Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 4 : Ecrire en s’inspirant d’une photographie

Je continue mes ateliers d’écriture auprès de Chloé Dubreuil, à  l’université de Lyon. Cette fois-ci nous abordons la rédaction d’une histoire à partir d’une photographie et j’ai eu l’occasion d’écrire mon premier conte mi-pour enfants, mi-morbide…

Les consignes de l’atelier 

Parmi 12 photos issues d’un club de photographie de l’université, j’ai dû en choisir une pour rédiger une histoire de deux pages maximum en l’espace de deux heures.

Cette histoire sera ensuite récupérée par le club de photo dans le cadre d’une exposition organisée à l’université, au mois de mai prochain. J’ai hâte de voir le résultat !

L’idée de départ 

Après avoir hésité entre le cliché d’une maison de briques rouges, et un paysage de coteaux un peu lugubre, j’ai vu cette photo de tas de chaussures :

Chaussures

Pour blaguer, j’ai lancé : « ça c’est un ogre qui adore manger des pieds, mais qui ne sait pas quoi faire de ces chaussures ». Et… Parfois quand je dis des bêtises, c’est loin d’être stupide au niveau créatif…

Je me suis donc lancée dans la rédaction d’un conte autour de cet ogre en me demandant ce qui pourrait bien lui arriver ensuite. C’est devenu cette histoire mi-grinçante, mi-amusante qu’est L’ogre qui aimait les pieds.

NB : Si vous souhaitez connaître les fins alternatives de cette histoire, pour entrer dans les dessous de mon processus de création, je vous les ai indiquées en quelques lignes après le conte.

L’ogre qui aimait les pieds

Il était une fois, un ogre appelé Groll, qui adorait manger des pieds. 

Certains ogres appréciaient manger entièrement les humains. Groll lui, n’aimait que leurs pieds et surtout les pieds qui puent.

Il en avait conçu une telle passion qu’il avait inventé un livre entier de cuisine sur des recettes de pieds et s’était spécialisé dans la recette des pieds aux ongles incarnés sauce moutarde.

Cependant, manger les pieds des gens a un inconvénient : leurs chaussures.  

A chaque fois que Groll préparait un festin, il récupérait systématiquement des souliers. Et il en avait des tonnes vu qu’il adorait les pieds. Sauf qu’ils n’étaient jamais à sa taille et qu’il ne savait pas quoi en faire. Alors, baskets, sandales, bottines s’accumulaient à son grand désespoir dans des malles, des paniers, des tiroirs et même au fond de son jardin.

A force de terroriser les gens du pays, plus personne n’osait sortir de chez lui et un matin, l’ogre se retrouva à court de nourriture. L’estomac dans les talons, il allait se résigner à manger des pattes de putois quand une odeur forte et puante vint lui chatouiller le nez.

“ Ça sent les pieds qui puent ou je ne m’appelle pas Groll” dit l’ogre. 

Suivant le parfum écoeurant, il sortit de sa maison et s’enfonça dans la forêt où il rencontra une petite fille avec un chaperon rouge qui transportait un énorme panier. 

Tout en se léchant les babines, il se jeta sur elle et la souleva en l’air sous ses cris affolés. Alors qu’il reniflait ses petons en se préparant à un repas de roi, il constata, fait étrange, que ses pieds ne puaient pas. Interrogatif, il la reposa à terre et lui demanda :

“Dis-moi, petite fille, d’où vient cette odeur délicieusement infecte qui vient titiller mes narines depuis que je suis tombée sur toi ?”

Brie, tel était son nom, lui répondit :

“ Cela vient de mon panier.”

“Montre-moi! ” ordonna l’ogre.

Alors la petite fille lui ouvrit son précieux panier et lui montra de drôles de choses rondes blanches, jaunes parfois bleues, exhalant un fumet abominable dans de petits emballages de papier.

“Qu’est-ce que c’est ?” demanda l’ogre

“ Ce sont des fromages” répondit Brie. Je vais les porter à ma grand-mère avec cette grosse miche de pain. “

“ Est-ce que cela se mange ? » voulut savoir l’ogre.

“Bien sûr, dit Brie, et il en existe de toutes sortes. C’est fabriqué avec du lait de vache, de chèvre ou de brebis. On le mange avec du pain ou parfois sur des pommes de terre”. Et elle ajouta malicieuse : “On dit souvent que ça sent comme les pieds qui puent, mais c’est bien meilleur !”

L’ogre ne se fit pas prier deux fois pour goûter. Un fromage qui pue autant que des pieds, il n’allait pas rater ça ! D’autant plus qu’une fois mangé, il n’aurait pas un tas de chaussures à se débarrasser !

Tout en se goinfrant de camembert et de roquefort, il posa des questions à la petite fille sur le nom des fromages, d’où ils venaient, et surtout comment il pouvait s’en procurer de nouveaux.

Consciente que l’ogre pouvait la manger en dessert, Brie lui soumit une idée : “Monsieur l’ogre, si vous aimez tant les fromages et les aliments odorants, venez donc visiter la cave à fromage de mes parents. Vous y trouverez tous les fromages possibles et peut-être une nouvelle vocation de goûteur de fromage…”

“Goûteur de fromage ? Quel est donc ce métier ?”

“ Il s’agit de goûter avant tout le monde des fromages très puants, pour déterminer lequel est le plus fort parmi les roqueforts.”

Très emballé, Groll lui promit de passer.

De goûteur de fromages, il devint le meilleur du pays et cessa à tout jamais de manger des pieds pour le plus grand bonheur des habitants. 

Quant aux chaussures, qu’en advint-il, me direz-vous ? Groll les donna à Brie, qui les distribua à ceux qui n’en avaient plus. On murmure même que l’ogre en garda une ou deux paires bien puantes juste pour lui, afin de faire affiner ses meilleurs fromages…

Fins alternatives de ce conte 

  • La fin un peu trash : Groll devient un marchand de chaussures : il revend les chaussures des gens qu’il mange.
  • La fin mignonne : Groll devient cordonnier pour ogres. Il s’intéresse aux chaussures pour en fabriquer.
  • La fin fétichiste et trash : Groll devient vendeur de chaussures chez les humains pour sentir les pieds qui puent…mais ne peut s’empêcher de les manger !

Envie de vous lancer ?

Si vous aussi vous souhaitez écrire à partir d’une photographie, choisissez d’abord celle qui vous convient.

Ensuite, étudiez l’atmosphère qui s’en dégage :  Si c’est un paysage, est-il menaçant ou apaisant ? Si ce sont des gens, sont-ils heureux ou tristes ?

Dégagez des détails, appuyez-vous sur certains d’entre eux : où se situe l’action ? que font les personnages présents ?

Vous pouvez aussi utiliser le lieu de la photographie comme celui où se déroule votre histoire. Ou encore, faire interagir les personnages avec un élément hors champ.

Ce que je trouve personnellement intéressant est de prendre une photo à contrepied comme dans mon histoire. L’image originale évoquait les piles de chaussures utilisées comme signe de protestation par Handicap International contre les mines anti-personnel dans les pays d’Afrique, qui mutilent les enfants. J’ai choisi d’en faire un conte humoristique.

Si vous séchez niveau photo, voici quelques idées qui pourraient vous inspirer, extraites du site Pixabay :

Image par <a href="https://pixabay.com/photos/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Free-Photos</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Pixabay</a>

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Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/StockSnap-894430/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2567915">StockSnap</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2567915">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/JESHOOTS-com-264599/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2373727">Jan Vašek</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2373727">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/strikers-3532212/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1802340">strikers</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1802340">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/tpsdave-12019/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2021154">David Mark</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2021154">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/RyanMcGuire-123690/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=664432">Ryan McGuire</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=664432">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/sasint-3639875/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1822481">Sasin Tipchai</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1822481">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/photos/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=690975">Free-Photos</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=690975">Pixabay</a>

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Dans tous les cas, amusez-vous et soyons fous, mélangez plusieurs photos ! Le résultat peut être étonnant !

Paillettes et chocolats,

A.Chatterton.

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 3 : Le narrateur omniscient

On monte en difficulté avec cet exercice d’écriture, proposé par Chloé Dubreuil dans le cadre des ateliers d’écriture de l’université de Lyon. Aujourd’hui, je vais vous parler de narrateur omniscient et vous dévoiler un pan de l’intrigue de Miss Chatterton.

Quelques consignes pour commencer :

Il s’agit, pendant cette séance,  de mettre en scène l’état intérieur d’un personnage, mais raconté par un narrateur omniscient, toujours en 1h30 d’écriture.

Pour apporter plus de détails, le personnage principal est seul et en attente d’un événement. Plongé dans ses pensées, il fait également attention au décor qui l’entoure. Son environnement peut nourrir sa réflexion.

Le narrateur omniscient (=qui sait tout, plus d’infos ici si tu galères), décrit l’état intérieur du personnage en parlant de lui à la deuxième personne du singulier (tu). Il n’entre pas en contact avec lui. Ce n’est pas un personnage de l’histoire.

L’objectif final est de proposer un monologue intérieur décrit par un narrateur omniscient, tourné vers la psychologie, la rêverie ou la philosophie. Il ne sera pas question d’action dans cet exercice. 

Un bon exemple, pour illustrer ce jeu d’écriture, est le roman Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino. Tu peux trouver d’autres exemples ici. Ce type de procédé est souvent utilisé dans les romans dont vous êtes le héros (si cela te parle un peu plus.)

Tu l’auras compris, après ces multiples explications, l’exercice est ardu et m’a demandé pas mal de réflexion. J’ai d’abord imaginé un personnage en salle d’interrogatoire de police, observé par quelqu’un derrière une glace sans tain. Mais je m’éloignais du sujet, car il s’agissait d’adopter un point de vue interne et non externe. Le deuxième personnage n’observe pas seulement le premier. Il sait ce qu’il se passe dans sa tête.

Je me suis alors demandée comment réagirait Miss Chatterton, si elle s’était faite épingler par la Commission de Discipline de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême, et cela a donné le texte suivant.

Essai d’écriture :

La Commission de Discipline

« Vous êtes invitée à vous présenter en Commission de Discipline le lundi 12 janvier 14h à l’aile Archimède afin de répondre d’une infraction constatée du Code de l’Académie des Bibliothécaires de l’Extrême. Le Conseil vous autorise à venir accompagnée d’un représentant des élèves afin de défendre vos droits si vous le souhaitez. A l’issue de cette Commission, il sera déterminé votre maintien de permis de Voyageur livresque ainsi que votre place dans l’établissement. Signé : Le Haut-Conseil des Bibliothécaires de l’extrême. »

Cette lettre, tu l’as triturée dans tous les sens depuis que tu l’as reçue il y a une semaine. Tu n’en dors plus la nuit depuis. Tu t’y attendais pourtant, au vu de tes entorses occasionnelles au règlement de l’Académie. Ces petites entorses pour lesquelles tu trouvais toujours une raison légitime de transgresser la règle…

Tu regrettes maintenant, assise sur le banc en bois inconfortable des élèves impertinents, devant la porte de la Commission de discipline, attendant ton tour. Tu es seule dans cette partie du bâtiment. Évidemment : personne n’y vient à moins d’avoir fauté. C’est dommage. Il s’agit de la partie la plus ancienne de l’école et elle ne manque pas de cachet. Tu jettes un coup d’œil. De toute façon, il n’y a que ça à faire. Ton regard se porte sur les murs en pierre blanc. Ils te rappellent l’architecture de la faculté d’Oxford. Des murs sculptés, hauts qui se rejoignent par une voûte en croisée d’ogives à trois mètres du sol. Tu hausses les épaules. Normal, Oxford a inspiré l’école des Bibliothécaires de l’Extrême. Histoire de garder un côté solennel et d’impressionner les visiteurs sans doute. Le sol t’intrigue en revanche. Il est constellé d’une mosaïque colorée avec des motifs animaliers et floraux. Tu te lèves pour les observer. Tu distingues un chat, un poulpe, un corbeau, une chouette, des figures géométriques qui s’apparentent aux artefacts de voyages livresques, et des ornements décoratifs. Un beau mélange, mais parfaitement coordonné. Comme si tout ceci avait un sens. Tu le gardes en mémoire pour plus tard, quand tu retourneras chez toi étudier les mystères de l’Académie. Si tu n’est pas exclue aujourd’hui bien sûr ! Tu retournes à ton banc en silence en te maudissant d’avoir enfreint les règles, et tu relis une énième fois ton courrier de convocation.

Tu as choisi de venir seule car tu ne voulais pas impliquer un de tes collègues et amis. Mais la vérité, c’est que tu as honte. Toi, la première de la classe, convoquée en Commission de discipline ! La nouvelle a fait le tour de l’Académie et quand tu es arrivée à 13h30, c’était en cachette, espérant ne croiser personne. Tu as eu de la chance dans ton malheur, tous étaient soit en mission soit en cours. Il n’y a que la bibliothécaire de l’Accueil qui t’a vue et regardée d’un air mi-désolée mi-suspicieuse, quand tu lui as demandé de t’indiquer l’aile Archimède. Tout le monde sait que c’est l’aile où les cancres sont punis. On n’en revient dépité ou on disparaît, viré de l’Académie.

Tu réfléchis maintenant à nouveau à l’infraction mentionnée dans la lettre. Parce que tu as tellement dépassé le règlement depuis longtemps que tu ne sais plus ce qui est permis ou pas. Tu prépares mentalement ta défense en te remémorant tes écarts de conduites dont le conseil pourrait avoir connaissance.

Tu repenses aux créatures magiques que tu as laissé s’échapper des livres pour les protéger d’écrivains désireux de les torturer dans leur intrigue. Tu en as déjà recueilli quatre chez toi. Mais leur absence n’a pas impacté leurs histoires originelles. Tu penses donc qu’il ne s’agit pas de ça. Si on te demande, tu penses plaider la protection animalière magique. Tu hoches la tête. Oui, c’est un bon argument.

Tu te revois orienter le rôle du personnage de Jean dans Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch, pour qu’il prenne de l’importance dans l’histoire alors que l’auteur ne l’avait pas prévu. Monsieur Lynch était très déprimé pour l’écriture du tome 2 de sa série et tu en as profité pour apporter quelques améliorations de ton cru à son histoire.  Ton rôle originel était de soutenir psychologiquement les personnages malheureux, et de corriger les fautes d’orthographe à coup de marteau-tampon-encreur comme l’indique l’ennuyeux code des Bibliothécaires de l’extrême. Tu n’en as fait qu’à ta tête. L’écrivain a raconté plus tard dans une interview, que ses personnages lui semblaient vivants et l’avaient poussé à changer son intrigue, utilisant l’argument du créateur dépassé par sa création. Tu as beaucoup ri.  Le livre est devenu un best-seller. Cela t’as conforté dans tes actions. Après tout, tu as aidé un écrivain malade à améliorer son histoire pour qu’elle soit diffusée à un maximum de lecteurs. Et c’est l’une des règles fondamentales de l’Académie : le maintien de l’imagination collective par la diffusion des histoires au plus grand nombre. Si l’histoire est meilleure, elle est plus vendue et donc plus lue. IM-PA-RABLE ! Il ne la verront pas venir celle-là en commission ! Tu souris, conquise par ton forfait réalisé pour le bien de tous.

Tu repenses enfin à ton rôle dans l’affaire Le Roi Jaune et La Malédiction de Cthulhu. Ta première mission en tant que consultante privée auprès de la Police Magique. Une affaire non-officielle bien sûr. Tu n’avais pas les agréments ni l’autorisation de l’Académie pour aider le Détective Pedro de la Vega à élucider ce cas. Mais tu n’as pas pu t’en empêcher. L’envie d’aider un ami et le désir irrésistible d’entrer dans des livres interdits t’ont poussée à accepter la demande de Pedro.

Tu as failli rester dans le livre cette fois-ci, et te faire manger par des créatures issues de la sorcellerie. Mais bon, c’était le risque, et tu t’en es sortie. Tu as réussi à désenvoûter un ouvrage entier et Pedro a retrouvé l’assassin de son meilleur ami pour lui faire payer ses crimes. Ce n’est pas tous les jours qu’une Bibliothécaire de l’extrême de premier niveau arrive à un tel exploit ! Il faut attendre le sixième niveau pour savoir combattre une créature maléfique et le dixième pour s’échapper sans encombres d’un livre interdit avec l’équipement adéquat. Toi, tu n’avais que ton artefact de niveau 1 et … tes créatures magiques issues d’un autre tome (répétition) contraire au règlement. Mais bon, ils devraient être contents de savoir que tu as de telles capacités et en plus, tu pourrais conseiller cette méthode aux collègues de niveau 10 en cas de problème. Tu hoches encore la tête. Oui, la démonstration est digne d’un grand orateur.

Tu es la meilleure dans ton domaine. Ils doivent le savoir ces vieux croûtons. Et puis, il faut laisser la place aux jeunes, à des nouvelles idées d’exploration livresque.

Tu te lances dans une réflexion de la réécriture du code de l’Académie quand un doute t’assaille. Et si tu te trompais sur toute la ligne ? Si tes réponses aux accusations des membres de la commission ne suffisent pas ? Que feras-tu ? Que feras-tu sans permis pour voyager dans les livres ? Qu’arrive-t-il aux Bibliothécaires qui ont perdu leur permis ?

Tu as entendu de vagues histoires de voyageurs sans licence qui continuent à entrer dans les mondes imaginaires. Il s’agit de chasseurs de primes. Des mercenaires payés par l’Académie pour traquer des personnages échappés de leur ouvrage d’origine.

Cette carrière ne t’enchante guère. Tu as la violence en horreur. C’est amusant de bousculer des fautes d’orthographe ou de chasser des esprits, mais bon, tu as tes habitudes comme boire ta sacro-sainte tasse de thé à 16h et t’occuper de tes plantes vertes. Une vie de guerrière sans domicile fixe n’est pas pour toi.

Consultante pour la police alors ? Tu l’as déjà fait de manière officieuse. Pedro pourrait t’aider peut-être?

Mais est-ce que tu seras seulement autorisée à garder ton artefact de voyage si on t’enlève ton permis ? Là est la question.

Le voyage livresque est toute ta vie. Que vas-tu devenir sans ton artefact ?

Redevenir une bibliothécaire normale, tout en connaissant le secret de l’Académie ? Un vrai drame. Tu te sens utile dans ton travail, il représente toute ta vie.

Tu te mets soudain à pleurer. Tu murmures : « Qu’ai-je fait ? »

C’est à ce moment là qu’un des membres du Conseil ouvre la porte de la salle où a lieu la Commission.

– Mademoiselle Chatterton ! Bonjour à vous. Oh, n’allez pas vous mettre dans un tel état pour une histoire de Porte-monde mal refermé ! Vous êtes venue seule ?

Tu relèves la tête, surprise. Tu sèches tes larmes.

– Oui Professeur Lampion. Je n’ai pas voulu déranger mes camarades.

– Tant mieux, tant mieux. La commission sera moins longue comme ça. Vous savez, ce sont des courriers types que l’on vous envoie. Il ne faut pas m’en tenir rigueur. Certains collègues sont tatillons avec le protocole. Comme vous êtes la première de la classe, cela a dû vous effrayer. Nous avons plutôt l’habitude de recevoir des cancres ici.

– Le courrier m’a un peu affolée professeur, je l’avoue. Mais maintenant que je connais le motif, je comprends l’importance de cette commission. Il ne faut pas jouer avec le règlement de l’Académie.

– Vous avez bien raison Amélia. Afin de citer Adolphe de Chesnel : ” Pour mener une bonne vie, art, ordre et règle y remédient.

– C’est tiré du Dictionnaire de la sagesse populaire, recueil moral d’apophtegmes, axiomes de tous les temps et de tous les pays, n’est-ce pas ?

– Quelle érudition, Amélia, quelle érudition ! Oui, en effet. Entrez ma chère, ne laissez pas attendre mes confrères.

Tu entres dans la salle de Commission de Discipline, un sourire hypocrite  aux lèvres.

Mal refermer son Porte-monde après un voyage livresque, c’est vraiment des cacahuètes après ce que tu as fait en matière d’infraction au règlement. Il va falloir faire plus attention à l’avenir. Cette commission va être du gâteau…

J’espère que cet extrait t’aura plu. Afin de le présenter convenablement dans le cadre du Roman de Miss Chatterton, je vais réaliser quelques modifications en le passant à la première personne. Mais tu auras eu un petit teasing concernant des éléments que je n’ai pas encore évoqué concernant l’Académie : les règles de voyage, les chasseurs de primes, l’affaire Le Roi Jaune (en préparation avec Pedro de la Vega)…

Si tu souhaites en savoir plus sur l’univers d’Amélia Chatterton, je t’invite à lire mes premiers essais dans la rubrique Le Roman de Miss Chatterton.

A bientôt pour un nouvel atelier d’écriture !

Plumes et tampons-encreurs,

A. Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture, On joue ?

Concours d’écriture : astuces et conseils pour s’amuser en écrivant.

Info du jour : Les éditions Jouvence et le site Librinova organisent un concours autour du thème du développement personnel. Voici quelques raisons qui pourraient vous pousser à m’accompagner dans cette aventure ou à vous inscrire à un concours d’écriture en général…

Le concours ou LA solution pour terminer et/ou arranger un roman inachevé

Vous vous souvenez de ce roman dont vous avez écrit le début et connaissez la fin sans pour autant l’avoir jamais terminé ?  Ou encore celui que vous avez terminé sans jamais oser l’envoyer à un éditeur ? C’est le moment de le ressortir de son placard, s’il colle au thème du concours bien sûr !

Sinon, il y a toujours possibilité de l’orienter en fonction du sujet du concours. Pour cela, prenez garde aux consignes imposées dans le règlement intérieur : réduction du format, thème, etc…

Ecrire sous contrainte pour débloquer sa créativité

A l’image des exercices d’écriture de ma rubrique Ateliers d’écriture, participer à un concours qui vous impose des règles peut vous aider à débloquer votre créativité.

Si vous êtes comme moi, désespérée d’inventer une histoire sortie du néant, cela promet d’être une expérience intéressante. A l’image d’un sujet imposé par un professeur, vous aurez un cadre pour composer.

Cependant, il est important d’être d’accord avec les contraintes imposées, sinon cela risque de vous freiner, ce qui est l’effet inverse recherché !

Ecrire un format long pour gagner en expérience.

Imaginer une nouvelle, ce n’est pas la même chose qu’imaginer un roman.

Il vous faudra structurer votre histoire en chapitres et garder une cohérence du début à la fin. Pour cela, je vous invite fortement à réaliser un plan de votre roman, voire un résumé, pour vous aider à vous orienter au fil de votre écriture. Il sera votre guide et vous évitera de vous décourager en chemin.

Si vous avez déjà rédigé une nouvelle dans le thème du concours visé, vous pouvez la transformer en roman. Il suffit d’ajouter plus de descriptions, d’intrigues, de dialogues, et des personnages à la psychologie bien détaillée.

Attention à ne pas tomber pour autant dans l’allongement massif de texte qui plombe l’équilibre général de l’histoire ! Concernant ce sujet, je vous invite à lire l’article amusant de l’auteur Lionel Davoust,  qui utilise la méthode Marie Kondo pour alléger ses histoires. 😉

Ecrire dans un délai imposé, pour mieux tout terminer

Si vous êtes comme moi et que sans délai, vous ne finissez rien, les dates d’envoi indiquées pour un concours peuvent être une bonne manière de vous motiver !

Cela vous demandera de vous organiser au quotidien pour écrire votre roman, en trouvant un moment par jour ou par semaine pour passer à la rédaction. Si vous êtes du genre méthodique, vous pouvez envisager de réaliser un véritable planning d’écriture.

Votre emploi du temps est trop chargé ? Je vous conseille la méthode du défi sablier de l’auteure Samantha Bailly. Il consiste à trouver entre 5 et 15 minutes par jour sur son emploi du temps pour écrire, en utilisant un sablier.

Au contraire, si une deadline vous cause des pics de stress, un concours n’est peut-être pas l’idéal pour vous, à moins de le transformer en challenge. A vous de voir 😉

Gagner un prix, parce que bon, on a signé pour ça à la base !

LA grosse motivation d’un concours reste surtout ce qu’il y a à gagner en cas de réussite.

Dans le cas du concours organisé par les éditions jouvence, il s’agit d’une publication de votre roman dans leur catalogue, et sa communication auprès du public, après relecture de votre texte par des professionnels.

Sans pour autant se mettre la pression, vous pouvez aussi envisager cela comme un challenge personnel.

Dans le cas où vous ne gagnez pas, il faut toujours se dire que vous ferez mieux au prochain concours et que la pratique permet de s’améliorer.

Une autre possibilité serait d’envoyer votre roman à une autre maison d’édition pour tenter une publication, s’il correspond à leur ligne éditoriale.

Le concours des éditions Jouvence met en avant le roman de développement personnel. Ce n’est pas pour rien : ce genre a le vent en poupe. Il n’y a qu’à voir la naissance de la catégorie « Roman Feel Good » pour s’en persuader chez les éditeurs, et la popularité de certains auteurs comme Laurent Gounelle, Raphaëlle Giordano ou encore Virginie Grimaldi.

Plus on est de fous, plus on rit !

Vous avez la chance d’avoir un groupe d’amis avec qui vous partagez la passion de l’écriture ou  vous êtes adepte de groupes et blogs d’écriture ? Pourquoi ne pas challenger d’autres personnes afin d’écrire sur le même sujet ?

Cela vous aidera à vous motiver et à avoir conseils et points de vue différent sur votre intrigue pour l’améliorer avant son envoi.

Où trouver la liste des concours d’écriture en cours ?

Librinova propose de nombreux concours d’écriture sur sa plateforme d’autoédition.

Vous pouvez également trouver une liste non exhaustive de concours de nouvelles et de romans sur le site concoursnouvelles.com. Il mélange participations gratuites et payantes. Certains concours permettent de gagner de l’argent en plus de la publication. Lisez bien les règlements intérieur pour savoir à quoi vous attendre et faites votre tri.

De manière générale, les maisons d’édition proposent des appels à texte sur leurs sites internet avec des contraintes. N’hésitez pas à vous en inspirer, même si ce ne sont pas exactement des concours, cela promet parfois d’être publié.

Quelques informations sur le concours des éditions Jouvence pour terminer 

Ce concours est organisé par les éditions Jouvence et Librinova du 15 novembre 2019 au 30 avril 2020. L’annonce des résultats est prévue en juin 2020.

Le premier gagnant verra son texte publié à l’automne 2020. Il bénéficiera de l’expertise de communication des Éditions Jouvence. Les deux lauréats suivants bénéficieront de la publication de leur ouvrage en version numérique et en version papier par Librinova.

Son sujet d’écriture est le suivant : Rédigez un récit fictif partant de l’un ou plusieurs des thèmes suivants : les Quatre Accords toltèques, la Communication NonViolente ®, le lâcher-prise, la sororité.

Rédigez un texte de 80 000 à 120 000 signes (espaces compris) et laissez place à votre imaginaire ! Que votre récit fasse référence à votre vécu ou qu’il soit totalement inventé, il doit être rédigé comme une fiction et si possible, suivre la structure du schéma narratif (situation initiale, élément[s] perturbateur[s], péripéties, élément de résolution, situation finale). Attention : votre récit doit impérativement être une fiction. Les témoignages ne seront pas pris en compte.

Des ouvrages de référence sur les méthodes de développement personnel évoquées pour le concours sont disponibles aux éditions Jouvence.

Le Règlement intérieur disponible sur le site de Librinova.

Note de ma part : Il vous faudra ouvrir un compte sur le site de Librinova pour participer au concours et envoyer votre texte.

La seule difficulté d’écriture de ce type de roman est de glisser subtilement une méthode de développement personnel dans l’intrigue (à la manière de Laurent Gounelle), ou de l’assumer complètement avec un index (comme le fait Raphaëlle Giordano).

En espérant que cet article vous aura donné envie de découvrir le monde des concours d’écriture ou débloqué votre créativité.

Rouages et chocolat,

A.Chatterton

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 2 : Décrire une atmosphère… avec une pointe de fantastique

Lors de mon deuxième atelier d’écriture organisé par l’université de Lyon avec Chloé Dubreuil,  j’ai pu approfondir un aspect du récit qui est celui de la description.

L’objet de l’atelier était d’écrire une nouvelle, toujours avec un objectif temps d’1h30, où l’atmosphère et/ou le décor deviennent un élément à part entière, voire un personnage, qui conduit à un basculement, à l’image des récits fantastiques.

Un bon exemple de récit fantastique est la nouvelle de Guy de Maupassant, Le Horla, où le personnage principal est persuadé de l’existence d’un être invisible et malfaisant qu’il nomme le Horla, dont il essaiera de se débarrasser en brûlant par la suite sa maison (avec ses domestiques !).

Pour théoriser un poil, Tzetan Todorov décrit le Fantastique comme « l’introduction du surnaturel dans le cadre réaliste d’un récit. Il se distinguerait du Merveilleux par l’hésitation qu’il produit entre le surnaturel et le naturel, le possible ou l’impossible et parfois entre le logique et l’illogique. » 

Passé ce préambule très théorique, voici les autres consignes de l’exercice :

  • Utiliser les adjectifs et adverbes en nombre
  • Pensez aux cinq sens : la vue est importante, mais l’odorat, le toucher, le goût, l’ouïe aussi
  • S’inspirer d’un lieu familier ou d’une situation banale si l’on sèche.
  • L’idée est d’introduire une inquiétude à travers le décor ou de décrire un rêve éveillé

La première idée qui m’est venue à l’esprit a été la forêt dans le film d’animation Blanche-Neige par Walt Disney. Cette forêt si calme de jour et si effrayante la nuit.

Puis, souhaitant éviter de tomber dans les clichés (mon côté anti-conformiste sans-doute), j’ai pensé aux serres du Parc de la Tête d’or à Lyon. Cela m’évoquait une sortie scolaire en maternelle, où la maîtresse nous avait raconté que des lutins vivaient dans les plantes et que pour les voir, il ne fallait pas faire de bruit. Cependant, les lutins n’étant pas vraiment effrayants dans l’imaginaire collectif, j’ai pensé à mettre en valeur plutôt les plantes et mon esprit est parti vers une nouvelle mi-écologique mi-fantastique.

Ce qui nous donne la nouvelle suivante :

Alice en Amazonie

Ce matin là, j’avais décidé de me promener au Parc de la Tête d’Or.

L’automne s’était doucement installé à présent, une belle occasion pour moi d’étrenner mon nouvel appareil numérique.

La température avait légèrement baissé et je pouvais voir mon souffle glacé au fur et à mesure que je marchais dans les allées constellées de feuilles. De dos, on aurait pu penser que je fumais une cigarette invisible.

Les arbres commençaient à prendre des teintes orangées, jaunes, brunes, jetant des reflets dorés sur le lac encore endormi, pour mon plus grand plaisir.

Armée de mon appareil, je mitraillais déjà bosquets, écureuils et champignons depuis une bonne demi-heure, quand,  tenaillée par le froid, je me risquais à entrer dans les grandes serres pour me réchauffer un peu.

A peine la porte fermée, la chaleur et la moiteur des plantes tropicales du lieu m’envahit.  J’enlevais mon manteau, étouffée d’un coup par l’atmosphère.

Au centre, les palmiers, bananiers, orchidées, formaient une vraie jungle dans l’espace tropical.

A droite, les serres plus arides proposaient des plantes des sables et des plantes grasses : cactus, Aloé vera, Agaves. Le piquant des premiers contrastait avec la générosité des seconds. 

A gauche, les serres froides avec des collections moins exotiques me laissaient de marbre. Je ne leur jetait qu’un bref coup d’oeil.

J’entrais dans la serre tropicale, serrant mon appareil photo contre moi, ne sachant quoi capturer devant cette profusion verte. Pour un peu, on aurait pu croire que des serpents allaient descendre des arbres, des grenouilles émerger des petits bassins, voire, des araignées paver le chemin des allées.

J’avançais à pas précautionneux, écartant ça et là une branche sur mon passage, enjambant une racine au sol. Bizarrement, au fur et mesure de ma progression dans la serre, le passage se faisait étroit, les branches et racines plus nombreuses, le soleil moins présent. 

“Allons bon, le temps s’est couvert. Niveau images, la lumière va faire défaut…”

Peu à peu des bruits étranges se firent entendre : cris de singes, bruits d’oiseaux, et soudain, un bruit sourd, régulier, comme un battement de coeur.

“ Des tambours” murmurais-je, “Je dois être venue un jour d’animation, ou alors, ils viennent de mettre une musique d’ambiance. Vu l’heure matinale, il n’y a personne d’autre que moi ici de toute façon.”

Rassurée par mon raisonnement, je continuais ma progression.

J’entrepris quelques clichés rapprochés au niveau des larges feuilles de bananiers, puis des palmiers, mes arbres favoris.

Très concentrée, je remarquais tout à coup une grosse chenille jaune sur une feuille de bananier. Aussi grosse qu’un index, elle profitait des quelques rayons du soleil encore présents.

Une mélodie d’oiseau me fit lever la tête. Elle se détachait du fond sonore et pour cause : un véritable oiseau se trouvait devant moi : petit, turquoise et rouge, il chantait en s’agitant sur la branche d’un palmier en me regardant.

“En voilà un qui s’est perdu… ajoutais-je pour moi-même. Ou alors, ils introduisent de véritables oiseaux dans les serres maintenant ? Pourtant, ils ont des serres spécialisées dans le parc. C’est bizarre.”

Profitant d’une telle aubaine, je pris quelques clichés de la bête à plumes qui se laissa faire avant de s’envoler vers une nouvelle branche.

Je le suivis d’arbre en arbre, écartant les végétaux sur mon passage, m’enfonçant à nouveau dans une allée étroite à peine taillée par les jardiniers du parc. Le bruit du tambour jusque là en sourdine, se fit de plus en plus fort et proche. Mon coeur se mit à battre la chamade. Pourquoi cette peur soudaine ? Et si…

Brusquement, le tambour cessa. Je venais d’arriver dans une clairière baignée de lumière au centre de laquelle un homme à la peau brune, habillé d’un pagne, d’une coiffe à plume et d’un anneau dans le nez se tenait, appuyé sur un bâton. A côté de lui, un tambour. Devant lui, un feu.

Il me regardait fixement. L’odeur des plantes se fit soudain plus forte, la chaleur plus intense. Je pouvais sentir les gouttes de transpiration descendre le long de mon dos.

Que faisait un indien d’Amazonie dans la serre ? Et surtout, étais-je bien encore dans la serre ? J’avais l’impression d’être, comme Alice, entrée dans le terrier d’un lapin…

“ Ananga toogixi boopaui Xoopogiï” L’homme me parlait doucement, d’une voix rassurante.

Au début, je ne comprenais pas sa langue. Puis à force d’insistance, ou peut-être que j’avais des notions de piraha cachée, je remarquais qu’il me montrait le feu devant lui.

Je m’assis. Il fit de même, et m’engagea à regarder le feu.

Troublée par la présence d’un feu en plein milieu d’une serre, je ne vis rien au premier abord. J’entrepris de l’étudier. Ce dernier ne dégageait pas de chaleur ! J’essayais de toucher les flammes et leur contact était froid. Un feu gelé ? 

L’indien se mit à psalmodier des paroles incompréhensibles. 

Laissant ma logique de côté, je me laissais bercer par les flammes, au début jaunes, rouges puis bleues, violettes. J’entrais dans une sorte de transe. L’indien continuait à psalmodier. Ce n’était pas si désagréable après tout. Etre dans une vraie forêt tropicale avec un indien authentique, même si ce n’était peut-être qu’un rêve très réaliste, autant en profiter.

Après sa cérémonie, peut-être pourrais-je lui demander si je peux le prendre en photo, qui sait ?

Cependant, petit à petit, mes muscles se paralysèrent. Terrorisée, je ne pouvais détacher mes yeux du feu. Mon corps se figea et je sentis quelque chose sortir du sol et s’enrouler autour de moi tel un serpent. J’essayais de parler mais aucun son ne sortit de ma gorge.

Puis je perdis conscience et tout devint flou.

Quand je me réveillais, j’étais dans la serre, au milieu des arbres, debout, mais toujours incapable de bouger ou de produire un son. Je voyais mon appareil photo abandonné dans l’allée.

Entrèrent deux jardiniers du parc. Le premier vit l’appareil photo au sol, le ramassa et s’adressant à son collègue : “ Encore un appareil photo. C’est le quatrième ce mois-ci ! Tu crois que je peux le garder ?”

L’autre haussa les épaules. “ Après tout qui le saura ?”.

Puis, regardant dans ma direction : “Bizarre, c’est toi qui a planté ce jeune bananier ? Il n’était pas là hier.”

“Non, sans doute dans l’autre équipe. Le chef a encore oublié de nous prévenir.”

“C’est comme le jeune palmier de l’autre jour !”

« Bon, arrête de râler, on a du boulot, viens !”

Tandis que les deux jardiniers s’engageaient dans l’allée, un courant d’air invisible s’immisça dans la serre, faisant frissonner plusieurs jeunes bananiers. Au loin, un roulement de tambour s’éleva doucement, promesse d’une canopée toujours en renouvellement.

Si en Amazonie les arbres tombaient, ici, ils seraient toujours plus nombreux. Anansi, le vieux sorcier de la serre y veillait consciencieusement…

FIN

N’hésitez pas à me laisser vos avis ou vos textes en commentaire, surtout si vous souhaitez vous lancer dans l’écriture d’une nouvelle suite à cet exercice. Cela me fera plaisir de les lire.

A bientôt !

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Atelier d’écriture 1 : Fantaisie en trois temps

A l’occasion d’un atelier d’écriture organisé à l’université de Lyon par Chloé Dubreuil, j’ai eu l’occasion d’expérimenter un petit exercice d’écriture destiné à produire une nouvelle en 1h30.

Le principe était simple. Il fallait d’intégrer dans une courte histoire trois phrases parmi celles proposées par l’animatrice.

Celles que j’ai retenues étaient les suivantes :

  1. C’est ainsi que j’ai eu le grand honneur d’inviter chez moi mon ami imaginaire
  2. Tandis que l’orchestre dissimulé jouait des marches funèbres.
  3. Elle se mettrait dorénavant au régime huîtres champagne.

Ce qui a donné lieu à une courte nouvelle à l’ambiance gothique, un peu barrée.

Je suis partie dans un gros délire à rigoler toute seule en écrivant devant mon pc, au grand dam de l’animatrice qui a fini par se demander ce qui me faisait me bidonner de la sorte. Je vous laisse découvrir mon « oeuvre ». A prendre au millième degré bien sûr !

L’enterrement de l’enfance

C’était un dimanche soir pluvieux, mes poupées avaient revêtu leurs plus beaux atours : jupes à crinoline et voilettes se mêlaient aux hauts de formes et costumes en queue de pie de mes ours en peluche.

Toutes étaient en noir, afin de respecter cette tradition du deuil devant la perte d’un proche. Et quel proche ! Ce soir, nous allions inhumer mon enfance devant l’arrivée d’un nouveau venu : mon adolescence.

La musique issue de mon gramophone se déployait dans l’air, mêlée au bruit des gouttes de pluie sur les vitres, et diffusait des sons étranges, grinçants, mélancoliques.

J’avais pris soin de préparer le cercueil où reposaient mes souvenirs joyeux et tristes au milieu d’un linceul de dentelle blanche, immaculée, et de roses dont la couleur rouge apportait une note de sang. 

Au fond de la chambre, un repas attendait, agapes pour les vivants, me semblant déplacées pour un cérémonial censé honorer les morts. Mais ma mère avait insisté.

Pas question de me laisser mourir de faim en ce jour si spécial. De son côté, elle avait décidé qu’elle se mettrait dorénavant au régime huîtres-champagne. Sa manière à elle de célébrer l’événement. Je ne la comprenais pas. Comment pouvait-elle être aussi joyeuse en un jour si funeste ?

Tandis que l’orchestre jouait des marches funèbres, j’entrepris mon éloge : “ Nous sommes ici réunis pour dire adieu à une amie, une parente, que dis-je, une part de moi qui s’est en allée trop tôt, hélas. Enfance, tu m’as tant apporté ! 

La joie des cadeaux de Noël au pied du sapin, les plaisirs simples des goûters caloriques les après-midi d’automne, les envies spontanées, l’allégresse de faire le pitre quand je m’ennuyais en classe, les jeux innocents avec mes amis, la naïveté devant la dureté du monde extérieur.

Avec ton départ, c’est tout un monde sécurisant qui s’en va pour laisser place à l’incertitude, aux doutes, à l’ennui profond. Et ce corps qui change de manière incontrôlable… le regard des autres… la peur de l’avenir.

Enfance ! Que vais-je devenir sans toi ? Vas-tu de temps en temps venir me visiter dans mon sommeil pour me rappeler les jours heureux ? Ou rester dans les limbes de mon souvenir éternel ?”

Je m’arrêtai un instant, dévisageant pour la dernière fois la personne la plus chère à mes yeux au fond de son cercueil de bois, le regard figé à tout jamais.

“ Non, repose dans mes souvenirs et dans mon coeur. Ton existence a été d’un grand secours pour moi. Elle m’a permis de devenir ce que je suis. Pars en paix, je ne t’oublierai pas.” 

Sur ces paroles, je m’arrêtai là et demandai à mes ours de refermer le cercueil.

Puis, pour terminer d’honorer le départ de leur amie, mes poupées défilèrent une à une, posant une rose sur le couvercle, les yeux baignés de larmes, certaines se tirant les cheveux à la manière des pleureuses italiennes.

En retrait, je répondais laconiquement à celles venues me rendre hommage face à cette si grande perte.

Et toutes retournèrent à leur place sur mon étagère, ainsi que mes ours, me laissant seule avec le cercueil.

C’est ainsi que j’eus le grand honneur d’inviter chez moi mon amie imaginaire pour la dernière fois. Mes règles étaient arrivées, j’entrais dans le monde des adultes.

Ma mère passa alors sa tête dans l’embrasure de la porte et me dit :

“ Chérie, pourquoi tu pleures devant une boîte vide depuis tout à l’heure ? Tu as mal ? Tu veux un doliprane ? Et…pourquoi tu portes un rideau noir sur la tête ? ” 

Devant mon regard éploré, elle ajouta pour elle-même : “Décidément ces ados, je ne les comprendrai jamais”.

Fin

 

Si vous souhaitez tenter l’expérience, munissez-vous d’un chronomètre et voici quelques phrases qui pourraient vous inspirer :

Proposition 1 :

  1. La lune était levée et irradiait de sa lumière blanche les feuilles des arbres
  2. Il me prit la main en silence
  3. Dorénavant, plus rien ne serait pareil

Proposition 2 :

  1. Quel cirque !
  2. C’était une invitation qui ne pouvait pas être refusée
  3. La prochaine fois, je prendrai une bouteille de soda

Proposition 3 :

  1. Elle hésita.
  2. Ce lieu resplendissait malgré son aspect sinistre
  3. Après tout, on ne vit qu’une fois !

Il est possible de changer le temps des verbes. Il peut devenir elle.

N’hésitez pas à m’envoyer vos créations par email ou à les partager en commentaire. Cela me fera plaisir de les lire.

A bientôt !