Publié dans Lectures

The Rook, Au service surnaturel de sa majesté, Daniel O’Malley, éditions Super 8

Retour à Londres à notre époque, pour un roman mêlant espionnage, surnaturel et jeu d’échecs…

Résumé : Victime d’une agression, Myfanwy Thomas reprend conscience dans un parc de Londres. Autour d’elle, des hommes en costume portant des gants de latex. Tous sont morts. Situation peu réjouissante, certes, mais il y a pire : Myfanwy ne se souvient plus de rien. Le plus surprenant, c’est qu’elle semble avoir prévu cette amnésie. Elle a sur elle une lettre écrite de sa main lui expliquant qui elle est et ce qu’elle doit faire pour découvrir qui veut l’éliminer. C’est ainsi que Myfawny rejoint le siège de l’Échiquier, une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne. Au sein de cette version paranormale du MI5 anglais où elle occupe un poste élevé, entourée de surdoués aux pouvoirs plus que spéciaux, la jeune femme va rapidement se retrouver seule, cherchant son chemin dans un univers d’ombres et de menaces. À présent, il va lui falloir lever le voile sur une conspiration aux proportions inimaginables.

Mon avis : 

Un suspense haletant

Dès le départ, le roman nous plonge dans une double enquête : qui veut tuer l’héroïne principale? et que lui est-il arrivé?

On apprend des détails de l’ancienne vie de l’héroïne via ses lettres à elle-même (ou à une autre occupant son corps, on ne sait pas trop…) et en dehors des rouages de la société secrète, ce n’est pas très reluisant.

L’ancienne occupante était une obsédée de travail, sans famille, n’osant utiliser ses pouvoirs et effrayée par ses pairs. Partant de là, la nouvelle Myfanwy va essayer de faire bonne figure au travail pour comprendre qui elle est et enquêter sur son agresseur.

Mais le danger rôde à chaque chapitre et plus on essaie de chercher le coupable, plus on découvre des sacs de noeuds et d’autres secrets que l’Echiquier cherche à cacher.

Des personnages avec des pouvoirs atypiques.

Le point fort de cette organisation secrète réside en ses membres et sa hiérarchie qui reprend celle d’un jeu d’échec.

Pour être admis comme membre à part entière de la plus haute hiérarchie, vous devez avoir des pouvoirs surnaturels et avoir réalisé des exploits.

Il y a donc deux tours (dont Myfanwy) chargés de la logistique et de l’administration, deux fous chargés d’opérations commandos et de hautes finances, deux cavaliers, un roi et une reine. Le reste est composé de pions, des soldats pour la plupart,  et de serviteurs de l’organisation qui n’ont pas de pouvoirs et s’habillent en violet.

L’échiquier a pour politique de repérer les enfants aux pouvoirs surnaturels dès leur naissance et de les enlever à leur famille par la force ou l’argent. Ces enfants sont ensuite entraînés dans des camps spéciaux et vivent entre eux jusqu’à leur majorité où on leur attribue un poste dans l’organisation plus ou moins grand selon leurs capacités.

Il arrive également que certains membres développent sur le tard leurs pouvoirs comme le personnage du Fou GrantChester, capable de convaincre n’importe qui ou de l’empoisonner grâce aux effluves hormonales ou toxique qu’il dégage de son corps. Dans ce cas l’organisation les recrute via finance ou sentiment de patriotisme. D’autres sont recrutés suite à un arrangement contraint, comme le Fou Alrich.

L’originalité de ce roman réside principalement dans cette organisation, qui rappelle un peu celle des XMen pour le côté pensionnat de surdoués. Mais c’est aussi dans les pouvoirs attribués aux personnages que Daniel O’Malley frappe fort.

Myfanwy peut contrôler les gens en pénétrant leur organisme par la pensée ou en les touchant. Elle ressent chaque cellule, chaque pensée de celui qu’elle touche. Ce qui peut être perturbant quand cela n’est pas un être humain mais une créature.

La Tour Gesalt possède quatre corps et un seul esprit. Ce qui est très dérangeant car on ne sait pas où se trouve son esprit. Sa particularité fait qu’il peut se trouver dans plusieurs endroits différents dans le monde et donc être au courant de plusieurs choses en même temps. Cela lui confère une longueur d’avance sur certains dans le domaine des secrets.

Le docteur Crisp peut découvrir ce que les particularités des autres en lisant les lignes de leur main par contact et en forçant leurs barrières mentales.

La Reine peut visiter les rêves de n’importe quelle personne sur terre pour le convaincre de réaliser certaines choses.

D’autres personnages évoqués brièvement : une femme indestructible, un homme élastique, des devins…

Et surtout l’organisation adverse, les Greffeurs, peuvent modifier les corps en y intégrant des éléments électroniques comme une caméra à la place des yeux, des micros aux niveau des oreilles…

Une véritable transformation de l’héroïne.

Tout le roman est un échange entre la Myfanwy passée et la nouvelle à travers les lettres que l’a première avait préparé à son intention.

Intégrée à 7 ans dans le pensionnat sans qu’on lui ai vraiment expliqué pourquoi elle était là, elle n’a jamais vraiment accepté son pouvoir. Ce dernier l’empêchait d’avoir le moindre contact avec les autres. De ce fait, elle a très vite appris à vivre seule. N’ayant jamais réussi à revoir sa famille ou à se créer d’amis, elle s’est enfoncée dans le travail  de gestion et de logistique, seule chose pour laquelle elle était douée. Mais elle est toujours restée peu appréciée de ses collègues, et très craintive des autres et de son pouvoir.

Le roman met l’accent sur la transformation de cette héroïne, ou du moins de son corps, car la nouvelle occupante aura plus d’audace, saura mieux utiliser ses pouvoirs et faire sa place au sein de l’organisation contrairement à l’ancienne Myfanwy.

On peut penser que l’auteur donne une leçon : peu importe ce que l’on a vécu, on peut toujours rebondir et avoir une seconde chance. Ici, l’amnésie aide quand même un peu à voir les choses d’un autre angle.

En résumé : On vous recommande chaudement la lecture de ce livre, surtout si vous êtes fan de sociétés secrètes, de complots et de Londres.

Cet article a été publié originellement par mes soins sur le site portdragon.fr

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 3 : Le narrateur omniscient

On monte en difficulté avec cet exercice d’écriture, proposé par Chloé Dubreuil dans le cadre des ateliers d’écriture de l’université de Lyon. Aujourd’hui, je vais vous parler de narrateur omniscient et vous dévoiler un pan de l’intrigue de Miss Chatterton.

Quelques consignes pour commencer :

Il s’agit, pendant cette séance,  de mettre en scène l’état intérieur d’un personnage, mais raconté par un narrateur omniscient, toujours en 1h30 d’écriture.

Pour apporter plus de détails, le personnage principal est seul et en attente d’un événement. Plongé dans ses pensées, il fait également attention au décor qui l’entoure. Son environnement peut nourrir sa réflexion.

Le narrateur omniscient (=qui sait tout, plus d’infos ici si tu galères), décrit l’état intérieur du personnage en parlant de lui à la deuxième personne du singulier (tu). Il n’entre pas en contact avec lui. Ce n’est pas un personnage de l’histoire.

L’objectif final est de proposer un monologue intérieur décrit par un narrateur omniscient, tourné vers la psychologie, la rêverie ou la philosophie. Il ne sera pas question d’action dans cet exercice. 

Un bon exemple, pour illustrer ce jeu d’écriture, est le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino. Tu peux trouver d’autres exemples ici. Ce type de procédé est souvent utilisé dans les romans dont vous êtes le héros (si cela te parle un peu plus.)

Tu l’auras compris, après ces multiples explications, l’exercice est ardu et m’a demandé pas mal de réflexion. J’ai d’abord imaginé un personnage en salle d’interrogatoire de police, observé par quelqu’un derrière une glace sans tain. Mais je m’éloignais du sujet, car il s’agissait d’adopter un point de vue interne et non externe. Le deuxième personnage n’observe pas seulement le premier. Il sait ce qu’il se passe dans sa tête.

Je me suis alors demandée comment réagirait Miss Chatterton, si elle s’était faite épingler par la Commission de Discipline de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême, et cela a donné le texte suivant.

Essai d’écriture :

La Commission de Discipline

« Vous êtes invitée à vous présenter en Commission de Discipline le lundi 12 janvier 14h à l’aile Archimède afin de répondre d’une infraction constatée du Code de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême. Le Conseil vous autorise à venir accompagnée d’un représentant des élèves afin de défendre vos droits si vous le souhaitez. A l’issue de cette Commission, il sera déterminé votre maintien de permis de Voyageur livresque ainsi que votre place dans l’établissement. Signé : Le Haut-Conseil des Bibliothécaires de l’extrême. »

Cette lettre, tu l’as triturée dans tous les sens depuis que tu l’as reçue il y a une semaine. Tu n’en dors plus la nuit depuis. Tu t’y attendais pourtant, au vu de tes entorses occasionnelles au règlement de l’Académie. Ces petites entorses pour lesquelles tu trouvais toujours une raison légitime de transgresser la règle…

Tu regrettes maintenant, assise sur le banc en bois inconfortable des élèves impertinents, devant la porte de la Commission de discipline, attendant ton tour. Tu es seule dans cette partie du bâtiment. Évidemment : personne n’y vient à moins d’avoir fauté. C’est dommage. Il s’agit de la partie la plus ancienne de l’école et elle ne manque pas de cachet. Tu jettes un coup d’œil. De toute façon, il n’y a que ça à faire. Ton regard se porte sur les murs en pierre blanc. Ils te rappellent l’architecture de la faculté d’Oxford. Des murs sculptés, hauts qui se rejoignent par une voûte en croisée d’ogives à trois mètres du sol. Tu hausses les épaules. Normal, Oxford a inspiré l’école des Bibliothécaires de l’Extrême. Histoire de garder un côté solennel et d’impressionner les visiteurs sans doute. Le sol t’intrigue en revanche. Il est constellé d’une mosaïque colorée avec des motifs animaliers et floraux. Tu te lèves pour les observer. Tu distingues un chat, un poulpe, un corbeau, une chouette, des figures géométriques qui s’apparentent aux artefacts de voyages livresques, et des ornements décoratifs. Un beau mélange, mais parfaitement coordonné. Comme si tout ceci avait un sens. Tu le gardes en mémoire pour plus tard, quand tu retourneras chez toi étudier les mystères de l’Académie. Si tu n’est pas exclue aujourd’hui bien sûr ! Tu retournes à ton banc en silence en te maudissant d’avoir enfreint les règles, et tu relis une énième fois ton courrier de convocation.

Tu as choisi de venir seule car tu ne voulais pas impliquer un de tes collègues et amis. Mais la vérité, c’est que tu as honte. Toi, la première de la classe, convoquée en Commission de discipline ! La nouvelle a fait le tour de l’Académie et quand tu es arrivée à 13h30, c’était en cachette, espérant ne croiser personne. Tu as eu de la chance dans ton malheur, tous étaient soit en mission soit en cours. Il n’y a que la bibliothécaire de l’Accueil qui t’a vue et regardée d’un air mi-désolée mi-suspicieuse, quand tu lui as demandé de t’indiquer l’aile Archimède. Tout le monde sait que c’est l’aile où les cancres sont punis. On n’en revient dépité ou on disparaît, viré de l’Académie.

Tu réfléchis maintenant à nouveau à l’infraction mentionnée dans la lettre. Parce que tu as tellement dépassé le règlement depuis longtemps que tu ne sais plus ce qui est permis ou pas. Tu prépares mentalement ta défense en te remémorant tes écarts de conduites dont le conseil pourrait avoir connaissance.

Tu repenses aux créatures magiques que tu as laissé s’échapper des livres pour les protéger d’écrivains désireux de les torturer dans leur intrigue. Tu en as déjà recueilli quatre chez toi. Mais leur absence n’a pas impacté leurs histoires originelles. Tu penses donc qu’il ne s’agit pas de ça. Si on te demande, tu penses plaider la protection animalière magique. Tu hoches la tête. Oui, c’est un bon argument.

Tu te revois orienter le rôle du personnage de Jean dans Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch, pour qu’il prenne de l’importance dans l’histoire alors que l’auteur ne l’avait pas prévu. Monsieur Lynch était très déprimé pour l’écriture du tome 2 de sa série et tu en as profité pour apporter quelques améliorations de ton cru à son histoire.  Ton rôle originel était de soutenir psychologiquement les personnages malheureux, et de corriger les fautes d’orthographe à coup de marteau-tampon-encreur comme l’indique l’ennuyeux code des Bibliothécaires de l’extrême. Tu n’en as fait qu’à ta tête. L’écrivain a raconté plus tard dans une interview, que ses personnages lui semblaient vivants et l’avaient poussé à changer son intrigue, utilisant l’argument du créateur dépassé par sa création. Tu as beaucoup ri.  Le livre est devenu un best-seller. Cela t’as conforté dans tes actions. Après tout, tu as aidé un écrivain malade à améliorer son histoire pour qu’elle soit diffusée à un maximum de lecteurs. Et c’est l’une des règles fondamentales de l’Académie : le maintien de l’imagination collective par la diffusion des histoires au plus grand nombre. Si l’histoire est meilleure, elle est plus vendue et donc plus lue. IM-PA-RABLE ! Il ne la verront pas venir celle-là en commission ! Tu souris, conquise par ton forfait réalisé pour le bien de tous.

Tu repenses enfin à ton rôle dans l’affaire Le Roi Jaune et La Malédiction de Cthulhu. Ta première mission en tant que consultante privée auprès de la Police Magique. Une affaire non-officielle bien sûr. Tu n’avais pas les agréments ni l’autorisation de l’Académie pour aider le Détective Pedro de la Vega à élucider ce cas. Mais tu n’as pas pu t’en empêcher. L’envie d’aider un ami et le désir irrésistible d’entrer dans des livres interdits t’ont poussée à accepter la demande de Pedro.

Tu as failli rester dans le livre cette fois-ci, et te faire manger par des créatures issues de la sorcellerie. Mais bon, c’était le risque, et tu t’en es sortie. Tu as réussi à désenvoûter un ouvrage entier et Pedro a retrouvé l’assassin de son meilleur ami pour lui faire payer ses crimes. Ce n’est pas tous les jours qu’une Bibliothécaire de l’extrême de premier niveau arrive à un tel exploit ! Il faut attendre le sixième niveau pour savoir combattre une créature maléfique et le dixième pour s’échapper sans encombres d’un livre interdit avec l’équipement adéquat. Toi, tu n’avais que ton artefact de niveau 1 et … tes créatures magiques issues d’un autre tome (répétition) contraire au règlement. Mais bon, ils devraient être contents de savoir que tu as de telles capacités et en plus, tu pourrais conseiller cette méthode aux collègues de niveau 10 en cas de problème. Tu hoches encore la tête. Oui, la démonstration est digne d’un grand orateur.

Tu es la meilleure dans ton domaine. Ils doivent le savoir ces vieux croûtons. Et puis, il faut laisser la place aux jeunes, à des nouvelles idées d’exploration livresque.

Tu te lances dans une réflexion de la réécriture du code de l’Académie quand un doute t’assaille. Et si tu te trompais sur toute la ligne ? Si tes réponses aux accusations des membres de la commission ne suffisent pas ? Que feras-tu ? Que feras-tu sans permis pour voyager dans les livres ? Qu’arrive-t-il aux Bibliothécaires qui ont perdu leur permis ?

Tu as entendu de vagues histoires de voyageurs sans licence qui continuent à entrer dans les mondes imaginaires. Il s’agit de chasseurs de primes. Des mercenaires payés par l’Académie pour traquer des personnages échappés de leur ouvrage d’origine.

Cette carrière ne t’enchante guère. Tu as la violence en horreur. C’est amusant de bousculer des fautes d’orthographe ou de chasser des esprits, mais bon, tu as tes habitudes comme boire ta sacro-sainte tasse de thé à 16h et t’occuper de tes plantes vertes. Une vie de guerrière sans domicile fixe n’est pas pour toi.

Consultante pour la police alors ? Tu l’as déjà fait de manière officieuse. Pedro pourrait t’aider peut-être?

Mais est-ce que tu seras seulement autorisée à garder ton artefact de voyage si on t’enlève ton permis ? Là est la question.

Le voyage livresque est toute ta vie. Que vas-tu devenir sans ton artefact ?

Redevenir une bibliothécaire normale, tout en connaissant le secret de l’Académie ? Un vrai drame. Tu te sens utile dans ton travail, il représente toute ta vie.

Tu te mets soudain à pleurer. Tu murmures : « Qu’ai-je fait ? »

C’est à ce moment là qu’un des membres du Conseil ouvre la porte de la salle où a lieu la Commission.

– Mademoiselle Chatterton ! Bonjour à vous. Oh, n’allez pas vous mettre dans un tel état pour une histoire de Porte-monde mal refermé ! Vous êtes venue seule ?

Tu relèves la tête, surprise. Tu sèches tes larmes.

– Oui Professeur Lampion. Je n’ai pas voulu déranger mes camarades.

– Tant mieux, tant mieux. La commission sera moins longue comme ça. Vous savez, ce sont des courriers types que l’on vous envoie. Il ne faut pas m’en tenir rigueur. Certains collègues sont tatillons avec le protocole. Comme vous êtes la première de la classe, cela a dû vous effrayer. Nous avons plutôt l’habitude de recevoir des cancres ici.

– Le courrier m’a un peu affolée professeur, je l’avoue. Mais maintenant que je connais le motif, je comprends l’importance de cette commission. Il ne faut pas jouer avec le règlement de l’Académie.

– Vous avez bien raison Amélia. Afin de citer Adolphe de Chesnel : ” Pour mener une bonne vie, art, ordre et règle y remédient.

– C’est tiré du Dictionnaire de la sagesse populaire, recueil moral d’apophtegmes, axiomes de tous les temps et de tous les pays, n’est-ce pas ?

– Quelle érudition, Amélia, quelle érudition ! Oui, en effet. Entrez ma chère, ne laissez pas attendre mes confrères.

Tu entres dans la salle de Commission de Discipline, un sourire hypocrite  aux lèvres.

Mal refermer son Porte-monde après un voyage livresque, c’est vraiment des cacahuètes après ce que tu as fait en matière d’infraction au règlement. Il va falloir faire plus attention à l’avenir. Cette commission va être du gâteau…

J’espère que cet extrait t’aura plu. Afin de le présenter convenablement dans le cadre du Roman de Miss Chatterton, je vais réaliser quelques modifications en le passant à la première personne. Mais tu auras eu un petit teasing concernant des éléments que je n’ai pas encore évoqué concernant l’Académie : les règles de voyage, les chasseurs de primes, l’affaire Le Roi Jaune (en préparation avec Pedro de la Vega)…

Si tu souhaites en savoir plus sur l’univers d’Amélia Chatterton, je t’invite à lire mes premiers essais dans la rubrique Le Roman de Miss Chatterton.

A bientôt pour un nouvel atelier d’écriture !

Plumes et tampons-encreurs,

A. Chatterton

Publié dans Questions existentielles

Pourquoi je me sens frustrée après avoir regardé un épisode de la Maison France 5 ?

Auparavant, chaque dimanche, je m’installais devant l’émission de décoration La Maison France 5 pour regarder de beaux intérieurs de région de France où je n’habiterai jamais, mais dans l’espoir de me donner des idées déco pour ma propre maison. Après chaque épisode, un goût amer, une étrange frustration m’envahissait. J’ai creusé un peu et j’en suis venue à plusieurs conclusions…

Comment se compose l’émission ?

Nous visitons à chaque fois une région avec un à deux propriétaires de supers maisons.

L’émission est entrecoupée par trois séquences différentes : la rencontre avec un artisan-créateur, un coup de projecteur sur un objet déco ou du mobilier tendance, et un avant-après de rénovation réalisé par un des architectes d’intérieur de la Maison France 5.

Dans les dernières émissions, il arrive que le propriétaire dont nous visitons la maison principale, propose ses coups de cœur de boutiques locales, pour nous montrer ce qui existe dans sa ville et alentours.

Qui sont ces gens qui ouvrent leurs portes à la télévision ?

Un sketch hilarant de Marina Rollman sur les magazines déco résume très bien les propriétaires que l’on découvre dans La Maison France 5. En voici un petit florilège :

La maison « tellement nous » : les propriétaires mettent l’accent sur la personnalité atypique de la maison qui leur ressemble en tous points : un côté bohème, romantique, brocante, etc… L’espace de vie est mis en valeur ainsi que les objets de déco.

La maison « on n’aurait pas pu faire autrement » : Pour eux c’était une évidence, vivre dans (au choix) : un cabane dans un arbre / une villa avec piscine dans le sud de la France / une vieille ferme rénovée en Normandie… c’était ça ou rien.

La maison « dont on s’émerveille qu’elle existe » : Avant, il n’y avait rien sur ce terrain, puis on a fait appel à un architecte et 2 millions plus tard, on avait une hacienda avec vitres teintées vue sur le pacifique sud. J’exagère, mais tu vois bien le genre…

En dehors de ces stéréotypes de propriétaires, j’ai toujours l’impression de regarder la classe élevée de la population étaler ses richesses (ou faire appel à son architecte d’intérieur instigateur de la rénovation pour montrer combien c’est beau, parce que le montrer soi-même, c’est un peu vulgaire). A croire que pour l’émission, il faut épater le téléspectateur et pour le propriétaire, montrer combien sa baraque est géniale.

Et surtout, surtout… suivre des parisiens (ou parfois des lyonnais), qui en avaient marre de la grande ville, et qui, en revendant leur petit T2 à 500 000 euros à Paris, se sont payés une méga-baraque en province (= comprendre le reste de la France) ! Et changer de métier, pour un truc d’artisan-passionné, ou de décoratrice d’intérieur à destination d’autres parisiens qui viennent s’installer dans la région, parce qu’au vu des tarifs proposés, le gars du coin pourra pas se le payer à moins de donner un rein.

Quel est mon ressenti vis à vis de l’émission ?

Tout d’abord, je passe une heure d’émerveillement entre les lieux, le type de décoration ou les idées d’aménagements proposés et je vais même jusqu’à noter le nom des boutiques évoquées pour aller y faire un tour (dans le cas hypothétique où je serais de passage dans la ville du jour).

Je découvre aussi des métiers d’artisans qui sont parfois rares et je trouve cela super intéressant.

Puis, je me rends compte que je n’ai pas les moyens. Mais que j’aime les belles choses. Et là, la frustration prend le dessus. Car à moins d’épouser un bon parti (en laissant s’exprimer mon côté femme vénale) ou de gagner au loto (encore faut-il jouer !), ce n’est pas avec ma paye de fonctionnaire que je pourrais accéder à ce qu’on me propose dans ce programme de déco.

Je peux déjà même pas acheter un bien, alors redécorer ma location…

Là, où les propriétaires vont faire appel à des architectes d’intérieur pour concevoir leurs cuisines, moi j’irai voir le vendeur Ikea. Quand ils voudront changer leurs meubles chez un styliste ou acheter vintage (grâce à des bonnes adresses bien onéreuses), moi j’irai au mieux à Maison du Monde (qui je trouve, a un mauvais rapport qualité-prix), au pire chez Emmaüs dénicher un truc vintage, si j’ai de la chance.

Et puis, je ne suis pas parisienne, alors troquer ma vie de province pour une autre vie de province sans les moyens qui vont avec (parce qu’on parle de cadres sup qui ont changé de vie, pas de smicards), ce n’est pas possible.

Pourquoi je continue à regarder l’émission ?

A défaut de pouvoir me payer les choses que l’on me montre, je prends des idées et je les adapte en plus cheap. Il m’arrive de réaliser des tableaux pinterest basés sur des idées de l’émission. Et cela me fait rêver pendant un temps.

Néanmoins, je rêve d’un autre concept de Maison France 5, un peu moins élitiste, proposant des choses insolites et abordables. La simplicité et le minimalisme sont au goût du jour. Pourquoi continuer encore à nous montrer des maisons de riches ? Pourquoi ne pas nous faire rêver avec des maisons confortables adaptées aux budgets de 90% de la population ? Moins vendeur ? Moins accrocheur ? Je m’interroge…

Stéphane Thebaut, si tu m’écoutes, cet article est pour toi. Peut-être qu’il t’inspirera, peut-être pas. Mais après 16 ans d’existence, il serait temps de se renouveler un peu, non ?

Si vous aussi, vous regardez la Maison France 5, indiquez-moi en commentaires ce que vous en pensez, et si comme moi, vous rêvez d’un autre concept d’émission. 😉

Osier et fleurs séchées,

A.Chatterton

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Le passageur, Andoryss, éditions Lynks

Achat imprévu lors des Imaginales 2019, j’ai été attirée par la couverture du Passageur similaire à celle de Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs. Puis, après avoir entendu son auteure en conférence parler du rôle de ses recherches historiques sur Paris dans son écriture, j’ai été tout à fait convaincue. Si vous êtes adepte de fantômes, de dons inexpliqués et de voyages temporels, venez prendre place auprès du passageur ! Mais attention, ce sera à vos risques et périls, car son don est dangereux !

Résumé : Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

Mon avis : 

Une ode à la discrimination pas larmoyante

En voilà un personnage principal malmené ! Mattéo est un adolescent membre d’une famille Rom sédentarisée en banlieue parisienne. Il ne trouve sa place nulle part :  ni à l’école car il est brimé par ses camarades, ni dans la communauté gitane du fait de sa sédentarisation, ni dans sa propre famille où ses rapports avec son père se sont détériorés suite au décès de sa mère et de sa sœur.

Élevé par son grand frère Diego, il lui arrive de passer la nuit dehors quand son père est à la maison et de se faire raquetter au petit matin par des camarades racistes.

La maladie respiratoire dont il a réchappé (au contraire de sa mère et sa soeur), lui a laissé des séquelles physiques qui l’empêchent de courir correctement sans faire l’objet de crises d’asthme violentes.

L’arrivée de son don, hérité de sa mère, va lui compliquer encore plus la vie : seules les femmes sont des passageuses dans la communauté gitane, et la vieille Inma ne veut pas l’aider à maîtriser son don. Un don qui peut lui apporter la folie sur le long terme…

A travers ce personnage, Andoryss nous met face à un drame social concernant la société d’aujourd’hui, réticente à intégrer les gens du voyage ou peu regardante sur l’avenir des jeunes de banlieue. Matéo le dit lui même : il a peur du futur et se demande à quel moment la limite sera franchie entre sa vie et celle des sdf qu’il croise lors de ses nuits dehors.

Mais c’est aussi une réflexion concernant un héritage que l’on n’a pas souhaité et qu’il faut apprivoiser. Ce don d’accompagner les morts n’ayant pu trouver le repos est une contrainte qui aurait dû être légué à sa petite soeur. Malheureusement pour lui, ce n’est pas le cas et les voyages dans le temps demanderont courage, détermination et recherches historiques de la part du jeune garçon, afin de mener à bien sa tâche.

En cela, le livre se rapproche d’un roman d’apprentissage, d’autant que Matéo est dans sa période d’adolescence, âge ingrat rempli de questionnements et de changement du corps. Voir les morts et les aider va l’amener à se découvrir des qualités qu’il ne soupçonnait pas, faire le deuil de sa mère et sa soeur, et lui redonner confiance en l’avenir.

Je trouve que sans être larmoyante, l’intrigue aborde de manière juste ces faits de société et met en valeur le courage de Matéo qui se bat malgré ses doutes et le drame familial dans lequel il évolue.

Une plongée dans l’Histoire (et la géographie) de la Commune

Dans ce premier tome, notre passageur découvre ses pouvoirs, comment les utiliser et nous emmène avec lui à Paris sous La Commune.

Du conflit, l’auteure ne nous épargne aucun détail : les morts sanglantes, le danger des combats, les odeurs des corps brûlés, l’espoir des révoltés, l’absurdité d’une lutte déjà perdue.

Matéo nous plonge au coeur de l’action, utilisant des déguisements pour mieux coller à l’époque, et nous faisant réaliser des allers-retours intéressants entre le passé et le présent dans la géographie parisienne.

On sent qu’Andoryss s’est beaucoup documentée sur les lieux des combats comme le cimetière du Père Lachaise, et pour celui qui connaît Paris, vous pouvez tout à fait réaliser une visite touristique  à travers la lecture de ce livre.

Petit détail supplémentaire qui rend le voyage réaliste : elle utilise du vocabulaire rom et explique certaines coutumes de ce peuple ostracisé, à travers les visites de Matéo à sa famille nomade et aux roms qu’il rencontre dans le passé. Le titre du roman, Le coq et l’enfant, fait référence au médaillon rom de Matéo, symbolisant un coq et censé le protéger de la Dévoreuse (ou Tushal odji).

Un roman fantastique très bien construit

Outre son côté roman d’apprentissage, l’histoire alterne le quotidien du passageur avec ses visions de fantômes, et ses retours dans le passé. De ce fait, nous apprenons avec lui à apprivoiser ce don… et cela est très compliqué et effrayant.

Le personnage de la Dévoreuse, présente à chaque pas, et pouvant à tout moment emporter Matéo provoque une sorte d’angoisse latente pendant la lecture. Elle m’a fait faire bien des cauchemars et je me suis demandée à plusieurs reprises si nous allions nous en sortir ! Un livre à ne pas lire la nuit, si vous croyez un peu aux fantômes !

De multiples rebondissements, jusqu’à la fin du roman ajoutent encore plus de suspense à cette intrigue déjà bien ficelée. J’ai hâte de lire le second tome pour voir comment Matéo réussit à vivre normalement avec son don. Car ce n’est pas un super héros, juste un garçon ordinaire et cela est d’autant plus intéressant car cela le rend plus proche de nous.

En conclusion : Un roman fantastique très réussi, mené par un héros discriminé, qui vous fera voir Paris et la communauté gitane autrement, tout en vous faisant faire de bons cauchemars !

 

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Les voiles de Frédégonde, Jean-Louis Fetjaine, éditions Belfond

Dernier livre de mon challenge de Noël, Les Voiles de Frédégonde traînait depuis un moment dans ma bibliothèque. Ayant beaucoup aimé Guinevère du même auteur et la Trilogie des Elfes, j’ai souhaité me replonger dans ces récits entre conte et Histoire. Celui-ci nous emmène à l’époque des Mérovingiens, du partage de la France entre les fils du Roi Clothaire 1er et surtout à la rencontre de Frédégonde, maîtresse de Chilpéric et sa biographie romancée…

Résumé : Née esclave, Frédégonde était destinée à devenir courtisane dans un village gaulois. Mais un abbé la place comme servante chez l’un des fils de Clotaire, le roi des Francs. Très vite, la jeune femme découvre les secrets de la cour mérovingienne et devient la confidente d’Audowère, l’épouse du fils cadet de Clotaire. Novembre 561, le roi meurt. Ses quatre fils se partagent le royaume. Chilpéric, violent et impulsif, se débarrasse d’Audowère et prend Frédégonde pour maîtresse. Son frère Sigebert, lui, chef de guerre talentueux qui emporte le respect de tous, épouse Brunehilde, fille du roi wisigoth d’Espagne, aussi belle qu’instruite. Chilpéric, à la fois ébloui par cette alliance prestigieuse et rongé par la jalousie, décide alors d’épouser la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Mais Frédégonde n’est pas de celles que l’on peut impunément délaisser…

Mon avis :

Un roman historique réussi

Habituellement, quand je lis un roman historique, je m’attends à tomber dans l’une de ces deux catégories : un roman écrit par un historien qui essaie de caser son savoir sur l’époque par du vocabulaire indigeste au détriment de l’intrigue (ex ; Jean d’Aillon) OU un écrivain qui propose une intrigue romanesque saupoudrée de réalité plus ou moins historique (ex : Juliette Benzoni).

Ici, ni l’un ni l’autre. Jean-Louis Fetjaine est bien diplômé en Histoire Médiévale, mais il sait développer des intrigues à la fois intéressantes et très documentées.

Le récit est tel un conte envoûtant qui mêle habilement la fiction à l’Histoire. Tout en nous en apprenant plus sur les moeurs des mérovingiens, mi-gaulois, mi-romains, mi-chrétiens, l’auteur laisse la part belle à Frédégonde qui nous raconte sa vie d’esclave, puis de suivante à la cour et enfin de maîtresse du roi.

Le roman alterne son point de vue de femme au grand âge, revenant sur son passé pour nous laisser anticiper les événements à venir, et celui d’un autre narrateur pour évoquer la jeune fille naïve, emportée par les élans de sa jeunesse qui cherche à s’élever dans la société…

C’est également une vraie leçon sur les coutumes franques. Nous en apprenons plus sur le mode de recrutement des guerriers, les alliances par mariage, l’incursion progressive de la religion chrétienne chez ce peuple barbare, la bigamie des rois, l’art violent de la guerre et surtout l’état de la France en 500 après JC, complètement désunie par le partage entre les héritiers de Clothaire. En ce sens, il se rapproche de Bouddica de Jean-Laurent Del Socorro, dans sa construction.

Un éloge de la femme…féministe

Avec l’engouement actuel pour la figure de la sorcière, ce roman pourrait trouver toute sa dimension, ainsi que dans les autres oeuvres de l’auteur.

Jean-Louis Fetjaine met en avant une figure féminine tournée vers la nature dès les premiers chapitres. Frédégonde, qui n’a alors pas encore de nom, est censée donner sa virginité lors d’une cérémonie païenne organisée dans un village. Recueillie par la sorcière Oiba, elle est élevée dans les croyances liées aux esprits de la faune et de la flore, mais aussi au pouvoir des charmes féminins. Cette éducation la guidera et l’aidera à atteindre le sommet en utilisant son corps comme une arme, à une époque où la religion  condamne le plaisir féminin et impose à la femme le seul rôle de génitrice.

L’attribution de son nom la fera sortir de son rôle d’esclave et lui apportera une identité, en complément de son éducation. Frédégonde signifie celle qui apporte la guerre et la paix. Et vous verrez que cela aura un impact profond autant dans le récit que sur l’Histoire de France.

Son envie de se convertir à la religion chrétienne sera une autre étape. Calcul de sa part ? Sincère croyance en un dieu unique ? Besoin d’éducation pour se sentir complète ?Toujours est-il qu’elle nous permet par son exemple de comprendre l’hypocrisie religieuse de l’Eglise à cette époque, perdue entre des prêtres violant des esclaves et des évêques influant sur le trésor royal et les privilèges de rois considérés encore comme des barbares.

Frédégonde s’opposera d’abord à Audowère, la femme de Chilpéric, par sa forte volonté et son intelligence. La reine, femme effacée, ne sert qu’à produire des héritiers pour assurer le lignage de son mari, au contraire de notre héroïne qui n’y arrive pas. Les choses changeront avec le mariage de la princesse goth Brunehilde, au frère de Chilpéric, nous proposant deux figures féminines différentes se rejoignant pour un but ultime : régner sans les hommes. Un thème que j’espère voir se développer dans le tome suivant : Les larmes de Brunehilde.

A travers Frédégonde, c’est une femme rebelle, mais tout en finesse qui s’esquisse. Une femme qui aime profondément son amant le roi, mais désireuse d’avoir une vraie place reconnue par tous : celle d’une reine. On est loin d’une figure guerrière comme Boudicca ou une Reine vengeresse comme Aliénor.

En conclusion : Un conte ensorcelant sur le destin d’une femme ambitieuse partie de rien, qui a su utiliser les attraits que Dame Nature lui a prodigué pour parvenir à ses fins. Une vision romancée mais historiquement juste de l’époque mérovingienne, de ses partages de territoire et du rôle d’une reine dans l’Histoire de France.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Questions existentielles

Service presse or not service presse : pourquoi j’ai arrêté d’en demander.

Quand j’étais chroniqueuse pour French-Steampunk.fr ou Portdragon.fr, il m’est arrivé de recevoir ce qu’on appelle des Services Presse, autrement dit, des livres gratuits envoyés par des maisons d’édition soucieuses d’assurer leur promotion auprès des lecteurs. Depuis que j’ai commencé Les tribulations de Miss Chatterton, j’ai arrêté d’en demander. En voici les raisons…

Un service presse peut être une contrainte

Entre le moment où vous recevez le livre et le moment où vous publiez votre avis dessus, il faut maximum un mois.

Pourquoi un mois ? Parce que chaque jour, d’autres livres sortent en librairie, faisant oublier ceux de la veille. Le seul moyen pour un éditeur de mettre en avant sa publication est d’avoir pas mal de critiques dessus sitôt le livre en rayon. Sinon, pour lui, cela n’en vaut pas la peine.

Or, même s’il m’arrive de dévorer du livre pendant la semaine et pire, pendant mes vacances, je suis plutôt lente à l’écriture. J’aime réfléchir à ma lecture, livrer l’essence du livre, ma compréhension de l’histoire, mon interprétation, créer des liens avec d’autres lectures… et cela prend du temps.

Un mois, c’est tenable, mais peut-être que je n’aurai pas envie de lire le service presse au moment où je le reçois, parce qu’un autre roman m’attire.

La lecture et l’écriture pour ce blog restent un plaisir, et m’imposer des « devoirs » ne m’intéresse pas.

Alors, certes cela ne fait pas de moi une blogueuse tendance qui propose des livres récents toutes les semaines, mais cela m’est égal. Mon but est de vous faire part de mes découvertes, pas de suivre les dernières parutions littéraires.

Une forme de travail déguisée 

J’esquisse ici une théorie selon laquelle les blogueurs assument le rôle de commerciaux littéraires… rémunérés en livres par les éditeurs. (oui, je cherche à le faire taper sur les doigts).

Il est difficile pour certaines maisons d’édition de réaliser de la publicité autour de leurs dernières sorties, ou de posséder un budget suffisant pour le faire. Les blogueurs littéraires et autres booktubeurs apparaissent souvent comme un bon moyen pour réaliser cette publicité sans que cela leur coûte beaucoup.

Un livre gratuit, ce n’est parfois pas cher payé en échange de visibilité.

J’ai souvenir d’un concours des éditions Bragelonne une année, pour devenir « ambassadeur Bragelonne ». En gros, le gagnant avait accès pendant an a des livres gratuits, des rencontres avec des auteurs de la maison d’édition en vue d’interviews, et surtout la possibilité de voir ses avis de lecture mis en avant. J’appelle cela un stage non rémunéré déguisé.

Alors, certes dans le service presse, l’avis du blogueur lui apporte autant que à l’éditeur au niveau visibilité : en plus de gagner un livre gratuit, il accède à un livre récent, et parfois il est le premier à en parler. Et toutes les maisons d’édition ne sont pas des monstres, elles sont là pour vendre, c’est tout.

Je soulève juste l’idée qu’il s’agit d’une forme de travail, même si cela relève du hobby, que d’écrire des avis sur des livres, surtout s’ils sont lus et influent sur l’achat d’un ouvrage. Rappelons que le métier de critique littéraire existe encore.

J’ai les moyens de me payer des livres

J’ai parlé à plusieurs reprises du coût des livres et de ma radinerie.  Mais je tiens à préciser que j’ai les moyens, en tant qu’adulte disposant d’un salaire, d’acheter mes livres.

Et de choisir ceux dont je vais parler, en sortant du panel des services presse auquel je pourrais avoir accès.

Par ailleurs, quand j’étais bibliothécaire, j’avais le gros avantage d’avoir à ma disposition plus de livres qu’un lecteur lambda. Donc, pourquoi se cantonner seulement aux services presse?

J’ai envie de rémunérer les auteurs

La culpabilité de posséder un livre qui n’a pas été payé me donne presque envie de le rendre à l’auteur quand je vais à un salon. (si, si, j’y pense encore quand je vais aux Imaginales).

Déjà qu’ils ne gagnent qu’entre 6% et 14% du prix TTC d’un livre, si en plus ils donnent leur oeuvre gratuitement en échange de pub, je trouve ça exagéré.

En général, je donne mon service presse à la bibliothèque. La bibliothèque est censée reverser une sorte de taxe en lien avec ses droits de prêts, à une caisse des auteurs, pour les livres qu’elle achète tous les ans. Les données sont croisées avec celles des libraires à qui elle commande ses livres. L’Etat reverse aussi un montant lié aux inscrits en bibliothèque toujours en lien avec cette caisses des auteurs. (Je mets l’explicatif barbant ici, si cela vous intéresse).

Alors, techniquement mon service presse n’est pas acheté par la bibliothèque, mais j’ai bon espoir, quand c’est une série, que la suite soit demandée par un lecteur, et qu’elle soit achetée. Et puis, les collègues ne crachent pas sur des livres récents et neufs en littérature de l’imaginaire. Cette dernière est très peu développée en bibliothèque parfois par manque de professionnels connaisseurs ou tout simplement motivés, ou ce n’est pas une priorité budgétaire. Alors, si je peux aider à rafraîchir une collection de SF ou Fantasy vieillissante et faire venir des lecteurs, pour moi c’est bingo !

Le danger du côté gratuit

Quand tous les mois, on vous envoie un email pour vous indiquer les livres à paraître, vous êtes forcément tenté, comme dans toute bonne société de consommation, de prendre ce qu’on vous propose.

Quitte à avoir les yeux plus gros que le ventre et ne pas pouvoir tenir vos délais de publication et de lecture.

Cela m’est arrivé une seule fois, avec L’échiquier de Jade d’Alex Evans. J’en ai honte, mais cela fait au moins un an que je l’ai reçu pour le site Portdragon.fr, et je l’ai chroniqué seulement il y a deux semaines. Pire ! Trois mois en amont, j’avais donné mon avis sur le livre suivant de cet auteur, paru en 2019 (la méga honte !). Bref, je me suis dit que ce n’était pas correct du tout envers l’éditeur d’avoir reçu le livre gratuitement, donc, malgré le retard, j’ai fait le boulot.

Les éditeurs qui finalement ne publient pas ta critique

Cest rare, mais il arrive que je rédige un avis sur un livre qui n’est pas republié ensuite par l’éditeur à l’origine du service presse. Jusqu’à présent, j’ai mis cela sur le compte de mon faible niveau d’écriture et cela m’a poussé à progresser.

Après, tout éditeur a le droit de publier ou non ce que je propose.

Je ne lui en tient pas rigueur vu qu’il m’envoie un livre gratuit (faut pas exagérer ! ), mais cela peut faire mal au coeur pour un blogueur espérant une retombée positive sur ses statistiques de fréquentation de blog.

La pression sous-jacente pour réaliser une critique positive

Je n’aime pas critiquer négativement un auteur juste pour le plaisir de d’indiquer que son livre est nul. D’une part c’est mon avis personnel…et subjectif.

D’autre part, j’estime qu’il y a toujours quelque chose de positif à dire sur un livre, même s’il ne m’a pas plu.

Par ailleurs, s’il est publié, c’est qu’un éditeur a dû déceler son potentiel.

 Donc, j’ai pour principe, si je ne trouve pas un livre très bon, soit de ne PAS en parler, soit de relever quand même les quelques qualités que j’ai pu lui trouver dans mon avis. Mais dans tous les cas, je reste honnête quoi qu’il arrive.

Parfois, je ne trouve pas de choses positives à dire, car le livre fait écho à mon vécu ou à une autre lecture.  Le premier roman ne sera pas à la hauteur du second ou il lui ressemblera trop.

Pour revenir au service presse, même si cela n’est pas formulé de manière explicite, l’éditeur espère toujours une critique positive. Je préfère éviter l’embarras de cette situation ou de trop édulcorer mon avis par souci de plaire. Je ne veux pas faire de fausse publicité.

J’aime choisir les maisons d’édition dont je parle

Vous avez peut-être dû le constater, mais je suis très fan de deux maisons d’édition de l’imaginaire : Les éditions du Chat Noir et Les éditions ActuSF.

Cela est dû au fait que j’apprécie leurs publications et que j’aime promouvoir des petites structures. Les importants éditeurs ont déjà bien assez de ventes comme ça et les moyens de se faire de la publicité. C’est un parti pris de ma part, et j’espère continuer à le faire avec d’autres maisons d’éditions.

Je ne reçois rien en échange, si ce n’est des commentaires des auteurs sur mes publications qui me font bien plaisir.

Admettons que vous recevez une proposition de service presse sur un livre qui ne vous intéresse pas ? Allez-vous l’accepter quand même ? Moi non, je préfère éviter le malaise.

Pour conclure sur le sujet, je dirais que je reste ouverte aux services presse, mais avec circonspection. Si j’ai une demande d’une maison d’édition, j’indique toujours que je resterai honnête vis à vis du livre, par respect pour mes lecteurs, et que je publierai de mon côté ma critique qu’elle convienne ou non.

J’estime que le blog reste une activité de loisir et non une course à la notoriété. Si vous êtes blogueur débutant, posez-vous les bonnes questions avant de demander des services presse, et avisez en conséquence…

Cet article m’a été inspiré d’un autre sur le même sujet écrit par Hailey et Brooke de Abookafterbook. Si cela t’intéresse, n’hésite pas à aller visiter leur blog 😉

Papier et crayon,

A.Chatterton

Publié dans On joue ?

Bilan du challenge lecture « L’épreuve des Stratèges » avec le #PLIB2020 et la suite de mes aventures de jurée #4

Passé les vacances de Noël, j’ai voulu faire un point sur le mini-challenge auquel j’ai participé en lien avec le Prix littéraire de l’imaginaire Booktuber App (ou PLIB2020) et vous raconter la suite de mes aventures en tant que Juré PLIB 2020…

Un mini-challenge de 15 jours, c’est plutôt hardcore !

Une fois n’est pas coutume, j’ai encore été trop ambitieuse. Le challenge durait 15 jours, du 16 au 29 décembre 2019. Et, me croyant super forte, j’ai décidé de commencer à lire mes 5 livres sélectionnés… 4 jours après qu’il ait commencé !

Dans ma petite tête de procrastineuse,  je m’étais dit que j’avais le temps, vu qu’en plus, je restais chez moi pour les fêtes.

ERREUR FATALE ! Il faut toujours commencer un challenge dès le premier jour, sinon pour rattraper le retard, cela devient un readathlon !

Me voilà partie à lire mes deux premiers livres confiante, engloutissant chapitre après chapitre, comme de délicieuses pâtisseries. Au bout d’une semaine, j’ai eu un coup de mou et j’ai commencé à faire des siestes en journée. Bah oui, lire fatigue les yeux !

Arrive l’avant-dernier jour, et je me rends compte qu’il reste encore un livre à lire et ce n’est pas le plus simple : Les voiles de Frédégonde de Jean-Louis Fetjaine, un roman historique bien dense ! Je commence à regretter mon choix au vu du temps restant et je vais voir où en sont mes camarades Mages dans leur défi sur le Discord dédié à ce challenge.

Et là ! Miracle, survient une règle qui me sauve la mise : On peut valider son challenge si on a lu au moins 75% du dernier livre ! La lecture de cette histoire à l’époque mérovingienne devient tout à coup moins indigeste et je me promets pour le prochain défi lecture de commencer par les romans les plus denses.

Au final, je suis venue à bout du challenge et j’ai pu envoyer mon formulaire de validation pour faire gagner 6 points à mon équipe : 1 par livre et 1 bonus car j’avais lu un livre du PLIB 2020, L’apprentie Faucheuse de Justine Robin.

J’ai terminé de lire mon dernier roman deux jours après le challenge (comme quoi, commencer de lire dès le premier jour ça compte !).

Les résultats sont tombés le 2 janvier : On est deuxième dans l’équipe des mages, mais rien n’est perdu, il reste l’épreuve des alliés pour gagner des points en février !

Mon nouveau hobby : les livres numériques !

Pour ce challenge, j’avais décidé de lire un ebook pour la première fois, en vue d’économiser l’achat d’un livre. Et cela a été une sacrée découverte !

Moi, l’amoureuse de l’objet-livre et du papier, je me suis vite prise au jeu de l’électronique, d’autant que j’ai un nouveau super-smartphone-de-la-mort-qui-tue. Mais les débuts ont été plutôt laborieux.

J’étais en train d’essayer en vain de télécharger L’apprentie Faucheuse sur mon téléphone quand j’ai décidé de lancer un SOS sur le Discord du jury PLIB. Heureusement, quelqu’un de sympathique est venu à mon secours (on a vraiment une super communauté) et j’ai découvert la magie de Google Play Books !

Certes, il existe d’autres applications, et Google enregistre toutes vos données, mais comme mon nouveau smartphone est un Google-phone,  je me suis dit qu’au point où j’en étais, autant utiliser une appli déjà installée. (Flemme quand tu nous tiens…)

Et là, s’est ouvert à moi un monde de possibilités : fini le transport du bouquin dans le sac, il est sur mon smartphone ! Fini l’achat de livres, j’ai des ebooks gratuits du PLIB et en bonus, je peux transporter ma bibliothèque sur moi et lire à tout instant.

Ma seule limite ? La batterie dudit téléphone. Mais à part ça, je me suis habituée à l’écran (qui n’est pas si petit), au fait de tourner les pages avec le pouce et surtout, je trouve ça plus pratique dans le métro.

Et oui ! Avant, dans le métro, je sortais mon livre papier de mon sac, j’essayais de me faire une place entre un coude et un dos, et je lisais. Maintenant, hop, une main suffit !

En plus, pas besoin de marque-page ! On reprend là où on a arrêté l’application.

Le seul bémol que j’ai trouvé pour le moment, c’est évaluer le nombre de pages restantes. Il y a bien une jauge, mais je me fais avoir à chaque fois.

Et vous allez rire, mais j’ai encore un vieux réflexe du livre papier : quand je ne me souviens plus du titre ou de l’auteur, je retourne mon téléphone… sauf que la première de couverture n’est pas dessus…(Facepalm)

Quoi de neuf côté PLIB ?

Pour lire les 20 romans sélectionnés avant le vote de février pour nos 5 chouchous, j’ai accès à des livres voyageurs et des ebooks (comme évoqué précédemment).

Pour les livres voyageurs, il faut s’inscrire sur une liste. Le but étant que les livres circulent entre les membres du jury. On ne peut prétendre à un livre si on n’a pas rendu un autre livre avant. L’envoi postal reste à nos frais.

Comme j’ai souhaité réaliser des économies (les livres ça coûte cher), j’ai privilégié les ebooks et je pense me réinscrire à la bibliothèque.

Cela a été un long débat avec moi-même, mon porte-monnaie, et mon conjoint car j’avais promis de ne plus acheter de livres avant d’avoir terminé ceux que j’ai déjà à la maison. Se réinscrire à la bibliothèque signifie s’éloigner de cet objectif, mais en même temps, ne pas acheter de livres. Donc, le compromis est de n’emprunter que les livres du PLIB. On est accro à la littérature ou on ne l’est pas…

L’info du jour est que la date pour le vote final a été avancée de 15 jours car… nous avons été invités à rencontrer trois des auteurs à la  librairie Furet du Nord à Lille le 22 février !

Habitant Lyon, je ne compte pas y aller car c’est trop loin, mais je suivrai certainement le live et je vous enverrai le lien sur la page Facebook du blog. Si vous habitez dans le coin, n’hésitez pas à vous y rendre. C’est à 15h et Anthelme Hauchecorne, Georgia Caldera et Louise le Bars seront présents pour une dédicace.

Ce changement de calendrier m’oblige à revoir ma stratégie de lecture des 20 titres en lice et surtout des 5 finalistes pour mieux décider ou confirmer mon choix.

Je pense lire un maximum de titres courts, dont en priorité ma sélection personnelle, et lire les critiques des autres membres du jury des livres sur lesquels je n’aurai pas le temps de me pencher.

Je réaliserai également des critiques des livres lus de mon côté pour vous donner une idée de la sélection. 😉

Marque-pages et chocolats,

A.Chatterton