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Noël et Préjugés, recueil de nouvelles par la TeamRomCom, éditions Charleston

Noël est loin, mais j’avais envie de lecture légère et amusante. Cela tombe bien, ce recueil de nouvelles parle de romance, de Noël, avec de l’humour et surtout une petite référence à Jane Austen. Après avoir fait partie de ma PAL pour le Hohohochallenge, je le réutilise pour celle du ProjetOmbre. Machiavélique, moi ? Jamais ! 🙂

Résumé général du recueil: Noël, cette fête qu’on adore détester ou qu’on déteste adorer ! Réunion familiale ou tête-à-tête ratés, de Paris à New-York en passant par l’Italie, on peut y vivre des crush ou des clash, qu’importe ! Et si la figure tutélaire de Jane Austen vient y apporter sa petite touche de magie pour faire basculer les situations les plus inextricables, l’esprit de Noël promet d’être au rendez-vous !

Mon avis général :

Ce recueil comprend six nouvelles sur le thème de Noël et de Jane Austen. Chaque nouvelle est une romance, avec la rencontre d’un couple qui finit plus ou moins ensemble. Le fil conducteur est le roman Orgueil et Préjugés que l’on retrouve dans chaque histoire comme un clin d’oeil.

Les nouvelles sont écrites par un collectif de six auteures chez les éditions Charleston, surnommé La TeamRomCom. Il est composé de Marie Vareille, Isabelle Alexis, Sophie Henrionnet, Marianne Levy,Tonie Behar et Adèle Bréau. Chacune a son style propre. Elles s’associent dans le cadre de ce recueil, telle une équipe de choc de la romance et c’est plutôt réussi.

Afin de réaliser cette chronique de manière plus poussée, je vais aborder chaque nouvelle avec son résumé et mon avis dessus.

Comme une princesse Disney, Tonie Behar

Résumé : Eva est fan de Disney. Bien dans sa peau malgré quelques kilos en trop, elle travaille dans le marketing et l’événementiel. Sa soeur Juliette lui offre de passer Noël dans un château de contes de fées. Un cadeau de rêve ? Pas si sûr ! C’est un programme de détox et jeûne en groupe! Avec l’équipe des stagiaires aux profils farfelus, elle va rencontrer le propriétaire du château : un homme des cavernes aussi canon que malpoli. Mais son impolitesse cache autrechose…

Avis : Une nouvelle pétillante qui met à mal les programmes minceurs avec Eva, une héroïne fière de ses rondeurs, et au caractère bien trempé. L’auteure passe en revue les stagiaires en mal de régime en nous présentant des cas criants de vérité ou juste amusants : la bande de copine ultra mince et branchée, un couple de babas cools, un ancien punk, une femme qui veut maigrir avant d’aller au mariage de son ex… La coach du stage est une naturopathe un peu perchée qui prône plein d’idées détox mais toujours bienveillante. On nous présente aussi un château digne des contes de fées dans un décor sauvage de rêve, que je n’arriverais pas à situer dans la réalité. Daniel, le prince charmant préfère la compagnie des animaux aux humains, et dispose d’un orgueil rappelant celui de Darcy. La rencontre entre Eva et Daniel fera des étincelles, rappelant l’intrigue d’Orgueil et Préjugés, le livre de chevet d’Eva. Une nouvelle amusante, quoiqu’à l’intrigue un peu convenue.

L’hôtel des Monts enneigés, Marie Vareille

Résumé : Cassandra, célibataire de 28 ans et architecte, vient de perdre son job le jour de la fête de Noël de son bureau. Le lendemain, clouée au lit par une gueule de bois carabinée, elle voit débarquer sa mère, une célèbre journaliste de magazine féminin à qui tout réussit. Christine a décidé de fêter Noël avec sa fille, mais connaissant sa mère, Cassandra découvre rapidement qu’elle est un choix par défaut. En effet, sa mère s’est faite plaquer par son petit-ami et ne veut pas être seule pendant les fêtes. Après une dispute, Christine part en lui laissant son cadeau de Noël : des billets pour un séjour dans un hôtel de luxe de Haute-Savoie, dans une ville où Cassandra a passé son enfance. La jeune femme décide de profiter du cadeau, même si elle redoute de retourner sur place à cause d’un amour déçu. De fil en aiguille, elle va retrouver son ancien amoureux et peut-être guérir certaines blessures.

Avis : Une nouvelle centrée une histoire de coeur brisé pour des raisons stupides et une famille dysfonctionnelle. L’auteure a particulièrement soigné la personnalité toxique de Christine, plus centrée sur son succès et sa carrière que la vie de sa fille. On découvre une héroïne qui a refusé très tôt de chercher l’amour à cause d’une grave déception amoureuse, mais aussi parce qu’elle ne trouve pas d’exemple de stabilité dans sa propre famille. J’ai trouvé touchant les passages sur la relation de Cassandra avec Alexandre au lycée, et totalement hilarant le comportement de la jeune fille pour l’éviter dans l’Hôtel. On en profite pour visiter allègrement un Hôtel/chalet de montagne de luxe avec tous les clichés associés pendant la période de Noël : pâtisseries, musique, décorations, neige, etc… La nouvelle se termine sur une note très positive dans « l’esprit de Noël » qui réchauffe le coeur.

Le manoir des Wilfried, Isabelle Alexis

Résumé : 24 décembre, Lisa est sur le divan de sa psy en urgence car ce soir, elle va retrouver un amour perdu. Elle lui raconte comment tout est arrivé : voisine de la famille Wilfried, des membres de l’aristocratie, elle s’était liée dès l’enfance avec les deux fils Nicolas et Maxime. A l’adolescence, elle s’était éprise de Maxime avec qui elle avait toujours été liée, mais suite à un grave accident affectant son cerveau, celui-ci oublie tout de leur histoire. Bon gré mal gré, Lisa se marie avec le frère de Maxime, Nicolas, par sécurité mais aussi pour continuer à faire partie de la famille et espérer que Maxime retrouve la mémoire…

Avis : Le récit de Lisa est hilarant quand elle évoque sa double personnalité entre Fée ministe et princesse Duduche, tandis que sa psy ne l’écoute pas, ce qui vient contrebalancer les événements plus sombres comme l’accident de Maxime. C’est une histoire d’amour contrariée que nous propose Isabelle Alexis, opposant raison et passion, avec un amoureux qui a des soucis d’alcool, plutôt tête brûlée et surtout présent mais sans mémoire. La situation est atroce pour Lisa qui s’efforce de l’oublier sans y parvenir. Une nouvelle qui nous emmène dans un manoir du Calvados en Normandie, sur plusieurs Noëls se succèdent auprès d’une famille assez particulière.

Love Coach, Sophie Henrionnet

Résumé : C’est la semaine précédant Noël et Vincent se retrouve malgré lui à jouer les baby-sitter pour sa soeur, en gardant ses deux neveux Oscar et Tim, alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite-amie et que son coloc déménage. Adulescent et Freelance, Vincent a des difficultés à assumer ses responsabilités et surtout est très nul en drague. Son neveu Tim, âgé de 14 ans a décidé de le coacher car son oncle est bien décidé à récupérer son ex, malgré tout ce qu’en pense sa famille. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu…

Avis : C’est une nouvelle originale que nous propose Sophie Henrionnet, avec un héros au lieu d’une héroïne et surtout une rencontre amoureuse vue par un garçon pas très doué. De messages sur Whatsapp en méthodes de coach en séduction, on suivra le parcours du parfait séducteur malgré lui, même si au bout du compte la dulcinée n’est pas celle que l’on croit. J’ai trouvé Tim hilarant dans son rôle de coach et plutôt mature pour son âge, à côté d’un Vincent largué dans ses relations amoureuses (comme avec sa soeur qui le mène par le bout du nez), mais dont l’attitude sonne pourtant juste. On dirait un addict à l’amour qui ne peut s’empêcher de répondre aux messages de son ex pour espérer gagner son attention. Une nouvelle qui sort de l’ordinaire et évoque la vérité des relations amoureuses de notre époque, où parfois le prince charmant n’est pas sûr de lui et la princesse pas si gracieuse. Le final ? Un Noël en famille comme on les aime et un dénouement inattendu.

Nuit blanche au magasin de jouets, Adèle Bréau

Résumé : Le soir du réveillon, Lara se retrouve enfermée dans le magasin de jouet dans lequel elle travaille après avoir perdu les clés de l’entrée. La situation s’avère encore pire quand elle découvre qu’elle n’est pas seule : son boss, Matthieu, qu’elle déteste, s’est fait enfermer aussi. C’est le début d’une longue nuit qui commence…

Avis : Nous voici plongés dans l’univers des magasins de jouets de Noël et de la course aux cadeaux de dernière minute. Lara est passionnée par son travail de vendeuses de jouets, Matthieu prend son travail de manager plutôt à coeur, malgré les heurts que cela cause dans l’équipe. Son attitude hautaine et ses remarques sarcastiques agacent particulièrement Lara qui passe son temps à lui renvoyer des piques. Leur enfermement forcé vont les obliger à communiquer normalement et à mieux se connaître. Une nouvelle assez classique dans sa construction, qui fait écho à l’intrigue d’Orgueils et préjugés, et dont la fin m’a semblée un peu abrupte.

Amour, tempête et best-seller, Marianne Levy

Résumé : Soir de Noël, au lieu de prendre l’avion pour le Mexique afin de rejoindre sa meilleure amie et agent Kate, Charlotte est coincée chez elle à New York, en pleine tempête de neige, pour finir d’écrire son nouveau best-seller censé partir chez son éditeur avant minuit. Le hic ? Charlotte écrit des romans d’aventures se déroulant dans des pays étrangers où elle ne mets jamais les pieds car elle a la phobie des voyages. Avec la tempête, sa connexion internet est décédée et elle ne peut pas vérifier certains faits dans son récit qui se déroule en Alaska. Kate lui envoie quelqu’un pour l’aider, mais elle n’a pas précisé qui ni comment il allait l’aider…

Avis : Un récit un peu fantaisiste où Google Home s’appelle Arnold et agit un peu comme un humain, et où la maladie du writingholic existe (= passer son temps à écrire). Si certains passages sont amusants comme le concours de lasagnes des voisines de Charlotte, où l’identité de son sauveur, j’ai profondément détesté le personnage principal que j’ai trouvé fatigante à suivre. Le récit reprend aussi quelques éléments de style que l’on retrouve dans Bridget Jones comme compter ses points d’énergie ou de crédibilité. Néanmoins, j’ai trouvé judicieux un message glissé par l’auteure à travers son héroïne : au fond, toutes les romances actuelles sont des copies de Jane Austen…

En conclusion : Un recueil de Noël qui fleure bon les fêtes de Noël et vous incite à croire à l’amour. Les styles des auteures de la TeamRomCom se marient à merveille et nous font ressusciter l’intrigue d’Orgueil et Préjugés à la sauce moderne. Un pur moment de détente et d’humour.

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Les filles du Siècle : Séraphine, Satin Grenadine et La Capucine, Marie Despechin, édition Ecole des Loisirs

Cette série de trois tomes met en avant trois filles au destin différent qui vous font découvrir le quotidien des femmes à Paris à la Belle-Epoque. Trois récits jeunesse composant une véritable peinture sociale teintée de féminisme et de socialisme.

NB : J’ai choisi de réaliser un article qui regroupe mon avis sur les trois livres, d’où la présence des trois résumés. Chaque tome peut se lire de façon indépendante, mais au fil de votre lecture vous constaterez que les personnages secondaires sont présents dans toutes les histoires. Pour information, les deux premiers tomes ont été réédités en Octobre 2020 suite à la parution du troisième : La Capucine. L’éditeur a changé les couvertures pour les rendre plus actuelles. Séraphine et Satin Grenadine ont été publiées en 2004 et 2005.

Résumé de Satin Grenadine : Lucie est persuadée qu’au vingtième siècle, les demoiselles de la bonne bourgeoisie parisienne auront le droit de courir toutes nues, d’aller à la messe en cheveux, de parler à table et même, qui sait ? de s’instruire et de ne pas se marier. A quoi bon vieillir, sinon ? Le problème, c’est que nous ne sommes qu’en 1885 et qu’à treize ans, la seule éducation qu’une jeune fille comme Lucie est censée recevoir consiste à savoir tenir une maison pour devenir une épouse accomplie. Hygiène, lessive, cuisine : Lucie est envoyée faire son apprentissage avec Annette, Fanny et Marceline. Si ses parents savaient… Il se passe parfois des choses étranges, dans les communs des maisons bourgeoises. Les domestiques peuvent s’y révéler plus passionnants et subversifs que des livres. On y fait des révolutions en secret.

Résumé de Séraphine : Que faire de sa vie quand on a treize ans et qu’on est une fille pauvre, pas laide, sachant lire, sans autre protection que celle d’un vieux curé, d’une tante prostituée et d’une veuve ronchon ? Nonne ? Jamais. Séraphine est trop insolente. Couturière ? Non plus. Elle a trop envie de parler et de voir du monde. Peut-être qu’un jour les femmes pourront devenir juges, gendarmes ou avocats et faire de la politique… Peut-être même qu’un jour Dieu Lui-même sera une femme. Mais, pour l’instant, nous sommes en 1885, à Paris, ou plutôt à Montmartre. Le souvenir de la Commune est encore vif chez les uns. Les autres s’occupent de l’enterrer définitivement en bâtissant, là-haut sur la butte, le Sacré-Cœur. Et Séraphine ne voit qu’une solution pour mener la vie libre et sans misère dont elle rêve : s’en remettre à sainte Rita, la patronne des causes désespérées…

Résumé de La Capucine : Si son patron ne la battait pas, si elle était justement payée, si on ne lui comptait pas son assiette et son lit, Louise adorerait la terre sur laquelle elle travaille. Une terre incroyablement fertile, qui peut donner huit récoltes par an ! Qui exporte ses légumes jusqu’à Londres, et même jusqu’en Russie…. Une terre qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Paris, sur un petit village de maraîchers nommé Bobigny. Le jour où vient la raclée de trop, Louise s’enfuit. Direction Paris, où vivent et travaillent sa mère Clémence, et son indéfectible protectrice, Bernadette, génie de la cuisine et de la voyance réunies. Mais Louise a treize ans, et à cet âge, même si l’on rêve de liberté, encore faut-il gagner sa vie…

Mon avis :

Trois filles, trois histoires en lien avec le féminisme

A travers ces trois romans courts de 200 pages, Marie Desplechin nous dévoile la condition des femmes et des jeunes filles à la Belle-Epoque et de leurs possibilités d’évolution dans une société très patriarcale.

Ainsi, avec Lucie, de Satin Grenadine, on découvre l’univers des jeunes filles de la bourgeoisie qui doivent s’instruire mais pas trop, pour éviter de faire peur à un futur mari et surtout être jolie pour attirer les prétendants. Malheureusement pour sa famille, Marceline, la gouvernante de Lucie aux idées plus progressistes souhaite surtout que Lucie s’instruise pour tracer sa propre voie. Lucie, elle, ne rêve que de partir en Amérique et de porter du Satin Grenadine, réservé aux grandes dames. Elle est loin des considérations de sa classe sociale et s’émerveille de ce qu’elle peut apprendre chez les domestiques et le peuple, au grand désespoir de ses parents.

Avec Séraphine, on découvre la classe ouvrière pauvre de Paris et surtout de Montmartre. Séraphine travaille chez une couturière pour gagner sa vie mais elle aspire à une autre vie. De nature généreuse, elle est assez naïve vis à vis de l’extérieur et s’en remet à sa foi envers la Sainte Rita, patronne des causes désespérée. Elle va s’essayer à d’autres métiers mais cela reste compliqué de s’élever socialement quand on est orpheline et sans le sou. Il faudra la solidarité de la communauté vivant sur la Butte et d’heureux hasards pour qu’elle trouve un dénouement opportun.

Louise de La Capucine, est la plus têtue et téméraire des trois héroïnes. Elle vit à Bobigny dans une ferme maraichère où elle travaille sous les ordres d’un maître violent. Elle est séparée de sa mère qui travaille pour une famille bourgeoise à Paris et l’a laissée dans cette ferme pour des raisons financières. Louise adore travailler la terre, et elle souhaiterait pouvoir son propre terrain pour vendre seule sa production mais elle est trop pauvre pour réaliser son rêve. Néanmoins, c’est une fille intelligente et autonome qui a le sens des affaires, ce qui lui permettra de s’en sortir, avec un coup de pouce du destin.

Trois destins de jeune filles, et pourtant peu d’issues au début de chaque livre. Le mariage revient très souvent comme porte de sortie, mais finalement d’autres possibilités s’ouvriront à elles grâce à l’aide d’autres personnages secondaires qui souhaitent faire bouger les choses.

Une fresque sociale à travers des personnages secondaires très vivants

En dehors des héroïnes, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires féminins hauts en couleurs qui nous donnent une vision d’ensemble de la société parisienne, dans chaque classe sociale, ainsi que leurs rêves et aspirations.

Du côté des aristocrates, Mme D’Argenton s’étiole dans sa vie de confort aux côtés de son mari. Elle est dépressive depuis le décès de l’un de ses fils à la guerre et se passionne pour les spirites, seule solution pour revoir son fils défunt. A l’inverse, sa cousine Blanche, seule célibataire de la famille, passe pour une excentrique car elle aime se déguiser en domestique afin de visiter le marché des Halles. On devine par là qu’elle s’ennuie également dans sa classe sociale et qu’elle se soucie peu des convenances au profit de sa liberté de femme.

Chez les bourgeois, Mme Chassignol, la mère de Lucie, cherche à élever sa famille au rang des aristocrates. Son statut de femme mariée et aisée semble lui convenir. Elle accorde beaucoup d’importance aux apparences et souhaite marier sa fille à un homme bien né, dans la plus pure tradition de son siècle. Instruire ou élever Lucie ne l’intéresse pas, elle a laissé cela à la nourrice et la gouvernante de sa fille. Elle préfère réaliser des économies sur l’instruction de Lucie et plutôt lui offrir des robes qu’elle aura choisie pour attirer les prétendants. Elle est également charitable mais par pur intérêt : elle recueille sa cousine Marceline pour la faire travailler gratuitement comme gouvernante auprès de sa fille.

Du côté des domestiques et du peuple, les personnages sont un peu plus intéressants et très nombreux, comme si le confort ôtait toute vie trépidante ! Néanmoins, l’auteure décrit leurs rudes conditions de vie qui font parfois frémir, expliquant ainsi leur envie d’une autre avenir.

Dans la maison de Lucie, Annette la cuisinière se fait vieille et souhaiterait rentrer dans sa famille pour vivre sa retraite. Mais il lui est compliqué de partir quand elle est la seule à rester parmi les domestiques. Son aide de cuisine, Fanny, une jeune fille de 16 ans, aspire à autrechose qu’au ménage et les corvées de lessive. Maligne, prête à tout pour parvenir à ses fins, elle souhaite épouser un maraîcher repéré au marché des Halles et s’établir avec lui pour être maitresse de sa propre maison.

Charlotte, la tante de Séraphine, est une prostituée de bordel de luxe. Même si on dévoile peu ses activités, Marie Desplechin donne des détails historiquement justes à son sujet : Charlotte dispose d’un carnet où elle est signalée comme prostituée auprès de la police. Elle doit rembourser sa dette auprès de sa maquerelle pour pouvoir quitter cet emploi. Elle est obligée de s’habiller de façon voyante pour être identifiée comme prostituée, y compris quand elle sort du Bordel. Derrière ce métier nécessaire pour une fille de province sans fortune, Charlotte est généreuse, un peu frivole, têtue et surtout très pieuse. Son rêve est de se marier avec le peintre Raoul et d’élever une famille.

Marceline, la cousine et gouvernante de Lucie est une orpheline élevée par les religieuses suite au décès de ses parents. Elle est recueillie par sa cousinge, la mère de Lucie, pour devenir gouvernante alors qu’elle sort de l’enfance. C’est la plus intelligente de tous les personnages : ancienne bourgeoise abaissée au rang de domestique, elle se débrouille pour avoir du temps libre en menant Mme Chassignol et les autres domestiques par le bout du nez. Elle cherche à émanciper Lucie, lit beaucoup et fréquente des cercles socialistes. Son objectif est de quitter la famille Chassignol, sans pour autant s’enfermer dans un mariage, et de protéger Lucie de son avenir tout tracé de bourgeoise.

Bernadette, l’amie et voisine de Louise est une vieille femme qui cache un passé malheureux. Elle voit les fantômes et cela lui causé bien du tort. Elle adore cuisiner et travailler la terre. Ce sera le seul exemple de personnage à refuser d’évoluer socialement car elle ne se sent pas à l’aise dans la Haute-Société Parisienne et préfère le bonheur d’une vie simple.

Enfin, Mme Sponze est la couturière des bourgeois et des gens bien nés. Elle fait le lien entre les domestiques et les hautes classes sociales car elle fréquente les deux. On la retrouve dans les trois romans. C’est la mieux considérée des « domestiques » car elle dispose de son propre commerce. Pourtant, elle déteste ceux qui la font vivre alors qu’elle est très proche de leurs valeurs morales. A Lucie qui souhaite s’émanciper, elle lui rappelle qu’une jeune fille ne peut pas vivre sans la tutelle d’un homme si elle souhaite disposer de son propre argent.

On comprend à travers tout ces exemples que les seuls moyens pour les femmes de tracer leur propre chemin à la Belle-Epoque se résume à peu de possibilités : avoir de l’argent, se marier, fuir la France pour un autre pays, s’instruire ou faire fi des convenances. En somme, il faut beaucoup de courage et de travail si l’on n’a pas d’argent ni l’envie de se trouver un mari.

La Commune en filigramme

Dans chaque récit, Marie Desplechin associe des personnages ou des événements en lien avec la Commune de Paris. On en apprend ainsi un peu plus à la fois sur ce qui s’est passé du point de vue des communards, et aussi sur l’état d’esprit du peuple quelques années après.

Dans Séraphine, on découvre que le Sacré Coeur est construit pour « faire oublier » les atrocités commises pendant la Commune. Mais aussi que d’anciens communards ont été déportés au Bagne pendant 10 ans. On rencontre Louise Michel qui a participé à cette révolution et souhaite éduquer les jeunes filles pour les sortir de leur condition de femme. Et surtout, on touche du doigt l’émotion que suscite le souvenir de la Commune chez les anciens communards : une immense tristesse devant les victimes de cette révolution, la déception envers un système de classes qui n’a que peu bougé, l’espoir d’une nouvelle révolution qui améliorerait leur sort.

Dans La Capucine, on découvre que Jacques D’Argenton, l’ami de Lucie et surtout aristocrate, connaît la chanson communarde Dansons la Capucine, et qu’il adhère aux idées socialistes. Apostrophé au marché par des maraîchers parce qu’il chante la chanson alors qu’il n’est pas de la classe sociale qui a fait la révolution, il rétorquera qu’il en connaît l’auteur. On comprend par là que La Commune touche aussi d’autres classes que le peuple. Des années après, les idées que ce mouvement a généré ont perduré, intéressant même les aristocrates, plus empathiques vis à vis des autres. Par ailleurs, Jacques sort complètement des normes car il est homosexuel mais sans pour autant le revendiquer ouvertement.

Cette tendance trouve son apogée dans Satin Grenadine, avec Marceline, qui discrètement instille des idées socialistes et du féministes dans l’éducation de Lucie, en lui faisant réaliser les tâches des domestiques pour lui faire comprendre le quotidien de ceux qu’elle emploie. On rencontrera aussi un bourgeois (dont je taierai le nom pour éviter tout spoiler), qui adhère aux idées du peuple et va de café en café pour haranguer les foules et répandre les idées socialistes. Il finira par vivre en accord avec ses principes en épousant une fille du peuple et en sacrifiant son héritage pour construire une usine utopique où les ouvriers seront mieux traités et logés dans des conditions décentes. Sortir des convenances associées à sa classe sociale lui aura permis de faire progresser la société en quelque sorte.

D’une manière générale, les trois romans vous donneront envie de connaître La Commune, cette période de l’Histoire de France un peu sombre, mais nécessaire pour faire comprendre notre société actuelle. En tout cas, cela m’a personnellement donné envie de me replonger dans les livres d’Histoire !

Une ballade dans Paris à la fin XIXème siècle

La série nous fait littéralement replonger dans Paris à la Belle-Epoque avec une visite en règle de certains lieux phares, alimenté par de recherches historiques pointues de la part de l’auteure.

Ainsi, le marché des Halles est au cœur de La Capucine. On s’y rendra aussi dans Satin Grenadine, nous faisant découvrir son organisation, ses odeurs, par des descriptions très vivantes, dignes d’Emile Zola dans Le Ventre de Paris. On retracera le trajet des légumes et autres denrées qui arrivent au marché depuis les villages maraîchers autour de Paris avec Louise, qui se lève vers 3h du matin depuis Bobigny pour vendre sa production. On découvrira le coin des bouchers, son fumet atroce et la vente de verres de sang chaud censé revigorer les jeunes filles avec Jean Martin, l’ami de Fanny et de Jacques. On apprendra à marchander avec Louise, et comment les domestiques des grands maisons réalisent leurs commissions pour leurs maîtres. On ira manger dans une cantine autour des halles, fréquentée par des ouvriers socialistes.

L’autre lieu emblématique des romans est Montmartre pendant la construction du Sacré-Coeur dans Séraphine. Ici se côtoient une population pauvre qui vit dans des conditions sordides, des artistes-peintres, des cabarets où viennent s’encanailler les bourgeois, des ouvriers du chantier et surtout la plus grande communauté communarde de la ville. Ici, les rares commerçants ne sont pas charitables, mais c’est pour survivre et non pas par gaieté de coeur, comme Marthe et Eugène tenanciers d’un café où Séraphine ira trouver du travail. On rencontrera Raoul, un artiste peintre, qui réalise des peintures post-impressionnistes de prostituées et gens de la butte, dans un style proche de Edgar Degas. On verra aussi Jeanne, une couturière et ancienne communarde, qui coud nuit et jour pour survivre comme d’autres travailleurs pauvres,

Nous irons aussi à Bobigny, dans une ferme où vit et travaille Louise. Quand on regarde Bobigny de nos jours, complétement bétonné, on éprouve des difficultés à se l’imaginer village maraîcher avec des champs à perte de vue. Et pourtant, Bobigny à la Belle-Epoque est un village paysan fier d’alimenter Paris grâce à sa terre fertile tout comme les autres villages alentours. L’auteure laisse entrevoir leur avenir avec un projet d’industrialisation dans Satin Grenadine et l’abandon progressif du travail de la terre avec Antonin, le fils du propriétaire de la ferme qui préfère partir en Australie. Ici, on rencontrera Gaston, le père d’Antonin et maître de Louise, un paysan radin, avide d’argent et soucieux de son patrimoine avec les conséquences que cela implique pour les autres.

La ballade ne s’arrête pas là, mais elle sera plus brève dans d’autres lieux : les hôtels particuliers des bourgeois et aristocrates, le parc où se promènent leurs enfants, l’île de la Cité et Notre-Dame toujours debout, les cafés populaires de la Butte, les couvents, les péniches qui charrient du charbon pour la capitale via les canaux et la Seine. Un clin d’oeil à la mode des cercles de Spiritisme fréquentés par Alexandre Dumas fils et Mme D’Argenton sera aussi évoqué avec les escroqueries des tables-tournantes. Pour ceux qui aiment Paris à la Belle-Epoque, c’est un réel enchantement de se promener à travers ces trois histoires.

En conclusion : Marie Desplechin propose une série de romans jeunesse historiquement justes, qui vous fera voyager à la Belle Epoque dans le quotidien des différentes classes sociales parisiennes. Elle nous présente des héroïnes, proche des jeunes lecteurs comme des adultes, ainsi qu’une foule de personnages dignes d’une fresque sociale à la Emile Zola. Une belle leçon d’Histoire sur l’évolution de la société et de Paris, sous une plume agréable et avec des couvertures de roman dignes de tableaux de Monet.

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Contes et légendes du Paris des Merveilles, Pierre Pevel et d’autres auteurs, éditions Bragelonne

Lu dans le cadre du Projet Ombre pour mettre en avant le genre de la nouvelle, mais aussi dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk #1 en lien avec la magie et le steampunk, je me suis régalée avec ce recueil de nouvelles consacré à l’univers d’Ambremer créé par Pierre Pevel. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé du recueil : « Bienvenue dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre… et qui, désormais, n’appartient plus seulement à votre serviteur. Dans ce recueil, vous découvrirez six nouvelles situées dans le monde du Paris des Merveilles. Je suis l’auteur de deux d’entre elles, les quatre autres étant l’oeuvre de jeunes plumes – parfois débutantes mais toujours talentueuses – qui se sont approprié l’univers d’Isabel, Griffont et Azincourt pour, je l’espère, votre plus grand plaisir…  » Pierre Pevel

Mon avis sur le recueil :

Ce recueil est composé de 6 nouvelles autour de l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel. Il comprend deux nouvelles originales de l’auteur et 4 autres d’auteurs différents sélectionnés lors d’un appel à textes par l’éditeur Bragelonne. Même si les autres auteurs ont chacun leur style, on sent une grande cohérence dans ce recueil, comme si Pierre Pevel se cachait derrière eux. L’imagination de Catherine Loiseau, Sylvie Poulain, Benjamin Lupu et Bénédicte Vizier est prolifique : ils ont réussi à étendre l’univers d’Ambremer ou à développer des personnages déjà présents dans la trilogie originale. Ce recueil est un vrai petit bijou fait par des fans et pour des fans de Pierre Pevel.

Afin de mieux évoquer chaque nouvelle, je vais à chaque fois réaliser un petit résumé avant de donner mon avis. Comme il n’y en a que 6, ce sera plus simple que pour certains recueils.

Veni, Vidi, V… de Pierre Pevel ( Une aventure d’Isabel de Saint-Gil et Louis Denizart Hippolyte Griffont)

Résumé : Un soir d’orage magique, Isabel de Saint-Gil voit débarquer chez elle un félin ailé mécanique doué de vie mais en piteux état. Bien décidée à ne pas le laisser mourir et surtout intriguée par l’existence même du chat (ce type d’automate vivant n’existe pas à Ambremer), elle fait appel aux services de son cher mage Louis Griffont. L’aventure les mènera bien plus loin qu’on ne le pense…

Avis : Une nouvelle à l’intrigue bien menée où l’on retrouve l’éternel duo Saint-Gil/Griffont et le ton espiègle de l’auteur. Le mystère du chat ailé, invention fort steampunk, est passionnante à suivre. On notera au passage la rencontre avec un personnage historique important revisité façon charmeur, qui causera une petite crise de jalousie de la part de Griffont. Ainsi que la découverte d’un gnome-mage inventeur, créature inédite dans l’univers d’Ambremer.

L’urne de Râ, Catherine Loiseau

Résumé : Gabrielle Châtelet, jeune fille de bonne famille visite une exposition dédiée à l’Egypte Antique au musée du Louvre, accompagnée de sa famille et de sa gouvernante Suzanne Roc Peregrine de la Touche, quand dans une salle consacrée à des urnes funéraires, elle se fait agresser par un homme mystérieux. Suzanne intervient en utilisant son épingle à cheveux qui n’est autre qu’une baguette magique afin de protéger la jeune fille. C’est ainsi que Gabrielle découvre que sa gouvernante est une magicienne retirée du Cercle de Cyan suite à des déconvenues personnelles. Mais aussi que l’une des urnes égyptiennes de l’exposition est convoitée par l’homme et que des gardiens sont morts dans la salle où elle est entreposée. Gabrielle va embarquer Suzanne malgré ses protestations dans une enquête aux ramifications fort égyptiennes…

Avis : C’est la nouvelle que j’ai le moins aimé dans le recueil, à cause de son style et de quelques longueurs. Néanmoins, elle aborde des sujets importants que l’on retrouve dans l’univers de Pevel : le sexisme dont les femmes magiciennes sont victimes à l’intérieur de leur propre cercle de magie, le destin tout tracé des jeunes filles destinées au mariage, les mauvais côtés des cercles de magie en général. Une jolie histoire empreinte de féminisme qui flirte avec la mythologie égyptienne.

Les Révoltés d’Argecimes, Sylvie Poulain

Résumé : C’est le jour de l’inauguration d’une voie aérienne entre Paris et Ambremer. A cette occasion, une course d’aéronefs est organisée à Issy-Les-Moulineaux mais l’évènement tourne vite au drame. Elisabeth d’Arbois, magicienne du cercle de Cyan et aviatrice participant à la course, se voit plongée dans une enquête mêlant attentat terroriste et Histoire des guerres d’Ambremer contre les dragons.

Avis : C’est une nouvelle très intéressante à plusieurs points de vue que nous propose Sylvie Poulain. Elle aborde, comme Catherine Loiseau, le côté sexiste des cercles de mages parisiens, avec Elisabeth plus ou moins aidée dans son enquête car elle est une femme. Mais elle invente surtout une histoire autour des elfes d’Ambremer et pour certains leur exil chez les humains, dévoilant ainsi un pan de l’univers complètement inédit. Les thèmes du terrorisme et du racisme anti-êtres magiques et sa réciprocité anti-humain que l’on trouve dans l’oeuvre originale de Pevel sont aussi mis en avant. Elisabeth, comme Pevel nous fait voyager dans Paris de manière très juste, allant d’Issy à l’hôpital du Val de Grâce, pour finir aux Buttes de Montmartre. Une belle balade parisienne avec une fin touchante. C’est ma nouvelle préférée du recueil.

Les Portes de l’Outre-monde, Benjamin Lupu

Résumé : Louis Griffont est engagé par la compagne du sculpteur Rodin pour l’aider à sortir de sa folie créatrice. En effet, Rodin a décidé de reproduire une oeuvre détruite des années auparavant lors d’un attentat anti-magie : les portes de l’Outre-monde, censée sceller l’amitié entre Ambremer et les humains. En allant inspecter l’artiste et sa maison, le mage découvre plusieurs éléments perturbants : le sculpteur agit de manière bizarre et psychotique, l’ensemble de ses domestiques ont disparu, et surtout la plupart de ses sculptures semblent vivantes…

Avis : Cette nouvelle enquête va nous plonger dans une partie de l’univers jusque là peu étudiée : le Mouvement féériste. Benjamin Lupu nous dévoile une nouvelle manière de créer pour les artistes, en utilisant la magie, suite à l’arrivée d’Ambremer chez les humains. Malheureusement, cela ne sera pas sans conséquences : à nouveau, les cellules terroristes anti-magie sont abordées, et pire, cet art où tout semble vivant, sera conspué par une partie de la communauté artistique humaine. On retrouvera d’ailleurs Edmond Falissière, ambassadeur humain auprès de la cour d’Ambremer, reconverti en spécialiste d’Art féérique qui fera les frais de cette inimitié anti-magique. Un récit innovant vis à vis de l’oeuvre originale de Pevel qui étoffe davantage son univers.

Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin, Bénédicte Vizier

Résumé : Etienne Tiflaux, changelin (ou métamorphe), a quitté la police pour lancer son cabinet de détective, suite à ses déconvenues dans Le Royaume Immobile de Pierre Pevel. Il se voit confier une enquête qui pourrait bien lancer sa carrière : retrouver la fille disparue d’un magicien du cercle d’Or. Mais la tâche n’est pas facile d’autant que Sergej Lukowski lui cache bien des secrets. Une aventure qui mêlera magie, sciences et romance.

Avis : Bénédicte Vizier a eu le génie de faire évoluer un personnage déjà évoqué chez Pierre Pevel qui a décidé de devenir détective, sans que l’on en sache plus dans le Royaume Immobile. Pari réussi ! Le changelin, dont la famille a toujours été dans les arts du spectacle, a décidé d’utiliser ses talents de camouflage et son flair infaillible pour les mettre au service d’enquêtes privées. Ici, il sera question de la disparition de la fille d’un mage qui étudie les sciences à l’université (avec le progressisme que cela apporte vis à vis de la Belle-Epoque, et ses revers sexistes). Tiflaux fera face à la folie d’un personnage obsédé par la création d’une machine mêlant sciences et magie, et rencontrera une figure historique très connue. Une enquête aux ramifications surprenantes qui interroge les limites de la magie et de l’amour. (Je ne peux pas trop en dévoiler sans vous spoiler l’histoire).

Sous les ponts de Paris, Pierre Pevel

Résumé : Saviez-vous que sous chaque pont de Paris vivait un troll et que depuis longtemps, ils assuraient la solidité du pont en échange d’un droit de passage ? Dans cette histoire, le mage Griffont et la Baronne de Saint Gil joueront les conciliateurs auprès de l’ensemble des trolls des ponts de Paris pour que les humains comme les êtres magiques s’arrogent de leur quittance de passage qu’ils ont bien des difficultés à obtenir.

Avis : Cette nouvelle est tout simplement fabuleuse. On y retrouve le génie et l’imagination délirante de Pierre Pevel qui s’amuse à inventer des types de trolls en fonction de l’Histoire de chaque pont. Derrière, on sent un travail historique important, mais aussi l’envie d’ajouter une touche de féérie à notre quotidien. A l’issue de la réunion des trolls, les actions proposées par Isabel de Saint Gil seront hilarantes. J’ai passé un excellent moment avec cette histoire bourrée d’espièglerie, qui tacle au passage les services d’administration et les grèves parisiennes.

En conclusion : Une anthologie de nouvelles très bien menée qui nous dévoile un peu plus l’univers du Paris des Merveilles par des lecteurs assidus de la trilogie. Pierre Pevel comme les autres auteurs du recueil, a le don de nous apporter un peu de magie et de steampunk dans notre réalité quotidienne et cela fait du bien.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #26

Au sommaire de cette veille littéraire du net : un article qui interroge la republication d’un livre nazi, une série remake sur Arsène Lupin, une plateforme solidaire de vente, une opération pour mettre en valeur des petits éditeurs, un documentaire sur une aventurière du XXème siècle, un prix littéraire qui met en avant de petits éditeurs par des blogueurs, un challenge littéraire printanier et une chaîne Youtube spécialisée en Gangs parisiens de la Belle Epoque.

L’article du mois

Faut-il republier Mein Kampf ? C’est la question posée dans l’article d’Actualitté que j’ai lu l’autre jour, devant l’annonce des éditions Fayard qui publient cette année une version augmentée du livre d’origine avec son contexte historique destinée aux chercheurs et universitaires travaillant sur le totalitarisme.

Cette nouvelle publication enrichie servirait à mettre en garde les générations futures contre les dérives du nazisme et de toute politique basée sur la discrimination raciale, religieuse, etc… Il est publié à titre de document historique et pédagogique.

Le sujet pose polémique, vis à vis de la mémoire des victimes du nazisme ou par crainte d’attiser un regain néo-nazi à qui pourrait profiter cette publication.

Personnellement, je suis partisane d’éduquer les gens pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, et donc je vois un intérêt à cette nouvelle publication. Cependant, je reste perplexe quant aux motivations de Fayard qui publiait déjà une version de ce titre en 1938, supervisée par l’Allemagne nazie selon l’article d’Actualitté. Il lui sera également difficile d’écouler ses exemplaires sur Amazon qui a renforcé son interdiction de vente de livres sur le nazisme sur sa plateforme. Bref, restons optimistes…

La série du moment

Ce mois-ci, j’ai regardé la dernière série adaptée d’un roman (ou plutôt inspirée de) : Lupin, dans l’Ombre d’Arsène réalisée pour Netflix avec Omar Sy dans le rôle titre. J’en ressors un peu mitigée…

L’intrigue ressemble un peu à celle du Collier de la reine de Maurice Leblanc avec pour thème le vol d’un collier ayant appartenu à Marie-Antoinette, propriété des employeurs de la mère d’Arsène Lupin alors enfant. Si dans le livre, c’est sa mère qui est accusée de vol, et le jeune Arsène qui en est l’auteur, dans l’adaptation en série, il s’agit du père du héros, mais ni lui, ni son père ne sont à l’origine du larcin. L’affaire laisse le jeune garçon de 13 ans aux services sociaux alors que son père est mis en prison.

Derrière cette tragique histoire, on sent tout le racisme latent des employeurs petit-bourgeois, le manque d’assiduité de la police à résoudre l’affaire et l’injustice dans laquelle est plongée Assan jusque là heureux avec son père.

Le garçon devenu orphelin se trouve un modèle dans Arsène Lupin, livre fétiche offert par son père. Il l’aidera à grandir et à se forger une identité, pour le meilleur comme pour le pire. Assan est charmant, manipulateur, épris de justice, mais aussi voleur, arnaqueur, père lui-aussi à ses heures perdues et a des difficultés à garder les femmes qu’il rencontre.

L’intrigue est assez divertissante, les décors parisiens un peu clichés mais toutefois intéressants (nous irons au Louvre tout de même !) et la mise en valeur des petites gens plutôt importante.

En revanche, j’ai trouvé que le jeu d’acteur et la direction artistique manquaient de profondeur. Si tu as vu Omar Sy dans le film Intouchables, tu sais qu’il peut beaucoup mieux jouer. Dans Lupin, il semble toujours pressé de débiter sa réplique. Je dirais que l’action a été privilégiée au détriment du jeu des acteurs, même si ces derniers auraient été capables de faire le job si on en leur avait laissé le temps.

Dans l’ensemble la série est assez intense et l’intrigue digne d’un film de braquage, quoiqu’un peu cousue de fil blanc, avec de nombreuses références au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc. J’attends la deuxième partie de la saison avec impatience pour voir mes hypothèses confirmées sur la suite de l’histoire. 😉

Le challenge littéraire du moment

La version 2021 du PIF (=Printemps de l’Imaginaire Francophone) a été lancée il y a peu par la blogueuse Zahardonia du site Monde-fantasy.com sur son compte Instagram. C’est la sixième édition de ce challenge qui fait la promotion de la Littérature de l’Imaginaire écrite en Français, peu importe la nationalité de l’auteur(ice). L’idée est de défendre cette littérature et de combattre les préjugés qui l’accompagnent (ex : la meilleure littérature de Fantasy est anglosaxonne).

Le challenge se déroulera sur trois mois : du 1er mars au 1er juin avec 4 menus présentant chacun 4 sous-catégories. Seuls les ouvrages de fiction de la littérature de l’Imaginaire comptent : romans, nouvelles, bd, mangas, théâtre, albums… en Science-Fiction, Fantasy et Fantastique. Tu peux déterminer un palier de lecture en fonction de tes objectifs et partager tes avis lecture sur Instagram ou Facebook avec les Hashtag  #PrintempsImaginaireFR#ImaginaireFR. Si tu souhaites plus d’informations sur ce challenge, tu peux déjà trouver les menus ci-dessous sur le compte instragram de la blogueuse et lire son article détaillé sur son site internet.

L’initiative solidaire du mois

Emmaüs vient de lancer une plate-forme solidaire de vente dont le produit des ventes sera reversé sous forme de dons mais à des associations pour aider à l’insertion sociale, ou au développement de projets solidaires.

La plate-forme s’appelle Trëmma et est très simple d’utilisation : il suffit de mettre en vente comme sur Vinted l’article que tu souhaites donner avec photo et description. Elle est ensuite validée par un modérateur et apparaît sur le site Label Emmaüs, la plateforme de vente de l’association.

En somme, c’est une bonne façon de vider ses placards pour la bonne cause et de vendre (ou d’acheter) solidaire.

Pour retrouver les articles sur le site d’Emmaüs, coche la case Trëmma quand tu réalises une recherche ou que tu ouvres une rubrique de produits. Par contre, accroche toi bien pour les recherches de livres d’occasion au catalogue : c’est un peu compliqué ! Personnellement, je trouve le moteur de recherche de leur site désespérant…

La mobilisation du mois

Les blogueuses belges du site Recto-Verso remettent en marche leur projet « 1 week-end, 1 mise en avant, 1 mobilisation » afin de mettre en valeur de petites maisons d’édition et des auteurs parfois auto-édités face à la crise sanitaire.

Elles proposent chaque semaine des interviews en live et des chroniques littéraires, ciblées sur une maison d’édition à chaque fois, pour les faire découvrir à un vaste public et favoriser des ventes.

Pour février par exemple, ce sont les éditions Plume Blanche et Caravelle qui sont invitées, ainsi que les auteures Ielenna et Maud Cordier. C’est l’occasion d’élargir son horizon et de découvrir de nouveaux moyens d’augmenter ta PAL !

Tu trouveras plus d’informations sur leurs programmes mensuels sur leur page facebook.

Le Prix littéraire du moment

Vu sur le compte instagram de Lamousme et aussi sur un article d’actualitté, le Vleel ou « Varions Les Editions En Live » est un prix littéraire qui récompense des ouvrages issus de maisons d’éditions moins médiatisées via Instagram et Youtube.

Ce prix est l’aboutissement d’interviews réalisées depuis avril 2020 par le blogueur Anthony Lachegar, alias Serial Lecteur Nyctalope. Il a pour but de récompenser un auteur et une maison d’édition moins connus en faisant participer la blogosphère littéraire.

Le principe est simple : si tu as un compte instagram, tu peux voter jusqu’à Dimanche 7 février 21h, pour l’un des 10 auteurs et maisons finalistes présents dans la liste ci-dessous en utilisant le formulaire présent sur le site du Lecteur Nyctalope.

Si tu n’as pas lu les livres ou que tu ne connais pas les maisons d’édition présentées, pas de panique ! Tu peux retrouver les critiques des livres et présentations des éditeurs sur le site de Serial Lecteur Nyctalope et sa chaîne youtube pour te faire une idée.

Le documentaire du moment

Connais-tu Alexandra David Neel ? Il s’agit de la première femme a avoir voyagé jusqu’au Tibet et à avoir pénétré Lhassa, interdite aux occidentaux. C’était en 1924.

Orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra lyrique, féministe, journaliste, anarchiste, exploratrice, bouddhiste, écrivaine et franc-maçonne, elle a multiplié les casquettes mais toujours avec cette envie furieuse de voyager et de découvrir l’Orient qui a donné lieu à de nombreux livres de sa part.

Arte consacre un documentaire synthétique de 5 minutes, intitulé Une occidentale sur le toit du monde, qui retrace l’histoire de cette grande voyageuse qui souhaitait encore renouveler son passeport à 103 ans.

Une belle manière de découvrir son état d’esprit, complètement inconcevable pour une femme de son époque, et de se familiariser avec ses aventures. 😉

La chaîne youtube du moment

Je suis assez fan de la Belle-Epoque et de Paris en général, aussi, quand j’ai découvert la chaîne Gang de Paris, mon excitation était à son comble ! Dans des vidéos assez courtes, Jérémy te raconte des anecdotes autour des gangs qui ont régné sur Paris à la Belle-Epoque. Code vestimentaire, langage, mode de vie, tout y passe ! Les vidéos sont rythmées, les explications claires, le texte travaillé et documenté. Bref, un petit plaisir de 2 minutes dont je ne me lasse pas.

Si tu apprécies ses dessins, tu peux aussi commander des vêtements à l’effigie des Apaches et autres gangs sur son site internet 😉

Voilà, ma veille est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Crêpes et chocolat chaud,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #1 : Steampunk et magie.

Est-ce qu’on peut trouver dans la magie dans des romans steampunk ? Si oui, dans quelle mesure ? Ce sont les questions auxquelles j’ai tenté de répondre lors de mon live instagram du 31/01/2021 et dont voici la retranscription sous forme d’article avec les références des livres mentionnés. J’inaugure la première séance avec ce sujet pour vous faire découvrir cette littérature qui me passionne.

Quelques éléments initiaux de définition du Steampunk

Parce que je ne peux pas évoquer directement mon sujet du jour sans passer par quelques notions essentielles, voici un petit résumé ultra-succint qui sera étoffé au fil des épisodes, de la manière dont est né le Steampunk.

Afin d’étayer mon propos, je me suis basée sur deux livres : Le Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan aux éditions ActuSF, et La Bible Steampunk de Jeff Vandeermeer et S.J. Chambers, éditions Bragelonne. J’y reviendrai plus précisément dans un autre article autour des guides pour comprendre le steampunk.

Le terme Steampunk est né dans les années 1980 comme une blague, entre trois auteurs américains, en réaction au Cyberpunk alors très populaire à l’époque. Tim Powers, James Blaylock et K.W Jeters, jeunes écrivains et anciens étudiants en littérature victorienne, se retrouvaient souvent pour discuter littérature dans un restaurant et partager leurs écrits. Ils imaginaient un type de roman dont l’intrigue se déroulerait dans une Angleterre Victorienne avec une technologie avancée. Inspirés par les écrivains Jules Verne et H. G. Wells, ils inventèrent alors le mot « Steampunk » par hasard et par moquerie, et écrivirent les romans à l’origine du genre : Les voies d’Anubis pour Tim Powers, Morlock Night et Machines infernales pour K.W Jeter, et Homonculus pour James Blaylock.

Les romans steampunk qui forment le canon du genre ont quelques particularités bien ancrées :

  • Ce sont des uchronies : des univers qui proposent une histoire alternative à l’Histoire que nous connaissons. s’inspirent du nôtre mais avec un point de rupture et une évolution légèrement différents. Dans le cas du steampunk, le point de rupture être lié aux genres de l’imaginaire (magie, aliens, nouvelles énergies, zombies, autre dimension) sans chercher à les expliquer.
  • La dimension métatextuelle est forte : On peut y rencontrer des personnages historiques ou fictionnels dont l’histoire a été modifiée, ou qui jouent leur propre « rôle ». Le genre joue avec la littérature et l’on peut lire l’histoire sur plusieurs niveaux, pour peu que l’on connaisse les références citées.
  • L‘influence de Jules Verne et de H.G. Wells est très présente dans le récit avec les thématiques associées : le voyage imaginaire, le voyage dans le temps, la révolution industrielle, l’esthétique rétro-futuriste.

J’ajouterais quelques éléments personnels glanés tout au long de mes lectures, et en me basant sur les livres fondateurs du steampunk de Tim Powers, James Blaylock et K.W. Jeters :

  • L’action se déroule à l’époque Victorienne ou à la Belle Epoque, dans une grande capitale.
  • Certaines thématiques sont récurrentes : l‘automate, les sociétés secrètes, le spiritisme, la lutte contre les inégalités sociales.
  • Un côté décalé : Ne pas oublier le mot Punk dans Steampunk.
  • Une capacité à se mêler à plusieurs genres : Fantasy, Science-Fiction, policier, Bit-lit, romance…
  • Un côté caméléon : il se mélange aisément aux différentes cultures et pays pour créer des récits étonnants.
  • La vapeur comme principale source d’énergie des avancées technologiques. Dans Steampunk, il y a Steam aussi (= vapeur en anglais). Mais on peut trouver aussi l’éther, et des énergies inventées.

Quelle est la place de la magie dans le steampunk ?

La production actuelle mélange le côté magique au steampunk sur plusieurs plans et ce n’est pas anodin.

Dans Les Voies d’Anubis, Tim Powers évoque un voyage dans le temps qui dérape, des loups-garous, des sociétés secrètes, un culte égyptien magique, et des artefacts farfelus, le tout dans un Londres Victorien à la Dickens.

Ma théorie personnelle est que dans ce livre, il y a déjà des traces de magie : on parle d’un culte égyptien basé sur la sorcellerie présent en début et fin de livre. Il a un côté magique inexplicable qui tranche avec la technologie du voyage dans le temps.

Idem dans Homonculus de James Blaylock : on parlera de la quête d’un Homoncule, petit être magique né d’une racine et issu des expériences alchimiques. Or les alchimistes croisaient déjà sciences et magie et on retrouve l’homoncule dans d’autres récits plutôt de Fantasy, l’assimilant à un être magique.

Par ailleurs, et on le verra aisément dans les exemples cités, le Steampunk n’est pas un genre, mais plutôt un sous-genre ou une esthétique qui peut fusionner avec d’autres genres tels que la Fantasy, dans le cas de la magie.

Dans la production littéraire actuelle, on trouve des romans steampunk qui comportent de la magie de différentes manières : Mélange avec la Fantasy très visible, magie comme source d’énergie, termes tels que « Mécano-mage » ou « Techno-mage », opposition entre magie et science ou lien indéfectible, étude de la magie comme science… tout est possible.

Le mélange du steampunk et de la Féerie : Pierre Pevel et l’univers du Paris des Merveilles

Dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, (éditions Bragelonne), le décor est résolument steampunk : nous sommes à Paris à la Belle Epoque, mais une Belle-Epoque réinventée. Ici les fées côtoient les humains, certains humains sont des mages, et quelques machines fonctionnent grâce à la magie (ex : la pétulante, moto bricolée par le mage Griffont). L’auteur introduit ici un savant mélange de Fantasy et de Steampunk, avec une forte recherche historique sur la capitale qu’il connaît sur le bout des doigts.

L’intrigue : Dans un Paris 1900, Ambremer, le monde féérique rejoint la réalité humaine. Des elfes, fées, gnomes se promènent dans la capitale parmi les humains et même une station de métro permet de rejoindre Ambremer. Le mage Griffont est chargé d’enquêter sur un trafic d’objets magiques au sein de la capitale. Il se trouve mêlé à une affaire de meurtre malgré lui. Pour alliés, il peut compter sur Isabelle de Saint Gil, une fée connue de longue date pour ses cambriolages et Azincourt, un chat ailé qui a la capacité de lire des documents en s’endormant dessus. Cependant, cet assassinat aux ramures politiques va le mener beaucoup plus loin que ce qu’il peut penser…

Ce qu’on en retient : 

Il s’agit d’une intrigue policière avec pas mal de suspense et de rebondissements, avec au coeur, un complot politique, le tout en trois tomes : Le Paris des Merveilles, L’élixir d’Oubli et Le Royaume Immobile.

Le style de l’auteur est agréable : il utilise un langage soutenu qui s’adresse à vous sur le ton de la conversation avec un côté poétique et espiègle.

On nous présente un Paris de Titi parisien avec beaucoup de charme, ses bas-fonds comme ses haut-quartiers, et beaucoup de réalisme historique malgré l’habillage féérique parfois désopilant.

Le roman comporte deux personnages forts : Louis Griffont, mage du Cercle de Cyan et Isabel de saint Gil, Fée-espionne bannie par son peuple. Tous deux possèdent un caractère bien trempé et forment un duo parfait pour mener l’enquête, même s’ils ont des méthodes différentes. Là où Griffont est posé, méticuleux et aspire au confort, Isabel est sauvage, effrontée et adore vadrouiller. Leurs chamailleries incessantes sont sources d’amusement à chaque page.

Le fait que les fées et êtres magiques cohabitent soudainement avec les humains désoriente certains, ce qui occasionne du racisme anti-fées ou anti-humains et des cellules radicales dans les deux camps. Ce thème est récurrent dans toute la trilogie ainsi que le sexisme envers les femmes magiciennes dans les cercles de Mages de la Capitale.

Des clins d’oeils littéraires ou historiques sont nombreux : Les brigades du Tigre aident à l’enquête, de nombreux personnages de légende ou mythologiques font leur apparition (ex : La Vouivre).

Dans le même univers, il existe le recueil de nouvelles Contes et récits du Paris des merveilles, chez Bragelonne, avec deux nouvelles originales de l’auteur, et 4 nouvelles d’autres auteurs basés sur le style de Pevel.

La première nouvelle s’intitule Veni, Vidi, V. et a pour point de départ l’apparition d’un chat ailé mécanique chez la Baronne de Saint Gil qui emmène le duo Griffont-Saint Gil à enquêter sur l’origine de la création du félin qui semble doué de vie. On y retrouve la thématique de la magie comme source d’énergie pour des automates et un personnage d’inventeur très connu en fin de récit.

La cinquième nouvelle intitulée Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin par Bénédicte Vizier, nous fait réfléchir sur le même sujet avec une machine en lien avec Nicholas Tesla, qui aspire la magie d’êtres magiques pour la concentrer en un sérum censé transformer un humain en magicien.

Les autres nouvelles abordent tour à tour le sexisme dont font preuve les mages envers les magiciennes, même dans leur propre cercle, les tensions entre humains et créatures magiques ou nous proposent une balade très réaliste dans Paris à travers les histoires.

La Magie comme source d’énergie mécanique dans le roman steampunk: Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway

Le thème de l’objet mécanique à qui on insuffle la vie par la magie se retrouve dans un autre roman steampunk : Une étude en Soie, l’affaire Baskerville de Emma Jane Holloway (en deux tomes).

L’intrigue répond en tous points aux canons du roman steampunk avec une touche de romance : Nous sommes à Londres, à l’époque Victorienne dans une uchronie où les Barons de la Vapeur règnent en maître grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville. Ici, l’alliance entre la mécanique et la magie existe, mais reste dangereuse, et elle surtout réservée aux hommes. Or, Evelina, le personnage principal, adore créer des êtres mécaniques qu’elle fait vivre en leur insufflant de la magie. Au passage, c’est la nièce de Sherlock Holmes, personnage fictionnel bien connu…

L’intrigue : Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes est l’invitée de Lord Bancroft, un diplomate anglais, dans sa demeure Londonienne pour sa première Saison et présentation à la reine. Amie avec la fille de ce dernier, Imogen, elle est férue de mécanique et de magie, deux choses interdites, dangereuses et certainement peu convenables pour une jeune fille. Une nuit, alors qu’elle manque d’être surprise dans le grenier à bricoler, elle est le témoin de plusieurs faits étranges avant d’être mandatée par la bonne paniquée. Une des domestiques a été assassinée au rez-de-chaussée. Sur le corps, elle découvre plusieurs indices qui laissent à penser que le tueur était à l’intérieur de la maison. En parallèle, les Barons de la Vapeur règnent en maîtres sur Londres grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville et en confisquant métaux et nouvelles inventions. Le Baron Doré, plus ambitieux que les autres, cherche une nouvelle source d’énergie qu’il serait le seul à posséder : le coffret d’Athéna. Mais d’autres personnes sont à sa recherche, provoquant une vague de meurtres.

Ce qu’on en retient : 

Ici l’auteure nous propose une réflexion sur l’utilisation de la magie comme énergie pour faire vivre des automates ou des êtres mécaniques et ses conséquences en fonction de la magie utilisée. Si elle est blanche, ce sera sans danger. Si elle est noire, le terrain sera glissant… On peut y voir au passage une métaphore de l’utilisation du charbon comme source d’énergie et ses conséquences : source de progrès dans l’industrie et d’exploitation ouvrière dans des conditions désastreuses, à l’origine du brouillard londonien.

La magie est donc vue comme une forme d’énergie nouvelle, utile pour améliorer un système mécanique, mais aussi dangereuse car instable. Le fait qu’elle soit réservée aux hommes apporte un côté transgressif et féministe à l’histoire avec une héroïne qui souhaite l’égalité entre les sexes.

Au-delà du côté magique, l’auteure apporte également une réflexion sur les conséquences d’un monopole sur l’énergie par des sociétés privées, qu’il est assez intéressant de décrypter.

Côté intrigue, nous serons à nouveau dans le genre policier avec une enquête complexe aux ramifications diverses : meurtre, artefact magique, société secrère… On note un gros clin d’oeil à Sherlock Holmes comme personnage, et dans le complément de titre (= L’Affaire Baskerville), mais c’est sa nièce qui va résoudre l’enquête.

La romance sera présente aussi avec un triangle amoureux entre l’héroïne et deux jeunes hommes aux caractères et destins différents : un orphelin sans le sou qui vit dans un cirque et un jeune homme de bonne famille bien éduqué et féru de sciences. Emma Jane Holloway introduit ici une réflexion sur l’émancipation féminine à l’époque victorienne quand on est pauvre, et intelligente, et la difficulté d’être autonome à l’époque victorienne, à moins de se marier et d’avoir un mari féministe.

La magie comme sujet d’étude scientifique : La machine de Léandre, Alex Evans

L’univers d’Alex Evans mélange Fantasy et Steampunk en abordant la magie sous un angle scientifique.

Il se situe dans une Belle Epoque réinventée où la magie a existé, disparu, puis est revenue de manière incontrôlable. De ce fait, les hommes ont dû s’adapter pour vivre sans magie et une religion anti-magie a vu le jour.

Dans La Machine de Léandre, la magie est devenue un objet d’étude, avec des Professeurs qui l’étudient et on l’évoque sous le terme « Fluide ». Les rituels et formules s’apparentent à des recettes pour canaliser cette énergie. En dehors des sorcières, des Chamanes ont le don de magie, qui se paye par une sexualité débridée après utilisation, ou des accès de folie et la nécessité de repos.

De plus, le récit a pour élément central la création d’une machine à magie censée remplacer les hommes dans leurs tâches pénibles quotidiennes comme le travail d’usine. C’est une réflexion intéressante sur un univers uchronique où magie et science cohabitent pour le bien commun (ou sa perte), pour l’industrialisation et le progrès. Mais cette découverte a un prix énorme : l’ingrédient secret utilisé pour faire fonctionner la machine n’est pas à proprement parler éthique…

L’intrigue : Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n’aspire qu’à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu’il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s’intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant…

Ce qu’on en retient :

Le récit est un très bon divertissement grâce à une écriture fluide et un style léger et drôle. Il mélange romance, intrigue policière et sciences magiques, ainsi que des sujets comme l’immigration et la discrimination.

L’auteure met en avant un personnage féminin complexe et gaffeur, héroïne malgré elle et qui tente de faire sa place dans un monde dominé par les hommes. Constance est une réfugiée politique d’une région anti-magie, qui a fui avec sa famille pour un Bastion scientifique afin de se créer une nouvelle vie. Elle y est parvenue à force d’efforts et de détermination en devenant Professeure de Magie dans une université. Malgré une intégration réussie, elle souffre de racisme et de sexisme à l’université par ses pairs masculins et de solitude car elle a tout sacrifié à sa carrière. Il faut dire aussi que la jeune femme n’est pas très jolie et a une maturité émotionnelle très peu développée.

Son implication pour remplacer son collègue professeur dans ses travaux va la mêler à une expérience contre-nature, la rencontre avec un succube et surtout d’affreux criminels, chose dont elle a très peu l’habitude. Mais elle dispose d’une botte secrète qui va l’aider dans cette affaire : des pouvoirs magiques.

Quand magie et mécanique s’opposent : l’univers d’Engrenages et sortilèges d’Adrien Tomas

Pour finir, l’univers créé par Adrien Tomas dans Engrenages et Sortilèges (éditions Rageot), et Vaisseau d’Arcane (édition Mnémos), apporte un renouveau au thème de la magie et de la mécanique. 

Certes, l’univers se rapproche plus de la Fantasy que du Steampunk car nous n’évoluons pas à l’époque victorienne mais dans l’Empire de Mycée et la ville imaginaire de Celumbre où se côtoient humains, mages et créatures magiques à une époque plutôt indéfinie (Renaissance ? Moyen-Age ?).

Néanmoins, le steampunk y apparaît par touches en incluant une société où toute invention mécanique comme tout acte magique nécessite la même source d’énergie : l’Arcanium, afin de pouvoir fonctionner et évoluer rapidement. Le pétrole, le charbon, la vapeur ou l’électricité n’existent pas.

De ce fait, les mages (ou ésothériciens) et les ingénieurs sont en compétition vis à vis de cette énergie, ce qui ne va part sans heurts, ni sans conséquences politiques dans l’univers. De plus, par leur essence même, les deux notions s’affrontent : si la mécanique appartient au futur et au progrès, la magie est vue comme un élément du passé.

L’intrigue : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Ce qu’on en retient : 

C’est un roman jeunesse centré sur l’adolescence et ses questionnements, mais aussi une intrigue policière mêlant luttes de pouvoir, complot politique, discrimination sociale et raciale, des automates doués de conscience, et un questionnement autour la loyauté envers un système qui vous broie.

Côté politique, l’Empire de Mycée achète l’Arcanium à la Tovkie et la Xamorée car il ne dispose pas de ressources propres. L’impératrice de Mycée souhaite conserver les traditions en accordant des privilèges aux mages et en leur donnant le maximum d’Arcanium au détriment des ingénieurs. Cela va causer à la longue des tensions internes entre les deux castes, et externes vis à vis de l’approvisionnement, qui mènera à la guerre pour récupérer la ressource.

Si l’intrigue débute dans l’école de magie façon pensionnat Harry Potter, on s’en éloigne très vite pour atterrir dans les bas-fonds crasseux et pollués de Celumbre qui ressemblent un peu à ceux de Londres au XIXème siècle : entassement des plus pauvres, usines, absence de lumière, hygiène douteuses et rapines. A côté de l’opposition Mages/ Mécaniciens, les inégalités sont fortes entre les classes sociales avec un gouvernement dominé par une impératrice.

Engrenages et Sortilèges est un des premiers romans un peu steampunk à faire preuve de diversité raciale. Il nous présente une héroïne noire forte et intelligente, qui est discriminée pour ses origines, sa classe sociale et son statut. Grise alias Grisela Oolonga, vient d’un pays appelé la Xamorée où tout le monde est noir. Or, Celumbre est assimilée à une ville nordique où les habitants sont blonds à la peau pâle. Elle passe difficilement inaperçue et son rang d’élève ingénieur ne l’aide pas car les ingénieurs sont censés se soumettre aux élèves mages. Son père étant le Premier Ingénieur de l’Impératrice, elle bénéficie d’un statut privilégié, à l’inverse d’autres personnages qu’elle croisera dans les Rets. Ajoutons à cela qu’elle préfère bricoler plutôt que d’aspirer à des activités plus féminines, ce qui l’empêche de se faire des amis ou des amoureux.

On notera qu’à l’inverse de certains romans steampunk, le roman met en valeur les personnages féminins à égalité avec les hommes. La société est matriarcale avec une impératrice, les Rets sont gouvernés par l’Arachnide, une femme aussi et les élèves féminins dans l’école bénéficient des mêmes avantages que les élèves masculins. Seuls l’intelligence, la classe sociale, le métier, la couleur de peau sont des facteurs discriminants ou avantageux.

L’introduction d’automates doués de conscience est un autre élément steampunk que l’on retrouve souvent dans la définition de base du steampunk. Ici, nous sommes confrontés à un automate qui va connaître plusieurs vies : peut-être ancien Garde de la garde de cuivre, il s’affranchit de ses maîtres en développant une personnalité autonome et se met au service de la Reine des Rets (= bas-fonds de Celumbre) comme assassin et garde du corps. Il tire son énergie et sa conscience de la magie, utilisée comme énergie et qui habite son corps métallique. Par la suite, sa personnalité sera remplacée par celle d’un fantôme qui utilisera son corps. Il est le parfait exemple d’alliance entre la magie (comme énergie et sortilège lié au fantôme) et mécanique, Fantasy et Steampunk.

Dans le même univers, Vaisseau d’Arcane, roman destiné à un public adulte, aborde un autre pays évoqué dans Engrenages et sortilèges : Le Grimnark. Il s’agit d’un pays imaginaire qui s’est développé sans la magie, en misant sur les sciences et les technologies car les orages magiques étaient trop instables pour récupérer leur énergie. Afin de rattraper son retard vis à vis de ses voisins et pour asseoir sa position politique, son gouvernement a décidé d’utiliser des humains frappés par la foudre d’Arcane (la magie), afin de faire fonctionner sa technologie.

Les malheureux, amnésiques et proches de l’état d’attardés mentaux, sont exploités et arrachés à leurs familles pour « leur bien », sous couvert de devenir des pupilles de l’Etat. L’auteur nous fait réfléchir à la préservation d’une ressource et son importance pour une société, à n’importe quel prix.

Le roman débute avec Sofenna, une infirmière, voit son frère devenir un de ces frappés par la foudre, et décide de le soustraire à son destin. Elle pense que la personnalité de son frère est toujours présente et qu’il n’a pas été touché par hasard. Malheureusement pour elle, l’Etat a engagé un espion-assassin pour la retrouver, elle et son frère afin de les ramener à la capitale.

Que retenir du thème de la magie vis à vis de la définition du Steampunk ?

La Magie dans le roman steampunk peut prendre plusieurs formes, on l’aura vu :

  • Elle peut être associée à un univers et des êtres féériques et faire partie du décor.
  • Elle peut être une source d’énergie pour faire fonctionner des éléments mécaniques qui remplace les autres sources existantes comme la vapeur, l’électricité ou l’éther.
  • Elle peut être un objet d’étude scientifique.

Les récits Steampunk présentant de la magie ne sont pas toujours complètement steampunk. Il arrive qu’ils fusionnent plusieurs genres comme la Fantasy, le roman policier, la romance comme on l’aura vu dans les exemples précédents.

Il est possible aussi que le roman comporte des éléments steampunk comme un personnage, une invention, un décor, sans qu’on puisse le qualifier totalement de Steampunk.

De ce fait, la matière steampunk originale évoquée en préambule peut se trouver diluée et le néophyte ne pas comprendre pourquoi un récit qui lui semble steampunk ne l’est pas totalement.

C’est là tout le charme de cette littérature : elle peut s’adapter, fusionner avec d’autres genres, créer des univers totalement nouveaux qui n’ont pour limites que son imagination.

Publié dans On joue ?

Bilan anticipé du Ho Ho Ho Challenge 2020-2021

A un mois et une semaine avant la fin du Hohoho Challenge, j’ai décidé de l’arrêter pour me consacrer à mes projets 2021. Voici un petit bilan sur ce challenge atypique avec mes tops et mes flops, en espérant le recommencer l’an prochain.

Comment j’ai vécu le challenge

J’avais besoin d’évacuer une grosse pression entre le boulot et le blog pendant les fêtes de Noël. Réaliser une pause blog pendant 15 jours m’a redonné l’envie de lire sans avoir besoin de chroniquer chaque livre. Et j’ai vraiment beaucoup lu pendant ces 15 jours ! Dont des romances de Noël, un type de livre jusque là absent de ma PAL car je jugeais les histoires peu digne d’intérêt car pas assez sérieuses. J’ai revu ma copie par la suite (comme quoi, les préjugés…). En y réfléchissant, je pense que j’ai aussi le droit de m’accorder des lectures de divertissement au lieu de chercher des intrigues parfois lourdes. Et les romances de Noël, ce sont un peu comme des bonbons : parfois on a besoin de sucreries pour se remonter le moral !

Le mois de Décembre a été une course entre le boulot, les cadeaux de Noël et le blog. Je n’ai donc pas eu l’occasion de faire d’autres activités à part lire. De ce fait, je regrette de ne pas avoir participé aux missions associées au challenge, même si elles avaient l’air assez amusantes. Et puis, passé Noël, les réaliser n’avait plus de sens car elles tournaient beaucoup autour de cette fête. Pourtant, j’aurais beaucoup apprécié m’impliquer plus dans le challenge si j’avais eu plus de temps et d’énergie. Je pense recommencer l’aventure l’an prochain, au moins pour cela.

Passé janvier, comme j’avais des préparations à réaliser pour mon projet sur le Steampunk et que de nouveaux challenges pointaient le bout de leur nez, je me suis dépêchée de finir de lire ma PAL, afin de passer à autre chose, mais cela n’a pas été possible. Je n’étais plus motivée pour lire les livres restants et beaucoup plus encline à me lancer dans de nouvelles lectures hors PAL.

Avec le recul, je dirais que cela a été un très bon challenge, malgré quelques flops lecture. Je pense qu’il gagnerait en efficacité en se cantonnant au mois de décembre, car passé les fêtes, on n’est plus vraiment dans l’esprit de Noël, à l’inverse du Cold Winter Challenge (qui a l’Hiver comme connotation dans son titre). S’il était seulement engagé sur Décembre, la PAL serait plus réduite mais on s’amuserait plus autour des missions. Mais cet avis n’engage que moi…

Mes lectures favorites du challenge

Pour une fois, je n’ai pas souhaité faire un retour détaillé avec des articles très longs sur chacune de mes lectures car ce sont des lectures plaisir. Toutefois, c’est le cas pour certains livres dont le titre est souligné. Pour les autres, j’indique à chaque fois ce qui m’a plu dans le roman pour te donner un aperçu. 😉

L’année de Grâce, de Kim Liggett, éditions Casterman : un vrai coup de coeur et une lecture coup de poing ! A l’inverse de Félines de Stéphane Servant qui m’avait agacée par son côté fourre-tout d’idées diverses (génocide, féminisme, discriminations, épidémie, LGBTQI+, adolescence…), le roman de Kim Liggett aborde pratiquement les mêmes thèmes, épidémie en moins, mais de manière plus subtile, sur fond de dystopie. J’ai vraiment adoré ce livre pour les réflexions développe. Tu pourras retrouver mon avis complet en cliquant sur le titre.

La petite boulangerie du bout du monde de Jenny Colgan, éditions Prisma : Le tome 3 était dans ma PAL pour ce challenge, mais je n’avais pas lu les deux premiers tomes. J’ai donc lu l’ensemble de la trilogie et je n’ai pas été déçue. Jenny Colgan est une vraie amoureuse de la pâtisserie et de la Cornouailles. Elle met tout son cœur à nous faire aimer ses deux passions à travers l’histoire de Polly, une jeune anglaise qui cherche à se reconstruire après une déception amoureuse et qui décide d’habiter sur une île des Cornouailles. J’ai beaucoup apprécié le cheminement du personnage principal qui s’efforce de se trouver un nouveau travail, de nouveaux amis, une nouvelle maison, et qui ne baisse jamais les bras devant les difficultés. J’ai aimé l’accompagner dans son intégration dans la communauté atypique de l’île, découvrir des recettes qui donnent l’eau à la bouche, visiter sa maison balayée par les vents marins. J’ai adoré l’île de Mount Polbearne, son charme d’antan, ses habitants réfractaires à la modernité qui viendrait bouleverser la quiétude de leur quotidien. Au fil des trois tomes, l’entreprise de Polly grossit et s’étoffe et cela fait du bien au moral. Derrière son histoire, l’auteure introduit la recette du bonheur : faire ce que l’on aime, même si cela ne nous rend pas très riche. L’important étant de trouver sa place. Même si j’ai aimé les intrigues des trois tomes, je trouve celle du premier plus aboutie. Une lecture doudou que je recommande fortement en cas de blues et plus réussie que d’autres romans dans la veine Feel Good. 😉

Brexit Romance, Clémentine Beauvais, éditions J’ai lu : Je ne connaissais pas l’univers de Clémentine Beauvais mais j’en avais l’image d’une auteure pétillante dont j’admirais la vie : l’auteure est traductrice et enseignante-chercheuse à l’université de York en Angleterre, une ville que j’ai eu l’occasion de visiter par le passé. Elle tient également un blog sur l’écriture. Commencer l’œuvre littéraire de Clémentine avec Brexit Romance m’a semblé une évidence : on y parle de la France, de l’Angleterre et des clichés sur les différences culturelles. Sa plume mordante et son ton bourré d’humour et de fantaisie m’a particulièrement séduite. Les quiproquos associés aux différences linguistiques m’ont fait hurler de rire. Les réflexions sur le Brexit et ses conséquences, du point de vue anglais m’ont ouvert les yeux sur l’avenir de nos voisins d’Outre-Manche et surtout la jeune génération. On sent que l’auteure s’est efforcée de proposer un panel complet des réactions britanniques sur le sujet qui est très intéressant à lire. Si l’intrigue semble digne d’un marivaudage sur fond politique (une agence de mariages blancs franco-britanniques mené par une jeune britannique très orientée gauche), elle ne m’a pas tout à fait convaincue. La remise en question du mariage comme un arrangement entre pairs était intéressante, mais sa mise en œuvre dans l’histoire reste assez fantaisiste. J’ai détesté Justine, l’anglaise à l’origine du projet, pour sa tendance à la manipulation, Marguerite pour son côté jeune ingénue en crise d’ado, Pierre pour son penchant communiste exacerbé. La fin m’a semblée un peu convenue. Mais j’ai tout de même passé un bon moment de lecture car j’adore les romans qui parlent des différences culturelles et l’histoire reste assez drôle.

Noël et préjugés, la TeamRomCom, éditions Charleston : Il s’agit d’un recueil de 6 nouvelles- Romances de Noël par 6 auteures différentes, avec pour point commun le roman de Jane Austen dans chacune des histoires. L’ensemble a été très distrayant sans être pour autant un coup de coeur absolu. J’ai apprécié les cinq premières nouvelles, beaucoup moins la dernière intitulée Amour, tempête et Best-Seller, pour son style assez spécial et son personnage principal ultra-stressé qui m’a donné envie de faire une séance de méditation. Plusieurs sujets intéressants sont abordés et de manière positive : la grossophobie, la romance du point de vue masculin, le premier amour, le manque d’amour maternel, les apparences trompeuses, le manque de confiance en soi, l’agoraphobie. Je ferai un retour plus détaillé dans un prochain article car ce livre fait également partie de ma PAL spécial nouvelles pour le Projet Ombre.

Les flops du challenge

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de Pèlerinage, Haruki Murakami : J’admire beaucoup Haruki Murakami en tant qu’écrivain car c’est un coureur au long court, au sens propre comme au figuré : il met beaucoup de temps à écrire un livre et il pratique la course à pied. Son autobiographie, Profession Romancier, est une mine de conseils pour les écrivains débutants. J’avais lu auparavant la trilogie 1Q84 qui m’avait laissé une impression mitigée : l’envie de continuer à s’imprégner de l’atmosphère qui se dégage du livre après l’avoir terminé, mais aussi d’obtenir des réponses face à l’irruption d’évènements fantastiques sans queue ni tête. Avec L’incolore Tsukuru, j’ai retrouvé la même atmosphère cotonneuse, jonchée de descriptions parfois inutiles sur ce que font ou pas les personnages, des passages fantastiques dont on ne sait que faire, et surtout une fin ouverte où c’est au lecteur d’imaginer la suite. Quel était le message derrière ce livre ? A travers les péripéties du personnage principal qui cherche à retrouver ses amis d’enfance pour comprendre pourquoi ils l’ont rejeté il y a des années, j’ai cru discerner une sorte de morale : parfois on se fait de fausses idées sur l’opinion des autres envers soi. Avec Tsukuru, j’ai revu le personnage de Tengo de 1Q84, qui ne sait pas bien ce qu’il veut dans la vie à part quelques satisfactions matérielles simples, et qui essaie de se trouver une identité (mais bloque face à ce rejet d’adolescence). J’avoue que les différences culturelles entre la France et le Japon m’ont peut-être empêchée de comprendre le livre. J’ai l’impression que le rejet est une chose très exacerbée au Japon et que la difficulté d’intégration dans un système où faire comme les autres est la norme, doit être compliqué. Le sujet n’est donc pas très joyeux, il y a beaucoup de longueurs, mais ce sont les passages fantastiques qui m’ont le plus dérouté : parfois le personnage ne sait plus qui il est, et il lui semble plausible qu’il ait pu faire certaines choses dont il ne se souvient pas. Il y a également une scène de sexe issue d’un rêve du personnage principal, complètement ubuesque et dont j’ai eu du mal à trouver la place dans l’histoire. Bref, j’ai mené ma lecture jusqu’au bout, mais j’en suis ressortie abasourdie. Je ne suis pas sûre de retenter l’expérience…

Le diable danse à Bleeding Heart Square, Andrew Taylor : J’ai lâché ce livre au bout de 50-100 pages ! J’ai été attirée par la couverture et le résumé mystérieux, mais je me suis pas mal ennuyée. L’intrigue met beaucoup trop de temps à se mettre en place avec de nombreux personnages dont il faut retenir les noms. Le rythme est lent et on a envie parfois de réaliser des coupures tellement certains passages sont inutiles. L’enquête policière menée en même temps que la nouvelle vie de Lydia chez les pauvres, est plutôt lente à se mettre en place aussi. Et je n’ai pas accroché du tout au personnage principal malgré un début prometteur : une jeune épouse des beaux quartiers qui se fait battre part son mari et qui essaie de gagner son autonomie en habitant chez son père dans les bas quartiers, alors qu’elle n’a jamais travaillé. J’ai quand même lu les dernières pages pour connaître le meurtrier de la vieille dame disparue en début d’histoire et je pense que je n’aurais jamais deviné, tellement peu d’indices laissaient deviner son identité. Mise à part ces points négatifs, les seuls aspects positifs que j’en retiens sont une description assez précise et prenante de la vie des gens pauvres fin 1930 dans Londres et la montée du fascisme dont j’avais déjà eu un aperçu à travers la série TV Peaky Blinders. Mais cela ne m’a pas pour autant donné envie d’aller plus loin. Une très grosse déception.

Ceux que je n’ai pas lus

Comme je l’ai expliqué plus haut, je n’étais plus très motivée par la lecture de ces livres mais je compte les recaser dans d’autres challenges à venir. Par exemple, Y aura-t-il trop de neige à Noël ? sera parfait pour le Projet Ombre ou le prochain Hohoho challenge car c’est un recueil de nouvelles de Noël. Le tome 2 du Passageur d’Andoryss pourra coller au prochain Pumpkin Autumn Challenge car il évoque des fantômes. Je vais aussi parler du Manuel du Steampunk lors de ma Session de Mai de mon projet Steampunk consacrée aux guides et livres fondateurs du Steampunk. Bref, j’aurai l’occasion de les lire à un autre moment de l’année, tout n’est pas perdu 🙂

Mes résultats pour ce challenge

Sur les 12 livres que comprenait ce challenge, j’ai lu 5 livres + 2 livres hors PAL et j’ai abandonné une lecture. Je m’en tire avec une moyenne de 7 livres et demi ! Je pense faire mieux l’année prochaine avec plus de lectures doudous comme des romans feel Good ou des romances qui me semblent assez adaptées à ce challenge et la période qui l’accompagne. Je remercie les créatrices du projet, A book and a cup et Disorder Reef pour le mal qu’elles se sont données et j’espère qu’elles continueront l’année prochaine !

Publié dans Lectures, On joue ?

Parlons Steampunk ! Programme 2021

Comme annoncé dans mon bilan annuel 2020, cette année j’ai décidé de me consacrer à la littérature steampunk pour vous la faire découvrir, mais aussi parce que c’est un de mes péchés mignons (avec le fromage !). Voici donc le détail de mon projet et ce que cela va engendrer comme changements sur le blog.

Parlons Steampunk ! Kézako ?

Parlons Steampunk ! est un projet que j’ai mûri depuis bientôt deux ans, et qui consiste à faire découvrir la littérature steampunk aux néophytes et à tous ceux qui en lisent sans le savoir.

Il est compliqué de définir ce genre en seulement deux phrases. A part vous dire que l’on va parler d’Uchronie (= encore un terme à définir ! ) et que ça prend comme inspiration les romans Jules Verne ou la Ligue des Gentlemen extraordinaires, mais à notre époque, je suis encore éloignée de la vérité. Donc je me suis dit : Pourquoi ne pas découvrir avec vous, à travers plusieurs romans du genre, tout ce que recoupe cette littérature ?

Sur la base de 12 live Instagram sur ma page Instagram, je vais m’efforcer de vous proposer une définition, en vous présentant des romans associés à une thématique du steampunk, pour chaque live. Ces romans seront récents (dernières sorties) ou anciens, et surtout issus de ma bibliothèque personnelle.

Pourquoi 12 live seulement ? Parce qu’il y aura un live par mois, le dernier dimanche du mois, de 16h à 18h et que cela me semble un nombre assez correct pour aborder ce projet. Par ailleurs, c’est un projet pour lequel je ne souhaite consacrer qu’une année. Peut-être que je changerai d’avis par la suite, en fonction de vos retours.

Les live seront interactifs et vous aurez la possibilité de me poser des questions auxquelles je répondrai avec plaisir. Si vous n’êtes pas disponible le jour du live, il vous sera possible de le regarder en replay sur le Feed de mon compte Instragram, rubrique Vidéo IGTV.

Une semaine avant chaque Live, je transmettrai la liste des livres évoqués pendant le live ainsi qu’un rappel du thème. Cela vous permettra, si vous les avez lu, de donner votre avis ou de poser des questions plus précises.

Je ne pourrai pas parler de tous les livres steampunk qui existent, mais libre à vous de laisser en commentaire sur chaque live, les romans qui pourraient correspondre à la thématique choisie. Et vous constaterez que nous retrouverons des romans qui en englobent plusieurs.

Après chaque Live, j’essaierai de réaliser un article récapitulatif sur les livres qui auront été abordés ainsi que le thème du live, dans le but de poursuivre notre définition du Steampunk.

Quel est mon programme concernant ce projet ?

J’ai longtemps hésité avant de vous dévoiler mon programme complet car je souhaitais garder des surprises, mais finalement je me suis dit qu’il était plus judicieux de vous faire connaître les thèmes qui seront abordés. Si vous ne souhaitez pas en suivre certains, au moins vous saurez quand ils auront lieu.

Cependant, je me réserve le droit de modifier l’ordre des thèmes si je n’ai pas le temps de le préparer à temps, parce que, soyons honnête, j’ai tendance à avoir une organisation bordélique malgré les apparences…

Dans ce cas de figure, pas de panique ! Je diffuserai une communication de rappel une semaine avant le Live sur la thématique abordée, avec les livres concernés.

Voici les thématiques que je vais utiliser dans notre quête de définition du steampunk :

  • Janvier : Steampunk et Magie
  • Février : le Roman policier Steampunk
  • Mars : La figure de l’automate
  • Avril : Engins mécaniques et nouvelle énergie
  • Mai : Les Livres fondateurs du steampunk et guides
  • Juin : Le steampunk au féminin (France vs pays anglophones)
  • Juillet : Anthologies de nouvelles steampunk
  • Août : BD, comics et mangas Steampunk
  • Septembre : La production jeunesse et Young Adult steampunk
  • Octobre : zombies, loup-garous et vampires dans le steampunk
  • Novembre : Beaux livres, DIY et romans photos
  • Décembre : A la croisée des genres, ces livres presque steampunk.

Est-ce qu’il va y avoir des changements sur le blog à cause de ce projet ?

Ce projet va remettre un peu en question ma programmation d’articles habituelles, mais ce n’est pas la cause principale. Depuis début janvier, je peine à maintenir un rythme de publication régulier car je cumule la fatigue du travail et la fatigue hivernale. Il était temps de trouver un nouveau rythme. J’ai donc décidé de réduire mes publications.

En 2020, je publiais sur le blog un article chaque mercredi et dimanche, ainsi qu’un samedi une semaine sur deux pour ma Veille littéraire du Net. C’était bien, mais un peu beaucoup et je n’avais pas beaucoup de vie sociale.

En 2021, je publierai un article sur le blog chaque dimanche, ainsi qu’un article de Veille littéraire du Net le premier samedi du mois (au lieu de deux par mois). En effet, j’ai remarqué que j’ai moins de choses à vous faire découvrir et je ne souhaite pas me forcer à chercher des trucs juste pour remplir un article. Cela n’a pas de sens. Par ailleurs, je réaliserai un live le dernier dimanche par mois sur Instagram pour le projet Parlons Steampunk ! Et cela me semble déjà par mal.

Pour moi, ce blog doit rester un plaisir. C’est quelque chose que je martèle depuis le début. Je préfère réduire mes publications plutôt que de me dégoûter d’écrire. Sinon à quoi bon ?

Voilà pour l’explication de mon projet et la petite mise au point de début d’année. J’espère que vous serez nombreux à me suivre. Si mes live fonctionnent bien, j’envisagerai peut-être des interview d’auteurs pendant l’année, mais je ne manquerai pas de vous tenir au courant. 😉

Vapeur et Cuivre,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’année de grâce, Kim Liggett, éditions Casterman

J’étais impatiente de lire ce roman dont je n’ai vu que des bonnes critiques depuis sa sortie, et je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt : je tiens mon coup de coeur de l’année 2021 ! Si vous appréciez les récits dystopies féministes avec une pointe de fantastique, ce livre est fait pour vous !

Résumé : « Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. » Un an d’exil en forêt. Un an d’épreuves. On ne revient pas indemne de l’année de grâce. Si on en revient.

Mon avis :

Comme le livre s’y prête, j’ai abordé certains sujets qui contiennent des spoilers en fin de chronique, après la conclusion. Ainsi si vous ne souhaitez pas les lire, vous ne tomberez pas dessus par hasard. 😉

Une dystopie centrée sur le féminisme

Dans le village de Tierney, notre héroïne, les femmes sont soumises aux hommes. Elles n’ont aucun droit, même pas celui de rêver, et les hommes décident de leur sort : devenir des épouses, des travailleuses, des prostituées. Toutes apprennent très tôt à cacher leurs émotions pour ne pas trahir leur désaccord avec les lois en vigueur dans cette société. Toute rébellion renvoie à un acte d’impiété et la coupable est aussitôt exécutée par pendaison ou bûcher.

Les hommes ont la conviction que leurs femmes possèdent une forme de magie qui les rend très fortes. Pour les purger de cette magie et les transformer en épouses, ou travailleuses convenables, elles sont envoyées à l’adolescence pendant une année dans la forêt dans un camp où elles vivront en autonomie. Aucune femme ne parle de l’année de Grâce quand elle en revient. Et certaines n’en reviennent pas…

Dans ces circonstances, on pourrait penser qu’une solidarité féminine s’organise, d’autant plus que les femmes sont supérieures en nombre au village. Mais il n’en est rien. Au contraire, le jour de l’année de Grâce sont choisies celles qui deviendront les futurs épouses à leur retour. Et avec peu de maris disponibles, elles ont tendances à user de stratagèmes pour être les heureuses élues. Encore qu’être épouse signifie engendrer des fils et certaines seront répudiées ou tuées pour ne pas avoir failli à leur devoir, ou parce qu’elles n’ont pas éliminé leur magie…

Dès le départ, l’auteure nous entraîne dans une intrigue qui nous rappelle d’autres romans centrés sur l’oppression féminine.

Le premier livre qui vient à l’esprit est bien évidemment La servante écarlate de Margaret Atwood pour le rôle attribué aux femmes dans la communauté et la manière dont elles vivent leur féminité : dans des croyances religieuses qui les détournent d’elles-mêmes.

J’ai également perçu un rapprochement de ce livre avec l’histoire des sorcières de Salem, assassinées si elles s’écartaient des lois patriarcales du village ou si elles devenaient gênantes pour leurs maris sous couvert de « pouvoirs magiques ».

Pour finir, et malgré une intrigue différente, j’ai retrouvé l’ambiance du film Le Village du réalisateur Night Shyamalan pour sa ressemblance avec ce village autonome et étouffant, où les croyances liées à des êtres fantastiques sont très présentes et soudent l’organisation de la communauté.

L’année de Grâce : Hunger games ?

C’est à travers les yeux de Tierney, l’héroïne, que nous allons vivre cette année effroyable au sein de ce camp étrange qui a vu passer des milliers de jeunes filles avant elles, totalement livrées à elles-mêmes.

Dès le départ, Tierney a plusieurs avantages qui vont lui porter préjudice au sein de sa « promotion » d’année de Grâce : elle est lucide sur l’organisation dans laquelle elles vivent, reste dubitative quant à la présence réelle de la magie et surtout n’a jamais embrassé sa condition de fille, toujours éprise de liberté et d’égalité face aux hommes. Elle connaît également un peu de médecine grâce à son père et ne sait pas cacher ses émotions. Sa personnalité entière et son envie d’aider les autres va peu à peu l’exclure du groupe, ainsi qu’un incident survenu avant leur entrée dans le camp.

Dès lors, tout ce qu’elle va tenter d’entreprendre pour aider à la survie de l’ensemble du groupe va être mal perçu et elle va s’attirer la haine de Kiersten, la fille populaire (et peste) du village, ce qui ne va pas favoriser des alliances.

Or, survivre quand on est seul dans un milieu hostile va s’avérer très difficile. Il lui faudra toute sa force mentale et l’aide parfois inattendue de ses sœurs, ou d’autres personnes bienveillantes pour y parvenir. D’autant que les filles précédentes ne leur ont pas non plus fait de cadeaux en partant et qu’en dehors du camp, il n’y a que la forêt et ses braconniers assassins.

Avec cette Année de Grâce, c’est tout le processus de survie qui est mis en lumière au sein d’un groupe. L’auteure explique très bien comment se dessine un leader, parfois peu avisé, et l’effet de groupe qu’il peut entraîner, en utilisant la peur et une doctrine religieuse. Elle montre les conséquences du rejet chez les membres exclus, ou encore la peur de ne pas réussir qui peut entraîner la mort.

Elle nous donne à voir surtout à quel point certaines filles sont obsédées par l’idée de reproduire le seul fonctionnement qu’elles connaissent : les règles du village, au lieu de profiter du moment de liberté qui leur est offert. Cela donnera lieu à des créations atroces comme un autel de pénitence sur lequel seront accrochés les doigts et membres coupés des filles qui auront été impies.

La course à la découverte de sa magie deviendra alors obsédante et quiconque remettra son existence en question sera écrasé par le groupe, ou pire, livré aux braconniers en dehors du camps pour être découpée en morceaux.

Magie ou fantasme ?

Dès le départ, on ne sait pas si la magie est vraiment présente dans ce village. Si la plupart des jeunes filles en sont convaincues, Tierney doute…jusqu’à ce qu’elles arrivent au camp et que toutes voient leurs yeux devenir complètement noirs avec le temps et percevoir la réalité de manière étrange.

D’autres faits étayent la réalité magique : les rêves étranges et réalistes que fait Tiernen, le squelette en haut de la crète qui change de position à chacune de ses visites, les bruits étranges que toutes perçoivent la nuit sans en déterminer la cause…

Il faudra une révélation décisive sur le sujet pour découvrir la vérité. En attendant, nous serons toujours dans le doute et nous vivrons l’histoire avec les mêmes craintes que les jeunes filles…

Si l’on considère la magie comme une métaphore de la libération féminine, on peut envisager que Kim Liggett nous explique les manigances réelles des hommes du village pour dompter leurs futures femmes. Quoi de mieux que les broyer à l’adolescence, l’âge où l’on se rebelle, afin qu’elles soient dociles à leur retour avec cette année en autonomie dans la forêt ? Le village sera alors perçu comme la seule échappatoire possible et les enfermera un peu plus dans un dogme qu’elles seront encore plus enclines à appliquer. Et aucune ne souhaitera s’évader d’une prison qu’elles auront choisi d’habiter…

En conclusion : L’année de Grâce est un roman coup de poing dont on ne sort pas indemne. C’est une ode au féminisme et à l’adolescence qui, malgré un récit jonché d’épreuves pour l’héroïne, nous apporte un beau message d’espoir. Un vrai coup au coeur !

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Partie Spoilers : Derrière l’horreur, l’espoir

Dans la seconde partie du récit, Tierney va faire la rencontre de Ryker le braconnier et découvrir une partie encore plus sombre de la vérité : les braconniers sont payés par les hommes du village pour réduire le nombre des jeunes filles de l’année de Grâce, car le village comporte trop de femmes. Leurs corps sont ensuite écorchés et découpés pour servir d’élixirs aux hommes du village.

Pour certains braconniers la tâche est facile car ils sont dans la superstition et restent persuadés que les jeunes filles ont des pouvoirs. Pour d’autres, c’est l’inverse, mais ils n’ont pas le choix : sans argent, ils ne peuvent pas nourrir leurs familles et meurent de faim. Ils doivent donc tuer pour survivre.

Ryker va devenir l’exception qui confirme la règle et envisager une vie différente avec Tierney en la soignant et en refusant de la tuer. Mais l’espoir sera de courte durée. Le retour au village sera difficile pour la jeune fille car elle devra à la fois supporter la perte de son amant, sa liberté et affronter son futur mari alors qu’elle est enceinte d’un autre.

La chance fera qu’elle tombera sur un mari bon et intelligent, futur chef du village, et désireux de changer les choses. En retournant les règles du village pour sauver sa femme, Mickaël lancera un élan de solidarité entre la promotion d’année de Grâce de Tierney.

Ajouté au travail de Tierney pour ouvrir les yeux de ses consœurs sur leur condition, la naissance de sa fille, et la résistance secrète menée par certaines femmes du village, le roman apporte une lueur d’espoir au destin de toutes ces jeunes filles qui contrebalance les horreurs vécues dans la première partie.

Par ailleurs, on reste dans le flou concernant la magie : on devine que Tierney a rêvé de sa fille qui porte cette tache de naissance et de cette résistance de manière prémonitoire, depuis le début de sa vie…

La fin du roman est en demi-teinte : si Grâce représente l’espoir des futures générations envoyées au camp pour « purger leur magie », Tierney ne verra pas sa fille grandir car elle semble succomber des suites de son accouchement. Le rêve qu’elle fait de Ryker est assez éloquent. J’ai trouvé cela à la fois triste et beau, voire presque prévisible. Tierney aura planté la graine pour que sa fille puisse la faire éclore…

Publié dans Questions existentielles

La Bibliothérapie ou prendre soin de soi par les livres

Pour moi, 2020 a été marquée par une envie de réconfort et d’évasion face à la crise sanitaire. Les livres ont été mes meilleurs amis, m’ont aidé à garder le moral. Quoi de mieux que de prendre soin de soi par les livres ? En fait, l’idée existe déjà : cela s’appelle la Bibliothérapie. Mais qu’est-ce que cette thérapie ?Pourquoi n’est-elle pas plus connue ? En quoi consiste-t-elle ? Est-ce un remède de charlatan ou une véritable thérapie ? J’ai réalisé quelques recherches sur le sujet dont en voici les résultats…

Qu’est ce que la Bibliothérapie ?

Dans un article de la Revue Hypothèses publié en 2015 par Léa Guidi (en lien avec l’Université d’Aix- Marseille), on trouve la définition suivante : « il s’agit de l’utilisation du livre comme outil de soin. Plus précisément, la lecture thérapeutique serait source d’apaisement des troubles de la santé mentale (à savoir troubles anxieux, troubles de l’humeur, angoisses, épisodes dépressifs, phobies, troubles du sommeil…) ou de renforcement du bien-être psychologique. »

Léa Guidi se base elle-même sur la définition proposée par le Docteur Pierre-André Bonnet qui a réalisé une thèse universitaire en 2009 pour l’Université de Marseille sur le thème de la Bibliothérapie en Médecine Générale. Le Docteur Bonnet choisit de définir cette thérapie par les livres ainsi : « la bibliothérapie correspond à la lecture motivée par une personne ou un tiers, d’un support écrit dont la finalité est une amélioration de la santé mentale, soit par la diminution de la souffrance psychologique, soit
par le renforcement du bien-être psychologique. »

Il distingue trois types d’ouvrages pour réaliser un traitement : les romans, poésies, biographies qui constituent un répertoire classique (ex : L’Alchimiste de Paulo Coehlo), les ouvrages médicaux pour comprendre et se renseigner sur son mal-être, et les livres de développement personnel ou self-help books pour résoudre un problème soi-même.

Si le terme a été inventé au XXème siècle, l’idée de soigner l’esprit était déjà présente chez les philosophes grecs comme Epictète et a donné lieu à des expériences médicales lors de la Première Guerre Mondiale chez les soldats blessés au combat afin de réduire leur anxiété ou syndromes post-traumatiques. D’autres expériences médicales américaines ont été réalisées à partir des années 1960 dans des bibliothèques d’hôpitaux, élargissant le sujet aux patients dépressifs, atteints d’une pathologie liée une addiction, ou encore aux personnes âgées et aux enfants.

A la fin du XIXème siècle, Marcel Proust a consacré un essai intitulé Sur la lecture, sur le bibliothérapie. Il évoquait lui aussi l’idée d’utiliser la lecture à titre thérapeutique pour les « personnes neurasthéniques », autrement dit dépressives. Lire redonnerait le goût à la vie, permettrait au patient de sortir de son état d’enlisement intérieur dans lequel il se serait progressivement enfermé.

Face à cette définition un brin médicale, j’ajouterais que c’est une pratique plutôt intuitive de mon côté que j’ai souvent mené de manière consciente ou inconsciente et dont vous avez peut-être déjà fait l’expérience : piocher le bon livre adapté à l’état d’esprit du moment, en cas de déprime passagère, en flânant dans les rayons d’une bibliothèque ou d’une librairie, mon cerveau accrochant à un titre, qui sans raison apparente, pourrait résoudre mon problème.

Charlatanisme ou réelle thérapie ?

Quand j’ai commencé mes recherches pour cet article, je vous avoue que j’étais un peu sceptique sur le bien-fondé de cette thérapie. J’ai d’ailleurs mieux compris par la suite en lisant divers travaux, en quoi elle manquait de sérieux aux yeux de tous.

Le problème principal de la Bibliothérapie est qu’elle n’est pas vraiment reconnue en France. Il n’existe pas réellement de formation médicale sérieuse sur le sujet. A l’inverse, les pays anglo-saxons ont exploité le filon en s’orientant énormément vers les livres de développement personnel pour accompagner les patients dans les thérapies associées à troubles psychologiques. Mais si les essais sont nombreux depuis 1914, les méthodes sont difficiles à prouver et à reproduire, et les résultats bien minces.

Par ailleurs, la Bibliothérapie manque de crédibilité : soigner par les livres est vu comme une énième thérapie artistique de médecine douce qui n’a d’autre but que d’apporter une solution fragile et d’apparence placebo. Même les médecins ne la conseillent pas par peur de donner une mauvaise image, excepté en accompagnement d’un traitement médical, et encore… Le Docteur Bonnet l’évoque d’ailleurs dans sa thèse.

En France, une seule formation à la Bibliothérapie existe. Elle est réalisée par la romancière Régine Détambel à Montpellier et est associée à une démarche créative d’écriture et de lecture à voix haute. Elle est appelée « Bibliocréativité » et a pour but, selon les propos de l’auteure d’ouvrir chacun à sa propre créativité à travers la littérature. Dans les diverses interviews qu’elle a accordées et relayées sur son site de formation, l’auteure explique que son approche délaisse les livres de développement personnels au profit des romans, de la poésie. Le thème du livre, des émotions qu’il apporte et la sonorité du langage sont des aspects essentiels de sa thérapie, ainsi que la lecture en groupe.

Vers un bibliothécaire thérapeute ?

Personnellement, je trouve très intéressant l’idée que l’on puisse intégrer cet aspect « thérapeutique », de prescription de lecture dans le cadre du travail de bibliothécaire (ou de libraire).

Imaginez : vous êtes déprimé pour une raison quelconque (peine de coeur, décès d’un être cher, accident) et au lieu de prendre des médicaments assez costauds pour dormir ou être moins déprimé, vous allez voir votre bibliothécaire qui va vous conseiller un livre pour vous remonter le moral. Ce serait vraiment bien ! Cela impliquerait bien sûr que votre professionnel du livre dispose de connaissances suffisantes pour trouver le livre qui réponde à votre besoin, et détermine votre profil de lecteur. Mais ce n’est pas impossible.

Cela apporterait également de la valeur au travail des bibliothécaires en général et surtout ceux présents dans les hôpitaux et dont le travail consiste souvent en réalité à ranger les livres de la bibliothèque hospitalière. Un travail conjoint entre médecin et bibliothécaire concernant une prescription de lecture apporterait un meilleur soin aux patients et une spécialisation au bibliothécaire.

Une conservatrice de Bibliothèque, Françoise Alptuna s’est intéressée au sujet dans un mémoire de thèse intitulé Projet de médiathèque en hôpital psychiatrique. L’exemple du Centre hospitalier spécialisé de Maison-Blanche dans le cadre de son Master à l’ENSSIB en 1993. Elle résume en partie son mémoire dans un article dédié à la Bibliothérapie sur le site de l’ENSSIB et intitulé sobrement : Qu’est ce que la bibliothérapie ? Dans cet article, elle évoque le travail possible et positif des bibliothécaires à titre thérapeutique auprès de publics en difficultés (personnes âgées, enfants à problèmes, handicapés), de personnes en réinsertion suite à un problème d’addiction ou encore de publics incarcérés dans le cadre de certaines études. Mais appliquer ce travail de manière quotidienne dans des hôpitaux (psychiatriques) nécessiterait pour les bibliothécaires une formation en matière de santé, chose actuellement inexistante.

En effet, même si la formation de Régine Détambel pourrait convenir à un bibliothécaire dans sa pratique quotidienne de bibliothèque auprès de ses lecteurs pour apporter du soutien et du réconfort, elle n’apporte pas cependant l’éclairage médical nécessaire pour comprendre les pathologies des patients.

Par ailleurs, la majorité des bibliothèques hospitalières sont constituées de bénévoles. C’est dire le peu de place apporté à la culture en tant que soin dans les milieux hospitaliers, à moins d’un partenariat local avec une bibliothèque.

Quelques idées de lecture pour aller plus loin

A défaut de vous proposer un panel de livres de Développement personnel, j’ai préféré me concentrer sur le répertoire classique, comme dirait le Dr Bonnet, avec quelques livres pratiques et récents sur la bibliothérapie proposant des prescriptions de lecture. Je vous en proposerai deux :

Tout d’abord, Remèdes littéraires, Se soigner par les livres de Ella Berthoud et Susan Elderkin publié aux éditions JC-Lattès, aborde sous forme de dictionnaire thématique, des propositions de lecture en fonction de mots-clés. Il est agrémenté d’encarts amusants sur les « maladies de la lecture » comme avoir peur de finir son livre ou être rebuté par le battage médiatique d’un livre. Il comporte aussi des Top 10 thématiques de livres comme les livres à lire quand on a un rhume, quand on a 80 ans, en cas de rupture, pour soigner les xénophobes. Le petit bémol de l’ouvrage est qu’il renvoie souvent à des romans de littérature étrangère souvent difficile d’accès, mais il est idéal si l’on souhaite picorer des idées au hasard des mots et se dénicher de nouvelles lectures.

Ensuite, l’ouvrage Bibliothérapie, 500 livres qui réenchantent la vie, des blogueuses Héloïse Goy et Tatiana Lenté du site Peanut Booker, chez Hachette. On y trouve 15 thématiques de lecture avec à chaque fois une quarantaine de titres, soit détaillés sous forme de récits, soit proposés en format marque-page ou plus brièvement en post it. Chaque chapitre commence par un appel imaginaire à un Docteur Livre imaginaire présent pour soigner le mal. Il s’ensuit un dialogue sur une lecture entre les deux auteures sur la page suivante, proche d’un blabla de magazine féminin parisien. En fin d’ouvrage, on trouve une compilation de l’émission Playlivre de Canal+ (si j’ai bien compris), qui détaille les livres favoris de personnalités littéraires, politiques en fonction de certaines situations. Si le livre a le mérite d’être beau, j’ai nettement préféré le site Peanut Booker dont il est issu, car les thématiques sont plus vastes sur le site et les fiches lecture plus développées. On y retrouve l’esprit des deux auteures : un peu impertinent, de génération Millénial, avec un vocabulaire adapté à la tranche 20-25 ans. Néanmoins, l’ouvrage est une bonne mise en bouche pour le site, les thématiques proposées sont intéressantes (Rire aux éclats, Apprendre à vivre de mes blessures, stimuler ma libido…) et l’onglet concernant les personnalités apporte un petit plus.

Si vous souhaitez une approche plus médicale sur le sujet de la Bibliothérapie, l’Association francophone de Bibliothérapie propose une bibliographie des thèses développées sur le sujet ces dernières années sur sa page facebook. Je vous renvoie également à l’article de Léa Guidi que j’ai cité au tout début, car il est très bien construit et nettement plus détaillé que le mien.

Pour conclure cet article, je dirais que je ne pense pas que l’on puisse résoudre tous ses problèmes avec des livres. Cependant, un livre adéquat peut être un bon début pour soigner sa pathologie si l’on se sent seul, ou que l’on rechigne à aller voir un thérapeute, que l’on souhaite se distraire ou tout simplement comprendre ce qui nous arrive. Un livre est le meilleur antidépresseur qui soit.

A.Chatterton

Publié dans On joue ?

Challenge littéraire spécial Nouvelles : Le Projet Ombre

L’an passé, j’ai lu quelques nouvelles et je me disais : « et si je participais au Projet Maki ? ». Cette année, c’est fait avec le Projet Ombre. Je vous ai perdu ? Attendez que je vous explique…

Le projet Ombre : Définition

Le Projet Ombre est la relève du Projet Maki, initié par le blogueur Les lectures du Maki, spécialisé dans les nouvelles de Science-Fiction. Le Maki s’était inspiré du Projet Bradbury où un auteur s’engageait à écrire une nouvelle par semaine et l’a transformé en lecture d’une nouvelle par semaine.

L’idée est de promouvoir les nouvelles, novelettes et novellas, genres un peu délaissés dans la littérature, et d’en lire toute l’année. C’est donc un challenge qui a une durée assez longue, du 3 janvier 2021 au 3 janvier 2022 pour être exact.

Les nouveautés du challenge avec sa transformation en Projet Ombre par Manon d’Ombrebones sont : une ouverture des lectures aux autres thèmes que les littératures de l’imaginaire, l’introduction de nouveaux paliers ainsi que des missions pour pimenter l’affaire. Elle propose aussi un jeu-concours pour gagner des anthologies ou des nouvelles en fonction du nombre de lectures chroniquées en fin d’année.

Le fonctionnement du Projet Ombre

Pour commencer, ce challenge littéraire nécessite une inscription auprès de Manon afin de se définir un objectif et de valider ses lectures si l’on souhaite participer au concours. Il suffit de se rendre sur la page de présentation du Challenge et de laisser un commentaire en précisant le palier sur lequel tu t’es décidé. L’étape est bien sûr facultative si tu ne souhaites pas participer au concours.

Le challenge concerne uniquement les nouvelles, novelettes et novellas. Il ne convient pas au format BD, manga, comics et autres formats graphiques sauf s’il s’agit de nouvelles illustrées. La différence entre nouvelles, novelettes et novellas est très bien expliquée sur le site de Manon. Chaque nouvelle dans une anthologie compte de manière individuelle. Donc si tu as une anthologie de 12 nouvelles, tu peux compter douze nouvelles lues et non pas un recueil.

Pour jouer, tu dois déterminer ton palier de lecture, il y en a 4 :

  • L’ombre du palmier : c’est le niveau débutant. Tu participes au challenge sans te prendre la tête ni te fixer d’objectifs précis sauf celui de lire au moins un texte au format court en 2021.
  • L’ombre à la douzaine : Niveau intermédiaire : tu t’engages à lire un nouvelle tous les mois pour un total de douze à l’année.
  • Le doublé de l’ombre : Niveau intermédiaire + : Tu lis au moins deux nouvelles par mois, pour un total de 84 sur l’année.
  • L’ombre acharnée : Niveau expert : tu participes au challenge dans sa version d’origine avec une lecture de nouvelle par semaine pour un total de 52 sur l’année.

Il est possible de changer de palier pendant l’année si tu lis plus de nouvelles que prévu !

Il y a également des missions pour lesquelles tu peux t’inscrire chaque mois :

  • Janvier : Lire une nouvelle de science-fiction
  • Février : Lire une nouvelle qui parle du carnaval ou du cirque.
  • Mars : Lire une nouvelle d’un auteur ou d’une autrice francophone
  • Avril : Lire une nouvelle humoristique (ou avec au moins une blague dedans).
  • Mai : Lire une nouvelle dont l’auteur a la même initiale que vous sur son nom de famille. Si vous faites nom + prénom, ça compte x2 !
  • Juin : Lire un texte au choix qui compte double : et pour le #ProjetOmbre et pour le #S4F3. Donc obligatoirement un texte court de SFFF.
  • Juillet : Lire une nouvelle qui se passe sous le soleil (climat désertique, plage, etc.)
  • Août : Lire une anthologie complète / un recueil complet sur le mois.
  • Septembre : Lire une nouvelle qui parle d’une école ou se passe dans une école.
  • Octobre : Lire une nouvelle qui (vous) fait peur.
  • Novembre : Lire une nouvelle dont la langue d’origine n’est ni l’anglais, ni le français.
  • Décembre : Lire une nouvelle où on offre un cadeau (et oui ça peut être un cadeau empoisonné).

Concernant le concours, plusieurs anthologies de nouvelles sont à gagner sous réserve d’être inscrit et de publier des critiques des livres sur son blog ou un réseau social littéraire, et de les signaler à Manon via un formulaire qu’elle a mis en ligne sur son article de présentation.

On peut concourir pour trois catégories : Celui qui lira le plus de textes, celui qui gagne le plus de points en réussissant les missions mensuelles, et par tirage au sort parmi tous les participants.

Ma PAL pour ce challenge

Passé ce préambule, je te présente ma PAL pour ce challenge annuel. Je me suis inscrite pour le Palier L’ombre à la douzaine pour lire 12 nouvelles dans l’année, mais ce sera sans doute plus !

Ma PAL est très orientée littératures de l’imaginaire mais j’ai aussi quelques recueils de romance et gothiques, recyclés de mon Ho Ho Ho challenge 2020-2021. Tu noteras qu’il y a de nombreux recueils de littérature steampunk car j’en profite pour croiser ce challenge avec mon projet annuel. 🙂

Les recueils

Contes et récits du Paris des Merveilles, éditions Bragelonne / Steampunk

Résumé : « Bienvenue dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre… et qui, désormais, n’appartient plus seulement à votre serviteur. Dans ce recueil, vous découvrirez six nouvelles situées dans le monde du Paris des Merveilles. Je suis l’auteur de deux d’entre elles, les quatre autres étant l’oeuvre de jeunes plumes – parfois débutantes mais toujours talentueuses – qui se sont approprié l’univers d’Isabel, Griffont et Azincourt pour, je l’espère, votre plus grand plaisir… » Pierre Pevel

Futurs antérieurs, 15 récits de littérature steampunk, éditions Fleuve Noir / Steampunk

Résumé : Voici la première anthologie française de littérature steampunk. Synthèse harmonieuse et féconde de genres aussi dissemblables que le roman historique, le fantastique, la science-fiction, le roman d’aventure frénétique et la littérature romantique, le Steampunk, de « steam » qui veut dire vapeur s’efforce d’imaginer jusuq’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt…

La machine à remonter les rêves, éditions Mnémos / Steampunk

Résumé : Père du roman de science-fiction tel qu’il s’est ensuite développé en France, Jules Verne est devenu un classique. Aujourd’hui, la France entière et tout le milieu de la science-fiction reconnaissant célèbrent le centenaire de la mort du grand maître. Deux anthologistes, Richard Comballot (Les Ombres de Peter Pan, Mission Alice), et Johan Heliot, auteur du roman steam-punk désormais culte, La Lune seule le sait (Jules Verne y enquêtait sur la lune) lui rendent un vibrant hommage :  » Sans ce vieux Jules, bien malin qui pourrait dire où nous en serions tous, à commencer par nos auteurs puis vous, lecteurs, enfin nous, modestes passeurs, le temps d’un livre. Certainement quelque part où le goût des aventures nous paraîtrait frelaté. Où il manquerait à la jouissance de l’amateur d’anticipations scientifiques la part – belle, n’en doutons pas – de nostalgie qui amalgame dans le plaisir passé et présent. « 

Ecologie et folie technologique, Anthologie de nouvelles steampunk vol.1, éditions Oneiroi / Steampunk

Résumé : Le steampunk invite à revisiter le passé, à renouer avec les racines de notre société. Dans cette anthologie, on vous emmène au commencement de l’industrialisation, au moment où tout était encore possible pour la planète et pour l’Homme. Et si les choses s’étaient passées autrement ? Pour le meilleur ou pour le pire ou juste différemment. Prenez place dans notre machine à remonter le temps !

Noël et Préjugés, TeamRomcom, éditions Charleston / Romance

Résumé : Noël, cette fête qu’on adore détester ou qu’on déteste adorer ! Réunion familiale ou tête-à-tête ratés, de Paris à New-York en passant par l Italie, on peut y vivre des crush ou des clash, qu importe ! Et si la figure tutélaire de Jane Austen vient y apporter sa petite touche de magie pour faire basculer les situations les plus inextricables, l’esprit de Noël promet d’être au rendez-vous !

Anthologie maisons hantées, éditions Luciférines/ Gothique

Résumé : Qu’elles soient perdues au milieu des bois, héritées d’un grand oncle ou cachées dans la brume, les maisons hantées sont des motifs familiers de l’horreur. Depuis Le Château d’Otrante de Walpole et l’apparition du roman noir anglais au XVIIIe siècle jusqu’au slasher moderne, il est devenu impossible de passer à côté de ces lieux maudits où la réalité se distord. En hommage à l’intarissable production littéraire et cinématographique qui se plaît à abandonner ses personnages entre des murs de plus en plus étroits, dix-sept auteurs ont proposé leurs huis-clos les plus angoissants. De hautes tours gothiques, un appartement d’étudiant, un motel d’où on ne revient pas… chaque nouvelle présente un édifice dans lequel il serait imprudent de s’aventurer très longtemps. Spectres, démons, souvenirs d’un autre temps et monstres cannibales ont un sens de l’accueil particulier… Alors, comme le disait si bien Dante : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance… Des textes inquiétants, violents, insolents, qui n’hésitent pas à s’amuser de nos peurs les plus profondes.

Black Mambo, Morgane Caussarieu, Sophie Dabat et Vanessa Terral, éditions du chat noir/ Gothique

Résumé : Il existe des territoires où le progrès n’a pas encore éradiqué les vieilles croyances et leurs pratiques. L’Afrique, berceau de l’humanité, en fait partie. Chamans, Mambos, Sangomas… Autant de sorciers qui œuvrent dans l’ombre à protéger les fidèles, mais aussi à réveiller les anciens Dieux, démons et loas. Magie blanche ou magie noire, en dehors des frontières de ce continent, tel un serpent, discret et insinueux, elle se répand. Ainsi, le jeune punk Mika sera initié malgré lui aux secrets du vaudou, en plein carnaval de la Nouvelle-Orléans, et devra composer avec l’esprit des morts, le terrible Baron Samedi et son armée de gamins buveurs de sang. À Marseille, des meurtres rituels obligent le capitaine Dilaniti à renouer avec ses racines, le Swaziland, un pays sous dictature militaire où règnent encore les traditions liées au Muti, culte tribal qui vampirise la population. Au Maghreb, les djinns, esprits nés d’un feu sans fumée, peuvent posséder les vivants. La grossesse avait chassé celui qui résidait en Leila. Entourée de son fils et de son mari, la jeune femme devrait être heureuse. Pourtant, un regard brûlant pèse sur son âme. Trois auteurs reconnues de la nouvelle génération s’associent pour vous conter ces légendes africaines… À leur manière… 

Notre dame aux écailles Mélanie Fazi, Bragelonne / Fantastique

Résumé : Saviez-vous qu’à Venise, qui vole des soupirs encourt la vengeance de la ville ? Connaissez-vous vos plus sensuelles métamorphoses, lorsque vous êtes loup, lorsque vous devenez lionne ? Avez-vous déjà pris un fleuve pour amant ? Partez à la découverte des troubles secrets de l’âme et des lieux les plus hantés : une villa qui palpite de vies enfuies, l’océan dont certains ne reviennent plus tout à fait humains, ou encore ce train de nuit qu’empruntent ceux qui cherchent l’oubli. Mais attention: de ces voyages intimes et inquiétants, on ne rentre pas indemne.

Les nouvelles individuelles

Lance Jeanne A Debats, ActuSF (gratuit en numérique) / Gothique -Bit-lit

Résumé : 1936. Le vampire Navarre est contraint de faire équipe avec un Lancelot vieux de mille ans pour sauver une princesse des griffes d’un dragon invoqué par les nazis. « Lance » se déroule dans l’univers de Métaphysique du vampire de Jeanne-A Debats.

Le vert est une couleur éternelle, Jean-Laurent Del Socorro, ActuSF (gratuit en numérique)/ Fantasy Historique

Résumé : 1597. La compagnie du Chariot a été embauchée pour participer au siège d’Amiens. Au milieu de la guerre et des combats éclot un amour fragile entre le capitaine N’a-qu’un-œil et Fatima, la chroniqueuse particulière d’Henri IV. Mais comment aimer quand la mort rôde ? « Le vert est éternel » se déroule dans l’univers de Royaume de vent et de colères de Jean-Laurent del Socorro.

Le diable dans la boîte, Jean-Laurent Del Socorro, ActuSF / Historique

Résumé : 1849 : Henri Brown est un esclave dans le Sud de États-Unis. Pour gagner sa liberté il prend le risque de voyager enfermé dans une simple caisse de bois. Un périple de 24 heures, où il devra survivre aux retournements de situations…. et à ceux de sa boîte ! Et la Mort n’est pas jamais loin… Poursuivez la découverte de cette Amérique déchirée par l’esclavage avec le roman Je suis fille de Rage de Jean-Laurent Del Socorro.

Le gnome qui voulut être fée, Audrey Alwett, ActuSF (gratuit en numérique) / Fantasy

Résumé : Mignard est un gnome malheureux parmi les siens. Jusqu’au jour où il sauve la vie d’une fée. Et si Mignard n’était pas ce qu’il croyait être ? Et si les fées n’étaient pas aussi méchantes que son peuple le dit ? Mais attention : si parfois l’amour donne des ailes, tel épris qui croyait prendre… On retrouve l’humour (percutant) de l’univers des Poisons de Katharz dans cette nouvelle de Audrey Alwett.

Pourquoi dans les grands bois, aimé-je m’égarer, Karim Berrouka, ActuSF (gratuit en numérique) / Urban Fantasy

Résumé : Marc-Aurèle Abdaloff et Premier de la Classe sont sur une nouvelle affaire : envoyés dans les monts d’Arrée, ils doivent enquêter sur de curieux meurtres perpétrés à l’épée par un homme accompagné d’une armée d’écureuils sanguinaires. « Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » se déroule dans l’univers de Fées, weed & guillotines de Karim Berrouka.

Le syndrome de Pan, Morgane Caussarieu, ActuSF (gratuit en numérique)/ Gothique – Bit-lit

Résumé : Morgane Caussarieu revisite le thème de Peter Pan à la sauce vampires. De quoi vous donner sans doute envie de découvrir les autres univers vampiriques de cette autrice aux éditions ActuSF : Rouge Toxic et Rouge Venom.

Issa Elohim, Laurent Kloetzer, Bélial’ / Science-Fiction

Résumé : Europe. Demain. Dérèglements climatiques, terrorisme et guerres confessionnelles secouent les restes d’un ordre mondial en miettes et jettent des millions de réfugiés sur les routes. L’horizon est fluctuant ; le monde se recroqueville face à un futur incertain et menaçant. Et puis il y a les Elohim — ou prétendus tels. Des êtres exceptionnels, mystérieux, porteurs d’un espoir nouveau, et qui semblent s’incarner sur Terre de manière aléatoire. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Que sont-ils ? Valentine Ziegler est pigiste. Lorsque, depuis sa Suisse natale aussi préservée que sécurisée, elle entend parler de la présence possible d’un de ces êtres dans un camp de réfugiés tunisien géré par l’agence européenne Frontex, elle auto-finance en hâte son voyage dans l’espoir d’un reportage digne d’intérêt. Valentine est toutefois très loin d’imaginer au devant de quoi elle se précipite, l’étendue de la révolution à laquelle elle va se mesurer. Une possible épiphanie à même de changer sa vision du monde, si ce n’est le monde tout entier…

Poumon vert, Ian R. Macleod, Bélial’/ Science-Fiction

Résumé : Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal. Un voyage sans retour – le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille. Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées. Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards – oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Les conseils en plus pour ce challenge

Si comme moi, tu n’es pas familier avec l’univers de la nouvelle et que tu ne sais pas vers quel éditeur te tourner pour en trouver, Manon a publié récemment un article recensant les principaux éditeurs de nouvelles qui pourra t’aider à te lancer. J’ajouterai à sa liste les éditions du Petit Caveau et les éditions Luciférines qui proposent quelques anthologies de nouvelles gothiques.

Pour ma part, toutes les nouvelles mentionnées dans ma Pal, provenant des éditions ActuSF, sont gratuites. Tu peux les retrouver en ligne sur le site internet de la maison d’édition. L’occasion de découvrir la plume de certains auteurs dans des formats courts. 😉

Si tu veux te faire une idée sur certaines nouvelles avant de les lire, tu peux retrouver sur mon blog celles que j’ai déjà chroniquées avec le mot-clé Nouvelle.

J’espère que tu auras envie de participer à ce challenge et que ma PAL t’aura donné envie de découvrir des auteurs ou des univers.

Novelette et novella,

A.Chatterton