Publié dans Lectures

Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉

Publié dans Le roman de Miss Chatterton

Romul Mul, le mignon lumignon #1

Marmouset, ma souris de bibliothèque, n’est pas le seul être magique présent chez moi.

Comme lui, j’ai un jour rapporté par erreur une autre créature dans mon porte-monde après un voyage livresque.

Je venais tout juste de rentrer de Arthur et les Minimoys de Luc Besson, peuplé par ailleurs de forts gentils minimoys qui sortent parfois de leurs livres pour rendre visite à leurs cousins les leprechauns  (si jamais vous vous baladez en Irlande…), bref mon regard fut attiré par une lueur étrange venant de mon sac-artefact. 

C’était la première fois que je le voyais s’allumer de l’intérieur sans que j’y sois pour quelque chose. D’habitude, cela se produit lorsque quelqu’un m’envoie un objet alors que je suis à l’INTERIEUR du livre, mais là, je venais d’en sortir. 

Pensant à un dysfonctionnement, j’ai ouvert le sac-livre et une boule de poils lumineuse en est sortie en vrombissant, renversant tout dans mon appartement : vases, lampe à pétrole, cadres, tout y est passé.

J’entrepris alors d’attraper ladite bête avec un filet à papillons pour qu’elle cesse de tout saccager et surtout pour l’identifier. 

(En effet, la première règle avec une créature livresque que l’on vous apprend en cas d’urgence à l’Académie et d’identifier avant tout prise de décision ce qui peut sortir de votre sac-artefact.)

Donc me voilà à courir partout avec mon filet à papillons pour attraper ce truc poilu avec des ailes, sous les encouragements de Marmouset. Après une bataille de 15 minutes, je réussis à immobiliser la bête, pour me rendre compte qu’il s’agissait d’un Mul Mul. 

Les Mul Mul sont chez les Minimoys des créatures domestiques qui leur servent de lanterne. Totalement inoffensives, elles se nourrissent de fruits et aiment dormir près de sources de lumière ce qui leur permet de se recharger. Chaque Minimoy possède son propre Mul Mul.

Comme je ne connais pas le langage Mul Mul, j’ai demandé à Marmouset de me prêter main-forte pour demander à la lanterne à poils ce qu’elle faisait dans mon sac, non sans l’avoir libéré.

Quelques couinements plus tard, Marmouset me raconta que le Mul Mul cherchait une nouvelle maison, après avoir subi de mauvais traitements de son ancien maître Minimoy.

Attendrie par l’histoire, je lui ai proposé de devenir mon Mul Mul particulier et de m’accompagner dans mes missions nécessitant de la lumière comme les romans noirs ou ceux de Dark Fantasy.

Je l’ai baptisé Romul Mul et il est visiblement fier de son prénom.

Très serviable, il a même accepté de se faufiler dans une lanterne pour passer inaperçu lors de mes voyages.

Quoi de plus anachronique de rencontrer une créature d’un autre livre quand vous visitez un livre qui n’en contient pas ! Déjà que je dois rester moi-même discrète lors de mes déplacements…

Ma passion pour les êtres magiques me perdra un jour… ou pire ! me fera virer de l’Académie…

Lumignons et poils de ratons,

A.Chatterton

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Clichés par Anaïs Nannini / Costume : Juliette Flambard