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Le bâtard de Kosigan, l’ombre du pouvoir (T1), Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Ou les chroniques d’un mystérieux chevalier-mercenaire dans une Histoire de France réinventée…

Résumé : Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe. En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…

En parallèle, au XIXème siècle, Kergaël de Kosigan reçoit un curieux héritage : celui de son ancêtre, le fameux Pierre Cordwain de Kosigan. Croyant tout d’abord à un canular, Kergäel se rend à Paris pour récupérer un mystérieux coffre transmis de génération en génération par des notaires. Lui qui n’a jamais connu sa famille se retrouve à la tête d’une petite fortune, mais aussi d’énigmes et de dangers.

Mon avis :

Une uchronie de l’Histoire de France

Et si la magie avait existé …mais qu’elle avait disparu au fil des ans ? Telle est la théorie que propose Fabien Cerutti avec ce premier tome du Bâtard de Kosigan.

Dans le récit de Pierre, la magie existe mais elle se meurt lentement.

On comprend peu à peu que le christianisme aurait contribué à éradiquer certaines races magiques mais aussi certaines pratiques. Mais comment ? Mystère…

Ainsi, la princesse de Champagne, de sang elfique, est surveillée par l’Inquisition pour éviter qu’elle n’utilise sa magie d’elfe.

Et Dunevil, membre de la troupe de mercenaires du bâtard, est une des dernières de sa race. Le reste ayant été décimé par l’Inquisition. C’est une changeforme, un atout très utile pour des missions d’infiltrations car elle peut prendre l’apparence de n’importe qui, mais dangereuse  quand ce genre de personne ne sert pas vos intérêts. Torturée pendant un temps par l’Eglise, elle a été défigurée au vitriol. Elle doit vivre dans l’ombre, d’autant que son apparence physique réelle trahit sa nature.

Pierre de Kosigan quant à lui, est familier de la magie car il utilise une pierre de mémoire pour recueillir les pensées des membres de sa troupe quand il ne peut pas être à deux endroits en même temps. Il utilise aussi cette pierre pour consigner son journal de bord de chef mercenaire. Mais la pierre a besoin de sang pour être utilisée, revers dangereux, à l’inverse  du christianisme qui se contente de prières plus ou moins entendues.

Pendant  ce temps, à l’époque de Kergaël, la magie a disparu. Cependant, avec l’héritage laissé par son aïeul, il va découvrir des traces de cette magie et semer le doute dans l’esprit de ses amis historiens. Ainsi, la découverte d’une bibliothèque secrète remplie de livres magiques, une statue de la vierge Marie mais avec des oreilles pointues, des incohérences de technologies par rapport au Moyen-Age… vont contribuer à rendre cet héritage encore plus mystérieux et interroger le lecteur, comme Kergaël sur les circonstances de la disparition de cette magie.

Fabien Cerutti a le don de nous raconter l’Histoire de France et d’Angleterre en y distillant ça et là des éléments fantastiques qui prennent tout leur sens dans l’intrigue. La magie n’est pas décorative. Elle sert un objectif précis. Et c’est très bien joué.

Un personnage principal rusé et mystérieux

L’auteur a élaboré un personnage charismatique, qui déroute et suscite l’admiration. On sait de lui le peu qu’il laisse transparaître dans ses récits ou le mépris qu’il suscite chez les autres.

Pierre de Kosigan est le bâtard d’un seigneur bourguignon qui l’a pourtant reconnu. Très jeune, il a été confié à la garde du château pour parfaire son éducation des armes. Mais cela ne s’est pas passé sans heurts…

Une fois adulte, il est tombé en disgrâce après avoir assassiné son oncle, un seigneur bourguignon. Chose qui a déclenché la colère et le mépris de l’ensemble des bourguignons à son égard.

Affranchi de ses origines, il est devenu un chevalier-mercenaire fin stratège, n’hésitant pas à servir plusieurs maîtres pour s’enrichir et à tuer quand cela est nécessaire. Cependant, il n’en reste pas moins humain, en prenant soin de sa Compagnie comme si ses hommes étaient sa propre famille.

Ajoutez à cela une constitution peu commune lui permettant de guérir très rapidement de ses blessures, une ouïe très développée (mais que d’une oreille !), un talent pour le combat et une capacité à se sortir des pires situations et vous aurez un tableau complet du bâtard.

Dans ce premier tome, on découvre le personnage qui s’interroge sur ses capacités et n’a toujours pas fait la lumière sur ses origines. Il sait manipuler certains objets magiques grâce aux enseignements d’un maître versé dans cet art, et pense que sa résistance physique est dûe à un élément magique. Ses missions pour le compte de la princesse de Champagne, et de l’Angleterre ne seront que des prétextes pour tenter de trouver des réponses à ses propres problèmes. Mais de nombreuses questions resteront en suspens…

De son côté Kergaël aura des difficultés à trouver des traces de son ancêtre dans l’Histoire de France, comme si le chevalier avait été volontairement effacé.

Une double intrigue à des siècles d’intervalle

Un autre des points fort de ce roman est sa construction.

En effet, Fabien Cerutti choisit une structure mêlant deux histoires qui se recoupent plus ou moins, à quelques siècles d’écart.

Pendant que Pierre de Kosigan participe à la joute organisée par la princesse de Champagne et s’efforce d’honorer les contrats qu’il a engagé auprès de ses différents commanditaires, Kergaël de Kosigan essaie de comprendre son héritage.

Là où Pierre s’exprime à la première personne comme pour narrer la chronique de cette aventure, que son héritier retrouvera des siècles plus tard, Kergaël évoque ses aventures et découvertes à travers des lettres adressées à son meilleur ami Charles mais aussi à son ancien professeur et sa petite-amie.

Ce mélange des points de vue permet au lecteur de procéder à ses propres déductions en suivant les deux récits.  Le récit de Kergaël sur ses origines et son héritage, le récit de Pierre sur ses missions et ses origines également. Cependant, des mystères subsistent encore en fin d’ouvrage.

Par exemple, l’histoire du coffre mystérieux trouve sa résolution en fin de livre , quand on sait comment le bâtard l’a obtenu, mais on ignore comment il l’a transmis à ses héritiers et comment il a eu des héritiers.

Autre exemple, le chevalier humal (mi-humain, mi-lion) présent lors des joutes à l’époque de Pierre, devenu son ami par la suite, est retrouvé mort (du moins son squelette), dans le passage secret d’un château dont hérite Kergaël des siècles après. Mais on ignore dans quelles circonstances l’humal a été enseveli dans l’éboulement du passage, ni ce qu’il fuyait ou combattait.

Tous ces mystères poussent le lecteur à élaborer des théories et à attendre impatiemment la suite des aventures du bâtard pour confirmer ou non ses hypothèses.

En conclusion : Une formidable uchronie de l’Histoire de France qui interroge notre rapport à la magie auprès d’un chevalier-mercenaire aux belles manières.

NB : Pour la petite histoire, l’univers du Bâtard a commencé par l’élaboration d’un jeu-vidéo  de type jeu de rôle, par l’auteur lui-même et la volonté d’une adaptation en BD. Le projet de BD abandonné par la suite, l’auteur s’est tourné vers le format du Roman. Pour notre plus grand bonheur !

Si vous souhaitez lire mon interview de l’auteur concernant le tome 4 des aventures du Bâtard, rendez-vous ici.

Cet article a été publié originellement par mes soins sur Portdragon.fr

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L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Un réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.

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7 questions à Jean-Luc Bizien, sur L’appel du Dragon, éditions ActuSF

Suite à la sortie de son dernier roman Young adult pour la collection Naos des éditions ActuSF, j’ai eu le plaisir d’interroger (ou plutôt de cuisiner !), le grand Jean-Luc Bizien sur la réédition de ce roman qui date de 2000. L’occasion aussi de l’interroger sur la suite de cette série prometteuse…

Amélia : « Avec l’Appel du dragon, vous rééditez en 2017 et en un volume deux tomes de la série des Empereurs Mages, une série de trois romans pour adolescents que vous aviez publiée en 2000. Pourquoi maintenant ? Pensez-vous écrire une suite? ( NB : le volume réédité comprend les tomes 1 et 2 de la série, il reste un troisième tome non-réédité). »

Jean-Luc Bizien :  » J’ai repris il y a quelque temps ces romans. Je les ai feuilletés avec un certain plaisir, avant de jeter des notes sur mon clavier. L’envie d’écrire une suite à la trilogie m’est venue, comme une évidence. Ne me manquait qu’un éditeur. J’ai soumis le projet à Jérôme Vincent d’ActuSF, qui s’est montré enthousiaste. Je suis ravi de pouvoir travailler avec lui. J’aime sa rigueur, sa passion, sa vision de l’édition. Il est extrêmement créatif et réactif (à mille lieues de certains petits marquis du livre, qui hésitent pendant des mois en exécutant une danse grotesque avant de se lancer à reculons dans un projet qu’ils ne défendront pas, au final). Jérôme dit « oui » ou « non », mais il agit en conséquence. C’est lui qui a eu l’idée de réunir les deux premiers romans en un seul tome. Je lui fais totalement confiance. Le troisième titre sortira effectivement accompagné d’un quatrième, inédit celui-là. »

Amélia : « Vous êtes plus connu comme auteur de romans policiers pour adultes que d’Héroïc Fantasy pour adolescent. Comment passe-t-on d’un genre à un autre? Un challenge ? Une envie d’évoluer? Ou pensez-vous que c’est complémentaire ? »

Jean-Luc Bizien :  » C’est amusant de constater qu’aujourd’hui une majorité de lecteurs pensent que je me tourne vers l’écriture pour la jeunesse, après avoir longtemps publié pour les adultes. La vérité, c’est que j’ai COMMENCÉ par le jeu de rôle en 1988, puis la jeunesse. J’ai publié des livres-jeux dès 1995, aux éditions Gründ (près de 70 titres parus, pour un total de vente de deux millions et demie d’exemplaires). Je suis ensuite passé à la fantasy pour adolescents et enfin au thriller, grâce aux conseils avisés et au soutien de Serge Brussolo (un fabuleux auteur, doublé d’un immense bonhomme).Il se trouve qu’en France on ne retient pas les noms des écrivains, surtout en jeunesse. Les lecteurs de thrillers sont un peu plus sensibles au patronyme des auteurs, c’est sans doute pour cela que je suis aujourd’hui identifié comme un auteur de thrillers. Ils sont rares, parmi les libraires ou les éditeurs les plus jeunes, à savoir que j’ai publié de la jeunesse pendant plus de 20 ans. Reprendre la série des Empereurs-Mages n’est pas un challenge, mais une véritable envie : j’aime raconter des histoires et je veux aller au bout de celle-ci. L’Envol du dragon, le tome 3, s’achevait de manière abrupte et j’étais depuis lors  curieux de découvrir la suite. De plus, changer de public, de rythme, de style est pour moi un véritable bonheur. J’ai ainsi la chance d’exercer ce métier sans jamais tomber dans un « train-train » qui serait étouffant à la longue. »

Amélia : « Dans chaque tome de cette série, vous choisissez d’introduire un retournement de situation à un moment du récit. Est-ce une méthode d’écriture qui vous convient le mieux? Un moyen de bousculer le lecteur ? »

Jean-Luc Bizien : « C’est, je crois, l’un des incontournables du genre : la surprise, le rythme, les rebondissements successifs sont nécessaires – en tous cas, c’est ma vision de la fantasy. Je reste persuadé que ce genre se prête à tous les excès, jusqu’à offrir un jeu entre l’auteur et le lecteur. Mon travail consiste à vous garder en éveil, en alerte. Vous faire oublier l’effort de la lecture est pour moi la plus belle des récompenses – surtout chez les ados. Quand je commence un roman, je ne connais que la scène d’ouverture et la scène de fin. Je sais beaucoup de choses de mes personnages. Je n’ai plus qu’à les regarder faire et le récit découle de leurs choix et de leurs actions. Ces « retournements » participent probablement de ma musique personnelle, de mon tempo. J’éprouve le besoin de surprendre le lecteur… mais aussi de ME SURPRENDRE, ce qui se produit assez souvent. »

(ATTENTION ZONE SPOILERS)

Amélia : « Le premier tome de cette série décrit un triangle amoureux entre Kaylan, Shaarlun et Sheelba. Que se serait-il passé si Sheelba avait choisi Shaarlun ? Aviez-vous prévu une histoire différente avec Shaarlun comme époux ? »

Jean-Luc Bizien : « Je suis au regret de l’avouer : je n’en ai aucune idée. La question me fait sourire et, au vrai, m’intrigue aussi parce que je ne me la suis jamais posée. En commençant ce livre, j’avais une vision très précise de ce que les héros étaient, d’où ils venaient et de ce qu’ils avaient vécu avant d’arriver là. Ce qui se passe au fil de l’aventure me semble donc naturel – je jure n’en être pas totalement responsable ! »

Amélia : « Dans le deuxième tome, Kaylan subit des épreuves abominables au coeur des souterrains pour atteindre Shaarlun. Où trouvez vous l’inspiration pour décrire ces obstacles dignes de la torture? Est-ce que vous aimez torturer vos personnages? »

Jean-Luc Bizien : « Pas du tout. Je suis plutôt doux et calme dans la vie – au moins, jusqu’à un certain point. Même si j’écris des histoires de psychopathes, de meurtres en série, de sorciers défiant les forces du Mal et basculant dans les ténèbres… mon psy va bien, merci pour lui ! Je vais chercher ces idées dans l’espoir de faire peur au lecteur, de le faire frissonner, de créer une forme d’empathie avec les héros. Pour ce faire, rien n’est plus simple : ce qui me fait peur, si je ne triche pas, doit faire peur au lecteur. Je joue donc à me faire peur, à évoquer ce qui m’inquiète, ce qui me fait rire ou me pose question. Mon travail consiste ensuite à trouver les mots justes, pour partager au mieux les divers sentiments avec ceux qui me lisent. (Et je jure solennellement n’avoir pas de dragon dans mon grenier, ni m’adonner à l’élevage de monstres.) »

Amélia : « Toujours dans le deuxième tome, Kaylan se pose des questions sur son rôle de souverain et sur son évolution avec l’âge. Est-ce un clin d’oeil que vous  faites au lecteur (ou à vous-même) sur le fait de mûrir? »

Jean-Luc Bizien : « Bien sûr. J’ai écrit ce livre il y a presque 20 ans, j’étais alors un trentenaire qui commençait à publier, dans l’espoir de vivre de sa plume. J’avais déjà exercé plusieurs métiers, vécu des vies différentes ici ou là. Je découvrais ce territoire inconnu .C’est à la fois un clin d’œil, et une forme d’avertissement aux lecteurs adolescents : on n’a qu’un vie, qu’il convient de vivre pleinement tout en mesurant les conséquences de ces actes. Je n’ai pas pour autant peur du temps qui passe. Je crois qu’on choisit mon métier (il faudra un jour faire reconnaître « auteurs de thrillers et de fantasy » comme un véritable métier) non pas parce qu’on refuse de grandir… mais parce qu’on a décidé, une fois pour toutes, de BIEN VIEILLIR. »

Amélia: « Tournons-nous vers l’avenir de cette série. Quelques mystères subsistent autour du passé de Sheelba et de Shaarlun. Pensez-vous écrire une préquelle à ce récit un jour? »

Jean-Luc Bizien : « J’aime laisser planer quelques doutes. La fantasy est un genre dans lequel on a trop tendance à vouloir tout expliquer, tout justifier. En laissant le lecteur s’approprier mes personnages, je lui accorde ma confiance et je ne bride son imaginaire d’aucune manière. Ce livre, une fois entrouvert, ne m’appartient plus. C’est celui de chaque lecteur, qui en fera ce que bon lui semble. Je ne formule qu’un souhait : que le récit fasse passer un bon moment à tous ceux qui choisissent de s’y plonger. Quant à écrire une préquelle… l’idée est séduisante. Il me faudra juste trouver le temps, parce que j’ai de nombreux projets, tant en direction des adultes que des adolescents. Une chose est sure : je sais EXACTEMENT quels thèmes aborder pour l’occasion. Le titre de travail est déjà trouvé. Ce sera « le Sang du Dragon », mais je n’en dirai pas plus. Pour l’heure, l’important est d’achever le tome 4… et peut-être, en écrivant le mot « FIN », de laisser entrevoir la possibilité d’une nouvelle saga. Qui sait ? »

Si vous n’avez pas encore lu L’appel du Dragon, je vous invite à lire ma chronique dans la rubrique Lectures, pour vous donner une idée. 😉

Clochettes et paillettes,

A.Chatterton

Cette interview a été préalablement réalisée et publiée par mes soins sur Portdragon.fr

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L’appel du dragon, Jean-Luc Bizien, éditions ActuSF

Un dragon endormi, trois héros prêts à tout pour conquérir le trône et une intrigue dans la tradition des « Livres dont vous êtes le héros » tel est le sujet du dernier roman jeunesse de Jean-Luc Bizien.

Résumé : 

Tome 1 : L’Empereur-Mage se fait vieux. Il faut sans tarder préparer la relève et trouver les héros capables de repousser les forces des Ténèbres qui menacent la cité de Selenae. Kaylan, le jeune paysan, Sheelba la belle magicienne et Shaar-Lun, l’intrigant voleur ont décidé de tenter leur chance. Hélas pour eux, les épreuves sont effroyables. On raconte qu’aucun des derniers candidats n’est ressorti des souterrains de la ville. Pour devenir l’Élu, il faut triompher de redoutables épreuves et affronter ses peurs les plus secrètes.L’un d’eux parviendra-t-il à se hisser sur le trône et à empêcher le réveil du monstre qui sommeille dans les profondeurs de la terre ?

Tome 2 : Kaylan et Sheelba règnent sur Selenae. Et voici que naît leur premier enfant. Mais le sol bouge. Le Dragon est-il en train de se réveiller ?
Shaar-Lun, leur ancien ami, se serait-il fait complice des forces des Ténèbres ? Pour sauver Selenae, son épouse et son fils, le jeune empereur n’a pas le choix : il doit retourner dans la gueule du Titan…

Mon avis :

Un roman initiatique : quête et apprentissage du héros.

Ce roman (ou ces deux romans en un) regroupe tous les codes d’un roman initiatique : prophétie, initiation, épreuves, histoire d’amour, rebondissements, traîtrises, monstres et grands méchants, dénouement heureux…

Sheelba, Kaylan et Shaarlun se retrouvent embarqués dans une aventure pour devenir empereur, certains par défi, d’autres par contrainte et subiront des épreuves qui les feront grandir, devenir adultes et trouver un sens à leur vie.

Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement le genre étant donné qu’il est l’auteur de nombreux livres « dont vous êtes le héros » ainsi que des jeux de rôles et cela se ressent sur son écriture.

Cela a pour conséquences une très grande fluidité de lecture, de nombreuses scènes d’action, des rebondissements inattendus, mais aussi un manque de profondeur dans la construction des personnages qui sont plutôt stéréotypés : la mage, le chevalier, le voleur et poussent le lecteur à imaginer leurs sentiments, leur origines (surtout pour Sheelba)

Un triangle amoureux : Sheelba aime Kaylan et aussi Shaarlun. Qui va-t-elle choisir?

Tout le premier tome est consacré à l’élection du nouvel empereur à travers une série d’épreuves initiatiques dans les souterrains du dragon. Mais pas que !

Un triangle amoureux se dessine entre Kaylan le chevalier intrépide et irréfléchi, Sheelba l’apprentie magicienne timide et Shaarlun le voleur mystérieux.

La jalousie des garçons et l’indécision de Sheelba à choisir son favori va influer sur l’intrigue principale tout au long du récit et mènera parfois à des actions inattendues.

Cependant, ici tout reste bien chaste contrairement aux épreuves auxquelles sont confrontées les héros, qui sont elles à la limite du gore.

Le dragon, un personnage à part entière qui recèle encore bien des mystères…

Bien qu’évoqué en filigramme, le dragon tapis sous la ville de Selenae est un élément très important dans les deux tomes.

C’est dans ses galeries qu’évoluent les héros dans le premier tome. C’est en lui que va vivre Shaarlun dans le second tome, à en perdre son humanité.

Tout contact physique avec le dragon modifie les personnages : Kaylan vieillit prématurément, Shaarlun devient un démon, l’enfant de Sheelba revient transformé mystérieusement.

En cela, on peut comparer le dragon à une métaphore  du temps qui passe, aux évènements qui nous transforment, à la maturité peut-être ? Dans le second tome,  Kaylan évoque son évolution  : d’irréfléchi, il est devenu plus posé au contact de Sheelba.

Mais au delà de la métaphore, le dragon n’a pas livré tous ses secrets : le mage Arh’En’Dal évoque un réveil du dragon sous la ville et la destruction du monde. Mais il n’en dit pas encore assez à Kaylan sous prétexte qu’il n’est pas « prêt » et à nous aussi, par la même occasion.

Par ailleurs, le tome deux s’achève sur un élément de suspense autour du dragon et du bébé de Sheelba qui nous donne envie de lire la suite. Peut-être aurons-nous plus d’éclaircissement encore dans un troisième tome ?

En conclusion : Ce roman est idéal pour initier un adolescent à la Fantasy tant au niveau de l’intrigue que de la longueur de ses pages. Un adulte déjà connaisseur du genre passera un bon moment de lecture mais il sera peut-être en attente de plus d’épaisseur au niveau des personnages ou de l’intrigue.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur la suite de l’histoire, je vous invite à lire mon interview de l’auteur, dans ma rubrique Rencontre avec. 😉

Cet article a été préalable publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

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Sept questions à Cendrine Nougué

Les tomes 1 et 2 de la Guilde des Merlins ayant été publiés depuis un petit moment, Cendrine Nougué a eu la gentillesse de m’accorder une interview pour évoquer la suite de sa série aux mille et une références littéraires…

Amélie : Dans les prochains tomes, va-t-on en apprendre plus sur le père d’Arthur ?

Cendrine Nougué : « Arthur va découvrir peu à peu ses origines esfaeriennes, mais aussi le mystère de sa naissance lié à cette fameuse prophétie d’enfant au double sang. En effet dans le tome II on découvre les machinations d’Arkadius qui est allé jusqu’à séduire une Fae pour concevoir Egregor, qu’il présente comme l’Héritier annoncé, mi Fae mi Wampyr.

Qu’en est-il alors d’Arthur ? Est-il un héritier légitime ? qui est vraiment son père ?  Dans le tome III cette question sera centrale et amènera notre héro à reconsidérer tout son univers et ce qu’il prenait pour acquis. Il devra revisiter sa propre histoire mais aura bien des aventures à vivre avant cela !  «

Amélie: Est-ce qu’au niveau de l’écriture, mêler mythologie et contes n’a pas été trop difficile ?

CN: « En réalité le mélange se fait tellement facilement qu’il m’arrive de douter de la réalité des choses lorsque je me relis, je me demande parfois ce qui appartient à la légende et ce que j’y ai ajouté, et je dois même vérifier en cas de gros doute ! Je me prends à mon propre jeu.

La guilde des Merlins est basée sur cette hypothèse que toute la littérature part d’un même point, un socle commun. Il est donc très facile ensuite de voir les points de convergence entre certains personnages, comme Morgane et Viviane qui pourraient ne faire qu’une… ou Peter Pan et les légendes de l’homme vert celtique…

Le plus difficile est de m’arrêter à temps, ne pas franchir une limite qui rendrait l’édifice trop lourd et nuirait à la crédibilité des légendes. Toucher aux mythes, oui, mais surtout, les respecter : les personnages de contes et légendes m’invitent chez eux, je fais très attention à ne pas les trahir. »

Amélie : Envisager une confrérie d’auteurs ayant marqué l’histoire de la littérature et donner aux fées comme origine les muses, il fallait oser. Qu’est ce qui t’as inspiré pour cela ?

CN : « Les fées et les muses ont beaucoup en commun. Ce sont des femmes mystérieuses, libres et fortes, qui ont le pouvoir d’agir sur les hommes et leur imaginaire, les inspirant ou les punissant par des sorts. Elles ont des attributs très spécifiques, ou des pouvoirs très spéciaux, sont liées à la nature, surtout pour les nymphes… le lien se fait tout seul non ? »

Amélie : Est-ce que tu visites tous les lieux que tu évoques dans tes livres pour mieux t’en imprégner au niveau de l’écriture ?

CN : « Si j’en ai la possibilité c’est en effet plus facile pour décrire les ambiances, même si je « brode » ensuite et arrange parfois la topographie pour coller à la réalité de mon univers. Je procède d’abord à des repérages sur google earth puis l’imagination s’envole. Et parfois j’ai de belles surprises, comme à l’hôpital Grace de Monaco de Londres. Je ne savais pas comment faire entrer Arthur car j’ai moi-même été refoulée à l’accueil de cet établissement très select (vécu !) et j’ai vu un interne qui fumait à l’arrière et laissait la porte ouverte…

Je garde un souvenir ému de la maison de James Barry et du pub attenant le Hereford Arms où il allait vraiment. C’est vrai que c’est une chance de pouvoir visiter ces lieux et de transmettre leur ambiance, je n’ai pas le droit à l’erreur dès que cela touche des monuments littéraires tels que James Barry ou Merlin !

Je vais très souvent en Esfaeria me ressourcer aussi, découvrir de nouveaux paysages et de nouveaux habitants. Je m’installe un moment chez eux pour m’inspirer de leur vie, tout comme le faisaient les Merlins d’antan afin d’en ramener de belles histoires. Le tome III va marquer un tournant puisque cette magnifique contrée sera enfin à l’honneur… »

Amélie : Combien de tomes sont prévus dans la série des merlins ?

CN : « J’espère en faire 5 ou 6, selon le développement de l’histoire. »

Amélie: Est-ce que tu peux nous dévoiler quelques mystères concernant le tome III ?

CN : « Je peux dire que ce tome sera particulier car Arthur va évoluer et entrer véritablement dans l’âge des conflits intérieurs propres à l’adolescence. Son personnage va s’étoffer, grandir, mûrir et se rebeller, il devra se battre pour sa survie et cela se sentira dans le ton de la série qui va évoluer avec lui.

Il va rencontrer de nouveaux personnages, notamment un pirate contrebandier et génie fou, mélange d’Albator et de Prométhée, avec un soupçon de capitaine Hook, qui sera d’une importance capitale pour la suite, ainsi que de nouveaux personnages qui vont l’accompagner jusqu’à la fin. Parmi eux des héros de contes bien sûr, toujours sur le même principe des mélanges, comme Aelyss la reine du palais des miroirs d’Envers, Ozma… mais je t’en dis trop !

Les tomes I et II ont semé des indices comme autant de petits cailloux sur le chemin, le lecteur attentif les retrouvera et comprendra alors leur importance : pourquoi Archibald donne-t-il le livre de Peter Pan à Arthur ? ou sa canne ? Quels démons hantent Yasmine ? sans compter tous les petits secrets d’Archibald… »

Amélie: Est-ce que tu envisages d’écrire une série pour adultes une fois les merlins terminés ?

CN : « J’écris une série pour grands ados en ce moment, totalement steampunk, avec un univers uchronique moitié victorien et moitié actuel. J’espère qu’elle sortira en 2018. Dans les cartons il y a aussi des romans plus réalistes et plus adultes, avec une touche fantastique, dans un genre très différent. Et puis une collaboration avec Anthelme Hauchecorne autour de la suite de son roman « Le journal d’un marchand de rêve » qui est en cours.

Ce ne sont pas les projets qui manquent mais le temps… je vais demander exil en Esfaeria, le temps n’y existe pas ! »

Je tiens à remercier l’auteur, Cendrine Nougué d’avoir eu l’amabilité de répondre à ses questions. Je ne manquerai par de chroniquer le troisième tome dès sa parution. Restez à l’affût ! Et si vous n’avez toujours pas lu cette série, venez vous faire votre idée en lisant ma chronique dans la rubrique Lectures.

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La guilde des Merlins, Cendrine Nougué, édition Fleur Sauvage

Bienvenue dans un monde où les contes se mêlent à la réalité !

Résumé des deux premiers tomes : 

Tome 1, Le magicien : Arthur Sullivan, collégien vivant à Nantes, partage sa vie entre sa passion pour la magie et ses amis. Jusqu’au jour où sa mère est hospitalisée à Londres, le laissant aux mains de sa grand-mère anglaise, richissime éditrice qu’il n’avait jamais vue. Arthur découvre alors un univers où se manifestent des créatures étranges, et où les contes pour enfants semblent avoir … une extraordinaire importance.

Tome 2, l’héritier :  Alors qu’il vient à peine de retrouver sa famille à Londres, Arthur est pourchassé par un mystérieux ennemi. Réfugié au château de Komper, au cœur de la forêt de Brocéliande, l’adolescent va découvrir le monde de ses origines et percer les secrets de la mystérieuse guilde des Merlins. Sur ces terres de légendes où plane l’ombre de Merlin et de la féerie, entouré de son fidèle Pillwiggyn et de ses amis Émile et Yasmine, il embarque dans une aventure pleine de rebondissements, de contes et de magie, jusqu’aux sources de l’Imagination…

Mon avis :

Un roman d’apprentissage basé sur les origines du héros

Arthur n’a rien d’un héros. C’est un enfant qui vit avec sa mère et connait peu son père, magicien renommé. Il a pour passion l’illusionnisme, et passe pour un loser auprès des autres enfants. Il est même le souffre-douleur de sa classe. Sans ses amis Emile et Yasmine, il aurait de gros problèmes.

Pourtant, malgré cela, il va découvrir qu’il a un destin hors du commun avec une grand-mère et une famille maternelle qu’il connaît peu. Un prophétie le désignerait comme le prince héritier de la famille royale d’Esfaeria. Et divers éléments vont peu à peu bouleverser son quotidien…

Cendrine Nougué nous plonge ici dans un roman d’apprentissage typique avec tous les ingrédients qui vont avec : origine mystérieuse du héros, prophétie, épreuves initiatiques, adjuvants fidèles, opposants farouches, … A ceci près que notre héros est pré-adolescent et qu’il refuse d’adhérer, du moins au début, à ce qu’on lui fait découvrir et ne souhaite qu’une chose : retrouver une vie normale avec sa mère.

Une multitude de références littéraires subtilement entremêlées

Saviez-vous que les muses étaient des fées, filles d’Obéron et Titania ? Que certains des plus grands auteurs de notre temps, vivraient encore en Esfaeria après avoir intégré la Guide des Merlins afin de perpétuer leur travail comme James Barrie ou Lewis Carroll ?

Cendrine Nougué nous invite à envisager la naissance des arts et de la littérature d’une autre manière et à revisiter certains contes, mythes ou histoires ayant marqué notre temps.

Ainsi les muses/fées auraient aidé les humains à développer leur imagination grâce à La Source, à la fois énergie et principe même de l’existence d’Esfaeria.

La bibliothèque d’Alexandrie n’aurait pas détruit toute la connaissance des hommes mais aurait été sauvée par les muses dans un Palais de Cristal sur l’île d’Avallon protégé par Morgane/Vivianne.

Morgane et Vivianne, issues des légendes arthuriennes ne feraient qu’une : sirène la nuit, fée le jour, ayant pour mission d’éloignant les curieux autour du Palais.

Le lapin d’Alice aux Pays des merveilles serait un animal permettant de voyager entre Esfaeria et réalité…

Nous partons aussi à la rencontre de l’origine de certains contes comme celui de la Belle au Bois dormant écrit par Basile, réécrit par Perrault, et qui serait inspiré par la rencontre d’une fée un peu spéciale.

Même les mondes obscurs ont leur personnages avec les Wampyrs ou vampires dont la naissance suivrait une certaine logique avec les Arkadius, le père d’Egregor.

Au-delà des références explicites données dans les livres, d’autres se superposent subtilement : Le trio formé par Arthur, Emile et Yasmine n’est pas sans rappeler les trois amis que sont Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley, décrits par J.K.Rowling dans la saga Harry Potter. Archibald a des allures de Dumbledore, Pillwiggyn l’elfe de maison d’Arthur rappelle Dobby…

Une petite référence au steampunk à travers les personnages des muses aux allures d’amazones à goggles, ainsi que les animaux mécaniques d’Egregor, apporte une touche mécanique et technologique aux livres.

Deux tomes d’introduction qui réservent encore des surprises

Comme dans tout premier tome, Arthur découvre ainsi que le lecteur, l’existence d’Esfaeria et de la guilde des Merlins par le biais d’Archibald et des fées. Les explications se poursuivent au tome 2 quand l’action se précipite.

On comprend qu’avec les deux premiers tomes de la saga des Merlins, Cendrine Nougué sème des indices et nous prépare aux grandes aventures à venir.

Ainsi de nombreuses questions restent en suspens : qui est le père d’Arthur? Qui de Egregor ou de Merlin est le véritable héritier au trône d’Esfaeria ? Arthur sauvera-t-il sa mère et sa grand-mère ?

A la fin du deuxième tome, Arthur se retrouve sur ce qu’il semble être l’île des enfants perdus de Peter Pan. Et l’ambiance tourne au vinaigre…

Toutes ces interrogations laissent le lecteur sur sa faim et lui donnent envie de lire la suite.

En conclusion : Une fabuleuse série à découvrir pour réinventer son rapport aux contes et aux mythes. Un voyage initiatique avec un héros ordinaire un peu impulsif et gaffeur. Une plongée dans l’imaginaire pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant et leur capacité à croire à l’impossible.

N’hésitez pas à consulter mon interview de l’auteur dans la rubrique Rencontre avec, ou à retrouver l‘univers des Merlins sur leur page facebook.

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Sorcières associées, Alex Evans, éditions ActuSF

Vampire possédé ? Zombie exploité ? Appelez le cabinet de sorcières associées Amrithar et Murali !

Résumé : Dans la cité millénaire de Jarta, la magie refait surface à tous les coins de rue. Les maisons closes sont tenues par des succubes, les cimetières grouillent de goules… Pour Tanit et Padmé, sorcières associées, le travail ne manque pas. Mais voilà qu’un vampire sollicite leur aide après avoir été envoûté par un inconnu, tandis que d’étranges incidents surviennent dans une usine dont les ouvriers sont des zombies… Tanit et Padmé pensaient mener des enquêtes de routine, mais leurs découvertes vont les entraîner bien au-delà de ce qu’elles imaginaient. En effet, à Jarta, les créatures de l’ombre ne sont pas les plus dangereuses…

Mon avis :

Deux sorcières qui ne manquent pas de caractère

Alex Evans nous présente deux sorcières aka détectives privées et désenvoûteuses aussi différentes qu’intéressantes, avec toutes deux une  forte personnalité.

Il y a tout d’abord Tanit, ancienne espionne de l’armée, joueuse, buveuse, adepte des aventures sans lendemain et des tenues affriolantes, avec une tendance à foncer tête baissée dans les ennuis. Elle réside dans les bas-fonds de la ville et aime traîner dans les bars. Son passe-temps favori est de participer à des combats de boxe libres.

A l’opposé, Padmé, qu’on suppose d’origine indienne avec son sari, est plutôt posée et réfléchie. Elle est la mère d’une jeune adolescente adepte des créatures magiques, et a fui son mari, ancien médecin de l’armée. Elle aide de manière bénévole et anonyme dans un hôpital pour nécessiteux à côté de son travail de détective et vit dans un quartier respectable, très bourgeois. Elle a du mal à s’engager dans des relations amoureuses du fait de son statut de mère célibataire.

Bien qu’ayant été dans deux camps opposés pendant la dernière guerre magique, les deux sorcières se sont associées dans une sorte de cabinet de détective liées aux affaires magiques à Jarta. Elles se voient confier deux enquêtes : un vampire possédé par un humain et forcé de tuer des gens, ainsi que des accidents mystérieux dans une usine où travaillent des zombies.

Ce deux enquêtes vont leur permettre également de faire le point sur leur vie et de résoudre des problèmes liés à leur passé.

Une enquête à deux voix

D’emblée, Alex Evans nous propose une narration à deux voix : celles des deux sorcières.

A chaque chapitre, l’une d’elle s’exprime sur l’enquête en cours et raconte aussi un peu de son histoire. Au lecteur de créer des liens logiques autour de l’enquête à travers les récits des deux protagonistes.

Cette technique d’écriture permet de garder un certain rythme dans l’histoire et par conséquent, de ne pas endormir le lecteur.

Mais dans les derniers chapitres, les deux voix ont tendance à perdre de leur personnalité pour ne devenir qu’une. Un peu dommage pour la distinction entre les personnages mais cela ne trouble pas pour autant l’intrigue principale.

Un univers magique avec ses règles

Jarta est une cité qui s’éveille à la magie.

Des années auparavant, elle avait disparu et voilà qu’elle revient de manière mystérieuse. Cela occasionne de gros problèmes car avec la magie, viennent les créatures magiques…et toutes ne sont pas bienveillantes.

Cependant, cela donne du travail aux deux sorcières, ainsi qu’à d’autres. Les sorciers forment une sorte de club dans la cité et aiment à se retrouver pour discuter de leurs affaires respectives.

Mais, être une sorcière n’est pas de tout repos car il faut obéir à certaines lois.

Par exemple, quiconque utile la magie pour de mauvaises raisons doit s’attendre à un retour de bâton ou au mauvais sort. Padmé est très respectueuse de cette règle et s’efforce constamment de convaincre Tanit d’en faire de même.

Découvrir que l’on est une sorcière n’est pas simple non plus. Les sorciers étaient auparavant pourchassés, utilisés à des fins de guerre dans des unités d’élite, ou encore endoctrinés dès leur plus jeune âge. Tanit et Padmé ont, dans leur histoire personnelle, vécu des traumatismes liés à leur pouvoir.

Enfin, des humains sans pouvoir magique peuvent en acquérir en réunissant de puissants artefacts appelés Tellions. Ces objets, mi-magiques, mi-mécaniques auraient été détruits des années auparavant et dispersés. Mais leur usage peut s’avérer très dangereux pour un néophyte.

Une réflexion sur le capitalisme et la vie éternelle

A travers les deux enquêtes, l’auteur nous fait réfléchir sur deux sujets : le capitalisme et la vie éternelle.

Avec son usine d’ouvriers-zombies, Stanford propose une alternative à moindre coût pour continuer à faire du profit : continuer à utiliser ses propres ouvriers, une fois morts pour les transformer en zombies et qu’ils continuent à travailler sans relâche dans son usine. Il suffit pour cela de racheter leur corps à leur famille et de les transformer.

Cette idée, astucieuse, pose un problème éthique : celui du respect des morts d’une part, et de l’égalité entre ouvriers. Les ouvriers morts ne coûtent rien contrairement aux vivants et donc leurs sont préférés. Cependant, leurs familles ne peuvent jamais faire réellement le deuil de leur proche car il n’est pas réellement décédé.

Cette notion capitaliste atteint son paroxysme dans le culte lié à l’argent dans la cité. Le dieu Kel, dieu de l’argent est vénéré avec ferveur car la principale source de revenu de la ville est le commerce. Son Grand Prêtre est aussi craint que les dirigeants au pouvoir et il joue également le rôle de banquier. Le temple en lui même est à l’image du culte, rassemblant toutes les figures liées à l’argent : poule aux oeufs d’or, Veau d’or… et est décoré de manière ostentatoire. On pourrait penser que ce culte est ridicule, cependant le Grand Maître a le bras long dans la cité et il ne fait pas bon le contrarier.

Quant à la vie éternelle… il en est question dans le livre avec un scientifique fou. Mais nous vous laisserons découvrir cela vous-même…

En conclusion : Une enquête magique qui allie sorcières au caractère bien trempé et questions éthiques sur la magie et la société. Un roman à dévorer de toute urgence !