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Le châtiment des hommes-tonnerres, L’Agence Pinkerton T1, Michel Honaker, Flammarion

Lu dans le cadre du Mois Américain, ce premier opus de l’Agence Pinkerton m’a emmenée dans le Grand Ouest, avec de fraîches recrues Pinkerton plus douées que prévues face à un mystérieux voleur agissant sur une voie de chemin de fer. Frissons et whisky frelaté garantis !

Résumé : « L’Agence Pinkerton embauche des détectives. URGENT. Entretien ce jour à midi au restaurant Chez Rouillard, à Salt Lake City. »
Neil Galore est recruté par la première agence fédérale américaine et est chargé de mettre sous les verrous un voleur qui opère sur le Transcontinental. Une affaire, plus mystérieuse qu’il n’y paraît, qui va chambouler son existence et le conduire à tout sacrifier pour devenir un véritable Pinkerton.

Mon avis : 

Un quatuor de bleus

L’auteur nous présente un personnage principal qui sort de l’ordinaire ainsi que des compagnons de route improbables pour résoudre cette enquête.

Engagés plus par la nécessité que par réelle envie de combattre le crime, le joueur de poker Neil Galore, le vacher Angus Dulles, la danseuse de saloon Elly Aymes et l’indien Armando Demayo se retrouvent à faire équipe pour arrêter un voleur qui sévit sur un train et a déjà tué 3 Pinkerton.

Après s’être bien détestés, les voilà partis sur le Transcontinental pour résoudre l’affaire. Et on ne peut pas dire qu’ils sont très doués.

Neil, notre héros, mise plutôt sur sa jolie gueule et son habileté au poker au début de cette histoire pour se sortir des pires situations. Son engagement de Détective, motivé par la volonté de rembourser ses dettes, va lui permettre de trouver sa vocation même s’il a du mal à respecter le code d’honneur des Pinkerton vis à vis du jeu. Il dispose d’un talent caché, hérité de sa Nouvelle Orléans natale, qui lui permettra de mieux connaître ses équipiers. Il reste le plus futé de la bande et va en devenir le leader malgré lui. Sa rencontre avec le personnage de Weyland va lui ouvrir les yeux sur l’Agence et sur leur mission réelle.

Elly ne prend pas son boulot de détective très au sérieux. C’est une ancienne danseuse qui n’a pas rencontré le succès. Elle rêve de devenir la vedette d’un vrai spectacle sans pour autant jouer les filles de joie. On connaît peu son passé mais on sent qu’il n’a pas dû être facile. Dotée d’un sale caractère, elle mise sur ses charmes et son habileté au tir pour résoudre l’enquête et va s’avérer plus futée que prévue. Elle envisage son engagement pour l’Agence comme un tremplin pour réaliser son rêve.

Armando est un indien rescapé d’un massacre, qui a grandi dans un orphelinat blanc. Il refuse qu’on le voit comme un indien car il n’a aucun souvenir de ses origines. Il est souvent victime de racisme à cause de sa couleur de peau et doit se battre pour trouver sa place. Il se conduira comme un jeune coq jaloux pendant toute l’enquête, essayant en vain de s’attirer les faveurs d’Elly plutôt que de participer à l’enquête. Son engagement de Pink’s est un vrai choix qui lui permet de s’éviter un destin dicté par les blancs et sa couleur de peau.

Quant à Angus, malgré son air béat qui contraste avec sa carrure d’ours, il cache plus d’un tour dans sa manche. Il va passer outre dès le départ les règles édictées par l’Agence, s’attirant les foudres de Neil. Il montrera un côté malsain malgré son apparente simplicité dans la suite de leur aventure.

Aucun n’a la rigueur ni les méthodes d’investigations légendaires des Pinkerton et pourtant leur réunion improbable fera merveille et les emmènera malgré eux ,beaucoup plus loin que cette enquête. Et quelle enquête !

Une enquête aux ressorts fantastiques

S’appuyant sur l’Histoire de la construction des chemins de fer de l’Ouest, Michel Honaker nous invite à nous interroger sur ce qui fait la grandeur des Etats-Unis. Souvent représentée comme Terre de progrès, on oublie vite qu’elle s’est construite dans la sueur et le sang.

En effet, au cours de leur enquête, la fine équipe va rencontrer des indiens chassés de leurs terres par le fameux chemin de fer, des chinois venus travailler pour la compagnie ferroviaire dans des conditions épouvantables afin de terminer la pose des rails ralliant l’Est à l’Ouest et des responsables peu scrupuleux, faisant passer le profit par-dessus l’humain.

Aucun détail ne nous est épargné, malgré le classement de ce roman en jeunesse, sans doute par volonté d’ouvrir les yeux sur une réalité méconnue.

L’histoire va prendre une tournure inattendue quand Neil va rencontrer les membres de la Brigade Pâle, sorte d’agence opposée aux Pinkerton, mais sous la forme de cowboys infatigables …car déjà morts !

Face à ces morts-vivants, la fine équipe pourra compter sur le secours du vieux Weyland,  trappeur rencontré en chemin qui leur indiquera les forces et faiblesses de leurs ennemis. Et ce ne sera pas de trop ! Car de zombies, on passera aux fantômes ou encore à des projections de soi plus ou moins sympas, revenues hanter certains endroits.

L’auteur sait doser les éléments effrayants et le fantastiques pour pimenter l’intrigue mais nous n’irons pas jusqu’à nous cacher sous la couette pour éviter de faire des cauchemars.

Les derniers rebondissements sur l’identité du voleur seront totalement inattendus et peut-être tirés par les cheveux, mais il introduiront une dose de mysticisme indienne pas déplaisante.

Derrière l’histoire, l’Histoire

Michel Honaker s’est documenté très sérieusement pour écrire sa série de romans sur l’Agence Pinkerton. Même s’il se permet certaines fantaisies avec l’introduction de pratiques occultes, l’essentiel de l’Histoire et du code de conduite de ces Détectives hors du commun sont parfaitement énoncées dès le début de l’intrigue.

J’ai effectué quelques recherches en anglais avant d’écrire cette chronique pour vérifier. Entre l’Histoire de l’Agence et de son fondateur Allan Pinkerton, ainsi que le code régissant leur organisation datant de 1867, presque tout y est.

Allan Pinkerton a été policier à Chicago avant de créer son agence de détectives. Il acquiert de la crédibilité lorsque l’Agence déjoue une tentative de complot visant  le Président Abraham Lincoln et que ses agents jouent les espions pour les Nordistes pendant la Guerre de Sécession. Des arrestations de criminels célèbres comme Jesse James ou les frères Dalton, ainsi que le rôle prépondérant des Détectives dans l’arrêt des grèves d’ouvriers à la fin du XIXème siècle ajouteront au prestige et au sérieux de l’Agence.

Concernant leur code de conduite imposé par l’Agence, et énoncés en début de roman, les détectives devaient être irréprochables : la boisson, le jeu, le langage grossier n’étaient pas tolérés. Ils devaient garder leurs factures de dépenses lors des missions pour se les faire rembourser et  s’ils rencontraient un autre agent dans la rue, ils devaient faire semblant de ne pas le connaître afin de rester discrets sur leur mission. Surtout, ils étaient dévoués corps et âme à leur boulot. La devise « We never sleep » prend alors tout son sens.

Si ce code était aussi rigoureux, c’est que le Far West ne comportait pas de police à l’époque. Il y avait bien des shérifs, mais ils œuvraient sur une ville. Les détectives étaient des agents du gouvernement et opéraient partout. Ils représentaient l’ordre et se voulaient un modèle pour les autres citoyens à une époque où il était justement difficile de faire régner cet ordre face à des criminels sans scrupules.

Dans cet opus, l’auteur introduit le personnage de Calder Weyland qui apporte un autre éclairage sur les Pink’s. Il critique le dévouement des agents envers leur patron au détriment de leur vie de famille ainsi que les méthodes douteuses qu’ils pouvaient utiliser pour parvenir à leurs fins. Weyland est un ancien Pinkerton, ce qui ajoute du crédit à ses propos. Et il n’a pas tout à fait tort.

Dans cette intrigue, on sent que les jeunes recrues sont manipulées dès le départ par l’Agence, sans grandes chances de réussite de mener à bien leur mission. Un peu comme des moutons menés à l’abattoir pour détourner l’attention.

Du point de vue historique, si les Pinkerton ont arrêté les grèves ouvrières, cela ne s’est pas déroulé sans heurts. Pour preuve, le lmassacre de HayMarket Square à Chicago en 1886 où des ouvriers perdent la vie après que les Pink’s aient infiltré les grèvistes pour déclencher un affrontement avec les forces de l’ordre. L’Agence est alors au service du Patronat et plus vraiment du Gouvernement américain, mais les méthodes restent les mêmes.  On peut pas dire qu’ils faisaient dans la dentelle. 

Si l’Histoire de l’Agence de détectives la plus célèbre au monde vous intéresse, et que vous comprenez l’anglais, je vous invite à consulter leur site internet, rubrique History. Car oui, les Pinkerton existent toujours de nos jours, mais agissent désormais comme une société de sécurité privée. Ils ont été rachetés par le groupe suédois SECURITAS AB en 1999 !

En conclusion : Un premier opus d’une série prometteuse autour de l’Agence qui ne dort jamais avec un personnage principal un peu canaille, confronté à des forces surnaturelles qui le dépassent. Michel Honaker nous livre ici une parfaite uchronie sur les Pinkerton et un Far West gangréné par la criminalité. Hâte de lire la suite !

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Mers mortes, Aurélie Wellenstein, éditions Scrinéo

Roman moitié post-apocalyptique, moitié fantastique, Mers Mortes nous fait réfléchir sur des notions d’écologie et de survie humaine autour d’une belle utopie : faire revenir les océans. C’est aussi l’un des cinq finalistes du PLIB 2020. Petit tour d’horizon d’un roman à portée philosophique…

Résumé : Mers et océans ont disparu. L’eau s’est évaporée, tous les animaux marins sont morts. Des marées fantômes déferlent sur le monde et charrient des spectres avides de vengeance. Requins, dauphins, baleines…, arrachent l’âme des hommes et la dévorent. Seuls les exorcistes, protecteurs de l’humanité, peuvent les détruire. Oural est l’un d’eux. Il est vénéré par les habitants de son bastion qu’il protège depuis la catastrophe. Jusqu’au jour où Bengale, un capitaine pirate tourmenté, le capture à bord de son vaisseau fantôme. Commence alors un voyage forcé à travers les mers mortes… De marée en marée, Oural apprend malgré lui à connaître son geôlier et l’objectif de ce dangereux périple. Et si Bengale était finalement la clé de leur salut à tous ?

Mon avis :

Un univers entre Post-apocalyptique et Fantastique

Ce qui frappe au premier abord dans les premiers chapitres de Mers Mortes, c’est l’omniprésence de la chaleur, de la désertification terrestre. Tout est installé pour nous rappeler la catastrophe écologique qui a fait disparaître les océans. Au milieu de ce cimetière marin, quelques bastions d’humains résistent encore et tentent de survivre sous ces conditions climatiques dévastatrices, mais pour combien de temps ?

Passé le climat aride, une autre menace gronde : celle des fantômes des poissons disparus. Tous les jours, ils reviennent se venger des humains sous forme de marées imaginaires, afin d’aspirer leurs âmes. Pour se protéger, un seul remède : les exorcistes. Humains doués d’un talent pour tuer ces monstres marins, ils sont tantôt vénérés, tantôt traités en esclaves. Leur but premier est de protéger les autres vies, comme Oural, le héros de notre histoire, grâce à leur magie qui permet de détruire les fantômes des poissons morts.

Si vous pensiez être tranquille une fois à l’abri de la chaleur et aux fantômes, détrompez-vous ! Ce seront peut-être les hommes qui auront raison de vous, ou encore des zombies, ces hommes dont les poissons ont aspiré l’âme ! Post-Apo oblige, au fil du roman, nous serons confrontés à des profils et des modes de survie divers : société hiérarchisée où les exorcistes sont considérés comme le haut de la caste, équipage de pirates qui pille les ressources des autres, réfugiés parqués en un bidonville en première ligne pour protéger les aisés, … Ce qui compte, ce n’est pas le côté juste de ses actions, mais de rester vivant malgré tout, voire au détriment des autres.

Une ambiance angoissante vous accompagnera dans ce roman au rythme haletant et au style fluide. Aurélie Wellenstein joue la carte de l’originalité, en dehors du sujet abordé, en alliant deux genres différents : le post-apocalyptique et le fantastique, et c’est plutôt réussi.

Un roman d’apprentissage 

Le roman est tourné comme une quête d’apprentissage pour Oural, jeune exorciste puéril et orgueilleux, qui n’a jamais quitté son bastion où il vivait avec sa garde du corps/compagne et d’autres réfugiés. En rejoignant l’équipage de Bengale bien malgré lui, il va remettre en cause tout ce qu’on lui a appris sur son statut d’exorciste vénéré et découvrir d’autres exorcistes et surtout des modes de survie beaucoup moins recommandables. Il apprendra aussi à développer ses pouvoirs et se retrouvera confronté à des choix importants qui l’aideront à grandir.

Le lecteur est invité à découvrir cet univers avec lui et à prendre part à la quête de Bengale et de son équipage : retrouver des âmes puissantes pour les offrir en sacrifice au Léviathan, seul cachalot vivant restant réfugié dans le Grand Nord, aux allures de Chtulhu. En échange, le cétacé à promis de rendre les océans. Mais va-t-il tenir parole ? En attendant, le temps presse car sans eau, l’air se raréfie sur terre, et ce n’est qu’une question de temps avant que l’humanité soit condamnée. Le suspens va tout tenir en haleine jusqu’au bout du récit…

Pour moi, Bengale est le vrai héros de cette histoire. S’il est abordé dès le départ comme quelqu’un d’abject, parce qu’il tue des innocents pour aspirer leur âme, et capture des exorcistes afin de protéger son vaisseau, peu à peu, on découvre un personnage plus nuancé. C’est un homme torturé par ses démons intérieurs, vénéré comme un prophète par ses hommes, mais surtout terriblement seul à porter cette quête. Pour Oural, il sera un geôlier, un chef, un ami, un père, voire plus…

Leur duo complémentaire mène le récit et éclipse les autres protagonistes. Cela est un peu dommage, car les personnages secondaires, tous avec un passé de survivant différent, sont très intéressants.

J’ai personnellement été déçue par l’achèvement de cette quête, qui, sans vouloir en dévoiler plus, m’a semblé plus fantastique que post-apocalyptique. Ceci dit, sa conclusion est logique, malgré un retournement de situation de dernière minute, et elle est soignée.

Mon personnage préféré reste Trellia, la delphine fantôme d’Oural, qui l’aide à exorciser les autres animaux marins. Elle est la note d’espoir du récit, qui se veut sombre et très réaliste.

Une réflexion écologique

Au delà de cette fiction, Aurélie Wellenstein nous offre une réflexion plausible pour notre avenir en 2050. Elle aborde des sujets qui sont déjà présents de nos jours, dans les actualités concernant l’écologie marine : la surpêche, le réchauffement climatique, les rejets d’engrais et d’hydrocarbures, la fonte des glaciers, le destin des réfugiés climatiques… Et essaie d’imaginer une vie sans océans. Et ce n’est pas très joli !

Par ailleurs, on sent que l’auteure est engagée concernant la préservation des océans, notamment à travers ses descriptions très réalistes de morts d’animaux marins. Car Oural fait des cauchemars d’animaux qu’il a tué, mais en étant à leur place : suffocation d’un Phoque avec des sacs plastiques, engluement des oiseaux dans une nappe de pétrole, harponnage de dauphins pour le plaisir ou leurs nageoires, pêche des requins pour leurs nageoires.  Les images et sensations décrites de la souffrance de ces animaux ne laissent pas le lecteur indifférent. Ils sont présents de manière sous-jacente pour sensibiliser à la cause écologique… et je dois dire que c’est assez efficace.

La conclusion que l’on peut tirer de ce roman est que même dans un univers ou les hommes n’ont plus rien, il ne leur reste que deux possibilités : survivre en gardant une note d’espoir ou devenir le prédateur des autres. Oural nous proposera une troisième alternative…

En conclusion : Un récit noir et palpitant sur la survie sans les océans, mené par un  exorciste adolescent et un capitaine aux allures de Barbarossa. Une belle leçon sur la nécessite de protéger l’écologie marine, sur fonds de roman post-apocalyptique.

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Cuits à point, Elodie Serrano, éditions ActuSF

Fausse voyante ? Château soi-disant hanté ? Appelez les Démystificateurs Gauthier et Anna ! Par contre, s’il s’agit de réchauffement climatique, ils risquent d’être bien en peine… Je vous présente aujourd’hui une aventure londonienne pleine de suspense et de flegme britannique. Suivez le guide !

Résumé : Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Mon avis :

Des personnages principaux hauts en couleur

Le roman a pour héros Gauthier Guillet, insupportable je-sais-tout mais redoutable détective, et surtout grand Carthésien, pour qui la magie n’existe pas. Il est accompagné de son associée Anna Cargali, jeune veuve italienne, au caractère bien trempé et à l’intelligence supérieure à celle de son coéquipier.

Au cours de leur enquête, ils seront rejoint par un autre duo à Londres :  Anton et sa nièce Maggie. Tous deux sont des démystificateurs aussi, mais à l’inverse de Gauthier et Anna, Anton n’écarte pas l’hypothèse de l’existence de la magie.

Cette différence d’opinion va ponctuer tout le roman de combats acharnés entre les deux coqs, tempéré par Anna, et va les mener parfois à de mauvais choix pour prouver à l’un ou l’autre qu’ils ont raison. Je dois avouer que certains passages de leurs disputes, à l’image d’Anna, m’ont quelque peu agacée.

L’auteure s’amuse des clichées culturels en présentant Anton comme un pur britannique avec un flegme et une capacité à arrondir les angles dans les conflits. Anna est vue comme une jeune femme caractérielle qui n’hésite pas à mettre elle-même ce trait de sa personnalité sur le compte de ses origines italiennes. Quant à Gauthier, son côté pédant est bien représentatif du français lambda, fier de ses origines.

Une enquête bien menée

Durant leur investigation, les détectives du paranormal seront amenés à rencontrer une sorcière londonienne, au grand dam de Gauthier qui ne croit pas en la magie. Puis, de fil en aiguille, les deux équipes réussiront à travailler de concert pour se concentrer sur les travaux du métro et enfin toucher au but. Je ne vous spoile pas la suite, sinon cela n’aurait pas d’intérêt.

Si le suspense est à son comble jusqu’à la moitié du roman, et m’a bien tenue en haleine, sur la deuxième partie, je me suis demandée comment l’histoire allait se terminer une fois le mystère résolu. Et bien… je n’ai pas été déçue ! Même si arrivée à 30 pages de la fin, j’ai été prise de sueurs froides en me demandant comment Elodie Serrano allait conclure en si peu de pages, j’ai trouvé la fin soignée.

Je me suis même demandée si ce roman était le premier d’une longue série d’aventures pour les démystificateurs… car j’avais envie d’en lire davantage !

Une critique de la société victorienne

Au-delà de cette enquête, j’ai vu en filigrane une critique de la société victorienne à travers le regard d’Anna, la narratrice principale de cette histoire.

A plusieurs reprises, elle fait mention du sexisme ambiant de son siècle vis à vis de son statut de femme,  ou du fait qu’elle travaille avec un homme qui n’est pas son mari. Elle va même jusqu’à critiquer sa tenue de dame, peu pratique pour l’exploration. La bonne tenue, autant vestimentaire que de caractère est de mise chez les anglais et lui vaudra bien des déconvenues tout au long de l’enquête, autant par ses employeurs (les Lords de la Chambre), que des autres hommes.

La seule a bien gérer sa part de féminisme est Maggie, qui malgré sa timidité et sa jeunesse, sait se faire entendre quand cela est nécessaire, et se moque des convenances.

A travers cette aventure, on découvre un pays désireux de montrer sa supériorité, soucieux des apparences et respectant assez peu sa souveraine, jugée trop inexpérimentée et surtout… femme !

En conclusion : Cuits à point est un bon divertissement qui a su me tenir en haleine grâce à son mystère à la résolution surprenante et son côté féministe pas déplaisant. A quand une nouvelle aventure des démystificateurs ?

PS : je remercie les Éditions ActuSf pour l’envoi de ce service presse. Même si par principe je n’en demande pas, il se trouve que je comptais lire ce livre. Je préfère rester transparente avec vous, lecteurs sur le sujet. 😉

 

 

 

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Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.

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Le passageur, Andoryss, éditions Lynks

Achat imprévu lors des Imaginales 2019, j’ai été attirée par la couverture du Passageur similaire à celle de Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs. Puis, après avoir entendu son auteure en conférence parler du rôle de ses recherches historiques sur Paris dans son écriture, j’ai été tout à fait convaincue. Si vous êtes adepte de fantômes, de dons inexpliqués et de voyages temporels, venez prendre place auprès du passageur ! Mais attention, ce sera à vos risques et périls, car son don est dangereux !

Résumé : Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

Mon avis : 

Une ode à la discrimination pas larmoyante

En voilà un personnage principal malmené ! Mattéo est un adolescent membre d’une famille Rom sédentarisée en banlieue parisienne. Il ne trouve sa place nulle part :  ni à l’école car il est brimé par ses camarades, ni dans la communauté gitane du fait de sa sédentarisation, ni dans sa propre famille où ses rapports avec son père se sont détériorés suite au décès de sa mère et de sa sœur.

Élevé par son grand frère Diego, il lui arrive de passer la nuit dehors quand son père est à la maison et de se faire raquetter au petit matin par des camarades racistes.

La maladie respiratoire dont il a réchappé (au contraire de sa mère et sa soeur), lui a laissé des séquelles physiques qui l’empêchent de courir correctement sans faire l’objet de crises d’asthme violentes.

L’arrivée de son don, hérité de sa mère, va lui compliquer encore plus la vie : seules les femmes sont des passageuses dans la communauté gitane, et la vieille Inma ne veut pas l’aider à maîtriser son don. Un don qui peut lui apporter la folie sur le long terme…

A travers ce personnage, Andoryss nous met face à un drame social concernant la société d’aujourd’hui, réticente à intégrer les gens du voyage ou peu regardante sur l’avenir des jeunes de banlieue. Matéo le dit lui même : il a peur du futur et se demande à quel moment la limite sera franchie entre sa vie et celle des sdf qu’il croise lors de ses nuits dehors.

Mais c’est aussi une réflexion concernant un héritage que l’on n’a pas souhaité et qu’il faut apprivoiser. Ce don d’accompagner les morts n’ayant pu trouver le repos est une contrainte qui aurait dû être légué à sa petite soeur. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas et les voyages dans le temps demanderont courage, détermination et recherches historiques de la part du jeune garçon, afin de mener à bien sa tâche.

En cela, le livre se rapproche d’un roman d’apprentissage, d’autant que Matéo est dans sa période d’adolescence, âge ingrat rempli de questionnements et de changement du corps. Voir les morts et les aider va l’amener à se découvrir des qualités qu’il ne soupçonnait pas, faire le deuil de sa mère et sa soeur, et lui redonner confiance en l’avenir.

Je trouve que sans être larmoyante, l’intrigue aborde de manière juste ces faits de société et met en valeur le courage de Matéo qui se bat malgré ses doutes et le drame familial dans lequel il évolue.

Une plongée dans l’Histoire (et la géographie) de la Commune

Dans ce premier tome, notre passageur découvre ses pouvoirs, comment les utiliser et nous emmène avec lui à Paris sous La Commune.

Du conflit, l’auteure ne nous épargne aucun détail : les morts sanglantes, le danger des combats, les odeurs des corps brûlés, l’espoir des révoltés, l’absurdité d’une lutte déjà perdue.

Matéo nous plonge au coeur de l’action, utilisant des déguisements pour mieux coller à l’époque, et nous faisant réaliser des allers-retours intéressants entre le passé et le présent dans la géographie parisienne.

On sent qu’Andoryss s’est beaucoup documentée sur les lieux des combats comme le cimetière du Père Lachaise, et pour celui qui connaît Paris, vous pouvez tout à fait réaliser une visite touristique  à travers la lecture de ce livre.

Petit détail supplémentaire qui rend le voyage réaliste : elle utilise du vocabulaire rom et explique certaines coutumes de ce peuple ostracisé, à travers les visites de Matéo à sa famille nomade et aux roms qu’il rencontre dans le passé. Le titre du roman, Le coq et l’enfant, fait référence au médaillon rom de Matéo, symbolisant un coq et censé le protéger de la Dévoreuse (ou Tushal odji).

Un roman fantastique très bien construit

Outre son côté roman d’apprentissage, l’histoire alterne le quotidien du passageur avec ses visions de fantômes, et ses retours dans le passé. De ce fait, nous apprenons avec lui à apprivoiser ce don… et cela est très compliqué et effrayant.

Le personnage de la Dévoreuse, présente à chaque pas, et pouvant à tout moment emporter Matéo provoque une sorte d’angoisse latente pendant la lecture. Elle m’a fait faire bien des cauchemars et je me suis demandée à plusieurs reprises si nous allions nous en sortir ! Un livre à ne pas lire la nuit, si vous croyez un peu aux fantômes !

De multiples rebondissements, jusqu’à la fin du roman ajoutent encore plus de suspense à cette intrigue déjà bien ficelée. J’ai hâte de lire le second tome pour voir comment Matéo réussit à vivre normalement avec son don. Car ce n’est pas un super héros, juste un garçon ordinaire et cela est d’autant plus intéressant car cela le rend plus proche de nous.

En conclusion : Un roman fantastique très réussi, mené par un héros discriminé, qui vous fera voir Paris et la communauté gitane autrement, tout en vous faisant faire de bons cauchemars !