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L’appel du dragon, Jean-Luc Bizien, éditions ActuSF

Un dragon endormi, trois héros prêts à tout pour conquérir le trône et une intrigue dans la tradition des « Livres dont vous êtes le héros » tel est le sujet du dernier roman jeunesse de Jean-Luc Bizien.

Résumé : 

Tome 1 : L’Empereur-Mage se fait vieux. Il faut sans tarder préparer la relève et trouver les héros capables de repousser les forces des Ténèbres qui menacent la cité de Selenae. Kaylan, le jeune paysan, Sheelba la belle magicienne et Shaar-Lun, l’intrigant voleur ont décidé de tenter leur chance. Hélas pour eux, les épreuves sont effroyables. On raconte qu’aucun des derniers candidats n’est ressorti des souterrains de la ville. Pour devenir l’Élu, il faut triompher de redoutables épreuves et affronter ses peurs les plus secrètes.L’un d’eux parviendra-t-il à se hisser sur le trône et à empêcher le réveil du monstre qui sommeille dans les profondeurs de la terre ?

Tome 2 : Kaylan et Sheelba règnent sur Selenae. Et voici que naît leur premier enfant. Mais le sol bouge. Le Dragon est-il en train de se réveiller ?
Shaar-Lun, leur ancien ami, se serait-il fait complice des forces des Ténèbres ? Pour sauver Selenae, son épouse et son fils, le jeune empereur n’a pas le choix : il doit retourner dans la gueule du Titan…

Mon avis :

Un roman initiatique : quête et apprentissage du héros.

Ce roman (ou ces deux romans en un) regroupe tous les codes d’un roman initiatique : prophétie, initiation, épreuves, histoire d’amour, rebondissements, traîtrises, monstres et grands méchants, dénouement heureux…

Sheelba, Kaylan et Shaarlun se retrouvent embarqués dans une aventure pour devenir empereur, certains par défi, d’autres par contrainte et subiront des épreuves qui les feront grandir, devenir adultes et trouver un sens à leur vie.

Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement le genre étant donné qu’il est l’auteur de nombreux livres « dont vous êtes le héros » ainsi que des jeux de rôles et cela se ressent sur son écriture.

Cela a pour conséquences une très grande fluidité de lecture, de nombreuses scènes d’action, des rebondissements inattendus, mais aussi un manque de profondeur dans la construction des personnages qui sont plutôt stéréotypés : la mage, le chevalier, le voleur et poussent le lecteur à imaginer leurs sentiments, leur origines (surtout pour Sheelba)

Un triangle amoureux : Sheelba aime Kaylan et aussi Shaarlun. Qui va-t-elle choisir?

Tout le premier tome est consacré à l’élection du nouvel empereur à travers une série d’épreuves initiatiques dans les souterrains du dragon. Mais pas que !

Un triangle amoureux se dessine entre Kaylan le chevalier intrépide et irréfléchi, Sheelba l’apprentie magicienne timide et Shaarlun le voleur mystérieux.

La jalousie des garçons et l’indécision de Sheelba à choisir son favori va influer sur l’intrigue principale tout au long du récit et mènera parfois à des actions inattendues.

Cependant, ici tout reste bien chaste contrairement aux épreuves auxquelles sont confrontées les héros, qui sont elles à la limite du gore.

Le dragon, un personnage à part entière qui recèle encore bien des mystères…

Bien qu’évoqué en filigramme, le dragon tapis sous la ville de Selenae est un élément très important dans les deux tomes.

C’est dans ses galeries qu’évoluent les héros dans le premier tome. C’est en lui que va vivre Shaarlun dans le second tome, à en perdre son humanité.

Tout contact physique avec le dragon modifie les personnages : Kaylan vieillit prématurément, Shaarlun devient un démon, l’enfant de Sheelba revient transformé mystérieusement.

En cela, on peut comparer le dragon à une métaphore  du temps qui passe, aux évènements qui nous transforment, à la maturité peut-être ? Dans le second tome,  Kaylan évoque son évolution  : d’irréfléchi, il est devenu plus posé au contact de Sheelba.

Mais au delà de la métaphore, le dragon n’a pas livré tous ses secrets : le mage Arh’En’Dal évoque un réveil du dragon sous la ville et la destruction du monde. Mais il n’en dit pas encore assez à Kaylan sous prétexte qu’il n’est pas « prêt » et à nous aussi, par la même occasion.

Par ailleurs, le tome deux s’achève sur un élément de suspense autour du dragon et du bébé de Sheelba qui nous donne envie de lire la suite. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissement encore dans un troisième tome ?

En conclusion : Ce roman est idéal pour initier un adolescent à la Fantasy tant au niveau de l’intrigue que de la longueur de ses pages. Un adulte déjà connaisseur du genre passera un bon moment de lecture mais il sera peut-être en attente de plus d’épaisseur au niveau des personnages ou de l’intrigue.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur la suite de l’histoire, je vous invite à lire mon interview de l’auteur, dans ma rubrique Rencontre avec. 😉

Cet article a été préalable publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

Publié dans Rencontre avec

Sept questions à Cendrine Nougué

Les tomes 1 et 2 de la Guilde des Merlins ayant été publiés depuis un petit moment, Cendrine Nougué a eu la gentillesse de m’accorder une interview pour évoquer la suite de sa série aux mille et une références littéraires…

Amélie : Dans les prochains tomes, va-t-on en apprendre plus sur le père d’Arthur ?

Cendrine Nougué : « Arthur va découvrir peu à peu ses origines esfaeriennes, mais aussi le mystère de sa naissance lié à cette fameuse prophétie d’enfant au double sang. En effet dans le tome II on découvre les machinations d’Arkadius qui est allé jusqu’à séduire une Fae pour concevoir Egregor, qu’il présente comme l’Héritier annoncé, mi Fae mi Wampyr.

Qu’en est-il alors d’Arthur ? Est-il un héritier légitime ? qui est vraiment son père ?  Dans le tome III cette question sera centrale et amènera notre héro à reconsidérer tout son univers et ce qu’il prenait pour acquis. Il devra revisiter sa propre histoire mais aura bien des aventures à vivre avant cela !  «

Amélie: Est-ce qu’au niveau de l’écriture, mêler mythologie et contes n’a pas été trop difficile ?

CN: « En réalité le mélange se fait tellement facilement qu’il m’arrive de douter de la réalité des choses lorsque je me relis, je me demande parfois ce qui appartient à la légende et ce que j’y ai ajouté, et je dois même vérifier en cas de gros doute ! Je me prends à mon propre jeu.

La guilde des Merlins est basée sur cette hypothèse que toute la littérature part d’un même point, un socle commun. Il est donc très facile ensuite de voir les points de convergence entre certains personnages, comme Morgane et Viviane qui pourraient ne faire qu’une… ou Peter Pan et les légendes de l’homme vert celtique…

Le plus difficile est de m’arrêter à temps, ne pas franchir une limite qui rendrait l’édifice trop lourd et nuirait à la crédibilité des légendes. Toucher aux mythes, oui, mais surtout, les respecter : les personnages de contes et légendes m’invitent chez eux, je fais très attention à ne pas les trahir. »

Amélie : Envisager une confrérie d’auteurs ayant marqué l’histoire de la littérature et donner aux fées comme origine les muses, il fallait oser. Qu’est ce qui t’as inspiré pour cela ?

CN : « Les fées et les muses ont beaucoup en commun. Ce sont des femmes mystérieuses, libres et fortes, qui ont le pouvoir d’agir sur les hommes et leur imaginaire, les inspirant ou les punissant par des sorts. Elles ont des attributs très spécifiques, ou des pouvoirs très spéciaux, sont liées à la nature, surtout pour les nymphes… le lien se fait tout seul non ? »

Amélie : Est-ce que tu visites tous les lieux que tu évoques dans tes livres pour mieux t’en imprégner au niveau de l’écriture ?

CN : « Si j’en ai la possibilité c’est en effet plus facile pour décrire les ambiances, même si je « brode » ensuite et arrange parfois la topographie pour coller à la réalité de mon univers. Je procède d’abord à des repérages sur google earth puis l’imagination s’envole. Et parfois j’ai de belles surprises, comme à l’hôpital Grace de Monaco de Londres. Je ne savais pas comment faire entrer Arthur car j’ai moi-même été refoulée à l’accueil de cet établissement très select (vécu !) et j’ai vu un interne qui fumait à l’arrière et laissait la porte ouverte…

Je garde un souvenir ému de la maison de James Barry et du pub attenant le Hereford Arms où il allait vraiment. C’est vrai que c’est une chance de pouvoir visiter ces lieux et de transmettre leur ambiance, je n’ai pas le droit à l’erreur dès que cela touche des monuments littéraires tels que James Barry ou Merlin !

Je vais très souvent en Esfaeria me ressourcer aussi, découvrir de nouveaux paysages et de nouveaux habitants. Je m’installe un moment chez eux pour m’inspirer de leur vie, tout comme le faisaient les Merlins d’antan afin d’en ramener de belles histoires. Le tome III va marquer un tournant puisque cette magnifique contrée sera enfin à l’honneur… »

Amélie : Combien de tomes sont prévus dans la série des merlins ?

CN : « J’espère en faire 5 ou 6, selon le développement de l’histoire. »

Amélie: Est-ce que tu peux nous dévoiler quelques mystères concernant le tome III ?

CN : « Je peux dire que ce tome sera particulier car Arthur va évoluer et entrer véritablement dans l’âge des conflits intérieurs propres à l’adolescence. Son personnage va s’étoffer, grandir, mûrir et se rebeller, il devra se battre pour sa survie et cela se sentira dans le ton de la série qui va évoluer avec lui.

Il va rencontrer de nouveaux personnages, notamment un pirate contrebandier et génie fou, mélange d’Albator et de Prométhée, avec un soupçon de capitaine Hook, qui sera d’une importance capitale pour la suite, ainsi que de nouveaux personnages qui vont l’accompagner jusqu’à la fin. Parmi eux des héros de contes bien sûr, toujours sur le même principe des mélanges, comme Aelyss la reine du palais des miroirs d’Envers, Ozma… mais je t’en dis trop !

Les tomes I et II ont semé des indices comme autant de petits cailloux sur le chemin, le lecteur attentif les retrouvera et comprendra alors leur importance : pourquoi Archibald donne-t-il le livre de Peter Pan à Arthur ? ou sa canne ? Quels démons hantent Yasmine ? sans compter tous les petits secrets d’Archibald… »

Amélie: Est-ce que tu envisages d’écrire une série pour adultes une fois les merlins terminés ?

CN : « J’écris une série pour grands ados en ce moment, totalement steampunk, avec un univers uchronique moitié victorien et moitié actuel. J’espère qu’elle sortira en 2018. Dans les cartons il y a aussi des romans plus réalistes et plus adultes, avec une touche fantastique, dans un genre très différent. Et puis une collaboration avec Anthelme Hauchecorne autour de la suite de son roman « Le journal d’un marchand de rêve » qui est en cours.

Ce ne sont pas les projets qui manquent mais le temps… je vais demander exil en Esfaeria, le temps n’y existe pas ! »

Je tiens à remercier l’auteur, Cendrine Nougué d’avoir eu l’amabilité de répondre à ses questions. Je ne manquerai par de chroniquer le troisième tome dès sa parution. Restez à l’affût ! Et si vous n’avez toujours pas lu cette série, venez vous faire votre idée en lisant ma chronique dans la rubrique Lectures.

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La guilde des Merlins, Cendrine Nougué, édition Fleur Sauvage

Bienvenue dans un monde où les contes se mêlent à la réalité !

Résumé des deux premiers tomes : 

Tome 1, Le magicien : Arthur Sullivan, collégien vivant à Nantes, partage sa vie entre sa passion pour la magie et ses amis. Jusqu’au jour où sa mère est hospitalisée à Londres, le laissant aux mains de sa grand-mère anglaise, richissime éditrice qu’il n’avait jamais vue. Arthur découvre alors un univers où se manifestent des créatures étranges, et où les contes pour enfants semblent avoir … une extraordinaire importance.

Tome 2, l’héritier :  Alors qu’il vient à peine de retrouver sa famille à Londres, Arthur est pourchassé par un mystérieux ennemi. Réfugié au château de Komper, au cœur de la forêt de Brocéliande, l’adolescent va découvrir le monde de ses origines et percer les secrets de la mystérieuse guilde des Merlins. Sur ces terres de légendes où plane l’ombre de Merlin et de la féerie, entouré de son fidèle Pillwiggyn et de ses amis Émile et Yasmine, il embarque dans une aventure pleine de rebondissements, de contes et de magie, jusqu’aux sources de l’Imagination…

Mon avis :

Un roman d’apprentissage basé sur les origines du héros

Arthur n’a rien d’un héros. C’est un enfant qui vit avec sa mère et connait peu son père, magicien renommé. Il a pour passion l’illusionnisme, et passe pour un loser auprès des autres enfants. Il est même le souffre-douleur de sa classe. Sans ses amis Emile et Yasmine, il aurait de gros problèmes.

Pourtant, malgré cela, il va découvrir qu’il a un destin hors du commun avec une grand-mère et une famille maternelle qu’il connaît peu. Un prophétie le désignerait comme le prince héritier de la famille royale d’Esfaeria. Et divers éléments vont peu à peu bouleverser son quotidien…

Cendrine Nougué nous plonge ici dans un roman d’apprentissage typique avec tous les ingrédients qui vont avec : origine mystérieuse du héros, prophétie, épreuves initiatiques, adjuvants fidèles, opposants farouches, … A ceci près que notre héros est pré-adolescent et qu’il refuse d’adhérer, du moins au début, à ce qu’on lui fait découvrir et ne souhaite qu’une chose : retrouver une vie normale avec sa mère.

Une multitude de références littéraires subtilement entremêlées

Saviez-vous que les muses étaient des fées, filles d’Obéron et Titania ? Que certains des plus grands auteurs de notre temps, vivraient encore en Esfaeria après avoir intégré la Guide des Merlins afin de perpétuer leur travail comme James Barrie ou Lewis Carroll ?

Cendrine Nougué nous invite à envisager la naissance des arts et de la littérature d’une autre manière et à revisiter certains contes, mythes ou histoires ayant marqué notre temps.

Ainsi les muses/fées auraient aidé les humains à développer leur imagination grâce à La Source, à la fois énergie et principe même de l’existence d’Esfaeria.

La bibliothèque d’Alexandrie n’aurait pas détruit toute la connaissance des hommes mais aurait été sauvée par les muses dans un Palais de Cristal sur l’île d’Avallon protégé par Morgane/Vivianne.

Morgane et Vivianne, issues des légendes arthuriennes ne feraient qu’une : sirène la nuit, fée le jour, ayant pour mission d’éloignant les curieux autour du Palais.

Le lapin d’Alice aux Pays des merveilles serait un animal permettant de voyager entre Esfaeria et réalité…

Nous partons aussi à la rencontre de l’origine de certains contes comme celui de la Belle au Bois dormant écrit par Basile, réécrit par Perrault, et qui serait inspiré par la rencontre d’une fée un peu spéciale.

Même les mondes obscurs ont leur personnages avec les Wampyrs ou vampires dont la naissance suivrait une certaine logique avec les Arkadius, le père d’Egregor.

Au-delà des références explicites données dans les livres, d’autres se superposent subtilement : Le trio formé par Arthur, Emile et Yasmine n’est pas sans rappeler les trois amis que sont Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley, décrits par J.K.Rowling dans la saga Harry Potter. Archibald a des allures de Dumbledore, Pillwiggyn l’elfe de maison d’Arthur rappelle Dobby…

Une petite référence au steampunk à travers les personnages des muses aux allures d’amazones à goggles, ainsi que les animaux mécaniques d’Egregor, apporte une touche mécanique et technologique aux livres.

Deux tomes d’introduction qui réservent encore des surprises

Comme dans tout premier tome, Arthur découvre ainsi que le lecteur, l’existence d’Esfaeria et de la guilde des Merlins par le biais d’Archibald et des fées. Les explications se poursuivent au tome 2 quand l’action se précipite.

On comprend qu’avec les deux premiers tomes de la saga des Merlins, Cendrine Nougué sème des indices et nous prépare aux grandes aventures à venir.

Ainsi de nombreuses questions restent en suspens : qui est le père d’Arthur? Qui de Egregor ou de Merlin est le véritable héritier au trône d’Esfaeria ? Arthur sauvera-t-il sa mère et sa grand-mère ?

A la fin du deuxième tome, Arthur se retrouve sur ce qu’il semble être l’île des enfants perdus de Peter Pan. Et l’ambiance tourne au vinaigre…

Toutes ces interrogations laissent le lecteur sur sa faim et lui donnent envie de lire la suite.

En conclusion : Une fabuleuse série à découvrir pour réinventer son rapport aux contes et aux mythes. Un voyage initiatique avec un héros ordinaire un peu impulsif et gaffeur. Une plongée dans l’imaginaire pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant et leur capacité à croire à l’impossible.

N’hésitez pas à consulter mon interview de l’auteur dans la rubrique Rencontre avec, ou à retrouver l‘univers des Merlins sur leur page facebook.

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Sorcières associées, Alex Evans, éditions ActuSF

Vampire possédé ? Zombie exploité ? Appelez le cabinet de sorcières associées Amrithar et Murali !

Résumé : Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules… Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas. Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies… Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Mon avis :

Deux sorcières qui ne manquent pas de caractère

Alex Evans nous présente deux sorcières aka détectives privées et désenvoûteuses aussi différentes qu’intéressantes, avec toutes deux une  forte personnalité.

Il y a tout d’abord Tanit, ancienne espionne de l’armée, joueuse, buveuse, adepte des aventures sans lendemain et des tenues affriolantes, avec une tendance à foncer tête baissée dans les ennuis. Elle réside dans les bas-fonds de la ville et aime traîner dans les bars. Son passe-temps favori est de participer à des combats de boxe libres.

A l’opposé, Padmé, qu’on suppose d’origine indienne avec son sari, est plutôt posée et réfléchie. Elle est la mère d’une jeune adolescente adepte des créatures magiques, et a fui son mari, ancien médecin de l’armée. Elle aide de manière bénévole et anonyme dans un hôpital pour nécessiteux à côté de son travail de détective et vit dans un quartier respectable, très bourgeois. Elle a du mal à s’engager dans des relations amoureuses du fait de son statut de mère célibataire.

Bien qu’ayant été dans deux camps opposés pendant la dernière guerre magique, les deux sorcières se sont associées dans une sorte de cabinet de détective liées aux affaires magiques à Jarta. Elles se voient confier deux enquêtes : un vampire possédé par un humain et forcé de tuer des gens, ainsi que des accidents mystérieux dans une usine où travaillent des zombies.

Ce deux enquêtes vont leur permettre également de faire le point sur leur vie et de résoudre des problèmes liés à leur passé.

Une enquête à deux voix

D’emblée, Alex Evans nous propose une narration à deux voix : celles des deux sorcières.

A chaque chapitre, l’une d’elle s’exprime sur l’enquête en cours et raconte aussi un peu de son histoire. Au lecteur de créer des liens logiques autour de l’enquête à travers les récits des deux protagonistes.

Cette technique d’écriture permet de garder un certain rythme dans l’histoire et par conséquent, de ne pas endormir le lecteur.

Mais dans les derniers chapitres, les deux voix ont tendance à perdre de leur personnalité pour ne devenir qu’une. Un peu dommage pour la distinction entre les personnages mais cela ne trouble pas pour autant l’intrigue principale.

Un univers magique avec ses règles

Jarta est une cité qui s’éveille à la magie.

Des années auparavant, elle avait disparu et voilà qu’elle revient de manière mystérieuse. Cela occasionne de gros problèmes car avec la magie, viennent les créatures magiques…et toutes ne sont pas bienveillantes.

Cependant, cela donne du travail aux deux sorcières, ainsi qu’à d’autres. Les sorciers forment une sorte de club dans la cité et aiment à se retrouver pour discuter de leurs affaires respectives.

Mais, être une sorcière n’est pas de tout repos car il faut obéir à certaines lois.

Par exemple, quiconque utile la magie pour de mauvaises raisons doit s’attendre à un retour de bâton ou au mauvais sort. Padmé est très respectueuse de cette règle et s’efforce constamment de convaincre Tanit d’en faire de même.

Découvrir que l’on est une sorcière n’est pas simple non plus. Les sorciers étaient auparavant pourchassés, utilisés à des fins de guerre dans des unités d’élite, ou encore endoctrinés dès leur plus jeune âge. Tanit et Padmé ont, dans leur histoire personnelle, vécu des traumatismes liés à leur pouvoir.

Enfin, des humains sans pouvoir magique peuvent en acquérir en réunissant de puissants artefacts appelés Tellions. Ces objets, mi-magiques, mi-mécaniques auraient été détruits des années auparavant et dispersés. Mais leur usage peut s’avérer très dangereux pour un néophyte.

Une réflexion sur le capitalisme et la vie éternelle

A travers les deux enquêtes, l’auteur nous fait réfléchir sur deux sujets : le capitalisme et la vie éternelle.

Avec son usine d’ouvriers-zombies, Stanford propose une alternative à moindre coût pour continuer à faire du profit : continuer à utiliser ses propres ouvriers, une fois morts pour les transformer en zombies et qu’ils continuent à travailler sans relâche dans son usine. Il suffit pour cela de racheter leur corps à leur famille et de les transformer.

Cette idée, astucieuse, pose un problème éthique : celui du respect des morts d’une part, et de l’égalité entre ouvriers. Les ouvriers morts ne coûtent rien contrairement aux vivants et donc leurs sont préférés. Cependant, leurs familles ne peuvent jamais faire réellement le deuil de leur proche car il n’est pas réellement décédé.

Cette notion capitaliste atteint son paroxysme dans le culte lié à l’argent dans la cité. Le dieu Kel, dieu de l’argent est vénéré avec ferveur car la principale source de revenu de la ville est le commerce. Son Grand Prêtre est aussi craint que les dirigeants au pouvoir et il joue également le rôle de banquier. Le temple en lui même est à l’image du culte, rassemblant toutes les figures liées à l’argent : poule aux oeufs d’or, Veau d’or… et est décoré de manière ostentatoire. On pourrait penser que ce culte est ridicule, cependant le Grand Maître a le bras long dans la cité et il ne fait pas bon le contrarier.

Quant à la vie éternelle… il en est question dans le livre avec un scientifique fou. Mais nous vous laisserons découvrir cela vous-même…

En conclusion : Une enquête magique qui allie sorcières au caractère bien trempé et questions éthiques sur la magie et la société. Un roman à dévorer de toute urgence !

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La stratégie des As, Damien Snyers, éditions ActuSF

Quand braquage à l’italienne rencontre un univers de féérie…

Aujourd’hui, je vous emmène chez des escrocs, mi-magiques mi-marginaux qui se sont encore mis dans un sacré pétrin !

Résumé : James l’elfe, Jorg le Troll et Elise la demi-elfe forment un trio d’escrocs assez compétents dans leur domaine dans la cité magique de Nowy-Krakow, proche des pays de l’Est. Lassés de leurs petites escroqueries et désireux de récupérer un maximum d’attals pour se mettre à la retraite, ils décident d’accepter un contrat proposé par un riche aristocrate paralysé : Astur. Il s’agit de voler un joyau appelé « le rein d’Isis » lors d’une soirée organisée par son actuel propriétaire, tout aussi riche qu’Astur. Mais l’endroit est gardé telle une forteresse et les trois compères vont devoir rivaliser d’ingéniosité pour mener à bien leur mission. Bien sûr, comme dans tout braquage, il y aura des imprévus car ils ne sont pas les seuls sur le coup…

Mon avis :

Une fine équipe de marginaux

Le destin a fait qu’ils se sont rencontrés, pourtant tout les oppose…ou presque.

James, Jorg et Elise ont ceci en commun qu’ils sont des êtres en marge de la société, poursuivis par les agents de police un peu trop zélés ou tout simplement par racisme.

Dès le départ, on comprend que certains êtres magiques ne sont pas vraiment les bienvenus dans Nowy-Krakow. La ville a beau être réglée par des mages au niveau de la météo (enfin…quand ça marche !), les minorités ont des difficultés à trouver leur place.

Les trolls sont persécutés à cause de leur culture vue comme barbare, de leur force et de leur grande taille. Rien n’est d’ailleurs adapté à Jorg pour s’asseoir ou se loger. Par ailleurs, c’est un troll bavard, chose peu courante parmi ceux de son espèce.

Le problème d’Elise est qu’elle est une demi. Mi-elfe/mi-humaine, elle est ostracisée du fait de cette mésalliance, et de ce fait n’appartient vraiment ni à l’un, ni à l’autre race. Son rêve le plus cher est d’ailleurs de créer un club réservé aux « demi » qui comme elle sont persécutés afin de leur offrir un lieu où ils seraient en sécurité et pourraient échanger.

James… est un elfe particulier. Il a été longtemps sous l’emprise d’un humain qui l’hypnotisait pour lui faire réaliser de basses besognes. Bien qu’il en ait appris toutes les ficelles du métier d’escroc, il en garde un très mauvais souvenir et déteste les humains.

Quant à Mila…ses préférences sexuelles n’ont pas plu à ses parents et chassée de chez elle, elle a dû apprendre à voler pour survivre. Son arrivée dans l’équipe ne se fera pas sans heurts. On en apprendra plus sur son passé en fin de roman, dans une nouvelle qui lui est consacrée.

Un braquage à rebondissements

Ce qui devait être un cambriolage plutôt simple va s’avérer finalement plus complexe.

Astur est un petit malin qui dès le départ prend des dispositions pour que Jimmy et sa bande ne le doublent pas.

Il engage également plusieurs équipes, ce qui va nuire au travail des trois compères.

Par ailleurs, la maison est bien gardée et comme hermétique. Impossible d’y entrer et pourtant James n’a pas vraiment le choix : il doit absolument réussir ce braquage pour plusieurs raisons.

La retraite dorée n’est pas son seul argument. Se protéger ainsi que son équipe restent des objectifs bien suffisants.

Cependant, l’élaboration du braquage traîne un peu en longueur, les actions s’enchaînent et on s’attend bien sûr à un dernier retournement de situation parfaitement assumé.

A travers cette histoire, on sent l’influence de films tels que  Ocean’s eleven mais aussi Braquage à l’italienne dont l’auteur est plutôt fan (selon l’interview présente à la fin du livre et réalisée par ActuSF). On pense également à la série de Scott Lynch : Les salauds gentilhommes (Bragelonne), même si James n’a pas la même envergure que Locke Lamora.

Un questionnement sur la société

Plusieurs sujets sont évoqués en lien avec la société constituée dans Nowy-Krakow, comme l’immortalité, le racisme ou la fonction publique.

Astur souhaite retrouver la santé et la vie éternelle grâce au rein d’Isis. Mais il n’explique pas comment, et  James le découvrira par la suite avec horreur. Se posera alors la question : Quels sacrifices valent de devenir immortel? A quelles extrémités l’homme est-il prêt à aller pour ne pas mourir ?

Le racisme est présent souvent dans l’histoire des quatre compères et ils doivent élaborer des stratégies pour éviter de se faire arrêter : Jorg évite de trop se montrer, James fait attention à ses tenues, Elise du fait de son statut de demi-elfe prend soin de dissimuler ses oreilles…

Enfin les mages, plutôt considérés comme des fonctionnaires dans la société magique sont vivement critiqués sur leurs (in)compétences. La blague qui revient souvent concerne leur incapacité à régler la météo qu’ils ont eux-mêmes élaborés !

En conclusion : Damien Snyers a le don de nous transporter dans un braquage digne des plus grand films tout en mélangeant subtilement des éléments féériques qui apportent une touche d’originalité à son histoire. Un roman qui se lit d’une traite et dont on espère une suite prochaine qui pourrait répondre à des questions laissées en suspens.

NB : Si vous souhaitez découvrir une suite à cet univers, rendez-vous sur le site ActuSF qui vous propose une nouvelle inédite gratuite en version numérique de l’auteur intitulée Les cambrioleurs rêvent-ils de dinosaures mécaniques ?

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

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Les légendes de la Garde, David Petersen, éditions Gallimard Jeunesse

Une fantasy animalière mêlant complots et combats chez un tout petit peuple…

Aujourd’hui, je vous présente une série de BD en trois tomes + un bonus éditée chez Gallimard jeunesse.

Résumé(s) : 

Automne 1152 : Depuis toujours, la Garde protège les plus faibles dans le monde des souris, sans prendre part à la politique. Mais un complot est en marche pour que les villes prêtent allégeance à la Garde. Une mystérieuse souris, revendiquant la Hache Noire, une arme ancienne, mène ses partisans à faire le siège de Lockhaven, le bastion de la Garde. Trois souris de la Garde : le téméraire Saxon, le sage Kenzie et le jeune Lieam se battent pour défaire le complot et l’armée en marche.

Hiver 1152 : La rébellion de la Hache Noire a été défaite, révélant au grand jour le vrai possesseur de l’ancienne relique, une vieille souris qui devient le mentor de Lieam. En mission pour lutter contre l’hiver approchant, les souris doivent récupérer de la nourriture et des médicaments. Mais la neige sépare la troupe. Kenzie et Saxon, accompagnés d’une dame souris tombent dans un trou qui semble être d’anciennes fondations du royaume du roi Furet menant à Lockhaven. Lieam et Celanawe sont assiégés par une chouette qui les défie en combat singulier.

La hache noire : Ce tome relate l’histoire de Celanawe, la souris surnommée la Hache noire, et son combat contre le roi Furet lors de la grande guerre entre les souris et les furets.

Baldwin le Brave et autres contes : Suite au succès des précédents tomes, l’auteur a réalisé un recueil de contes dans l’imaginaire de l’univers des Légendes de la Garde, dont tous les enfants souris auraient eu connaissance depuis le berceau. Les six fables contées ici rendent hommage au courage, à l’humilité, à l’amour et à la générosité pour former de futurs héros.

legendes-de-la-garde via Portdragon.fr
Couvertures des trois premiers volumes via Portdragon.fr

Mon avis :

Une thématique originale, entre La famille souris de Kazuo Iwamura et le médiéval fantastique

David Petersen développe un imaginaire autour du peuple des souris, avec ses prédateurs naturels, sa hiérarchie et surtout un vrai code de l’honneur digne des plus grand romans de Fantasy.

Les personnages principaux sont des souris formant une sorte de garde de nuit qui protègent leur peuple de tous les dangers. Mais quel danger est le pire ? Les Belettes ou la trahison par les siens ? C’est ce qui est développé ici.

La BD est destinée au public jeunesse mais peut être lue par des adultes au vu des sujets abordés : l’attrait du pouvoir, l’amour impossible, la trahison, le sens de l’honneur, les relations filiales jeune/ancien.

L’espièglerie est aussi au rendez-vous malgré des sujets plus graves, et apporte une touche de légèreté à l’ensemble.

Cependant, niveau intrigue, des mystères restent à éclaircir encore sur l’avenir de certains personnages à la fin de Hiver 1152. En effet, les deux autres tomes bonus narrant les aventures parallèles de deux autres souris n’éclairent pas le récit principal.

Par ailleurs, j’ai trouvé l’histoire trop rapide : on a à peine le temps d’entrer dans l’histoire qu’elle est déjà terminée.

contes des légendes de la garde
Baldwin le Brave et autres contes, David Petersen, via Amazon

Un graphisme éblouissant

Amoureux de l’automne et de l’hiver, vous allez être servis ! Les dessins sont superbes tant par leurs traits que par leurs couleurs avec des paysages dignes d’une carte postale… mais au niveau du sol ! Et oui, nous sommes chez les souris. Mais ce point de vue est intéressant et rappelle par exemple Arthur et les Minimoys de Luc Besson.

Malgré cette volonté de bien faire, j’ai rencontré quelques soucis pour reconnaître les personnages principaux par moments, car à part les capes de couleurs différentes, ils se ressemblent beaucoup !

Dos hiver les légendes de la Garde
Quatrième de couverture de Hiver 1152, David Petersen, via Amazon

Une BD, un site internet et un jeu de rôle 

L’univers des Légendes de la Garde est étendu sur internet. L’auteur a réalisé un site internet qui regroupe des extraits de ses bande-dessinées, des musiques liées aux histoires et même des personnages à réaliser en papercraft ! Par contre, si vous n’êtes pas anglophone, passez votre chemin.

David Petersen a eu tellement de succès avec ces BD, qu’un jeu de rôle a été crée par l’auteur Luke Crane, reprenant l’univers de façon plus détaillée. Vous pouvez retrouver les règles du jeu et télécharger cartes et fiches de personnage gratuitement sur son site internet.

En revanche, pour le livret de jeu de rôle, il faudra débourser environ 40 dollars et pour la version anglaise. La version française n’est plus éditée à ce jour visiblement ce qui est bien dommage. Elle avait fait l’objet d’une campagne Ulule en 2012 avec les éditions Mnémos. A moins d’une réédition ou d’un coup de bol chez un marchand de jeux, cela risque d’être difficile de la retrouver en français.

Si vous souhaitez quand même vous immerger dans l’univers des souris, un jeu de plateau coopératif assimilé à du jeu de rôle existe : Mice and Mystics chez Plaid Hat Games. Il ne reprend pas exactement l’univers de David Petersen mais vous promet un bon moment de détente.

les légendes de la garde, jeu de rôle deuxième version en anglais via Amazon
Les légendes de la garde, jeu de rôle deuxième version en anglais via Amazon

 

En conclusion : Une fantasy animalière plutôt réussie mêlant une garde de nuit version souris tirée du trône de fer à des personnages tirés d’un livre de Beatrix Potter.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr,puis remanié.