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Phantom Manor, L’attraction décryptée, Jérémie Noyer et Mathias Dugoujon, éditions Euro Disney Associés

Halloween passant, associé à ma grande passion pour les parcs d’attractions, j’ai eu envie de découvrir les coulisses de la célèbre maison hantée de Disneyland Paris : Phantom House. L’occasion aussi de redécouvrir l’histoire unique crée pour cette attraction en France.

Mon avis :

Un bel ouvrage très documenté

Au premier abord, l’esthétique de ce livre est tout simplement époustouflante pour les amateurs de belles couvertures ou de livres-objets. La première et la quatrième de couverture sont soignées : reliure au fil, couverture rigide avec grains imitation cuir, couleur violette rappelant celle du manoir, titre et illustration en dorures, typographie spooky… Phantom Manor attire par son aspect extérieur avant de l’être par son contenu. Et quel contenu !

A l’intérieur, le livre se découpe en plusieurs parties richement illustrées par des photos du manoir, de ses concepteurs, des illustrations préliminaires à l’attraction, des maquettes, des portraits de personnages, des cartes… Impossible de tout décrire tellement la quantité est impressionnante ! Et malgré son épaisseur fine de 100 pages seulement, on ne peut que saluer la qualité de conception de ce livre-objet, conçu à la base pour les fans.

Comment est née l’attraction ?

La première partie du livre, intitulée « Une demeure Spectraculaire », nous plonge dans les détails de la conception initiale en 1960 pour Disneyland Resort en Floride, puis de son adaptation pour la France. On y découvre les raisons pour lesquelles l’attraction est implantée dans le quartier du Vieil Ouest, comment son nom a été choisi pour le public français. On apprend aussi quels manoirs réels et imaginaires ont influencé l’attraction et surtout… en quoi la maison hantée diffère d’un parc Disney à un autre ! J’ai été très surprise de découvrir que le manoir français de style néo-gothique ne ressemblait pas du tout à son cousin américain de style néo-classique (= maison coloniale du Sud des Etat-Unis). Quelques anecdotes de conception parsèment également cette partie : le choix de couleur extérieure du bâtiment, celui des plantes présentes autour du domaine, les tombes du cimetière, le papier peint de l’entrée du manoir…

L’histoire d’une mariée malheureuse

La deuxième partie du livre, « De l’ombre aux tableaux », est consacrée à l’histoire de Mélanie Ravenswood, crée spécialement pour l’attraction française. Il s’agit d’une histoire élaborée comme un scénario de film, narrant la vie d’une mariée abandonnée 4 fois avant ses noces par chacun de ses fiancés, tous morts dans des circonstances mystérieuses. Son fantôme et ses portraits jalonnent le circuit créé dans le manoir pour nous raconter sa vie. Dans cette partie, on nous expliquera comment est née cette histoire, ses inspirations et comment elle marque chaque détail du parcours parfois à travers des détails insignifiants : jeux de mots funestes sur les noms des fiancés, portraits en trompe-l’œil, choix de musique et de voix d’outre-tombe…

Une visite guidée de la maison hantée

Dans une troisième partie, appelée « Descente aux enfers », le livre aborde un peu plus en détail le circuit suivi par les visiteurs de l’attraction, ce que j’ai trouvé astucieux.

Pour celui qui ne s’est jamais rendu à Phantom Manor, cela donne une première idée avec des détails scénaristiques que l’on ne soupçonnerait pas au premier abord. Pour celui qui a déjà eu l’occasion de s’y rendre, cela donne envie de réaliser à nouveau le circuit (et c’est mon cas) !

Sans vous spoiler la visite, je vous indiquerais que le livre vous dévoile plus de détails sur quelques scènes marquantes : la mariée en haut des escaliers, la salle de bal fantôme, la rencontre avec la voyante, la pièce secrète… et la conception des navettes-pierre tombales utilisées pour se déplacer dans le manoir.

Les photos et illustrations de conception aident à visualiser le voyage et à mieux s’immerger. L’émotion et l’ambiance fantomatique sont présentes. Frissons garantis !

Phantom Manor : une attraction qui évolue

Le reste du livre est consacré à la rénovation de l’attraction en 2018 et aux différents acteurs français et américains qui y ont contribué à plusieurs niveaux : musique, animatronics, lumière, ingénierie. J’ai découvert à cette occasion le terme Imagineer qui désigne les « ingénieurs de l’imaginaire », ceux qui créent les attractions (du moins chez Disney). Je me rappelle avoir visité le Phantom Manor avant cette rénovation et j’avais trouvé l’attraction vieillote. Sachant tous les détails qui se cachent derrière les tableaux, les couleurs, la musique et qu’il y a eu un rafraîchissement conséquent de l’ensemble, cela m’a donné envie de retourner à Disneyland pour visiter à nouveau, et si possible à la période d’Halloween.

Quelques détails en vrac sur l’ouvrage

Le livre est bilingue français-anglais : à chaque paragraphe français correspond sa traduction en dessous du texte en anglais, sans doute pour toucher un public plus large, au vu de la notoriété de Disney.

La deuxième de couverture représente le papier-peint violet avec motifs de chauve-souris présent dans l’entrée du manoir et la quatrième de couverture est une carte ancienne du quartier du Vieil Ouest.

Le livre est disponible sur la boutique de Disneyland Paris, mais souvent en rupture de stock. Son prix est de 19.99 euros +6 euros de frais de port à ce jour. Vous pouvez aussi vous le procurer dans les boutiques Disney sur place, en visitant le parc.

En conclusion : Un très bel ouvrage, bien documenté, qui nous en apprend beaucoup sur les détails de la création de l’attraction Phantom Manor et sa rénovation. La richesse des illustrations et la visite guidée via le livre donnent envie de réaliser une vraie visite de cette demeure, hantée par le fantôme d’une mariée malheureuse… Un livre parfait pour le pumpkin autumn challenge !

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Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe, Seuil jeunesse

Pour valider un menu du Pumpkin Autumn Challenge 2020, catégorie Automne des enchanteresses / Sarah Bernardt monstre sacré, j’ai choisi cet album/conte/ Beau-livre illustré par Benjamin Lacombe. Son côté artistique et son approche féministe des sorcières de légende m’ont particulièrement séduite.

Revisiter les mythes et légendes des sorcières célèbres

Dans son Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez nous présente des figures féminines fortes, qui ont toutes un passé de souffrance ou du moins des raisons d’en vouloir aux hommes. Il s’amuse avec les contes, les mythes, les légendes pour inventer des histoires plus élaborées et nous montrer des sorcières beaucoup plus humaines. Derrière les atrocités commises, il y a souvent une jeune femme victime de discrimination de la part des autres qui cherche à se venger par désespoir ou vengeance.

Nous rencontrerons au fil des pages de ce grimoire une Lilith, trahie par Adam à cause de son envie d’émancipation et qui cherchera vengeance auprès de Belzébuth. Il y aura aussi Méduse, transformée en femme à chevelure de serpent pour avoir été admirée par un Dieu dans le temple d’une Athéna jalouse. Nous connaîtrons la véritable histoire de la sorcière d’Hansel et Gretel, de la Reine et belle-mère de Blanche-Neige, ou encore de la sorcière à l’origine du naufrage du Titanic…

De façon surprenante et audacieuse, d’autres femmes fortes sans connotation vraiment maléfique sont également évoquées avec des histoires tout aussi tragiques : Jeanne d’Arc, La Joconde et une version siamoise de la pirate Anne Bonny…

Jonglant à travers les époques, les histoires et les pays, la réalité et la fiction, Sébastien Pérez nous emporte dans le sillon de ses sorcières d’hier et d’aujourd’hui, et c’est particulièrement réussi.

Jouer avec la forme

Pour illustrer ce grimoire de sorcellerie, Benjamin Lacombe n’a pas fait les choses à moitié ! L’objet-livre se présente sous la forme d’un vrai livre de sorcière avec couverture entoilée et reliée au fil, gravures dorées sur la première et quatrième de couverture, tranche dorée, pages jaunies. Il y a même un avertissement au lecteur dès les premières pages sur ce qu’il risque de découvrir à l’intérieur !

Chaque sorcière est représentée par une illustration magnifique de Benjamin dans son style si particulier, à la fois délicat et effrayant. Les histoires sont constellées d’objets ayant appartenu à chaque sorcière, à la manière d’une boîte à souvenirs. Cela m’a rappelé L’herbier des fées, des mêmes auteurs, dans sa construction : une fable autour d’objets et d’éléments imaginaires. Je rapproche leur travail de celui de Camille Renversade, illustrateur et metteur en scène d’expositions imaginaires.

J’ai pu lire dans d’autres critiques que cet album était lié à l’histoire La Petite Sorcière du même duo. On retrouve ladite sorcière en fin de Grimoire : Il s’agit de Lisbeth, une jeune sorcière qui découvre ce grimoire dans un grenier. Si vous voulez éviter de vous spoiler avec le Grimoire, je vous conseille de lire La Petite Sorcière bien avant. En tout cas, cela m’a donné envie de lire l’autre album de mon côté !

En conclusion : Un album qui m’a à la fois émue vis à vis des drames vécus par ces sorcières, mais aussi émerveillée devant tant d’imagination déployée pour écrire leurs histoires. C’est une belle leçon sur la différence et l’acceptation de soi qui nous est proposée à travers cet objet-livre qui saura, j’en suis sûre, vous enchanter autant que moi, ainsi que votre bibliothèque.

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L’herbier des fées, Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, éditions Albin Michel

Entre herbier imaginaire et carnet d’exploration, découvrez les fées de Bretagne…

Résumé : L’Herbier des Fées est le carnet intime d’un éminent botaniste russe du siècle dernier. Détaché du Cabinet des sciences occultes de Raspoutine, en quête d’un élixir d’immortalité, ses recherches le mènent en forêt de Brocéliande, célèbre pour ses plantes médicinales et ses légendes. Ce qu’il découvre dans ces bois va bouleverser sa vie à jamais… Mêlant merveilles botaniques, correspondances et personnages féeriques, ce livre vous attire dans un monde magique et mystérieux.

Mon avis :

Un faux reportage palpitant

Le livre se présente comme le journal de bord d’un botaniste russe : Aleksandr Bogdanovich.

Il présente des illustrations ressemblant à des photographies du botaniste et de sa famille, mais aussi des croquis des plantes découvertes ainsi que des correspondances entre lui et Raspoutine.

A travers ce journal, on se rend compte de l’évolution des découvertes de Aleksandr : tout d’abord très impliqué dans la constitution d’un élixir de longue vie en capturant des spécimens pour les disséquer, il délaisse peu à peu son patriotisme en découvrant que les plantes sont vivantes, des créatures qu’il faut protéger.

Il tente alors de s’enfuir et d’abandonner sa mission. Son dernier courrier envoyé à sa femme a une double lecture : il l’enjoint à la rejoindre pour éviter des représailles de Raspoutine. On ne sait pas s’il réussit mais on suppose que oui. La dernière page de l’album présente des coupures de journaux relatant la disparition du botaniste et de sa famille à travers divers témoignages.

Sont présentés différentes plantes-fées à travers les croquis du botaniste : La Pilularia Animans (plante aquatique pour la digestion), l’Eriophoria Animans (plante de tourbière aidant à la cicatrisation des plaies), l’Aruma Animans, l’Asphodelia Animans qui vit en groupe, l’Helleboria qui s’exprime en dansant. On découvre à travers son expérience, tout un univers invisible qui ne cherche qu’à être dévoilé pour ceux qui savent voir dans la forêt.

A travers cet album, on perçoit une réflexion autour de la préservation de la nature et des secrets qu’elle présente face aux volontés humaines de contrôle et de destruction. Mais il est question aussi de  la folie de Raspoutine à travers sa recherche de l’immortalité.

Sébastien Perez et Benjamin Lacombe réussissent à apporter une touche de légèreté à des faits graves à travers l’histoire des fées de Bretagne.

Des illustrations tout en finesse

Les illustrations de Benjamin Lacombe apportent toute leur dimension au récit. Que cela soit les photographies fictives ou les croquis de plantes-fées, tout est pensé pour accompagner le récit, voire, le supplanter au profit de l’illustration pure. Certaines pages sont découpées telles de la dentelle pour apporter une deuxième lecture à la même image. D’autres pages, transparentes, forment un calque à une seconde image pour lui donner de la profondeur. Le trait est doux, poétique. L’ensemble invite au rêve et à la contemplation.

En conclusion : Un album-tableau pour les plus jeunes comme pour les adultes idéal pour se plonger dans l’univers magique de la forêt bretonne.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr