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Moi, Ligia, Sirène, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

« La mythologie vue par les monstres », c’est la nouvelle collection lancée par Scrineo pour un public jeunesse amateur de mythologie grecque. J’ai voulu essayer ce concept innovant et original avec beaucoup d’enthousiasme et j’ai tenté ma chance avec l’histoire de Ligia la sirène, le deuxième titre de la collection après Moi, le Minotaure…

Résumé : Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

L’Histoire des sirènes, par les sirènes

Pour peu qu’on se souvienne de nos cours de mythologie de collège, les sirènes sont des créatures à corps d’oiseau (et non de poisson) et visage de femme que croisent Ulysse lors de son retour à Ithaque, ainsi que les Argonautes pendant leur voyage. De nature cruelle, elles charment les humains par leur chant mélodieux et les attirent dans l’eau pour se noyer. Elles se repaissent ensuite de leur chair et attendent le prochain bateau pour recommencer.

Ici, il sera question de ces sirènes, mais surtout de deux en particulier : les soeurs Ligia et Leucosia. Jeunes filles insouciantes, enfants du Fleuve Acheloos et de la Muse Melpomène, elles sont transformées en sirènes par la déesse Démeter pour les punir de ne pas avoir retrouvé sa fille Coré, enlevée par Hadès. Accrochées à un repaire rocheux en mer dont elles sont plus ou moins prisonnières, elles vivent désormais leur destin cruel de monstres en se remémorant avec nostalgie leur passé.

Un monstre ou une victime ?

Dans ce court roman de 100 pages, Ligia nous raconte ses malheurs quotidiens, ses souvenirs joyeux d’autrefois et son dilemme pour se nourrir.

L’auteure fait apparaître le caractère injuste de cette transformation en sirène, un châtiment motivé plus par la colère et l’impuissance à retrouver son enfant, qu’une punition pour un crime établi. Les deux soeurs ont cherché en vain Coré, mais comment deviner qu’elle était sous terre ? Elles ne sont pas responsables de son enlèvement. On voit bien là que les Dieux font ce qu’ils veulent sur Terre et que la vie de tout humain peut basculer sous leurs caprices.

Sur leur rocher dont elles ne peuvent trop s’éloigner sans se fatiguer, les deux soeurs sont obligées de se nourrir d’humains qu’elles attirent avec leur chant. Ces repas cruels font partie de la punition et sont nécessaires à leur survie, mais leur part humaine éprouve toujours un dégoût après chaque festin.

Leurs rencontres avec les Argonautes, puis avec Ulysse vont les démoraliser complètement quant à leur capacité à charmer les hommes pour s’en nourrir, ou à être assez puissantes pour séduire le plus intelligent des mortels.

La fin du récit est un joli clin d’oeil à l’autre des versions des sirènes que l’on connaît, et popularisée par Disney : celle des femmes-poissons. Une fois de plus, Ulysse aura démontré sa ruse ou les deux soeurs auront trouvé un destin plus en adéquation avec leur part humaine. Qui sait ?

Un roman parfait pour la jeunesse

Le livre se présente en plusieurs parties : une introduction des personnages comme dans une pièce de théâtre afin de rappeler l’identité de chacun, le récit de Ligia, une partie documentaire sur le mythe des sirènes par l’auteure et ses choix d’écriture pour ce récit, et enfin quelques pages de jeux sur la compréhension sur le texte.

En cela, il est parfait pour un enfant à partir de 10 ans et répond à toutes les attentes en termes de lecture et documentation. Pour ce qui est d’un public adulte, j’ai trouvé l’idée d’adopter le point de vue du monstre très intéressante. Cependant, du point de vue du récit, j’ai noté quelques longueurs et répétitions, ainsi qu’un ton un peu déprimant. J’attends de lire les autres récits de la collection pour voir si cela est le cas pour tous afin d’adopter une opinion plus tranchée.

En conclusion : Un roman court, parfait pour la jeunesse, qui démontre que l’on peut encore être original en évoquant les récits mythologiques grecs. Sylvie Baussier nous dépeint des sirènes fatiguées de manger les humains et nostalgiques de leur vie terrestre, au lieu de monstres sanguinaires charmeurs de marins. Une vision rafraîchissante, quoique pas très joyeuse du mythe. Vivement la lecture des autres tomes de la collection !

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Le Père Fouettard, Nixi Turner contre les Croquemitaines T3, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

De retour à Paris pour affronter un nouveau monstre associé à la dépression et à la mise en danger de soi, Nixi doit récupérer des informations sur les forces qu’elle combat. Mais retourner chez elle comporte des risques, surtout quand ses amis lui collent aux fesses…

Résumé : Ce sont les vacances de Noël. Chora vient d’apprendre qu’elle a une grave maladie de coeur. La jeune fille vit très mal la situation, ce qui attire vers elle le Père Fouettard. Heureusement, Nixi et ses amis sont là.

Un croquemitaine associé à Noël… et aux attitudes téméraires

Ce troisième tome va nous faire découvrir le personnage de Chora, une collégienne un peu casse-cou qui se met délibérément en danger car elle cache un secret : elle est atteinte d’une maladie mortelle. Et depuis qu’elle en a eu connaissance, un croquemitaine vient la hanter pour la pousser à faire des choix inconsidérés ou qu’elle se mette fin à ses jours.

Figure opposée au Père Noël, le Père Fouettard invite les enfants à faire des bêtises, et plus sérieusement à la dépression et au suicide. Chora pense être plus forte que son monstre intérieur et réussir à le combattre seule, sans l’aide de Nixi. Elle ira même jusqu’à semer le doute dans l’esprit du Scooby Gang sur les motivations de Nixi a être leur amie. Pour elle, la chasseuse n’est présente parmi eux que pour tuer les Croquemitaines, pas du tout leur porter secours.

Suite au départ précipité de Nixi de sa fête d’anniversaire pour retourner chez elle glaner des informations, Chora verra rouge et voudra en savoir plus sur la chasseuse… à ses risques et péril !

Dans cet opus, Fabien Clavel nous met à la place d’une petite fille effrayée devant sa maladie mortelle et nous interroge sur nos choix : est-ce que comme Chora, nous allons céder à une pulsion de mort et à la dépression ou au contraire profiter du temps qu’il nous reste à vivre pour réaliser des choses merveilleuses ? L’auteur développe un sujet plus sensible que dans les précédents tomes, mais sans pour autant proposer des personnages qui s’apitoient sur leur sort. On en ressort l’esprit positif, malgré le drame qui pourrait arriver un jour ou l’autre. Et c’est émouvant et fort.

Une chasseuse de croquemitaines face à des choix

Dans ce tome 3, Nixi retourne chez elle et on découvre enfin ses origines et celles des croquemitaines. Cependant, rien ne va se passer comme prévu ! Face à un événement inattendu, elle va devoir choisir entre secourir sa famille ou ses amis.

Et ce sera un dilemme complexe… car la chasseuse s’est attachée aux collégiens, malgré l’incompréhension de sa mère. Un dialogue magistral entre les deux personnages donnera sens au sentiment de solitude qui habite Nixi et dont elle souhaite désormais se débarrasser.

Elle va devoir prouver qu’elle peut concilier les deux aspects de sa vie tout en continuant sa mission. Pas si facile sans aide…

Une équipe qui se renforce

Le Scooby gang de notre tueuse miniature va profiter de cette aventure pour renforcer ses liens et faire émerger les personnalités.

Hugo va se révéler un atout (intello) très précieux dans sa compréhension orale du grec ancien et ses nombreuses connaissances sur la mythologie… surtout quand il a peur !

Imane saura agir en gardant la tête froide et de manière perspicace face aux dangers qui les entourent. Elle montrera aussi un côté geek peu avouable mais fédérateur.

Kylian va révéler un côté sensible et leur donner un coup de main dans l’ombre, rachetant par là son attitude de tortionnaire envers Hugo et Nawel dans le premier tome de la série.

Chora va faire douter le groupe…pour mieux le ressouder.

Le final sera épique et nous donnera envie de vérifier s’il existe une porte mystérieuse en forme de pyramide dans les réserves du Musée du Louvre, permettant d’accéder à la maison de Nixi…

En conclusion : Dans cet opus, Fabien Clavel manie avec habileté la mythologie avec encore plus de brio que d’habitude en remettant au goût du jour les civilisations anciennes avec son gang de collégiens digne du Scooby Gang de Buffy contre les vampires. Il traite aussi d’un sujet peu joyeux : les enfants ayant des maladies graves, mais de manière positive sans pour autant manquer d’empathie.

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La Goule, Nixi Turner contre les Croquemitaines T2, Fabien Clavel, éditions du Chat noir

Je continue sur ma lancée de la série Nixi Turner avec la lecture du tome 2 où l’on en apprend un peu plus encore sur notre héroïne aux cheveux blancs et sur un nouveau croque-mitaine en lien avec l’anorexie…

Résumé : Après les vacances de la Toussaint, Nawel retrouve ses amis et découvre qu’Imane a perdu beaucoup de poids. Elle commence à s’inquiéter pour elle, mais Nixi ne s’y trompe pas, c’est certainement l’oeuvre d’un Croquemitaine. Armée de son épée, la chasseuse est prête à reprendre le combat !

Mon avis :

Quand un croque-mitaine cache un problème d’anorexie

Aperçue dans le tome 1 sur Baba Yaga, Imane, la déléguée de classe de Nawel et Hugo, va être le personnage mis en lumière dans ce deuxième opus de la Chasseuse de monstres. Elève brillante, très exigeante envers elle-même, on ne devine pas derrière son masque hautain qu’elle a des problèmes.

Dans cet épisode, Fabien Clavel aborde le sujet de l’anorexie avec ce personnage, représenté par la Goule qui dévore la jeune fille à chaque fois qu’elle se regarde dans un miroir. Plus grave encore, au lieu de combattre le Croque-Mitaine, Imane l’attends et sacrifie volontiers son corps aux appétits du monstre car elle a une vision d’elle-même déformée, grosse, horrible que la Goule rectifie à coups de crocs.

L’auteur décrit parfaitement les petits riens qui amènent la jeune fille à basculer : déménagement, perte des amis, départ de son frère adoré, disputes entre ses parents, et surtout régime qui n’en finit pas comme une solution à tous ses autres problèmes, et ses stratégies pour faire croire qu’elle mange. On visitera même pour l’occasion une unité de soins pour jeunes filles atteintes du même mal aux allures de cadavres.

Heureusement pour Imane, l’arrivée de Nixi va changer la donne. Mais il faudra que la jeune fille accepte de se faire aider pour que tout revienne dans l’ordre. Et ce ne sera pas évident. L’appui de ses autres camarades sera décisif pour cela.

Une chasseuse qui doute

Dans ce nouvel opus, Nixi va découvrir qu’évoluer parmi les mortels est plus complexe que prévu et qu’il faut parfois faire preuve d’empathie pour améliorer ses relations amicales.

Alors que son Scooby Gang s’élargit avec l’arrivée de Chora et d’Imane en plus d’Hugo et Nawel, Nixi commence à s’attacher aux collégiens, et ce n’est pas une bonne idée car cela la détourne de sa mission.

D’esprit pragmatique, elle va devoir faire appel à Nawel qui approche Imane pour des cours particuliers afin de débusquer le nouveau Croque-Mitaine. Mais cela tourne vite au vinaigre : entre la peur de Nixi de perdre une amie au profit d’une autre, et le fait qu’elle utilise les mortels comme des appâts, la pilule passe mal auprès de Nawel.

La tueuse de monstres va se sentir dépassée et perdre la confiance de ses amis. Elle fera appel à une aide maléfique extérieure plus ou moins efficace pour se débarrasser de la Goule…

Dans ce deuxième tome, on devine les points de fragilité du personnage qui apparaît plus humain qu’on ne le pense. Nixi reste une petite fille capable d’éprouver de la peur et surtout meurt d’envie de rentrer chez elle auprès de ses parents. On sent aussi chez elle une grande solitude, que ses amis mortels semblent combler. Et l’ambivalence de ses sentiments envers eux : la nécessité de les protéger quand ils veulent l’aider dans sa mission et… les empêcher de l’aider pour ne pas la gêner justement. C’est un point central qui risque de revenir dans les tomes suivants.

En conclusion : Un tome deux centré sur les faiblesses de la chasseuse de monstres et sur un nouveau problème d’adolescence sous couvert d’un monstre mythologique. Fabien Clavel sait trouver les mots justes pour décrire l’anorexie du point de vue d’une jeune fille malade et nous toucher par la même occasion. Il nous invite également à nous interroger sur la figure de l’héroïne qui, pour réussir sa mission, doit embrasser son côté humain, et surtout accepter l’aide qu’on lui propose.

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Baba Yaga, Nixi Turner contre les Croquemitaines T1, Fabien Clavel, éditions du Chat Noir

Couverture rose, petite fille au regard décidé portant une épée, titre digne d’une série d’aventurière… La lecture de ce premier tome d’une série de 5 destinée à la jeunesse m’a fait l’effet d’une bouffée d’air frais après plusieurs romans bien épais. Bienvenue dans les aventures de Nixi Turner, la tueuse de croquemitaines … au collège-lycée Gustave-Caillebotte !

Résumé : C’est la rentrée scolaire au collège Gustave-Caillebotte et Nawel angoisse à l’idée de se retrouver dans cet établissement huppé. Ses premiers jours en 6ème ne se passent pas très bien et une brume étrange et surnaturelle semble la suivre partout. Heureusement, une nouvelle élève nommée Nixi Turner arrive. Elle a l’air particulièrement féroce et les adultes ne peuvent pas la voir. Sa mission : chasser les monstres du collège !

Mon avis :

Une intrigue autour du harcèlement scolaire et de la discrimination

Dans ce premier opus, Nixi va aider la jeune Nawel à se débarrasser d’un croque-mitaine (=une créature maléfique) qui a pris possession d’elle sans qu’elle s’en aperçoive.

Il s’agit de Baba Yaga, la sorcière russe. Elle se nourrit du sentiment d’insécurité qui habite Nawel et colporte des rumeurs nuisant à la jeune fille pour y parvenir. Il faut dire que Nawel, habitant un quartier populaire à Villejuif, et surtout à peine sortie de l’enfance, intègre un collège prestigieux parisien et éprouve beaucoup de difficultés à trouver sa place.

Rejetée dès le premier jour par l’ensemble de sa classe du fait de ses origines populaires, elle va tomber dans la spirale infernale du harcèlement scolaire, refusant toute aide des adultes par souci de ne pas causer d’ennuis et par envie de se débrouiller seule. La pression et la culpabilisation de venir d’une famille qui veut un avenir meilleur pour elle joue un rôle dans l’affaire.

Avec ce roman, Fabien Clavel nous montre les étapes du harcèlement du point de vue de l’enfant et cela fait froid dans le dos ! Rejet de l’aide d’autres élèves pour éviter d’être cataloguée intello, minimisation du problème devant le principal quand elle est confrontée à son bourreau, obsession compulsive à regarder les publications relayant les moqueries dont elle est victime… sans l’aide de Nixi, Nawel serait sans-doute au bord du suicide à 12 ans !

Du côté des adultes, le problème n’est pas forcément entendu non plus : aveuglement de l’enseignant même quand l’enfant a besoin d’aide, solution-rustine d’un conseil de discipline… Il en faudra beaucoup plus pour que tout cela se résolve dans la joie et la bonne humeur.

Quant à son bourreau qui visiblement n’en est pas à son premier coup d’essai, on se pose des questions sur ses motivations. On le décrit comme un rebelle avec souvent des égratignures au visage. Serait-il lui-même victime d’un boureau à la maison ? Mystère…

J’ai pour ma part noté que ce thème harcèlement est abordé sérieusement, malgré la pointe fantastique, et qu’il pourra peut-être faire réfléchir les enfants harcelés. Après tout, la collection Chatons hantés est destinée aux 9-12 ans : un public qui sort de l’enfance pour entrer progressivement dans la pré-adolescence…

Nixi : une Buffy 2.0 ?

On ne sait pas vraiment d’où vient Nixi, mais à plusieurs reprises elle est comparée à la célèbre tueuse de vampires. Et il faut dire qu’elle lui ressemble sur certains points : armée d’une épée en os (et non d’un pieu en bois), elle est solitaire, et combat des monstres afin de protéger les (enfants) humains.

Comme l’Elue, elle possède un grimoire recensant les créatures qu’elle poursuit, et au fil de l’histoire, elle va se constituer une équipe de choc, même si ce ne sont que des collégiens. Le plus grand point commun à lui trouver avec Buffy serait l’impression qu’elle porte le poids du monde (des collégiens) sur les épaules.

Dans ce premier tome, on en apprend très peu sur ses origines. Elle ne semble pas humaine mais pourtant peut saigner. Elle a un pouvoir d’invisibilité aux yeux des adultes, mais les enfants peuvent la voir. Et surtout, on a cette impression bizarre qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend être, et qu’elle vient d’un monde apocalyptique pour réparer une bêtise.

Au fil de l’histoire, malgré son besoin de solitude, et son visible manque d’empathie, elle va commencer à s’attacher à Nawel et aux autres enfants qu’elle rencontre, ce qui laisse entrevoir un besoin de se faire des amis. Peut-être qu’elle n’a pas d’amis, là d’où elle vient ?

J’ai particulièrement apprécié la manière dont Fabien Clavel manie l’art de distiller des indices sur ses personnages pour permettre au lecteur d’enquêter. C’est une manière de procéder plaisante qui permet d’injecter du suspens et d’émettre des hypothèses sur les péripéties, l’évolution des personnages, la suite de ce premier tome… Bref c’est très réussi !

En conclusion : Baba Yaga est un premier tome d’introduction efficace, qui marque l’entrée d’une nouvelle héroïne encore très mystérieuse, et dont on a hâte de connaître la suite des aventures. Mais c’est aussi un roman jeunesse coup de poing sur le harcèlement scolaire, sous couvert d’une histoire autour d’une créature issue des contes et des légendes et d’une jeune tueuse de monstres.

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Phantom Manor, L’attraction décryptée, Jérémie Noyer et Mathias Dugoujon, éditions Euro Disney Associés

Halloween passant, associé à ma grande passion pour les parcs d’attractions, j’ai eu envie de découvrir les coulisses de la célèbre maison hantée de Disneyland Paris : Phantom House. L’occasion aussi de redécouvrir l’histoire unique crée pour cette attraction en France.

Mon avis :

Un bel ouvrage très documenté

Au premier abord, l’esthétique de ce livre est tout simplement époustouflante pour les amateurs de belles couvertures ou de livres-objets. La première et la quatrième de couverture sont soignées : reliure au fil, couverture rigide avec grains imitation cuir, couleur violette rappelant celle du manoir, titre et illustration en dorures, typographie spooky… Phantom Manor attire par son aspect extérieur avant de l’être par son contenu. Et quel contenu !

A l’intérieur, le livre se découpe en plusieurs parties richement illustrées par des photos du manoir, de ses concepteurs, des illustrations préliminaires à l’attraction, des maquettes, des portraits de personnages, des cartes… Impossible de tout décrire tellement la quantité est impressionnante ! Et malgré son épaisseur fine de 100 pages seulement, on ne peut que saluer la qualité de conception de ce livre-objet, conçu à la base pour les fans.

Comment est née l’attraction ?

La première partie du livre, intitulée « Une demeure Spectraculaire », nous plonge dans les détails de la conception initiale en 1960 pour Disneyland Resort en Floride, puis de son adaptation pour la France. On y découvre les raisons pour lesquelles l’attraction est implantée dans le quartier du Vieil Ouest, comment son nom a été choisi pour le public français. On apprend aussi quels manoirs réels et imaginaires ont influencé l’attraction et surtout… en quoi la maison hantée diffère d’un parc Disney à un autre ! J’ai été très surprise de découvrir que le manoir français de style néo-gothique ne ressemblait pas du tout à son cousin américain de style néo-classique (= maison coloniale du Sud des Etat-Unis). Quelques anecdotes de conception parsèment également cette partie : le choix de couleur extérieure du bâtiment, celui des plantes présentes autour du domaine, les tombes du cimetière, le papier peint de l’entrée du manoir…

L’histoire d’une mariée malheureuse

La deuxième partie du livre, « De l’ombre aux tableaux », est consacrée à l’histoire de Mélanie Ravenswood, crée spécialement pour l’attraction française. Il s’agit d’une histoire élaborée comme un scénario de film, narrant la vie d’une mariée abandonnée 4 fois avant ses noces par chacun de ses fiancés, tous morts dans des circonstances mystérieuses. Son fantôme et ses portraits jalonnent le circuit créé dans le manoir pour nous raconter sa vie. Dans cette partie, on nous expliquera comment est née cette histoire, ses inspirations et comment elle marque chaque détail du parcours parfois à travers des détails insignifiants : jeux de mots funestes sur les noms des fiancés, portraits en trompe-l’œil, choix de musique et de voix d’outre-tombe…

Une visite guidée de la maison hantée

Dans une troisième partie, appelée « Descente aux enfers », le livre aborde un peu plus en détail le circuit suivi par les visiteurs de l’attraction, ce que j’ai trouvé astucieux.

Pour celui qui ne s’est jamais rendu à Phantom Manor, cela donne une première idée avec des détails scénaristiques que l’on ne soupçonnerait pas au premier abord. Pour celui qui a déjà eu l’occasion de s’y rendre, cela donne envie de réaliser à nouveau le circuit (et c’est mon cas) !

Sans vous spoiler la visite, je vous indiquerais que le livre vous dévoile plus de détails sur quelques scènes marquantes : la mariée en haut des escaliers, la salle de bal fantôme, la rencontre avec la voyante, la pièce secrète… et la conception des navettes-pierre tombales utilisées pour se déplacer dans le manoir.

Les photos et illustrations de conception aident à visualiser le voyage et à mieux s’immerger. L’émotion et l’ambiance fantomatique sont présentes. Frissons garantis !

Phantom Manor : une attraction qui évolue

Le reste du livre est consacré à la rénovation de l’attraction en 2018 et aux différents acteurs français et américains qui y ont contribué à plusieurs niveaux : musique, animatronics, lumière, ingénierie. J’ai découvert à cette occasion le terme Imagineer qui désigne les « ingénieurs de l’imaginaire », ceux qui créent les attractions (du moins chez Disney). Je me rappelle avoir visité le Phantom Manor avant cette rénovation et j’avais trouvé l’attraction vieillote. Sachant tous les détails qui se cachent derrière les tableaux, les couleurs, la musique et qu’il y a eu un rafraîchissement conséquent de l’ensemble, cela m’a donné envie de retourner à Disneyland pour visiter à nouveau, et si possible à la période d’Halloween.

Quelques détails en vrac sur l’ouvrage

Le livre est bilingue français-anglais : à chaque paragraphe français correspond sa traduction en dessous du texte en anglais, sans doute pour toucher un public plus large, au vu de la notoriété de Disney.

La deuxième de couverture représente le papier-peint violet avec motifs de chauve-souris présent dans l’entrée du manoir et la quatrième de couverture est une carte ancienne du quartier du Vieil Ouest.

Le livre est disponible sur la boutique de Disneyland Paris, mais souvent en rupture de stock. Son prix est de 19.99 euros +6 euros de frais de port à ce jour. Vous pouvez aussi vous le procurer dans les boutiques Disney sur place, en visitant le parc.

En conclusion : Un très bel ouvrage, bien documenté, qui nous en apprend beaucoup sur les détails de la création de l’attraction Phantom Manor et sa rénovation. La richesse des illustrations et la visite guidée via le livre donnent envie de réaliser une vraie visite de cette demeure, hantée par le fantôme d’une mariée malheureuse… Un livre parfait pour le pumpkin autumn challenge !

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Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe, Seuil jeunesse

Pour valider un menu du Pumpkin Autumn Challenge 2020, catégorie Automne des enchanteresses / Sarah Bernardt monstre sacré, j’ai choisi cet album/conte/ Beau-livre illustré par Benjamin Lacombe. Son côté artistique et son approche féministe des sorcières de légende m’ont particulièrement séduite.

Revisiter les mythes et légendes des sorcières célèbres

Dans son Grimoire de sorcières, Sébastien Pérez nous présente des figures féminines fortes, qui ont toutes un passé de souffrance ou du moins des raisons d’en vouloir aux hommes. Il s’amuse avec les contes, les mythes, les légendes pour inventer des histoires plus élaborées et nous montrer des sorcières beaucoup plus humaines. Derrière les atrocités commises, il y a souvent une jeune femme victime de discrimination de la part des autres qui cherche à se venger par désespoir ou vengeance.

Nous rencontrerons au fil des pages de ce grimoire une Lilith, trahie par Adam à cause de son envie d’émancipation et qui cherchera vengeance auprès de Belzébuth. Il y aura aussi Méduse, transformée en femme à chevelure de serpent pour avoir été admirée par un Dieu dans le temple d’une Athéna jalouse. Nous connaîtrons la véritable histoire de la sorcière d’Hansel et Gretel, de la Reine et belle-mère de Blanche-Neige, ou encore de la sorcière à l’origine du naufrage du Titanic…

De façon surprenante et audacieuse, d’autres femmes fortes sans connotation vraiment maléfique sont également évoquées avec des histoires tout aussi tragiques : Jeanne d’Arc, La Joconde et une version siamoise de la pirate Anne Bonny…

Jonglant à travers les époques, les histoires et les pays, la réalité et la fiction, Sébastien Pérez nous emporte dans le sillon de ses sorcières d’hier et d’aujourd’hui, et c’est particulièrement réussi.

Jouer avec la forme

Pour illustrer ce grimoire de sorcellerie, Benjamin Lacombe n’a pas fait les choses à moitié ! L’objet-livre se présente sous la forme d’un vrai livre de sorcière avec couverture entoilée et reliée au fil, gravures dorées sur la première et quatrième de couverture, tranche dorée, pages jaunies. Il y a même un avertissement au lecteur dès les premières pages sur ce qu’il risque de découvrir à l’intérieur !

Chaque sorcière est représentée par une illustration magnifique de Benjamin dans son style si particulier, à la fois délicat et effrayant. Les histoires sont constellées d’objets ayant appartenu à chaque sorcière, à la manière d’une boîte à souvenirs. Cela m’a rappelé L’herbier des fées, des mêmes auteurs, dans sa construction : une fable autour d’objets et d’éléments imaginaires. Je rapproche leur travail de celui de Camille Renversade, illustrateur et metteur en scène d’expositions imaginaires.

J’ai pu lire dans d’autres critiques que cet album était lié à l’histoire La Petite Sorcière du même duo. On retrouve ladite sorcière en fin de Grimoire : Il s’agit de Lisbeth, une jeune sorcière qui découvre ce grimoire dans un grenier. Si vous voulez éviter de vous spoiler avec le Grimoire, je vous conseille de lire La Petite Sorcière bien avant. En tout cas, cela m’a donné envie de lire l’autre album de mon côté !

En conclusion : Un album qui m’a à la fois émue vis à vis des drames vécus par ces sorcières, mais aussi émerveillée devant tant d’imagination déployée pour écrire leurs histoires. C’est une belle leçon sur la différence et l’acceptation de soi qui nous est proposée à travers cet objet-livre qui saura, j’en suis sûre, vous enchanter autant que moi, ainsi que votre bibliothèque.

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Feux follets, mandragore et cadavre frais, Fingus Malister Tome 1, Ariel Holzl, Rageot

Quand le jeune Fingus a décidé d’intégrer une prestigieuse école de sorcellerie pour devenir le plus grand nécromancien de tous les temps, cela ne va pas sans catastrophes. Car après tout, même s’il est un Malister, il n’y connaît rien en magie !

Résumé : « Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! » Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Mon avis :

Vie d’un sorcier discriminé

Le ton est donné dès le départ, Fingus n’a pas la vie facile. Discriminé par tout le village parce qu’il est le descendant des sorciers qui ont persécuté les habitants pendant des siècles, il vit seul dans une vieille cabane adossée au château familial en ruines. Heureusement pour lui, il peut compter sur son amie sorcière Polly. Sauf… qu’elle ne souhaite pas utiliser ses pouvoirs, parce que selon elle, la magie est néfaste ! Le duo va tant bien que mal essayer de réaliser une potion pour briller auprès des recruteurs de l’Académie de magie. Mais les ingrédients ne sont pas faciles à trouver, et disons que Fingus est beaucoup plus motivé que Polly à y parvenir.

A travers cette histoire aux multiples rebondissements, Ariel Holzl aborde la discrimination d’un orphelin due à son histoire familiale. Rejeté par le village, ses camarades de classe et semble-t-il la terre entière, pour les actions de ses parents, il fait quand même bonne figure en se débrouillant seul et en gardant un objectif (plus ou moins positif en tête) : devenir un sorcier puissant pour redorer l’image familiale. Car Fingus ne manque ni de créativité ni de débrouillardise. Juste un peu de discernement entre ce qui est bien ou mal. Heureusement, son amie Polly, aux airs de Ron Weasley, veille, l’air de rien, à ce qu’il fasse les bons choix. On se demande d’ailleurs comme il pourrait se nourrir correctement ou arrêter de faire des bêtises si elle n’était pas là.

D’autant que si Fingus a un bon fond, ce n’est pas le cas d’autres habitants du village, comme Ammonia, la fille du maire. Mais curieusement, si un malheur arrive, il devient le bouc émissaire même s’il n’est pas impliqué (ce qui arrive une fois sur deux !).

Il y a un côté tragédie grecque derrière cette histoire jeunesse mais curieusement, Fingus ne se laisse jamais abattre et reste toujours de bonne humeur. On peut penser que le crâne de son grand-père défunt et son grimoire l’aident à tenir même s’ils sont à l’origine de toutes ses bêtises.

De l’humour noir façon jeunesse

Entre le crâne du grand-père Malister, la visite au cimetière, le village maudit, la forêt habitée d’étranges créatures et les quelques fantômes que nous rencontrerons en chemin, Ariel Holzl ne fait pas les choses à moitié pour nous faire entrer dans son univers gothique aux multiples dangers, mais fort amusant.

L’humour est très présent dans tout le récit. On rit des inventions de Fingus aux noms improbables, d’Ammonia qui souhaite créer des parfums alors qu’elle n’a pas d’odorat, des malentendus sur la recette de la potion de Fingus, du décalage entre la joie de Fingus et la haine des habitants à son égard, du monstre du donjon…

L’auteur a le don de rendre les situations cocasses amusantes alors qu’elles sont parfois tristes à pleurer et c’est particulièrement réussi. Et on se demande jusqu’où le jeune sorcier est prêt à aller dans la bêtise pour assouvir ses ambitions.

Quelques bémols

Cette première aventure, malgré une fin quelque peu inattendue, m’a laissée un peu sur ma faim. J’avais en tête l’excellente trilogie des Soeurs Carmine, du même auteur en commençant le récit. Même si j’ai retrouvé l’humour noir d’Ariel que j’adore, je trouve que cela n’a pas été assez loin dans l’intrigue. Pas assez gore, grinçant, gothique… Cela est sans doute dû au public destinataire de ce roman qui n’est pas young adult mais plutôt jeunesse. Avec une intrigue dont on devine facilement les rebondissements, ce sont les deux seuls bémols que j’ai noté pour cette lecture et qui font que cela n’a pas été un coup de coeur.

En conclusion : Une jolie histoire jeunesse conçue comme une potion anti-morosité : Prenez une grosse louche de discrimination, une cuillère à soupe d’amitié et une pluie d’actions aux conséquences désastreuses. Faites mariner dans un univers gothique mais joyeux. Saupoudrez d’un soupçon d’humour noir et d’un peu de magie et vous serez servi !

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Sans foi ni loi, Marion Brunet, éditions PKJ

Lu dans le cadre du Mois Américain, je me suis lancée avec envie dans ce one-shot Young adult encensé par le Salon littérature de jeunesse de Montreuil en 2019. Et je n’ai absolument par regretté mon choix. Entre l’ambiance western, la condition de la femme au Far West mise à nu et l’interrogation des notions de bien et de mal, j’ai eu un vrai coup de coeur. Voici mon retour …

Résumé : Ouest américain, années 1920. La cavale d’une hors-la loi avec l’adolescent qu’elle a kidnappé. Lorsqu’une hors-la-loi débarque chez lui et le kidnappe, Garett est terrifié. Pourtant Ab Stenson, cette femme indomptable, est celle qui lui ouvrira les portes d’un avenir moins sombre, loin de son père violent.
Fasciné par sa ravisseuse, Garett découvrira ses plus grands secrets, ceux qu’on ne révèle qu’à ses plus proches amis. Dans son sillage, il rencontrera l’amour et l’amitié, là où il les attendait le moins. Jusqu’au bout de la route, où Ab lui offrira le plus beau des destins : la liberté.

Une course-poursuite haletante

Le point de départ de cette histoire est l’enlèvement de Garett, fils de Pasteur et plutôt craintif, par Abigaïl Stenson, une hors-la-loi dure à cuire qui vient de braquer une banque. L’enjeu du récit sera de savoir si Stenson va libérer Garrett ou non, et si au bout du compte, elle se fera capturer par le Marshall pour l’agent qu’elle a volé.

Au cours de leur fuite, les deux personnages vont traverser des forêts, la montagne, un désert, des villes. Ils rencontreront d’autres protagonistes qui nous permettront d’esquisser un portrait de l’Amérique en 1920 : un pays raciste, injuste envers les faibles, coincé entre le puritanisme et la prostitution, dominé par la violence et où une femme qui s’habille et se comporte en homme n’a pas sa place.

Marion Brunet instille du suspense, de la réflexion à travers les yeux de Garett. Et même si l’on devine l’issue de cette chasse à l’homme, on se laisse quand même emporter par l’esprit rebelle de Ab et la naïveté du jeune garçon face au monde qu’il découvre.

Une ode à la femme forte

L’auteure nous dépeint un Far West où la femme a dû mal à trouver sa place. Les fondements d’une société patriarcale sont toujours en vigueur et cela ne leur offre que trois possibilités : l’épouse bigote soumise à son mari, la putain de saloon et…Ab Stenson.

Abigaïl Stenson est une femme qui s’habille en homme, se comporte en homme, se fait respecter. Elle s’affranchit de toutes les règles dans un univers où ce sont les hommes qui font régner la loi. Et cela fait grincer des dents la gent masculine qui ne sait pas comment réagir face à cette femme hors normes.

Curieusement, ce n’est pas le fait qu’elle ait dérobé de l’argent dans une banque et qu’elle ait enlevé un gamin pour se protéger qui dérange. C’est qu’elle soit une femme qui bouleverse un ordre bien établi. Et c’est ce qu’on lui fera payer : l’humiliation d’être battu par une femme qui ne sait pas rester à sa place, la peur de l’exemple qu’elle pourrait donner aux épouses et putains en mal d’émancipation.

Mais Ab a ses fêlures. Ironiquement, elle a été épouse et mère mais ne sait pas construire un foyer. Elle a la bougeotte, le besoin d’action dans le sang. Le modèle n’est donc pas si parfait : à trop vouloir se conduire comme un homme, elle est devenue le cliché du cowboy solitaire, à la poursuite de chimères et d’aventures.

Un véritable roman d’apprentissage

Garett a été enlevé, mais est-il vraiment prisonnier de cette femme hors la loi ? Au fil des pages, un lien va se nouer entre l’adolescent et la criminelle. Pas vraiment du syndrome de Stokholm, plutôt un lien de confiance, une complicité, du respect mutuel.

En partant, Garett pensait échapper à son père tortionnaire. Ce voyage lui fait découvrir bien plus : le courage, la détermination, l’ouverture d’esprit, l’amitié, l’amour même. Il apprendra à tirer, à tuer. Il découvrira le vrai sens du mot « Justice ». De jeune garçon, il deviendra homme et dans tous les sens du terme.

Et quand la course-poursuite prendra fin, il faudra réaliser un choix : retourner chez soi ou partir à l’aventure, comme Ab. Cet enlèvement lui aura changé son existence, et dans le bon sens. Sans cette aventure, il serait resté à la merci de son père, à vivre dans la peur avec ses frères et sa soeur dans la ferme familiale, pour une vie de misère et d’hypocrisie. Désormais, il peut décider de sa vie. Et c’est une très jolie perspective.

En conclusion : Un roman coup de poing sur le Far west qui aborde la condition de la femme sans détours avec un personnage hors du commun. Mais aussi un roman d’apprentissage pour un jeune garçon qui découvre le monde ainsi que le sens du mot Justice. Une vraie claque !

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Peau d’Homme, Hubert et Zanzim, Glénat

Le Mois Américain n’est pas terminé et je commence ma première lecture du Pumpkin Autumn Challenge ! Lu en un après-midi, ce conte/Bande-dessinée/roman graphique m’a interpellée par sa couverture étrange et son intrigue féministe. Voici mon retour sur cette ode à la liberté et à l’amour

Résumé : Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante. Elle peut désormais visiter incognito le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel. Mais dans sa peau d’homme, Bianca s’affranchit des limites imposées aux femmes et découvre l’amour et la sexualité.La morale de la Renaissance agit alors en miroir de celle de notre siècle et pose plusieurs questions : pourquoi les femmes devraient-elles avoir une sexualité différente de celle des hommes ? Pourquoi leur plaisir et leur liberté devraient-ils faire l’objet de mépris et de coercition ? Comment enfin la morale peut-elle être l’instrument d’une domination à la fois sévère et inconsciente ?

Mon avis : 

Attention lecteur ! La troisième partie de cette critique comprend des spoilers. Si tu ne veux pas connaître trop de détails sur le dénouement, je t’invite à aller directement à la conclusion. 😉

PS : je n’évoquerai pas les dessins très beaux, et avec des couleurs joliment contrastées car je ne suis pas spécialiste de la Bande-dessinée. Mon avis portera donc uniquement sur l’histoire. 🙂

Une critique de la société sous la Renaissance, mais pas que…

L’intrigue de départ de cette histoire est l’histoire d’une femme et de son mariage arrangé sous la Renaissance Italienne.

Le mariage est vu ici comme une réelle transaction où la jeune femme n’a pas son mot à dire. L’amour est prohibé mais peut se développer pendant le mariage.

Bianca, notre héroïne, regrette seulement de ne pas faire connaissance avec son mari avant le mariage et ses amies se moquent d’elle : pourquoi faire ? Découvrir qu’il est effrayant ou pathétique et annuler les noces ? Les amies sont déjà blasées par leur propre mari, car elles n’ont pas eu le choix non plus.

Seule sa marraine lui propose une alternative, comme une échappatoire avant une vie en cage : essayer, avant le mariage une peau d’homme afin de découvrir comment se conduisent les hommes et en apprendre un peu plus sur son futur époux. C’est le début d’une grande aventure qui va emmener Bianca très loin.

Mais tandis qu’elle découvre ce nouvel univers, la morale se renforce contre les lieux de mauvaise vie, ou l’Art. Son propre frère, devenu moine, devient plus virulent dans ses prêches contre les femmes. Il fait éclore un effrayant mouvement religieux qui nie toute liberté et en particulier envers la gent féminine, accusée de susciter le péché. Il condamne aussi l’homosexualité chez les hommes et les transgenres. Et cherche à cacher les corps, la nudité en vue d’une vie plus chaste qui nie la sexualité de manière générale, sauf pour la procréation.

A travers cette histoire semi-fantastique, on voit poindre de la part de l’auteur une forme de critique envers la liberté de moeurs assez prononcée qui réprime l’amour, ceci dans le but de faire valoir une seule forme de pensée. Et cela est plutôt bien amené avec le personnage du peintre transgenre ou Bianca elle-même qui essaie d’ouvrir les yeux à son frère ou sa famille sur les dangers de cette forme de pensée.

Une ode à la femme

Peau d’homme, c’est aussi un clin d’oeil au conte Peau d’âne de Charles Perrault où une jeune fille cache sa beauté sous une peau d’âne pour passer incognito. Bianca cherche à comprendre son mari puis les hommes en général : Quels sont leurs préférences sexuelles ? Pourquoi se vantent-ils de leurs conquêtes ? Qui sont-ils vraiment derrière le paraître ?Mais surtout, elle découvre une forme liberté à devenir un homme.

Cette liberté est d’abord physique car la peau est vivante, ainsi que son pénis, et elle vit des expériences qu’elle n’aurait pu connaître en tant que femme, satisfaisant ainsi ce désir féminin enfoui de comprendre ce que ressentent physiquement les hommes qui n’ont pas les mêmes attributs. Elle n’a plus honte de son corps sous la peau, qui devient un déguisement renforçant son assurance.

Puis, la liberté devient mentale, car Bianca s’enhardit, devient conquérante, invite les autres hommes à rassembler leur courage plutôt que de se cacher, devient un modèle masculin. La peau lui donne le courage de devenir elle, si la société ne lui avait pas imposé un carcan et une éducation de fille.

Elle devient héroïne face aux maris qui trompent leur femme en toute impunité alors que l’inverse est sévèrement réprimé. Une fois redevenue femme, elle a acquis assez de répondant pour se battre contre la société et la place qu’on lui impose.

Et si le secret de la peau d’homme reste bien caché, c’est qu’il servira à d’autres filles, qui auront besoin elles aussi de se mettre à la place des hommes pour se définir une identité sans réfléchir à une question de genre ou de sexualité. Car elles auront essayé les deux.

Par là, l’auteur nous offre une belle leçon de féminisme car c’est de cela qu’il s’agit : si toutes les femmes avaient la possibilité d’enfiler une peau d’homme pour vivre cette expérience, peut-être réagirions-nous différemment face à notre environnement ? Peut-être aurions-nous plus de facilités à comprendre les hommes ?

Une ode à l’amour (attention spoilers)

L’homosexualité se veut ici joyeuse, proche parfois d’une camaraderie plus poussée face à des filles enfermées sous clé jusqu’à leur mariage. Mais Giovanni, le mari de Bianca, aime sincèrement les hommes et ne considère les filles que comme un devoir conjugal en vue de procréer et donner un héritier à la famille.

Or, ce que Bianca souhaite avant tout, c’est d’être aimée de lui. Or, l’affaire tourne vite au vinaigre quand elle comprend qu’il préfère les garçons. Aimée mais uniquement quand elle porte la peau d’homme, sa vie va être plus compliquée que prévue. Et elle se fera prendre à son propre piège.

Cependant l’auteur lui propose une alternative : créer son propre bonheur en réinventant son couple. Et cela passera par l’amour et la liberté liberté d’être mariés mais aussi d’avoir chacun un amant, liberté d’inventer son propre bonheur en dehors des cases de la société, liberté pour Bianca de trouver un homme qui l’aime et d’être audacieuse sexuellement…

Hubert pousse les cases de la Morale en nous invitant à un autre modèle de couple et de sexualité. Qu’il puisse exister dans cette Renaissance fictive nous laisse l’espoir qu’il est également possible à notre époque actuelle, même sous le seau du secret.

En conclusion : Hubert et Zanzim signent une bande-dessinée audacieuse qui pose des questions actuelles sur la place de l’amour et le mariage, le rôle de la morale, le courage d’être soi, le féminisme, l’homosexualité. Un joli conte à découvrir, à travers les yeux de la charmante et courageuse Bianca, qui s’épanouira au fil des pages pour devenir elle-même.

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Le châtiment des hommes-tonnerres, L’Agence Pinkerton T1, Michel Honaker, Flammarion

Lu dans le cadre du Mois Américain, ce premier opus de l’Agence Pinkerton m’a emmenée dans le Grand Ouest, avec de fraîches recrues Pinkerton plus douées que prévues face à un mystérieux voleur agissant sur une voie de chemin de fer. Frissons et whisky frelaté garantis !

Résumé : « L’Agence Pinkerton embauche des détectives. URGENT. Entretien ce jour à midi au restaurant Chez Rouillard, à Salt Lake City. »
Neil Galore est recruté par la première agence fédérale américaine et est chargé de mettre sous les verrous un voleur qui opère sur le Transcontinental. Une affaire, plus mystérieuse qu’il n’y paraît, qui va chambouler son existence et le conduire à tout sacrifier pour devenir un véritable Pinkerton.

Mon avis : 

Un quatuor de bleus

L’auteur nous présente un personnage principal qui sort de l’ordinaire ainsi que des compagnons de route improbables pour résoudre cette enquête.

Engagés plus par la nécessité que par réelle envie de combattre le crime, le joueur de poker Neil Galore, le vacher Angus Dulles, la danseuse de saloon Elly Aymes et l’indien Armando Demayo se retrouvent à faire équipe pour arrêter un voleur qui sévit sur un train et a déjà tué 3 Pinkerton.

Après s’être bien détestés, les voilà partis sur le Transcontinental pour résoudre l’affaire. Et on ne peut pas dire qu’ils sont très doués.

Neil, notre héros, mise plutôt sur sa jolie gueule et son habileté au poker au début de cette histoire pour se sortir des pires situations. Son engagement de Détective, motivé par la volonté de rembourser ses dettes, va lui permettre de trouver sa vocation même s’il a du mal à respecter le code d’honneur des Pinkerton vis à vis du jeu. Il dispose d’un talent caché, hérité de sa Nouvelle Orléans natale, qui lui permettra de mieux connaître ses équipiers. Il reste le plus futé de la bande et va en devenir le leader malgré lui. Sa rencontre avec le personnage de Weyland va lui ouvrir les yeux sur l’Agence et sur leur mission réelle.

Elly ne prend pas son boulot de détective très au sérieux. C’est une ancienne danseuse qui n’a pas rencontré le succès. Elle rêve de devenir la vedette d’un vrai spectacle sans pour autant jouer les filles de joie. On connaît peu son passé mais on sent qu’il n’a pas dû être facile. Dotée d’un sale caractère, elle mise sur ses charmes et son habileté au tir pour résoudre l’enquête et va s’avérer plus futée que prévue. Elle envisage son engagement pour l’Agence comme un tremplin pour réaliser son rêve.

Armando est un indien rescapé d’un massacre, qui a grandi dans un orphelinat blanc. Il refuse qu’on le voit comme un indien car il n’a aucun souvenir de ses origines. Il est souvent victime de racisme à cause de sa couleur de peau et doit se battre pour trouver sa place. Il se conduira comme un jeune coq jaloux pendant toute l’enquête, essayant en vain de s’attirer les faveurs d’Elly plutôt que de participer à l’enquête. Son engagement de Pink’s est un vrai choix qui lui permet de s’éviter un destin dicté par les blancs et sa couleur de peau.

Quant à Angus, malgré son air béat qui contraste avec sa carrure d’ours, il cache plus d’un tour dans sa manche. Il va passer outre dès le départ les règles édictées par l’Agence, s’attirant les foudres de Neil. Il montrera un côté malsain malgré son apparente simplicité dans la suite de leur aventure.

Aucun n’a la rigueur ni les méthodes d’investigations légendaires des Pinkerton et pourtant leur réunion improbable fera merveille et les emmènera malgré eux ,beaucoup plus loin que cette enquête. Et quelle enquête !

Une enquête aux ressorts fantastiques

S’appuyant sur l’Histoire de la construction des chemins de fer de l’Ouest, Michel Honaker nous invite à nous interroger sur ce qui fait la grandeur des Etats-Unis. Souvent représentée comme Terre de progrès, on oublie vite qu’elle s’est construite dans la sueur et le sang.

En effet, au cours de leur enquête, la fine équipe va rencontrer des indiens chassés de leurs terres par le fameux chemin de fer, des chinois venus travailler pour la compagnie ferroviaire dans des conditions épouvantables afin de terminer la pose des rails ralliant l’Est à l’Ouest et des responsables peu scrupuleux, faisant passer le profit par-dessus l’humain.

Aucun détail ne nous est épargné, malgré le classement de ce roman en jeunesse, sans doute par volonté d’ouvrir les yeux sur une réalité méconnue.

L’histoire va prendre une tournure inattendue quand Neil va rencontrer les membres de la Brigade Pâle, sorte d’agence opposée aux Pinkerton, mais sous la forme de cowboys infatigables …car déjà morts !

Face à ces morts-vivants, la fine équipe pourra compter sur le secours du vieux Weyland,  trappeur rencontré en chemin qui leur indiquera les forces et faiblesses de leurs ennemis. Et ce ne sera pas de trop ! Car de zombies, on passera aux fantômes ou encore à des projections de soi plus ou moins sympas, revenues hanter certains endroits.

L’auteur sait doser les éléments effrayants et le fantastiques pour pimenter l’intrigue mais nous n’irons pas jusqu’à nous cacher sous la couette pour éviter de faire des cauchemars.

Les derniers rebondissements sur l’identité du voleur seront totalement inattendus et peut-être tirés par les cheveux, mais il introduiront une dose de mysticisme indienne pas déplaisante.

Derrière l’histoire, l’Histoire

Michel Honaker s’est documenté très sérieusement pour écrire sa série de romans sur l’Agence Pinkerton. Même s’il se permet certaines fantaisies avec l’introduction de pratiques occultes, l’essentiel de l’Histoire et du code de conduite de ces Détectives hors du commun sont parfaitement énoncées dès le début de l’intrigue.

J’ai effectué quelques recherches en anglais avant d’écrire cette chronique pour vérifier. Entre l’Histoire de l’Agence et de son fondateur Allan Pinkerton, ainsi que le code régissant leur organisation datant de 1867, presque tout y est.

Allan Pinkerton a été policier à Chicago avant de créer son agence de détectives. Il acquiert de la crédibilité lorsque l’Agence déjoue une tentative de complot visant  le Président Abraham Lincoln et que ses agents jouent les espions pour les Nordistes pendant la Guerre de Sécession. Des arrestations de criminels célèbres comme Jesse James ou les frères Dalton, ainsi que le rôle prépondérant des Détectives dans l’arrêt des grèves d’ouvriers à la fin du XIXème siècle ajouteront au prestige et au sérieux de l’Agence.

Concernant leur code de conduite imposé par l’Agence, et énoncés en début de roman, les détectives devaient être irréprochables : la boisson, le jeu, le langage grossier n’étaient pas tolérés. Ils devaient garder leurs factures de dépenses lors des missions pour se les faire rembourser et  s’ils rencontraient un autre agent dans la rue, ils devaient faire semblant de ne pas le connaître afin de rester discrets sur leur mission. Surtout, ils étaient dévoués corps et âme à leur boulot. La devise « We never sleep » prend alors tout son sens.

Si ce code était aussi rigoureux, c’est que le Far West ne comportait pas de police à l’époque. Il y avait bien des shérifs, mais ils œuvraient sur une ville. Les détectives étaient des agents du gouvernement et opéraient partout. Ils représentaient l’ordre et se voulaient un modèle pour les autres citoyens à une époque où il était justement difficile de faire régner cet ordre face à des criminels sans scrupules.

Dans cet opus, l’auteur introduit le personnage de Calder Weyland qui apporte un autre éclairage sur les Pink’s. Il critique le dévouement des agents envers leur patron au détriment de leur vie de famille ainsi que les méthodes douteuses qu’ils pouvaient utiliser pour parvenir à leurs fins. Weyland est un ancien Pinkerton, ce qui ajoute du crédit à ses propos. Et il n’a pas tout à fait tort.

Dans cette intrigue, on sent que les jeunes recrues sont manipulées dès le départ par l’Agence, sans grandes chances de réussite de mener à bien leur mission. Un peu comme des moutons menés à l’abattoir pour détourner l’attention.

Du point de vue historique, si les Pinkerton ont arrêté les grèves ouvrières, cela ne s’est pas déroulé sans heurts. Pour preuve, le lmassacre de HayMarket Square à Chicago en 1886 où des ouvriers perdent la vie après que les Pink’s aient infiltré les grèvistes pour déclencher un affrontement avec les forces de l’ordre. L’Agence est alors au service du Patronat et plus vraiment du Gouvernement américain, mais les méthodes restent les mêmes.  On peut pas dire qu’ils faisaient dans la dentelle. 

Si l’Histoire de l’Agence de détectives la plus célèbre au monde vous intéresse, et que vous comprenez l’anglais, je vous invite à consulter leur site internet, rubrique History. Car oui, les Pinkerton existent toujours de nos jours, mais agissent désormais comme une société de sécurité privée. Ils ont été rachetés par le groupe suédois SECURITAS AB en 1999 !

En conclusion : Un premier opus d’une série prometteuse autour de l’Agence qui ne dort jamais avec un personnage principal un peu canaille, confronté à des forces surnaturelles qui le dépassent. Michel Honaker nous livre ici une parfaite uchronie sur les Pinkerton et un Far West gangréné par la criminalité. Hâte de lire la suite !