Publié dans Questions existentielles

Comment allier sa passion pour la littérature sans assassiner son compte en banque : mes astuces radines

Cette année, j’ai décidé de limiter mes achats de livres pour plusieurs raisons. Par conséquent, il m’a fallu déployer des trésors d’imagination pour continuer à assouvir ma passion tout en évitant une confrontation avec mon banquier. En voici le résultat…

1. Lire les livres qu’on a déjà

Quand j’ai déménagé sur Lyon en Juin, j’ai constaté que sur mes 10 cartons de livres, je n’en avais pas lu au moins 3. Ce qui représente environ 45 livres ! J’ai donc commencé par lire ces derniers avant d’en accueillir de nouveaux. Et ce n’est pas désagréable car après tout, si je les ai acheté un jour, c’est qu’ils me plaisaient, non ?

2. Emprunter à des amis, collègues de bureau, voisins, famille…

Le problème quand on aime lire et partager ses lectures, c’est qu’il arrive que l’on rencontre des gens qui aiment partager les leurs. J’ai ainsi pu emprunter et échanger des livres avec mes nouveaux collègues et à mes nouveaux amis à partir de septembre. Donc ma PAL à la maison à commencé à faire la tronche, mais je gardais mon objectif en tête : pas d’achat !

3. Devenir Jurée pour un prix littéraire… et bénéficier de livres gratuits

A la base, je me suis inscrite au Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktuber App par curiosité car j’adore la littérature de l’imaginaire et l’idée de participer à l’élaboration d’un prix littéraire me semblait intéressante. Le premier avantage, est qu’en matière de livres sélectionnés, j’en avais certains dans ma PAL, ce qui m’a poussé à les lire. Le second avantage est que j’ai eu accès à de nouveaux livres en format numérique…ce qui a agrandi ma PAL à nouveau ! En revanche, l’inconvénient principal est que je ne possède pas l’ensemble des livres sélectionnés pour le prix. Par conséquent, pour m’éviter des achats, j’ai dû trouver d’autres astuces.

4. Profiter d’ebook gratuits

Avec le PLIB, j’ai découvert les ebooks et je me suis penchée sur les plateformes de distribution de livres gratuits. Ainsi, j’ai lu les 8 premiers tomes du manga The Promised Neverland sur une application pour smartphone sous android gratuite appelée Manga Master. Cependant, même si le manga était topissime, j’ai moins apprécié de scroller en continu sur mon écran pour lire les bulles de texte. Sur papier, c’est plus facile je trouve.

Il existe de multitudes de plateformes d’ebooks gratuits sur ordinateur, tablette ou smartphone. Personnellement, comme je débute dans ce format, je ne connais que le site de la Bibliothèque Nationale de France qui recense et mets en accès des livres tombés dans le domaine public, autrement dit de la littérature classique. Mais vous pouvez en trouver un sacré paquet juste en tapant dans google « Ebook gratuit ». Par ailleurs, certains éditeurs comme Bragelonne proposent des opérations flash d’ebook pas chers. Il faut juste se tenir au courant sur leurs pages facebook.

5. Emprunter à la bibliothèque

Comme je n’avais pas en stock l’ensemble des livres pour le PLIB, et que je ne comptais pas les acheter, j’ai décidé de me réinscrire à la bibliothèque. Cela m’a permis d’emprunter aussi d’autres livres qui m’intéressaient, mais que je ne comptais pas garder. L’abonnement m’a coûté 18 euros pour l’année et je peux emprunter dans les 16 médiathèques de Lyon. Le top ! Il y a des bibliothèques dans pratiquement toutes les villes, mais si vous ne disposez que d’une toute petite bibliothèque là où vous habitez,  et que vous n’y trouvez pas votre bonheur, n’hésitez pas à faire des suggestions d’achat (ou à réserver des documents si elle est approvisionnée par la Bibliothèque Départementale de votre secteur.) 😉

7. Se faire offrir des livres

La période de Noël approchant, en bonne radine, j’ai demandé des livres en cadeaux (liste à l’appui, hein !), ce qui m’a permis de compléter ceux du PLIB qui n’étaient pas en bibliothèque ou même d’assouvir une envie irrésistible concernant certaines nouveautés. J’en ai donc récupéré deux de plus. Ma PAL a continué de me regarder d’un air de reproche, mais mon stock est resté assuré pour l’année.

8. Profiter des boîtes à livres / du Bookcrossing

En me promenant dans le premier arrondissement de Lyon, j’ai vu place Satonnay qu’une boîte à livres était installée. Elle est souvent vide, aussi, il m’est arrivé d’y mettre deux ou trois romans dont je ne voulais plus pour la remplir. Une autre est installée à la station Bellecour en direction du métro D, que je prend tous les jours pour aller travailler. J’y ai déniché un roman que j’avais envie de lire : La fille du train de Paula Hawkins et un recueil de contes japonais. La boîte est souvent pleine et je pense qu’elle est gérée par les médiathèques de Lyon. Le fait est, pour avoir moi-même installé ce genre de dispositif quand j’étais bibliothécaire, qu’il s’agit d’un bon moyen pour faire bénéficier gratuitement de livres les gens qui n’en ont pas les moyens, et de faciliter les échanges. Peut-être qu’il y en a une dans votre ville ? Si ce n’est pas le cas, parlez-en avec la bibliothécaire du secteur ou montez la vôtre ! Le mieux étant de l’installer dans un endroit sec, à l’abri du vent et de la pluie, et dans un lieu de passage.

9. Récupérer des livres avec l’application Geev

Geev est une application pour smarphone et un site internet qui permet de donner, entre particuliers, des objets ou des meubles, voire…des livres. Le principe est simple : vous donnez un objet à quelqu’un, vous récupérez des bananes virtuelles. Ces bananes vous permettent d’échanger avec quelqu’un concernant un objet que vous souhaitez acquérir. Je n’ai pas encore eu personnellement à utiliser Geev pour récupérer des livres, mais je l’ai fait pour me débarrasser de vaisselle et de petits meubles. L’inconvénient concernant les livres proposés, est qu’ils sont souvent vieux ou dans un sac sans que l’on puisse voir les titres.

Négocier que l’on est la personne la plus appropriée pour l’échange (plus flexible, plus sympa…), fait aussi partie du jeu. Et si on récupère un sac, un tri s’impose. Mais je souhaitais quand même en parler car c’est un bon moyen de récupérer des livres gratuits, ou d’en donner.

10. Bénéficier de services presse.

Alors oui, j’avais bien dit que je ne demanderai plus de service presse (cf mon article sur le sujet), mais il se trouve qu’un nouveau roman steampunk vient de sortir et que de toute façon, j’allais acheter ce livre. Disons que j’ai pris de l’avance…

Dans tous les cas, quand vous êtes bloggueur littéraire et que vous souhaitez parler d’un livre qui vient ou va sortir en librairie, le plus facile pour ne pas avoir à l’acheter est de demander un service presse à l’éditeur qui vous fournit gratuitement ledit livre soit en version papier mais de plus en plus en version numérique. La seule contrainte reste de parler du livre une fois lu. Sans revenir à ce que j’ai déjà évoqué sur le sujet, cela peut s’avérer une contrainte. Donc, astuce à manier avec précautions.

Bien évidemment, si vous êtes lecteur lambda, il ne vous sera pas possible de demander un service presse. Sinon les éditeurs ne vendraient jamais rien. Restons logiques.

11. Faire une liste des livres que l’on souhaite acheter dans une PAL virtuelle

Pour éviter de craquer pendant l’année, j’ai réalisé une liste de ma future PAL à acheter, une fois écoulée celle que j’ai en stock. Pour cela, j’ai utilisé google drive, en configurant mon smartphone pour y accéder autant de fois dont j’ai besoin en journée ou pendant ma veille littéraire matinale sur les réseaux sociaux. Cela marche aussi avec votre liste d’envies Amazon, de Babelio ou de tout site proposant un catalogue de références à mettre en favoris.

Chaque mois, je regarde la liste à nouveau depuis mon ordinateur et parfois j’élimine des titres car ils ne m’intéressent plus. Cela me permet d’affiner mes achats plus tard et de mieux choisir mes lectures.

12. Se limiter à un salon littéraire par an ET se donner un budget

Armée de ma fameuse liste d’envies évoquée plus haut, ma PAL de l’année entièrement lue (nous sommes dans un monde idéal, si, si !), je me rends tous les ans au Festival des Imaginales dans les Vosges, pour lequel je me fixe un budget d’achat annuel. Comme je me suis retenue toute l’année, la frénésie est à son comble. C’est à la fois un moment d’échange avec les auteurs, de découverte de nouveaux, de conférences sur des sujets passionnants et de retrouvailles avec des amis lecteurs. Je dépasse toujours mon budget et je rapporte toujours 15 à 20 livres minimum, mais je n’en fais qu’un par an et cela me suffit. J’ai assez d’opportunités comme ça dans l’année pour me procurer des livres, il ne faut pas exagérer. Par ailleurs, Les Imaginales est l’un des rares festival littéraires encore gratuit, et rassemble 150 auteurs tous les ans. Je dis ça, je dis rien… 😉

13.  Acheter d’occasion

Entre Emmaüs, les bouquinistes (Gibert et autres), et les marchés de bouquinistes IRL, j’ai du choix pour dénicher les livres de ma fameuse liste. Mais bon, cela prend parfois du temps et de l’énergie d’aller sur place. Alors, quand j’ai la flemme, je regarde sur internet les sites qui proposent des livres d’occasion. J’ai recensé jusqu’ici Amazon, Fnac, Decitre, Momox, Gibert, Recyclivre, Kiwibook, abebooks, Leboncoin. Même Vinted dispose d’une section Livres pour revendre ses livres ! De quoi trouver la pépite pour compléter votre collection ou une sortie plus ou moins récente du dernier roman qui vous fait envie.

14. Attendre la sortie d’un livre grand format en poche ou en ebook

Vous avez vu un livre qui vous intéresse, mais il coûte 20 à 25 euros ? Attendez qu’il soit publié en format poche et vous gagnerez entre 10 et 15 euros sur l’achat. Pour rester à l’affût, Amazon est votre meilleure arme car le site fait apparaître pour une même notice de livre, ses différents formats…et donc prix !

Cependant, deux inconvénients sont à prendre en compte : cela ne fonctionne pas si le livre n’a pas de succès. Il ne sera pas édité en poche. Et surtout, il faut aimer le livre poche, qui s’il est léger, est parfois très fragile et publié avec une police de caractère assez petite.

15. Etre en couple avec un lecteur ou une lectrice

Comme je l’évoquais en préambule, j’ai déménagé sur Lyon… pour rejoindre mon conjoint qui est lui aussi lecteur. Je préfère la fantasy, l’uchronie historique, le steampunk et les thrillers. Lui est plutôt romans historiques, Science-Fiction et…fantasy ! Du coup, je vais piocher de temps en temps dans sa bibliothèque, ce qui m’évite de mettre la main au porte-monnaie, et j’ouvre mon horizon littéraire. Bien sûr, si vous êtes célibataire, cette astuce n’est pas utile. Mais vous pouvez revenir au point 2 (emprunter à des amis, collègues…) 😉

Voilà pour mes astuces radines en matière d’achats de livres. J’espère que vous en aurez bien profité. N’hésitez pas à me laisser vos propres astuces en commentaires pour alimenter cet article. Et n’oubliez pas : votre PAL vous regardera toujours avec d’un air accusateur si vous ramenez un nouveau roman à la maison ! 😀

Paillettes et chocolats,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Le bâtard de Kosigan, l’ombre du pouvoir (T1), Fabien Cerutti, éditions Mnémos

Ou les chroniques d’un mystérieux chevalier-mercenaire dans une Histoire de France réinventée…

Résumé : Le chevalier assassin, Pierre Cordwain de Kosigan, dirige une compagnie de mercenaires d’élite triés sur le volet. Surnommé le « Bâtard », exilé d’une puissante lignée bourguignonne et pourchassé par les siens, il met ses hommes, ses pouvoirs et son art de la manipulation au service des plus grandes maisons d’Europe. En ce mois de novembre 1339, sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, en inquiète plus d’un. De tournois officiels en actions diplomatiques, de la boue des bas fonds jusqu’au lit des princesses, chacun de ses actes semble servir un but précis. À l’évidence, un plan de grande envergure se dissimule derrière ces manigances. Mais bien malin qui pourra déterminer lequel…

En parallèle, au XIXème siècle, Kergaël de Kosigan reçoit un curieux héritage : celui de son ancêtre, le fameux Pierre Cordwain de Kosigan. Croyant tout d’abord à un canular, Kergäel se rend à Paris pour récupérer un mystérieux coffre transmis de génération en génération par des notaires. Lui qui n’a jamais connu sa famille se retrouve à la tête d’une petite fortune, mais aussi d’énigmes et de dangers.

Mon avis :

Une uchronie de l’Histoire de France

Et si la magie avait existé …mais qu’elle avait disparu au fil des ans ? Telle est la théorie que propose Fabien Cerutti avec ce premier tome du Bâtard de Kosigan.

Dans le récit de Pierre, la magie existe mais elle se meurt lentement.

On comprend peu à peu que le christianisme aurait contribué à éradiquer certaines races magiques mais aussi certaines pratiques. Mais comment ? Mystère…

Ainsi, la princesse de Champagne, de sang elfique, est surveillée par l’Inquisition pour éviter qu’elle n’utilise sa magie d’elfe.

Et Dunevil, membre de la troupe de mercenaires du bâtard, est une des dernières de sa race. Le reste ayant été décimé par l’Inquisition. C’est une changeforme, un atout très utile pour des missions d’infiltrations car elle peut prendre l’apparence de n’importe qui, mais dangereuse  quand ce genre de personne ne sert pas vos intérêts. Torturée pendant un temps par l’Eglise, elle a été défigurée au vitriol. Elle doit vivre dans l’ombre, d’autant que son apparence physique réelle trahit sa nature.

Pierre de Kosigan quant à lui, est familier de la magie car il utilise une pierre de mémoire pour recueillir les pensées des membres de sa troupe quand il ne peut pas être à deux endroits en même temps. Il utilise aussi cette pierre pour consigner son journal de bord de chef mercenaire. Mais la pierre a besoin de sang pour être utilisée, revers dangereux, à l’inverse  du christianisme qui se contente de prières plus ou moins entendues.

Pendant  ce temps, à l’époque de Kergaël, la magie a disparu. Cependant, avec l’héritage laissé par son aïeul, il va découvrir des traces de cette magie et semer le doute dans l’esprit de ses amis historiens. Ainsi, la découverte d’une bibliothèque secrète remplie de livres magiques, une statue de la vierge Marie mais avec des oreilles pointues, des incohérences de technologies par rapport au Moyen-Age… vont contribuer à rendre cet héritage encore plus mystérieux et interroger le lecteur, comme Kergaël sur les circonstances de la disparition de cette magie.

Fabien Cerutti a le don de nous raconter l’Histoire de France et d’Angleterre en y distillant ça et là des éléments fantastiques qui prennent tout leur sens dans l’intrigue. La magie n’est pas décorative. Elle sert un objectif précis. Et c’est très bien joué.

Un personnage principal rusé et mystérieux

L’auteur a élaboré un personnage charismatique, qui déroute et suscite l’admiration. On sait de lui le peu qu’il laisse transparaître dans ses récits ou le mépris qu’il suscite chez les autres.

Pierre de Kosigan est le bâtard d’un seigneur bourguignon qui l’a pourtant reconnu. Très jeune, il a été confié à la garde du château pour parfaire son éducation des armes. Mais cela ne s’est pas passé sans heurts…

Une fois adulte, il est tombé en disgrâce après avoir assassiné son oncle, un seigneur bourguignon. Chose qui a déclenché la colère et le mépris de l’ensemble des bourguignons à son égard.

Affranchi de ses origines, il est devenu un chevalier-mercenaire fin stratège, n’hésitant pas à servir plusieurs maîtres pour s’enrichir et à tuer quand cela est nécessaire. Cependant, il n’en reste pas moins humain, en prenant soin de sa Compagnie comme si ses hommes étaient sa propre famille.

Ajoutez à cela une constitution peu commune lui permettant de guérir très rapidement de ses blessures, une ouïe très développée (mais que d’une oreille !), un talent pour le combat et une capacité à se sortir des pires situations et vous aurez un tableau complet du bâtard.

Dans ce premier tome, on découvre le personnage qui s’interroge sur ses capacités et n’a toujours pas fait la lumière sur ses origines. Il sait manipuler certains objets magiques grâce aux enseignements d’un maître versé dans cet art, et pense que sa résistance physique est dûe à un élément magique. Ses missions pour le compte de la princesse de Champagne, et de l’Angleterre ne seront que des prétextes pour tenter de trouver des réponses à ses propres problèmes. Mais de nombreuses questions resteront en suspens…

De son côté Kergaël aura des difficultés à trouver des traces de son ancêtre dans l’Histoire de France, comme si le chevalier avait été volontairement effacé.

Une double intrigue à des siècles d’intervalle

Un autre des points fort de ce roman est sa construction.

En effet, Fabien Cerutti choisit une structure mêlant deux histoires qui se recoupent plus ou moins, à quelques siècles d’écart.

Pendant que Pierre de Kosigan participe à la joute organisée par la princesse de Champagne et s’efforce d’honorer les contrats qu’il a engagé auprès de ses différents commanditaires, Kergaël de Kosigan essaie de comprendre son héritage.

Là où Pierre s’exprime à la première personne comme pour narrer la chronique de cette aventure, que son héritier retrouvera des siècles plus tard, Kergaël évoque ses aventures et découvertes à travers des lettres adressées à son meilleur ami Charles mais aussi à son ancien professeur et sa petite-amie.

Ce mélange des points de vue permet au lecteur de procéder à ses propres déductions en suivant les deux récits.  Le récit de Kergaël sur ses origines et son héritage, le récit de Pierre sur ses missions et ses origines également. Cependant, des mystères subsistent encore en fin d’ouvrage.

Par exemple, l’histoire du coffre mystérieux trouve sa résolution en fin de livre , quand on sait comment le bâtard l’a obtenu, mais on ignore comment il l’a transmis à ses héritiers et comment il a eu des héritiers.

Autre exemple, le chevalier humal (mi-humain, mi-lion) présent lors des joutes à l’époque de Pierre, devenu son ami par la suite, est retrouvé mort (du moins son squelette), dans le passage secret d’un château dont hérite Kergaël des siècles après. Mais on ignore dans quelles circonstances l’humal a été enseveli dans l’éboulement du passage, ni ce qu’il fuyait ou combattait.

Tous ces mystères poussent le lecteur à élaborer des théories et à attendre impatiemment la suite des aventures du bâtard pour confirmer ou non ses hypothèses.

En conclusion : Une formidable uchronie de l’Histoire de France qui interroge notre rapport à la magie auprès d’un chevalier-mercenaire aux belles manières.

NB : Pour la petite histoire, l’univers du Bâtard a commencé par l’élaboration d’un jeu-vidéo  de type jeu de rôle, par l’auteur lui-même et la volonté d’une adaptation en BD. Le projet de BD abandonné par la suite, l’auteur s’est tourné vers le format du Roman. Pour notre plus grand bonheur !

Si vous souhaitez lire mon interview de l’auteur concernant le tome 4 des aventures du Bâtard, rendez-vous ici.

Cet article a été publié originellement par mes soins sur Portdragon.fr

Publié dans Lectures

Le phare au corbeau, Rozenn Illiano, éditions Critic

Et si au XXIème siècle, les sorciers existaient encore ? Et s’ils officiaient en tant qu’exorcistes ou chasseurs de fantômes ? Tel est le point de départ du Phare au Corbeau de Rozenn Illiano, un roman qui m’a bien fait trembler, et qui fait partie de la sélection du PLIB 2020

Résumé : Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo. Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée. Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent sur la côte bretonne, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir. Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Mon avis :

Une quête initiatique cathartique

Dès le départ de cette histoire, l’auteur propose des personnages marginaux, discriminés à plusieurs niveaux : Agathe et Isaïah sont exorcistes au XXIè siècle. Ce qui est déjà gratiné à une époque où l’on croit plutôt à la science et non au charlatanisme associés aux fantômes.

Pour couronner le tout, ils sont tous les deux homosexuels et des dons de « magie » incomplets.

Agathe a été mise à la porte quand ses parents ont appris son homosexualité et a un don de médium et non pas de psychopompe : elle peut voir les fantômes mais ne peut pas les renvoyer dans les limbes. Isaïah est noir, né sans pouvoir dans une famille de sorciers. Il a appris les méthodes d’exorcisme grâce à ses parents. Ensemble, ils forment un duo imbattable. Seuls, ils sont moins efficaces.

Avec eux, Rozenn Illiano nous fait découvrir le monde souterrain des sorciers modernes de Paris, leurs mode de vie, leurs lieux de prédilection et la manière dont ils se servent de leurs dons. Elle leur apporte un côté humain et ordinaire : ils ont des peines de coeur, des problèmes de chaudière, un chat…

Cette mission d’exorcisme en Bretagne sera une épreuve dans la pratique magique des deux associés, mais aussi dans leur vie en général. Agathe plus qu’Isaïah en sortira grandie et confiante, apparentant ce récit  à un roman initiatique.

Un roman fantastique bien effrayant

Le roman renoue avec les légendes bretonnes associées aux fantômes et aux maisons hantées. Ici, il sera question d’un phare maudit, rempli de fantômes, dont la malédiction se réactive à chaque fois qu’il est ouvert.

L’auteure croise les récits de nos personnages principaux avec ceux des anciens habitants du domaine breton : un vieil universitaire étudiant la magie et les anges, et une jeune paysanne du début du XXè siècle dotée du même pouvoir qu’Agathe. Grâce à ces histoires croisées, le lecteur devient détective, tout comme les deux sorciers, pour comprendre la malédiction du phare et essayer de l’enrayer. Cela apporte de la tension et du suspense au récit tout en lui donnant un côté roman policier très plaisant.

Le fait que les exorcistes ne réussissent pas à faire fuir les fantômes, et que les manifestations surnaturelles s’intensifient plongent le lecteur dans une profonde terreur aux côtés des personnages, digne d’un véritable film d’épouvante.

La résolution du roman sera toutefois très originale et de qualité, contrairement à certains films du même sujet, confirmant le talent de Rozenn Illiano pour ce genre difficile qu’est le roman fantastique.

En conclusion : Un roman fantastique digne d’un Stephen King à la française,  sans le glauque d’un Poppy Z.Brite, avec des airs de quête initiatique. Une pure réussite, jusque dans son dénouement.

Publié dans Ateliers d'écriture

Atelier d’écriture 4 : Ecrire en s’inspirant d’une photographie

Je continue mes ateliers d’écriture auprès de Chloé Dubreuil, à  l’université de Lyon. Cette fois-ci nous abordons la rédaction d’une histoire à partir d’une photographie et j’ai eu l’occasion d’écrire mon premier conte mi-pour enfants, mi-morbide…

Les consignes de l’atelier 

Parmi 12 photos issues d’un club de photographie de l’université, j’ai dû en choisir une pour rédiger une histoire de deux pages maximum en l’espace de deux heures.

Cette histoire sera ensuite récupérée par le club de photo dans le cadre d’une exposition organisée à l’université, au mois de mai prochain. J’ai hâte de voir le résultat !

L’idée de départ 

Après avoir hésité entre le cliché d’une maison de briques rouges, et un paysage de coteaux un peu lugubre, j’ai vu cette photo de tas de chaussures :

Chaussures

Pour blaguer, j’ai lancé : « ça c’est un ogre qui adore manger des pieds, mais qui ne sait pas quoi faire de ces chaussures ». Et… Parfois quand je dis des bêtises, c’est loin d’être stupide au niveau créatif…

Je me suis donc lancée dans la rédaction d’un conte autour de cet ogre en me demandant ce qui pourrait bien lui arriver ensuite. C’est devenu cette histoire mi-grinçante, mi-amusante qu’est L’ogre qui aimait les pieds.

NB : Si vous souhaitez connaître les fins alternatives de cette histoire, pour entrer dans les dessous de mon processus de création, je vous les ai indiquées en quelques lignes après le conte.

L’ogre qui aimait les pieds

Il était une fois, un ogre appelé Groll, qui adorait manger des pieds. 

Certains ogres appréciaient manger entièrement les humains. Groll lui, n’aimait que leurs pieds et surtout les pieds qui puent.

Il en avait conçu une telle passion qu’il avait inventé un livre entier de cuisine sur des recettes de pieds et s’était spécialisé dans la recette des pieds aux ongles incarnés sauce moutarde.

Cependant, manger les pieds des gens a un inconvénient : leurs chaussures.  

A chaque fois que Groll préparait un festin, il récupérait systématiquement des souliers. Et il en avait des tonnes vu qu’il adorait les pieds. Sauf qu’ils n’étaient jamais à sa taille et qu’il ne savait pas quoi en faire. Alors, baskets, sandales, bottines s’accumulaient à son grand désespoir dans des malles, des paniers, des tiroirs et même au fond de son jardin.

A force de terroriser les gens du pays, plus personne n’osait sortir de chez lui et un matin, l’ogre se retrouva à court de nourriture. L’estomac dans les talons, il allait se résigner à manger des pattes de putois quand une odeur forte et puante vint lui chatouiller le nez.

“ Ça sent les pieds qui puent ou je ne m’appelle pas Groll” dit l’ogre. 

Suivant le parfum écoeurant, il sortit de sa maison et s’enfonça dans la forêt où il rencontra une petite fille avec un chaperon rouge qui transportait un énorme panier. 

Tout en se léchant les babines, il se jeta sur elle et la souleva en l’air sous ses cris affolés. Alors qu’il reniflait ses petons en se préparant à un repas de roi, il constata, fait étrange, que ses pieds ne puaient pas. Interrogatif, il la reposa à terre et lui demanda :

“Dis-moi, petite fille, d’où vient cette odeur délicieusement infecte qui vient titiller mes narines depuis que je suis tombée sur toi ?”

Brie, tel était son nom, lui répondit :

“ Cela vient de mon panier.”

“Montre-moi! ” ordonna l’ogre.

Alors la petite fille lui ouvrit son précieux panier et lui montra de drôles de choses rondes blanches, jaunes parfois bleues, exhalant un fumet abominable dans de petits emballages de papier.

“Qu’est-ce que c’est ?” demanda l’ogre

“ Ce sont des fromages” répondit Brie. Je vais les porter à ma grand-mère avec cette grosse miche de pain. “

“ Est-ce que cela se mange ? » voulut savoir l’ogre.

“Bien sûr, dit Brie, et il en existe de toutes sortes. C’est fabriqué avec du lait de vache, de chèvre ou de brebis. On le mange avec du pain ou parfois sur des pommes de terre”. Et elle ajouta malicieuse : “On dit souvent que ça sent comme les pieds qui puent, mais c’est bien meilleur !”

L’ogre ne se fit pas prier deux fois pour goûter. Un fromage qui pue autant que des pieds, il n’allait pas rater ça ! D’autant plus qu’une fois mangé, il n’aurait pas un tas de chaussures à se débarrasser !

Tout en se goinfrant de camembert et de roquefort, il posa des questions à la petite fille sur le nom des fromages, d’où ils venaient, et surtout comment il pouvait s’en procurer de nouveaux.

Consciente que l’ogre pouvait la manger en dessert, Brie lui soumit une idée : “Monsieur l’ogre, si vous aimez tant les fromages et les aliments odorants, venez donc visiter la cave à fromage de mes parents. Vous y trouverez tous les fromages possibles et peut-être une nouvelle vocation de goûteur de fromage…”

“Goûteur de fromage ? Quel est donc ce métier ?”

“ Il s’agit de goûter avant tout le monde des fromages très puants, pour déterminer lequel est le plus fort parmi les roqueforts.”

Très emballé, Groll lui promit de passer.

De goûteur de fromages, il devint le meilleur du pays et cessa à tout jamais de manger des pieds pour le plus grand bonheur des habitants. 

Quant aux chaussures, qu’en advint-il, me direz-vous ? Groll les donna à Brie, qui les distribua à ceux qui n’en avaient plus. On murmure même que l’ogre en garda une ou deux paires bien puantes juste pour lui, afin de faire affiner ses meilleurs fromages…

Fins alternatives de ce conte 

  • La fin un peu trash : Groll devient un marchand de chaussures : il revend les chaussures des gens qu’il mange.
  • La fin mignonne : Groll devient cordonnier pour ogres. Il s’intéresse aux chaussures pour en fabriquer.
  • La fin fétichiste et trash : Groll devient vendeur de chaussures chez les humains pour sentir les pieds qui puent…mais ne peut s’empêcher de les manger !

Envie de vous lancer ?

Si vous aussi vous souhaitez écrire à partir d’une photographie, choisissez d’abord celle qui vous convient.

Ensuite, étudiez l’atmosphère qui s’en dégage :  Si c’est un paysage, est-il menaçant ou apaisant ? Si ce sont des gens, sont-ils heureux ou tristes ?

Dégagez des détails, appuyez-vous sur certains d’entre eux : où se situe l’action ? que font les personnages présents ?

Vous pouvez aussi utiliser le lieu de la photographie comme celui où se déroule votre histoire. Ou encore, faire interagir les personnages avec un élément hors champ.

Ce que je trouve personnellement intéressant est de prendre une photo à contrepied comme dans mon histoire. L’image originale évoquait les piles de chaussures utilisées comme signe de protestation par Handicap International contre les mines anti-personnel dans les pays d’Afrique, qui mutilent les enfants. J’ai choisi d’en faire un conte humoristique.

Si vous séchez niveau photo, voici quelques idées qui pourraient vous inspirer, extraites du site Pixabay :

Image par <a href="https://pixabay.com/photos/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Free-Photos</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=931706">Pixabay</a>

Image par <a href="https://pixabay.com/fr/users/Skitterphoto-324082/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=535251">Rudy and Peter Skitterians</a> de <a href="https://pixabay.com/fr/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=535251">Pixabay</a>

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Dans tous les cas, amusez-vous et soyons fous, mélangez plusieurs photos ! Le résultat peut être étonnant !

Paillettes et chocolats,

A.Chatterton.

Publié dans Lectures

Cendres, Johanna Marines, Snag éditions

Découvert lors des Imaginales 2019 lors d’une conférence intitulée « La ville, lieu du romanesque, entre fascination et répulsion » réunissant également Andoryss et Floriane Soulas, j’ai été séduite par l’atmosphère londonienne et steampunk de Cendres. Après lecture, mon avis reste mitigé. Comme le roman fait partie des sélectionnés du PLIB 2020, j’ai quand même décidé de vous en parler un peu, quitte à me faire taper sur les doigts…

Résumé : Londres, 1888. Nathaniel et Luna vivent dans un quartier mal famé de l’East-End. Pour survivre, ils sont obligés de revendre les objets qu’ils ont volés. Au même moment, à Westminster, Agathe accepte de devenir la domestique de la famille Henwoorth. Leur destin va basculer le jour où Nathaniel va découvrir un cadavre. Agathe, une jeune femme plutôt naïve prête à tout pour payer les médicaments de sa mère malade. Celle-ci va être embauchée comme parurière chez les Henwoorth. Mais, rapidement, le fils ainé de la famille, Archibald, se montre étrange… Qu’attend-il vraiment d’elle ? Et si un tout autre destin l’attendait ? Nathaniel Depford, un jeune homme de 27 ans, qui travaille comme allumeur de réverbères dans la vieille ville. Orphelin, il ne sait presque rien de ses origines. Mais, quand celle qu’il considère comme sa sœur, Luna, disparaît et que d’étranges cauchemars refont surface, son monde fragile vacille… Réussira-t-il à retrouver Luna avec l’aide de la police ? Ou devra-t-il faire chemin seul pour comprendre les forces obscures qui tirent les ficelles en coulisse ? Et si son passé le rattrapait ?

Mon avis :

Un univers assez travaillé

Johanna Marines connaît bien Londres et on sent qu’elle a fait des recherches historiques pour ce roman. Elle nous présente une capitale britannique baignant dans une ambiance puante, brumeuse, profondément inégalitaire et surtout impitoyable avec les plus faibles.

Dès les premières pages, nous entrons dans les bas-fonds de l’East End, le jour avec Agathe, une jeune fille de condition modeste, et la nuit avec Nathaniel, un allumeur de réverbères. Ils nous offrent une vue élargie de la capitale, du côté des pauvres et des sans avenir.

Les quartiers aisés ne sont pas oubliés avec le personnage de Archibald et sa famille qui  nous entraînent dans les soirées mondaines et les faux-semblants des aristocrates londoniens.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous emmène dans les cimetières et les commissariats de police où les méthodes d’interrogatoires sont peu orthodoxes et les criminels notoires.

Mais ce Londres victorien n’est pas seulement décrit du point de vue historique. L’auteure y introduit des éléments steampunk comme des fiacres mécaniques sans chevaux et des pigeons voyageurs mécaniques, qui ont une utilité dans cette histoire tout en apportant une certaine esthétique.

Ajoutez à cela que la pollution est tellement présente qu’elle se cristallise en un jour appelé Black Day, où les cendres toxiques des usines retombent sur la ville, et vous aurez un univers sombre plutôt réussi.

Une intrigue multiple 

Le roman se divise en plusieurs intrigues qui finissent par se rejoindre tôt ou tard, comme dans tout bon roman policier.

Les chapitres alternent les points de vue des personnages principaux et font avancer l’intrigue.

Tout d’abord, il y a Agathe qui se fait embaucher dans la famille d’Archibald pour gagner de quoi soigner sa mère malade. Elle découvre des élément curieux dans cette famille d’aristocrates et il lui arrive pas mal d’histoires imprévues.

Puis, le roman se recentre sur Nathaniel, allumeur de réverbères très pauvre, ignorant de ses origines, qui vit dans un grenier de fortune avec Luna sa soeur de rue et voleuse de haut vol.

Enfin, l’inspecteur Abberline nous entraîne dans une enquête concernant un tueur en série/ kidnappeur de jeunes filles, dont sa propre fille a été la victime. Il prend son travail très à coeur et l’investigation tournant au personnel, il a tendance à déraper dans ses méthodes.

Les personnages vont se rencontrer, ce qui donnera lieu à de nombreux rebondissements et aboutira à un final  inattendu qui m’a personnellement bluffée.

Beaucoup de bémols

Malgré un univers plutôt réussi, j’ai noté deux grands défauts majeurs à ce roman, qui auraient pu, s’ils avaient été corrigés, donner plus de profondeur à l’intrigue et le transformer un véritable coup de coeur.

En premier lieu, il y a trop d’histoires parallèles et de rebondissements. J’ai eu l’impression de lire un récit où l’auteur n’a pas su choisir entre toutes ses idées… et a décidé de toutes les assembler. Le résultat est un peu maladroit et donne un effet fourre-tout avec tantôt des éléments inutiles sur-développés, tantôt d’autres importants mais peu étoffés.

Je citerais pour exemple l’épisode où Nathaniel se rend dans son ancien orphelinat en pleine nuit pour découvrir des éléments sur ses origines, alors que l’intrigue vient d’avancer sur l’identité du tueur. Cette énième péripétie aurait pu avoir une meilleure place à un autre moment de l’histoire et ne colle pas du tout avec le réalisme temporel de l’action. 

A l’inverse,  la fête souterraine à laquelle participe Agathe avec Archibald est sous représentée dans le récit alors qu’il s’agit d’un moment clé pour comprendre la psychologie de l’aristocrate. A croire que le roman a subi des coupures un peu abruptes.

Par ailleurs, cette accumulation de rebondissements a pour conséquence de donner un rythme trop rapide à l’intrigue. Le suspense de l’enquête et l’inquiétude des personnages concernant le tueur en série sont par conséquent tronqués alors qu’ils auraient pu y gagner en intensité avec plus de lenteur.

Le second point qui m’a un peu gênée dans ce roman, est la manière dont l’auteure développe ses personnages. Certains auraient mérité une psychologie plus fouillée comme l’inspecteur Abberline, torturé mais sans plus, la mère d’Archibald colérique mais énigmatique, et le père et frère d’Archibald, des figurants sans grande substance.  De même, les relations entre les personnages évoluent trop vite au niveau amoureux, sans-doute pour faire avancer rapidement l’histoire principale.

Ceci dit, j’admets que mon point de vue est peut-être biaisé car ce n’est pas le premier roman policier victorien et steampunk que je lis, et je deviens plus critique au fur et à mesure du temps à ce sujet. Un lecteur qui n’a jamais lu des livres de ces deux catégories aura sans doute une vision différente.

En conclusion  : Cendres est un premier roman qui mérite de gagner en maturité. Il est doté d’un univers Londonien victorien assez réussi, mais qui peut surprendre par la multiplicité de ses intrigues et le manque de profondeur de ses personnages. J’espère lire d’autres intrigues de cette auteure néanmoins prometteuse, à qui il ne manque pas grand chose pour s’avérer excellente.

NB : Si vous souhaitez lire un autre roman policier victorien et dont l’intrigue est basée à Londres, je vous conseille Soul of London de Clémence Perrin-Guillet. Si vous préférez lire un roman steampunk, Les revenants de Whitechapel de George Mann vous ravira par son esthétique et son côté glauque.

Publié dans Lectures

Les revenants de WhiteChapel, George Mann, éditions Panini Books Eclipse

Vous aimez les automates possédés, les zombies et les meurtres en série , le tout dans un Londres brumeux à souhaits ? Ce roman est fait pour vous !

Résumé : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Mon avis :

Une intrigue mêlant plusieurs faits étranges… mais qui se recoupent parfaitement.

Les premiers chapitres embrouillent un peu le lecteur par les différents éléments qu’on lui soumet, en plus de lui présenter les personnages principaux.

On apprend qu’un quartier pauvre de Londres est la proie d’une maladie qui transforme les habitants en zombies-vampires.

Puis l’on suit une enquête que mène Miss Hobbes et Sir Newbury portant sur un accident d’aéronef qui transportait un membre de la famille royale, et conduit par un automate, absent des décombres.

En parallèle, des accidents provenant d’automates fous se produisent un peu partout en Angleterre et des meurtres sont perpétrés par un tueur en série fou.

Pour finir, le frère de la secrétaire de Sir Newbury a disparu.

Tous ces éléments trouvent leur résolution dans un enchaînement logique mais cela prend un certain temps aux enquêteurs et au lecteur pour trouver la solution. Néanmoins, l’histoire est assez réussie et le rythme ni trop lent, ni trop rapide. Un parfait roman policier en somme.

Une Angleterre mécanisée

Ce volume de George Mann fait apparaître une Angleterre Victorienne dans l’esprit Steampunk, assez soigné : les automates remplacent peu à peu les ouvriers et le personnel, on se déplace dans des aéronefs, tramways mécaniques et trains à vapeurs…

La science est partout et le progrès est de mise. Même la Reine Victoria a un traitement spécial : elle survit grâce à un appareil mécanique qui lui permet de respirer, assise dans un fauteuil roulant.

Le brouillard anglais et l’atmosphère londonienne sont bien retranscrits, mêlant subtilement le côté historique (fiacres, habitations, vie quotidienne) et l’uchronie (aéronefs, automates…) de l’histoire.

D’autres aspects, moins reluisants sont aussi présents : l’internement dans les hôpitaux psychiatriques pour les femmes dites « hystériques », et surtout des crimes toujours très sanglants.

Des personnages pittoresques bien développés

Malgré son air distingué et ses belles manières, Sir Newbury cache quelques vices : une passion dévorante pour l’ésotérisme, très en vogue à l’époque Victorienne, ainsi qu’un goût prononcé pour le laudanum, drogue puissante connu aussi sous le nom d’opium. Mais c’est un enquêteur hors pair, doté d’une constitution d’acier.

Miss Hobbes cache bien son jeu sous ses airs de jeune fille bien élevée : au-delà de ses talents d’enquêtrice peu communs pour une femme de l’époque, elle cache un lourd secret de famille. En effet, sa soeur a été internée par ses parents dans un hôpital psychiatrique car elle a des crises, considérées par tous comme de la démence. En vérité, elle arrive à voir l’avenir mais cela n’est pas bien vu dans la bonne société. Miss Hobbes va chercher à faire sortir sa soeur, tout en utilisant son don de divination pour les besoins de l’enquête.

Le duo fonctionne assez bien, à la manière d’un duo traditionnel Sherlock-Watson, sans pour autant apporter une touche d’originalité au genre. L’auteur a le bon goût de ne pas tomber dans les clichés en laissant la relation entre les personnages strictement professionnelle, sans la transformer en intrigue amoureuse.

En bref : Une lecture efficace et rafraîchissante pour les amateurs d’intrigues policières Steampunk à la sauce holmésienne. A noter que d’autres tomes du duo existent mais ils n’ont pas été encore traduits en français à ce jour.

Article originellement publié par mes soins sur le site Portdragon.fr

Publié dans On joue ?

Ma sélection des 5 finalistes du PLIB 2020 et un Challenge lecture en duo : mon expérience de jurée #5

L’étau se resserre pour désigner les cinq finalistes du PLIB 2020! Comme d’habitude, j’ai voulu vous donner un petit aperçu en interne des votes mais aussi vous faire participer à un nouveau challenge lecture associé pour l’occasion qui commence le 15 février…

Il a fallu encore voter… mais pour 5 livres seulement ! 

Que le temps passe vite… J’ai commencé à être jurée pour ce prix littéraire en novembre et nous sommes déjà en février !

Des 20 sélectionnés du dernier vote, je n’ai lu à présent que 7 titres sur 20 pour me faire une idée avant de désigner mes 5 finalistes. Le vote a lieu du 3 au 16 février. J’ai dû renvoyer un formulaire google avec mes titres préférés et j’attends le résultat avec impatience pour voir si je suis tombée juste.

Voici donc les romans que je vois arriver en finale :

Le choix a été complexe car je n’ai pas eu le temps de lire certains des romans de ma sélection, je me suis fiée à mon intuition. C’est le cas pour Les Noces de la Renarde de Floriane Soulas et Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro. Mais je compte bien les lire par la suite.

A l’inverse, j’ai lu des livres qui n’étaient pas dans ma sélection par curiosité et certains ont été une bonne surprise comme Le Phare au corbeau de Rozenn Illiano. D’autres une mauvaise surprise comme Vert de Lierre de Louise Le Bars.

J‘ai lu aussi des livres de ma sélection initiale qui se sont avérés un très mauvais choix. Comme quoi, les résumés et les belles couvertures peuvent facilement vous tromper. J’ai donc écarté de la sélection L’apprentie Faucheuse de Justine Robin, Cendres de Johanna Marines et Moitié d’âme d’Anthelme Hautecorne.

Enfin, pour les avoir sélectionnés et aimés, je suis restée sur certains choix avec Les héritiers d’Higashi de Clémence Godefroy, et L’arrache-mots de Judith Bouilloc.

Encore un challenge de lecture… oui mais en duo !

Pour patienter en attendant le résultat du vote des 5, à partir du 15 février, le PLIB lance un challenge lecture en duo intitulé « L’épreuve des Alliés« . Ce sera le dernier challenge lecture de ce prix pour l’année en cours, alors autant participer !

C’est un challenge auquel tu peux aussi t’inscrire, même si tu n’es pas juré du PLIB.

Pour cela, il suffit de t’inscrire via ce formulaire google. Tu rejoindras alors l’une des trois équipes : Mages, Dragonniers ou Guérisseurs. Et tu seras associé par tirage au sort à un autre lecteur de la même équipe.

Le but de ce challenge en duo est de lire des livres de ta PAL (tu sais, tous ceux qui traînent depuis un moment sur ta table de chevet, dans ta bibliothèque, voire tes toilettes…). La subtilité réside dans le fait que ce n’est pas toi qui choisit quel livre tu vas lire, mais ton coéquipier ! Et toi qui lui diras ce que lui doit lire dans sa PAL !

J’entends certains déjà dire : « Mais c’est sadique comme procédé ! » Alors, oui et non.

Oui, c’est sadique car tu n’as pas le contrôle de tes lectures et si tu es revanchard, tu peux choisir des livres qui te semblent bien pourris dans la PAL de ton coéquipier.

Non, ce n’est pas sadique si tu agis en bonne intelligence et dialogue avec ton partenaire car le but, je le rappelle, est de faire gagner des points à ton équipe.

La PAL de chacun devra faire 10 livres et comporter des romans de SFFF (Science Fiction Fantasy ou Fantastique) ou de la Romance. En matière de points, chaque livre rapporte 5 points et chaque pallier bonus franchi rapporte des points supplémentaires :

  • 3 romans lus : 2 points bonus
  • 5 romans lus : 4 points bonus
  • 7 romans lus : 6 points bonus
  • 10 romans lus : 10 points bonus

Si en plus, il se trouve que dans ta PAL et celle de ton partenaire se trouve un livre identique, que vous lisez chacun, cela rapporte 5 points bonus.

Ma stratégie pour ce challenge est de lire un maximum de livres pendant ces 15 jours (car le challenge a lieu du 15 février au 2 mars) en proposant une PAL simplifiée que j’ai actuellement en bibliothèque, regroupant des livres avec peu de pages. (Rire démoniaque !)

Parce que bon, soyons logiques, si je donne l’intégralité de ma PAL à mon coéquipier, déjà on en a pour 50 livres au moins, et dans le tas, il y a des pavés de 500 pages…

Certains jurés se sont déjà demandés comment envoyer sa liste de livres à son partenaire quand on a trop de livres dans sa PAL. Je dirais qu’il y a deux écoles : L’école Consciencieuse qui va faire un joli tableau excel de ses titres non lus, et l’école Flemme qui peut prendre une photo des dos des livres dans sa bibliothèque. Choisissez votre team !

A la fin du challenge, il vous faudra remplir à nouveau un google form pour valider vos livres lus et les points associés. Pour plus de détails sur le défi, c’est ici.

Quoi de neuf à venir pour le PLIB ?

J’en parlais dans mon dernier article sur mon expérience de jurée, le 22 février aura lieu l’annonce des 5 finalistes du PLIB 2020 à la librairie Furet du Nord de Lille. A cette occasion, quelques auteurs du Prix seront présents en dédicace. Si l’événement t’intéresse, tu peux t’inscrire ici ou venir en touriste, ça ne pose pas de problème !

La dernière étape, après cette sélection des 5, est l’élection du Grand Gagnant en Août.

D’ici là, je t’aurai certainement chroniqué d’autres livres du PLIB, dont les 5 finalistes (car c’est une étape obligatoire de mon rôle de jurée), et je te proposerai d’autres challenges sans lien avec le PLIB aussi. Parce qu’un prix littéraire c’est bien, mais il faut savoir en sortir aussi.

Si tu as des questions sur le prix ou le challenge lecture, n’hésite pas à me laisser un commentaire. Sinon, j’espère que cette immersion dans le PLIB t’auras plu. Si tu as raté mes articles précédents sur cette expérience de jurée, va cliquer sur le #plib2020présent sur le blog. (si, si, j’insiste ! :p )

Chocolat chaud et poils de chat 🙂

A.Chatterton