Publié dans Lectures

Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe, Seuil jeunesse

Pour valider un menu du Pumpkin Autumn Challenge 2020, catégorie Automne des enchanteresses / Sarah Bernardt monstre sacré, j’ai choisi cet album/conte/ Beau-livre illustré par Benjamin Lacombe. Son côté artistique et son approche féministe des sorcières de légende m’ont particulièrement séduite.

Revisiter les mythes et légendes des sorcières célèbres

Dans son Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez nous présente des figures féminines fortes, qui ont toutes un passé de souffrance ou du moins des raisons d’en vouloir aux hommes. Il s’amuse avec les contes, les mythes, les légendes pour inventer des histoires plus élaborées et nous montrer des sorcières beaucoup plus humaines. Derrière les atrocités commises, il y a souvent une jeune femme victime de discrimination de la part des autres qui cherche à se venger par désespoir ou vengeance.

Nous rencontrerons au fil des pages de ce grimoire une Lilith, trahie par Adam à cause de son envie d’émancipation et qui cherchera vengeance auprès de Belzébuth. Il y aura aussi Méduse, transformée en femme à chevelure de serpent pour avoir été admirée par un Dieu dans le temple d’une Athéna jalouse. Nous connaîtrons la véritable histoire de la sorcière d’Hansel et Gretel, de la Reine et belle-mère de Blanche-Neige, ou encore de la sorcière à l’origine du naufrage du Titanic…

De façon surprenante et audacieuse, d’autres femmes fortes sans connotation vraiment maléfique sont également évoquées avec des histoires tout aussi tragiques : Jeanne d’Arc, La Joconde et une version siamoise de la pirate Anne Bonny…

Jonglant à travers les époques, les histoires et les pays, la réalité et la fiction, Sébastien Pérez nous emporte dans le sillon de ses sorcières d’hier et d’aujourd’hui, et c’est particulièrement réussi.

Jouer avec la forme

Pour illustrer ce grimoire de sorcellerie, Benjamin Lacombe n’a pas fait les choses à moitié ! L’objet-livre se présente sous la forme d’un vrai livre de sorcière avec couverture entoilée et reliée au fil, gravures dorées sur la première et quatrième de couverture, tranche dorée, pages jaunies. Il y a même un avertissement au lecteur dès les premières pages sur ce qu’il risque de découvrir à l’intérieur !

Chaque sorcière est représentée par une illustration magnifique de Benjamin dans son style si particulier, à la fois délicat et effrayant. Les histoires sont constellées d’objets ayant appartenu à chaque sorcière, à la manière d’une boîte à souvenirs. Cela m’a rappelé L’herbier des fées, des mêmes auteurs, dans sa construction : une fable autour d’objets et d’éléments imaginaires. Je rapproche leur travail de celui de Camille Renversade, illustrateur et metteur en scène d’expositions imaginaires.

J’ai pu lire dans d’autres critiques que cet album était lié à l’histoire La Petite Sorcière du même duo. On retrouve ladite sorcière en fin de Grimoire : Il s’agit de Lisbeth, une jeune sorcière qui découvre ce grimoire dans un grenier. Si vous voulez éviter de vous spoiler avec le Grimoire, je vous conseille de lire La Petite Sorcière bien avant. En tout cas, cela m’a donné envie de lire l’autre album de mon côté !

En conclusion : Un album qui m’a à la fois émue vis à vis des drames vécus par ces sorcières, mais aussi émerveillée devant tant d’imagination déployée pour écrire leurs histoires. C’est une belle leçon sur la différence et l’acceptation de soi qui nous est proposée à travers cet objet-livre qui saura, j’en suis sûre, vous enchanter autant que moi, ainsi que votre bibliothèque.

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 4 : Ecrire en s’inspirant d’une photographie

Je continue mes ateliers d’écriture auprès de Chloé Dubreuil, à  l’université de Lyon. Cette fois-ci nous abordons la rédaction d’une histoire à partir d’une photographie et j’ai eu l’occasion d’écrire mon premier conte mi-pour enfants, mi-morbide…

Les consignes de l’atelier 

Parmi 12 photos issues d’un club de photographie de l’université, j’ai dû en choisir une pour rédiger une histoire de deux pages maximum en l’espace de deux heures.

Cette histoire sera ensuite récupérée par le club de photo dans le cadre d’une exposition organisée à l’université, au mois de mai prochain. J’ai hâte de voir le résultat !

L’idée de départ 

Après avoir hésité entre le cliché d’une maison de briques rouges, et un paysage de coteaux un peu lugubre, j’ai vu cette photo de tas de chaussures :

Chaussures

Pour blaguer, j’ai lancé : « ça c’est un ogre qui adore manger des pieds, mais qui ne sait pas quoi faire de ces chaussures ». Et… Parfois quand je dis des bêtises, c’est loin d’être stupide au niveau créatif…

Je me suis donc lancée dans la rédaction d’un conte autour de cet ogre en me demandant ce qui pourrait bien lui arriver ensuite. C’est devenu cette histoire mi-grinçante, mi-amusante qu’est L’ogre qui aimait les pieds.

NB : Si vous souhaitez connaître les fins alternatives de cette histoire, pour entrer dans les dessous de mon processus de création, je vous les ai indiquées en quelques lignes après le conte.

L’ogre qui aimait les pieds

Il était une fois, un ogre appelé Groll, qui adorait manger des pieds. 

Certains ogres appréciaient manger entièrement les humains. Groll lui, n’aimait que leurs pieds et surtout les pieds qui puent.

Il en avait conçu une telle passion qu’il avait inventé un livre entier de cuisine sur des recettes de pieds et s’était spécialisé dans la recette des pieds aux ongles incarnés sauce moutarde.

Cependant, manger les pieds des gens a un inconvénient : leurs chaussures.  

A chaque fois que Groll préparait un festin, il récupérait systématiquement des souliers. Et il en avait des tonnes vu qu’il adorait les pieds. Sauf qu’ils n’étaient jamais à sa taille et qu’il ne savait pas quoi en faire. Alors, baskets, sandales, bottines s’accumulaient à son grand désespoir dans des malles, des paniers, des tiroirs et même au fond de son jardin.

A force de terroriser les gens du pays, plus personne n’osait sortir de chez lui et un matin, l’ogre se retrouva à court de nourriture. L’estomac dans les talons, il allait se résigner à manger des pattes de putois quand une odeur forte et puante vint lui chatouiller le nez.

“ Ça sent les pieds qui puent ou je ne m’appelle pas Groll” dit l’ogre. 

Suivant le parfum écoeurant, il sortit de sa maison et s’enfonça dans la forêt où il rencontra une petite fille avec un chaperon rouge qui transportait un énorme panier. 

Tout en se léchant les babines, il se jeta sur elle et la souleva en l’air sous ses cris affolés. Alors qu’il reniflait ses petons en se préparant à un repas de roi, il constata, fait étrange, que ses pieds ne puaient pas. Interrogatif, il la reposa à terre et lui demanda :

“Dis-moi, petite fille, d’où vient cette odeur délicieusement infecte qui vient titiller mes narines depuis que je suis tombée sur toi ?”

Brie, tel était son nom, lui répondit :

“ Cela vient de mon panier.”

“Montre-moi! ” ordonna l’ogre.

Alors la petite fille lui ouvrit son précieux panier et lui montra de drôles de choses rondes blanches, jaunes parfois bleues, exhalant un fumet abominable dans de petits emballages de papier.

“Qu’est-ce que c’est ?” demanda l’ogre

“ Ce sont des fromages” répondit Brie. Je vais les porter à ma grand-mère avec cette grosse miche de pain. “

“ Est-ce que cela se mange ? » voulut savoir l’ogre.

“Bien sûr, dit Brie, et il en existe de toutes sortes. C’est fabriqué avec du lait de vache, de chèvre ou de brebis. On le mange avec du pain ou parfois sur des pommes de terre”. Et elle ajouta malicieuse : “On dit souvent que ça sent comme les pieds qui puent, mais c’est bien meilleur !”

L’ogre ne se fit pas prier deux fois pour goûter. Un fromage qui pue autant que des pieds, il n’allait pas rater ça ! D’autant plus qu’une fois mangé, il n’aurait pas un tas de chaussures à se débarrasser !

Tout en se goinfrant de camembert et de roquefort, il posa des questions à la petite fille sur le nom des fromages, d’où ils venaient, et surtout comment il pouvait s’en procurer de nouveaux.

Consciente que l’ogre pouvait la manger en dessert, Brie lui soumit une idée : “Monsieur l’ogre, si vous aimez tant les fromages et les aliments odorants, venez donc visiter la cave à fromage de mes parents. Vous y trouverez tous les fromages possibles et peut-être une nouvelle vocation de goûteur de fromage…”

“Goûteur de fromage ? Quel est donc ce métier ?”

“ Il s’agit de goûter avant tout le monde des fromages très puants, pour déterminer lequel est le plus fort parmi les roqueforts.”

Très emballé, Groll lui promit de passer.

De goûteur de fromages, il devint le meilleur du pays et cessa à tout jamais de manger des pieds pour le plus grand bonheur des habitants. 

Quant aux chaussures, qu’en advint-il, me direz-vous ? Groll les donna à Brie, qui les distribua à ceux qui n’en avaient plus. On murmure même que l’ogre en garda une ou deux paires bien puantes juste pour lui, afin de faire affiner ses meilleurs fromages…

Fins alternatives de ce conte 

  • La fin un peu trash : Groll devient un marchand de chaussures : il revend les chaussures des gens qu’il mange.
  • La fin mignonne : Groll devient cordonnier pour ogres. Il s’intéresse aux chaussures pour en fabriquer.
  • La fin fétichiste et trash : Groll devient vendeur de chaussures chez les humains pour sentir les pieds qui puent…mais ne peut s’empêcher de les manger !

Envie de vous lancer ?

Si vous aussi vous souhaitez écrire à partir d’une photographie, choisissez d’abord celle qui vous convient.

Ensuite, étudiez l’atmosphère qui s’en dégage :  Si c’est un paysage, est-il menaçant ou apaisant ? Si ce sont des gens, sont-ils heureux ou tristes ?

Dégagez des détails, appuyez-vous sur certains d’entre eux : où se situe l’action ? que font les personnages présents ?

Vous pouvez aussi utiliser le lieu de la photographie comme celui où se déroule votre histoire. Ou encore, faire interagir les personnages avec un élément hors champ.

Ce que je trouve personnellement intéressant est de prendre une photo à contrepied comme dans mon histoire. L’image originale évoquait les piles de chaussures utilisées comme signe de protestation par Handicap International contre les mines anti-personnel dans les pays d’Afrique, qui mutilent les enfants. J’ai choisi d’en faire un conte humoristique.

Si vous séchez niveau photo, voici quelques idées qui pourraient vous inspirer, extraites du site Pixabay :

Image par <a href="https://pixabay.com/photos/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Free-Photos</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/Skitterphoto-324082/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=535251">Rudy and Peter Skitterians</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=535251">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/StockSnap-894430/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2567915">StockSnap</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2567915">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/JESHOOTS-com-264599/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2373727">Jan Vašek</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2373727">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/strikers-3532212/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1802340">strikers</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1802340">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/tpsdave-12019/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2021154">David Mark</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2021154">Pixabay</a>

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Dans tous les cas, amusez-vous et soyons fous, mélangez plusieurs photos ! Le résultat peut être étonnant !

Paillettes et chocolats,

A.Chatterton.