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La cité des chimères, Vania Prates, Snag éditions

Dans les cinq finalistes du PLIB 2020, je me suis empressée de lire ce livre afin de finaliser mes choix de vote. Malgré quelques bonnes idées, je suis restée sur ma faim. Voici mon avis et les raisons pour lesquelles je ne voterai pas pour ce roman.

Résumé : Le monde tel qu’on l’a connu a disparu. Chaos, misère, famine … Les Hommes ont enfin trouvé un équilibre et se sont organisés en guildes, guidé par leur chi, leur nature profonde. Guilde des Marchands, des Inventeurs, des Alchimistes, des Gardiens ; tous demeurent fidèles à ce qu’ils sont afin de vivre en harmonie avec la nature et les animaux particulièrement respectés, créant une cité semblable à une ville sylvestre. Dans ce monde proche de l’utopie, Céleste, une jeune fille de 17 ans, n’a pas de chi. Le jour où elle rencontre Calissa, mystérieuse contrebandière, elle est loin de se douter qu’elle va se retrouver embrigadée bien malgré elle dans une histoire complexe qui même non seulement le dirigeant de Lowndon Fields, mais également la très redouté « Confrérie des Sans-loi ». Entre ruse, savoir, intrigues et faux-semblants, Céleste va devoir changer sa vision du monde.

Mon avis

Attention, cette chronique comprend des spoilers concernant le roman en troisième partie.

Par ailleurs, comme je suis tenue dans le cadre de mon engagement de jurée du PLIB d’écrire une chronique sur ce finaliste, j’ai dérogé à ma sacro-sainte règle de ne pas parler des livres que je n’ai pas aimés.

Un univers original 

L’auteure développe deux intrigues en parallèle dans un univers utopique/ post-apocalyptique avec de la magie, et où la nature a repris ses droits. On vit à l’ancienne et on collecte des objets d’avant l’apocalypse tout ignorant  leur utilisation.

Dans cet univers, chacun dispose d’un talent inné (ou Chi) qui révèle à l’adolescence leur nature profonde. Certains sont rassemblés en guildes, d’autres agissent en solitaire. Certaines guildes sont rassemblées à Septentria, sorte de château magico-mécanique protégé par les Gardiens, des humains capables de communiquer avec les animaux. Là, les  immergeants plongent littéralement dans leurs lectures pour en apprendre davantage sur l’ancien monde, les alchimistes réalisent des inventions, les médecins inventent des remèdes… A la fois craintes et vénérées, ces guildes apportent la connaissance au peuple mais restent aussi très secrètes sur leurs activités. Et surtout, elles sont une entité à part entière, opérant sans le dirigeant de la ville et son conseil de notables.

Une guilde reste mystérieuse par sa disparition soudaine : celle des chiméristes à laquelle appartient Calissa, une des deux héroïnes principales de l’histoire. Cette énigme sous-tendra l’ensemble du récit.

Le roman se compose de deux intrigues en parallèle : un roman d’apprentissage associé à la découverte de Septentria et du pouvoir de Céleste et un roman d’espionnage avec Calissa, engagée par le dirigeant de Lowndon Fields pour connaître celui qui a tenté de l’assassiner.

Les deux histoires vont s’entremêler avec la rencontre des deux jeunes femmes occasionnant d’autres sous-intrigues dont une sur l’Histoire des guildes et une autre sur un complot politique.

La partie concernant le pouvoir des immergeants m’a beaucoup intéressée car elle développe l’imaginaire et reste un sujet d’étude intéressant quant à l’écriture de mon propre roman. Elle soulève également des questions éthiques importantes sur la censure et le droit (ou plutôt la nécessité) de ne pas savoir certaines choses afin de ne pas devenir fou. L’idée de laisser les immergeants évoluer dans un château avec des pièces oniriques pour éviter qu’ils restent ancrés dans la réalité m’a aussi semblé original : une bonne métaphore de l’expression « avoir la tête dans les nuages ».

Des personnages travaillés

L’univers de la Cité des chimères est peuplé de personnages à la psychologie élaborée qui ne m’ont pas laissée indifférente. Excepté le personnage de Céleste que j’ai trouvé trop naïf au point de vouloir lui coller des gifles, j’ai apprécié l’évolution de tous.

Immature, incapable de cacher ses émotions, peu combative face à l’opinion de sa famille, Céleste prend de l’assurance au fil du roman jusqu’à avoir pleinement confiance en ses capacités. Mais le chemin est long avant d’y parvenir ! Son bracelet d’humeur apporte une touche d’humeur inattendue aux moments les plus inopportuns.

Calissa quant à elle,  cache ses émotions tout comme un lourd passé. Dernière survivante de sa guilde, elle se compose un personnage de contrebandière et s’est recrée une famille :  la Confrérie des sans lois. Elle est mystérieuse mais on devine, derrière sa carapace de dure à cuire, une fragilité liée à son envie de retrouver sa famille de chi et un profond désir de justice.

Daniel, l’immergeant fils à papa de Septentria a un caractère de cochon et semble indifférent à tout ce qui l’entoure au début du roman. On découvrira qu’il peut faire preuve de profondeur et de maturité. Son cynisme et son jugement infaillible sur les gens permettra de faire mûrir Céleste et d’aider à la progression de l’enquête autour de la guide des Chiméristes.

Les membres de la Confrérie des Sans Lois ont tous un passé et une personnalité très sympathique malgré leur côté rebelle. On compte un ancien ninja qui a renié sa guilde pour suivre son chi, un mystificateur qui cache son don, une gardienne au grand coeur et son furet voleur…Ils sont liés par une envie de justice, mais aussi l’amour du danger (pour certains).

Alexian, à travers son don interroge sur la question de l’héritage familial et des choix que l’on fait dans sa vie. Je l’ai trouvé très intéressant de ce point de vue, en plus de son côté espiègle qui permet d’alléger l’histoire par moments.

Même les frères de Céleste ont un intérêt et représentent la bêtise de la population vis à vis de la réputation de Septentria, et surtout le personnage du marchand peu scrupuleux. Soucieux de faire prospérer leur entreprise, ils exploitent leur soeur Céleste qu’ils estiment bonne à rien car sans chi.

Quelques bémols (Attention Spoilers)

Concernant l’intrigue, j’ai eu du mal à accrocher au départ, du fait des longueurs présentes dans la première partie du roman. Et j’ai bloqué sur l’histoire du chi, dès le début du récit. Pour moi, le Chi représente l’énergie vitale chinoise. Quand j’ai vu le terme dans le récit, j’ai aussitôt pensé qu’on allait parler d’Asie. Cela m’a induit en erreur jusqu’à ce que le terme soit expliqué dans un chapitre. Je précise que je n’avais pas lu le résumé du livre avant ma lecture.

Par ailleurs, j’ai l’impression d’être passée à côté de la partie apprentissage de Céleste car j’étais plus intéressée par l’intrigue de Calissa. Cela est dû peut-être à deux choses : d’une part, je suis fan des romans d’espionnage mettant en scène des personnages marqués par la vie et Calissa remplit ces cases, avec des rebondissements inattendus à la fin du récit dignes d’un braquage.

D’autre part, l’histoire de Céleste, quoique intéressante sur la partie immergeante, m’a parue fade car je n’ai pas accroché au personnage. Je crois que j’ai lu trop de romans d’apprentissages pour être facilement surprise par les intrigues de ce genre. Par exemple, j’ai noté quelques références subtiles à Harry Potter (où je l’ai peut-être rêvé?) comme la présence des labyrinthes de Septentria, qui ressemblaient aux escaliers volants de Poudlard dans leur fonctionnement. Pour le coup, j’ai trouvé son histoire de trop, même si elle contribue à faire avancer l’énigme de la disparition de la Guilde des Chiméristes.

Au sujet de l’univers, je suis restée sur ma faim concernant le côté post-apocalyptique utopique. A quel moment les gens ont pu oublier l’utilité de certains objets ? Quand a eu lieu ce grand Boum qui a tout détruit ? Est-ce que tout était lié à un événement magique ? Ce roman est censé être une introduction à l’univers car un deuxième tome est prévu. Je comprends l’idée de laisser des questions en suspens, mais là, il m’a semblé que je ratais quelque chose.

Je n’ai pas compris non plus l’utilité d’inclure les chimères dans cet univers ni l’importance de l’histoire de la Guilde des Chiméristes qui m’a semblé de trop. Quel est le rôle des chimères dans cet univers ? A aucun moment, nous n’avons l’impression qu’elles représentent un danger permanent pour la ville. Elles n’apparaissent qu’une seule fois dans l’histoire, quand Calissa en chasse une dans l’un des chapitres. On voit que c’est un monstre… mais où vivent-elles ? Que font-elles ? Mystère… Je suis donc restée sur ma faim à nouveau.

Pour finir, même si j’ai beaucoup apprécié les personnages (sauf Céleste), il m’a semblé lire une esquisse de ce qu’ils pourraient être. J’espère que l’auteure les développera plus dans le second tome à venir.

En conclusion : Un premier tome avec de bonnes idées, qui permet d’introduire un univers intéressant avec des personnages attachants, mais qui manque de profondeur pour un public adulte. Je pense qu’il intéressera plutôt un public adolescent (beaucoup moins pointilleux que moi) et j’espère que la suite permettra d’élucider l’ensemble des points laissés en suspens et de découvrir un peu plus les personnages.

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Les Hurleuses, tome 1 de Vaisseau d’Arcane, Adrien Tomas, éditions Mnémos

Quand j’ai su qu’Adrien Tomas publiait un nouveau roman dans le même univers qu’Engrenages et Sortilèges, et qu’en plus les Editions Mnémos me proposaient de le lire en service presse, j’ai sauté sur l’occasion… et je n’ai pas été déçue. En plus de nous faire découvrir une nouvelle partie de ce monde magique et technologique très riche, il a su instiller des questions importantes derrière son récit. Voici mon retour sur ce premier tome…

Résumé : Quand la magie, tombe en orage, ceux qu’elle touche ne sont plus jamais les mêmes. Sof, jeune infirmière courageuse et intelligente, en a tout à fait conscience lorsque son frère, éminent journaliste à la plume acérée, est frappé par un éclair qui le laisse à peine capable de se déplacer, son esprit à jamais perdu dans les méandres de l’Arcane. Elle décide de l’emmener loin de la cité où ils ont grandi.Ensemble, il fuient à travers les forêts aux secrets jamais percés et dans les steppes dévastées. Ils découvriront un monde redoutable, sans se douter une seconde des enjeux qui se tissent autour de leur destin, où chaque faction tire ses fils avec une virtuosité machiavélique.

Mon avis : 

Une intrigue aux ramifications complexes

Adrien Tomas nous emmène encore une fois dans un univers associé à la magie. Mais cette fois-ci, elle peut être meurtrière, au sens où les Touchés par la foudre de l’Arcane voient leur personnalité s’effacer au profit de l’entité surnaturelle et devenir des sortes d’handicapés mentaux. Récupérés au service exclusif de l’Etat, pour le Bien Commun, ils deviennent une main d’oeuvre gratuite, au grand dam de leur familles.

C’est dans ce contexte que de Sofena, infirmière décide de s’enfuir avec son frère Solen, touché par la foudre magique. Elle refuse de laisser l’Etat lui voler sa seule famille. Qui plus est quand elle comprend que la personnalité de son frère est encore là, quelque part et que le destin n’est peut-être pas le seul acteur de son malheur.

L’auteur nous emporte dans une course-poursuite haletante, où les personnages vont croiser la route de plusieurs protagonistes dont l’espion-assasin Nym, au service du gouvernement, mais aussi des orcs, des assassins, et  des soldats grimmnois.

Aidés de Nym, les deux fugitifs iront se perdre dans les Hurleuses, un territoire dominé par les Orcs et les chercheurs d’Arcanium, mais surtout au centre d’un conflit entre le Grimnark et la Tovkie, les deux pays limitrophes, ce qui ne sera pas sans leur poser quelques problèmes.

Pendant ce temps, au Grimnark, l’évasion de Solen a fait grand bruit et la chasse au Touché est lancée. D’autres agents de l’Etat vont se lancer à leurs trousses, mais si Nym est plutôt sympa, les autres ne feront pas dans la dentelle.

En parallèle, un nouveau diplomate est nommé pour la délégation des Abysses au Grimnark, afin de remplacer le précédent assassiné. Le poisson-Ambassadeur Gabba Do est curieux des humains et surtout très soucieux de faire ses preuves, alors que ses supérieurs souhaitent qu’il fasse profil bas. Malheureusement la curiosité l’emportera sur les devoirs diplomatiques…

Les deux intrigues vont se mêler étroitement avec de nombreux rebondissements et du suspense à revendre pour une conclusion complexe, qui m’a agréablement surprise.

Un univers bien ancré sur fond politique

L’univers de Vaisseau d’Arcane est identique à celui d’un autre roman d’Adrien Tomas pour la jeunesse, et dont j’ai déjà réalisé la chronique : Engrenages et Sortilèges. Malgré quelques clins d’oeil à ce roman à travers les pérégrinations éthérées de Solen et de l’Arcane, l’auteur nous dévoile une ambiance plus sombre dans une autre partie de l’univers : le Grimnark, qui ne bénéficie pas de l’Arcanium, la source d’énergie magique, comme à Celumbre.

Le Grimnark est pays un peu royaliste sur les bords :  le peuple est dévoué aux dirigeants et peu soucieux de se rebeller. Son nom fait penser aux pays nordiques, tout comme son climat. Ici, les orages d’Arcanium frappent sans arrêt et au hasard, obligeant la capitale à activer un dôme de protection en cas de changement climatique soudain et les puissants contrôlent le pays.

Comme la magie est trop instable pour être contrôlée, ce pays s’en est passé pour se développer, en faisant progresser la science et la technologie, et en considérant la magie comme objet d’étude. Mais quand la Tovkie, son ennemi juré, commence à utiliser l’Arcanium comme source d’énergie afin d’alimenter sa technologie, le Grimnark se résout à utiliser le potentiel magique des Touchés, afin de garder sa supériorité scientifique.

C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages : Sofena est infrmière et s’est intéressée aux études sur les Touchés, Solen écrit des articles qui dénonce les manigances des dirigeants de son pays, Gabba Do essaie de comprendre les moeurs Grimnoises, Nym manigance pour les politiques.

Le roman met en lumière les tensions politiques entre le Grimnark avec les pays limitrophes concernant l’utilisation de l’Arcanium, mais pas uniquement.

La Tovkie, sorte de russie communiste apparaît comme un idéal pour certains ouvriers grimnois. Son organisation menace le système politique du Grimnark. On le verra à travers le personnage de Garolf De Wise qui essaie d’expliquer, à sa manière, le système politique inégalitaire de son pays au diplomate des Abysses. Mais aussi de manière plus fugace, à travers un médecin qui pose des prothèses mécaniques aux soldats grimnois et qu’on soupçonne d’être un espion.

Les Hurleuses, no man’s land mi-désertique mi-sauvage est dominé par les orcs. Ces créatures vivent en tribus, sont connectées à la nature et se rapprochent de certaines représentations des elfes en faisant pousser des plantes. Les bannis finissent dans les grandes villes comme jardiniers et croque-morts car ils se nourrissent des nutriments présents dans les corps humains, en dehors de leur forêt d’origine. Comme ils traînent cette mauvaise réputation, les humains les  considèrent comme des parias ou des bêtes sauvages. Le mystère qui entoure leur mode de vie n’aide pas à les blanchir pour autant. Pour ma part, j’ai trouvé qu’ils se rapprochaient beaucoup des Indiens d’Amériques par leur mode de vie et leur histoire, car les « êtres civilisés » grimnois et tovkien grignotent peu à peu leur territoire, les obligeant à se battre ou à voler pour survivre. On verra aussi que la haine est réciproque avec la tentative d’un humain de s’intégrer à une tribu, ce qui cause des dissensions parmi les orcs. Ce sont les seuls à vraiment comprendre comment fonctionne l’Arcane, contrairement aux autres cultures, à travers leurs croyances liées à la Nature et aux Esprits.

Quant aux poissons des Abysses, les guerres humaines semblent être le cadet de leur souci. Sorte de Suisse observatrice du conflit, ils ont plutôt la curiosité de comprendre les relations et mode de vie humains sans s’impliquer outre mesure. On sent chez eux une supériorité intellectuelle et technologique qu’ils gardent pour eux. Et même si Gabba Do est plutôt curieux, il représente un spectateur très naïf des ambitions humaines.

L’Arcanium les réunis tous mais pour des raisons et des utilisations différentes : magie, mécanique, source de pouvoir ou religion.

A travers cette histoire, j’ai trouvé que l’auteur émettait une critique forte des guerres provoquées par l’attrait d’une ressource, et leurs conséquences désastreuses.

Des personnages intéressants et bien construits

L’action est menée par des personnages à la psychologie travaillée, qui évoluent au fil de l’histoire. Car rien n’est blanc ou noir dans Vaisseau d’Arcane !

Si Sofena est une infirmière émérite qui respecte la loi au pied de la lettre, elle n’est pas pour autant un mouton. Dès qu’elle sent que son univers est menacé et malgré les règles grimnoises, elle n’hésite pas à s’affranchir de tout par amour pour son frère, allant jusqu’à quitter son fiancé. Sa façon de penser ultra-méthodique ne laisse pas la place aux émotions, même s’il lui arrive de perdre pied. Son dévouement à son serment d’Hippocrate transcende la raison : peu importe si le blessé est un ennemi, elle ira lui porter secours.

Solen, avant de recevoir la foudre, apparaît comme un jeune homme profitant des plaisirs de la vie mais aussi engagé dans des combats politiques à travers ses articles. Une fois devenu Touché, il va faire preuve d’une résistance hors du commun en s’efforçant de ne pas laisser sa personnalité s’effacer face à l’Arcane. Il vivra un voyage mystique invisible au yeux des autres, car si son corps ressemble à celui d’un pantin au sourire béat, son esprit sera transporté à travers d’autres touchés ou animaux arcaniques. L’Arcane essaie de le séduire tout en lui montrant sa nature profonde. Ce premier tome nous laissera un peu sur notre faim à ce sujet.

Nym est plus complexe : Opérateur (espion-assassin) pour le Grimnark, il bénéficie de la « musique », sorte de don inné pour anticiper les dangers, qui lui permet de se sortir de toutes les situations. Du côté de Sof et Sol, il joue un jeu trouble pour des raisons pas évidentes au début mais qui prennent sens en fin de roman. On sent un besoin sincère de faire le Bien chez lui, mais ses actes semblent indiquer le contraire. Le dénouement du roman mettra en lumière ses motivations réelles.

D’une manière générale, l’auteur fait apparaître les points forts comme les faiblesses de chaque personnage : assassins du cénacle bien solitaires, orcs persécutés, humain adopté par les orcs qui essaie de s’intégrer, diplomate tenu en laisse par ses supérieurs…

La question de l’être civilisé reviendra régulièrement, notamment avec les orcs qui apparaissent plus humains que leurs ennemis alors que leur mode de vie est associé à la nature, donc sauvage. Mais aussi avec  les assassins, au service d’un maître et agissant parfois contre leurs principes. L’auteur nous montre ainsi que l’humain est complexe et que sa définition du Bien et du Mal l’est tout autant en fonction de son vécu ou de ses intentions.

En conclusion : Adrien Tomas signe un roman intelligent qui aborde, sous couvert de magie et de technologie, des questions d’actualité comme les conflits liés aux ressources naturelles ou la discrimination associée à un mode de vie. C’est le début d’une nouvelle saga prometteuse qui devrait plaire aux amateurs d’intrigues à suspense et de personnages non-manichéens.

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Mnémos pour l’envoi de cette intrigue palpitante. J’attends avec impatience la suite pour découvrir ce qu’il advient des personnages et du mystère associé à l’Arcane. 🙂 

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Le chrysanthème noir, Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans nom

Après un gros coup de coeur pour La 25e heure de Feldrik Rivat, je n’ai pas pu résister à lire la suite des aventures de Bertillon et Lacassagne et en découvrir un peu plus sur la fameuse société secrète du Chrysanthème noir. Science, morts et enquête nébuleuse au rendez-vous pour un second tome qui ne m’a pas déçue…

Résumé : Paris, ville lumière, goûte en cette fin de XIXe siècle à la modernité. Réseaux à air comprimé, lignes téléphoniques, service de poste pneumatique : la capitale envisage d’aller plus loin encore et d’électrifier ses éclairages publics, de construire sa première ligne de métro, et… de révolutionner votre manière de concevoir la vie et la mort. Enfin, le projet ne faisait pas partie des cartons du président Sadi Carnot. Mais l’éclosion d’une drôle de fleur, au sortir de cet hiver de 1889, pourrait bien venir bouleverser la vie des Parisiens… Le Chrysanthème Noir. Après avoir fleuri dans les cimetières de la ville, il frappe de son logotype le nom d’une société qui offre aux gens de biens et créateurs de ce monde un bien curieux marché…

Mon avis :

L’enquête continue sans nos deux héros

Dès le début du roman, le ton est donné : Louis Bertillon et Eudes Lacassagne sont hors jeu, puis relégués au second plan de l’enquête autour du Chrysanthème Noir. Le jeune bleu est interné à la Salpêtrière, tandis que son équipier à la canne est laissé pour mort suite à une chute depuis un dirigeable. D’une manière générale, la police de Paris est dépassée par l’affaire, en l’absence de leur duo d’enquêteur et l’auteur nous en fait sentir les limites. Pas de panique ! L’agent La Rousseur et le chef de la sûreté de Paris, Marie-François Goron sont sur le coup, dans deux enquêtes parallèles. Mais, ce n’est pas sans réserver quelques surprises !

En effet, dans si l’espionne aux tâches de rousseur a toujours une longueur d’avance sur le policier, elle est très bien entourée et poursuit des ambitions toutes personnelles. Quant à Goron, il va de surprise en surprise dans cette enquête.  Au fil de l’histoire, on se rendra vite compte qu’il représente la figure du lecteur dans le roman : complètement déconcerté par les révélations qui arrivent au fur et à mesure.

Tout au long du récit, nous croiserons à nouveau des figures historiques ou littéraires dans des domaines très variés : politique, scientifique, artistiques, journalistiques… preuve que l’auteur s’amuse avec l’Histoire. Le clin d’oeil à Sherlock Holmes sur les techniques scientifiques est particulièrement bien trouvé et les étapes de construction de la Tour Eiffel assez intéressantes. J’ai particulièrement apprécié la critique des méthodes de soins en milieu psychiatrique avec le Professeur Charcot. Si vous êtes tenté de réaliser des recherches sur chaque personnage historique cité, je pense que la lecture peut s’avérer encore plus riche.

De nombreux rebondissements viendront s’ajouter à l’intrigue comme des méchants qui ne sont pas forcément ceux que l’on soupçonne, mais surtout de nombreux dénouements face aux mystères non-élucidés du premier tome. On connaîtra ainsi le rôle de l’Ophiucus dans l’enquête, les secrets d’Edison, le vrai rôle de l’agent américain Pinkerton dans l’affaire et surtout pourquoi les corps sont retrouvés avec des doigts coupés.

Les personnages principaux vont évoluer : si Bertillon s’endurcit, le Khan apprivoise ses phobies et renoue plus ou moins avec son père et son frère. Il aurait presque de l’affection pour Clémence et les femmes en général !

Enfin, côté style, le roman se lit toujours aussi bien et est dominé par un suspense haletant. La langue est riche et ciselée. Feldrik Rivat clôt très bien son histoire avec une fin soignée, même si beaucoup d’intrigues s’entremêlent.

La place aux femmes : La Rousseur vs Mileva Varasd

La duchesse de l’Abey, La Rousseur, Milena … ce deuxième tome fait la part belle aux femmes qui essaient de s’émanciper des hommes.

La duchesse maintient d’ailleurs un projet pour faire accéder la gent féminine aux études ou à des métiers réservés aux hommes comme la médecine ou l’astronomie avec une critique cinglante des scientifiques américains reléguant leurs pairs féminines au café.

L’agent La Rousseur tire son épingle du jeu jusqu’au bout du récit. C’est une jeune femme manipulatrice, au service de son commanditaire mais aussi de ses intérêts. Elle saura apprivoiser le Khan, déjouer les complots, jouer sur plusieurs tableaux… et garde malgré tout avec un attachement sincère pour son fiancé qu’elle dissimule bien.

Mileva quant à elle, se sert du sexe pour marquer les hommes qu’elle hypnotise. C’est une immigrée des pays de l’Est qui a tenté de réussir et de s’imposer dans un domaine scientifique, tout en étant au service du Chrysanthème Noir. Malgré sa soif de pouvoir et ses méthodes douteuses, on sent un réel besoin de reconnaissance de sa part vis à vis de son travail, par ses collègues masculins qu’elle ne réussit pas à obtenir.

A travers ces trois personnages féminins, l’auteur dénonce la condition de la femme à la Belle-Epoque, reléguée au rang d’épouse potiche ou d’être faible. Il propose des moyens qui auraient pu être à leur disposition pour s’en sortir. Il montre également qu’une femme peut être l’égale d’un homme en tant qu’adversaire  et c’est plutôt innovant.

Une uchronie proche du roman scientifique

Ce deuxième tome est encore plus riche en vulgarisation scientifique que le précédent et m’a fait penser aux romans scientifiques de Jules Verne, auquel l’auteur aurait ajouté une pointe de mysticisme avec la mythologie égyptienne et beaucoup d’espionnage.

Si la vulgarisation est nécessaire pour comprendre l’histoire (dont le sujet est la résurrection des morts de manière scientifique), cela m’a par moments ennuyée. Feldrik Rivat est très précis pour évoquer les méthodes d’embaumement, le miracle de l’électricité, ou la Thanatogamie (procédé de résurrection). Cela occasionne parfois des longueurs avec des descriptions assez techniques. C’est le seul petit bémol que j’évoquerai pour ce livre.

En dehors de ce point, l’uchronie développée sur ce sujet est extrêmement intéressante et bien détaillée : il s’agit de passer un contrat avec un mort pour le faire renaître temporairement dans le corps d’un vivant. Cela interroge sur le modèle de société qui se construirait autour de cette innovation. En effet, comment gérer les héritages familiaux si le mort n’est plus vraiment mort ? A l’inverse, les plus grands artistes et érudits pourraient continuer à créer et à collaborer avec ceux de notre époque ce qui ferait prospérer l’humanité. Et la limitation des naissances au profit des renaissances apporterait un aspect écologique avec l’idée de la préservation des ressources.

Cependant, dans ce récit, le procédé est réservé aux riches, la plèbe ne servant qu’à engendrer.  En cela, on retombe sur la vision de la société dans les romans de Science-Fiction avec l’Elite intellectuelle et le Bas-Peuple qui n’ont pas les mêmes possibilités, comme un reflet déformant de notre réalité. Cela m’a rappelé la trilogie Altered Carbon (ou Carbone modifié) de Richard Morgan, qui accorde une forme d’immortalité à une seule partie de la population bien nantie.

En conclusion : Ce second tome est toujours aussi riche tant la construction de son intrigue que dans son vocabulaire. Feldrik Rivat fait le pari de créer un univers original en jouant avec les codes de la Belle-Epoque tout en y apportant une vraie réflexion scientifique sur l’avenir de l’Humanité. Et c’est une pure réussite.

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Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Relu pendant le Bingo du Plib, Royaume de vent et de Colères m’a transportée à nouveau dans cette uchronie autour de Marseille et des guerres de religion, en 1596. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : A Marseille, en 1596, un complot se prépare en vue d’assassiner les leaders politiques du parti catholique, en rébellion contre le parti protestant du Roi de France, Henri de Navarre. L’action  se déroule principalement dans une auberge, celle d’Axelle, ancienne mercenaire où évoluent les acteurs, opposants et adjuvants de ce complot : le chevalier Gabriel, qui a renié sa foi protestante pour rester en vie et se bat aux côtés des catholiques, Victoire, chef de la guilde des assassins effectuant sa dernière mission, Armand, moine de l’Artbon qui a fuit son monastère pour déserter la guerre et sauver son amant. Pendant ce temps, dans les geôles du chef de la ville, Silas est soumis à la torture pour savoir ce qu’il faisait cette nuit, avec d’autres hommes et un baril de poudre au pied des remparts, alors que le Roi de France est aux portes de la ville…Comment en sont-ils arrivés là? Qu’est ce qui les a poussés à devenir ce qu’ils sont? Comment tout cela va-t-il se terminer?

Mon avis :

Un titre évocateur

Un Royaume de vent et de colères, c’est avant tout un roman qui évoque le Mistral de Marseille et la colère de ses habitants. Ou plutôt ses colères car les raisons de chacun peuvent être différentes.

A travers une galerie de personnages bien dessinés, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse le portrait d’une ville et d’une époque marquée par les luttes de pouvoir et la religion. Ainsi, Axelle ancienne mercenaire convertie en aubergiste brûle d’une soif de combats étouffée une vie domestique par amour pour son mari. Le chevalier Gabriel, éprouve une rage honteuse envers lui-même suite à sa conversion forcée à une religion qui lui a volé sa famille. Armand hait le Roi qui l’utilise au nom d’une tradition religieuse à des fins militaires, au détriment de sa santé et de celle de ses disciples. Et de manière plus générale, les taxes sans fin des plus pauvres enrichissent les plus riches sans apporter de contrepartie font de Marseille une ville sur le point d’exploser en début de roman.

Dans une intrigue haletante, proche d’une mise en scène théâtrale ou d’une partie d’échec, l’auteur déroule son histoire en alternant les temporalités. Passé, Présent, Futur… il joue avec le temps afin d’expliquer le parcours de chaque personnage et ce qui guide leurs actions. L’écriture est incisive, proche de la nouvelle avec un chapitrage découpé selon la voix d’un personnage. Progressivement, la tension monte, jusqu’à son apogée en troisième partie de roman où l’orage politique éclate et balaye tout sur son passage.

On sent que Jean-Laurent Del Socorro a réalisé de nombreuses recherches historiques sur cet événement de l’Histoire de France. Il a su également le vulgariser et y apporter sa touche personnelle. Le complot et ses ramifications politiques sont assez faciles à comprendre pour un lecteur peu averti. La présence de l’Artbon, à la fois destructeur et addictif amène une interrogation nouvelle sur l’utilisation de la magie à des fins politiques.

Des personnages forts

A travers ce siège, Jean-Laurent Del Socorro nous dévoile des personnages aux préoccupations personnelles proches des nôtres : sacrifier sa carrière à sa famille pour Axelle, faire face à la vieillesse  pour Gabriel, accomplir un dernier exploit pour Victoire, faire preuve d’ambition pour Silas.

Les personnages ont également tous des regrets, esquissés au fil de leurs récits personnels : vivre son amour au grand jour pour les deux moines, être bien née ou rencontrer l’amour pour la cheffe des assassins, venger sa famille assassinée pour le chevalier, avoir eu une mère aimante pour Axelle. Seul Silas apparaît comme un être mystérieux dont on sait peu de choses excepté qu’il adore les pommes et qu’il est prêt à tout pour devenir chef des assassins. Il apporte une touche de légèreté dans le récit, malgré la torture dont il est l’objet, avec des scènes  à glacer le sang.

L’auteur instille comme toujours un côté égalitaire en montrant des personnages féminins forts et ambitieux, ainsi que des personnages masculins sensibles, à l’opposé de ce qui a pu exister jusque là en Fantasy. Il évoque aussi le racisme avec Silas et le gâchis  humain des guerres avec Axelle et sa troupe de mercenaires.

Quelques mots sur la nouvelle présente en fin de roman : Gabin sans « aime »

Après le roman en lui-même, une nouvelle mettant en scène Gabin, le jeune commis d’Axelle, apporte un éclairage sur le passé du garçon et quelques éléments pour mieux comprendre le mystérieux Silas.

Gabin a été élevé par un père violent, suite au décès de sa mère. Il vit avec la peur de la colère de son père, comme de la sienne. Cette colère ressort quand il joue avec ses camarades, à travers des rixes violentes alors qu’il est d’un tempérament doux. Il voit la colère comme une forme malfaisante qui prend possession de lui ou de son père lorsqu’il a bu.

Axelle voit en lui l’enfant qu’elle a été et lui fait une place dans son auberge, dévoilant un  coeur tendre derrière sa carapace de soldat. Silas le croise pendant une planque pour la guilde et s’émeut également de sa situation. Il y répondra à sa manière…

Le récit est narré par Gabin avec ses mots d’enfant, ce qui apporte une dose de légèreté à ce sujet sérieux. Comme il s’embrouille parfois et confonds des termes proches phonétiquement cela occasionne des passages hilarants. La confusion entre mort et maure est tout simplement géniale.

Avec cette nouvelle, Jean-Laurent Del Socorro décrit la situation des enfants battus et  la manière dont ils gèrent leurs émotions et leur passé afin de tenter de vivre une vie normale. Gabin pense qu’il n’est pas digne d’être aimé à cause de sa colère qu’il ne maîtrise pas. Axelle et Silas lui apprendront deux manières de s’en sortir. A lui de choisir la sienne.

En conclusion : Ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est d’une justesse littéraire et d’une intelligence rare pour le tout jeune auteur qu’il était en 2015. Son style synthétique et percutant, aux thématiques actuelles nous interrogent sur le sens de l’existence tout en nous divertissant. Avec la publication de Bouddicca, on sent un prélude à ce qui éclatera dans Je suis Fille de Rage, à la manière du Mistral sur la ville de Marseille. Un Royaume de Vent et de Colères est roman historique avec une pointe de magie qui vous emmènera au coeur d’un complot dont vous ne sortirez pas indemne.

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Les secrets du Premier coffre, Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Après avoir terminé la série du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti, mon petit coeur se languissait de ne plus lire d’histoires sur mon chevalier-mercenaire préféré. O Joie ! L’auteur a publié un recueil de nouvelles avec des aventures situées dans le même univers, où l’on retrouve même Kosigan jeune chevalier ! Voici pour vous, mon retour sur ce nouvel opus : Les secrets du Premier coffre.

Résumé : Six histoires hautes en couleur dans le monde du Bâtard de Kosigan ! Avec ce coffre empli de trésors littéraires, Fabien Cerutti propose six textes qui enluminent ou permettent de découvrir l’univers de sa série à succès Le Bâtard de Kosigan. Avec un récit de la jeunesse gouailleuse du Bâtard en Italie, une pièce de théâtre truculente à la cour d’Angleterre, un drame amoureux entre un pape et une satyre, un journal de voyage aux confins du monde en quête des elfes de Chine, et bien d’autres surprises encore, l’auteur nous émeut, nous surprend, nous fait frissonner, nous dépayse et nous emporte dans son imaginaire vif et attachant.

Mon avis :

Je n’ai pas l’habitude de chroniquer des recueils de nouvelles, non pas que les textes ne soient pas de qualité, mais je ne sais jamais comment m’y prendre : faut-il traiter les nouvelles une par une ? Faut-il trouver un fil directeur ? Ici, j’ai choisi de réaliser une chronique qui mélange présente les deux formules. 😉

A noter : Il n’est pas nécessaire de connaître la série pour lire ce recueil de nouvelles. Vous n’aurez pas de spoilers non plus sur le récit du Bâtard. C’est plutôt une sorte de mise en bouche pour vous faire découvrir l’univers aux non-initiés. Pour les connaisseurs des intrigues de Kosigan, c’est l’occasion de poursuivre les aventures du chevalier-mercenaire et d’élucider encore des mystères irrésolus.

Si à l’issue de cette chronique vous souhaitez découvrir les romans du Bâtard de Kosigan, je vous invite à lire mes chroniques sur les trois premiers tomes de la série : L’ombre du pouvoir, Le fou prend le roi, et Le marteau des sorcières. Le quatrième tome n’a pas été encore chroniqué par manque de temps, mais il sera certainement.

Où l’amour et la magie ne font parfois pas bon ménage

Si l’on devait retenir une chose de ce recueil autour de l’univers du Bâtard, c’est que la magie et l’amour sont difficilement compatibles.

Dans chaque nouvelle, Fabien Cerutti nous expose un cas de figure particulier : amour passionnel entre un religieux et une satyre, amour mortel entre deux fées en voie d’extinction, amour contre-nature entre un humain et une elfe fabriquée, jeux de l’amour à la cour du roi et ses envoûtements, manigances d’une fille de seigneur badass qui se cherche un mari à la hauteur de ses attentes…

Seule la nouvelle Jehan de Mandeville, le livre des merveilles du monde échappe à la règle en nous proposant un voyage en Asie, façon Marco Polo, où Jehan est mandaté pour réaliser une alliance entre les elfes de Champagne et ceux de Chine autour d’un Grand Dessein.

D’une manière générale, le recueil propose des histoires dramatiques ou d’aventure. Il se termine cependant sur une touche plus positive et enjouée avec la pièce de théâtre en fin d’ouvrage : Les jeux de la cour et du hasard, sur le modèle des pièces de Marivaux (Le Jeu de l’amour du hasard dont il pastiche le nom) où l’on retrouve un Bâtard plus malin que jamais…

Un recueil sur les origines de l’uchronie autour de Kosigan

Mais l’amour n’est pas le seul sujet de prédilection de cet ouvrage !

Dans les 4 volumes de la série du chevalier-mercenaire, l’uchronie proposée par Fabien Cerutti reposait sur l’existence réelle de la magie, étouffée par la religion. (note : Ce n’est pas vraiment un spoiler, on le comprend assez vite dans les premiers tomes).

Dans les 6 nouvelles des Secrets du premier coffre, l’auteur aborde plus en détail quelques mystères non-élucidés dans les 4 romans, dessinant ainsi la genèse d’un univers que nous avions découvert pendant le Moyen-Age. Il semble esquisser également une critique de certains faits historiques avérés dans l’Histoire de France et du monde, au sein de chaque nouvelle.

La première nouvelle, Légende du Premier Monde, nous emmène à l’époque Minoenne, où un homme aux origines mystérieuses fait pousser les plantes par sa propre volonté, et où le roi organise une compétition de créations d’êtres magiques. On y apprendra comment sont nées certaines créatures mythologiques, mêlant subtilement magie et science imaginaire, autour d’un complot politique.

La deuxième nouvelle, Ineffabilis Amor, nous narre les prémisses d’une entente fragile entre le Christianisme et les anciennes religions paganes, au début du Moyen-Age. Sous prétexte d’agrandir les terres de la chrétienté, on missionnera un jeune prêtre pour parlementer avec les créatures magiques afin de limiter les conflits de territoire. Mais une prophétie viendra s’en mêler et cela ne tournera pas comme prévu. Sous couvert de ce récit, on sent que l’auteur pointe du doigt l’expansion barbare de la religion catholique en France et ailleurs, au Moyen-Age. Il montre également comment des différences culturelles peuvent conduire à des drames.

Dans le Crépuscule et l’aube, le troisième récit, il est question du déclin des fées au Moyen-Age, peu de temps après la nouvelle précédente. Une fée sera mandatée pour confier une relique à un humain menuisier, après le massacre du reste de ses congénères. Il en résultera une forme de survie inattendue de son espèce. En relief, on pense aux divers génocides qui ont eu lieu partout dans le monde, sous prétexte d’une différence et une petite référence subtile à un conte italien dont je tairai le nom sous peine de spoilers.

Fille de joute nous permet de retrouver notre malin Chevalier de Kosigan. Dans cette nouvelle, il va acquérir sa réputation de Chevalier badass et son titre de Bâtard de Kosigan, en participant à des joutes en Italie. Il rencontrera une fille-chevalier mystère qui lui proposera un marché auquel il ne pourra pas résister. On notera aussi la présence du poète Dante Alighieri, ici en joueur fourbe et invétéré, qui lui proposera son aide dans l’histoire. Ici, l’auteur nous emmène dans les jeux politiques de Florence et critique en exergue la valeur monétaire des jeunes filles de bonne famille dans des alliances forgées parfois dès l’enfance. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer comment Fabien Cerutti s’était amusé avec la biographie de Dante en lui faisant rencontrer sa Béatrice, louée dans le poème Vita Nuova.

On voyagera en Asie pendant la Renaissance dans Le livre des merveilles du monde, auprès de Jehan de Mandeville à la rencontre les elfes Chinois. Sur les traces de Marco Polo, l’explorateur français et ses compagnons bourguignons affronteront des pirates arabes, parlementeront avec des tribus du désert, traverseront la Mongolie et termineront leur voyage auprès d’un descendant de Gengis Khan assoiffé de pouvoir. Dans cette nouvelle, l’origine de la disparition totale des êtres magiques sera élucidée. Car Jehan est chargé d’un message de la comtesse et elfe de Champagne (rencontrée dans le tome 1 : L’ombre du pouvoir) à destination des être magiques asiatiques… Cette aventure m’a rappelé l’exode du peuple juif sur une note plus positive, en mêlant magie et science encore une fois.

Notre dernière nouvelle est une pièce de théâtre très amusante où l’on retrouve à nouveau Cordwain de Kosigan, à la cour du Roi Edward III d’Angleterre, encore empêtré dans des affaires politiques de mariages arrangés. Cette fois-ci, le Chevalier se fait avoir par les femmes (pour changer…) !  La Baronne Rowina a décidé de mettre le grappin sur lui, mais comme il refuse ses avances, elle va lui tailler une sale réputation auprès du roi. L’affaire se compliquera avec la princesse qui joue les apprenties sorcières… Le Bâtard s’en sortira grâce à son intelligence une fois de plus et raflera la mise. Une nouvelle qui met en évidence la place des femmes à la cour et dans la société du Moyen-Age : monnaie d’échange, dépendantes des hommes, recherchant l’émancipation et l’amour véritable. La Baronne m’a émue avec sa position précaire à la cour suite à la destitution de ses biens lié à la trahison de son mari. La princesse malgré son sale caractère, m’a émue aussi car elle est forcée d’épouser un homme qu’elle déteste pour des raisons politiques.

Au niveau de la construction, les nouvelles se répondent entre elles, évoquant tantôt un personnage déjà rencontré, tantôt un événement politique. Elles forment ainsi un tout cohérent qui complète à merveille la série du Bâtard.

Les récits sont introduits à chaque fois par une lettre d’Elizabeth Hardy, personnage que nous retrouvons plus particulièrement dans le quatrième tome de la série de Kosigan : Le Testament d’Involution. Elle explique avoir reçu ce coffre contenant les récits présentés, comme un échantillon découvert par Kergaël dans la bibliothèque de son ancêtre, le Bâtard.

Je pressens la venue de deux autres recueils, car trois coffres ont été envoyés à trois personnes différentes. Vivement leur publication !

Un livre-objet de toute beauté

Outre les histoires, le recueil est un magnifique objet !

Il est présenté avec une reliure en tissu à l’ancienne et marque-page ruban, une couverture aux dorures travaillées représentant la serrure d’un coffre, et un cartonnage rigide pour les premières et quatrième de couverture.

A l’intérieur, sur les deuxième et troisième de couverture, on découvre une carte du monde présentée dans les nouvelles qui nous permet de retracer le chemin des personnages et notamment celui de Jehan de Mandeville.

Le livre ravira autant les amateurs de belles couvertures que les fans des aventures du chevalier-mercenaire, j’en suis convaincue.

En conclusion : C’est une joie de retrouver l’univers du Chevalier-Mercenaire Cordwain de Kosigan, mais aussi de lever des mystères autour de la disparition de la magie et de découvrir la genèse de cet univers. Fabien Cerutti n’a rien perdu de son talent de conteur toute en sensibilité et de créateur d’intrigues à rebondissements qu’il maîtrise à la perfection. Ce premier recueil plaira autant aux fans du chevalier désireux de retrouver l’ambiance des romans, qu’aux novices qui découvrent l’univers. J’attends la publication des secrets des deuxième et troisième coffre avec une grande impatience !

Note : Ce livre m’a été envoyé en Service Presse par les éditions Mnémos. Très grande fan de l’univers de Fabien Cerutti, je n’ai pu refuser et grand bien m’en a pris ! Je tiens sincèrement à remercier l’éditeur pour le plaisir que m’a apporté cette lecture. 😉

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Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas, éditions Rageot

Bienvenue à Celumbre et son Académie de magie et de mécanique ! Ici, on entretient l’animosité entre les apprentis, afin de maintenir la compétition entre les deux factions. Et si, un mage et une mécanicienne formaient une équipe malgré eux ? Tel est le point de départ de Engrenages et Sortilèges…

Résumé : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Mon avis :

Un roman jeunesse sur l’adolescence

Dans ce roman, nous serons confrontés à deux personnages principaux forts, que tout oppose : Grise et Cyrus.

Grise ou Grisella est la fille d’un ingénieur d’Etat réputé. Elle vient d’un autre pays et est noire. Elle étudie la mécanique à l’Académie de Celumbre et est plutôt douée dans son domaine. Elle a un côté Hermione Granger, respecte les règles et les professeurs et a déjà choisi un futur métier. Plutôt solitaire du fait de son ambition, elle aimerait se faire un ami qui la comprenne. Du fait de son statut de mécanicienne et d’étrangère, elle est également marginalisée par les apprentis mages, dont Cyrus, qui se moque de son état débraillé et de ses doigts pleins de cambouis. Elle vit avec son père, très aimant, qui l’encourage dans ses projets et réalise des automates avec elle. Il s’inquiète cependant qu’elle ne se préoccupe pas des garçons, comme une adolescente normale de 15 ans. Elle a pour compagnon Cog,  un petit robot qui récite des proverbes.

Cyrus est le fils de la Première générale de l’armée des Empires. Il est arrogant, imbu de sa personne, délicat, d’apparence soignée, studieux, mais aussi un peu rebelle et peu enclin à l’effort. Derrière cette façade, il cache deux grandes faiblesses :  le manque d’amour de sa mère qui fait passer le devoir avant tout, et son manque de compétences en élémentalisme alors qu’il maîtrise les autres disciplines magiques. Si Grise est naïve, lui est très perspicace, preuve que les leçons de stratégie de sa mère ont finalement porté leurs fruits. Il a pour compagnon Quint, un chat roux qui est aussi son familier.

Grise et Cyrus se détestent au début du roman, du fait de leur classe respective, concept entretenu par les règles de l’Académie. Mais suite à leur mésaventure commune, ils vont devoir faire alliance, et apprendre l’un de l’autre.

Avec ce duo improbable, nous exploiterons les questionnements liés à l’adolescence : les premiers émois amoureux, la vision de l’avenir, la déception vis à vis des adultes, les choix et leurs conséquences, la confiance en soi, la rébellion envers les adultes ou le système.

A eux deux, ils sont également un bel exemple d’amitié malgré leurs nombreuses contradictions, et de maturité contrairement aux adultes qu’ils rencontreront dans leur périple.

De cette aventure, ils sortiront grandis, un peu moins intellos, et surtout plus portés sur des choses de leur âge. Un vrai roman d’apprentissage en somme.

Un manifeste en filigramme sur la politique et ses conséquences

Celumbre, capitale du pays, est gouvernée par Sarenziah, son impératrice. C’est une femme indolente, rêveuse, plus soucieuse de son apparence que de politique, mais aimée de ses sujets. Elle laisse les grandes décisions à Vezzir, son conseiller qui l’assiste avec dévotion. C’est cette dévotion qui causera la perte du royaume, car Vezzir a de grandes ambitions.

A travers cet univers, Adrien Tomas nous dépeint une situation politique calamiteuse, qui pourrait trouver écho dans notre propre réalité.

Il réalise un décorticage en règle des conséquences d’une guerre et de la taxation, qui créé des conditions favorables à l’enrôlement dans l’armée pour les plus jeunes. Cela fait grandir la criminalité et la pauvreté, et pousse le peuple à de mauvaises décisions par nécessité de survie. Les réfugiés de guerre sont ostracisés, les vétérans deviennent mendiants ou mercenaires, les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, la protection civile sous-payée est corrompue et des factions républicaines se créent en opposition au régime impérial.

Mais l’impératrice disposant d’une image impeccable, personne n’ose penser qu’elle veut le mal de ses sujets et n’ose élever la voix… exceptés les républicains dont on moque les idées farfelues. En parallèle, un empire du crime se créé dans les bas-fonds, comme réponse officieuse au gouvernement en place, avec une autre reine : l’Arachnide.

Si l’univers est purement fictif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il a été inspiré de faits réels pour certains détails, et nous donne une bonne leçon de politique digne de la série House of Cards.

Un roman qui entremêle astucieusement magie et mécanique

La force d’Adrien Tomas dans la plupart de ses récits, réside en sa manière d’aborder la magie. Sujet récurrent dans ses romans, il se distingue une nouvelle fois en mélangeant le côté magique de ses personnages à celui de la mécanique.

Dans Engrenages et Sortilèges, l’inimitié des deux personnages principaux a pour point de départ leurs sujet d’étude et compétences au sein de la même Académie. Si Grise étudie la mécanique, symbole d’avenir et de progrès dans cet univers, Cyrus privilégie la magie, plutôt associée au passé.  

A l’Académie, on encourage les mécaniciens à ne pas offusquer les mages car leurs pouvoirs sont liés à ses émotions et ils pourraient perdre leur magie si leur confiance en eux est lésée. Cyrus en est bien conscient et joue de cette autorité pour martyriser les mécaniciens, tout comme ses camarades, ce qui nuit aux relations entre les deux factions. Cela a pour conséquence une forme de révolte intérieure chez les mécaniciens, qui culminera à travers Grise quand Cyrus poussera la plaisanterie trop loin. Cette inimitié tient à l’origine au fait que les magiciens ont peur de se faire remplacer par des machines et que les mécaniciens trouvent leur fonctionnement complètement dépassé.

Le seul point sur lequel magiciens et mécaniciens se rejoignent est l’énergie utilisée dans cet univers :  l’Arcanium.  Subtile invention de l’auteur, qui fait ressentir son parcours scientifique, cette énergie pourrait se rapprocher dans notre réalité du lithium, utilisée dans les batteries, plutôt rare et difficile à extraire. A travers cette histoire, Adrien Tomas lance des pistes de réflexion concernant l’utilisation de cette énergie et son exploitation : doit-elle servir à la destruction ou au bien de tous ? Doit-on l’extraire et à quel prix ?

D’autres réflexions viennent pimenter l’aventure comme le statut des automates, souvent développée dans les romans steampunk ou de Science-fiction. Ici, nous rencontrerons des automates dotés de conscience propre et autonomes, devenus des marginaux après avoir été rejetés ou maltraités par les hommes. Doit-on les considérer comme des êtres humains ? Tel est un des enjeux de ce livre.

Mais la plus grande thématique abordée sera la loyauté envers un système avec qui l’on est en désaccord. Doit-on s’y soumettre ou se révolter ? Et quelles seront les répercussions de nos actions ?

La magie est abordée aussi sous un angle différent en opposant le savoir des livres à celui de la connaissance de soi. C’est ce qu’apprendra Cyrus auprès d’un mage noir qui lui fera étudier la nécromancie, ouvrant ainsi un autre chapitre dans l’étude de la magie dans les récits d’Adrien Tomas.

En conclusion : Engrenages et sortilèges est un roman jeunesse qui, sous couvert de magie et de mécanique aborde des sujets plus sérieux comme la manipulation politique, l’origine de la pauvreté et la délinquance. Il développe également des personnages attachants, en qui l’on peut facilement se reconnaître. C’est une petite pépite à découvrir, sans distinction d’âge.

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Smog Of Germania, Marianne Stern, éditions Le Chat Noir

Brouillard, amour et décadence dans une Allemagne fantasmée…

Résumé : Germania, début des années 1900, capitale du Reich. À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre. Une poursuite infernale s’engage dans les rues et les cieux de Germania le jour où la fille du Kaiser échappe de peu à une tentative de meurtre. Objectif : retrouver les commanditaires. La chose serait bien plus aisée s’il ne s’agissait pas en réalité d’un gigantesque complot, qui se développe dans l’ombre depuis trop longtemps.

Mon avis :

Une rupture avec le steampunk traditionnel londonien.

L’action se déroule dans une Allemagne fantasmée, régie par un Empereur fou et décadent dans une ville appelée Germania où il ne fait pas bon vivre. La forte industrialisation de la ville a conduit à sa pollution. Tellement importante qu’il est impossible de voir à travers les rues, de se promener sans masque. Les plus riches vivent cloîtrés dans des tours hautes pour se protéger de ce smog tandis que les plus pauvres doivent supporter cette pollution dans les bas-fonds. L’Empereur multiplie les constructions pour affirmer sa gloire sans se soucier du bien-être de ses habitants.  La ville pullule de guildes d’assassins, de trafiquants et de créateurs d’armes illicites. Le cimetière de la ville est géré par deux fossoyeurs portés sur les pires obscénités envers les cadavres. Le salut se trouve dans les airs avec l’armée de Zeppelins de l’Empereur (ou les pirates), naviguant au-dessus du smog, ou la campagne à des kilomètres de la capitale.

Viktoria, la fille de l’Empereur, n’hésite pas à visiter les bas-fonds la nuit pour se divertir, malgré les dangers. C’est elle qui va découvrir le complot cherchant à tuer l’empereur… et plus encore !

Une intrigue basée sur des personnages masculins

Si l’on peut éprouver de l’antipathie pour Viktoria, jeune fille capricieuse et naïve, l’intrigue est rattrapée par les personnages masculins, plus travaillés, apportant de la profondeur à l’histoire. Son frère Joachim, chassé par l’Empereur est un homme pragmatique et cherchant à récupérer son titre autant qu’à venger son frère assassiné par l’Empereur. Les jumeaux Maxwell et Jérémiah sont deux parfaits pirates ne cherchant qu’à récupérer leur liberté au prix du sang. Ils ont chacun une personnalité bien marquée : Maxwell montre un double visage moitié gentleman/moitié génie de la mécanique et Jérémiah d’aspect froid et repoussant cache un coeur tendre. Ce qui au départ semblait un roman à destination d’un public féminin s’avère pouvoir s’adresser aussi aux hommes. Un bon point pour l’auteur qui sort des conventions de romans steampunk féminins habituels.

Un peu de magie avec tout ça?

Dans cette histoire, les merveilles technologiques pullulent, nées de l’esprit de leur créateur suite à un don de naissance inexplicable : araignées mécaniques tueuses, souris renifleuses pour détecter des personnes, épingles de localisation, oeil mécanique avertissant du danger, dirigeable amélioré se transformant en nuage…

Les orfèvres ignorent d’où vient leur savoir. Ils créent de belles inventions par automatisme. Des génies en somme?

Mais quand il s’agit de réparer des humains, la mécanique a ses limites et c’est là qu’intervient la magie noire, la nécromancie. Jérémiah en a fait l’expérience :  suite à son décès prématuré, il a été transformé par son frère avec la magie. Mais il vit dans un corps à moitié mécanique ce qui lui a fait perdre son humanité.

Outre le fait de ramener les morts à la vie, on fait la connaissance d’un Nicolas Flamel sorcier, mi-homme, mi-serpent qui manipule un peu tout le monde pour parvenir à ses fins, ce qui ajoute du piment à l’histoire.

Amour macabre ou amour humanisant? 

L’histoire d’amour développée entre la princesse Viktoria et Jérémiah, son homme de main à moitié automate fait un peu frémir.

En dépit de son aspect horrible et de ses tâches macabres d’Exécuteur de l’Empereur, Jéremiah a du mal à accepter que Viktoria s’intéresse à lui. Il a aussi perdu en humanité avec l’ajout de ses parties mécaniques. Visiblement, Viktoria n’est pas rebutée par le physique déformé de l’homme-automate. Elle voit l’homme derrière la machine. Son amour humanise peu à peu Jérémiah, même s’il la repousse. Néanmoins, on peut considérer leur union comme un peu morbide car Jérémiah ne peut plus avoir d’enfants, son corps est mort.

[SPOILER] Un autre union morbide révélée à la toute fin du livre est celle de l’Empereur et de sa femme. Cette dernière est décédée des années auparavant et l’Empereur en a perdu la raison. Il lui a fait construire un mausolée dans lequel il va souvent se recueillir. On apprendra en toute fin, qu’il a fait appel à un orfèvre pour ramener le corps de son épouse à la vie, avec des artifices mécaniques et la nécromancie. Mais à la différence de Jérémiah, cette figure d’épouse s’est vue douée d’un esprit obéissant aveuglément à l’Empereur. Ce n’est plus la personne qu’elle était autrefois, tout juste un pantin.

En conclusion : Un roman qui propose une vision plus germanique du steampunk, basée sur les dangers de la démesure, la folie dirigeante et l’humanisation des hommes-robots.

Article publié originellement par mes soins sur le site Portdragon.fr