Publié dans Lectures, On joue ?

Bilan de mes lectures du Hanami Book Challenge

Suite à mon bilan de création du challenge, voici mon retour sur mes lectures et visionnages du Hanami Book Challenge. Après une plongée intensive de trois mois autour de la culture et de la littérature japonaise, j’ai très peu descendu ma PAL mais fait des découvertes très intéressantes.

Mon ressenti général sur le challenge

Pour ce challenge, rien ne s’est passé comme prévu : J’avais commencé par utiliser les livres de ma Pile A Lire sur la thématique du Japon et de la littérature japonaise et je comptais emprunter ce qui me manquait à la bibliothèque. Au final, j’ai emprunté beaucoup de livres à la bibliothèque, j’en ai acheté quelques uns et je n’ai pas trouvé certains titres annoncés à lire pour ce challenge, donc j’ai compensé par d’autres.

De manière générale, je n’ai pas cherché à me contraindre vis à vis des menus pour mes lectures (un comble en tant que créatrice de ce challenge !). J’ai souhaité explorer la culture japonaise à travers sa littérature, ses contes, les carnets de voyage d’étrangers, des nouvelles, des romans écrits par des japonais ou par des étrangers sur le Japon, des bande-dessinées, des ouvrages sur la culture à travers ses objets ou le dessin, des romans graphiques.

L’ensemble forme un joyeux mélange, et j’avoue m’être beaucoup amusée à picorer et varier les plaisirs de lecture. C’est un peu ce qui fait la force de ce challenge : on se limite pas aux seuls romans mais à tout un ensemble de documents à notre portée et on peut aussi le réaliser avec des films et séries.

Mes découvertes préférées restent les deux carnets de voyage de Florent Chavouet au graphisme et à l’humour inimitables : Tokyo Sanpo et Manabé Shima, ainsi que le roman Tokyo la nuit de Nick Bradley.

Côté films et séries, je me suis moins investie en privilégiant des séries ou drama avec des thèmes contemporains, exclusivement sur Netflix et Amazon Prime. J’ai eu la flemme de regarder les films empruntés en dvd à la bibliothèque et je n’ai pas été très motivée pour regarder des anime excepté pour un film Ghibli que je n’avais pas vu. J’ai donc lâché une grande partie de ma PAL, mais j’ai visionné 5 séries, 1 film. Mon coup de coeur va à la série Tokyo Girl dont j’ai adoré l’évolution du personnage et les thèmes qu’elle aborde vis à vis de la sociéré japonaise contemporaine.

Pour finir, et je ne sais pas si cela est arrivé à d’autres, j’ai aussi réalisé une lecture et un visionnage de série hors challenge, en lien avec le Japon. J’étais tellement enjouée à m’immerger dans la culture que j’ai un peu débordé d’enthousiasme. Néanmoins, ce n’est pas perdu : cela m’a donné d’autres idées de thèmes pour les menus de l’an prochain et j’ai passé un très bon moment avec ces Hors challenge !

Les flops du challenge :

Pendant le challenge, j’ai eu quelques flops de lecture avec ces titres pour des raisons différentes.

Chauds chauds les petits pains de Yu Takita ne m’a pas emballé par son intrigue ni son style graphique, mais il m’a intéressé par son témoignage d’un quartier de Tokyo avant sa destruction pendant la guerre.

Le recueil de nouvelles, Le jour de la gratitude au travail de Akiko Itoyama ne m’a pas emballée par ses intrigues non plus mais j’ai beaucoup apprécié le style de l’auteure assez mordant, ainsi que ses personnages peu conventionnels.

Enfin, j’ai carrément abandonné le Jeu de la Trame de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne, au bout de 50 pages. Il est rare que j’abandonne un livre, mais le sujet me mettait mal à l’aise : un jeune homme décide de partir à la recherche de cartes magiques dans un Japon féodal, afin de ressusciter sa soeur dont il est amoureux et avec qui il avait une relation incestueuse. Outre les scènes de sexe et un personnage principal détestable, le sujet de l’inceste m’a mise mal à l’aise et je n’ai pas pu continuer ma lecture malgré un style intéressant qui rappelle l’épopée japonaise.

Les livres que je n’ai pas lus :

Certains étaient dans ma Pile à Lire pour le challenge, d’autres se sont rajoutés au fil de mes emprunts en bibliothèque. Pour la plupart, c’est le temps qui m’a manqué et je compte les lire dans les mois à venir ou les garder pour la deuxième édition du challenge. Pour d’autres, je n’ai pas pu me les procurer comme La cantine de minuit que j’avais réservé à la bibliothèque (et que je n’ai pas pu récupérer). De manière générale, j’ai essayé de privilégier les formats courts sauf si un gros roman me donnait vraiment envie.

Dans l’ensemble ceux qui ne sont pas lus sont des romans assez épais, pas touchés suite à une panne de lecture en début de challenge que j’ai depuis résorbée.

Concernant ma pal de séries et films, j’ai très peu regardé de films et d’anime. Je me suis concentrée sur des séries avec des thématiques contemporaines par intérêt pour la culture japonaise. Je serai peut-être plus encline à visionner des séries d’anime humoristiques l’année prochaine également.

Décompte des lectures/films par menu

Pour ce challenge j’ai lu 20 livres et regardé 6 films/séries japonaises ou sur le Japon. Cependant, la plupart de mes lectures et visionnages concernent le menu Japon contemporain et je n’ai lu aucun livre/films pour le menu Japan Pop… Voyons le détail :

Dans ce menu, j’ai lu/ vu :

Pour la Gloire de l’empereur

1 abandon de lecture, 1 lecture

Le jeu de la trame de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne,éditions Mnémos mais abandon au bout de 50 pages, soit même pas 50% du livre. Donc, le livre ne compte pas.

Bakemono San, les héritiers d’Higashi tome 2, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir.

Le temple abandonné

4 livres

L’étrange bibliothèque de Haruki Murakami, éditions Belfond

Birthday girl de Haruki Murakami, éditions Belfond

Contes et légendes japonaises, Ynnis éditions

Les neiges de l’éternel, Claire Krust, éditions ActuSF

Le sourire de la Geisha

3 livres

Maïmaï de Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Les cahiers japonais, le vagabond du manga, Igort, éditions Futuropolis

Les cahiers japonais, voyage dans l’empire des sens, Igort, éditions Futuropolis

Les cerisiers en fleurs

2 livres

Chauds chauds les petits pains, de Yu Takita, éditions Philippe Picquier

Maneki Neko et autres histoires d’objets japonais, Joranne, éditions Le prunier/sully

Aucune lecture ni visionnage de film/série pour ce menu. Soit je n’ai pas récupéré les mangas associés à ma PAL en bibliothèque, soit je n’ai pas été inspirée par ma PAL films et séries.

Dans ce menu, j’ai lu/vu :

Fly me to Saitama

3 livres et 1 film

Pêche au toc dans le Tohoku, Shinsuke Numata, éditions Picquier

Quartier Lointain, Jirô Taniguchi, éditions Picquier

Souvenirs de Marnie, Studio Ghibli (Netflix)

Manabé Shima, Florent Chavouet, éditions Picquier

Gambate !

2 livres et 2 séries

Le jour de la gratitude au travail, Akiko Itoyama, éditions Picquier

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Kantaro, the sweet tooth salaryman, 2017 (Netflix)

Tokyo Girl (guide), Yuki Tanada, 2016 (Amazon Prime)

Souvenirs de lycée

Une série

The many faces of Ito, 2017 (Netflix).

Tokyo By night

5 livres et 2 séries

Tokyo la nuit, Nick Bradley, éditions Belfond

Tokyo sanpo, Florent Chavouet, édition Picquier

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Petites coupures à Shioguni, Florent Chavouet, éditions Picquier

Les miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino, éditions Actes Sud

Samurai Gourmet, 2017 (Netflix)

Big in Japan, Tokyo édition,  Lachlan McLeod, 2018 (Amazon Prime)

Si je reviens sur mon décompte de challenge expliqué dans mon article introductif, je ne gagne aucun niveau car j’ai validé deux menus sur trois, mais j’ai lu plusieurs livres dans chaque catégorie des menus validés. Je pense revoir mon système de notation pour l’an prochain, pour proposer une compensation bonus si on zappe un menu mais que l’on lit plusieurs livres dans un autre. D’une part ce n’est pas désintéressé, d’autre part cela permettra aux participants qui comme moi zappent un menu de valider un niveau.

Mon total est donc de 20 livres et 6 films et séries, ce qui n’est pas si mal pour un challenge de trois mois. Si je m’étais écoutée, je lirais encore d’autres livres mais il faut savoir changer de type de lecture avant de saturer…

J’espère que vous vous êtes autant amusés que moi à participer à ce challenge. N’hésitez pas à cliquer sur les liens des titres si vous souhaitez lire mon retour sur le livre ou le film mentionné ou à me laisser un commentaire si nous avons une lecture en commun.

J’espère proposer un challenge aussi amusant l’an prochain pour la deuxième édition, avec toujours de belles découvertes sur la culture japonaise.

Sakura et sushi,

A.Chatterton

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Mini chroniques en pagaille #4 Spécial Hanami Book Challenge

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

Manabé Shima, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon Contemporain – Catégorie Fly me to Saitama

Résumé : Florent Chavouet a décidé de partir une île japonaise pendant deux mois afin de dessiner et d’en apprendre plus sur la culture japonaise. Comme l’archipel comporte plusieurs îles et îlots, il a jeté son dévolu sur celle de Manabé Shima, pas vraiment touristique. Ce sont ses aventures passées auprès de la communauté locale qu’il nous narre avec brio dans ce nouveau roman graphique que l’on pourrait aussi classer en guide touristique ou en récit autobiographique illustré.

Mon avis : J’avais beaucoup apprécié Tokyo Sanpô, lu lui aussi dans le cadre du Hanami Book challenge, qui parlait de ses aventures à Tokyo. J’ai carrément dévoré Manabé Shima qui apporte en plus un air de vacances estivales car il s’agit d’une île de pécheurs. On sent que l’auteur a beaucoup apprécié son voyage car il croque avec malice les nombreux membres de la communauté locale pour le moins atypiques : familles nombreuses, pêcheurs, petits vieux, tenancier de bar local, artistes, et même chats et poissons. L’île est très rurale et semble éloignée de tout, ce qui tranche avec la ville de Tokyo. On se prend vite au jeu des coutumes locales qui finissent souvent en barbecue communautaire, ainsi qu’à l’énumération des poissons en japonais ou la description minutieuse des intérieurs des maisons. Florent nous raconte aussi des anecdotes très amusantes sur des situations gênantes qui ont pu lui arriver pendant son séjour comme en premier lieu son problème pour trouver un logement ou se faire comprendre car il ne parle pas japonais. Il invente aussi des histoires humoristiques entre les gangs de chats de l’île ou la vie des poissons finissant en brochettes. On sent que les habitants ont vite adopté ce petit français qui dessine bien, au vu des histoires qu’il nous raconte. A travers la vie de l’île, on se rend aussi compte de l’attraction des villes pour ces îliens, dont la population a baissé de deux tiers, même si certains travaillent ailleurs et vivent encore sur l’île. Au niveau graphique, on retrouve des dessins au crayon de couleur superbement réalisés et détaillés de gens, des paysages, des animaux et des intérieurs de maison, nous permettant d’entrer dans l’univers de l’auteur et de vivre avec lui ce voyage. Même les légendes des illustrations et le récit chaotique écrit au crayon participent au charme de ce carnet de voyage qui sent bon les vacances d’été. J’ai beaucoup aimé la visite et cela m’a donné envie de visiter de petites îles japonaises même si je ne parle pas la langue. Mais après tout, si l’auteur s’est bien débrouillé pendant deux mois, pourquoi pas ?

Le jour de la gratitude au travail, Itoyama Akiko, éditions Philippe Picquier

Menu Japon d’Aujourd’hui – Catégorie Gambate !

Résumé : Il s’agit d’un recueil de deux nouvelles centrées sur le monde du travail du point de vue féminin et qui semble un peu autobiographique.

Dans la première nouvelle intitulée Le jour de la gratitude au travail, nous suivons une jeune chômeuse de 36 ans qui vit chez sa mère. La jeune femme vit très mal le fait d’être au chômage et quand sa voisine lui propose un rendez-vous pour un mariage arrangé, elle se sent prise dans un traquenard…

La seconde nouvelle s’intitule J’attendrai au large et évoque les relations entre collègues de bureau d’une jeune femme et d’un jeune homme, commerciaux dans la même entreprise. Le jeune homme décédé, revient hanter la jeune femme qui s’interroge sur ses choix de vie.

Mon avis sur la première nouvelle : C’est la première fois que je rencontre une auteure japonaise avec un langage aussi acide envers la société japonaise et le monde de l’entreprise. Son héroïne dénonce le fonctionnement machiste de sa société et l’on découvre que sa démission n’est autre qu’un licenciement abusif associé à du harcèlement sexuel. La position du personnage principal est également peu enviable dans une culture marquée par les hommes : à 36 ans, elle semble « périmée » vis à vis du mariage ou d’un nouveau poste dans une entreprise. L’auteure évoque en exergue une société où le travail devient plus difficile à trouver si l’on n’a pas de qualifications qui sortent de l’ordinaire ou si l’on s’éloigne de la voie tracée des jeunes filles convenables. Car Kyoko n’est pas ce qu’on peut appeler une jeune fille japonaise bien élevée et soumise : elle souhaite trouver un idéal dans son travail, quelque chose dont elle serait fière. Elle boit un peu trop aussi et s’emporte facilement. Et elle n’est pas assez désespérée pour épouser le premier inconnu venu pour échapper à sa situation. Cette rencontre arrangée met en lumière la volonté des anciennes générations d’aider les nouvelles mais avec leurs codes qui ne fonctionnent plus vraiment à notre époque. Elle apporte aussi un éclairage sur la bulle économique japonaise qui s’essouffle, avec des travailleurs dévoués à leur entreprise qui méprisent ceux peinant à retrouver un emploi. Pour résumer, une nouvelle au ton amer vis à vis de la société japonaise et surtout sur la manière dont elle traite les femmes.

Mon avis sur la seconde nouvelle : Toujours dans un style critique et cru, l’auteure nous emporte dans une autre nouvelle ayant pour sujet le travail au Japon. Ici il sera question des mutations dans les succursales de province et du premier travail pour deux jeunes commerciaux sortis de l’université. Futo et Oikawa arrivent ensemble à Fukuoka et s’intègrent plus ou moins facilement auprès de leurs collègues et de la société. L’auteure met l’accent sur les difficultés de Oikawa à se faire des amis auprès de ses collègues car elle apparaît toujours comme une étrangère, même si elle travaille d’arrache-pied dans l’entreprise. A l’inverse, Futo devient la coqueluche du service et va vite se faire une place même s’il n’est pas très consciencieux. Quand Oikawa sera mutée pour bons résultats, cela marquera un tournant dans leur amitié : les collègues de bureau sont-ils des amis ? A travers leurs parcours, l’auteure aborde la vie en entreprise et la bulle économique japonaise, avec la montée croissante des chantiers de constructions. Quand les chantiers cesseront avec la disparition de la bulle, cela rendra les conditions de travail difficiles : les employés devront se disputer des contrats pour pouvoir travailler. Pour résumer, une jolie histoire d’amitié en entreprise qui permet de découvrir le quotidien de jeunes travailleurs japonais au temps florissant de la bulle économique.

Chauds, chauds les petits pains ! et autres ragots du quartier, de Takita Yû, éditions Philippe Picquier

Menu Japon traditionnel – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Ce roman graphique relate des tranches de vie du quotidien du petit Kiyoshi, âgé de 10 ans, et de sa famille dans le quartier de Terajima à Tokyo dans les années 1940, jusqu’à l’attaque aérienne de Tokyo en 1945 qui détruit la ville. Ces épisodes sont basés sur la vie de l’auteur, Takita Yû qui a vécu à la même époque et dans les mêmes lieux, et tente à travers ces histoires de recréer l’atmosphère de l’époque.

Mon avis : Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché à ces tranches de vie d’une autre époque ni au dessin de l’auteur dont les personnages aux têtes allongées m’ont fait penser à un des personnages des zinzins de l’espace. Mais après avoir lu la partie explicative en fin de livre sur la vie de l’auteur, j’ai été un peu plus éclairée sur le but de ces histoires. Takita Yû tente de nous faire revivre son quotidien pendant la guerre jusqu’à la destruction de son quartier. C’est un récit nostalgique d’une autre époque qui est maintenant révolue. Son héros, le petit Kiyoshi vit dans un quartier associé aux maisons de plaisirs avec de nombreux bars mais sous restriction à cause de la guerre : il y a des couvre-feu, peu de clients, de la corruption et des prostituées qui interpellent le client à chaque coin de rue dans des maisons closes. Ces dernières font parfois office de grandes soeurs de substitution pour Kiyoshi en lui offrant des cadeaux en échange de services. Les parents de l’enfant peinent à gagner de l’argent et tentent diverses solutions : faire travailler leur fille à l’usine, louer une chambre à un senior, etc… La guerre est vue du point de vue de Kiyoshi qui lui est plutôt insouciant : il ne pense qu’à manger, faire des bêtises, s’amuser à des jeux d’époque avec ses amis, et surtout à se cacher de sa mère qui le cherche toujours dans le quartier. Seule sa grand-mère est aimable et lui apporte un peu de réconfort. Pour résumer, l’auteur nous propose 6 histoires au fil des saisons jusqu’au bombardement, comme une parenthèse hors du temps, afin de nous faire entrer dans son passé et celui d’un Japon fort de sa résilience. Cela n’a pas été une lecture coup de coeur, mais plutôt une lecture instructive sur l’histoire du Japon.

Les cahiers japonais, Un voyage dans l’empire des sens, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Premier volume d’une série de deux, ce roman graphique est à la fois un récit de voyage et un carnet intime de l’auteur qui nous propose de revisiter son passé d’illustrateur pour la maison d’édition japonaise Kodansha dans les années 1990 avec son manga intitulé Yuri. A ses anecdotes personnelles sur la culture japonaise, il évoque aussi le fonctionnement du monde de l’édition au pays du soleil levant et les différences avec l’Europe.

Mon avis : Un tome que j’ai moins apprécié que son deuxième volume consacré à la figure du mangaka. Igort nous emmène dans ses bagages direction le Japon pour travailler comme un forcené auprès de Kodansha. Si le rythme de production est soutenu comparé à une maison d’édition européenne, l’auteur ne s’en plains pas jusqu’à son « rite de passage » que je vous laisserai découvrir. Néanmoins, ce voyage s’avère une forme de méditation où il va prendre des habitudes, se mettre dans les pas de Osamu Tezuka ou Hokusai, rencontrer des figures connues comme Hayao Miyazaki ou Jiro Tanigushi avec qui il deviendra ami. L’ouvrage est parsemé de documents divers : anecdotes sous forme de BD mettant en scène l’auteur, des histoires illustrées associées à la culture du Japon ( les derniers jours d’Hokusai, la bataille de Osamu Tezuka pour imposer la reproduction de ses dessins à la photogravure et non plus à la main pour éviter des altérations des nez de ses personnages, un résumé du film l’Empire des sens basé sur la vie de Abe Sada…). Mais l’auteur glisse aussi des photos de ses rencontres, des pages façon carnet de notes écrites à la main et des illustrations de son manga Yuri. Un ouvrage très intéressant qui permet de découvrir le fonctionnement d’une maison d’édition japonaise : comment les japonais font avancer leurs histoires, accordent les désirs des fans avec les récits, etc… Un joli moment de lecture avec des illustrations très variées allant de la bd à l’estampe.

Les cahiers japonais, le vagabond du manga, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Dans ce deuxième volume d’une série de carnets consacrés au Japon et à ses souvenirs d’illustrateur, Igort nous emmène une fois de plus dans un voyage initiatique sur les traces des mangakas japonais cette fois-ci. La période abordée est cette fois-ci l’année 2017, où il retourne sur les lieux qu’il a habité autrefois (cf son volume précédent), et rencontre à nouveau son ami Jirô Taniguchi.

Mon avis : C’est le volume que j’ai préféré des deux publiés par l’auteur pour plusieurs raisons. Moins centré sur la vie d’Igort, il aborde l’histoire de divers auteurs, mangakas et illustrateurs japonais ainsi que leur style. C’est un ouvrage parfait pour en apprendre un peu plus sur la littérature ou l’art du dessin japonais, sans tomber dans les gros livres didactiques. Igort évoque Matsuo Basho, Hokusai, Kawabata, Tamiki Hara, et Jirô Tanigushi en empruntant parfois le style de dessin de la personne citée. Il rapporte également sa visite de lieux connus ou inconnus au fil de son voyage, agrémenté d’anecdotes culturelles : Kanzawa la ville-musée, le thème des yokais dans les mangas, le monastère du mont Koya et ses cèdres rouges géants, les rochers mariés de Ise, le sanctuaire shintoïste de Nachi Taisha et ses touristes en tenue d’époque, Hiroshima et son musée du mémorial de la paix, le jeu vidéo loveplus pour les célibataires qui ne souhaitent pas s’engager, le dernier fabricant de papier de manière traditionnelle, etc… Comme le premier volume, l’ouvrage mêle des photographies anciennes et récentes, à des récits sous forme de bd, des pages de carnets de notes manuscrites et des illustrations magnifiques. Il se dégage une mélancolie de cet album, en lien avec la solitude de l’auteur qui pointe de temps à autre son nez dans ses notes. Un joli ouvrage pour découvrir le Japon sous un autre angle, plus personnel, pas mal culturel et surtout peu conventionnel.

Maneki-Neko et autres histoires d’objets japonais, Joranne, éditions Le Prunier Sully

Menu Au temps des traditions – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Dans ce livre entre carnet de voyage, bande-dessinée et ouvrage didactique, l’auteure-illustratrice nous explique l’origine et l’utilisation de divers objets japonais connus allant des figurines de culte en passant par les wc et des algues protégées.

Mon avis : J’étais déjà fan de Joranne car elle tient un blog sur les objets japonais, l’une de ses grandes passions, avec le dessin (souvent humoristique). J’ai donc sauté sur l’occasion pour découvrir son livre où l’on retrouve l’essence de son blog, documenté très sérieusement, et qui a dû lui donner du travail.

Je trouve assez originale son approche de l’étude de la culture japonaise par les objets et je me demande ce que cela donnerait si nous réalisions la même chose en France…

L’ouvrage se découpe en plusieurs chapitres comportant à chaque fois un objet. Il y a trois sections : les objets porte-bonheur (Maneki-neko, poupée Kokeshi, Daruma…), les objets usuels (Furin, Washlet, Kotatsu…) et d’autres objets ou traditions culturelles moins connues comme les marimos associés à la culture des Ainous.

Il n’était pas possible de parler de tout, alors je suppose que Joranne a dû réaliser une sélection des plus connus.

Pour chaque objet, elle raconte son histoire, parfois les diverses versions de son origine, où il est fabriqué, comment il est utilisé et si parfois il est associé à un rite particulier.

Le tout est agrémenté de dessins humoristiques assez joyeux avec un petit personnage la représentant, tel un commentateur, qui m’a bien fait rire à certaines pages ! (notamment la page 24 avec la prostituée).

J’ai adoré l’histoire des washlet, ces toilettes japonais électroniques qui ont su s’imposer avec une campagne publicitaire assez maligne. J’ai été très intéressée par l’histoire des poupées Kokeshi dont je n’avais qu’une vision partielle dans les boutiques de souvenirs françaises. Je suis très fan de l’histoire des Noren, ces tissus-enseignes que l’on tend devant les boutiques et qui ont plusieurs utilités. Et je n’ai toujours pas compris comment on insère l’encens en spirale dans le Katori Buta, cette figurine de cochon-encensoir qui sert à éloigner les moustiques (mais j’avoue que ça me fait travailler mon imagination).

Bref, un joli ouvrage à découvrir si vous souhaitez vous plonger dans la culture japonaise autrement que par des guides traditionnels, avec une étude sérieuse et documentée.

Voilà pour aujourd’hui au niveau de les lectures. J’espère que certains livres vous ont tenté.

Il ne reste que 15 jours avant la fin du challenge donc n’hésitez pas à partager vos lectures ou vos bilans du challenge.

Wasabi et sushi,

A.Chatterton

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Mini-Chroniques en pagaille, spécial Hanami Book Challenge #2

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

La pêche au Toc dans le Tôhoku, Shinsuke Numata, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – catégorie Fly me to Saitama

Résumé : Imano a la trentaine, lui qui ne connaît que la capitale a été muté dans une région de rivières et de forêts où il se sent un étranger. Mais voilà qu’une simple occupation pour meubler son temps libre prend de plus en plus de place dans sa vie. La pêche. Remonter un torrent dans la pénombre de la végétation dense, appâter avec quelques oeufs de saumon, d’un balancement précis du poignet poser la ligne juste là où il faut dans un trou sur l’autre rive. Et même si l’on prend plus facilement des vandoises communes que les savoureuses truites yamame, quel plaisir de pêcher en compagnie d’un ami toujours prêt à ouvrir une bouteille de saké ! Mais comment avoir un ami masculin sans que l’attirance vienne brouiller les plaisirs les plus simples ?
C’est une histoire de pêche et d’amitié dans une nature pailletée de lumière et d’ombre, traversée en sourdine par la difficulté d’être au monde quand on se sent différent des autres. Ce premier roman impressionniste et désenchanté a obtenu le prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Mon avis : Ce court roman est présenté dans son résumé comme un livre portant sur l’homosexualité et la campagne japonaise.

On y retrouve bien de très belles descriptions de la nature et de la pêche dans cette région très rurale, ce qui a certainement valu son prix à l’auteur. J’ai beaucoup apprécié l’endroit, même si pour le personnage principal, il tranche beaucoup avec la vie effrénée citadine de Tokyo, avant qu’il ne s’habitue au calme et la sérénité bucolique du Tôhoku. On ressent sa solitude dans cette région qu’il connaît peu et sa difficulté à se faire des amis qui allient ses deux passions : pêche et saké. Il semblerait d’ailleurs que cette mutation soit un rite de passage pour l’entreprise avant de réintégrer la filiale de la capitale.

Sa rencontre avec Hiasa va lui donner envie de rester car il se découvre un ami un peu fantasque avec les mêmes centres d’intérêt. Quand ce dernier quitte l’entreprise pour un nouveau travail de représentant, Imano va le trouver changé, comme s’il essayait d’épater tout le monde et leur amitié va en pâtir. On peut y voir un inversion des rôles : Hiasa devient ambitieux dans son travail, à l’inverse de Imano qui n’aspire qu’à une vie tranquille et ne souhaite pas revenir à Tokyo. Mais qui est vraiment Hiasa ? C’est ce qu’Imano va tenter de découvrir.En filigramme, l’auteur fait référence au Tsunami de Kamaishi en 2011 dans la région qui secoue pas mal les habitants et précipite la fin du roman.

Je pense être passée totalement à côté du thème de l’homosexualité dans ce roman. Est-ce dû à la différence culturelle ? Est-ce sous-entendu ? Hiasa semble un être étrange que son père ne porte pas dans son coeur, mais est-ce parce qu’il serait peut-être gay ? Je n’ai pas tout compris, d’autant qu’Imano n’a a aucun moment des idées romantiques ou érotiques vis à vis de Hiasa. Il éprouve une amitié profonde renforcée par sa solitude de citadin aux hobby particuliers dans une région très rurale. Pour résumer, cette lecture reste pour moi un peu incompréhensible, peut-être à cause de sens cachés que je n’ai pas su décrypter, mais elle n’a pas été pour autant déplaisante.

Maïmaï, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Menu Au temps des traditions – catégorie le sourire de la Geisha

Résumé : La mort subite de la séduisante Mitsuko prend tout le monde par surprise, y compris les clients de sa librairie. Alors que des visiteurs se présentent pour rendre un dernier hommage à sa mère, Tarô, son fils sourd et muet, est préoccupé par certains détails de son histoire familiale. Mais qu’importe. Il est charmé par la beauté naturelle d’une jeune femme venue lui présenter ses condoléances. Tous deux éprouvent rapidement des sentiments si vifs qu’ils désirent s’épouser. Ce bonheur semble complet, rien ne pourrait le compromettre.

Mon avis : Ce court roman est la suite directe du roman Hozuki du même auteur, évoqué dans mon précédent article de mini-chroniques spécial challenge. Il fait partie d’une série de 5 romans ayant pour nom L’ombre du chardon, mettant en scène les mêmes personnages qui se croisent.

Nous retrouvons Tarô, vingt ans après Hozuki, qui doit réaliser la succession de sa mère, décédée subitement. Devenu mannequin et peintre, il décide d’ouvrir sa galerie à la place de la librairie de sa mère. Côté coeur, il peine à trouver chaussure à son pied du fait de son handicap et qu’il ne soit pas japonais pur souche (=il est métis espagnol). Sa rencontre avec Hanako, une amie d’enfance va tout changer et lui redonner espoir et amour. Malheureusement, les secrets de Mitsuko et de sa grand-mère vont peu à peu ternir l’histoire d’amour de Tarô et sa vie tout entière.

Avec ce deuxième opus, l’auteure nous met en garde contre les secrets de famille et des conséquences de les cacher, par amour pour ses enfants. Au fil des pages, tout tourne peu à peu au drame, malgré les efforts du personnage principal pour s’en sortir dans sa vie, mais il ne peut rien y faire. On y retrouve également des réflexions sur la vie des femmes japonaises : d’un côté Mitsuko indépendante, élevant seule son enfant et prenant soin de sa mère, refusant le mariage et devenant entraîneuse un soir par semaine pour l’argent et par intérêt intellectuel. De l’autre la mère d’Hanako, femme de diplomate et femme potiche, trompée par son mari, consultant un psychiatre, empêchée de divorcer pour sauver les apparences, sombrant peu à peu dans la folie. Ici, les femmes ne doivent pas entacher leur morale sous réserve de trouver un bon parti, le mariage étant la seule voie honorable. Seule Hanako, de la jeune génération s’efforce de ne pas prendre en compte l’avis de ses parents et de se marier comme elle l’entend.

L’auteure évoque aussi le racisme et la discrimination ordinaire dont est victime Tarô du fait de son infirmité et de ses origines. On lui demande souvent de quel pays il vient, alors qu’il est japonais. Et son handicap effraie parfois les gens, alors qu’il s’efforce de rester digne en toutes circonstances. On sent également que le fait de se marier est une pression sociétale assez forte et ancrée dans la culture japonaise et que trouver un bon parti n’est pas facile, même pour les jeunes hommes, obligés de démontrer aux beaux-parents qu’ils sont des gens sérieux et pourront entretenir leur femme.

Ce petit roman est court mais très fort en émotions et en thèmes intéressants concernant la culture japonaise. Par contre, il n’est pas très joyeux et on sent venir le dénouement assez rapidement. Il peut se lire de manière indépendante, mais si vous n’avez pas lu Hozuki, vous découvrirez les secrets de Mitsuko en même temps que son fils. Je pense lire les autres tomes de la série, même si je m’attends à nouveau à des drames…

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé : Au Japon, Florent est autant dessinateur que poète. Toujours prêt à nous surprendre. Il est sensible à l’inattendu et goûte avec gourmandise un simple rien pris sur le vif. Il vole des pierres dans un jardin, considère un compteur électrique et une fenêtre à contre jour, caresse un petit chien qui boit, encourage un filet de maquereau…
Ce qu’il aime, ce sont des instants de vie fugaces ; et ce qu’il préfère, c’est donner vie à une étiquette de fruit ou une carte de géographie. Ces petites choses ordinaires et souvent incongrues qui nous émeuvent le temps d’un regard sont pour lui autant de détails révélateurs qu’il sait amplifier au point de pouvoir tirer parti de l’éternité d’un kaki. Tout est déjà là, il faut simplement le voir.

Mon avis : Ce livre se situe entre le roman graphique et le récit de voyage, mais un voyage particulier car l’auteur nous fait visiter plusieurs bars à saké/ supérettes d’alcool japonais : les Kaku Uchi. Le périple se découpe en plusieurs étapes : à chaque fois, Florent Chavouet nous raconte en dessin des anecdotes associées au Kaku Uchi visité, où il se situe avec une carte de son cru, quelques éléments du quotidien dans le même quartier (fenêtres vues de nuit, publicités détournées, panneaux de signalisation, bâtiments…) agrémentés d’un haïku souvent humoristique.

Le dessin prend plusieurs formes : photographie au crayon de couleur ultra-réaliste de bâtiments, fenêtres vues de nuit ou de nourriture ; caricature de personnes avec un trait très simple, carte ultra-détaillée et personnelle sous forme de petits carrés, paysages urbains ou ruraux façon panorama. L’ambiance est franchement nocturne et pleine de poésie.

La cartographie des Kaku Uchi est très instructive avec des détails sur les procédés de fabrication du Saké, la manière de s’asseoir dans le bar en fonction du nombre de clients, comment le magasin est organisé, une sociologie des clients, ce qu’on y trouve à chaque fois… La lecture est souvent interactive pour le lecteur car les dialogues et textes sont organisés à la manière d’un jeu de l’oie et il alors faut tourner le livre dans tous les sens. Il y a même des pages qui se déplient laissant voir l’intérieur du magasin comme si on y était…

Il y en a pour tous les goûts dans ce petit carnet de voyage particulier, proche du quotidien des japonais. J’y ai apprécié cette vision personnelle et humoristique propre à Florent Chavouet, et très éloignée d’une visite très touristique. A défaut de me faire aimer le saké, il a su m’y intéresser et me faire voyager le temps d’un livre.

Petites coupures à Shioguni, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé : Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour goûter les plats.

Mon avis : Entre roman graphique et roman policier, Petites Coupures à Shioguni nous entraîne dans une histoire de Yakuzas qui pourchassent un cuistot…ou une jeune fille qui a piqué un blouson… ou un employé de fournisseurs en distributeurs automatiques qui veut se venger… mais est-ce que les yakuzas en sont vraiment ? Bref, vous l’aurez compris, l’intrigue est complexe !

Car le livre est organisé comme si le lecteur était le policier chargé de l’enquête : il interroge les suspects et témoins et l’histoire évolue en fonction de leurs versions. L’intrigue est donc non linéaire, entrecoupée de notes de polices au stylo sur des supports parfois étranges, et avec des retours en arrière fréquent en fonction de qui raconte sa version de l’histoire.

L’auteur nous propose une chevauchée nocturne dans un quartier ordinaire avec des sujets qu’il affectionne : les petits restaurants bon marchés, les postes de police de proximité, les rues encombrées de câbles électriques et de divers objets, les véhicules japonais…

J’ai trouvé que l’histoire était pleine de suspense et de rebondissements, même si je n’ai pas saisi un élément dans le dénouement au sujet de la jeune fille au blouson. Le dénouement est totalement inattendu et invite à relire une deuxième fois l’album, non pas vis à vis d’une incompréhension, mais pour mieux saisir les réels enjeux de l’ensemble des personnages. Car tout le monde ne dit pas la vérité…

Quant au dessin, on retrouve tout le style de Florent Chavouet évoqué plus haut avec Touiller le miso : des plans larges sur le quartier, des gros plans sur des personnages, des descriptions détaillées de lieux comme la cuisine du restaurant, des scènes en deux ou quatre cases avec des dialogues posés ça et là comme écrits au stylo. L’ambiance est sombre dans le ton, mais aussi dans les couleurs car toute l’histoire a lieu de nuit. Les teintes sont tantôt criardes comme passées au néon, tantôt vertes ou bleues comme si on voyait les personnages faiblement éclairés tout droit sortis de l’obscurité.

Un roman graphique qui sort de l’ordinaire et donne envie de lire d’autres histoires du même auteur !

Tokyo Sanpo, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé :  » Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde. Plus qu’un guide, voici un livre d’aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m’entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d’essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. A mon retour en France, on m’a demandé si c’était bien, la Chine. Ce à quoi j’ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants. « 

Mon avis : Tokyo Sanpo est un guide de voyage très personnel réalisé entièrement au crayon de couleur et nous faisant visiter le quotidien de son auteur pendant ses 6 mois passés à Tokyo, à pied et en vélo.

Il se découpe en plusieurs chapitres, commençant à chaque fois par un plan très détaillé du quartier visité et des lieux dessinés par Florent signalé par des numéros qui correspondent aux pages du guide. Chaque quartier a ses particularités et son poste de police de proximité, représenté à chaque fois de façon humoristique. On apprendra d’ailleurs qu’en tant qu’étranger il a souvent été arrêté par « racisme » japonais ou pour des histoires de vélo « volé ». Il se venge gentiment sur une page dédiée à une petite « sociologie facile » des policiers japonais, avec des représentations à mourir de rire.

Que dire sur ce guide ? Je l’ai trouvé tout simplement extraordinaire, car contrairement aux autres guides dits « touristiques », il nous propose des éléments du quotidien aussi simples que la représentation des immeubles, des publicités, des étiquettes de fruit ou une sociologue des gens qui habitent le quartier. On plonge littéralement dans le quotidien des japonais, du point de vue d’un expatrié, avec ses questions sur la culture.

Au niveau dessin, le style de Florent Chavouet évolue selon le sujet : tantôt des représentations détaillées d’un élément architectural similaire à de la photographie au crayon de couleur, tantôt des pages d’anecdotes dessinées de façon plus simple et humoristique, voire caricaturales pour nous raconter une histoire de son quotidien. On retrouve aussi des intérieurs complets de maisons qu’il a habité avec des détails amusants. Les plans de quartiers vus de haut sont époustouflants de détails, même s’ils sont parfois fantaisistes.

C’est un guide à feuilleter pour picorer quelques éléments graphiques ou anecdotes du quotidien de l’auteur, ou à lire d’une traite pour vivre avec lui ces 6 mois passés au pays du Soleil Levant.

Le guide date de 2009, donc pas sûr de retrouver l’intégralité de certains lieux représentés si jamais vous allez au Japon et que vous souhaitez marcher sur les pas de Florent Chavouet, même si cela serait intéressant à réaliser.

J’ai personnellement beaucoup apprécié la ballade, surtout à une période où il ne m’est pas possible de voyager.

Et vous ? Où en êtes-vous dans ce challenge ?

Est-ce que nous avons des livres en commun? Avez-vous lu l’un des livres que je viens de vous présenter ?

Dites-moi tout en commentaire. 🙂

Saké et matcha,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Les légendes de la Garde, David Petersen, éditions Gallimard Jeunesse

Une fantasy animalière mêlant complots et combats chez un tout petit peuple…

Aujourd’hui, je vous présente une série de BD en trois tomes + un bonus éditée chez Gallimard jeunesse.

Résumé(s) : 

Automne 1152 : Depuis toujours, la Garde protège les plus faibles dans le monde des souris, sans prendre part à la politique. Mais un complot est en marche pour que les villes prêtent allégeance à la Garde. Une mystérieuse souris, revendiquant la Hache Noire, une arme ancienne, mène ses partisans à faire le siège de Lockhaven, le bastion de la Garde. Trois souris de la Garde : le téméraire Saxon, le sage Kenzie et le jeune Lieam se battent pour défaire le complot et l’armée en marche.

Hiver 1152 : La rébellion de la Hache Noire a été défaite, révélant au grand jour le vrai possesseur de l’ancienne relique, une vieille souris qui devient le mentor de Lieam. En mission pour lutter contre l’hiver approchant, les souris doivent récupérer de la nourriture et des médicaments. Mais la neige sépare la troupe. Kenzie et Saxon, accompagnés d’une dame souris tombent dans un trou qui semble être d’anciennes fondations du royaume du roi Furet menant à Lockhaven. Lieam et Celanawe sont assiégés par une chouette qui les défie en combat singulier.

La hache noire : Ce tome relate l’histoire de Celanawe, la souris surnommée la Hache noire, et son combat contre le roi Furet lors de la grande guerre entre les souris et les furets.

Baldwin le Brave et autres contes : Suite au succès des précédents tomes, l’auteur a réalisé un recueil de contes dans l’imaginaire de l’univers des Légendes de la Garde, dont tous les enfants souris auraient eu connaissance depuis le berceau. Les six fables contées ici rendent hommage au courage, à l’humilité, à l’amour et à la générosité pour former de futurs héros.

legendes-de-la-garde via Portdragon.fr
Couvertures des trois premiers volumes via Portdragon.fr

Mon avis :

Une thématique originale, entre La famille souris de Kazuo Iwamura et le médiéval fantastique

David Petersen développe un imaginaire autour du peuple des souris, avec ses prédateurs naturels, sa hiérarchie et surtout un vrai code de l’honneur digne des plus grand romans de Fantasy.

Les personnages principaux sont des souris formant une sorte de garde de nuit qui protègent leur peuple de tous les dangers. Mais quel danger est le pire ? Les Belettes ou la trahison par les siens ? C’est ce qui est développé ici.

La BD est destinée au public jeunesse mais peut être lue par des adultes au vu des sujets abordés : l’attrait du pouvoir, l’amour impossible, la trahison, le sens de l’honneur, les relations filiales jeune/ancien.

L’espièglerie est aussi au rendez-vous malgré des sujets plus graves, et apporte une touche de légèreté à l’ensemble.

Cependant, niveau intrigue, des mystères restent à éclaircir encore sur l’avenir de certains personnages à la fin de Hiver 1152. En effet, les deux autres tomes bonus narrant les aventures parallèles de deux autres souris n’éclairent pas le récit principal.

Par ailleurs, j’ai trouvé l’histoire trop rapide : on a à peine le temps d’entrer dans l’histoire qu’elle est déjà terminée.

contes des légendes de la garde
Baldwin le Brave et autres contes, David Petersen, via Amazon

Un graphisme éblouissant

Amoureux de l’automne et de l’hiver, vous allez être servis ! Les dessins sont superbes tant par leurs traits que par leurs couleurs avec des paysages dignes d’une carte postale… mais au niveau du sol ! Et oui, nous sommes chez les souris. Mais ce point de vue est intéressant et rappelle par exemple Arthur et les Minimoys de Luc Besson.

Malgré cette volonté de bien faire, j’ai rencontré quelques soucis pour reconnaître les personnages principaux par moments, car à part les capes de couleurs différentes, ils se ressemblent beaucoup !

Dos hiver les légendes de la Garde
Quatrième de couverture de Hiver 1152, David Petersen, via Amazon

Une BD, un site internet et un jeu de rôle 

L’univers des Légendes de la Garde est étendu sur internet. L’auteur a réalisé un site internet qui regroupe des extraits de ses bande-dessinées, des musiques liées aux histoires et même des personnages à réaliser en papercraft ! Par contre, si vous n’êtes pas anglophone, passez votre chemin.

David Petersen a eu tellement de succès avec ces BD, qu’un jeu de rôle a été crée par l’auteur Luke Crane, reprenant l’univers de façon plus détaillée. Vous pouvez retrouver les règles du jeu et télécharger cartes et fiches de personnage gratuitement sur son site internet.

En revanche, pour le livret de jeu de rôle, il faudra débourser environ 40 dollars et pour la version anglaise. La version française n’est plus éditée à ce jour visiblement ce qui est bien dommage. Elle avait fait l’objet d’une campagne Ulule en 2012 avec les éditions Mnémos. A moins d’une réédition ou d’un coup de bol chez un marchand de jeux, cela risque d’être difficile de la retrouver en français.

Si vous souhaitez quand même vous immerger dans l’univers des souris, un jeu de plateau coopératif assimilé à du jeu de rôle existe : Mice and Mystics chez Plaid Hat Games. Il ne reprend pas exactement l’univers de David Petersen mais vous promet un bon moment de détente.

les légendes de la garde, jeu de rôle deuxième version en anglais via Amazon
Les légendes de la garde, jeu de rôle deuxième version en anglais via Amazon

 

En conclusion : Une fantasy animalière plutôt réussie mêlant une garde de nuit version souris tirée du trône de fer à des personnages tirés d’un livre de Beatrix Potter.

Article auparavant publié par mes soins sur le site Portdragon.fr,puis remanié.