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L’Héritage du rail, La dernière geste, deuxième chant, Morgan of Glencoe, éditions ActuSF

Suite directe de Dans l’ombre de Paris, que j’avais fort apprécié, L’Héritage du Rail nous emmène dans une nouvelle aventure de Yuri, la princesse japonaise, qui se forge une nouvelle identité et en apprend plus sur son héritage maternel. Un nouveau chapitre riche en personnages au charme envoûtant.

Résumé : Alors que la nouvelle se répand en Keltia, Yuri, ramenée de force à l’ambassade du Japon, est déterminée à reprendre sa liberté malgré tout. Mais comment fuir, et où trouver refuge ? Seul le Rail semble désormais capable de lui donner asile…

Mon avis :

Attention ! Cet article comprend des spoilers sur le premier tome. Si vous n’avez pas lu Dans l’ombre de Paris, je vous conseille de vous référer d’abord à ma première chronique sur ce sujet, ou de lire le livre tout simplement. Je ne peux malheureusement pas évoquer ce deuxième tome sans révéler certains détails. 🙂

Par ailleurs, comme je demande peu de services presse, aussi je tiens à remercier vivement les éditions ActuSF pour l’envoi de ce livre, qui m’a bien fait plaisir.

Un roman sous l’égide de l’amour, du deuil et du Rail

Dans le premier tome, nous avons quitté les Rats, massacrés par les soldats du roi de France venus secourir Yuri. Pendant l’assaut, Sir Longway est tombé sous la lame du jeune Prince mettant fin ainsi à son règne sous les égouts et anéantissant les relations commerciales entre Keltia et le Rail dont il était le dépositaire. Yuri est rentrée malgré elle au palais pour suivre son destin de future reine de France, encore sonnée par le sacrifice de ses amis. Mais la découverte d’une autre vie et le deuil des Rats va l’empêcher de rester impassible face au sort des plus faibles et lui donner la force de tracer sa voie.

Le deuil du personnage emblématique qu’était Sir Longway et de la communauté des Rats marque profondément ce deuxième tome. Entre balades mélancoliques chantées par la fée-barde, rituels de deuil keltiens, enterrement et testament, l’Héritage du Rail trouve bien son titre.

Chacun des personnages sera amené à dépasser la perte des êtres chers pour aller de l’avant et trouver sa voie à sa manière. Gabrielle de France portera le deuil de son vieil ami, au grand dam de sa famille, ravivant ainsi de vieilles rancœurs. Kenzo, le père de Yuri va laisser peu à peu se fissurer son masque d’impassibilité. Pyro va entraîner son frère sur le Rail…tout comme Yuri.

Nous voyagerons à bord du Rail et des fourmis. Nous connaîtrons leur solidarité, leurs règles de vie et nous vivrons de nouvelles aventures dans les paysages glacés de Russie, avant d’arriver en Keltia.

Malgré la mélancolie qui règne, l’amour sera l’élément clé qui permettra aux personnages d’être sauvés. Le meilleur exemple en sera le couple formé par Bran la Selkie et Ren le Spectral-Guérisseur. Il faudra toute la patience de Ren et son énergie vitale pour redonner vie à sa petite-amie, affectée à la fois par le deuil de son père et ses blessures graves de combat. Ren fera une rencontre inattendue lors du récit, qui lui permettra également de faire le deuil de son frère/soeur évoqué dans le premier tome.

Des personnages qui gagnent en profondeur

La force du récit de Morgan of Glencoe, outre son style poétique semblable à une mélopée, réside dans ses personnages à la psychologie très étoffée. Si l’on croyait que Yuri était le personnage principal d’un récit où les autres ne sont là que pour la mettre en valeur, ce serait une grave erreur.

Dans L’héritage du rail, chaque personnage a son importance, car chacun apporte sa couleur au récit. Et ils évoluent énormément par rapport au premier tome ! Je n’imagine pas le temps passé par l’autrice à développer les fiches de ses personnages lors de l’écriture de son roman. Je la soupçonne même de nous donner seulement un aperçu de ce qu’ils sont réellement dans son imaginaire personnel.

Sans pour autant détailler l’évolution de chacun, j’évoquerais quelques personnages clés :

Tout d’abord Yuri, qui cherche et réussit à se forger une identité proche des valeurs keltiennes, en apprenant à se défendre seule, à faire preuve de solidarité et surtout à être vraie.

Ensuite, Bran, qui en guérissant successivement de ses deuils et de ses blessures, profite du temps passé avec Ren et se prépare doucement à son avenir de Barde.

Aliénor, quant à elle, tire son épingle du jeu à la Cour du Roi de France en réalisant des choix discutables tout en révélant une intelligence et un côté manipulateur hors pair. Dans le même temps, le jeune Prince Louis-Philippe dévoile sa vraie nature qui fait un peu frémir.

Levana, la garde du corps créé génétiquement pour la protection de Yuri, accepte sa part d’humanité au contact des Fourmis qui ne la considèrent pas comme un monstre de laboratoire.

Enfin, Pyro trouve sa voie professionnelle, Alcyone trouve l’amour et Ryuzaki découvre un secret sur ses origines.

A la manière de poupées russes, les récits des uns et des autres s’entremêlent et se croisent pour n’en former qu’un, à la manière des dragons évoqués par Kenzo et Longway dans leur danse du sabre, et c’est très réussi.

Vers une découverte de Keltia la libre et de Badgad la mystérieuse

Longtemps évoqué dans le tome précédent, Keltia, terre des fées et créatures magiques, mais aussi des hommes et des femmes libres, nous est enfin présentée. Enfin… nous aurons un petit aperçu d’Oxford et parfois le monde irréel des Bardes de Taliesin !

Inspirée de la Grande Bretagne et des terres de légendes telles que l’Ecosse, la Cornouailles et l’Irlande, chères au coeur de l’autrice, nous découvrons enfin, au terme du voyage du Rail, ce pays tant décrié par la France car considéré comme barbare.

Entre l’enterrement de Sir Longway sur sa terre natale et la maison de l’oncle de Bran, Keltia se révèle un pays pluvieux, frappé par la rudesse de la vie, mais dont les habitants sont chaleureux comme une tasse de chocolat chaud.

A travers ce pays inventé, Morgan of Glencoe évoque des valeurs bienveillantes qui redonnent de l’espoir à ses personnages comme à son lectorat : la liberté de devenir qui l’on veut, d’aimer qui l’on veut, l’égalité des sexe, un gouvernement dont on doit se montrer digne. En Keltia, la solidarité, l’espoir d’un monde meilleur, le féminisme et le LGBTQ+ ont le vent poupe et tout le monde trouve cela normal.

Comparé aux autres pays qui écrasent les plus faibles, discriminent les minorités et où l’hérédité du pouvoir (sans réelles compétences) est de mise, on peut comprendre que Keltia est considérée comme un danger qui menace l’ordre établi.

Mais je pense qu’il faudra attendre le troisième tome de cette série pour enfin plonger totalement dans l’univers Keltien. Car la mère de Yuri, Mona, était keltienne et cela commence a être tout juste exploré en fin de récit.

Nous effleurerons également une autre partie de l’univers de la Dernière Geste dans ce deuxième tome : les pays arabes avec les personnages de Abbas Benacer, le diplomate-émissaire présent à la Cour de France et Kimiya Mchezaji, une danseuse célèbre et mystérieuse. Ils nous emmèneront brièvement dans le désert, et apporteront une touche politique au récit, qui devrait porter ses fruits dans le troisième tome.

Quelques détails sur le style de l’autrice

Quand j’ai lu Dans l’Ombre de Paris, j’ai été frappée par l’utilisation de chansons dans le récit, de façon récurrente et principalement en anglais. Cela est dû au fait que Morgan of Glencoe est musicienne : elle joue de la harpe, et cela se ressent dans la manière dont est rythmée son histoire. On a l’impression de lire une histoire des temps anciens, avec de nombreuses aventures et des héros en plein apprentissage.

L’histoire se répète dans L’Héritage du Rail, qui propose des documents en annexe en anglais et leur traduction. Car c’est l’autre particularité de ces histoires : certains passages sont en anglais, japonais ou encore langue des fées, voire en russe. L’autrice apprécie d’ajouter une touche linguistique pour différencier les origines des personnages. Cela apporte un côté multiculturel à son récit, qui pourra peut-être dérouter certains. Heureusement pour nous, des notes de bas de page et des traductions en fin d’ouvrage aident grandement à la compréhension. Ce n’était pas forcément le cas dans le premier tome, aussi j’ai encore mieux apprécié celui-ci.

En conclusion : Un univers original, riche et bienveillant, des personnages inoubliables, un voyage qui nous transporte au delà de notre imagination… Morgan of Glencoe signe ici un deuxième tome plus fort que le premier, confortant mon sentiment que cette série est une vraie pépite. Je vous invite fortement à la découvrir ! Pour ma part, j’attends la sortie du tome 3 de cette série, qui j’espère se terminera bien pour l’héroïne.

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Le Roi des Aulnes, Nixi Turner contre les Croquemitaines T5, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Un dernier tome de saga centré sur la maltraitance infantile qui ne m’a pas laissée indifférente…

Résumé : Nixi doit affronter son ennemi, le Roi des Aulnes, mais elle ne sait pas que quelqu’un l’espionne. Tous les élèves pensent que Jennifer est folle, cependant l’adolescente est loin d’être bête et a vite compris que Nixi n est pas une fille comme les autres. Depuis la rentrée, des choses étranges se produisent et Jennifer compte bien découvrir toute la vérité.

Mon avis :

Jennifer, folle à lier ou fille intelligente ?

Dans cet opus, le Scooby Gang (ou les Thérioctones comme dirait Hugo) va venir en aide à Jennifer, la tarée de la classe que l’on aperçoit depuis le début du tome 1, entre deux crises. Cette dernière sent que quelque chose ne tourne pas rond chez son père, qui la bat depuis le départ de sa mère et a sombré dans l’alcoolisme.

L’auteur nous décrit avec justesse la culpabilité de la jeune fille et sa difficulté à demander de l’aide au départ. Elle pense que si son père la bat, c’est parce qu’elle a des crises de folie. Donc, que c’est de sa faute. Elle cache ses bleus sous du maquillage, une frange qui lui mange le visage et des pulls informes. Elle a posé un verrou sur la porte de sa chambre. Elle ment à son thérapeute sur les raisons de sa frayeur, comme si les mots restaient bloqués en elle. Et chaque soir, quand elle rentre un peu tard, elle tremble de peur à l’idée que le monstre habitant chez elle se réveille et vienne la frapper.

Malgré sa détresse, c’est une jeune fille attentive et intelligente qui essaie de s’en sortir. Elle a compris plus ou moins ce que Nixi faisait avec la bande et va se rapprocher d’eux. Elle deviendra l’élément intelligent dont ils ont parfois besoin et trouvera parfaitement sa place chez les Thérioctones.

Un dernier croquemitaine difficile à éliminer

Le dernier combat avec le Marchand de Sable a laissé Nixi blessée et affaiblie. Les Enfers sont figés dans la glace à cause de l’intervention de Chora dans le tome 4. La Chasseuse de croquemitaine ne part pas gagnante et aura plus que jamais besoin de l’aide de ses amis pour réussir sa mission.

Par ailleurs, le dernier croquemitaine, le Roi des Aulnes, est présenté comme le chef des monstres et très difficile à tuer. Si nous étions dans un jeu vidéo, je dirais que c’est le boss de fin. Il réservera deux ou trois surprises à la bande qui pimentent le récit et que personnellement, je n’ai pas vu du tout venir.

Le côté humain de Nixi atteindra son apogée dans ce dernier tome : elle aura peur de mourir ou que ses amis meurent par sa faute. Un choix sera à faire pour détruire le Roi des Aulnes et il ne sera pas facile. Mais le naturel reprendra vite le dessus : d’abord on tape, et après on réfléchit. La méthode bourrin de Nixi face au danger…

On notera une grosse référence à la série Buffy contre les vampires, plus présente que dans les autres tomes, autour du personnage de Nixi et de son rôle réel aux Enfers. Mais je n’en dirai pas plus pour éviter de vous spoiler un des rebondissements.

Quelques bémols (attention Spoilers)

Si ce tome a le mérite de bien terminer la saga de Nixi Turner, j’ai noté quelques détails qui m’ont fait moins accrocher au récit vis à vis des tomes précédents.

Tout d’abord, j’aurais apprécié que la maltraitance dont est victime Jennifer soit un peu plus développée. On sait peu de choses concernant son père, ce qui lui est arrivé et son état dépressif/alcoolique. Est-ce que la jeune fille est battue tous les jours ? Pourquoi n’appelle-t-elle pas sa mère ? J’ai l’impression que l’on esquisse ici le problème, peut-être par pudeur envers les jeunes lecteurs. Et je n’ai pas compris d’où provenaient les crises de la jeune fille. Sont-elles liées au croquemitaines s’il a pris possession de son père ?

J’aurais bien aimé rencontrer Hadès, le père de Nixi dont on entend parler, mais que l’on jamais. Je m’attendais à un final avec le Dieu des morts apparaissant miraculeusement, mais il n’en a rien été. Je suis un peu déçue à ce niveau. L’auteur a préféré mettre en avant les enfants en tant que héros, plutôt que les adultes, et je reconnais là un choix d’écriture vis à vis de son public cible.

Enfin, les répétitions de certaines situations, comme les dialogues improbables entre les collégiens lors de moments de danger manquaient de nouveauté. C’était amusant mais redondant. Cela a été compensé par les multiples rebondissements finaux, mais je reste sur ma faim malgré tout.

En conclusion : Une fin soignée, aux rebondissements imprévus, qui met en avant le courage des personnages principaux devant l’adversité. On trouvera également pour ce dernier tome la thématique de la maltraitance infantile qui est abordée avec finesse mais pas assez développée à mon goût. Une bonne fin de saga parfaitement adaptée à un jeune public, mais peut-être pas assez développée pour un adulte.

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Moi, le Minotaure, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

Premier tome de la collection « La mythologie vue par les monstres », ce récit raconté par la créature mythique m’a apporté un regard différent sur la légende de Thésée.Voici mon retour sur le Minotaure alias le prince Astérios de Crète…

Résumé : Je suis Astérios, Prince de Crète. Je vis dans un grand palais et mon lit est en or. Mais tout le monde me fuit ! Je viens de découvrir ma véritable apparence : celle d’un enfant à tête de taureau ! On m’appelle désormais le Minotaure. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

Où comment naquit le Minotaure…

L’auteure part aux origines du mythe en commençant par l’enfance du monstre afin de nous expliquer comment il est devenu le célèbre Minotaure assoiffé de sang.

Ainsi, nous faisons connaissance avec Astérios, Prince de Crète, fils du Roi Minos et de la Reine Pasiphaé. L’enfant grandit dans la solitude la plus totale, servi par une vieille domestique, rejeté par sa famille sans qu’il sache pourquoi. Ses soeurs Arianne et Phèdre trouvent toujours des prétextes pour l’éviter, sa mère ne lui rend presque jamais visite et tous les domestiques du Palais le fuient.

L’adolescence arrivant, le jeune Prince force les choses et tente de se rapprocher de sa mère pour une banale activité de filage de laine. Mais il surprend une conversation qui le fait douter de sa nature. Il faudra qu’il voit son reflet dans un étang pour comprendre qu’il est différent des autres.

De là, l’enfant cherchera des réponses : qui l’a transformé ? Est-il né ainsi ? Pourquoi le Roi ne veut pas qu’il l’appelle Père et reste froid avec lui ? Pourquoi sa mère, qui semble l’aimer, le fuit ou pleure à sa vue ?

De fil en aiguille, il remontera le fil de l’histoire de ses origines, jusqu’au moment où il est enfermé dans le Labyrinthe : un palais qu’il prendra au départ pour sa nouvelle maison, construite à la demande du Roi, afin de le couronner comme descendant légitime.

Sylvie Baussier introduit quelques éléments fictionnels dans le récit de l’enfance du monstre, mais c’est pour mieux comprendre ce qu’il endure. Elle réalise avec brio l’introspection profonde de l’enfant, dérouté par le comportement des adultes, et qui cherche profondément à se faire aimer des autres. Elle explique aussi brillamment la folie qui s’empare de cet être, à force de solitude et de privations, au sein du labyrinthe, le transformant en monstre.

Monstre ou victime ?

Souvent, dans la mythologie grecque, les enfants paient pour les erreurs de leurs parents. Et c’est ce qui est arrivé au jeune Prince, victime de l’orgueil du Roi Minos.

Tout l’enjeu de cette histoire est qu’Astérios est le fruit d’une erreur du Roi et de la Reine, qu’ils ne peuvent effacer. Son existence leur rappelle cette erreur chaque jour, et la honte qu’elle occasionne, alors que le Prince n’y est pour rien.

Si Minos avait sacrifié comme prévu le taureau envoyé par les Dieux, Poséïdon n’aurait pas insufflé à Pasiphaé de l’amour pour cette bête et le prince ne serait pas né avec des cornes. Minos regrette ce sacrifice manqué et cache son enfant bâtard et difforme car il en a honte. Pasiphaé aime son fils mais elle est faible devant le Roi et ne peut le protéger de sa fureur.

Peut-être que l’histoire du Minotaure aurait été différente s’il avait été accepté pour ce qu’il est et non l’erreur qu’il représente. Ou qu’il ne serait pas né difforme si le Roi avait été moins orgueilleux avec les dieux.

A force d’acharnement contre lui, il est normal que l’enfant, devenu adulte, s’en prenne au monde entier et laisse éclater sa fureur. La description de son enfermement solitaire dans le labyrinthe et la privation de nourriture pour le pousser à manger des humains est particulièrement atroce et pourrait rendre fou n’importe qui. Quoi de plus étonnant qu’il attende la mort comme une délivrance ?

Une partie documentaire très complète

En plus de l’histoire du Minotaure, qui fait une centaine de pages, le roman est accompagné d’une partie documentaire sur la Crète, les origines du Labyrinthe à travers le Palais de Cnossos, les tributs de guerre, les différentes versions de la naissance du monstre et un quizz sur le récit pour tester ses connaissances.

Cette partie documentaire est très intéressante et très simple, mais apporte les éléments essentiels pour compléter l’histoire. Elle conviendra parfaitement aux enfants à partir de 10 ans.

L’auteure explique également sa démarche, ses sources pour écrire le récit et ses choix de récit par rapport à l’histoire initiale. Car il y a peu de récits sur l’enfance du Minotaure, mais beaucoup plus sur son origine et sa rencontre avec Thésée !

J’ai trouvé cette initiative très intéressante, car nous avons souvent affaire aux récits présentant la version « finale » des monstres et la manière dont ils sont tués, mais très peu sur comment ils ont vécu leur difformité et se sont construits. En ce sens, le récit prend une tournure assez moderne car les monstres pourraient être métaphoriquement des criminels, nous expliquant le moment de basculement de leur humanité vers leur monstruosité. Mais je m’avance peut-être un peu…

Pour avoir lu et chroniqué Moi, Ligia, Sirène de la même auteure, je vous conseille de commencer la collection par le récit du Minotaure. L’histoire est beaucoup plus prenante et intéressante, à mon sens.

En conclusion : Un récit court mais riche, qui nous dévoile avec finesse la psychologie du Minotaure et comment s’est construit son mythe. Sylvie Baussier nous invite à rendre à la bête son humanité et nous fait réfléchir sur le véritable monstre de cette histoire. Elle réussit à apporter une touche de modernité à ce récit millénaire. Et c’est une vraie réussite !

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Baba Yaga, Nixi Turner contre les Croquemitaines T1, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Couverture rose, petite fille au regard décidé portant une épée, titre digne d’une série d’aventurière… La lecture de ce premier tome d’une série de 5 destinée à la jeunesse m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais après plusieurs romans bien épais. Bienvenue dans les aventures de Nixi Turner, la tueuse de croquemitaines … au collège-lycée Gustave-Caillebotte !

Résumé : C’est la rentrée scolaire au collège Gustave-Caillebotte et Nawel angoisse à l’idée de se retrouver dans cet établissement huppé. Ses premiers jours en 6ème ne se passent pas très bien et une brume étrange et surnaturelle semble la suivre partout. Heureusement, une nouvelle élève nommée Nixi Turner arrive. Elle a l’air particulièrement féroce et les adultes ne peuvent pas la voir. Sa mission : chasser les monstres du collège !

Mon avis :

Une intrigue autour du harcèlement scolaire et de la discrimination

Dans ce premier opus, Nixi va aider la jeune Nawel à se débarrasser d’un croque-mitaine (=une créature maléfique) qui a pris possession d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.

Il s’agit de Baba Yaga, la sorcière russe. Elle se nourrit du sentiment d’insécurité qui habite Nawel et colporte des rumeurs nuisant à la jeune fille pour y parvenir. Il faut dire que Nawel, habitant un quartier populaire à Villejuif, et surtout à peine sortie de l’enfance, intègre un collège prestigieux parisien et éprouve beaucoup de difficultés à trouver sa place.

Rejetée dès le premier jour par l’ensemble de sa classe du fait de ses origines populaires, elle va tomber dans la spirale infernale du harcèlement scolaire, refusant toute aide des adultes par souci de ne pas causer d’ennuis et par envie de se débrouiller seule. La pression et la culpabilisation de venir d’une famille qui veut un avenir meilleur pour elle joue un rôle dans l’affaire.

Avec ce roman, Fabien Clavel nous montre les étapes du harcèlement du point de vue de l’enfant et cela fait froid dans le dos ! Rejet de l’aide d’autres élèves pour éviter d’être cataloguée intello, minimisation du problème devant le principal quand elle est confrontée à son bourreau, obsession compulsive à regarder les publications relayant les moqueries dont elle est victime… sans l’aide de Nixi, Nawel serait sans-doute au bord du suicide à 12 ans !

Du côté des adultes, le problème n’est pas forcément entendu non plus : aveuglement de l’enseignant même quand l’enfant a besoin d’aide, solution-rustine d’un conseil de discipline… Il en faudra beaucoup plus pour que tout cela se résolve dans la joie et la bonne humeur.

Quant à son bourreau qui visiblement n’en est pas à son premier coup d’essai, on se pose des questions sur ses motivations. On le décrit comme un rebelle avec souvent des égratignures au visage. Serait-il lui-même victime d’un boureau à la maison ? Mystère…

J’ai pour ma part noté que ce thème harcèlement est abordé sérieusement, malgré la pointe fantastique, et qu’il pourra peut-être faire réfléchir les enfants harcelés. Après tout, la collection Chatons hantés est destinée aux 9-12 ans : un public qui sort de l’enfance pour entrer progressivement dans la pré-adolescence…

Nixi : une Buffy 2.0 ?

On ne sait pas vraiment d’où vient Nixi, mais à plusieurs reprises elle est comparée à la célèbre tueuse de vampires. Et il faut dire qu’elle lui ressemble sur certains points : armée d’une épée en os (et non d’un pieu en bois), elle est solitaire, et combat des monstres afin de protéger les (enfants) humains.

Comme l’Elue, elle possède un grimoire recensant les créatures qu’elle poursuit, et au fil de l’histoire, elle va se constituer une équipe de choc, même si ce ne sont que des collégiens. Le plus grand point commun à lui trouver avec Buffy serait l’impression qu’elle porte le poids du monde (des collégiens) sur les épaules.

Dans ce premier tome, on en apprend très peu sur ses origines. Elle ne semble pas humaine mais pourtant peut saigner. Elle a un pouvoir d’invisibilité aux yeux des adultes, mais les enfants peuvent la voir. Et surtout, on a cette impression bizarre qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être, et qu’elle vient d’un monde apocalyptique pour réparer une bêtise.

Au fil de l’histoire, malgré son besoin de solitude, et son visible manque d’empathie, elle va commencer à s’attacher à Nawel et aux autres enfants qu’elle rencontre, ce qui laisse entrevoir un besoin de se faire des amis. Peut-être qu’elle n’a pas d’amis, là d’où elle vient ?

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Fabien Clavel manie l’art de distiller des indices sur ses personnages pour permettre au lecteur d’enquêter. C’est une manière de procéder plaisante qui permet d’injecter du suspens et d’émettre des hypothèses sur les péripéties, l’évolution des personnages, la suite de ce premier tome… Bref c’est très réussi !

En conclusion : Baba Yaga est un premier tome d’introduction efficace, qui marque l’entrée d’une nouvelle héroïne encore très mystérieuse, et dont on a hâte de connaître la suite des aventures. Mais c’est aussi un roman jeunesse coup de poing sur le harcèlement scolaire, sous couvert d’une histoire autour d’une créature issue des contes et des légendes et d’une jeune tueuse de monstres.

Envie de connaître mon avis sur les autres tomes de la série ?

Clique ici pour le tome 2 : La Goule

Clique ici pour le tome 3 : Le Père Fouettard

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Feux follets, mandragore et cadavre frais, Fingus Malister Tome 1, Ariel Holzl, Rageot

Quand le jeune Fingus a décidé d’intégrer une prestigieuse école de sorcellerie pour devenir le plus grand nécromancien de tous les temps, cela ne va pas sans catastrophes. Car après tout, même s’il est un Malister, il n’y connaît rien en magie !

Résumé : « Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! » Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Mon avis :

Vie d’un sorcier discriminé

Le ton est donné dès le départ, Fingus n’a pas la vie facile. Discriminé par tout le village parce qu’il est le descendant des sorciers qui ont persécuté les habitants pendant des siècles, il vit seul dans une vieille cabane adossée au château familial en ruines. Heureusement pour lui, il peut compter sur son amie sorcière Polly. Sauf… qu’elle ne souhaite pas utiliser ses pouvoirs, parce que selon elle, la magie est néfaste ! Le duo va tant bien que mal essayer de réaliser une potion pour briller auprès des recruteurs de l’Académie de magie. Mais les ingrédients ne sont pas faciles à trouver, et disons que Fingus est beaucoup plus motivé que Polly à y parvenir.

A travers cette histoire aux multiples rebondissements, Ariel Holzl aborde la discrimination d’un orphelin due à son histoire familiale. Rejeté par le village, ses camarades de classe et semble-t-il la terre entière, pour les actions de ses parents, il fait quand même bonne figure en se débrouillant seul et en gardant un objectif (plus ou moins positif en tête) : devenir un sorcier puissant pour redorer l’image familiale. Car Fingus ne manque ni de créativité ni de débrouillardise. Juste un peu de discernement entre ce qui est bien ou mal. Heureusement, son amie Polly, aux airs de Ron Weasley, veille, l’air de rien, à ce qu’il fasse les bons choix. On se demande d’ailleurs comme il pourrait se nourrir correctement ou arrêter de faire des bêtises si elle n’était pas là.

D’autant que si Fingus a un bon fond, ce n’est pas le cas d’autres habitants du village, comme Ammonia, la fille du maire. Mais curieusement, si un malheur arrive, il devient le bouc émissaire même s’il n’est pas impliqué (ce qui arrive une fois sur deux !).

Il y a un côté tragédie grecque derrière cette histoire jeunesse mais curieusement, Fingus ne se laisse jamais abattre et reste toujours de bonne humeur. On peut penser que le crâne de son grand-père défunt et son grimoire l’aident à tenir même s’ils sont à l’origine de toutes ses bêtises.

De l’humour noir façon jeunesse

Entre le crâne du grand-père Malister, la visite au cimetière, le village maudit, la forêt habitée d’étranges créatures et les quelques fantômes que nous rencontrerons en chemin, Ariel Holzl ne fait pas les choses à moitié pour nous faire entrer dans son univers gothique aux multiples dangers, mais fort amusant.

L’humour est très présent dans tout le récit. On rit des inventions de Fingus aux noms improbables, d’Ammonia qui souhaite créer des parfums alors qu’elle n’a pas d’odorat, des malentendus sur la recette de la potion de Fingus, du décalage entre la joie de Fingus et la haine des habitants à son égard, du monstre du donjon…

L’auteur a le don de rendre les situations cocasses amusantes alors qu’elles sont parfois tristes à pleurer et c’est particulièrement réussi. Et on se demande jusqu’où le jeune sorcier est prêt à aller dans la bêtise pour assouvir ses ambitions.

Quelques bémols

Cette première aventure, malgré une fin quelque peu inattendue, m’a laissée un peu sur ma faim. J’avais en tête l’excellente trilogie des Soeurs Carmine, du même auteur en commençant le récit. Même si j’ai retrouvé l’humour noir d’Ariel que j’adore, je trouve que cela n’a pas été assez loin dans l’intrigue. Pas assez gore, grinçant, gothique… Cela est sans doute dû au public destinataire de ce roman qui n’est pas young adult mais plutôt jeunesse. Avec une intrigue dont on devine facilement les rebondissements, ce sont les deux seuls bémols que j’ai noté pour cette lecture et qui font que cela n’a pas été un coup de coeur.

En conclusion : Une jolie histoire jeunesse conçue comme une potion anti-morosité : Prenez une grosse louche de discrimination, une cuillère à soupe d’amitié et une pluie d’actions aux conséquences désastreuses. Faites mariner dans un univers gothique mais joyeux. Saupoudrez d’un soupçon d’humour noir et d’un peu de magie et vous serez servi !

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Félines, Stéphane Servant, éditions du Rouergue

Dernière lecture imposée dans le cadre du PLIB 2020, ce roman a été une bonne surprise malgré mon manque de motivation à le lire. Au regard de la sélection des finalistes de cette année, je pense que je voterai pour lui, malgré quelques bémols.

Résumé : Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

Mon avis

Réagir face à la différence

Le sujet principal du roman est l’apparition de poils chez les adolescentes du monde entier, les transformant peu à peu en Félines, autrement dit des félins femelles, avec des sens aiguisés et une volonté farouche de se défendre face aux agressions extérieures.

A travers une myriade de personnages rencontrés par Louise, l’héroïne du roman, l’auteur passe en revue l’ensemble des réactions face à ce phénomène inexpliqué et ne nous épargne rien : suicide face à la honte, fierté d’appartenir à une nouvelle évolution, répression vis à vis de la différence, soutien de cette différence.

Ce qui va sous-tendre le récit est l’opposition entre les pro-félines et ceux qui souhaitent leur éradication. On voit évoluer ce qui semble être un groupuscule extrémiste religieux anti-félines avec un leader charismatique. Ce groupe va proposer tout d’abord que les félines ne soient plus scolarisées avec les autres pour éviter une « contamination », puis, en prenant de l’ampleur via la politique et la police, devenir une forme de répression très élaborée : port d’une « Aube » pour cacher ses poils qui rappelle la Burka, interdiction de rassemblement, refus de prendre en compte leurs plaintes en commissariat, regroupement dans des camps de travail…

Les félines se voient contraintes soit de fuir, soit de se plier aux lois dictées par les hommes et surtout ce dogme religieux. Si Louise reste pacifique, Fatia et d’autres veulent en découdre. Ici, on touche à la manière de réagir face à une injustice, ce qui rappelle de nombreux conflits.

L’auteur analyse de manière très fine à travers ce récit fantastique certains combats : Black Lives matters, l’homosexualité au sens large, tout forme de ségrégation, voire la Shoah, et interpelle le lecteur sur ce qui pourrait arriver dans sa réalité, s’il n’y prend pas garde.

Grandir en étant différente

Louise, notre héroïne, est une ancienne bimbo de lycée qui a vécu un accident traumatisant, lui laissant des séquelles physiques et mentales. Cet incident, et le décès de sa mère, l’ont profondément changée. Habillée d’une cape, studieuse, elle est devenue la fille bizarre du lycée.

C’est à travers son regard que nous aborderons le phénomène des Félines, mais aussi les affres de l’adolescence.

Sa transformation, d’abord honteuse et que l’on pourrait assimiler à la puberté, sera au contraire une libération. Libérée de son corps recouvert non plus de cicatrices, mais de poils, elle va vivre une véritable renaissance et le clamer haut et fort.

Fuyant la violence, elle tente de vivre une vie normale avec sa famille en dépit des discriminations dont elle est victime : elle va chercher son petit frère à l’école, passe du temps avec son père, a un amoureux.

Sa plus grande grande appréhension sera d’être acceptée par sa famille et son petit-ami pour ce qu’elle est devenue, rappelant ainsi les changements qui peuvent survenir à l’adolescence et le regard des autres.

L’interrogation sur sa sexualité et celle de son petit-ami seront aussi abordés. Les premiers émois amoureux sont difficiles, effrayants et Louise cache d’autres secrets qu’elle aura du mal à dévoiler.

Le roman met surtout en avant, à côté du phénomène étrange des félines, le courage de devenir soi, malgré le regard des autres et l’envie de se plier au conformisme. Ainsi, Louise par sa détermination et son pacifisme, tentera de désamorcer le conflit entre Félines et détracteurs et deviendra un symbole malgré elle. Cette expérience l’aura transformée en adulte, comme peut l’être l’adolescence.

Quelques bémols

Je n’ai pas aimé le début du roman, pas très accrocheur à mon goût. Le ton est celui d’une adolescente qui est censée parler avec son langage à elle, mais cela tombe un peu à plat. J’ai failli ne pas continuer en me demandant si l’auteur savait comment s’expriment vraiment les adolescents et s’il visait un vrai lecteur adolescent avec son livre. Bref, pas un adulte en tout cas.

La deuxième chose qui m’a agacée est le côté fourre-tout des sujets abordés dans ce roman : Féminisme, viol, masculinisme, discrimination, racisme, homophobie, , épidémie mondiale, Génocide et la petite référence sympa aux camps de concentration (voilà pour le point Godwin).  Le mieux aurait été de traiter un seul sujet. Je me suis sentie un peu perdue avec tout ça.

La fin m’a également déçue. Elle se veut ouverte sur une nouvelle ère… mais de quoi ? On ne sait même rien sur les enfants nés d’une féline et d’un homme. J’aurais voulu en savoir plus sur le sujet.

En conclusion : Stéphane Servant signe un roman fantastique coup de poing qui aborde le phénomène de l’adolescence et de la discrimination de manière fine mais un peu fouillis. Si le ton est juste et l’analyse des réactions éclairante face à un nouveau phénomène, j’aurais apprécié plus de simplicité dans les thématiques évoquées.

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Les tribulations d’Esther Parmentier, Cadavre haché, vampire fâché, Maëlle Desard, Rageot éditions

Une lecture légère et amusante pour l’été, cela vous tente ? Faites la rencontre d’Esther Parmentier, une fille ordinaire qui se découvre sorcière de bas niveau et embarquée comme stagiaire dans une sorte de police magique. Réussira-t-elle à s’en sortir avec son caractère de cochon et ses complexes ? Pour cela, entrons dans ce premier opus hilarant…

Résumé : Esther Parmentier a quitté sa Bretagne natale pour un stage à Strasbourg dans une société informatique quand elle est repérée par l’Agence de Contrôle et de Détection des Créatures Surnaturelles. Car Esther est une sorcière. À peine remise de cette découverte, et des tests visant à déterminer ses capacités, Esther apprend qu’elle n’a pas plus de pouvoirs qu’une allumette mouillée. Sa note sur l’échelle des pouvoirs est historiquement basse : 2 sur 82. Mais Esther est dotée d’un caractère de cochon, de solides capacités de déduction et est capable de résister aux pouvoirs de séduction des Créatures. Malgré son faible score, l’Agence décide donc de l’embaucher comme stagiaire.

Mon avis

Esther, un personnage à part entière

Dès le départ, l’auteure nous propose un personnage attachant qui n’a pas la langue dans sa poche et bourré de complexes. Esther a 19 ans, des bourrelets en trop, des cheveux ultra-rebelles, a la phobie du sport et déteste absolument l’été. Pas de bol, à Strasbourg où elle fait son stage de comptabilité, c’est la canicule !

Ajoutez à cela une mère qui lui a piqué son petit-ami, une addiction aux jeux-vidéos et sa propension à se fourrer dans des situations qui lui valent des ennuis et vous aurez un portrait en règle de sa petite personne.

Même quand elle se découvre un don de sorcière, il s’avère nul (sorcière de niveau 2 !). Cependant, la petite rousse a plus d’un tour dans son sac et va se révéler une enquêtrice hors pair lors de cette première aventure.

Accompagnée de son tuteur, le ténébreux vampire Loan, qui ne peut pas la piffer, de Mozzie un fantôme ultra-connecté, de Marine une Banshee invisible qui ressemble à une poupée Bratz, de Roger un papi-goule, de Dario le Djinn exhibitionniste et du capitaine Verner un loup-garou à moustache, elle va devoir s’adapter à son nouvel univers et résoudre une enquête autour d’adolescents disparus. Compliqué pour des débuts !

Moi qui ne supporte pas la chaleur, j’ai plus qu’acquiescé aux récriminations d’Esther sur les gens aux aisselles puantes dans les transports en commun ou encore le port de la veste en cuir qui devrait être interdit au-dessus de températures dépassant 24 degrés.

J’ai ri de son franc-parler, de ses prises de becs avec Loan, des situations dans lesquelles elle réussit à se fourrer sans le vouloir, des personnages secondaires tout aussi barrés.

J’ai ri aussi du décalage entre l’équipe (bien calée sur la magie mais pas la modernité) et Esther qui est bourrée de références geeks ou tout simplement au 21ème siècle auxquelles le vampire, le loup-garou ou le Djinn ne comprennent rien.

Ce personnage change des héroïnes parfaites habituelles trop lisses qui sont parfois agaçantes de perfection. Esther qui dit ce qu’elle pense, avec parfois un peu de culot et une touche d’humour, et on a l’impression qu’elle est une sorte de porte-parole du lecteur qui casse les codes de l’univers établi dans ce livre. Et ça fait du bien !

Une enquête aux multiples rebondissements

Au-delà du côté humoristique du livre et de son personnage principal haut en couleur, on trouve une enquête policière qui nous mène du côté des vampires mais aussi d’un challenge internet : le Ghost Challenge. Sous couvert du challenge, des jeunes adolescents disparaissent mystérieusement.

Le corps de l’un d’entre eux est retrouvé par l’ACDC (=l’Agence de Contrôle et de Détection des créatures, on sent que l’auteure s’amuse !) où Esther est stagiaire. Voilà notre héroïne partie avec l’agent Loan sur les traces des vampires et d’un trafic de venin et la découverte d’autres organisations : des terroristes magiques, une association réclamant l’indépendance des goules, le conseil des anciens vampires, etc…

La fine équipe ralliera plusieurs villes : Montpellier, la Bretagne, et rencontrera d’autres agents dans des bureaux tout aussi pourris que ceux de l’ACDC, ainsi que d’autres créatures magiques plus ou moins amicales.

Sans vouloir en dévoiler plus, vous irez de révélations en révélations autour de l’univers magique mais aussi du passé des personnages, qui feront avancer progressivement l’histoire.

La fin de l’enquête, sur les 20 dernières pages est plutôt bien menée et ne vous laissera pas sur votre faim.

L’auteure a su conclure efficacement l’enquête ainsi que plusieurs arcs narratifs avancés dans l’histoire. Un autre tome est à prévoir, mais il sera plutôt centré sur les origines magiques d’Esther et son apprentissage de sorcière, amenant une autre enquête.

Un univers basé sur la discrimination

Dans ce premier opus, nous apprenons en même temps qu’Esther l’existence d’un univers magique dans une autre dimension auquel on accède par des portails créés par des sorcières. Cet univers est réglementé par un organisme appelé le CRIS qui régit également le comportement des créatures magiques sur terre.

Les créatures magiques sont le fruit de l’union entre des êtres Sidhiens et des humains : Sorcières, Djinns, Loup-garous… Mais tous ne sont pas au même niveau.

Les sorcières sont en haut de l’échelle grâce à leur capacité à ouvrir des portails, importants pour les échanges commerciaux ou de nourriture avec la terre. Les loup-garous sont souvent des chefs de meute ou d’équipe grâce à leur capacité à se faire obéir des autres créatures.

A l’inverse, les vampires et les goules sont mal-aimés. Les premiers à cause de leur côté rebelle et imprévisible, et parce qu’ils se nourrissent des humains. On les appelle les sangsues. Les seconds parce que ce sont des créations de vampire qui n’obéissent qu’à eux. On les appelle les asticots.

Les goules sont un cas à part, et vraiment en bas de l’échelle sociale. Ils sont à la fois craints car ils se nourrissent de chair en décomposition et savent se battre férocement, mais aussi utiles pour retrouver les souvenirs d’une victime par des visions en mangeant une partie de son corps. Ce sont des créatures issues d’humains trop souvent mangés par des vampires qui se sont métamorphosés à cause du venin injecté par leurs maîtres.

Certaines goules se revendiquent libres, sans maîtres ce qui a pour effet d’attiser une animosité de la part des vampires, craignant de voir ces créatures échapper à leur contrôle et exister sans eux, mais aussi les tuer sans sommation.

A travers cette enquête, on verra que le statut de goule s’apparente presque à une forme d’esclavage moderne, mettant les vampires du côté des racistes.

L’agent Loan est également l’objet de discriminations car il est le seul vampire de l’Agence. Il est méprisé à la fois par ses collègues agent car il est un suceur de sang, mais aussi par les vampires car il travaille avec l’ennemi.

Quant à Esther, elle cumule plusieurs discriminations dans cette histoire : en plus d’être rabaissée comme stagiaire sans expérience (alors qu’elle a plus de jugeote que toute l’équipe réunie), et sorcière de bas étage, elle est victime de grossophobie. La scène de sa rencontre avec la responsable de l’agence de détection et contrôle des créatures magiques de Montpellier est assez éloquente sur le sujet. Cependant, la rouquine ne se démonte pas et use de son intelligence et de sa gouaille pour rabattre le caquet de ceux qui se moquent d’elle. Une belle leçon de vie.

Quelques bémols :

Quand j’ai commencé le roman, je suis tombée sur quelques clichés (ex : le vampire habillé comme Neo dans Matrix) et j’avais l’impression de comprendre en quelques pages une intrigue avec de grosses ficelles. Que nenni ! J’ai bien fait de persévérer car le dénouement m’a bluffée.

Destiné à un public jeunesse, je trouve que ce livre se lit aussi bien du côté des adultes. Je n’ai pas compris pourquoi il était classé en Young adult et j’ai l’impression qu’il rate son public. Le fait que l’héroïne ait 19 ans, évoque des références modernes à internet et la présence de langage sms à un moment donné de l’intrigue ne justifie par cette catégorisation à mon sens. Au contraire, je trouve qu’Esther a des réflexions très matures concernant l’enquête pour son âge. La même enquête avec une héroïne un poil plus âgée mais assumant son côté geek ne m’aurait pas choquée.

Pour revenir au langage sms utilisé par Esther en milieu de roman, j’ai été agacée de sa traduction en bas de page. Non pas que cela soit inutile pour ceux qui ne maîtrisent pas cette forme d’expression, mais l’utilisation du langage soutenu m’a parue incongrue. A moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’humour…

En conclusion : Maëlle Desard introduit parfaitement son univers pour ce premier tome, à travers le personnage déjanté d’Esther, et nous propose dans un style frais à l’humour décalé, une enquête aux multiples rebondissements. Un roman d’été qui vous fera pleurer de rire.

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Les cambrioleurs rêvent-ils de dinosaures mécaniques ? Damien Snyers, édition ActuSF

Et si on embauchait des voleurs pour protéger une oeuvre de musée ? Tel est le point de départ de cette nouvelle de Damien Snyers dans le même univers que La Stratégie des As.

Résumé : Les voleurs faisant les meilleurs gardiens, James se retrouve engagé par l’un des plus redoutables d’entre eux pour garder un tableau dans le musée des Beaux-Arts de Nowy-Krakow. Mais peut-on faire vraiment confiance à une équipe uniquement composée de cambrioleurs ?

Mon avis :

Où l’on présente James, elfe voleur

James est un voleur, mais pas n’importe lequel : c’est un très bon voleur. Il est rapide, intelligent, distribue bourre-pifs comme personne et il est surtout très doué pour repérer les failles dans les systèmes de sécurité.

L’argent qu’il récolte lui sert à … ne rien faire. Un grand luxe quand on ne mange pas tous les jours à sa faim dans la ville de Nowy-Krakow. James est donc un voleur hédoniste et il opère seul. Il a aussi une forme de code d’honneur. La nouvelle se déroule avant La stratégie des As et à ce moment de son histoire, il ne peut compter que sur lui-même.

Aussi, alors qu’il fait trempette aux bains publics et qu’il laisse traîner l’oreille, il entend parler d’une affaire de protection de tableau dans un musée. Le voilà sur le coup, même si cela implique de bosser pour le pire des voleurs : Jaroslaw, un bulgare taré, brutal, vicieux et surtout féru d’art.

Une intrigue qui introduit La stratégie des As

L’idée est simple : le conservateur du musée recrute une bande de voleurs pour protéger un tableau hors de prix. Car qui de mieux qu’un voleur pour déceler les failles de protection ? Et surtout, qui de mieux que le pire des voleurs pour s’assurer qu’aucun autre gredin malintentionné ne se risque à le doubler ou même tenter quoi que ce soit ?

Jaroslaw a des méthodes de recrutement et de management un peu douteuses, mais efficaces. Bien entendu, rien ne va se dérouler comme prévu car on ne peut pas faire confiance à des voleurs. Des rebondissements sont quand même au programme, avec un côté grec mais je n’en dirai pas plus.

Avec cette nouvelle, on met un pied dans La Stratégie des As sur un thème particulier : le statut des voleurs dans la ville. Considérés comme des êtres en marge, très peu dignes de confiance et surtout beaucoup discriminés, même dans des tâches de sécurité (cf la réaction de la commissaire d’exposition). Par ailleurs, le récit également met en avant le côté impitoyable de la ville de Nowy Krakow : sauver sa propre peau, coûte que coûte quitte à la jouer solo. Les moins intelligents se feront bouffer…

En conclusion : Une nouvelle très divertissante, quoiqu’un peu courte, qui permet de découvrir James avant la création de sa bande de La stratégie des As. A quand d’autres nouvelles sur ses autres compagnons ?

NB : Si vous souhaitez découvrir vous-même cette nouvelle et vous faire votre avis personnel, elle est téléchargeable gratuitement sur le site des éditions ActuSF.

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L’imparfé (T1), Johan Heliot, Gulf Stream éditeur

Joli roman initiatique, L’imparfé m’a beaucoup plu par sa fraîcheur et son thème du contes de fées non genré. Laissez-moi vous faire découvrir la plume de Johan Heliot, un auteur reconnu et pré-sélectionné cette année pour le PLIB 2020.

Résumé : C’est le grand jour pour Tindal et ses amis : au royaume de Faërie, l’intendance de la capitale vient chercher les adolescents qui sont dans leur treizième année pour leur faire intégrer des formations prestigieuses. Les jeunes garçons s’en vont à l’École des guerriers, apprendre le maniement des armes. Les jeunes filles, elles, se destinent à protéger la nature en pratiquant l’art de la magie ancienne des dames fées. L’enjeu est grand, seuls les meilleurs des novices poursuivront leur apprentissage. Tout ne va pas se passer comme prévu : l’empire est attaqué par un être que l’on pensait déchu depuis les Batailles Sans Merci, et l’ordre risque bien de ne jamais revenir en Faërie… Quant à Tindal, sa destinée qu’il pensait toute tracée dépasse de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Mon avis 

Un conte de fées revisité

Le héros de cette histoire, Tindal, est un garçon petit et fragile, obligé de suivre l’apprentissage des fées à cause d’une erreur administrative. Cela paraît drôle du point de vue extérieur, mais lui va très mal le vivre. En plus d’attirer la honte sur ses parents et son village, il va devoir dormir dans un placard (car le dortoir est dédié aux filles), et surtout subir les moqueries de ses camarades féminines.

Mais, du côté du pensionnat des guerriers, l’ambiance n’est pas plus sympathique pour ses amis garçons, avec des corvées discriminantes pour les plus faibles, et la brutalité mise en avant au détriment de l’intelligence et de l’esprit d’équipe.

On se rend vite compte qu’à partir d’une erreur administrative anodine,  Johan Heliot met en avant l’absurdité d’un univers complètement genré et rigide : celui des contes de fées traditionnels.

Par ailleurs, en plus de revisiter le genre, l’auteur tacle au passage l’administration tatillonne et certains clichés de romans d’aventures : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, être un bon soldat ne mène nulle part, préserver les princesses les vouent à un ennui mortel, les privilèges permettent d’évoluer plus rapidement que les autres, les apparences sont parfois trompeuses…

Dans ce nouveau conte de fées, les filles peuvent devenir des guerrières et les garçons des fées, les princesses peuvent sortir de leur tour d’ivoire, les fées tirent leurs pouvoirs des couleurs et les méchants sont plus complexes que prévu. Un pari réussi pour ce premier tome qui pose les bases de l’univers tout en nous présentant un héros qui brille par son intelligence et son esprit d’équipe, plus que par sa force physique.

Une réflexion subtile sur le passage à l’âge adulte

A travers les yeux de Tindal, l’auteur nous met à la place des enfants qui perdent leurs illusions vis à vis des adultes. Le meilleur exemple est celui des héros d’autrefois, encensés par les garçons, et finalement devenus des vieillards et des alcooliques. Mais il y aura aussi une déception concernant l’entrainement militaire très difficile et les décisions politiques du roi, dictées par la peur et le besoin de répression.

Mais après tout, perdre ses illusions, n’est-ce pas grandir ? Pour ce faire, les enfants vont devoir ne compter que sur eux-mêmes, et surtout sortir des rangs bien ordonnés que la société a décidé pour eux. Un beau message renforcé par des valeurs importantes comme l’amitié, l’amour filial, et surtout accepter d’être soi-même.

L’autre côté de l’apprentissage, ce sera aussi de comprendre la complexité des décisions à prendre dans sa vie d’adulte, et leurs conséquences. Tindal en fera les frais une fois ses origines découvertes, tout comme Azazelle, les fées vénérables et le roi, en cherchant à protéger le pays mais aussi ses habitants.

En plus d’apprendre à grandir, ce roman jeunesse aborde le fait d’être différent avant tout et d’apprendre à l’accepter pour mieux s’intégrer dans la société. En ce sens, c’est un roman d’apprentissage pour son personnage principal, qui apprivoise son adolescence naissante, et se découvre plus fort qu’il ne le pensait.

En conclusion : Johan Heliot tient le pari de nous présenter un héros à contre courant dans un conte non genré et sans violence. Une jolie histoire bourrée d’intelligence et de vérités bien placées. Un vrai renouvellement du conte de fées que l’on attendait tous et qui nous donne envie de lire la suite de cette trilogie jeunesse pleine de promesses.

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Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.