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Le bâtard de Kosigan, l’ombre du pouvoir (T1), Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Ou les chroniques d’un mystérieux chevalier-mercenaire dans une Histoire de France réinventée…

Résumé : Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe. En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…

En parallèle, au XIXème siècle, Kergaël de Kosigan reçoit un curieux héritage : celui de son ancêtre, le fameux Pierre Cordwain de Kosigan. Croyant tout d’abord à un canular, Kergäel se rend à Paris pour récupérer un mystérieux coffre transmis de génération en génération par des notaires. Lui qui n’a jamais connu sa famille se retrouve à la tête d’une petite fortune, mais aussi d’énigmes et de dangers.

Mon avis :

Une uchronie de l’Histoire de France

Et si la magie avait existé …mais qu’elle avait disparu au fil des ans ? Telle est la théorie que propose Fabien Cerutti avec ce premier tome du Bâtard de Kosigan.

Dans le récit de Pierre, la magie existe mais elle se meurt lentement.

On comprend peu à peu que le christianisme aurait contribué à éradiquer certaines races magiques mais aussi certaines pratiques. Mais comment ? Mystère…

Ainsi, la princesse de Champagne, de sang elfique, est surveillée par l’Inquisition pour éviter qu’elle n’utilise sa magie d’elfe.

Et Dunevil, membre de la troupe de mercenaires du bâtard, est une des dernières de sa race. Le reste ayant été décimé par l’Inquisition. C’est une changeforme, un atout très utile pour des missions d’infiltrations car elle peut prendre l’apparence de n’importe qui, mais dangereuse  quand ce genre de personne ne sert pas vos intérêts. Torturée pendant un temps par l’Eglise, elle a été défigurée au vitriol. Elle doit vivre dans l’ombre, d’autant que son apparence physique réelle trahit sa nature.

Pierre de Kosigan quant à lui, est familier de la magie car il utilise une pierre de mémoire pour recueillir les pensées des membres de sa troupe quand il ne peut pas être à deux endroits en même temps. Il utilise aussi cette pierre pour consigner son journal de bord de chef mercenaire. Mais la pierre a besoin de sang pour être utilisée, revers dangereux, à l’inverse  du christianisme qui se contente de prières plus ou moins entendues.

Pendant  ce temps, à l’époque de Kergaël, la magie a disparu. Cependant, avec l’héritage laissé par son aïeul, il va découvrir des traces de cette magie et semer le doute dans l’esprit de ses amis historiens. Ainsi, la découverte d’une bibliothèque secrète remplie de livres magiques, une statue de la vierge Marie mais avec des oreilles pointues, des incohérences de technologies par rapport au Moyen-Age… vont contribuer à rendre cet héritage encore plus mystérieux et interroger le lecteur, comme Kergaël sur les circonstances de la disparition de cette magie.

Fabien Cerutti a le don de nous raconter l’Histoire de France et d’Angleterre en y distillant ça et là des éléments fantastiques qui prennent tout leur sens dans l’intrigue. La magie n’est pas décorative. Elle sert un objectif précis. Et c’est très bien joué.

Un personnage principal rusé et mystérieux

L’auteur a élaboré un personnage charismatique, qui déroute et suscite l’admiration. On sait de lui le peu qu’il laisse transparaître dans ses récits ou le mépris qu’il suscite chez les autres.

Pierre de Kosigan est le bâtard d’un seigneur bourguignon qui l’a pourtant reconnu. Très jeune, il a été confié à la garde du château pour parfaire son éducation des armes. Mais cela ne s’est pas passé sans heurts…

Une fois adulte, il est tombé en disgrâce après avoir assassiné son oncle, un seigneur bourguignon. Chose qui a déclenché la colère et le mépris de l’ensemble des bourguignons à son égard.

Affranchi de ses origines, il est devenu un chevalier-mercenaire fin stratège, n’hésitant pas à servir plusieurs maîtres pour s’enrichir et à tuer quand cela est nécessaire. Cependant, il n’en reste pas moins humain, en prenant soin de sa Compagnie comme si ses hommes étaient sa propre famille.

Ajoutez à cela une constitution peu commune lui permettant de guérir très rapidement de ses blessures, une ouïe très développée (mais que d’une oreille !), un talent pour le combat et une capacité à se sortir des pires situations et vous aurez un tableau complet du bâtard.

Dans ce premier tome, on découvre le personnage qui s’interroge sur ses capacités et n’a toujours pas fait la lumière sur ses origines. Il sait manipuler certains objets magiques grâce aux enseignements d’un maître versé dans cet art, et pense que sa résistance physique est dûe à un élément magique. Ses missions pour le compte de la princesse de Champagne, et de l’Angleterre ne seront que des prétextes pour tenter de trouver des réponses à ses propres problèmes. Mais de nombreuses questions resteront en suspens…

De son côté Kergaël aura des difficultés à trouver des traces de son ancêtre dans l’Histoire de France, comme si le chevalier avait été volontairement effacé.

Une double intrigue à des siècles d’intervalle

Un autre des points fort de ce roman est sa construction.

En effet, Fabien Cerutti choisit une structure mêlant deux histoires qui se recoupent plus ou moins, à quelques siècles d’écart.

Pendant que Pierre de Kosigan participe à la joute organisée par la princesse de Champagne et s’efforce d’honorer les contrats qu’il a engagé auprès de ses différents commanditaires, Kergaël de Kosigan essaie de comprendre son héritage.

Là où Pierre s’exprime à la première personne comme pour narrer la chronique de cette aventure, que son héritier retrouvera des siècles plus tard, Kergaël évoque ses aventures et découvertes à travers des lettres adressées à son meilleur ami Charles mais aussi à son ancien professeur et sa petite-amie.

Ce mélange des points de vue permet au lecteur de procéder à ses propres déductions en suivant les deux récits.  Le récit de Kergaël sur ses origines et son héritage, le récit de Pierre sur ses missions et ses origines également. Cependant, des mystères subsistent encore en fin d’ouvrage.

Par exemple, l’histoire du coffre mystérieux trouve sa résolution en fin de livre , quand on sait comment le bâtard l’a obtenu, mais on ignore comment il l’a transmis à ses héritiers et comment il a eu des héritiers.

Autre exemple, le chevalier humal (mi-humain, mi-lion) présent lors des joutes à l’époque de Pierre, devenu son ami par la suite, est retrouvé mort (du moins son squelette), dans le passage secret d’un château dont hérite Kergaël des siècles après. Mais on ignore dans quelles circonstances l’humal a été enseveli dans l’éboulement du passage, ni ce qu’il fuyait ou combattait.

Tous ces mystères poussent le lecteur à élaborer des théories et à attendre impatiemment la suite des aventures du bâtard pour confirmer ou non ses hypothèses.

En conclusion : Une formidable uchronie de l’Histoire de France qui interroge notre rapport à la magie auprès d’un chevalier-mercenaire aux belles manières.

NB : Pour la petite histoire, l’univers du Bâtard a commencé par l’élaboration d’un jeu-vidéo  de type jeu de rôle, par l’auteur lui-même et la volonté d’une adaptation en BD. Le projet de BD abandonné par la suite, l’auteur s’est tourné vers le format du Roman. Pour notre plus grand bonheur !

Si vous souhaitez lire mon interview de l’auteur concernant le tome 4 des aventures du Bâtard, rendez-vous ici.

Cet article a été publié originellement par mes soins sur Portdragon.fr

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Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.

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Cendres, Johanna Marines, Snag éditions

Découvert lors des Imaginales 2019 lors d’une conférence intitulée « La ville, lieu du romanesque, entre fascination et répulsion » réunissant également Andoryss et Floriane Soulas, j’ai été séduite par l’atmosphère londonienne et steampunk de Cendres. Après lecture, mon avis reste mitigé. Comme le roman fait partie des sélectionnés du PLIB 2020, j’ai quand même décidé de vous en parler un peu, quitte à me faire taper sur les doigts…

Résumé : Londres, 1888. Nathaniel et Luna vivent dans un quartier mal famé de l’East-End. Pour survivre, ils sont obligés de revendre les objets qu’ils ont volés. Au même moment, à Westminster, Agathe accepte de devenir la domestique de la famille Henwoorth. Leur destin va basculer le jour où Nathaniel va découvrir un cadavre. Agathe, une jeune femme plutôt naïve prête à tout pour payer les médicaments de sa mère malade. Celle-ci va être embauchée comme parurière chez les Henwoorth. Mais, rapidement, le fils ainé de la famille, Archibald, se montre étrange… Qu’attend-il vraiment d’elle ? Et si un tout autre destin l’attendait ? Nathaniel Depford, un jeune homme de 27 ans, qui travaille comme allumeur de réverbères dans la vieille ville. Orphelin, il ne sait presque rien de ses origines. Mais, quand celle qu’il considère comme sa sœur, Luna, disparaît et que d’étranges cauchemars refont surface, son monde fragile vacille… Réussira-t-il à retrouver Luna avec l’aide de la police ? Ou devra-t-il faire chemin seul pour comprendre les forces obscures qui tirent les ficelles en coulisse ? Et si son passé le rattrapait ?

Mon avis :

Un univers assez travaillé

Johanna Marines connaît bien Londres et on sent qu’elle a fait des recherches historiques pour ce roman. Elle nous présente une capitale britannique baignant dans une ambiance puante, brumeuse, profondément inégalitaire et surtout impitoyable avec les plus faibles.

Dès les premières pages, nous entrons dans les bas-fonds de l’East End, le jour avec Agathe, une jeune fille de condition modeste, et la nuit avec Nathaniel, un allumeur de réverbères. Ils nous offrent une vue élargie de la capitale, du côté des pauvres et des sans avenir.

Les quartiers aisés ne sont pas oubliés avec le personnage de Archibald et sa famille qui  nous entraînent dans les soirées mondaines et les faux-semblants des aristocrates londoniens.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous emmène dans les cimetières et les commissariats de police où les méthodes d’interrogatoires sont peu orthodoxes et les criminels notoires.

Mais ce Londres victorien n’est pas seulement décrit du point de vue historique. L’auteure y introduit des éléments steampunk comme des fiacres mécaniques sans chevaux et des pigeons voyageurs mécaniques, qui ont une utilité dans cette histoire tout en apportant une certaine esthétique.

Ajoutez à cela que la pollution est tellement présente qu’elle se cristallise en un jour appelé Black Day, où les cendres toxiques des usines retombent sur la ville, et vous aurez un univers sombre plutôt réussi.

Une intrigue multiple 

Le roman se divise en plusieurs intrigues qui finissent par se rejoindre tôt ou tard, comme dans tout bon roman policier.

Les chapitres alternent les points de vue des personnages principaux et font avancer l’intrigue.

Tout d’abord, il y a Agathe qui se fait embaucher dans la famille d’Archibald pour gagner de quoi soigner sa mère malade. Elle découvre des élément curieux dans cette famille d’aristocrates et il lui arrive pas mal d’histoires imprévues.

Puis, le roman se recentre sur Nathaniel, allumeur de réverbères très pauvre, ignorant de ses origines, qui vit dans un grenier de fortune avec Luna sa soeur de rue et voleuse de haut vol.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous entraîne dans une enquête concernant un tueur en série/ kidnappeur de jeunes filles, dont sa propre fille a été la victime. Il prend son travail très à coeur et l’investigation tournant au personnel, il a tendance à déraper dans ses méthodes.

Les personnages vont se rencontrer, ce qui donnera lieu à de nombreux rebondissements et aboutira à un final  inattendu qui m’a personnellement bluffée.

Beaucoup de bémols

Malgré un univers plutôt réussi, j’ai noté deux grands défauts majeurs à ce roman, qui auraient pu, s’ils avaient été corrigés, donner plus de profondeur à l’intrigue et le transformer un véritable coup de coeur.

En premier lieu, il y a trop d’histoires parallèles et de rebondissements. J’ai eu l’impression de lire un récit où l’auteur n’a pas su choisir entre toutes ses idées… et a décidé de toutes les assembler. Le résultat est un peu maladroit et donne un effet fourre-tout avec tantôt des éléments inutiles sur-développés, tantôt d’autres importants mais peu étoffés.

Je citerais pour exemple l’épisode où Nathaniel se rend dans son ancien orphelinat en pleine nuit pour découvrir des éléments sur ses origines, alors que l’intrigue vient d’avancer sur l’identité du tueur. Cette énième péripétie aurait pu avoir une meilleure place à un autre moment de l’histoire et ne colle pas du tout avec le réalisme temporel de l’action. 

A l’inverse,  la fête souterraine à laquelle participe Agathe avec Archibald est sous représentée dans le récit alors qu’il s’agit d’un moment clé pour comprendre la psychologie de l’aristocrate. A croire que le roman a subi des coupures un peu abruptes.

Par ailleurs, cette accumulation de rebondissements a pour conséquence de donner un rythme trop rapide à l’intrigue. Le suspense de l’enquête et l’inquiétude des personnages concernant le tueur en série sont par conséquent tronqués alors qu’ils auraient pu y gagner en intensité avec plus de lenteur.

Le second point qui m’a un peu gênée dans ce roman, est la manière dont l’auteure développe ses personnages. Certains auraient mérité une psychologie plus fouillée comme l’inspecteur Abberline, torturé mais sans plus, la mère d’Archibald colérique mais énigmatique, et le père et frère d’Archibald, des figurants sans grande substance.  De même, les relations entre les personnages évoluent trop vite au niveau amoureux, sans-doute pour faire avancer rapidement l’histoire principale.

Ceci dit, j’admets que mon point de vue est peut-être biaisé car ce n’est pas le premier roman policier victorien et steampunk que je lis, et je deviens plus critique au fur et à mesure du temps à ce sujet. Un lecteur qui n’a jamais lu des livres de ces deux catégories aura sans doute une vision différente.

En conclusion  : Cendres est un premier roman qui mérite de gagner en maturité. Il est doté d’un univers Londonien victorien assez réussi, mais qui peut surprendre par la multiplicité de ses intrigues et le manque de profondeur de ses personnages. J’espère lire d’autres intrigues de cette auteure néanmoins prometteuse, à qui il ne manque pas grand chose pour s’avérer excellente.

NB : Si vous souhaitez lire un autre roman policier victorien et dont l’intrigue est basée à Londres, je vous conseille Soul of London de Clémence Perrin-Guillet. Si vous préférez lire un roman steampunk, Les revenants de Whitechapel de George Mann vous ravira par son esthétique et son côté glauque.

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Les revenants de WhiteChapel, George Mann, éditions Panini Books Eclipse

Vous aimez les automates possédés, les zombies et les meurtres en série , le tout dans un Londres brumeux à souhaits ? Ce roman est fait pour vous !

Résumé : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Mon avis :

Une intrigue mêlant plusieurs faits étranges… mais qui se recoupent parfaitement.

Les premiers chapitres embrouillent un peu le lecteur par les différents éléments qu’on lui soumet, en plus de lui présenter les personnages principaux.

On apprend qu’un quartier pauvre de Londres est la proie d’une maladie qui transforme les habitants en zombies-vampires.

Puis l’on suit une enquête que mène Miss Hobbes et Sir Newbury portant sur un accident d’aéronef qui transportait un membre de la famille royale, et conduit par un automate, absent des décombres.

En parallèle, des accidents provenant d’automates fous se produisent un peu partout en Angleterre et des meurtres sont perpétrés par un tueur en série fou.

Pour finir, le frère de la secrétaire de Sir Newbury a disparu.

Tous ces éléments trouvent leur résolution dans un enchaînement logique mais cela prend un certain temps aux enquêteurs et au lecteur pour trouver la solution. Néanmoins, l’histoire est assez réussie et le rythme ni trop lent, ni trop rapide. Un parfait roman policier en somme.

Une Angleterre mécanisée

Ce volume de George Mann fait apparaître une Angleterre Victorienne dans l’esprit Steampunk, assez soigné : les automates remplacent peu à peu les ouvriers et le personnel, on se déplace dans des aéronefs, tramways mécaniques et trains à vapeurs…

La science est partout et le progrès est de mise. Même la Reine Victoria a un traitement spécial : elle survit grâce à un appareil mécanique qui lui permet de respirer, assise dans un fauteuil roulant.

Le brouillard anglais et l’atmosphère londonienne sont bien retranscrits, mêlant subtilement le côté historique (fiacres, habitations, vie quotidienne) et l’uchronie (aéronefs, automates…) de l’histoire.

D’autres aspects, moins reluisants sont aussi présents : l’internement dans les hôpitaux psychiatriques pour les femmes dites « hystériques », et surtout des crimes toujours très sanglants.

Des personnages pittoresques bien développés

Malgré son air distingué et ses belles manières, Sir Newbury cache quelques vices : une passion dévorante pour l’ésotérisme, très en vogue à l’époque Victorienne, ainsi qu’un goût prononcé pour le laudanum, drogue puissante connu aussi sous le nom d’opium. Mais c’est un enquêteur hors pair, doté d’une constitution d’acier.

Miss Hobbes cache bien son jeu sous ses airs de jeune fille bien élevée : au-delà de ses talents d’enquêtrice peu communs pour une femme de l’époque, elle cache un lourd secret de famille. En effet, sa soeur a été internée par ses parents dans un hôpital psychiatrique car elle a des crises, considérées par tous comme de la démence. En vérité, elle arrive à voir l’avenir mais cela n’est pas bien vu dans la bonne société. Miss Hobbes va chercher à faire sortir sa soeur, tout en utilisant son don de divination pour les besoins de l’enquête.

Le duo fonctionne assez bien, à la manière d’un duo traditionnel Sherlock-Watson, sans pour autant apporter une touche d’originalité au genre. L’auteur a le bon goût de ne pas tomber dans les clichés en laissant la relation entre les personnages strictement professionnelle, sans la transformer en intrigue amoureuse.

En bref : Une lecture efficace et rafraîchissante pour les amateurs d’intrigues policières Steampunk à la sauce holmésienne. A noter que d’autres tomes du duo existent mais ils n’ont pas été encore traduits en français à ce jour.

Article originellement publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

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L’arrache-mots, Judith Bouilloc, éditions Hachette romans

Dans ma pré-sélection des cinq finalistes du PLIB 2020, L’arrache-mot m’a convaincue par son sujet : il a pour personnage principal une bibliothécaire qui donne vie aux mots. Ce qui est l’exact opposé de mon personnage Miss Chatterton qui plonge dans les livres ! De là, pas difficile de s’émerveiller devant ce petit bijou truffé de références littéraires…

Résumé : La jeune Iliade a un don merveilleux  : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale  !
Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Mon avis :

Un réécriture de Jane Austen…

Iliade a le coeur brisé, donc Iliade a décidé de se marier avec le premier inconnu qui lui fait une demande en mariage et une proposition d’embauche chez le roi. Rien que ça !

Cependant, sa rencontre avec son prétendant mystérieux va lui faire l’effet d’une douche froide : qui est cet odieux personnage insensible à la beauté de la littérature qui la prend pour une folle ?

Si ce n’est pas le début d’un scénario à la Jane Austen, pincez-moi ! Telle a été ma première réaction à la lecture des premiers chapitres de L’Arrache-mots.

Apparences trompeuses, jugements hâtifs, jeune fille piquante et émotionnelle, prétendant froid et impassible, famille de filles à marier… vous retrouverez ce qui a fait le succès de Orgueil et préjugés.

Cependant, Judith Bouilloc mêle subtilement son roman d’amour à un univers de fantasy et cela diffère un peu du roman de notre copine Jane.

Car Iliade, avec son pouvoir d’Arrache-mots nous fait voyager dans les livres en faisant sortir de leurs pages des créations issues de son imagination. De là, la lecture devient un vrai spectacle qui prend vie devant nos yeux ébahis et même l’histoire la plus banale devient digne d’intérêt.

Par ailleurs, l’histoire est pleine de poésie, ses personnages sont drôles et atypiques comme la mamie d’Iliade qui crache du feu quand elle n’est pas contente ou les tenues improbables d’Iliade. Tout ceci contribue à de nombreux rebondissements de cette histoire, pour notre plus grand plaisir.

Une héroïne à contre-courant

Iliade, comme je l’ai évoqué plus haut, n’est jamais bien apprêtée ni à la mode. Elle préfère créer sa propre mode en portant les créations de sa mère ou s’habiller de façon confortable plutôt que de se conformer aux règles de la cour du roi.

Ajoutez à cela qu’elle est dotée, telle Hermione Granger, d’une crinière indomptable et d’un caractère très susceptible, et vous obtenez l’inverse d’une jeune fille bonne à marier.

Cependant, on sent une fragilité derrière cette façade d’acier. Elle n’est pas sûre de plaire un jour à quelqu’un ou que son pouvoir soit accepté par un homme. Le dernier en date l’a utilisée comme faire valoir pour obtenir un succès littéraire et son petit coeur est encore brisé.

Ce contrat de mariage associé à la proposition de travail lui évite bien des embarras et lui assure ainsi qu’à ses soeurs, un avenir plus rose. Car le prétendant s’est engagé à payer les études de ses soeurs. Iliade venant d’une famille pauvre dont le père a disparu en mer, c’est une aubaine pour elle et sa famille.

Judith Bouilloc signe là une héroïne qui n’a pas peur des convenances, plutôt pragmatique quoique un peu écervelée. L’inverse d’une jeune fille bien sous tous rapports et c’est tant mieux, sinon le récit serait moins savoureux.

Une ode à la littérature

A chaque fin de chapitre, l’auteure apporte des détails sur un livre évoqué par Iliade pour compléter notre culture littéraire et cela nous donne autant envie de relire des oeuvres classiques que de découvrir de nouveaux romans. De là à dire qu’il y a conseil en lecture de bibliothécaire, on n’est pas loin.

Ajoutez à cela, en plus du personnage extraordinaire d’Iliade, des clichés sur le métier de bibliothécaire qui sont à hurler de rire comme le personnage de la sévère gardienne de la bibliothèque royale (chignon, lunettes et air pincé) et vous saurez combien Judith Bouilloc tient à la littérature et aux gardiennes de ce savoir.

En conclusion : Un petit bijou de roman plein de poésie et d’humour qui ravira les adeptes de Jane Austen comme les fans d’héroïnes atypiques.

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Vert de Lierre, Louise Le Bars, édition Noir d’Absinthe

Je n’étais pas motivée pour lire Vert de Lierre, sélectionné pour le PLIB 2020, mais après un roman plutôt long (Les voiles de Frédégonde),  j’avais envie d’une histoire courte et effrayante. 155 pages plus tard, me voici arrivée au terme de cette lecture qui m’a plongée dans une grande perplexité…

Résumé : Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre. A quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Mon avis :

Un récit fantastique à deux voix

L’histoire principale se découpe en deux récits parallèles,  alternant deux points de vue différents, mais toujours reliés à la légende de Vert de Lierre.

Il y a tout d’abord le récit d’Olivier, enquêtant sur la légende du lierreux pour son prochain livre, qui fait la rencontre de Rose, la nièce d’une vieille anglaise recluse.

Celle-ci lui confie son roman pour avoir son avis d’écrivain dessus. Il s’agit de la seconde histoire, un récit enchâssé, où Mary, une jeune paysanne raconte sa rencontre avec le Vert de lierre et les bouleversements qu’il va occasionner chez elle.

Le ton est différent sur les deux récits : l’écrivain utilise un vocabulaire riche et propose  une vision exaltée de la réalité, ponctuée par des prémonitions ou des rêves étranges. A l’inverse, Mary est plutôt pragmatique et tournée vers ses sensations avec un vocabulaire un peu moins développé.

A la première lecture, j’ai noté que le roman respectait en tous points les codes du roman fantastique en introduisant un élément surnaturel dans le cadre réaliste du récit : la légende du Vert de Lierre et toutes les manifestations de sa présence relevées par l’écrivain.

Il m’a évoqué un autre roman fantastique : La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée, pour la durée temporelle du récit qui est relativement courte, le côté superstitieux liée à cette légende paysanne et la forte présence du thème de l’amour.

Par ailleurs, il mélange deux mystères : celui de la légende de Vert de Lierre et celui autour de la tante de Rose dont personne n’a jamais vu le visage. On pourrait en ajouter un troisième qui est la vraie nature de Mary dans le récit de Rose. Celle-ci est en proie à des questionnements sur les meurtres inexpliqués de ses amants. Tout ceci contribue à donner un côté roman policier à cette histoire, en plus du fantastique.

Mais aussi, et de façon plus surprenante, ce court roman se rapproche du courant littéraire romantique. Il m’a rappelé Aurélia de Gérard de Nerval, à travers le personnage d’Olivier. En effet,  à l’image du narrateur dans Aurélia, l’écrivain déifie Rose dont il est tombé amoureux et raconte ses rêves voire ses prémonitions. Et, clin d’oeil ou pas de Louise Le Bars, quand Mary parle de son éducation, elle évoque Gérard de Nerval ainsi que d’autres écrivains romantiques.

On sent que l’auteure plonge dans des références littéraires différentes pour nous offrir un récit fantastique plutôt riche. Et c’est pas mal joué.

Une dénonciation de la condition féminine fin XIXème siècle.

Dans le récit enchâssé qu’est le roman de Rose, Louise Le Bars nous livre le portrait d’une paysanne victime d’un mariage forcé qui se donne à Vert de Lierre pour échapper à sa condition. Mais cela ne sera pas sans conséquences.

Son histoire semble le reflet du combat de femmes de la fin du XIXème siècle, qui n’avaient que peu de chances de vivre de manière libre et autonome. Les seules options étaient le mariage (choisi ou non, avec un statut de procréatrice ou de femme-potiche selon le milieu), de prendre le voile, de devenir sorcière mais en marge de la société, de se prostituer, ou d’être déclarée indigente et folle (donc le parfait cobaye pour des expériences scientifiques en asile psychiatrique.)

L’auteure évoque à un moment donné la mutilation dont Mary est victime, en hôpital psychiatrique justement, en lien avec l’hystérie. Cet épisode est caractéristique de la peur et de l’incompréhension du plaisir féminin chez l’homme, dont la vision de la femme est liée à la procréation ou à son propre plaisir.

Mary devient une figure de peur, puis d’éloge romantique, pour devenir celle de la libération féminine, proche de la sorcière. En ce sens, Louise Le Bars nous présente une femme plutôt contemporaine dans son livre, proche de celle évoquée par Mona Chollet dans Sorcières, la puissance invaincue des femmes.

Quelques bémols

Des deux personnages principaux, j’ai trouvé que le personnage de l’écrivain était le moins bien réussi. Tout au long de l’histoire, il m’a semblé qu’il était moqué par l’auteure  à cause de son côté romantisme, le rendant naïf et risible. En revanche, j’aurais aimé plus de détails sur le personnage de Vert de Lierre dont est tiré la légende originale qui reste bien mystérieux malgré les rebondissements finaux.

Par ailleurs, pendant ma lecture, j’ai été gênée parce que le roman est écrit à la première personne du singulier pour les deux histoires. Cela a pour conséquences un mélange des deux récits parallèles. J’ai dû prêter attention à chaque chapitre pour ne pas m’y perdre. Heureusement, des indices comme le niveau de langage m’ont bien aidés.

Pour finir,  je regrette de ne pas avoir frissonné face au faible degré de suspense associé au roman fantastique et d’avoir compris rapidement une partie du dénouement de l’intrigue à la moitié du récit. Peut-être qu’instiller plus de terreur à l’histoire aurait relevé son intrigue. Ou tout simplement que je lis trop de récits fantastiques et policiers. Un lecteur avec un autre bagage littéraire aura sans doute une impression différente.

En conclusion : Vert de Lierre est un roman fantastique qui se joue des codes en incluant des clins d’oeil à d’autres genres littéraires et faisant la part belle au féminisme.

Note : Si vous souhaitez connaître d’autres romans qui font référence à la littérature, je vous conseille Le club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon, et L’arrache-mots de Judith Bouilloc. Deux livres, deux ambiances…

Lierre et plumes,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

The Rook, Au service surnaturel de sa majesté, Daniel O’Malley, éditions Super 8

Retour à Londres à notre époque, pour un roman mêlant espionnage, surnaturel et jeu d’échecs…

Résumé : Victime d’une agression, Myfanwy Thomas reprend conscience dans un parc de Londres. Autour d’elle, des hommes en costume portant des gants de latex. Tous sont morts. Situation peu réjouissante, certes, mais il y a pire : Myfanwy ne se souvient plus de rien. Le plus surprenant, c’est qu’elle semble avoir prévu cette amnésie. Elle a sur elle une lettre écrite de sa main lui expliquant qui elle est et ce qu’elle doit faire pour découvrir qui veut l’éliminer. C’est ainsi que Myfawny rejoint le siège de l’Échiquier, une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la Couronne. Au sein de cette version paranormale du MI5 anglais où elle occupe un poste élevé, entourée de surdoués aux pouvoirs plus que spéciaux, la jeune femme va rapidement se retrouver seule, cherchant son chemin dans un univers d’ombres et de menaces. À présent, il va lui falloir lever le voile sur une conspiration aux proportions inimaginables.

Mon avis : 

Un suspense haletant

Dès le départ, le roman nous plonge dans une double enquête : qui veut tuer l’héroïne principale? et que lui est-il arrivé?

On apprend des détails de l’ancienne vie de l’héroïne via ses lettres à elle-même (ou à une autre occupant son corps, on ne sait pas trop…) et en dehors des rouages de la société secrète, ce n’est pas très reluisant.

L’ancienne occupante était une obsédée de travail, sans famille, n’osant utiliser ses pouvoirs et effrayée par ses pairs. Partant de là, la nouvelle Myfanwy va essayer de faire bonne figure au travail pour comprendre qui elle est et enquêter sur son agresseur.

Mais le danger rôde à chaque chapitre et plus on essaie de chercher le coupable, plus on découvre des sacs de noeuds et d’autres secrets que l’Echiquier cherche à cacher.

Des personnages avec des pouvoirs atypiques.

Le point fort de cette organisation secrète réside en ses membres et sa hiérarchie qui reprend celle d’un jeu d’échec.

Pour être admis comme membre à part entière de la plus haute hiérarchie, vous devez avoir des pouvoirs surnaturels et avoir réalisé des exploits.

Il y a donc deux tours (dont Myfanwy) chargés de la logistique et de l’administration, deux fous chargés d’opérations commandos et de hautes finances, deux cavaliers, un roi et une reine. Le reste est composé de pions, des soldats pour la plupart,  et de serviteurs de l’organisation qui n’ont pas de pouvoirs et s’habillent en violet.

L’échiquier a pour politique de repérer les enfants aux pouvoirs surnaturels dès leur naissance et de les enlever à leur famille par la force ou l’argent. Ces enfants sont ensuite entraînés dans des camps spéciaux et vivent entre eux jusqu’à leur majorité où on leur attribue un poste dans l’organisation plus ou moins grand selon leurs capacités.

Il arrive également que certains membres développent sur le tard leurs pouvoirs comme le personnage du Fou GrantChester, capable de convaincre n’importe qui ou de l’empoisonner grâce aux effluves hormonales ou toxique qu’il dégage de son corps. Dans ce cas l’organisation les recrute via finance ou sentiment de patriotisme. D’autres sont recrutés suite à un arrangement contraint, comme le Fou Alrich.

L’originalité de ce roman réside principalement dans cette organisation, qui rappelle un peu celle des XMen pour le côté pensionnat de surdoués. Mais c’est aussi dans les pouvoirs attribués aux personnages que Daniel O’Malley frappe fort.

Myfanwy peut contrôler les gens en pénétrant leur organisme par la pensée ou en les touchant. Elle ressent chaque cellule, chaque pensée de celui qu’elle touche. Ce qui peut être perturbant quand cela n’est pas un être humain mais une créature.

La Tour Gesalt possède quatre corps et un seul esprit. Ce qui est très dérangeant car on ne sait pas où se trouve son esprit. Sa particularité fait qu’il peut se trouver dans plusieurs endroits différents dans le monde et donc être au courant de plusieurs choses en même temps. Cela lui confère une longueur d’avance sur certains dans le domaine des secrets.

Le docteur Crisp peut découvrir ce que les particularités des autres en lisant les lignes de leur main par contact et en forçant leurs barrières mentales.

La Reine peut visiter les rêves de n’importe quelle personne sur terre pour le convaincre de réaliser certaines choses.

D’autres personnages évoqués brièvement : une femme indestructible, un homme élastique, des devins…

Et surtout l’organisation adverse, les Greffeurs, peuvent modifier les corps en y intégrant des éléments électroniques comme une caméra à la place des yeux, des micros aux niveau des oreilles…

Une véritable transformation de l’héroïne.

Tout le roman est un échange entre la Myfanwy passée et la nouvelle à travers les lettres que l’a première avait préparé à son intention.

Intégrée à 7 ans dans le pensionnat sans qu’on lui ai vraiment expliqué pourquoi elle était là, elle n’a jamais vraiment accepté son pouvoir. Ce dernier l’empêchait d’avoir le moindre contact avec les autres. De ce fait, elle a très vite appris à vivre seule. N’ayant jamais réussi à revoir sa famille ou à se créer d’amis, elle s’est enfoncée dans le travail  de gestion et de logistique, seule chose pour laquelle elle était douée. Mais elle est toujours restée peu appréciée de ses collègues, et très craintive des autres et de son pouvoir.

Le roman met l’accent sur la transformation de cette héroïne, ou du moins de son corps, car la nouvelle occupante aura plus d’audace, saura mieux utiliser ses pouvoirs et faire sa place au sein de l’organisation contrairement à l’ancienne Myfanwy.

On peut penser que l’auteur donne une leçon : peu importe ce que l’on a vécu, on peut toujours rebondir et avoir une seconde chance. Ici, l’amnésie aide quand même un peu à voir les choses d’un autre angle.

En résumé : On vous recommande chaudement la lecture de ce livre, surtout si vous êtes fan de sociétés secrètes, de complots et de Londres.

Cet article a été publié originellement par mes soins sur le site portdragon.fr