Publié dans Questions existentielles

Pourquoi je me sens frustrée après avoir regardé un épisode de la Maison France 5 ?

Auparavant, chaque dimanche, je m’installais devant l’émission de décoration La Maison France 5 pour regarder de beaux intérieurs de région de France où je n’habiterai jamais, mais dans l’espoir de me donner des idées déco pour ma propre maison. Après chaque épisode, un goût amer, une étrange frustration m’envahissait. J’ai creusé un peu et j’en suis venue à plusieurs conclusions…

Comment se compose l’émission ?

Nous visitons à chaque fois une région avec un à deux propriétaires de supers maisons.

L’émission est entrecoupée par trois séquences différentes : la rencontre avec un artisan-créateur, un coup de projecteur sur un objet déco ou du mobilier tendance, et un avant-après de rénovation réalisé par un des architectes d’intérieur de la Maison France 5.

Dans les dernières émissions, il arrive que le propriétaire dont nous visitons la maison principale, propose ses coups de cœur de boutiques locales, pour nous montrer ce qui existe dans sa ville et alentours.

Qui sont ces gens qui ouvrent leurs portes à la télévision ?

Un sketch hilarant de Marina Rollman sur les magazines déco résume très bien les propriétaires que l’on découvre dans La Maison France 5. En voici un petit florilège :

La maison « tellement nous » : les propriétaires mettent l’accent sur la personnalité atypique de la maison qui leur ressemble en tous points : un côté bohème, romantique, brocante, etc… L’espace de vie est mis en valeur ainsi que les objets de déco.

La maison « on n’aurait pas pu faire autrement » : Pour eux c’était une évidence, vivre dans (au choix) : un cabane dans un arbre / une villa avec piscine dans le sud de la France / une vieille ferme rénovée en Normandie… c’était ça ou rien.

La maison « dont on s’émerveille qu’elle existe » : Avant, il n’y avait rien sur ce terrain, puis on a fait appel à un architecte et 2 millions plus tard, on avait une hacienda avec vitres teintées vue sur le pacifique sud. J’exagère, mais tu vois bien le genre…

En dehors de ces stéréotypes de propriétaires, j’ai toujours l’impression de regarder la classe élevée de la population étaler ses richesses (ou faire appel à son architecte d’intérieur instigateur de la rénovation pour montrer combien c’est beau, parce que le montrer soi-même, c’est un peu vulgaire). A croire que pour l’émission, il faut épater le téléspectateur et pour le propriétaire, montrer combien sa baraque est géniale.

Et surtout, surtout… suivre des parisiens (ou parfois des lyonnais), qui en avaient marre de la grande ville, et qui, en revendant leur petit T2 à 500 000 euros à Paris, se sont payés une méga-baraque en province (= comprendre le reste de la France) ! Et changer de métier, pour un truc d’artisan-passionné, ou de décoratrice d’intérieur à destination d’autres parisiens qui viennent s’installer dans la région, parce qu’au vu des tarifs proposés, le gars du coin pourra pas se le payer à moins de donner un rein.

Quel est mon ressenti vis à vis de l’émission ?

Tout d’abord, je passe une heure d’émerveillement entre les lieux, le type de décoration ou les idées d’aménagements proposés et je vais même jusqu’à noter le nom des boutiques évoquées pour aller y faire un tour (dans le cas hypothétique où je serais de passage dans la ville du jour).

Je découvre aussi des métiers d’artisans qui sont parfois rares et je trouve cela super intéressant.

Puis, je me rends compte que je n’ai pas les moyens. Mais que j’aime les belles choses. Et là, la frustration prend le dessus. Car à moins d’épouser un bon parti (en laissant s’exprimer mon côté femme vénale) ou de gagner au loto (encore faut-il jouer !), ce n’est pas avec ma paye de fonctionnaire que je pourrais accéder à ce qu’on me propose dans ce programme de déco.

Je peux déjà même pas acheter un bien, alors redécorer ma location…

Là, où les propriétaires vont faire appel à des architectes d’intérieur pour concevoir leurs cuisines, moi j’irai voir le vendeur Ikea. Quand ils voudront changer leurs meubles chez un styliste ou acheter vintage (grâce à des bonnes adresses bien onéreuses), moi j’irai au mieux à Maison du Monde (qui je trouve, a un mauvais rapport qualité-prix), au pire chez Emmaüs dénicher un truc vintage, si j’ai de la chance.

Et puis, je ne suis pas parisienne, alors troquer ma vie de province pour une autre vie de province sans les moyens qui vont avec (parce qu’on parle de cadres sup qui ont changé de vie, pas de smicards), ce n’est pas possible.

Pourquoi je continue à regarder l’émission ?

A défaut de pouvoir me payer les choses que l’on me montre, je prends des idées et je les adapte en plus cheap. Il m’arrive de réaliser des tableaux pinterest basés sur des idées de l’émission. Et cela me fait rêver pendant un temps.

Néanmoins, je rêve d’un autre concept de Maison France 5, un peu moins élitiste, proposant des choses insolites et abordables. La simplicité et le minimalisme sont au goût du jour. Pourquoi continuer encore à nous montrer des maisons de riches ? Pourquoi ne pas nous faire rêver avec des maisons confortables adaptées aux budgets de 90% de la population ? Moins vendeur ? Moins accrocheur ? Je m’interroge…

Stéphane Thebaut, si tu m’écoutes, cet article est pour toi. Peut-être qu’il t’inspirera, peut-être pas. Mais après 16 ans d’existence, il serait temps de se renouveler un peu, non ?

Si vous aussi, vous regardez la Maison France 5, indiquez-moi en commentaires ce que vous en pensez, et si comme moi, vous rêvez d’un autre concept d’émission. 😉

Osier et fleurs séchées,

A.Chatterton