecteur peu averti. La présence de l’Artbon, à la fois destructeur et addictif amène une interrogation nouvelle sur l’utilisation de la magie à des fins politiques.

Des personnages forts

A travers ce siège, Jean-Laurent Del Socorro nous dévoile des personnages aux préoccupations personnelles proches des nôtres : sacrifier sa carrière à sa famille pour Axelle, faire face à la vieillesse  pour Gabriel, accomplir un dernier exploit pour Victoire, faire preuve d’ambition pour Silas.

Les personnages ont également tous des regrets, esquissés au fil de leurs récits personnels : vivre son amour au grand jour pour les deux moines, être bien née ou rencontrer l’amour pour la cheffe des assassins, venger sa famille assassinée pour le chevalier, avoir eu une mère aimante pour Axelle. Seul Silas apparaît comme un être mystérieux dont on sait peu de choses excepté qu’il adore les pommes et qu’il est prêt à tout pour devenir chef des assassins. Il apporte une touche de légèreté dans le récit, malgré la torture dont il est l’objet, avec des scènes  à glacer le sang.

L’auteur instille comme toujours un côté égalitaire en montrant des personnages féminins forts et ambitieux, ainsi que des personnages masculins sensibles, à l’opposé de ce qui a pu exister jusque là en Fantasy. Il évoque aussi le racisme avec Silas et le gâchis  humain des guerres avec Axelle et sa troupe de mercenaires.

Quelques mots sur la nouvelle présente en fin de roman : Gabin sans « aime »

Après le roman en lui-même, une nouvelle mettant en scène Gabin, le jeune commis d’Axelle, apporte un éclairage sur le passé du garçon et quelques éléments pour mieux comprendre le mystérieux Silas.

Gabin a été élevé par un père violent, suite au décès de sa mère. Il vit avec la peur de la colère de son père, comme de la sienne. Cette colère ressort quand il joue avec ses camarades, à travers des rixes violentes alors qu’il est d’un tempérament doux. Il voit la colère comme une forme malfaisante qui prend possession de lui ou de son père lorsqu’il a bu.

Axelle voit en lui l’enfant qu’elle a été et lui fait une place dans son auberge, dévoilant un  coeur tendre derrière sa carapace de soldat. Silas le croise pendant une planque pour la guilde et s’émeut également de sa situation. Il y répondra à sa manière…

Le récit est narré par Gabin avec ses mots d’enfant, ce qui apporte une dose de légèreté à ce sujet sérieux. Comme il s’embrouille parfois et confonds des termes proches phonétiquement cela occasionne des passages hilarants. La confusion entre mort et maure est tout simplement géniale.

Avec cette nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro décrit la situation des enfants battus et  la manière dont ils gèrent leurs émotions et leur passé afin de tenter de vivre une vie normale. Gabin pense qu’il n’est pas digne d’être aimé à cause de sa colère qu’il ne maîtrise pas. Axelle et Silas lui apprendront deux manières de s’en sortir. A lui de choisir la sienne.

En conclusion : Ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est d’une justesse littéraire et d’une intelligence rare pour le tout jeune auteur qu’il était en 2015. Son style synthétique et percutant, aux thématiques actuelles nous interrogent sur le sens de l’existence tout en nous divertissant. Avec la publication de Bouddicca, on sent un prélude à ce qui éclatera dans Je suis Fille de Rage, à la manière du Mistral sur la ville de Marseille. Un Royaume de Vent et de Colères est roman historique avec une pointe de magie qui vous emmènera au coeur d’un complot dont vous ne sortirez pas indemne.

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Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉