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Love in 56K, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir

L’amour est souvent au coeur des romans de Clémence Godefroy. Dans Love in 56K, il en sera question mais pas seulement : amitié, problèmes d’adolescence et quête de soi seront également au rendez-vous. Bienvenue dans les années 1998 !

Résumé : A la rentrée de septembre de Westbridge High, Erika Schmidt est bien déterminée à faire de cette année scolaire 1997-1998 la meilleure de sa vie : de bonnes notes, de bons moments avec ses deux meilleures amies, et une place dans la rédaction du journal du lycée, voilà tout ce qu’elle désire. C’était sans compter sur Scott Peterson, qui est devenu hyper craquant en l’espace d’un été, et tous les déboires qui s’ensuivent quand on est plutôt timide avec les garçons et plutôt vue comme une nerd par les élèves populaires du bahut. Heureusement, Erika vient de commencer une nouvelle série de livres, Les Sorciers de Bellwood, qui lui fait oublier ses problèmes. En attendant le prochain tome, elle trouve sur Internet un forum de fans, puis des sites de fanfic, et bientôt sa connexion 56K est à la fois son seul réconfort et son secret le mieux gardé…

Mon avis :

Bienvenue dans un lycée américain

J’ai commencé ce livre sans jeter un oeil au résumé.  Ce qui m’a surprise le plus pendant les premiers chapitres, a été la sensation de lire un roman se déroulant en France, jusqu’à ce que des détails viennent perturber l’intrigue : aucun lycéen français ne possède  de voiture pour se rendre en cours avec ses amis !

Clémence Godefroy est française, mais elle a recrée avec brio cette ambiance lycée américaine qui regroupe pas mal de clichés, et qu’on retrouve dans certaines séries tv. Cependant, elle y a ajouté sa touche personnelle pour que ces clichés ne nuisent pas à la qualité de l’intrigue.

Par exemple, au niveau des personnages, on retrouve les différents groupes typiques : les nerds du club d’informatique, l’équipe de sport (basket, football), les pom-pom girls populaires, la peste de service, la bande de copines intellos, le meilleur ami gay.

Les nuances interviennent dans la construction des personnages. Ainsi, dans l’équipe de basketball, Scott est aussi un geek qui a du mal à s’intégrer;  dans le club informatique,  on compte une future diplômée de grande université très sûre d’elle, … Chacun n’est pas celui qu’il semble être et c’est ce qui fait la richesse de ce récit.

L’auteur aborde plusieurs sujets sur cette période charnière de Première-Terminale propres aux américains : les fêtes entre élèves, le souci d’aller s’inscrire ou non dans une université après la remise des diplômes, les virées au centre-commercial, les jobs d’appoint, le sous-sol aménagé en antre d’ado, le fait d’avoir ou non une voiture, et surtout la sexualité naissante.

Tout contribue à recréer cette époque de liberté surveillée, de désir d’émancipation, de rêves à venir de ces adolescentes américaines mais qui s’étend aussi aux françaises sur certains points comme la sexualité.

Premiers émois amoureux dans la vie d’une lycéenne

Erika est le personnage principal de cette histoire. cette année, elle a décidé avec sa bande de copines qu’elle se montrerait plus adulte. Mais voilà, elle a développé une passion pour une saga littéraire empruntée à sa  petite soeur. C’est un secret honteux qu’elle préfère garder pour elle. Et il est d’autant plus honteux car elle écrit de la fanfiction dessus ! Ses amies ont aussi des secrets, mais on les découvrira plus tard…

Clémence Godefroy sait évoquer avec finesse, à travers le portrait de ces trois amies, les interrogations sur ce qu’est grandir, les expériences sexuelles et amoureuses, le bouillonnement intérieur hormonal, la métamorphose de son corps, la peur d’être soi face au regard des autres et les hobbys honteux.

A travers l’histoire d’Erika surtout, elle propose une ode au courage d’être soi, la volonté d’aimer et de vivre ses passions, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Car le lycée est impitoyable : on abordera le harcèlement scolaire, la timidité amoureuse et ses maladresses, la jalousie maladive.

Le seul bémol que j’ai pu trouver est une fin de roman qui m’a semblée un peu abrupte ou du moins, j’aurais apprécié un récit  plus long.

Une ode à la fin des années 1990

Ce roman est destiné à deux publics, je dirais : l’adolescent lambda qui découvre des sujets qui le touchent mais dans le contexte de la fin des années 90. Mais aussi, l’adulte qui a vécu cette période et se remémore la saveur de certains détails (ce qui est mon cas).

L’auteure a parfaitement réussi, par petites touches à nous plonger dans la vie d’un ado de cette période. On aborde le style musical très pop, la mode un peu flashy par moments, les débuts d’internet et des connexions incertaines, les cours d’éducation sexuelle foireux, les boybands, le coût important d’un ordinateur, la quasi absence des téléphones portables, et surtout la saga des sorciers de Bellwood qui ressemble un peu à celle d’Harry Potter.

Le plus gros clin d’oeil réside dans les forums de fanfiction, véritable refuge pour les timides, nerds, intellos de l’époque, où l’on peut échanger autour d’un sujet qui vous passionne sans être jugé et retrouver des gens intéressés par les mêmes centres d’intérêts. Pour certains, c’est aussi un moyen de développer leurs talents d’écrivain.

En conclusion : un roman Young adult mode d’emploi sur comment avoir le courage d’être soi au lycée, qui traite également avec finesse le sentiment amoureux. Un petit bijou à découvrir autant pour les ados que pour les nostalgiques de la fin des années 90.

 

 

 

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Tu es belle Apolline, Marianne Stern, éditions du Chat noir

Fan des autres romans steampunk de Marianne Stern, j’ai essayé avec confiance cet énième opus plutôt young adult avec une héroïne qui casse les codes. Et je n’ai pas été déçue…

Résumé : Les filles de ma classe rêvent de vivre dans une grande villa et de posséder un dressing rempli de robes de créateurs et d’escarpins vertigineux, de connaître les feux de la rampe, le succès, le Champagne et les paillettes. Ou plus modestement, de séduire Arnaud, le beau gosse de la classe. En ce qui me concerne, j’habite dans une demeure de luxe, ma mère mannequin nous l’a offerte. Quant à Arnaud, il a jeté sur moi son dévolu suite à un malheureux concours de circonstances. Et dans son sillage, la jalousie des pouffes ; tout ce qu’il manquait encore à ma petite vie parfaite. En apparence. Grattez un peu, et le rêve se change en cauchemar. Une guerre perpétuelle contre les calories. Ma silhouette fil-de-fer entretenue avec une obsession malsaine. Quant à ma mère, la célèbre Ornella Romanovska, elle juge plus important de se consacrer à ses défilés, shootings et soirées privées qu’à moi, sa fille. Sans oublier ce manque terrible qui m’habite quand je songe à mon père, un inconnu dont ma génitrice refuse de parler. Alors, si vous me dites tu es belle Apolline, j’aurai du mal à vous croire.

Mon avis :

Apocalypse, un personnage principal d’enfer

Le roman est centré sur Apolline alias Apocalypse, une ado de 17 ans, rebelle sur les bords qui adore écouter du métal, voue une passion sans limites pour l’Allemagne et s’habille comme une punk à chien. Vivant avec sa mère célibataire et top-model dans une propriété remplie plus par le personnel de maison que par une vraie famille, elle s’élève toute seule entre l’alcool, les joints et surtout sa phobie du gras qui la rend très maigre.

Malgré deux amis fidèles au lycée, elle subit le harcèlement scolaire de sa classe qui passe son temps à la traiter de sac d’os ou de nazie. Sa seule défense, c’est l’attaque et parfois ses provocations l’entraînent à réaliser de mauvais choix, surtout en matière de garçons. Son seul réconfort au lycée sont sa prof d’allemand à qui elle voue un culte et son prof de français qui joue dans un groupe de métal. Cependant, par paresse ou par ennui, elle sèche souvent les cours, malgré une grande intelligence.

Bref, vous l’aurez compris, notre héroïne casse un peu les codes habituels avec son mode de vie et son tempérament, mais malgré tout on s’y attache vite.

Ajoutez à cela une relation compliquée avec sa mère gothique similaire à une copine, qui ne montre pas le meilleur des exemples, et une grand-mère catholique intégriste et vous aurez une version trash de Gilmore Girls.

Au vu du résumé, on aurait pu croire qu’il s’agit d’un récit sur une pauvre petite fille riche, mais c’est plus complexe que cela.

Une critique du milieu de la mode en demi-teinte

La mode est un thème récurrent dans ce roman young adult, du fait du personnage d’Ornella, alias Mutti, la mère d’Apolline.

Alors qu’Apolline déteste ce milieu parce qu’il l’empêche principalement de profiter de la présence de sa mère, Ornella l’adore, et cela nous dessine les deux facettes du métier.

Marianne Stern nous propose une mannequin trash et capricieuse, aux airs de diva, plus obsédée par ses robes que par sa fille et surtout bien décidée à maintenir sa carrière tant qu’elle le peut avant d’être trop vieille pour les défilés.

Mais ce mannequin doit embaucher des agents de sécurité pour se protéger des paparazzis, ne rien avaler à part du céleri et du jus de citron, supporter un agent particulièrement casse-pieds, courir à chaque shooting, et réfléchir à un plan B (autrement dit, harponner un vieux riche) pour s’assurer une fin de carrière confortable.

Seules consolations :  son dressing est rempli de robes fabuleuses, elle a été égérie pour Karl Lagarfeld et les podiums lui apportent gloire, argent et bonne estime d’elle-même, et souvent des jeunes trentenaires à mettre dans son lit.

Derrière les paillettes se cachent donc de grands sacrifices. La seule chose qui rapproche les deux personnages est leur amour pour les belles robes. Car malgré un look de punk à chien, Apolline est fan du style pin up et n’hésite pas à piquer des robes à sa mère et à se découvrir femme à travers ces vêtements.

Une analyse fine du problème de l’anorexie

Apolline nous raconte sa vie et ses déboires à la première personne dans ce roman young adult et se dessine peu à peu tous ses problèmes, dont le plus important : l’anorexie.

Plutôt que de jouer la carte moralisatrice, Marianne Stern a préféré nous montrer comment une adolescente vis son rapport au corps et à cette maladie, jusqu’au déclic où elle admet qu’elle a un problème et besoin d’aide. J’ai trouvé que c’était très bien amené, car le fait de se glisser dans la peau du personnage nous rendait plus lucide sur l’anorexie et plus empathique envers les gens qui en sont touchés.

Tous les éléments de la dégradation physique de l’adolescente apparaissent, comme des signes avant-coureur de sa chute lente : maigreur, mais aussi perte des cheveux, absence de sommeil, déchaussement des dents, vertiges, manque d’énergie, maux de ventre après absorption de nourriture, sentiment perpétuel d’être laide ou inexistante, mutilations, absence de règles… Rien ne nous est épargné mais en même temps, on apprend beaucoup sur comment l’adolescente vit cette maladie.

Elle ne veut pas se soigner par peur d’être catégorisée de folle, internée dans un hôpital et gavée de nourriture par des médecins et au lieu de chercher de l’aide, elle s’enfonce de plus en plus dans des comportements à risques.

Autour d’elle, on suit également comment son entourage réagit à son attitude, ce qui donne une palette complète des émotions humaines : la grand-mère lucide sur la maladie mais moralisatrice, la mère qui ignore le problème, les amis qui essaient d’aider mais sans brusquer les choses et dans la limite de leurs capacités, le personnel de maison qui reste indifférent ou s’implique trop, les profs qui ont conscience du problème sans trop savoir comment l’aborder…

Par dessus-tout, on comprend que cette maladie déclenchée chez la jeune fille est un condensé de plusieurs de ses problèmes et que ce n’est pas uniquement lié à son poids : absence du père, harcèlement scolaire, absence d’éducation de sa mère, solitude, peur de ne pas être aimée… De ce fait, Marianne Stern élargit le propos et nous montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’une maladie liée à l’image que l’on a de soi.

Sans vouloir spoiler la fin, apprenez qu’elle apporte une solution plutôt fine et bien menée à Apolline, mais aussi aux jeunes lecteurs qui pourraient avoir le même problème.

En conclusion : Un roman young adult décoiffant, avec une héroïne au caractère bien trempé faisant face à de nombreux problèmes dont l’anorexie, mais dont la présentation est fine et empathique. Un vrai coup de coeur de lecture sur fond de musique Heavy metal !

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La guilde des Merlins, Cendrine Nougué, édition Fleur Sauvage

Bienvenue dans un monde où les contes se mêlent à la réalité !

Résumé des deux premiers tomes : 

Tome 1, Le magicien : Arthur Sullivan, collégien vivant à Nantes, partage sa vie entre sa passion pour la magie et ses amis. Jusqu’au jour où sa mère est hospitalisée à Londres, le laissant aux mains de sa grand-mère anglaise, richissime éditrice qu’il n’avait jamais vue. Arthur découvre alors un univers où se manifestent des créatures étranges, et où les contes pour enfants semblent avoir … une extraordinaire importance.

Tome 2, l’héritier :  Alors qu’il vient à peine de retrouver sa famille à Londres, Arthur est pourchassé par un mystérieux ennemi. Réfugié au château de Komper, au cœur de la forêt de Brocéliande, l’adolescent va découvrir le monde de ses origines et percer les secrets de la mystérieuse guilde des Merlins. Sur ces terres de légendes où plane l’ombre de Merlin et de la féerie, entouré de son fidèle Pillwiggyn et de ses amis Émile et Yasmine, il embarque dans une aventure pleine de rebondissements, de contes et de magie, jusqu’aux sources de l’Imagination…

Mon avis :

Un roman d’apprentissage basé sur les origines du héros

Arthur n’a rien d’un héros. C’est un enfant qui vit avec sa mère et connait peu son père, magicien renommé. Il a pour passion l’illusionnisme, et passe pour un loser auprès des autres enfants. Il est même le souffre-douleur de sa classe. Sans ses amis Emile et Yasmine, il aurait de gros problèmes.

Pourtant, malgré cela, il va découvrir qu’il a un destin hors du commun avec une grand-mère et une famille maternelle qu’il connaît peu. Un prophétie le désignerait comme le prince héritier de la famille royale d’Esfaeria. Et divers éléments vont peu à peu bouleverser son quotidien…

Cendrine Nougué nous plonge ici dans un roman d’apprentissage typique avec tous les ingrédients qui vont avec : origine mystérieuse du héros, prophétie, épreuves initiatiques, adjuvants fidèles, opposants farouches, … A ceci près que notre héros est pré-adolescent et qu’il refuse d’adhérer, du moins au début, à ce qu’on lui fait découvrir et ne souhaite qu’une chose : retrouver une vie normale avec sa mère.

Une multitude de références littéraires subtilement entremêlées

Saviez-vous que les muses étaient des fées, filles d’Obéron et Titania ? Que certains des plus grands auteurs de notre temps, vivraient encore en Esfaeria après avoir intégré la Guide des Merlins afin de perpétuer leur travail comme James Barrie ou Lewis Carroll ?

Cendrine Nougué nous invite à envisager la naissance des arts et de la littérature d’une autre manière et à revisiter certains contes, mythes ou histoires ayant marqué notre temps.

Ainsi les muses/fées auraient aidé les humains à développer leur imagination grâce à La Source, à la fois énergie et principe même de l’existence d’Esfaeria.

La bibliothèque d’Alexandrie n’aurait pas détruit toute la connaissance des hommes mais aurait été sauvée par les muses dans un Palais de Cristal sur l’île d’Avallon protégé par Morgane/Vivianne.

Morgane et Vivianne, issues des légendes arthuriennes ne feraient qu’une : sirène la nuit, fée le jour, ayant pour mission d’éloignant les curieux autour du Palais.

Le lapin d’Alice aux Pays des merveilles serait un animal permettant de voyager entre Esfaeria et réalité…

Nous partons aussi à la rencontre de l’origine de certains contes comme celui de la Belle au Bois dormant écrit par Basile, réécrit par Perrault, et qui serait inspiré par la rencontre d’une fée un peu spéciale.

Même les mondes obscurs ont leur personnages avec les Wampyrs ou vampires dont la naissance suivrait une certaine logique avec les Arkadius, le père d’Egregor.

Au-delà des références explicites données dans les livres, d’autres se superposent subtilement : Le trio formé par Arthur, Emile et Yasmine n’est pas sans rappeler les trois amis que sont Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley, décrits par J.K.Rowling dans la saga Harry Potter. Archibald a des allures de Dumbledore, Pillwiggyn l’elfe de maison d’Arthur rappelle Dobby…

Une petite référence au steampunk à travers les personnages des muses aux allures d’amazones à goggles, ainsi que les animaux mécaniques d’Egregor, apporte une touche mécanique et technologique aux livres.

Deux tomes d’introduction qui réservent encore des surprises

Comme dans tout premier tome, Arthur découvre ainsi que le lecteur, l’existence d’Esfaeria et de la guilde des Merlins par le biais d’Archibald et des fées. Les explications se poursuivent au tome 2 quand l’action se précipite.

On comprend qu’avec les deux premiers tomes de la saga des Merlins, Cendrine Nougué sème des indices et nous prépare aux grandes aventures à venir.

Ainsi de nombreuses questions restent en suspens : qui est le père d’Arthur? Qui de Egregor ou de Merlin est le véritable héritier au trône d’Esfaeria ? Arthur sauvera-t-il sa mère et sa grand-mère ?

A la fin du deuxième tome, Arthur se retrouve sur ce qu’il semble être l’île des enfants perdus de Peter Pan. Et l’ambiance tourne au vinaigre…

Toutes ces interrogations laissent le lecteur sur sa faim et lui donnent envie de lire la suite.

En conclusion : Une fabuleuse série à découvrir pour réinventer son rapport aux contes et aux mythes. Un voyage initiatique avec un héros ordinaire un peu impulsif et gaffeur. Une plongée dans l’imaginaire pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant et leur capacité à croire à l’impossible.

N’hésitez pas à consulter mon interview de l’auteur dans la rubrique Rencontre avec, ou à retrouver l‘univers des Merlins sur leur page facebook.