Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #27

Au sommaire de cette veille littéraire du net : un challenge littéraire sur les auteures, une chaîne youtube qui décrypte le cinéma, un genre de romance méconnu autour de la cuisine, un documentaire sur les maisons miniatures hollandaises, une nouvelle série autour de Sherlock Holmes, un appel à textes sur la Commune de Paris, du coloriage à partir d’oeuvres patrimoniales, une artiste inspirante amoureuse de la peinture et de la littérature.

L’article découverte du mois

J’ai découvert il y a peu l’existence du genre littéraire suivant : la romance culinaire sur le blog d’A Livre Ouvert avec son article assez détaillé sur le sujet. Ce type de romance nous vient des anglo-saxons et se traduit par Cooking ou Culinary romance. Il évoque des intrigues qui conjuguent rencontre amoureuse et cuisine, avec l’un des personnages qui est mordu de pâtisserie, vin, bons petits plats… Ce n’est pas très connu et normé en France alors que ça cartonne dans les pays de la langue de Shakespeare !

L’article d’A livre ouvert est très intéressant car elle évoque des hypothèses sur les origines de ce genre et propose des exemples de romans, en plus de t’expliquer ce que c’est. En gros, ce serait l’opposé des romans Chick litt avec des héroïnes centrées sur la mode et le fait de garder la ligne. Dans la romance culinaire, l’héroïne est plutôt épicurienne, se focalise sur ce qui lui fait plaisir et est plutôt bien dans sa peau. Un exemple de roman est la trilogie de La petite boulangerie du bout du monde de Jenny Colgan dont je t’ai déjà parlé dans mon bilan du HO HO HO challenge.

Pour en savoir plus sur ce genre et découvrir aussi d’autres types de livres méconnus comme le Slow Burn ou la Romance paranormale, je t’invite à consulter l’article d’A livre ouvert ainsi que sa rubrique Histoire des genres littéraires.

Le challenge instagram du moment

En mars, nous célébrons la journée de la femme. Quoi de plus naturel que de proposer un challenge mettant en valeur la production des auteures ? Il en était déjà question dans certaines catégories du challenge Le Printemps de l’Imaginaire Francophone mentionné dans ma veille du mois dernier, mais si tu préfères un challenge plus court, tu aimeras peut-être celui-ci car il dure seulement un mois. Créé par la blogueuse Florence de Floandbooks en 2018, il s’intitule Mars au féminin et comprend un seul menu avec des propositions de genres littéraires différents pour lire et découvrir des auteures. Tous les genres sont acceptés y compris les documentaires, et tu peux échanger et réaliser des lectures communes sur le Discord de Florence, ainsi que son groupe Facebook consacré au challenge. Tu trouveras les détails sur son compte intagram ci-dessous:

La chaîne youtube du mois

Je t’ai déjà parlé de la chaîne Et tout le monde s’en fout dans ma veille littéraire du net #3 qui est une chaîne de vulgarisation autour de pleins de concepts abstraits réalisée de manière rigolote par une équipe fort talentueuse et un personnage principal parano. Et bien, je vais recommencer à t’en parler car ils ont produit récemment une série de vidéo pour parler de l’envers du cinéma intitulée Une séance presque parfaite, en partenariat avec le CNC (Centre National du Cinéma) et le magazine Premiere.

En environ 4 minutes, l’ouvreur un peu fou de la salle de ciné t’explique un concept de cinéma de manière simple et amusante. Par exemple : le sexisme au cinéma, ce qui fait un bon film, le mensonge au cinéma, l’exception française, les films maudits… C’est toujours aussi drôle, bien rythmé, intéressant et en plus cela soutient l’industrie du cinéma qui est actuellement en crise.

Donc en attendant d’entrer à nouveau dans une salle de cinéma, tu auras l’occasion de te cultiver sur le 7e art depuis chez toi. Merci Et tout le monde s’en fout !

La ressource gratuite du moment

Début février a eu lieu une opération intitulée #Coloryourcollections à destination des établissements dédiés à la conservation patrimoniale. Le principe était de proposer des copies de leurs oeuvres dénuées de couleurs en libre-accès afin que le public puisse réaliser des coloriages qui sortent de l’ordinaire.

De nombreux établissements ont relevé le défi et l’ensemble des ressources a été rassemblées sur le site mis en place par l’Académie New Yorkaise de Médecine et sont totalement utilisables en libre-accès. On y trouve des coloriages assez hétéroclites : dessins d’horticulture, gravures d’animaux, caricatures humoristiques, peintures de châteaux, enluminures…

Les époques, styles, sujets et pays se mélangent dans un joyeux bazar. Une parfaite ressource pour du coloriage anti-stress en écoutant un podcast audio !

La nouvelle série à découvrir absolument

Si comme moi tu es fan de Sherlock Holmes, tu seras plus que ravi(e) d’apprendre qu’une série est en préparation sur Netflix autour des Irréguliers de Baker Street, ces gamins des rues qui servent d’indics au Détective. La série sort le 26 mars 2021 sur la plateforme et comprendra XXX épisodes. Je note déjà quelques changements vis à vis de l’histoire originale : les « gamins des rues » sont plutôt des ados voire des adultes, et que la série glisse subtilement vers le fantastique et l’horreur d’après la bande-annonce. J’espère que la qualité sera au rendez-vous. Je te ferai un retour dessus dans ma veille du mois prochain. 😉

L’appel à textes du moment

Je t’ai déjà parlé de l’Histoire de la Commune de Paris à travers la série de romans jeunesse Les Filles du Siècle de Marie Despechin et ce n’est pas par hasard. Cette année a lieu l’anniversaire de l’événement ! A cette occasion, la maison d’édition La Clé d’Argent lance un appel à textes pour nouvelles sur ce thème. Il s’agit de proposer une histoire mêlant cette période historique à la littérature de l’imaginaire. Science-fiction, Fantasy, Fantastique, Steampunk (qui sait ?) sont les genres plébiscités. Tu peux retrouver les détails des contraintes d’écriture sur le site internet de la maison d’édition. L’appel à textes est valable jusqu’au 28 mai 2021. A vos plumes ! 😉

Le documentaire du mois

J’ai une passion bizarre pour les maisons miniatures. Du coup, à chaque fois que je rencontre un documentaire sur le sujet, j’ai envie de le partager. Rappelle-toi celui sur la maison de poupée de la Reine Mary dans ma veille littéraire #19.

Dernièrement, j’ai visionné un documentaire associé au film The miniaturist. Le film évoque une jeune épouse hollandaise incarnée par l’actrice Anya Taylor-Joy, qui découvre des secrets sur son mari et son entourage, à travers une maison miniature reçue en cadeau le jour de ses noces. La maison représente sa vraie maison à petite échelle avec tous les éléments qui la compose. Il s’agit de l’élément central du film et le sujet du documentaire. A noter que ce film est l’adaptation d’un roman historico-policier de Jessie Burton : Miniaturiste.

Pour revenir au documentaire centré sur la maison miniature, on nous explique qu’il était commun pour les jeunes épouses hollandaises de recevoir des maisons de poupées, dans les familles riches au XVIIème siècle. Qu’ont de particulier ces maisons de poupées ? C’étaient des cadeaux pour des femmes adultes, qu’elles agrémentaient selon leur bon vouloir, parfois de façon plus riche que leur propre intérieur car c’était la seule chose sur laquelle elles avaient un contrôle au quotidien.

Dans une société protestante où l’austérité était de mise, avec des intérieurs fonctionnels et des tenues très épurées, la maison de poupée était un trésor familial souvent caché dans un meuble avec des portes, et comprenant des objets très coûteux et d’une extrême finesse. Elle pouvait servir d’objet éducatif pour apprendre à tenir sa maison, le foyer étant objet central de la religion protestante (à l’inverse de la religion catholique centrée sur l’Eglise.) C’était aussi une mode pour les femmes mariées de riches commerçants qui leur permettait de dépenser de l’argent, et aussi un symbole de statut social.

Il ne reste que 5 maisons de poupées intactes de cette époque dans le monde. Celle évoquée dans le film et le documentaire appartenait à Petronella Oortman et se trouve au Rijksmuseum à Amsterdam.

Le documentaire t’explique l’histoire de cette maison, sa composition en mêlant des extraits du film en 7 minutes. Il est en anglais donc si tu n’es pas à l’aise avec cette langue, je t’invite à lire l’article wikipedia consacré à la maison de poupée de Petronella qui te donnera beaucoup de détails dessus. 😉

L’artiste du moment

Je lis depuis quelques années déjà les articles du blog de Miss Pandora alias Louise Ebel et je me suis abonnée depuis peu à son compte Instagram car j’adore son travail. Louise est modèle photo. Elle propose des photos d’elle essentiellement, qui mettent en valeur une esthétique particulière à travers la mode, l’art, l’architecture, la littérature, les intérieurs anciens. Elle nous emmène en voyage, nous fait découvrir des pays ou des musées oubliés, nous dévoile un peu de son intimité à travers sa vie parisienne et normande. Elle a même pendant un temps travaillé au Japon pour présenter des émissions.

Fervente adoratrice des jolies étoffes, de l’ancien et du beau, c’est un univers hors du temps qu’elle dessine pour nous, au gré de ses inspirations. Que dire de plus ? La belle a aussi écrit un livre sur des femmes inspirantes comme elle. Il s’intitule Excessives ! Destins de femmes incroyables au XIXème siècle publié chez Favre éditions.

Dernièrement, face à la fermeture des musées, Louise a lancé un appel à la nostalgie de ces lieux sacrés du beau… pour mieux nous faire découvrir ensuite deux petits bijoux situés à Moulins : le musée Anne de Beaujeu et de la Maison Mantin, une demeure bourgeoise restée dans son jus depuis le début XXème siècle. Un joli moment qui nous fait oublier un temps cette crise sanitaire qui s’éternise…

Difficile de vous donner un aperçu de l’étendue de son univers, alors j’ai opté pour cette photo qui représente pour moi l’essence même de la parisienne. Mais Louise ne se limite pas à cela, aussi je t’invite fortement à aller jeter un coup d’oeil à son Instagram qui offre une vue plus complète de ses inspirations.

Voilà, ma veille est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Cerisiers en fleurs et mimosas,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #2 : Roman policier et Steampunk

Qu’est-ce qui définit le roman policier steampunk ? Telle est la question à laquelle j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/02/2021. Dans ce deuxième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans policiers steampunk aux styles différents pour tenter d’en définir les grandes lignes .

Comment définir le roman policier steampunk ?

Commencez par une intrigue historique ou uchronique

La majorité des romans steampunk ont pour cadre l’Epoque Victorienne (1837-1901), ou pour la France, la période qui s’étend de la Belle-Epoque au Second Empire jusqu’au début de la Troisième République. En ce sens, la base de ces histoires ne diffère pas beaucoup d’un roman historique qui se déroulerait dans ce laps de temps, et l’on pourrait croire qu’il ne s’agit que de romans policiers victoriens.

Or, ce serait oublier la dimension uchronique du steampunk, à savoir imaginer une réalité alternative en se basant sur celle que l’on connaît. Pour cela, l’auteur introduira des éléments qui nous interpellerons sur cette réalité historique : des éléments steampunk.

Mettez quelques éléments steampunk

Dans l’épisode 1 de Parlons Steampunk, j’ai énuméré une brève définition des éléments que l’on retrouve dans les romans steampunk en partant des livres fondateurs de cette esthétique. Pour le roman policier steampunk, ces éléments ne diffèrent pas beaucoup. En voici quelques uns en lien avec les romans présentés aujourd’hui :

  • Une histoire farfelue (pour le côté « punk » de steampunk)
  • des automates, des dirigeables, des machines scientifiques improbables ou en avance sur leur temps, qui fonctionnent à la vapeur (=steam veut dire vapeur) ou à l’aide d’une autre énergie imaginaire.
  • des personnages historiques ou fictionnels en clin d’oeil ou comme héros de l’histoire
  • parfois des scientifiques fous, des créatures imaginaires (= loup-garou, vampire)
  • L’influence de Jules Verne (=les voyages imaginaires) ou de H.G Wells (la machine à remonter le temps, la lutte des classes).

Ajoutez l’influence de Sherlock Holmes

On ne peut pas nier que le personnage de Sherlock Holmes joue un grand rôle dans la plupart des intrigues policières à plusieurs niveaux. Le roman policier steampunk ne déroge pas à la règle.

Tout d’abord, il nous propose un personnage principal très intelligent, aux méthodes peu conventionnelles, affublé d’une addiction et d’un acolyte qui le rend un peu plus humain. L’enquêteur, qu’il soit détective privé, Lord mandaté par la Reine Victoria, justicier masqué ou Officier de police, montre des talents pour le déguisement, et apprécie les expériences scientifiques et/ou les avancées de son temps afin de faire progresser son enquête.

Parmi les duos d’enquêteurs régulièrement rencontrés dans les romans steampunk, il est souvent proposé une association de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme. Si ce sont deux hommes, les personnalités seront complémentaires, voire diamétralement opposées. Si une femme est présente, elle sera rabaissée au rôle d’assistante dans ces intrigues, mais elle apparaîtra régulièrement aussi intelligente que l’homme : peut-être une volonté progressiste des intrigues steampunk vis à vis de l’époque Victorienne ?

Une question se pose souvent quant au personnage de Sherlock Holmes lui-même : l’enquêteur de Baker Street serait-il Steampunk ? Dans ses dernières représentations dont le film Sherlock Holmes : Jeux d’ombres de Guy Ritchie avec Robert Downey Junior dans le rôle titre, une version plus déjantée du Détective apparaît, conduisant un véhicule à vapeur. Le réalisateur s’est inspiré de l’esthétique steampunk pour son film, cela est indéniable.

Cependant, si l’on s’en tient au Canon, qui désigne les romans écrits par Arthur Conan Doyle, les intrigues de Sherlock Holmes se situent plutôt dans une esthétique de roman historique se déroulant à l’époque victorienne. A aucun moment il ne nous est proposé un élément uchronique, et même les aspects fantastiques sont gommés par la logique implacable du détective (ex : Le chien des Baskerville).

Pour résumer, s’il inspire le steampunk comme Jules Verne et H.G. Wells, notre ami Sherlock n’en fait malheureusement pas partie. C’est du moins mon avis.

La côté protéiforme et caméléon du steampunk

Qu’il s’agisse d’un véritable roman policier ou d’une intrigue doublée d’une enquête, le steampunk a le don de se mélanger à plusieurs genres. Et c’est ce qu’il faudra retenir ici. A l’image des aspects magiques évoquée dans Parlons Steampunk #1 ou d’autres genres et styles que nous évoquerons au fil de ce programme.

Pour cette session sur le roman policier, je me suis concentrée sur des cas différents afin de montrer des types récurrents de romans policiers steampunk qui existent actuellement en France et dans les pays anglophones.

Je ne peux pas énoncer tous les romans policiers publiés à ce jour, ce n’est pas le but de cet article, mais si vous en connaissez n’hésitez pas à les indiquer en commentaire. 😉

Un roman policier steampunk classique : Les revenants de Whitechapel de George Mann, éditions Eclipse

Les Revenants de Whitechapel est un très bon exemple de roman policier steampunk de type « classique ». On y retrouve un duo d’inspecteurs mandatés par la Reine Victoria pour élucider un mystère dans une version uchronique de Londres à l’époque Victorienne, dominée par la mécanique et une épidémie de zombies.

L’intrigue : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Ce qu’on en retient :

Il s’agit du premier tome d’une série de 8 tomes dont la suite n’a jamais été traduite, alors que le roman est pourtant prometteur. Originellement publié aux éditions Eclipse, les droits ont été rachetés par les éditions Panini France. Cependant, il n’est plus réédité non plus à ce jour aux éditions Panini. Appelez ça la poisse… S’il vous intéresse, vous pouvez le retrouver dans le marché de l’occasion.

Le duo d’inspecteurs est assez complémentaire : D’un côté Lord aux allures de dandy, passionné par le laudanum et l’ésotérisme, à la constitution robuste et au flair infaillible. De l’autre, une jeune assistante plus intelligente qu’elle ne le laisse penser, au passé trouble et qui cache un secret de famille. L’auteur a le bon goût de ne pas proposer une romance entre les deux personnages, mais plutôt un rapport d’estime réciproque, chose rare dans l’univers où la société tend plutôt à discriminer les femmes.

L’intrigue est très prenante et aux ramifications multiples : une épidémie de peste rapportée d’Inde se déclare dans les quartiers pauvres de Londres et ressemble étrangement à une infestation de zombies, un crash d’aeronef conduit par un automate a lieu dans Londres alors que l’engin transportait un membre de la famille royale, des automates deviennent fou un peu partout dans la capitale et le fantôme d’un Bobby sévit dans les bas quartiers pour assassiner des criminels. Le lecteur n’aura pas le temps de s’ennuyer une seconde !

Le côté steampunk est mis en avant avec les nombreuses inventions mécaniques : aeronefs, tramway, trains à vapeur, automates. La reine Victoria survit et se déplace grâce à un fauteuil roulant qui l’aide aussi à respirer.

Mais aussi dans certains thèmes qui sont abordés dans le livre : le remplacement des ouvriers par des automates qui remet en question la valeur du travail, des automates presque vivants dont on interroge l’humanité, et surtout le traitement de femmes « hystériques » internées à tort dans les hôpitaux psychiatriques. Lutte des classes, sexisme et humanité sont donc au programme !

Le seul bémol de ce livre est qu’il est au départ compliqué d’entrer dans l’histoire car l’auteur nous présente de nombreux personnages et faits avant de faire débuter l’enquête. Tout se décante à partir du troisième chapitre quand nous faisons la connaissance des deux personnages principaux.

Pour lire ma chronique détaillée du livre, rendez-vous rubrique lecture.

Un Sherlock Holmes à la Française : La 25e heure de Feldrik Rivat, éditions de l’Homme sans nom.

Cette série en deux tomes fait partie de mes livres coup de coeur. C’est une version de Sherlock Holmes à la française, mais qui transcende même le Détective de Baker Street. L’intrigue se déroule à Paris à la Belle Epoque et mêle un duo d’agents de la sûreté complètement opposés dans leurs méthodes, face à des disparitions inexpliquées de cadavres. L’enquête leur fera affronter une société secrète mystérieuse dont l’objectif est de changer la face de l’humanité grâce à une invention scientifique révolutionnaire.

L’intrigue : Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grands frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent ! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

Ce qu’on en retient :

Feldrik Rivat possède une plume riche et un ton particulièrement saisissant et incisif. En peu de mots, il est capable de vous planter un décor, une atmosphère, un personnage. Et quel personnage !

Notre héros, le Grand Khan, Eudes Lacassagne, est le meilleur enquêteur de Paris, mais il est détesté de ses collègues, mystérieux, dangereux, muet, insaisissable. Justicier dans l’ombre, il arpente à pied la ville nuit et jour, a pour animal de compagnie un moineau, entretient son allure avec soin, et possède des habitudes étranges comme prendre son dîner dans un bordel en jouant les voyeurs invisibles. Mais voilà que le chef de la sûreté lui attribue un partenaire, un bleu : Louis Bertillon, à l’opposé total d’Eudes. Bavard, soucieux de son confort, passionné de sciences, il va s’avérer un allié précieux… mais après avoir subi un apprentissage sévère de son partenaire.

L’intrigue commence par la disparition de cadavres, ou de pouces d’êtres bien-vivants ! Puis, plusieurs faits viennent se mélanger à l’affaire sans lien apparent : des chrysanthèmes noirs sont retrouvés sur des tombes de personnes célèbres, un spectacle étrange a lieu dans le cabaret d’illusions de George Méliès, un individu un peu fou appartenant à une société secrète contacte le duo pour demander protection…

L’enquête est dense, et surtout en deux tomes, faisant apparaître un troisième personnage dans le tome 2 : une espionne agent double au service du gouvernement français et d’une autre société secrète. Si on début on ne comprend pas comment tous ces faits peuvent se rejoindre, on finit par y voir plus clair à un moment donné.

Le côté steampunk se veut discret dans cette série et n’est pas évident au départ. Outre l’époque choisie, on notera des références à des personnages historiques comme Gustave Eiffel, le Docteur Charcot, Georges Méliès. Certaines thématiques steampunk récurrentes sont présentes : la place des femmes dans une société patriarcale, l’ésotérisme, la lutte des classes, les sociétés secrètes. Enfin deux éléments scientifiques imaginaires nous ancrent dans cette esthétique rétrofuturiste : le cabaret des illusions de Monsieur Méliès, rempli d’automates féminins; ainsi que la machine créée par la société secrète du Chrysanthème noir qui sera à l’origine d’un bouleversement de la société telle qu’on la connaît.

L’auteur fait beaucoup évoluer ses personnages au fil des deux tomes : Louis va s’endurcir, Eudes va s’adoucir. On découvrira également les secrets que cache Eude sur lui et sa famille et qui définissent son identité.

Il propose aussi une critique des méthodes de police un peu douteuses de cette époque imaginaire et surtout le manque de moyens et de bons agents : le service d’empreintes digitales est balbutiant, les locaux insalubres, les collègues peu compétents et le chef de la sureté subit une pression politique pour résoudre l’affaire le plus vite possible au détriment de la vérité.

A noter qu’un tome intitulé Paris Capitale a été écrit par l’auteur pour raconter des années après, le bouleversement occasionné dans la société française à l’issue du tome 2. De plus, une bande-dessinée autour du personnage du Khan a été publiée il y a peu aux éditions Les Humanoïdes associés, intitulée La naissance du Tigre.

Pour lire mes chroniques détaillées de La 25e heure et du Chrysanthème noir, cliquez sur les titres des livres ou rendez-vous dans ma rubrique Lectures. 😉

Le justicier masqué : Le Baron noir d’Olivier Gechter, Mnémos

A côté des enquêteurs et des détectives, il existe aussi des justiciers steampunk. Le Baron Noir est un croisement entre Batman et le steampunk, mais sous la forme d’un recueil de nouvelles et non pas de Bande-Dessinée. A travers trois nouvelles, Olivier Getcher nous livre le portrait d’un justicier plutôt réaliste sous un Second Empire imaginaire où Louis-Napoléon Bonaparte serait Président de la République.

L’intrigue : Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation. Dans la nuit rôde un héros en armure… Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer les nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous oeuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Ce qu’on en retient :

L’univers steampunk est ancré dès le départ avec l’armure du Baron Noir : une merveille de technologie qui trouve son origine dans l’imagination d’Antoine Lefort, le personnage principal, et l’inventeur Louis-Guillaume Perreaux. D’autres créations imaginaires ou réinventées parsèment le récit : un système de courrier par pneumatiques dans l’ensemble de la capitale, d’autres créations farfelues de Perreaux comme le sous-marin ou une moto améliorée, le premier vol avec de fausses ailes avec Clément Ader, ainsi que des oiseaux mécaniques presque vivants du méchant de l’histoire.

C’est un des rares récit steampunk qui propose un justicier qui se déclare comme tel, et situe son histoire non pas à la Belle-Epoque mais dans un Second Empire uchronique. Par ailleurs, le héros agit seul, même s’il a des adjuvants pour l’aider au niveau technique, ce qui change du roman policier habituel.

On y retrouve à nouveau le thème de la lutte des classes avec des personnages anarchistes et la volonté de libération féminine face à une époque patriarcale avec le personnage de Bel Ange. Mais aussi des clins d’oeil à l’Histoire avec des figures historiques comme Victor Hugo, Clément Ader, Louis-Napoléon Bonaparte (enfin, une version imaginaire), ainsi que les divers ministres auxquels est confronté Antoine Lefort.

Le récit s’inscrit également dans la lignée du roman populaire du XIXème siècle (ou roman-feuilleton) dans son style d’écriture, et ses intrigues à grosses ficelles. Il emprunte aussi au roman d’espionnage.

Niveau intrigue policière, nous en aurons trois : La première nouvelle intitulée L’ombre du maître espion nous dévoile le personnage principal qui teste son identité secrète la nuit. Le jour, le riche magnat industriel doit faire face à des vols de plans d’un nouveau dirigeable, ce qui va l’obliger à utiliser son nouveau costume pour débusquer un méchant un peu potache. Dans la seconde nouvelle intitulée Bel Ange, Laurent rencontre sa Catwoman qui a embrassé la cause anarchiste et souhaite libérer les travailleurs du joug du capitalisme par un attentat. Enfin, dans La bataille de Cherbourg, notre héros voit son identité secrète menacée par un espion anglais, tandis qu’il doit participer à une enquête autour de la destruction de bateaux français et britanniques, lors d’un sommet de paix auquelle la Reine d’Angleterre et Louis-Napoléon Bonaparte sont conviés, sur une île anglo-normande.

Pour résumer, les trois histoires restent un peu simplistes, avec un suspens modéré, beaucoup d’action et des méchants en carton-pâte. Mais elles auront le mérite d’être divertissantes et drôles, soit par un comique de situation, soit par des personnages bizarres comme Perreaux très intelligent mais avec des manies bizarres, ou encore Phileas Fix, un espion anglais possédant un humour décapant.

Par ailleurs, notre personnage principal se démarque de Batman par une personnalité propre et beaucoup moins névrosée que son homologue américain, avec une capacité à se remettre en question. Il est plus proche d’Iron Man dans sa recherche de nouvelles idées prometteuses et d’Arsène Lupin pour le côté gentleman. Il saura vous charmer par ses inventions et son habileté à se sortir de toutes les situations.

Un livre qui plaira aux amoureux des uchronies centrées sur l’Histoire de France et des sciences, ainsi qu’aux amateurs du héros masqué. J’ai personnellement eu beaucoup de mal à terminer le recueil car je ne suis amatrice ni de l’un, ni de l’autre. Cependant, je dois avouer que l’on se prend au jeu à partir de la dernière histoire où l’on sent que le style de l’auteur s’affine. Par ailleurs, lors de ma lecture des deux premières histoires, j’étais plus concentrée à deviner si l’auteur allait vraiment proposer toute la panoplie de Batman version steampunk, plutôt à suivre l’intrigue.

Le Punk de steampunk, entre loups-garous et voyage dans le temps : L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, édition Bragelonne.

Pour finir, j’ai souhaité évoquer L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, la première enquête du duo Burton et Swinburne et surtout vainqueur du Prix Philip K. Dick en 2010.

Pourquoi ce roman ? Parce que selon moi, il reprend l’essence du steampunk que l’on peut retrouver dans les premiers romans steampunk comme Les voies d’Anubis de Tim Powers : Londres victorien, un côté farfelu, des monstres, des savants fous et une intrigue qui part dans tous les sens. En somme, le côté Punk du roman policier steampunk.

L’intrigue : Londres, XIXème siècle, époque Victorienne. La Reine Victoria a été assassinée et depuis, les technomages règnent en maîtres avec des machines les plus délirantes et des animaux génétiquement modifiés. Dans ce chaos technologique, Sir Richard Francis Burton dit « Dick la brute », grand explorateur, se confronte à son ancien ami John Hanning Speke pour déterminer la source du Nil lors d’une conférence. Mais ce dernier est victime d’un accident puis d’un enlèvement. En rentrant d’un pub, Burton est agressé par un étrange individu monté sur des échasses qui lui raconte son avenir. Quelques temps plus tard, le premier ministre demande à Burton de devenir un agent pour la Couronne. Burton hésite : la prédiction de son étrange agresseur s’avère juste. Il décide alors d’enquêter pour le Roi, sur la disparition de son ami Speke, mais aussi sur d’étranges agressions par un individu sur échasses et sur une meute de loups-garous qui enlève des enfants dans les bas-fonds de Londres. Il est aidé pour cela de son ami Swinburne, un jeune poète adepte des drogues les plus élaborées. Son enquête l’emmènera plus loin que ce qu’il avait imaginé.

Ce qu’on en retient :

Nous nous retrouvons ici face à un duo improbable composé de deux personnages historiques : Richard Burton, un explorateur plutôt brute et sexiste mais au coeur sensible, et Algernon Swinburne, un poète drogué de constitution fragile, un peu fou et masochiste. Le mariage va s’avérer fructueux car ils viendront à bout de deux enquêtes : un individu sur échasses qui terrorise la population et des loups-garous kidnappeurs d’enfants.

Le côté steampunk se retrouve à plusieurs niveaux dans ce livre : une Angleterre uchronique et victorienne où la Reine a été assassinée, un monopole du pouvoir par des technologistes (ingénieurs et eugénistes), des scientifiques fous, des loup-garous, la mode de l’égyptologie, de nombreux personnages historiques cités en clin d’oeil ( Oscar Wilde, John Hanning Speke, Charles Darwin, Florence Nightingale), une grosse inspiration des récits H.G Wells, et des créations technologiques surprenantes associées à la modification génétique comme des perroquets coursiers et des crabes éboueurs, ou à une évolution mécanique comme les Grands Bi à vapeur et des chaises volantes.

Des thématiques intéressantes, en lien avec le steampunk sont soulevées. La principale concerne les dangers de la science avec les eugénistes et technologistes : à quel moment cesse-t-on d’expérimenter au nom de l’évolution de l’humanité ? Quelle éthique doit-on respecter ? Quelles limites s’imposer ?

L’intrigue se divise en trois parties : la première est consacrée à l’enquête de Burton, la seconde est narrée par le personnage mystère aux échasses qui nous donne son point de vue sur les faits, et la troisième revient sur l’enquête du duo d’inspecteur pour trouver sa résolution. De ce fait, on s’éloigne d’une histoire manichéenne car le point de vue de Spring Heeled Jack nous montre qu’il n’est pas forcément le méchant dans cette histoire.

Beaucoup d’actions et de suspense rythment cette enquête, et surtout un humour décapant dans les dialogues entre les deux personnages principaux ce qui rend la lecture assez plaisante. L’univers assez fou, part un peu dans tous les sens et malgré des longueurs au début (ex : les conversations existentielles dans le club de gentlemen de Burton), et quelques passages glauques, on ne s’ennuie pas.

Le seul bémol que j’avancerai concernant ce roman est qu’il s’agit d’une histoire d’hommes : les femmes sont soit représentées comme hystériques quand elles ont un peu de caractère, soit des êtres fragiles et donc de parfaites victimes. Elles n’aident pas à faire progresser l’histoire contrairement à d’autres intrigues steampunk. La compagne de Burton et sa servante/logeuse en sont de parfaits exemples. En ce sens, Mark Hodder reste assez classique dans sa conception du roman policier.

Si le côté historique de l’histoire vous intéresse, un index est présent en fin d’ouvrage, recensant la vraie biographie des personnages historiques qui ont parsèment le récit. Mais je vous déconseille de le lire en premier sous peine de vous spoiler certains éléments de l’histoire.

Un deuxième tome des aventures de Burton et Swinburne intitulé L’étrange cas de l’Homme mécanique est également publié aux éditions Bragelonne si vous souhaitez rester plus longtemps dans cet univers.

Que retenir concernant le roman policier steampunk ?

Je vous ai proposé quatre exemples de romans policiers steampunk, mais il en existe bien d’autres comme Une étude en Soie de Emma Jane Holloway aux éditions Bragelonne, déjà évoqué dans Parlons Steampunk#1 avec la nièce de Sherlock Holmes en enquêtrice ou encore Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Matthieu Gaborit centré sur un duo d’enquêteur et d’un automate fou, que j’aborderai dans un Parlons Steampunk en mars consacré à l’automate.

Ce qu’il faut retenir concernant le roman policier steampunk aujourd’hui se résume en quelques points :

  • La norme tourne autour d’un duo d’inspecteur, de détectives, d’espions, souvent composé d’hommes qui rappellent Sherlock Holmes et Watson. Mais on a vu qu’un homme et une femme pouvaient travailler ensemble également, ainsi qu’un justicier ou un enquêteur solitaire.
  • L’histoire se déroule dans un univers uchronique situé à l’époque victorienne à Londres ou son équivalent temporel dans un autre pays.
  • Une grande importance est accordée à la technologie qui sert l’enquête ou bouleverse l’univers établi.
  • L’intrigue comporte souvent de l’humour ou un côté déjanté.
  • Le roman aborde des thématiques qui font réfléchir et inspirées de H.G Wells comme la lutte des classes, la liberté de la femme, les limites de la science.
  • Le grand méchant fait souvent partie d’une société secrète qui agit dans l’ombre.

Ce sont bien sûr de grandes lignes qui peuvent légèrement différer selon l’imagination de l’auteur, l’univers qu’il souhaite nous proposer.

Notez que je n’ai pas abordé en profondeur deux types de romans associés au roman policier steampunk : le roman d’espionnage et le roman comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de la résolution d’une enquête policière. Pour le premier type, c’est par méconnaissance du sujet même si je pourrais citer sans les avoir lu : Opération Sabines de Nicolas Texier aux éditions Les Moutons électriques et Le Grand Jeu de Benjamin Lupu aux éditions Bragelonne. Je modifierai peut-être cet article dans l’avenir après avoir comblé mes lacunes.

Concernant les romans comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de l’enquête policière, j’aborderai Rouille de Floriane Soulas en Juin dans un Parlons steampunk autour du Steampunk au féminin et Le club des érudits Hallucinés de Marie-Lucie Bougon aux éditions du Chat noir, en mars dans un Parlons steampunk consacré à la figure de l’automate.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

Je vous donne rendez-vous le dernier dimanche de mars pour mon troisième épisode de Parlons Steampunk centré sur la figure de l’automate dans les romans steampunk qui fera l’objet d’un live et d’un article.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman policier steampunk ou pour poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Loupe mécanique et tasse de thé,

A. Chatterton

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Noël et Préjugés, recueil de nouvelles par la TeamRomCom, éditions Charleston

Noël est loin, mais j’avais envie de lecture légère et amusante. Cela tombe bien, ce recueil de nouvelles parle de romance, de Noël, avec de l’humour et surtout une petite référence à Jane Austen. Après avoir fait partie de ma PAL pour le Hohohochallenge, je le réutilise pour celle du ProjetOmbre. Machiavélique, moi ? Jamais ! 🙂

Résumé général du recueil: Noël, cette fête qu’on adore détester ou qu’on déteste adorer ! Réunion familiale ou tête-à-tête ratés, de Paris à New-York en passant par l’Italie, on peut y vivre des crush ou des clash, qu’importe ! Et si la figure tutélaire de Jane Austen vient y apporter sa petite touche de magie pour faire basculer les situations les plus inextricables, l’esprit de Noël promet d’être au rendez-vous !

Mon avis général :

Ce recueil comprend six nouvelles sur le thème de Noël et de Jane Austen. Chaque nouvelle est une romance, avec la rencontre d’un couple qui finit plus ou moins ensemble. Le fil conducteur est le roman Orgueil et Préjugés que l’on retrouve dans chaque histoire comme un clin d’oeil.

Les nouvelles sont écrites par un collectif de six auteures chez les éditions Charleston, surnommé La TeamRomCom. Il est composé de Marie Vareille, Isabelle Alexis, Sophie Henrionnet, Marianne Levy,Tonie Behar et Adèle Bréau. Chacune a son style propre. Elles s’associent dans le cadre de ce recueil, telle une équipe de choc de la romance et c’est plutôt réussi.

Afin de réaliser cette chronique de manière plus poussée, je vais aborder chaque nouvelle avec son résumé et mon avis dessus.

Comme une princesse Disney, Tonie Behar

Résumé : Eva est fan de Disney. Bien dans sa peau malgré quelques kilos en trop, elle travaille dans le marketing et l’événementiel. Sa soeur Juliette lui offre de passer Noël dans un château de contes de fées. Un cadeau de rêve ? Pas si sûr ! C’est un programme de détox et jeûne en groupe! Avec l’équipe des stagiaires aux profils farfelus, elle va rencontrer le propriétaire du château : un homme des cavernes aussi canon que malpoli. Mais son impolitesse cache autrechose…

Avis : Une nouvelle pétillante qui met à mal les programmes minceurs avec Eva, une héroïne fière de ses rondeurs, et au caractère bien trempé. L’auteure passe en revue les stagiaires en mal de régime en nous présentant des cas criants de vérité ou juste amusants : la bande de copine ultra mince et branchée, un couple de babas cools, un ancien punk, une femme qui veut maigrir avant d’aller au mariage de son ex… La coach du stage est une naturopathe un peu perchée qui prône plein d’idées détox mais toujours bienveillante. On nous présente aussi un château digne des contes de fées dans un décor sauvage de rêve, que je n’arriverais pas à situer dans la réalité. Daniel, le prince charmant préfère la compagnie des animaux aux humains, et dispose d’un orgueil rappelant celui de Darcy. La rencontre entre Eva et Daniel fera des étincelles, rappelant l’intrigue d’Orgueil et Préjugés, le livre de chevet d’Eva. Une nouvelle amusante, quoiqu’à l’intrigue un peu convenue.

L’hôtel des Monts enneigés, Marie Vareille

Résumé : Cassandra, célibataire de 28 ans et architecte, vient de perdre son job le jour de la fête de Noël de son bureau. Le lendemain, clouée au lit par une gueule de bois carabinée, elle voit débarquer sa mère, une célèbre journaliste de magazine féminin à qui tout réussit. Christine a décidé de fêter Noël avec sa fille, mais connaissant sa mère, Cassandra découvre rapidement qu’elle est un choix par défaut. En effet, sa mère s’est faite plaquer par son petit-ami et ne veut pas être seule pendant les fêtes. Après une dispute, Christine part en lui laissant son cadeau de Noël : des billets pour un séjour dans un hôtel de luxe de Haute-Savoie, dans une ville où Cassandra a passé son enfance. La jeune femme décide de profiter du cadeau, même si elle redoute de retourner sur place à cause d’un amour déçu. De fil en aiguille, elle va retrouver son ancien amoureux et peut-être guérir certaines blessures.

Avis : Une nouvelle centrée une histoire de coeur brisé pour des raisons stupides et une famille dysfonctionnelle. L’auteure a particulièrement soigné la personnalité toxique de Christine, plus centrée sur son succès et sa carrière que la vie de sa fille. On découvre une héroïne qui a refusé très tôt de chercher l’amour à cause d’une grave déception amoureuse, mais aussi parce qu’elle ne trouve pas d’exemple de stabilité dans sa propre famille. J’ai trouvé touchant les passages sur la relation de Cassandra avec Alexandre au lycée, et totalement hilarant le comportement de la jeune fille pour l’éviter dans l’Hôtel. On en profite pour visiter allègrement un Hôtel/chalet de montagne de luxe avec tous les clichés associés pendant la période de Noël : pâtisseries, musique, décorations, neige, etc… La nouvelle se termine sur une note très positive dans « l’esprit de Noël » qui réchauffe le coeur.

Le manoir des Wilfried, Isabelle Alexis

Résumé : 24 décembre, Lisa est sur le divan de sa psy en urgence car ce soir, elle va retrouver un amour perdu. Elle lui raconte comment tout est arrivé : voisine de la famille Wilfried, des membres de l’aristocratie, elle s’était liée dès l’enfance avec les deux fils Nicolas et Maxime. A l’adolescence, elle s’était éprise de Maxime avec qui elle avait toujours été liée, mais suite à un grave accident affectant son cerveau, celui-ci oublie tout de leur histoire. Bon gré mal gré, Lisa se marie avec le frère de Maxime, Nicolas, par sécurité mais aussi pour continuer à faire partie de la famille et espérer que Maxime retrouve la mémoire…

Avis : Le récit de Lisa est hilarant quand elle évoque sa double personnalité entre Fée ministe et princesse Duduche, tandis que sa psy ne l’écoute pas, ce qui vient contrebalancer les événements plus sombres comme l’accident de Maxime. C’est une histoire d’amour contrariée que nous propose Isabelle Alexis, opposant raison et passion, avec un amoureux qui a des soucis d’alcool, plutôt tête brûlée et surtout présent mais sans mémoire. La situation est atroce pour Lisa qui s’efforce de l’oublier sans y parvenir. Une nouvelle qui nous emmène dans un manoir du Calvados en Normandie, sur plusieurs Noëls se succèdent auprès d’une famille assez particulière.

Love Coach, Sophie Henrionnet

Résumé : C’est la semaine précédant Noël et Vincent se retrouve malgré lui à jouer les baby-sitter pour sa soeur, en gardant ses deux neveux Oscar et Tim, alors qu’il vient de se faire larguer par sa petite-amie et que son coloc déménage. Adulescent et Freelance, Vincent a des difficultés à assumer ses responsabilités et surtout est très nul en drague. Son neveu Tim, âgé de 14 ans a décidé de le coacher car son oncle est bien décidé à récupérer son ex, malgré tout ce qu’en pense sa famille. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu…

Avis : C’est une nouvelle originale que nous propose Sophie Henrionnet, avec un héros au lieu d’une héroïne et surtout une rencontre amoureuse vue par un garçon pas très doué. De messages sur Whatsapp en méthodes de coach en séduction, on suivra le parcours du parfait séducteur malgré lui, même si au bout du compte la dulcinée n’est pas celle que l’on croit. J’ai trouvé Tim hilarant dans son rôle de coach et plutôt mature pour son âge, à côté d’un Vincent largué dans ses relations amoureuses (comme avec sa soeur qui le mène par le bout du nez), mais dont l’attitude sonne pourtant juste. On dirait un addict à l’amour qui ne peut s’empêcher de répondre aux messages de son ex pour espérer gagner son attention. Une nouvelle qui sort de l’ordinaire et évoque la vérité des relations amoureuses de notre époque, où parfois le prince charmant n’est pas sûr de lui et la princesse pas si gracieuse. Le final ? Un Noël en famille comme on les aime et un dénouement inattendu.

Nuit blanche au magasin de jouets, Adèle Bréau

Résumé : Le soir du réveillon, Lara se retrouve enfermée dans le magasin de jouet dans lequel elle travaille après avoir perdu les clés de l’entrée. La situation s’avère encore pire quand elle découvre qu’elle n’est pas seule : son boss, Matthieu, qu’elle déteste, s’est fait enfermer aussi. C’est le début d’une longue nuit qui commence…

Avis : Nous voici plongés dans l’univers des magasins de jouets de Noël et de la course aux cadeaux de dernière minute. Lara est passionnée par son travail de vendeuses de jouets, Matthieu prend son travail de manager plutôt à coeur, malgré les heurts que cela cause dans l’équipe. Son attitude hautaine et ses remarques sarcastiques agacent particulièrement Lara qui passe son temps à lui renvoyer des piques. Leur enfermement forcé vont les obliger à communiquer normalement et à mieux se connaître. Une nouvelle assez classique dans sa construction, qui fait écho à l’intrigue d’Orgueils et préjugés, et dont la fin m’a semblée un peu abrupte.

Amour, tempête et best-seller, Marianne Levy

Résumé : Soir de Noël, au lieu de prendre l’avion pour le Mexique afin de rejoindre sa meilleure amie et agent Kate, Charlotte est coincée chez elle à New York, en pleine tempête de neige, pour finir d’écrire son nouveau best-seller censé partir chez son éditeur avant minuit. Le hic ? Charlotte écrit des romans d’aventures se déroulant dans des pays étrangers où elle ne mets jamais les pieds car elle a la phobie des voyages. Avec la tempête, sa connexion internet est décédée et elle ne peut pas vérifier certains faits dans son récit qui se déroule en Alaska. Kate lui envoie quelqu’un pour l’aider, mais elle n’a pas précisé qui ni comment il allait l’aider…

Avis : Un récit un peu fantaisiste où Google Home s’appelle Arnold et agit un peu comme un humain, et où la maladie du writingholic existe (= passer son temps à écrire). Si certains passages sont amusants comme le concours de lasagnes des voisines de Charlotte, où l’identité de son sauveur, j’ai profondément détesté le personnage principal que j’ai trouvé fatigante à suivre. Le récit reprend aussi quelques éléments de style que l’on retrouve dans Bridget Jones comme compter ses points d’énergie ou de crédibilité. Néanmoins, j’ai trouvé judicieux un message glissé par l’auteure à travers son héroïne : au fond, toutes les romances actuelles sont des copies de Jane Austen…

En conclusion : Un recueil de Noël qui fleure bon les fêtes de Noël et vous incite à croire à l’amour. Les styles des auteures de la TeamRomCom se marient à merveille et nous font ressusciter l’intrigue d’Orgueil et Préjugés à la sauce moderne. Un pur moment de détente et d’humour.

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Les filles du Siècle : Séraphine, Satin Grenadine et La Capucine, Marie Despechin, édition Ecole des Loisirs

Cette série de trois tomes met en avant trois filles au destin différent qui vous font découvrir le quotidien des femmes à Paris à la Belle-Epoque. Trois récits jeunesse composant une véritable peinture sociale teintée de féminisme et de socialisme.

NB : J’ai choisi de réaliser un article qui regroupe mon avis sur les trois livres, d’où la présence des trois résumés. Chaque tome peut se lire de façon indépendante, mais au fil de votre lecture vous constaterez que les personnages secondaires sont présents dans toutes les histoires. Pour information, les deux premiers tomes ont été réédités en Octobre 2020 suite à la parution du troisième : La Capucine. L’éditeur a changé les couvertures pour les rendre plus actuelles. Séraphine et Satin Grenadine ont été publiées en 2004 et 2005.

Résumé de Satin Grenadine : Lucie est persuadée qu’au vingtième siècle, les demoiselles de la bonne bourgeoisie parisienne auront le droit de courir toutes nues, d’aller à la messe en cheveux, de parler à table et même, qui sait ? de s’instruire et de ne pas se marier. A quoi bon vieillir, sinon ? Le problème, c’est que nous ne sommes qu’en 1885 et qu’à treize ans, la seule éducation qu’une jeune fille comme Lucie est censée recevoir consiste à savoir tenir une maison pour devenir une épouse accomplie. Hygiène, lessive, cuisine : Lucie est envoyée faire son apprentissage avec Annette, Fanny et Marceline. Si ses parents savaient… Il se passe parfois des choses étranges, dans les communs des maisons bourgeoises. Les domestiques peuvent s’y révéler plus passionnants et subversifs que des livres. On y fait des révolutions en secret.

Résumé de Séraphine : Que faire de sa vie quand on a treize ans et qu’on est une fille pauvre, pas laide, sachant lire, sans autre protection que celle d’un vieux curé, d’une tante prostituée et d’une veuve ronchon ? Nonne ? Jamais. Séraphine est trop insolente. Couturière ? Non plus. Elle a trop envie de parler et de voir du monde. Peut-être qu’un jour les femmes pourront devenir juges, gendarmes ou avocats et faire de la politique… Peut-être même qu’un jour Dieu Lui-même sera une femme. Mais, pour l’instant, nous sommes en 1885, à Paris, ou plutôt à Montmartre. Le souvenir de la Commune est encore vif chez les uns. Les autres s’occupent de l’enterrer définitivement en bâtissant, là-haut sur la butte, le Sacré-Cœur. Et Séraphine ne voit qu’une solution pour mener la vie libre et sans misère dont elle rêve : s’en remettre à sainte Rita, la patronne des causes désespérées…

Résumé de La Capucine : Si son patron ne la battait pas, si elle était justement payée, si on ne lui comptait pas son assiette et son lit, Louise adorerait la terre sur laquelle elle travaille. Une terre incroyablement fertile, qui peut donner huit récoltes par an ! Qui exporte ses légumes jusqu’à Londres, et même jusqu’en Russie…. Une terre qui n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Paris, sur un petit village de maraîchers nommé Bobigny. Le jour où vient la raclée de trop, Louise s’enfuit. Direction Paris, où vivent et travaillent sa mère Clémence, et son indéfectible protectrice, Bernadette, génie de la cuisine et de la voyance réunies. Mais Louise a treize ans, et à cet âge, même si l’on rêve de liberté, encore faut-il gagner sa vie…

Mon avis :

Trois filles, trois histoires en lien avec le féminisme

A travers ces trois romans courts de 200 pages, Marie Desplechin nous dévoile la condition des femmes et des jeunes filles à la Belle-Epoque et de leurs possibilités d’évolution dans une société très patriarcale.

Ainsi, avec Lucie, de Satin Grenadine, on découvre l’univers des jeunes filles de la bourgeoisie qui doivent s’instruire mais pas trop, pour éviter de faire peur à un futur mari et surtout être jolie pour attirer les prétendants. Malheureusement pour sa famille, Marceline, la gouvernante de Lucie aux idées plus progressistes souhaite surtout que Lucie s’instruise pour tracer sa propre voie. Lucie, elle, ne rêve que de partir en Amérique et de porter du Satin Grenadine, réservé aux grandes dames. Elle est loin des considérations de sa classe sociale et s’émerveille de ce qu’elle peut apprendre chez les domestiques et le peuple, au grand désespoir de ses parents.

Avec Séraphine, on découvre la classe ouvrière pauvre de Paris et surtout de Montmartre. Séraphine travaille chez une couturière pour gagner sa vie mais elle aspire à une autre vie. De nature généreuse, elle est assez naïve vis à vis de l’extérieur et s’en remet à sa foi envers la Sainte Rita, patronne des causes désespérée. Elle va s’essayer à d’autres métiers mais cela reste compliqué de s’élever socialement quand on est orpheline et sans le sou. Il faudra la solidarité de la communauté vivant sur la Butte et d’heureux hasards pour qu’elle trouve un dénouement opportun.

Louise de La Capucine, est la plus têtue et téméraire des trois héroïnes. Elle vit à Bobigny dans une ferme maraichère où elle travaille sous les ordres d’un maître violent. Elle est séparée de sa mère qui travaille pour une famille bourgeoise à Paris et l’a laissée dans cette ferme pour des raisons financières. Louise adore travailler la terre, et elle souhaiterait pouvoir son propre terrain pour vendre seule sa production mais elle est trop pauvre pour réaliser son rêve. Néanmoins, c’est une fille intelligente et autonome qui a le sens des affaires, ce qui lui permettra de s’en sortir, avec un coup de pouce du destin.

Trois destins de jeune filles, et pourtant peu d’issues au début de chaque livre. Le mariage revient très souvent comme porte de sortie, mais finalement d’autres possibilités s’ouvriront à elles grâce à l’aide d’autres personnages secondaires qui souhaitent faire bouger les choses.

Une fresque sociale à travers des personnages secondaires très vivants

En dehors des héroïnes, l’auteure nous propose une galerie de personnages secondaires féminins hauts en couleurs qui nous donnent une vision d’ensemble de la société parisienne, dans chaque classe sociale, ainsi que leurs rêves et aspirations.

Du côté des aristocrates, Mme D’Argenton s’étiole dans sa vie de confort aux côtés de son mari. Elle est dépressive depuis le décès de l’un de ses fils à la guerre et se passionne pour les spirites, seule solution pour revoir son fils défunt. A l’inverse, sa cousine Blanche, seule célibataire de la famille, passe pour une excentrique car elle aime se déguiser en domestique afin de visiter le marché des Halles. On devine par là qu’elle s’ennuie également dans sa classe sociale et qu’elle se soucie peu des convenances au profit de sa liberté de femme.

Chez les bourgeois, Mme Chassignol, la mère de Lucie, cherche à élever sa famille au rang des aristocrates. Son statut de femme mariée et aisée semble lui convenir. Elle accorde beaucoup d’importance aux apparences et souhaite marier sa fille à un homme bien né, dans la plus pure tradition de son siècle. Instruire ou élever Lucie ne l’intéresse pas, elle a laissé cela à la nourrice et la gouvernante de sa fille. Elle préfère réaliser des économies sur l’instruction de Lucie et plutôt lui offrir des robes qu’elle aura choisie pour attirer les prétendants. Elle est également charitable mais par pur intérêt : elle recueille sa cousine Marceline pour la faire travailler gratuitement comme gouvernante auprès de sa fille.

Du côté des domestiques et du peuple, les personnages sont un peu plus intéressants et très nombreux, comme si le confort ôtait toute vie trépidante ! Néanmoins, l’auteure décrit leurs rudes conditions de vie qui font parfois frémir, expliquant ainsi leur envie d’une autre avenir.

Dans la maison de Lucie, Annette la cuisinière se fait vieille et souhaiterait rentrer dans sa famille pour vivre sa retraite. Mais il lui est compliqué de partir quand elle est la seule à rester parmi les domestiques. Son aide de cuisine, Fanny, une jeune fille de 16 ans, aspire à autrechose qu’au ménage et les corvées de lessive. Maligne, prête à tout pour parvenir à ses fins, elle souhaite épouser un maraîcher repéré au marché des Halles et s’établir avec lui pour être maitresse de sa propre maison.

Charlotte, la tante de Séraphine, est une prostituée de bordel de luxe. Même si on dévoile peu ses activités, Marie Desplechin donne des détails historiquement justes à son sujet : Charlotte dispose d’un carnet où elle est signalée comme prostituée auprès de la police. Elle doit rembourser sa dette auprès de sa maquerelle pour pouvoir quitter cet emploi. Elle est obligée de s’habiller de façon voyante pour être identifiée comme prostituée, y compris quand elle sort du Bordel. Derrière ce métier nécessaire pour une fille de province sans fortune, Charlotte est généreuse, un peu frivole, têtue et surtout très pieuse. Son rêve est de se marier avec le peintre Raoul et d’élever une famille.

Marceline, la cousine et gouvernante de Lucie est une orpheline élevée par les religieuses suite au décès de ses parents. Elle est recueillie par sa cousinge, la mère de Lucie, pour devenir gouvernante alors qu’elle sort de l’enfance. C’est la plus intelligente de tous les personnages : ancienne bourgeoise abaissée au rang de domestique, elle se débrouille pour avoir du temps libre en menant Mme Chassignol et les autres domestiques par le bout du nez. Elle cherche à émanciper Lucie, lit beaucoup et fréquente des cercles socialistes. Son objectif est de quitter la famille Chassignol, sans pour autant s’enfermer dans un mariage, et de protéger Lucie de son avenir tout tracé de bourgeoise.

Bernadette, l’amie et voisine de Louise est une vieille femme qui cache un passé malheureux. Elle voit les fantômes et cela lui causé bien du tort. Elle adore cuisiner et travailler la terre. Ce sera le seul exemple de personnage à refuser d’évoluer socialement car elle ne se sent pas à l’aise dans la Haute-Société Parisienne et préfère le bonheur d’une vie simple.

Enfin, Mme Sponze est la couturière des bourgeois et des gens bien nés. Elle fait le lien entre les domestiques et les hautes classes sociales car elle fréquente les deux. On la retrouve dans les trois romans. C’est la mieux considérée des « domestiques » car elle dispose de son propre commerce. Pourtant, elle déteste ceux qui la font vivre alors qu’elle est très proche de leurs valeurs morales. A Lucie qui souhaite s’émanciper, elle lui rappelle qu’une jeune fille ne peut pas vivre sans la tutelle d’un homme si elle souhaite disposer de son propre argent.

On comprend à travers tout ces exemples que les seuls moyens pour les femmes de tracer leur propre chemin à la Belle-Epoque se résume à peu de possibilités : avoir de l’argent, se marier, fuir la France pour un autre pays, s’instruire ou faire fi des convenances. En somme, il faut beaucoup de courage et de travail si l’on n’a pas d’argent ni l’envie de se trouver un mari.

La Commune en filigramme

Dans chaque récit, Marie Desplechin associe des personnages ou des événements en lien avec la Commune de Paris. On en apprend ainsi un peu plus à la fois sur ce qui s’est passé du point de vue des communards, et aussi sur l’état d’esprit du peuple quelques années après.

Dans Séraphine, on découvre que le Sacré Coeur est construit pour « faire oublier » les atrocités commises pendant la Commune. Mais aussi que d’anciens communards ont été déportés au Bagne pendant 10 ans. On rencontre Louise Michel qui a participé à cette révolution et souhaite éduquer les jeunes filles pour les sortir de leur condition de femme. Et surtout, on touche du doigt l’émotion que suscite le souvenir de la Commune chez les anciens communards : une immense tristesse devant les victimes de cette révolution, la déception envers un système de classes qui n’a que peu bougé, l’espoir d’une nouvelle révolution qui améliorerait leur sort.

Dans La Capucine, on découvre que Jacques D’Argenton, l’ami de Lucie et surtout aristocrate, connaît la chanson communarde Dansons la Capucine, et qu’il adhère aux idées socialistes. Apostrophé au marché par des maraîchers parce qu’il chante la chanson alors qu’il n’est pas de la classe sociale qui a fait la révolution, il rétorquera qu’il en connaît l’auteur. On comprend par là que La Commune touche aussi d’autres classes que le peuple. Des années après, les idées que ce mouvement a généré ont perduré, intéressant même les aristocrates, plus empathiques vis à vis des autres. Par ailleurs, Jacques sort complètement des normes car il est homosexuel mais sans pour autant le revendiquer ouvertement.

Cette tendance trouve son apogée dans Satin Grenadine, avec Marceline, qui discrètement instille des idées socialistes et du féministes dans l’éducation de Lucie, en lui faisant réaliser les tâches des domestiques pour lui faire comprendre le quotidien de ceux qu’elle emploie. On rencontrera aussi un bourgeois (dont je taierai le nom pour éviter tout spoiler), qui adhère aux idées du peuple et va de café en café pour haranguer les foules et répandre les idées socialistes. Il finira par vivre en accord avec ses principes en épousant une fille du peuple et en sacrifiant son héritage pour construire une usine utopique où les ouvriers seront mieux traités et logés dans des conditions décentes. Sortir des convenances associées à sa classe sociale lui aura permis de faire progresser la société en quelque sorte.

D’une manière générale, les trois romans vous donneront envie de connaître La Commune, cette période de l’Histoire de France un peu sombre, mais nécessaire pour faire comprendre notre société actuelle. En tout cas, cela m’a personnellement donné envie de me replonger dans les livres d’Histoire !

Une ballade dans Paris à la fin XIXème siècle

La série nous fait littéralement replonger dans Paris à la Belle-Epoque avec une visite en règle de certains lieux phares, alimenté par de recherches historiques pointues de la part de l’auteure.

Ainsi, le marché des Halles est au cœur de La Capucine. On s’y rendra aussi dans Satin Grenadine, nous faisant découvrir son organisation, ses odeurs, par des descriptions très vivantes, dignes d’Emile Zola dans Le Ventre de Paris. On retracera le trajet des légumes et autres denrées qui arrivent au marché depuis les villages maraîchers autour de Paris avec Louise, qui se lève vers 3h du matin depuis Bobigny pour vendre sa production. On découvrira le coin des bouchers, son fumet atroce et la vente de verres de sang chaud censé revigorer les jeunes filles avec Jean Martin, l’ami de Fanny et de Jacques. On apprendra à marchander avec Louise, et comment les domestiques des grands maisons réalisent leurs commissions pour leurs maîtres. On ira manger dans une cantine autour des halles, fréquentée par des ouvriers socialistes.

L’autre lieu emblématique des romans est Montmartre pendant la construction du Sacré-Coeur dans Séraphine. Ici se côtoient une population pauvre qui vit dans des conditions sordides, des artistes-peintres, des cabarets où viennent s’encanailler les bourgeois, des ouvriers du chantier et surtout la plus grande communauté communarde de la ville. Ici, les rares commerçants ne sont pas charitables, mais c’est pour survivre et non pas par gaieté de coeur, comme Marthe et Eugène tenanciers d’un café où Séraphine ira trouver du travail. On rencontrera Raoul, un artiste peintre, qui réalise des peintures post-impressionnistes de prostituées et gens de la butte, dans un style proche de Edgar Degas. On verra aussi Jeanne, une couturière et ancienne communarde, qui coud nuit et jour pour survivre comme d’autres travailleurs pauvres,

Nous irons aussi à Bobigny, dans une ferme où vit et travaille Louise. Quand on regarde Bobigny de nos jours, complétement bétonné, on éprouve des difficultés à se l’imaginer village maraîcher avec des champs à perte de vue. Et pourtant, Bobigny à la Belle-Epoque est un village paysan fier d’alimenter Paris grâce à sa terre fertile tout comme les autres villages alentours. L’auteure laisse entrevoir leur avenir avec un projet d’industrialisation dans Satin Grenadine et l’abandon progressif du travail de la terre avec Antonin, le fils du propriétaire de la ferme qui préfère partir en Australie. Ici, on rencontrera Gaston, le père d’Antonin et maître de Louise, un paysan radin, avide d’argent et soucieux de son patrimoine avec les conséquences que cela implique pour les autres.

La ballade ne s’arrête pas là, mais elle sera plus brève dans d’autres lieux : les hôtels particuliers des bourgeois et aristocrates, le parc où se promènent leurs enfants, l’île de la Cité et Notre-Dame toujours debout, les cafés populaires de la Butte, les couvents, les péniches qui charrient du charbon pour la capitale via les canaux et la Seine. Un clin d’oeil à la mode des cercles de Spiritisme fréquentés par Alexandre Dumas fils et Mme D’Argenton sera aussi évoqué avec les escroqueries des tables-tournantes. Pour ceux qui aiment Paris à la Belle-Epoque, c’est un réel enchantement de se promener à travers ces trois histoires.

En conclusion : Marie Desplechin propose une série de romans jeunesse historiquement justes, qui vous fera voyager à la Belle Epoque dans le quotidien des différentes classes sociales parisiennes. Elle nous présente des héroïnes, proche des jeunes lecteurs comme des adultes, ainsi qu’une foule de personnages dignes d’une fresque sociale à la Emile Zola. Une belle leçon d’Histoire sur l’évolution de la société et de Paris, sous une plume agréable et avec des couvertures de roman dignes de tableaux de Monet.

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Contes et légendes du Paris des Merveilles, Pierre Pevel et d’autres auteurs, éditions Bragelonne

Lu dans le cadre du Projet Ombre pour mettre en avant le genre de la nouvelle, mais aussi dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk #1 en lien avec la magie et le steampunk, je me suis régalée avec ce recueil de nouvelles consacré à l’univers d’Ambremer créé par Pierre Pevel. Voici ce que j’en ai retiré…

Résumé du recueil : « Bienvenue dans le Paris des Merveilles, un Paris qui n’est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait un autre… et qui, désormais, n’appartient plus seulement à votre serviteur. Dans ce recueil, vous découvrirez six nouvelles situées dans le monde du Paris des Merveilles. Je suis l’auteur de deux d’entre elles, les quatre autres étant l’oeuvre de jeunes plumes – parfois débutantes mais toujours talentueuses – qui se sont approprié l’univers d’Isabel, Griffont et Azincourt pour, je l’espère, votre plus grand plaisir…  » Pierre Pevel

Mon avis sur le recueil :

Ce recueil est composé de 6 nouvelles autour de l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel. Il comprend deux nouvelles originales de l’auteur et 4 autres d’auteurs différents sélectionnés lors d’un appel à textes par l’éditeur Bragelonne. Même si les autres auteurs ont chacun leur style, on sent une grande cohérence dans ce recueil, comme si Pierre Pevel se cachait derrière eux. L’imagination de Catherine Loiseau, Sylvie Poulain, Benjamin Lupu et Bénédicte Vizier est prolifique : ils ont réussi à étendre l’univers d’Ambremer ou à développer des personnages déjà présents dans la trilogie originale. Ce recueil est un vrai petit bijou fait par des fans et pour des fans de Pierre Pevel.

Afin de mieux évoquer chaque nouvelle, je vais à chaque fois réaliser un petit résumé avant de donner mon avis. Comme il n’y en a que 6, ce sera plus simple que pour certains recueils.

Veni, Vidi, V… de Pierre Pevel ( Une aventure d’Isabel de Saint-Gil et Louis Denizart Hippolyte Griffont)

Résumé : Un soir d’orage magique, Isabel de Saint-Gil voit débarquer chez elle un félin ailé mécanique doué de vie mais en piteux état. Bien décidée à ne pas le laisser mourir et surtout intriguée par l’existence même du chat (ce type d’automate vivant n’existe pas à Ambremer), elle fait appel aux services de son cher mage Louis Griffont. L’aventure les mènera bien plus loin qu’on ne le pense…

Avis : Une nouvelle à l’intrigue bien menée où l’on retrouve l’éternel duo Saint-Gil/Griffont et le ton espiègle de l’auteur. Le mystère du chat ailé, invention fort steampunk, est passionnante à suivre. On notera au passage la rencontre avec un personnage historique important revisité façon charmeur, qui causera une petite crise de jalousie de la part de Griffont. Ainsi que la découverte d’un gnome-mage inventeur, créature inédite dans l’univers d’Ambremer.

L’urne de Râ, Catherine Loiseau

Résumé : Gabrielle Châtelet, jeune fille de bonne famille visite une exposition dédiée à l’Egypte Antique au musée du Louvre, accompagnée de sa famille et de sa gouvernante Suzanne Roc Peregrine de la Touche, quand dans une salle consacrée à des urnes funéraires, elle se fait agresser par un homme mystérieux. Suzanne intervient en utilisant son épingle à cheveux qui n’est autre qu’une baguette magique afin de protéger la jeune fille. C’est ainsi que Gabrielle découvre que sa gouvernante est une magicienne retirée du Cercle de Cyan suite à des déconvenues personnelles. Mais aussi que l’une des urnes égyptiennes de l’exposition est convoitée par l’homme et que des gardiens sont morts dans la salle où elle est entreposée. Gabrielle va embarquer Suzanne malgré ses protestations dans une enquête aux ramifications fort égyptiennes…

Avis : C’est la nouvelle que j’ai le moins aimé dans le recueil, à cause de son style et de quelques longueurs. Néanmoins, elle aborde des sujets importants que l’on retrouve dans l’univers de Pevel : le sexisme dont les femmes magiciennes sont victimes à l’intérieur de leur propre cercle de magie, le destin tout tracé des jeunes filles destinées au mariage, les mauvais côtés des cercles de magie en général. Une jolie histoire empreinte de féminisme qui flirte avec la mythologie égyptienne.

Les Révoltés d’Argecimes, Sylvie Poulain

Résumé : C’est le jour de l’inauguration d’une voie aérienne entre Paris et Ambremer. A cette occasion, une course d’aéronefs est organisée à Issy-Les-Moulineaux mais l’évènement tourne vite au drame. Elisabeth d’Arbois, magicienne du cercle de Cyan et aviatrice participant à la course, se voit plongée dans une enquête mêlant attentat terroriste et Histoire des guerres d’Ambremer contre les dragons.

Avis : C’est une nouvelle très intéressante à plusieurs points de vue que nous propose Sylvie Poulain. Elle aborde, comme Catherine Loiseau, le côté sexiste des cercles de mages parisiens, avec Elisabeth plus ou moins aidée dans son enquête car elle est une femme. Mais elle invente surtout une histoire autour des elfes d’Ambremer et pour certains leur exil chez les humains, dévoilant ainsi un pan de l’univers complètement inédit. Les thèmes du terrorisme et du racisme anti-êtres magiques et sa réciprocité anti-humain que l’on trouve dans l’oeuvre originale de Pevel sont aussi mis en avant. Elisabeth, comme Pevel nous fait voyager dans Paris de manière très juste, allant d’Issy à l’hôpital du Val de Grâce, pour finir aux Buttes de Montmartre. Une belle balade parisienne avec une fin touchante. C’est ma nouvelle préférée du recueil.

Les Portes de l’Outre-monde, Benjamin Lupu

Résumé : Louis Griffont est engagé par la compagne du sculpteur Rodin pour l’aider à sortir de sa folie créatrice. En effet, Rodin a décidé de reproduire une oeuvre détruite des années auparavant lors d’un attentat anti-magie : les portes de l’Outre-monde, censée sceller l’amitié entre Ambremer et les humains. En allant inspecter l’artiste et sa maison, le mage découvre plusieurs éléments perturbants : le sculpteur agit de manière bizarre et psychotique, l’ensemble de ses domestiques ont disparu, et surtout la plupart de ses sculptures semblent vivantes…

Avis : Cette nouvelle enquête va nous plonger dans une partie de l’univers jusque là peu étudiée : le Mouvement féériste. Benjamin Lupu nous dévoile une nouvelle manière de créer pour les artistes, en utilisant la magie, suite à l’arrivée d’Ambremer chez les humains. Malheureusement, cela ne sera pas sans conséquences : à nouveau, les cellules terroristes anti-magie sont abordées, et pire, cet art où tout semble vivant, sera conspué par une partie de la communauté artistique humaine. On retrouvera d’ailleurs Edmond Falissière, ambassadeur humain auprès de la cour d’Ambremer, reconverti en spécialiste d’Art féérique qui fera les frais de cette inimitié anti-magique. Un récit innovant vis à vis de l’oeuvre originale de Pevel qui étoffe davantage son univers.

Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin, Bénédicte Vizier

Résumé : Etienne Tiflaux, changelin (ou métamorphe), a quitté la police pour lancer son cabinet de détective, suite à ses déconvenues dans Le Royaume Immobile de Pierre Pevel. Il se voit confier une enquête qui pourrait bien lancer sa carrière : retrouver la fille disparue d’un magicien du cercle d’Or. Mais la tâche n’est pas facile d’autant que Sergej Lukowski lui cache bien des secrets. Une aventure qui mêlera magie, sciences et romance.

Avis : Bénédicte Vizier a eu le génie de faire évoluer un personnage déjà évoqué chez Pierre Pevel qui a décidé de devenir détective, sans que l’on en sache plus dans le Royaume Immobile. Pari réussi ! Le changelin, dont la famille a toujours été dans les arts du spectacle, a décidé d’utiliser ses talents de camouflage et son flair infaillible pour les mettre au service d’enquêtes privées. Ici, il sera question de la disparition de la fille d’un mage qui étudie les sciences à l’université (avec le progressisme que cela apporte vis à vis de la Belle-Epoque, et ses revers sexistes). Tiflaux fera face à la folie d’un personnage obsédé par la création d’une machine mêlant sciences et magie, et rencontrera une figure historique très connue. Une enquête aux ramifications surprenantes qui interroge les limites de la magie et de l’amour. (Je ne peux pas trop en dévoiler sans vous spoiler l’histoire).

Sous les ponts de Paris, Pierre Pevel

Résumé : Saviez-vous que sous chaque pont de Paris vivait un troll et que depuis longtemps, ils assuraient la solidité du pont en échange d’un droit de passage ? Dans cette histoire, le mage Griffont et la Baronne de Saint Gil joueront les conciliateurs auprès de l’ensemble des trolls des ponts de Paris pour que les humains comme les êtres magiques s’arrogent de leur quittance de passage qu’ils ont bien des difficultés à obtenir.

Avis : Cette nouvelle est tout simplement fabuleuse. On y retrouve le génie et l’imagination délirante de Pierre Pevel qui s’amuse à inventer des types de trolls en fonction de l’Histoire de chaque pont. Derrière, on sent un travail historique important, mais aussi l’envie d’ajouter une touche de féérie à notre quotidien. A l’issue de la réunion des trolls, les actions proposées par Isabel de Saint Gil seront hilarantes. J’ai passé un excellent moment avec cette histoire bourrée d’espièglerie, qui tacle au passage les services d’administration et les grèves parisiennes.

En conclusion : Une anthologie de nouvelles très bien menée qui nous dévoile un peu plus l’univers du Paris des Merveilles par des lecteurs assidus de la trilogie. Pierre Pevel comme les autres auteurs du recueil, a le don de nous apporter un peu de magie et de steampunk dans notre réalité quotidienne et cela fait du bien.

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #26

Au sommaire de cette veille littéraire du net : un article qui interroge la republication d’un livre nazi, une série remake sur Arsène Lupin, une plateforme solidaire de vente, une opération pour mettre en valeur des petits éditeurs, un documentaire sur une aventurière du XXème siècle, un prix littéraire qui met en avant de petits éditeurs par des blogueurs, un challenge littéraire printanier et une chaîne Youtube spécialisée en Gangs parisiens de la Belle Epoque.

L’article du mois

Faut-il republier Mein Kampf ? C’est la question posée dans l’article d’Actualitté que j’ai lu l’autre jour, devant l’annonce des éditions Fayard qui publient cette année une version augmentée du livre d’origine avec son contexte historique destinée aux chercheurs et universitaires travaillant sur le totalitarisme.

Cette nouvelle publication enrichie servirait à mettre en garde les générations futures contre les dérives du nazisme et de toute politique basée sur la discrimination raciale, religieuse, etc… Il est publié à titre de document historique et pédagogique.

Le sujet pose polémique, vis à vis de la mémoire des victimes du nazisme ou par crainte d’attiser un regain néo-nazi à qui pourrait profiter cette publication.

Personnellement, je suis partisane d’éduquer les gens pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, et donc je vois un intérêt à cette nouvelle publication. Cependant, je reste perplexe quant aux motivations de Fayard qui publiait déjà une version de ce titre en 1938, supervisée par l’Allemagne nazie selon l’article d’Actualitté. Il lui sera également difficile d’écouler ses exemplaires sur Amazon qui a renforcé son interdiction de vente de livres sur le nazisme sur sa plateforme. Bref, restons optimistes…

La série du moment

Ce mois-ci, j’ai regardé la dernière série adaptée d’un roman (ou plutôt inspirée de) : Lupin, dans l’Ombre d’Arsène réalisée pour Netflix avec Omar Sy dans le rôle titre. J’en ressors un peu mitigée…

L’intrigue ressemble un peu à celle du Collier de la reine de Maurice Leblanc avec pour thème le vol d’un collier ayant appartenu à Marie-Antoinette, propriété des employeurs de la mère d’Arsène Lupin alors enfant. Si dans le livre, c’est sa mère qui est accusée de vol, et le jeune Arsène qui en est l’auteur, dans l’adaptation en série, il s’agit du père du héros, mais ni lui, ni son père ne sont à l’origine du larcin. L’affaire laisse le jeune garçon de 13 ans aux services sociaux alors que son père est mis en prison.

Derrière cette tragique histoire, on sent tout le racisme latent des employeurs petit-bourgeois, le manque d’assiduité de la police à résoudre l’affaire et l’injustice dans laquelle est plongée Assan jusque là heureux avec son père.

Le garçon devenu orphelin se trouve un modèle dans Arsène Lupin, livre fétiche offert par son père. Il l’aidera à grandir et à se forger une identité, pour le meilleur comme pour le pire. Assan est charmant, manipulateur, épris de justice, mais aussi voleur, arnaqueur, père lui-aussi à ses heures perdues et a des difficultés à garder les femmes qu’il rencontre.

L’intrigue est assez divertissante, les décors parisiens un peu clichés mais toutefois intéressants (nous irons au Louvre tout de même !) et la mise en valeur des petites gens plutôt importante.

En revanche, j’ai trouvé que le jeu d’acteur et la direction artistique manquaient de profondeur. Si tu as vu Omar Sy dans le film Intouchables, tu sais qu’il peut beaucoup mieux jouer. Dans Lupin, il semble toujours pressé de débiter sa réplique. Je dirais que l’action a été privilégiée au détriment du jeu des acteurs, même si ces derniers auraient été capables de faire le job si on en leur avait laissé le temps.

Dans l’ensemble la série est assez intense et l’intrigue digne d’un film de braquage, quoiqu’un peu cousue de fil blanc, avec de nombreuses références au gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc. J’attends la deuxième partie de la saison avec impatience pour voir mes hypothèses confirmées sur la suite de l’histoire. 😉

Le challenge littéraire du moment

La version 2021 du PIF (=Printemps de l’Imaginaire Francophone) a été lancée il y a peu par la blogueuse Zahardonia du site Monde-fantasy.com sur son compte Instagram. C’est la sixième édition de ce challenge qui fait la promotion de la Littérature de l’Imaginaire écrite en Français, peu importe la nationalité de l’auteur(ice). L’idée est de défendre cette littérature et de combattre les préjugés qui l’accompagnent (ex : la meilleure littérature de Fantasy est anglosaxonne).

Le challenge se déroulera sur trois mois : du 1er mars au 1er juin avec 4 menus présentant chacun 4 sous-catégories. Seuls les ouvrages de fiction de la littérature de l’Imaginaire comptent : romans, nouvelles, bd, mangas, théâtre, albums… en Science-Fiction, Fantasy et Fantastique. Tu peux déterminer un palier de lecture en fonction de tes objectifs et partager tes avis lecture sur Instagram ou Facebook avec les Hashtag  #PrintempsImaginaireFR#ImaginaireFR. Si tu souhaites plus d’informations sur ce challenge, tu peux déjà trouver les menus ci-dessous sur le compte instragram de la blogueuse et lire son article détaillé sur son site internet.

L’initiative solidaire du mois

Emmaüs vient de lancer une plate-forme solidaire de vente dont le produit des ventes sera reversé sous forme de dons mais à des associations pour aider à l’insertion sociale, ou au développement de projets solidaires.

La plate-forme s’appelle Trëmma et est très simple d’utilisation : il suffit de mettre en vente comme sur Vinted l’article que tu souhaites donner avec photo et description. Elle est ensuite validée par un modérateur et apparaît sur le site Label Emmaüs, la plateforme de vente de l’association.

En somme, c’est une bonne façon de vider ses placards pour la bonne cause et de vendre (ou d’acheter) solidaire.

Pour retrouver les articles sur le site d’Emmaüs, coche la case Trëmma quand tu réalises une recherche ou que tu ouvres une rubrique de produits. Par contre, accroche toi bien pour les recherches de livres d’occasion au catalogue : c’est un peu compliqué ! Personnellement, je trouve le moteur de recherche de leur site désespérant…

La mobilisation du mois

Les blogueuses belges du site Recto-Verso remettent en marche leur projet « 1 week-end, 1 mise en avant, 1 mobilisation » afin de mettre en valeur de petites maisons d’édition et des auteurs parfois auto-édités face à la crise sanitaire.

Elles proposent chaque semaine des interviews en live et des chroniques littéraires, ciblées sur une maison d’édition à chaque fois, pour les faire découvrir à un vaste public et favoriser des ventes.

Pour février par exemple, ce sont les éditions Plume Blanche et Caravelle qui sont invitées, ainsi que les auteures Ielenna et Maud Cordier. C’est l’occasion d’élargir son horizon et de découvrir de nouveaux moyens d’augmenter ta PAL !

Tu trouveras plus d’informations sur leurs programmes mensuels sur leur page facebook.

Le Prix littéraire du moment

Vu sur le compte instagram de Lamousme et aussi sur un article d’actualitté, le Vleel ou « Varions Les Editions En Live » est un prix littéraire qui récompense des ouvrages issus de maisons d’éditions moins médiatisées via Instagram et Youtube.

Ce prix est l’aboutissement d’interviews réalisées depuis avril 2020 par le blogueur Anthony Lachegar, alias Serial Lecteur Nyctalope. Il a pour but de récompenser un auteur et une maison d’édition moins connus en faisant participer la blogosphère littéraire.

Le principe est simple : si tu as un compte instagram, tu peux voter jusqu’à Dimanche 7 février 21h, pour l’un des 10 auteurs et maisons finalistes présents dans la liste ci-dessous en utilisant le formulaire présent sur le site du Lecteur Nyctalope.

Si tu n’as pas lu les livres ou que tu ne connais pas les maisons d’édition présentées, pas de panique ! Tu peux retrouver les critiques des livres et présentations des éditeurs sur le site de Serial Lecteur Nyctalope et sa chaîne youtube pour te faire une idée.

Le documentaire du moment

Connais-tu Alexandra David Neel ? Il s’agit de la première femme a avoir voyagé jusqu’au Tibet et à avoir pénétré Lhassa, interdite aux occidentaux. C’était en 1924.

Orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra lyrique, féministe, journaliste, anarchiste, exploratrice, bouddhiste, écrivaine et franc-maçonne, elle a multiplié les casquettes mais toujours avec cette envie furieuse de voyager et de découvrir l’Orient qui a donné lieu à de nombreux livres de sa part.

Arte consacre un documentaire synthétique de 5 minutes, intitulé Une occidentale sur le toit du monde, qui retrace l’histoire de cette grande voyageuse qui souhaitait encore renouveler son passeport à 103 ans.

Une belle manière de découvrir son état d’esprit, complètement inconcevable pour une femme de son époque, et de se familiariser avec ses aventures. 😉

La chaîne youtube du moment

Je suis assez fan de la Belle-Epoque et de Paris en général, aussi, quand j’ai découvert la chaîne Gang de Paris, mon excitation était à son comble ! Dans des vidéos assez courtes, Jérémy te raconte des anecdotes autour des gangs qui ont régné sur Paris à la Belle-Epoque. Code vestimentaire, langage, mode de vie, tout y passe ! Les vidéos sont rythmées, les explications claires, le texte travaillé et documenté. Bref, un petit plaisir de 2 minutes dont je ne me lasse pas.

Si tu apprécies ses dessins, tu peux aussi commander des vêtements à l’effigie des Apaches et autres gangs sur son site internet 😉

Voilà, ma veille est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Crêpes et chocolat chaud,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #1 : Steampunk et magie.

Est-ce qu’on peut trouver dans la magie dans des romans steampunk ? Si oui, dans quelle mesure ? Ce sont les questions auxquelles j’ai tenté de répondre lors de mon live instagram du 31/01/2021 et dont voici la retranscription sous forme d’article avec les références des livres mentionnés. J’inaugure la première séance avec ce sujet pour vous faire découvrir cette littérature qui me passionne.

Quelques éléments initiaux de définition du Steampunk

Parce que je ne peux pas évoquer directement mon sujet du jour sans passer par quelques notions essentielles, voici un petit résumé ultra-succint qui sera étoffé au fil des épisodes, de la manière dont est né le Steampunk.

Afin d’étayer mon propos, je me suis basée sur deux livres : Le Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan aux éditions ActuSF, et La Bible Steampunk de Jeff Vandeermeer et S.J. Chambers, éditions Bragelonne. J’y reviendrai plus précisément dans un autre article autour des guides pour comprendre le steampunk.

Le terme Steampunk est né dans les années 1980 comme une blague, entre trois auteurs américains, en réaction au Cyberpunk alors très populaire à l’époque. Tim Powers, James Blaylock et K.W Jeters, jeunes écrivains et anciens étudiants en littérature victorienne, se retrouvaient souvent pour discuter littérature dans un restaurant et partager leurs écrits. Ils imaginaient un type de roman dont l’intrigue se déroulerait dans une Angleterre Victorienne avec une technologie avancée. Inspirés par les écrivains Jules Verne et H. G. Wells, ils inventèrent alors le mot « Steampunk » par hasard et par moquerie, et écrivirent les romans à l’origine du genre : Les voies d’Anubis pour Tim Powers, Morlock Night et Machines infernales pour K.W Jeter, et Homonculus pour James Blaylock.

Les romans steampunk qui forment le canon du genre ont quelques particularités bien ancrées :

  • Ce sont des uchronies : des univers qui proposent une histoire alternative à l’Histoire que nous connaissons. s’inspirent du nôtre mais avec un point de rupture et une évolution légèrement différents. Dans le cas du steampunk, le point de rupture être lié aux genres de l’imaginaire (magie, aliens, nouvelles énergies, zombies, autre dimension) sans chercher à les expliquer.
  • La dimension métatextuelle est forte : On peut y rencontrer des personnages historiques ou fictionnels dont l’histoire a été modifiée, ou qui jouent leur propre « rôle ». Le genre joue avec la littérature et l’on peut lire l’histoire sur plusieurs niveaux, pour peu que l’on connaisse les références citées.
  • L‘influence de Jules Verne et de H.G. Wells est très présente dans le récit avec les thématiques associées : le voyage imaginaire, le voyage dans le temps, la révolution industrielle, l’esthétique rétro-futuriste.

J’ajouterais quelques éléments personnels glanés tout au long de mes lectures, et en me basant sur les livres fondateurs du steampunk de Tim Powers, James Blaylock et K.W. Jeters :

  • L’action se déroule à l’époque Victorienne ou à la Belle Epoque, dans une grande capitale.
  • Certaines thématiques sont récurrentes : l‘automate, les sociétés secrètes, le spiritisme, la lutte contre les inégalités sociales.
  • Un côté décalé : Ne pas oublier le mot Punk dans Steampunk.
  • Une capacité à se mêler à plusieurs genres : Fantasy, Science-Fiction, policier, Bit-lit, romance…
  • Un côté caméléon : il se mélange aisément aux différentes cultures et pays pour créer des récits étonnants.
  • La vapeur comme principale source d’énergie des avancées technologiques. Dans Steampunk, il y a Steam aussi (= vapeur en anglais). Mais on peut trouver aussi l’éther, et des énergies inventées.

Quelle est la place de la magie dans le steampunk ?

La production actuelle mélange le côté magique au steampunk sur plusieurs plans et ce n’est pas anodin.

Dans Les Voies d’Anubis, Tim Powers évoque un voyage dans le temps qui dérape, des loups-garous, des sociétés secrètes, un culte égyptien magique, et des artefacts farfelus, le tout dans un Londres Victorien à la Dickens.

Ma théorie personnelle est que dans ce livre, il y a déjà des traces de magie : on parle d’un culte égyptien basé sur la sorcellerie présent en début et fin de livre. Il a un côté magique inexplicable qui tranche avec la technologie du voyage dans le temps.

Idem dans Homonculus de James Blaylock : on parlera de la quête d’un Homoncule, petit être magique né d’une racine et issu des expériences alchimiques. Or les alchimistes croisaient déjà sciences et magie et on retrouve l’homoncule dans d’autres récits plutôt de Fantasy, l’assimilant à un être magique.

Par ailleurs, et on le verra aisément dans les exemples cités, le Steampunk n’est pas un genre, mais plutôt un sous-genre ou une esthétique qui peut fusionner avec d’autres genres tels que la Fantasy, dans le cas de la magie.

Dans la production littéraire actuelle, on trouve des romans steampunk qui comportent de la magie de différentes manières : Mélange avec la Fantasy très visible, magie comme source d’énergie, termes tels que « Mécano-mage » ou « Techno-mage », opposition entre magie et science ou lien indéfectible, étude de la magie comme science… tout est possible.

Le mélange du steampunk et de la Féerie : Pierre Pevel et l’univers du Paris des Merveilles

Dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, (éditions Bragelonne), le décor est résolument steampunk : nous sommes à Paris à la Belle Epoque, mais une Belle-Epoque réinventée. Ici les fées côtoient les humains, certains humains sont des mages, et quelques machines fonctionnent grâce à la magie (ex : la pétulante, moto bricolée par le mage Griffont). L’auteur introduit ici un savant mélange de Fantasy et de Steampunk, avec une forte recherche historique sur la capitale qu’il connaît sur le bout des doigts.

L’intrigue : Dans un Paris 1900, Ambremer, le monde féérique rejoint la réalité humaine. Des elfes, fées, gnomes se promènent dans la capitale parmi les humains et même une station de métro permet de rejoindre Ambremer. Le mage Griffont est chargé d’enquêter sur un trafic d’objets magiques au sein de la capitale. Il se trouve mêlé à une affaire de meurtre malgré lui. Pour alliés, il peut compter sur Isabelle de Saint Gil, une fée connue de longue date pour ses cambriolages et Azincourt, un chat ailé qui a la capacité de lire des documents en s’endormant dessus. Cependant, cet assassinat aux ramures politiques va le mener beaucoup plus loin que ce qu’il peut penser…

Ce qu’on en retient : 

Il s’agit d’une intrigue policière avec pas mal de suspense et de rebondissements, avec au coeur, un complot politique, le tout en trois tomes : Le Paris des Merveilles, L’élixir d’Oubli et Le Royaume Immobile.

Le style de l’auteur est agréable : il utilise un langage soutenu qui s’adresse à vous sur le ton de la conversation avec un côté poétique et espiègle.

On nous présente un Paris de Titi parisien avec beaucoup de charme, ses bas-fonds comme ses haut-quartiers, et beaucoup de réalisme historique malgré l’habillage féérique parfois désopilant.

Le roman comporte deux personnages forts : Louis Griffont, mage du Cercle de Cyan et Isabel de saint Gil, Fée-espionne bannie par son peuple. Tous deux possèdent un caractère bien trempé et forment un duo parfait pour mener l’enquête, même s’ils ont des méthodes différentes. Là où Griffont est posé, méticuleux et aspire au confort, Isabel est sauvage, effrontée et adore vadrouiller. Leurs chamailleries incessantes sont sources d’amusement à chaque page.

Le fait que les fées et êtres magiques cohabitent soudainement avec les humains désoriente certains, ce qui occasionne du racisme anti-fées ou anti-humains et des cellules radicales dans les deux camps. Ce thème est récurrent dans toute la trilogie ainsi que le sexisme envers les femmes magiciennes dans les cercles de Mages de la Capitale.

Des clins d’oeils littéraires ou historiques sont nombreux : Les brigades du Tigre aident à l’enquête, de nombreux personnages de légende ou mythologiques font leur apparition (ex : La Vouivre).

Dans le même univers, il existe le recueil de nouvelles Contes et récits du Paris des merveilles, chez Bragelonne, avec deux nouvelles originales de l’auteur, et 4 nouvelles d’autres auteurs basés sur le style de Pevel.

La première nouvelle s’intitule Veni, Vidi, V. et a pour point de départ l’apparition d’un chat ailé mécanique chez la Baronne de Saint Gil qui emmène le duo Griffont-Saint Gil à enquêter sur l’origine de la création du félin qui semble doué de vie. On y retrouve la thématique de la magie comme source d’énergie pour des automates et un personnage d’inventeur très connu en fin de récit.

La cinquième nouvelle intitulée Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin par Bénédicte Vizier, nous fait réfléchir sur le même sujet avec une machine en lien avec Nicholas Tesla, qui aspire la magie d’êtres magiques pour la concentrer en un sérum censé transformer un humain en magicien.

Les autres nouvelles abordent tour à tour le sexisme dont font preuve les mages envers les magiciennes, même dans leur propre cercle, les tensions entre humains et créatures magiques ou nous proposent une balade très réaliste dans Paris à travers les histoires.

La Magie comme source d’énergie mécanique dans le roman steampunk: Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway

Le thème de l’objet mécanique à qui on insuffle la vie par la magie se retrouve dans un autre roman steampunk : Une étude en Soie, l’affaire Baskerville de Emma Jane Holloway (en deux tomes).

L’intrigue répond en tous points aux canons du roman steampunk avec une touche de romance : Nous sommes à Londres, à l’époque Victorienne dans une uchronie où les Barons de la Vapeur règnent en maître grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville. Ici, l’alliance entre la mécanique et la magie existe, mais reste dangereuse, et elle surtout réservée aux hommes. Or, Evelina, le personnage principal, adore créer des êtres mécaniques qu’elle fait vivre en leur insufflant de la magie. Au passage, c’est la nièce de Sherlock Holmes, personnage fictionnel bien connu…

L’intrigue : Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes est l’invitée de Lord Bancroft, un diplomate anglais, dans sa demeure Londonienne pour sa première Saison et présentation à la reine. Amie avec la fille de ce dernier, Imogen, elle est férue de mécanique et de magie, deux choses interdites, dangereuses et certainement peu convenables pour une jeune fille. Une nuit, alors qu’elle manque d’être surprise dans le grenier à bricoler, elle est le témoin de plusieurs faits étranges avant d’être mandatée par la bonne paniquée. Une des domestiques a été assassinée au rez-de-chaussée. Sur le corps, elle découvre plusieurs indices qui laissent à penser que le tueur était à l’intérieur de la maison. En parallèle, les Barons de la Vapeur règnent en maîtres sur Londres grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville et en confisquant métaux et nouvelles inventions. Le Baron Doré, plus ambitieux que les autres, cherche une nouvelle source d’énergie qu’il serait le seul à posséder : le coffret d’Athéna. Mais d’autres personnes sont à sa recherche, provoquant une vague de meurtres.

Ce qu’on en retient : 

Ici l’auteure nous propose une réflexion sur l’utilisation de la magie comme énergie pour faire vivre des automates ou des êtres mécaniques et ses conséquences en fonction de la magie utilisée. Si elle est blanche, ce sera sans danger. Si elle est noire, le terrain sera glissant… On peut y voir au passage une métaphore de l’utilisation du charbon comme source d’énergie et ses conséquences : source de progrès dans l’industrie et d’exploitation ouvrière dans des conditions désastreuses, à l’origine du brouillard londonien.

La magie est donc vue comme une forme d’énergie nouvelle, utile pour améliorer un système mécanique, mais aussi dangereuse car instable. Le fait qu’elle soit réservée aux hommes apporte un côté transgressif et féministe à l’histoire avec une héroïne qui souhaite l’égalité entre les sexes.

Au-delà du côté magique, l’auteure apporte également une réflexion sur les conséquences d’un monopole sur l’énergie par des sociétés privées, qu’il est assez intéressant de décrypter.

Côté intrigue, nous serons à nouveau dans le genre policier avec une enquête complexe aux ramifications diverses : meurtre, artefact magique, société secrère… On note un gros clin d’oeil à Sherlock Holmes comme personnage, et dans le complément de titre (= L’Affaire Baskerville), mais c’est sa nièce qui va résoudre l’enquête.

La romance sera présente aussi avec un triangle amoureux entre l’héroïne et deux jeunes hommes aux caractères et destins différents : un orphelin sans le sou qui vit dans un cirque et un jeune homme de bonne famille bien éduqué et féru de sciences. Emma Jane Holloway introduit ici une réflexion sur l’émancipation féminine à l’époque victorienne quand on est pauvre, et intelligente, et la difficulté d’être autonome à l’époque victorienne, à moins de se marier et d’avoir un mari féministe.

La magie comme sujet d’étude scientifique : La machine de Léandre, Alex Evans

L’univers d’Alex Evans mélange Fantasy et Steampunk en abordant la magie sous un angle scientifique.

Il se situe dans une Belle Epoque réinventée où la magie a existé, disparu, puis est revenue de manière incontrôlable. De ce fait, les hommes ont dû s’adapter pour vivre sans magie et une religion anti-magie a vu le jour.

Dans La Machine de Léandre, la magie est devenue un objet d’étude, avec des Professeurs qui l’étudient et on l’évoque sous le terme « Fluide ». Les rituels et formules s’apparentent à des recettes pour canaliser cette énergie. En dehors des sorcières, des Chamanes ont le don de magie, qui se paye par une sexualité débridée après utilisation, ou des accès de folie et la nécessité de repos.

De plus, le récit a pour élément central la création d’une machine à magie censée remplacer les hommes dans leurs tâches pénibles quotidiennes comme le travail d’usine. C’est une réflexion intéressante sur un univers uchronique où magie et science cohabitent pour le bien commun (ou sa perte), pour l’industrialisation et le progrès. Mais cette découverte a un prix énorme : l’ingrédient secret utilisé pour faire fonctionner la machine n’est pas à proprement parler éthique…

L’intrigue : Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n’aspire qu’à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu’il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s’intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant…

Ce qu’on en retient :

Le récit est un très bon divertissement grâce à une écriture fluide et un style léger et drôle. Il mélange romance, intrigue policière et sciences magiques, ainsi que des sujets comme l’immigration et la discrimination.

L’auteure met en avant un personnage féminin complexe et gaffeur, héroïne malgré elle et qui tente de faire sa place dans un monde dominé par les hommes. Constance est une réfugiée politique d’une région anti-magie, qui a fui avec sa famille pour un Bastion scientifique afin de se créer une nouvelle vie. Elle y est parvenue à force d’efforts et de détermination en devenant Professeure de Magie dans une université. Malgré une intégration réussie, elle souffre de racisme et de sexisme à l’université par ses pairs masculins et de solitude car elle a tout sacrifié à sa carrière. Il faut dire aussi que la jeune femme n’est pas très jolie et a une maturité émotionnelle très peu développée.

Son implication pour remplacer son collègue professeur dans ses travaux va la mêler à une expérience contre-nature, la rencontre avec un succube et surtout d’affreux criminels, chose dont elle a très peu l’habitude. Mais elle dispose d’une botte secrète qui va l’aider dans cette affaire : des pouvoirs magiques.

Quand magie et mécanique s’opposent : l’univers d’Engrenages et sortilèges d’Adrien Tomas

Pour finir, l’univers créé par Adrien Tomas dans Engrenages et Sortilèges (éditions Rageot), et Vaisseau d’Arcane (édition Mnémos), apporte un renouveau au thème de la magie et de la mécanique. 

Certes, l’univers se rapproche plus de la Fantasy que du Steampunk car nous n’évoluons pas à l’époque victorienne mais dans l’Empire de Mycée et la ville imaginaire de Celumbre où se côtoient humains, mages et créatures magiques à une époque plutôt indéfinie (Renaissance ? Moyen-Age ?).

Néanmoins, le steampunk y apparaît par touches en incluant une société où toute invention mécanique comme tout acte magique nécessite la même source d’énergie : l’Arcanium, afin de pouvoir fonctionner et évoluer rapidement. Le pétrole, le charbon, la vapeur ou l’électricité n’existent pas.

De ce fait, les mages (ou ésothériciens) et les ingénieurs sont en compétition vis à vis de cette énergie, ce qui ne va part sans heurts, ni sans conséquences politiques dans l’univers. De plus, par leur essence même, les deux notions s’affrontent : si la mécanique appartient au futur et au progrès, la magie est vue comme un élément du passé.

L’intrigue : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Ce qu’on en retient : 

C’est un roman jeunesse centré sur l’adolescence et ses questionnements, mais aussi une intrigue policière mêlant luttes de pouvoir, complot politique, discrimination sociale et raciale, des automates doués de conscience, et un questionnement autour la loyauté envers un système qui vous broie.

Côté politique, l’Empire de Mycée achète l’Arcanium à la Tovkie et la Xamorée car il ne dispose pas de ressources propres. L’impératrice de Mycée souhaite conserver les traditions en accordant des privilèges aux mages et en leur donnant le maximum d’Arcanium au détriment des ingénieurs. Cela va causer à la longue des tensions internes entre les deux castes, et externes vis à vis de l’approvisionnement, qui mènera à la guerre pour récupérer la ressource.

Si l’intrigue débute dans l’école de magie façon pensionnat Harry Potter, on s’en éloigne très vite pour atterrir dans les bas-fonds crasseux et pollués de Celumbre qui ressemblent un peu à ceux de Londres au XIXème siècle : entassement des plus pauvres, usines, absence de lumière, hygiène douteuses et rapines. A côté de l’opposition Mages/ Mécaniciens, les inégalités sont fortes entre les classes sociales avec un gouvernement dominé par une impératrice.

Engrenages et Sortilèges est un des premiers romans un peu steampunk à faire preuve de diversité raciale. Il nous présente une héroïne noire forte et intelligente, qui est discriminée pour ses origines, sa classe sociale et son statut. Grise alias Grisela Oolonga, vient d’un pays appelé la Xamorée où tout le monde est noir. Or, Celumbre est assimilée à une ville nordique où les habitants sont blonds à la peau pâle. Elle passe difficilement inaperçue et son rang d’élève ingénieur ne l’aide pas car les ingénieurs sont censés se soumettre aux élèves mages. Son père étant le Premier Ingénieur de l’Impératrice, elle bénéficie d’un statut privilégié, à l’inverse d’autres personnages qu’elle croisera dans les Rets. Ajoutons à cela qu’elle préfère bricoler plutôt que d’aspirer à des activités plus féminines, ce qui l’empêche de se faire des amis ou des amoureux.

On notera qu’à l’inverse de certains romans steampunk, le roman met en valeur les personnages féminins à égalité avec les hommes. La société est matriarcale avec une impératrice, les Rets sont gouvernés par l’Arachnide, une femme aussi et les élèves féminins dans l’école bénéficient des mêmes avantages que les élèves masculins. Seuls l’intelligence, la classe sociale, le métier, la couleur de peau sont des facteurs discriminants ou avantageux.

L’introduction d’automates doués de conscience est un autre élément steampunk que l’on retrouve souvent dans la définition de base du steampunk. Ici, nous sommes confrontés à un automate qui va connaître plusieurs vies : peut-être ancien Garde de la garde de cuivre, il s’affranchit de ses maîtres en développant une personnalité autonome et se met au service de la Reine des Rets (= bas-fonds de Celumbre) comme assassin et garde du corps. Il tire son énergie et sa conscience de la magie, utilisée comme énergie et qui habite son corps métallique. Par la suite, sa personnalité sera remplacée par celle d’un fantôme qui utilisera son corps. Il est le parfait exemple d’alliance entre la magie (comme énergie et sortilège lié au fantôme) et mécanique, Fantasy et Steampunk.

Dans le même univers, Vaisseau d’Arcane, roman destiné à un public adulte, aborde un autre pays évoqué dans Engrenages et sortilèges : Le Grimnark. Il s’agit d’un pays imaginaire qui s’est développé sans la magie, en misant sur les sciences et les technologies car les orages magiques étaient trop instables pour récupérer leur énergie. Afin de rattraper son retard vis à vis de ses voisins et pour asseoir sa position politique, son gouvernement a décidé d’utiliser des humains frappés par la foudre d’Arcane (la magie), afin de faire fonctionner sa technologie.

Les malheureux, amnésiques et proches de l’état d’attardés mentaux, sont exploités et arrachés à leurs familles pour « leur bien », sous couvert de devenir des pupilles de l’Etat. L’auteur nous fait réfléchir à la préservation d’une ressource et son importance pour une société, à n’importe quel prix.

Le roman débute avec Sofenna, une infirmière, voit son frère devenir un de ces frappés par la foudre, et décide de le soustraire à son destin. Elle pense que la personnalité de son frère est toujours présente et qu’il n’a pas été touché par hasard. Malheureusement pour elle, l’Etat a engagé un espion-assassin pour la retrouver, elle et son frère afin de les ramener à la capitale.

Que retenir du thème de la magie vis à vis de la définition du Steampunk ?

La Magie dans le roman steampunk peut prendre plusieurs formes, on l’aura vu :

  • Elle peut être associée à un univers et des êtres féériques et faire partie du décor.
  • Elle peut être une source d’énergie pour faire fonctionner des éléments mécaniques qui remplace les autres sources existantes comme la vapeur, l’électricité ou l’éther.
  • Elle peut être un objet d’étude scientifique.

Les récits Steampunk présentant de la magie ne sont pas toujours complètement steampunk. Il arrive qu’ils fusionnent plusieurs genres comme la Fantasy, le roman policier, la romance comme on l’aura vu dans les exemples précédents.

Il est possible aussi que le roman comporte des éléments steampunk comme un personnage, une invention, un décor, sans qu’on puisse le qualifier totalement de Steampunk.

De ce fait, la matière steampunk originale évoquée en préambule peut se trouver diluée et le néophyte ne pas comprendre pourquoi un récit qui lui semble steampunk ne l’est pas totalement.

C’est là tout le charme de cette littérature : elle peut s’adapter, fusionner avec d’autres genres, créer des univers totalement nouveaux qui n’ont pour limites que son imagination.

Publié dans On joue ?

Bilan anticipé du Ho Ho Ho Challenge 2020-2021

A un mois et une semaine avant la fin du Hohoho Challenge, j’ai décidé de l’arrêter pour me consacrer à mes projets 2021. Voici un petit bilan sur ce challenge atypique avec mes tops et mes flops, en espérant le recommencer l’an prochain.

Comment j’ai vécu le challenge

J’avais besoin d’évacuer une grosse pression entre le boulot et le blog pendant les fêtes de Noël. Réaliser une pause blog pendant 15 jours m’a redonné l’envie de lire sans avoir besoin de chroniquer chaque livre. Et j’ai vraiment beaucoup lu pendant ces 15 jours ! Dont des romances de Noël, un type de livre jusque là absent de ma PAL car je jugeais les histoires peu digne d’intérêt car pas assez sérieuses. J’ai revu ma copie par la suite (comme quoi, les préjugés…). En y réfléchissant, je pense que j’ai aussi le droit de m’accorder des lectures de divertissement au lieu de chercher des intrigues parfois lourdes. Et les romances de Noël, ce sont un peu comme des bonbons : parfois on a besoin de sucreries pour se remonter le moral !

Le mois de Décembre a été une course entre le boulot, les cadeaux de Noël et le blog. Je n’ai donc pas eu l’occasion de faire d’autres activités à part lire. De ce fait, je regrette de ne pas avoir participé aux missions associées au challenge, même si elles avaient l’air assez amusantes. Et puis, passé Noël, les réaliser n’avait plus de sens car elles tournaient beaucoup autour de cette fête. Pourtant, j’aurais beaucoup apprécié m’impliquer plus dans le challenge si j’avais eu plus de temps et d’énergie. Je pense recommencer l’aventure l’an prochain, au moins pour cela.

Passé janvier, comme j’avais des préparations à réaliser pour mon projet sur le Steampunk et que de nouveaux challenges pointaient le bout de leur nez, je me suis dépêchée de finir de lire ma PAL, afin de passer à autre chose, mais cela n’a pas été possible. Je n’étais plus motivée pour lire les livres restants et beaucoup plus encline à me lancer dans de nouvelles lectures hors PAL.

Avec le recul, je dirais que cela a été un très bon challenge, malgré quelques flops lecture. Je pense qu’il gagnerait en efficacité en se cantonnant au mois de décembre, car passé les fêtes, on n’est plus vraiment dans l’esprit de Noël, à l’inverse du Cold Winter Challenge (qui a l’Hiver comme connotation dans son titre). S’il était seulement engagé sur Décembre, la PAL serait plus réduite mais on s’amuserait plus autour des missions. Mais cet avis n’engage que moi…

Mes lectures favorites du challenge

Pour une fois, je n’ai pas souhaité faire un retour détaillé avec des articles très longs sur chacune de mes lectures car ce sont des lectures plaisir. Toutefois, c’est le cas pour certains livres dont le titre est souligné. Pour les autres, j’indique à chaque fois ce qui m’a plu dans le roman pour te donner un aperçu. 😉

L’année de Grâce, de Kim Liggett, éditions Casterman : un vrai coup de coeur et une lecture coup de poing ! A l’inverse de Félines de Stéphane Servant qui m’avait agacée par son côté fourre-tout d’idées diverses (génocide, féminisme, discriminations, épidémie, LGBTQI+, adolescence…), le roman de Kim Liggett aborde pratiquement les mêmes thèmes, épidémie en moins, mais de manière plus subtile, sur fond de dystopie. J’ai vraiment adoré ce livre pour les réflexions développe. Tu pourras retrouver mon avis complet en cliquant sur le titre.

La petite boulangerie du bout du monde de Jenny Colgan, éditions Prisma : Le tome 3 était dans ma PAL pour ce challenge, mais je n’avais pas lu les deux premiers tomes. J’ai donc lu l’ensemble de la trilogie et je n’ai pas été déçue. Jenny Colgan est une vraie amoureuse de la pâtisserie et de la Cornouailles. Elle met tout son cœur à nous faire aimer ses deux passions à travers l’histoire de Polly, une jeune anglaise qui cherche à se reconstruire après une déception amoureuse et qui décide d’habiter sur une île des Cornouailles. J’ai beaucoup apprécié le cheminement du personnage principal qui s’efforce de se trouver un nouveau travail, de nouveaux amis, une nouvelle maison, et qui ne baisse jamais les bras devant les difficultés. J’ai aimé l’accompagner dans son intégration dans la communauté atypique de l’île, découvrir des recettes qui donnent l’eau à la bouche, visiter sa maison balayée par les vents marins. J’ai adoré l’île de Mount Polbearne, son charme d’antan, ses habitants réfractaires à la modernité qui viendrait bouleverser la quiétude de leur quotidien. Au fil des trois tomes, l’entreprise de Polly grossit et s’étoffe et cela fait du bien au moral. Derrière son histoire, l’auteure introduit la recette du bonheur : faire ce que l’on aime, même si cela ne nous rend pas très riche. L’important étant de trouver sa place. Même si j’ai aimé les intrigues des trois tomes, je trouve celle du premier plus aboutie. Une lecture doudou que je recommande fortement en cas de blues et plus réussie que d’autres romans dans la veine Feel Good. 😉

Brexit Romance, Clémentine Beauvais, éditions J’ai lu : Je ne connaissais pas l’univers de Clémentine Beauvais mais j’en avais l’image d’une auteure pétillante dont j’admirais la vie : l’auteure est traductrice et enseignante-chercheuse à l’université de York en Angleterre, une ville que j’ai eu l’occasion de visiter par le passé. Elle tient également un blog sur l’écriture. Commencer l’œuvre littéraire de Clémentine avec Brexit Romance m’a semblé une évidence : on y parle de la France, de l’Angleterre et des clichés sur les différences culturelles. Sa plume mordante et son ton bourré d’humour et de fantaisie m’a particulièrement séduite. Les quiproquos associés aux différences linguistiques m’ont fait hurler de rire. Les réflexions sur le Brexit et ses conséquences, du point de vue anglais m’ont ouvert les yeux sur l’avenir de nos voisins d’Outre-Manche et surtout la jeune génération. On sent que l’auteure s’est efforcée de proposer un panel complet des réactions britanniques sur le sujet qui est très intéressant à lire. Si l’intrigue semble digne d’un marivaudage sur fond politique (une agence de mariages blancs franco-britanniques mené par une jeune britannique très orientée gauche), elle ne m’a pas tout à fait convaincue. La remise en question du mariage comme un arrangement entre pairs était intéressante, mais sa mise en œuvre dans l’histoire reste assez fantaisiste. J’ai détesté Justine, l’anglaise à l’origine du projet, pour sa tendance à la manipulation, Marguerite pour son côté jeune ingénue en crise d’ado, Pierre pour son penchant communiste exacerbé. La fin m’a semblée un peu convenue. Mais j’ai tout de même passé un bon moment de lecture car j’adore les romans qui parlent des différences culturelles et l’histoire reste assez drôle.

Noël et préjugés, la TeamRomCom, éditions Charleston : Il s’agit d’un recueil de 6 nouvelles- Romances de Noël par 6 auteures différentes, avec pour point commun le roman de Jane Austen dans chacune des histoires. L’ensemble a été très distrayant sans être pour autant un coup de coeur absolu. J’ai apprécié les cinq premières nouvelles, beaucoup moins la dernière intitulée Amour, tempête et Best-Seller, pour son style assez spécial et son personnage principal ultra-stressé qui m’a donné envie de faire une séance de méditation. Plusieurs sujets intéressants sont abordés et de manière positive : la grossophobie, la romance du point de vue masculin, le premier amour, le manque d’amour maternel, les apparences trompeuses, le manque de confiance en soi, l’agoraphobie. Je ferai un retour plus détaillé dans un prochain article car ce livre fait également partie de ma PAL spécial nouvelles pour le Projet Ombre.

Les flops du challenge

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de Pèlerinage, Haruki Murakami : J’admire beaucoup Haruki Murakami en tant qu’écrivain car c’est un coureur au long court, au sens propre comme au figuré : il met beaucoup de temps à écrire un livre et il pratique la course à pied. Son autobiographie, Profession Romancier, est une mine de conseils pour les écrivains débutants. J’avais lu auparavant la trilogie 1Q84 qui m’avait laissé une impression mitigée : l’envie de continuer à s’imprégner de l’atmosphère qui se dégage du livre après l’avoir terminé, mais aussi d’obtenir des réponses face à l’irruption d’évènements fantastiques sans queue ni tête. Avec L’incolore Tsukuru, j’ai retrouvé la même atmosphère cotonneuse, jonchée de descriptions parfois inutiles sur ce que font ou pas les personnages, des passages fantastiques dont on ne sait que faire, et surtout une fin ouverte où c’est au lecteur d’imaginer la suite. Quel était le message derrière ce livre ? A travers les péripéties du personnage principal qui cherche à retrouver ses amis d’enfance pour comprendre pourquoi ils l’ont rejeté il y a des années, j’ai cru discerner une sorte de morale : parfois on se fait de fausses idées sur l’opinion des autres envers soi. Avec Tsukuru, j’ai revu le personnage de Tengo de 1Q84, qui ne sait pas bien ce qu’il veut dans la vie à part quelques satisfactions matérielles simples, et qui essaie de se trouver une identité (mais bloque face à ce rejet d’adolescence). J’avoue que les différences culturelles entre la France et le Japon m’ont peut-être empêchée de comprendre le livre. J’ai l’impression que le rejet est une chose très exacerbée au Japon et que la difficulté d’intégration dans un système où faire comme les autres est la norme, doit être compliqué. Le sujet n’est donc pas très joyeux, il y a beaucoup de longueurs, mais ce sont les passages fantastiques qui m’ont le plus dérouté : parfois le personnage ne sait plus qui il est, et il lui semble plausible qu’il ait pu faire certaines choses dont il ne se souvient pas. Il y a également une scène de sexe issue d’un rêve du personnage principal, complètement ubuesque et dont j’ai eu du mal à trouver la place dans l’histoire. Bref, j’ai mené ma lecture jusqu’au bout, mais j’en suis ressortie abasourdie. Je ne suis pas sûre de retenter l’expérience…

Le diable danse à Bleeding Heart Square, Andrew Taylor : J’ai lâché ce livre au bout de 50-100 pages ! J’ai été attirée par la couverture et le résumé mystérieux, mais je me suis pas mal ennuyée. L’intrigue met beaucoup trop de temps à se mettre en place avec de nombreux personnages dont il faut retenir les noms. Le rythme est lent et on a envie parfois de réaliser des coupures tellement certains passages sont inutiles. L’enquête policière menée en même temps que la nouvelle vie de Lydia chez les pauvres, est plutôt lente à se mettre en place aussi. Et je n’ai pas accroché du tout au personnage principal malgré un début prometteur : une jeune épouse des beaux quartiers qui se fait battre part son mari et qui essaie de gagner son autonomie en habitant chez son père dans les bas quartiers, alors qu’elle n’a jamais travaillé. J’ai quand même lu les dernières pages pour connaître le meurtrier de la vieille dame disparue en début d’histoire et je pense que je n’aurais jamais deviné, tellement peu d’indices laissaient deviner son identité. Mise à part ces points négatifs, les seuls aspects positifs que j’en retiens sont une description assez précise et prenante de la vie des gens pauvres fin 1930 dans Londres et la montée du fascisme dont j’avais déjà eu un aperçu à travers la série TV Peaky Blinders. Mais cela ne m’a pas pour autant donné envie d’aller plus loin. Une très grosse déception.

Ceux que je n’ai pas lus

Comme je l’ai expliqué plus haut, je n’étais plus très motivée par la lecture de ces livres mais je compte les recaser dans d’autres challenges à venir. Par exemple, Y aura-t-il trop de neige à Noël ? sera parfait pour le Projet Ombre ou le prochain Hohoho challenge car c’est un recueil de nouvelles de Noël. Le tome 2 du Passageur d’Andoryss pourra coller au prochain Pumpkin Autumn Challenge car il évoque des fantômes. Je vais aussi parler du Manuel du Steampunk lors de ma Session de Mai de mon projet Steampunk consacrée aux guides et livres fondateurs du Steampunk. Bref, j’aurai l’occasion de les lire à un autre moment de l’année, tout n’est pas perdu 🙂

Mes résultats pour ce challenge

Sur les 12 livres que comprenait ce challenge, j’ai lu 5 livres + 2 livres hors PAL et j’ai abandonné une lecture. Je m’en tire avec une moyenne de 7 livres et demi ! Je pense faire mieux l’année prochaine avec plus de lectures doudous comme des romans feel Good ou des romances qui me semblent assez adaptées à ce challenge et la période qui l’accompagne. Je remercie les créatrices du projet, A book and a cup et Disorder Reef pour le mal qu’elles se sont données et j’espère qu’elles continueront l’année prochaine !

Publié dans Lectures, On joue ?

Parlons Steampunk ! Programme 2021

Comme annoncé dans mon bilan annuel 2020, cette année j’ai décidé de me consacrer à la littérature steampunk pour vous la faire découvrir, mais aussi parce que c’est un de mes péchés mignons (avec le fromage !). Voici donc le détail de mon projet et ce que cela va engendrer comme changements sur le blog.

Parlons Steampunk ! Kézako ?

Parlons Steampunk ! est un projet que j’ai mûri depuis bientôt deux ans, et qui consiste à faire découvrir la littérature steampunk aux néophytes et à tous ceux qui en lisent sans le savoir.

Il est compliqué de définir ce genre en seulement deux phrases. A part vous dire que l’on va parler d’Uchronie (= encore un terme à définir ! ) et que ça prend comme inspiration les romans Jules Verne ou la Ligue des Gentlemen extraordinaires, mais à notre époque, je suis encore éloignée de la vérité. Donc je me suis dit : Pourquoi ne pas découvrir avec vous, à travers plusieurs romans du genre, tout ce que recoupe cette littérature ?

Sur la base de 12 live Instagram sur ma page Instagram, je vais m’efforcer de vous proposer une définition, en vous présentant des romans associés à une thématique du steampunk, pour chaque live. Ces romans seront récents (dernières sorties) ou anciens, et surtout issus de ma bibliothèque personnelle.

Pourquoi 12 live seulement ? Parce qu’il y aura un live par mois, le dernier dimanche du mois, de 16h à 18h et que cela me semble un nombre assez correct pour aborder ce projet. Par ailleurs, c’est un projet pour lequel je ne souhaite consacrer qu’une année. Peut-être que je changerai d’avis par la suite, en fonction de vos retours.

Les live seront interactifs et vous aurez la possibilité de me poser des questions auxquelles je répondrai avec plaisir. Si vous n’êtes pas disponible le jour du live, il vous sera possible de le regarder en replay sur le Feed de mon compte Instragram, rubrique Vidéo IGTV.

Une semaine avant chaque Live, je transmettrai la liste des livres évoqués pendant le live ainsi qu’un rappel du thème. Cela vous permettra, si vous les avez lu, de donner votre avis ou de poser des questions plus précises.

Je ne pourrai pas parler de tous les livres steampunk qui existent, mais libre à vous de laisser en commentaire sur chaque live, les romans qui pourraient correspondre à la thématique choisie. Et vous constaterez que nous retrouverons des romans qui en englobent plusieurs.

Après chaque Live, j’essaierai de réaliser un article récapitulatif sur les livres qui auront été abordés ainsi que le thème du live, dans le but de poursuivre notre définition du Steampunk.

Quel est mon programme concernant ce projet ?

J’ai longtemps hésité avant de vous dévoiler mon programme complet car je souhaitais garder des surprises, mais finalement je me suis dit qu’il était plus judicieux de vous faire connaître les thèmes qui seront abordés. Si vous ne souhaitez pas en suivre certains, au moins vous saurez quand ils auront lieu.

Cependant, je me réserve le droit de modifier l’ordre des thèmes si je n’ai pas le temps de le préparer à temps, parce que, soyons honnête, j’ai tendance à avoir une organisation bordélique malgré les apparences…

Dans ce cas de figure, pas de panique ! Je diffuserai une communication de rappel une semaine avant le Live sur la thématique abordée, avec les livres concernés.

Voici les thématiques que je vais utiliser dans notre quête de définition du steampunk :

  • Janvier : Steampunk et Magie
  • Février : le Roman policier Steampunk
  • Mars : La figure de l’automate
  • Avril : Engins mécaniques et nouvelle énergie
  • Mai : Les Livres fondateurs du steampunk et guides
  • Juin : Le steampunk au féminin (France vs pays anglophones)
  • Juillet : Anthologies de nouvelles steampunk
  • Août : BD, comics et mangas Steampunk
  • Septembre : La production jeunesse et Young Adult steampunk
  • Octobre : zombies, loup-garous et vampires dans le steampunk
  • Novembre : Beaux livres, DIY et romans photos
  • Décembre : A la croisée des genres, ces livres presque steampunk.

Est-ce qu’il va y avoir des changements sur le blog à cause de ce projet ?

Ce projet va remettre un peu en question ma programmation d’articles habituelles, mais ce n’est pas la cause principale. Depuis début janvier, je peine à maintenir un rythme de publication régulier car je cumule la fatigue du travail et la fatigue hivernale. Il était temps de trouver un nouveau rythme. J’ai donc décidé de réduire mes publications.

En 2020, je publiais sur le blog un article chaque mercredi et dimanche, ainsi qu’un samedi une semaine sur deux pour ma Veille littéraire du Net. C’était bien, mais un peu beaucoup et je n’avais pas beaucoup de vie sociale.

En 2021, je publierai un article sur le blog chaque dimanche, ainsi qu’un article de Veille littéraire du Net le premier samedi du mois (au lieu de deux par mois). En effet, j’ai remarqué que j’ai moins de choses à vous faire découvrir et je ne souhaite pas me forcer à chercher des trucs juste pour remplir un article. Cela n’a pas de sens. Par ailleurs, je réaliserai un live le dernier dimanche par mois sur Instagram pour le projet Parlons Steampunk ! Et cela me semble déjà par mal.

Pour moi, ce blog doit rester un plaisir. C’est quelque chose que je martèle depuis le début. Je préfère réduire mes publications plutôt que de me dégoûter d’écrire. Sinon à quoi bon ?

Voilà pour l’explication de mon projet et la petite mise au point de début d’année. J’espère que vous serez nombreux à me suivre. Si mes live fonctionnent bien, j’envisagerai peut-être des interview d’auteurs pendant l’année, mais je ne manquerai pas de vous tenir au courant. 😉

Vapeur et Cuivre,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

L’année de grâce, Kim Liggett, éditions Casterman

J’étais impatiente de lire ce roman dont je n’ai vu que des bonnes critiques depuis sa sortie, et je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt : je tiens mon coup de coeur de l’année 2021 ! Si vous appréciez les récits dystopies féministes avec une pointe de fantastique, ce livre est fait pour vous !

Résumé : « Personne ne parle de l’année de grâce. C’est interdit. Nous aurions soi-disant le pouvoir d’attirer les hommes et de rendre les épouses folles de jalousie. Notre peau dégagerait l’essence pure de la jeune fille, de la femme en devenir. C’est pourquoi nous sommes bannies l’année de nos seize ans : notre magie doit se dissiper dans la nature afin que nous puissions réintégrer la communauté. Pourtant, je ne me sens pas magique. Ni puissante. » Un an d’exil en forêt. Un an d’épreuves. On ne revient pas indemne de l’année de grâce. Si on en revient.

Mon avis :

Comme le livre s’y prête, j’ai abordé certains sujets qui contiennent des spoilers en fin de chronique, après la conclusion. Ainsi si vous ne souhaitez pas les lire, vous ne tomberez pas dessus par hasard. 😉

Une dystopie centrée sur le féminisme

Dans le village de Tierney, notre héroïne, les femmes sont soumises aux hommes. Elles n’ont aucun droit, même pas celui de rêver, et les hommes décident de leur sort : devenir des épouses, des travailleuses, des prostituées. Toutes apprennent très tôt à cacher leurs émotions pour ne pas trahir leur désaccord avec les lois en vigueur dans cette société. Toute rébellion renvoie à un acte d’impiété et la coupable est aussitôt exécutée par pendaison ou bûcher.

Les hommes ont la conviction que leurs femmes possèdent une forme de magie qui les rend très fortes. Pour les purger de cette magie et les transformer en épouses, ou travailleuses convenables, elles sont envoyées à l’adolescence pendant une année dans la forêt dans un camp où elles vivront en autonomie. Aucune femme ne parle de l’année de Grâce quand elle en revient. Et certaines n’en reviennent pas…

Dans ces circonstances, on pourrait penser qu’une solidarité féminine s’organise, d’autant plus que les femmes sont supérieures en nombre au village. Mais il n’en est rien. Au contraire, le jour de l’année de Grâce sont choisies celles qui deviendront les futurs épouses à leur retour. Et avec peu de maris disponibles, elles ont tendances à user de stratagèmes pour être les heureuses élues. Encore qu’être épouse signifie engendrer des fils et certaines seront répudiées ou tuées pour ne pas avoir failli à leur devoir, ou parce qu’elles n’ont pas éliminé leur magie…

Dès le départ, l’auteure nous entraîne dans une intrigue qui nous rappelle d’autres romans centrés sur l’oppression féminine.

Le premier livre qui vient à l’esprit est bien évidemment La servante écarlate de Margaret Atwood pour le rôle attribué aux femmes dans la communauté et la manière dont elles vivent leur féminité : dans des croyances religieuses qui les détournent d’elles-mêmes.

J’ai également perçu un rapprochement de ce livre avec l’histoire des sorcières de Salem, assassinées si elles s’écartaient des lois patriarcales du village ou si elles devenaient gênantes pour leurs maris sous couvert de « pouvoirs magiques ».

Pour finir, et malgré une intrigue différente, j’ai retrouvé l’ambiance du film Le Village du réalisateur Night Shyamalan pour sa ressemblance avec ce village autonome et étouffant, où les croyances liées à des êtres fantastiques sont très présentes et soudent l’organisation de la communauté.

L’année de Grâce : Hunger games ?

C’est à travers les yeux de Tierney, l’héroïne, que nous allons vivre cette année effroyable au sein de ce camp étrange qui a vu passer des milliers de jeunes filles avant elles, totalement livrées à elles-mêmes.

Dès le départ, Tierney a plusieurs avantages qui vont lui porter préjudice au sein de sa « promotion » d’année de Grâce : elle est lucide sur l’organisation dans laquelle elles vivent, reste dubitative quant à la présence réelle de la magie et surtout n’a jamais embrassé sa condition de fille, toujours éprise de liberté et d’égalité face aux hommes. Elle connaît également un peu de médecine grâce à son père et ne sait pas cacher ses émotions. Sa personnalité entière et son envie d’aider les autres va peu à peu l’exclure du groupe, ainsi qu’un incident survenu avant leur entrée dans le camp.

Dès lors, tout ce qu’elle va tenter d’entreprendre pour aider à la survie de l’ensemble du groupe va être mal perçu et elle va s’attirer la haine de Kiersten, la fille populaire (et peste) du village, ce qui ne va pas favoriser des alliances.

Or, survivre quand on est seul dans un milieu hostile va s’avérer très difficile. Il lui faudra toute sa force mentale et l’aide parfois inattendue de ses sœurs, ou d’autres personnes bienveillantes pour y parvenir. D’autant que les filles précédentes ne leur ont pas non plus fait de cadeaux en partant et qu’en dehors du camp, il n’y a que la forêt et ses braconniers assassins.

Avec cette Année de Grâce, c’est tout le processus de survie qui est mis en lumière au sein d’un groupe. L’auteure explique très bien comment se dessine un leader, parfois peu avisé, et l’effet de groupe qu’il peut entraîner, en utilisant la peur et une doctrine religieuse. Elle montre les conséquences du rejet chez les membres exclus, ou encore la peur de ne pas réussir qui peut entraîner la mort.

Elle nous donne à voir surtout à quel point certaines filles sont obsédées par l’idée de reproduire le seul fonctionnement qu’elles connaissent : les règles du village, au lieu de profiter du moment de liberté qui leur est offert. Cela donnera lieu à des créations atroces comme un autel de pénitence sur lequel seront accrochés les doigts et membres coupés des filles qui auront été impies.

La course à la découverte de sa magie deviendra alors obsédante et quiconque remettra son existence en question sera écrasé par le groupe, ou pire, livré aux braconniers en dehors du camps pour être découpée en morceaux.

Magie ou fantasme ?

Dès le départ, on ne sait pas si la magie est vraiment présente dans ce village. Si la plupart des jeunes filles en sont convaincues, Tierney doute…jusqu’à ce qu’elles arrivent au camp et que toutes voient leurs yeux devenir complètement noirs avec le temps et percevoir la réalité de manière étrange.

D’autres faits étayent la réalité magique : les rêves étranges et réalistes que fait Tiernen, le squelette en haut de la crète qui change de position à chacune de ses visites, les bruits étranges que toutes perçoivent la nuit sans en déterminer la cause…

Il faudra une révélation décisive sur le sujet pour découvrir la vérité. En attendant, nous serons toujours dans le doute et nous vivrons l’histoire avec les mêmes craintes que les jeunes filles…

Si l’on considère la magie comme une métaphore de la libération féminine, on peut envisager que Kim Liggett nous explique les manigances réelles des hommes du village pour dompter leurs futures femmes. Quoi de mieux que les broyer à l’adolescence, l’âge où l’on se rebelle, afin qu’elles soient dociles à leur retour avec cette année en autonomie dans la forêt ? Le village sera alors perçu comme la seule échappatoire possible et les enfermera un peu plus dans un dogme qu’elles seront encore plus enclines à appliquer. Et aucune ne souhaitera s’évader d’une prison qu’elles auront choisi d’habiter…

En conclusion : L’année de Grâce est un roman coup de poing dont on ne sort pas indemne. C’est une ode au féminisme et à l’adolescence qui, malgré un récit jonché d’épreuves pour l’héroïne, nous apporte un beau message d’espoir. Un vrai coup au coeur !

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Partie Spoilers : Derrière l’horreur, l’espoir

Dans la seconde partie du récit, Tierney va faire la rencontre de Ryker le braconnier et découvrir une partie encore plus sombre de la vérité : les braconniers sont payés par les hommes du village pour réduire le nombre des jeunes filles de l’année de Grâce, car le village comporte trop de femmes. Leurs corps sont ensuite écorchés et découpés pour servir d’élixirs aux hommes du village.

Pour certains braconniers la tâche est facile car ils sont dans la superstition et restent persuadés que les jeunes filles ont des pouvoirs. Pour d’autres, c’est l’inverse, mais ils n’ont pas le choix : sans argent, ils ne peuvent pas nourrir leurs familles et meurent de faim. Ils doivent donc tuer pour survivre.

Ryker va devenir l’exception qui confirme la règle et envisager une vie différente avec Tierney en la soignant et en refusant de la tuer. Mais l’espoir sera de courte durée. Le retour au village sera difficile pour la jeune fille car elle devra à la fois supporter la perte de son amant, sa liberté et affronter son futur mari alors qu’elle est enceinte d’un autre.

La chance fera qu’elle tombera sur un mari bon et intelligent, futur chef du village, et désireux de changer les choses. En retournant les règles du village pour sauver sa femme, Mickaël lancera un élan de solidarité entre la promotion d’année de Grâce de Tierney.

Ajouté au travail de Tierney pour ouvrir les yeux de ses consœurs sur leur condition, la naissance de sa fille, et la résistance secrète menée par certaines femmes du village, le roman apporte une lueur d’espoir au destin de toutes ces jeunes filles qui contrebalance les horreurs vécues dans la première partie.

Par ailleurs, on reste dans le flou concernant la magie : on devine que Tierney a rêvé de sa fille qui porte cette tache de naissance et de cette résistance de manière prémonitoire, depuis le début de sa vie…

La fin du roman est en demi-teinte : si Grâce représente l’espoir des futures générations envoyées au camp pour « purger leur magie », Tierney ne verra pas sa fille grandir car elle semble succomber des suites de son accouchement. Le rêve qu’elle fait de Ryker est assez éloquent. J’ai trouvé cela à la fois triste et beau, voire presque prévisible. Tierney aura planté la graine pour que sa fille puisse la faire éclore…