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Mini chroniques en pagaille #4 Spécial Hanami Book Challenge

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

Manabé Shima, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon Contemporain – Catégorie Fly me to Saitama

Résumé : Florent Chavouet a décidé de partir une île japonaise pendant deux mois afin de dessiner et d’en apprendre plus sur la culture japonaise. Comme l’archipel comporte plusieurs îles et îlots, il a jeté son dévolu sur celle de Manabé Shima, pas vraiment touristique. Ce sont ses aventures passées auprès de la communauté locale qu’il nous narre avec brio dans ce nouveau roman graphique que l’on pourrait aussi classer en guide touristique ou en récit autobiographique illustré.

Mon avis : J’avais beaucoup apprécié Tokyo Sanpô, lu lui aussi dans le cadre du Hanami Book challenge, qui parlait de ses aventures à Tokyo. J’ai carrément dévoré Manabé Shima qui apporte en plus un air de vacances estivales car il s’agit d’une île de pécheurs. On sent que l’auteur a beaucoup apprécié son voyage car il croque avec malice les nombreux membres de la communauté locale pour le moins atypiques : familles nombreuses, pêcheurs, petits vieux, tenancier de bar local, artistes, et même chats et poissons. L’île est très rurale et semble éloignée de tout, ce qui tranche avec la ville de Tokyo. On se prend vite au jeu des coutumes locales qui finissent souvent en barbecue communautaire, ainsi qu’à l’énumération des poissons en japonais ou la description minutieuse des intérieurs des maisons. Florent nous raconte aussi des anecdotes très amusantes sur des situations gênantes qui ont pu lui arriver pendant son séjour comme en premier lieu son problème pour trouver un logement ou se faire comprendre car il ne parle pas japonais. Il invente aussi des histoires humoristiques entre les gangs de chats de l’île ou la vie des poissons finissant en brochettes. On sent que les habitants ont vite adopté ce petit français qui dessine bien, au vu des histoires qu’il nous raconte. A travers la vie de l’île, on se rend aussi compte de l’attraction des villes pour ces îliens, dont la population a baissé de deux tiers, même si certains travaillent ailleurs et vivent encore sur l’île. Au niveau graphique, on retrouve des dessins au crayon de couleur superbement réalisés et détaillés de gens, des paysages, des animaux et des intérieurs de maison, nous permettant d’entrer dans l’univers de l’auteur et de vivre avec lui ce voyage. Même les légendes des illustrations et le récit chaotique écrit au crayon participent au charme de ce carnet de voyage qui sent bon les vacances d’été. J’ai beaucoup aimé la visite et cela m’a donné envie de visiter de petites îles japonaises même si je ne parle pas la langue. Mais après tout, si l’auteur s’est bien débrouillé pendant deux mois, pourquoi pas ?

Le jour de la gratitude au travail, Itoyama Akiko, éditions Philippe Picquier

Menu Japon d’Aujourd’hui – Catégorie Gambate !

Résumé : Il s’agit d’un recueil de deux nouvelles centrées sur le monde du travail du point de vue féminin et qui semble un peu autobiographique.

Dans la première nouvelle intitulée Le jour de la gratitude au travail, nous suivons une jeune chômeuse de 36 ans qui vit chez sa mère. La jeune femme vit très mal le fait d’être au chômage et quand sa voisine lui propose un rendez-vous pour un mariage arrangé, elle se sent prise dans un traquenard…

La seconde nouvelle s’intitule J’attendrai au large et évoque les relations entre collègues de bureau d’une jeune femme et d’un jeune homme, commerciaux dans la même entreprise. Le jeune homme décédé, revient hanter la jeune femme qui s’interroge sur ses choix de vie.

Mon avis sur la première nouvelle : C’est la première fois que je rencontre une auteure japonaise avec un langage aussi acide envers la société japonaise et le monde de l’entreprise. Son héroïne dénonce le fonctionnement machiste de sa société et l’on découvre que sa démission n’est autre qu’un licenciement abusif associé à du harcèlement sexuel. La position du personnage principal est également peu enviable dans une culture marquée par les hommes : à 36 ans, elle semble « périmée » vis à vis du mariage ou d’un nouveau poste dans une entreprise. L’auteure évoque en exergue une société où le travail devient plus difficile à trouver si l’on n’a pas de qualifications qui sortent de l’ordinaire ou si l’on s’éloigne de la voie tracée des jeunes filles convenables. Car Kyoko n’est pas ce qu’on peut appeler une jeune fille japonaise bien élevée et soumise : elle souhaite trouver un idéal dans son travail, quelque chose dont elle serait fière. Elle boit un peu trop aussi et s’emporte facilement. Et elle n’est pas assez désespérée pour épouser le premier inconnu venu pour échapper à sa situation. Cette rencontre arrangée met en lumière la volonté des anciennes générations d’aider les nouvelles mais avec leurs codes qui ne fonctionnent plus vraiment à notre époque. Elle apporte aussi un éclairage sur la bulle économique japonaise qui s’essouffle, avec des travailleurs dévoués à leur entreprise qui méprisent ceux peinant à retrouver un emploi. Pour résumer, une nouvelle au ton amer vis à vis de la société japonaise et surtout sur la manière dont elle traite les femmes.

Mon avis sur la seconde nouvelle : Toujours dans un style critique et cru, l’auteure nous emporte dans une autre nouvelle ayant pour sujet le travail au Japon. Ici il sera question des mutations dans les succursales de province et du premier travail pour deux jeunes commerciaux sortis de l’université. Futo et Oikawa arrivent ensemble à Fukuoka et s’intègrent plus ou moins facilement auprès de leurs collègues et de la société. L’auteure met l’accent sur les difficultés de Oikawa à se faire des amis auprès de ses collègues car elle apparaît toujours comme une étrangère, même si elle travaille d’arrache-pied dans l’entreprise. A l’inverse, Futo devient la coqueluche du service et va vite se faire une place même s’il n’est pas très consciencieux. Quand Oikawa sera mutée pour bons résultats, cela marquera un tournant dans leur amitié : les collègues de bureau sont-ils des amis ? A travers leurs parcours, l’auteure aborde la vie en entreprise et la bulle économique japonaise, avec la montée croissante des chantiers de constructions. Quand les chantiers cesseront avec la disparition de la bulle, cela rendra les conditions de travail difficiles : les employés devront se disputer des contrats pour pouvoir travailler. Pour résumer, une jolie histoire d’amitié en entreprise qui permet de découvrir le quotidien de jeunes travailleurs japonais au temps florissant de la bulle économique.

Chauds, chauds les petits pains ! et autres ragots du quartier, de Takita Yû, éditions Philippe Picquier

Menu Japon traditionnel – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Ce roman graphique relate des tranches de vie du quotidien du petit Kiyoshi, âgé de 10 ans, et de sa famille dans le quartier de Terajima à Tokyo dans les années 1940, jusqu’à l’attaque aérienne de Tokyo en 1945 qui détruit la ville. Ces épisodes sont basés sur la vie de l’auteur, Takita Yû qui a vécu à la même époque et dans les mêmes lieux, et tente à travers ces histoires de recréer l’atmosphère de l’époque.

Mon avis : Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché à ces tranches de vie d’une autre époque ni au dessin de l’auteur dont les personnages aux têtes allongées m’ont fait penser à un des personnages des zinzins de l’espace. Mais après avoir lu la partie explicative en fin de livre sur la vie de l’auteur, j’ai été un peu plus éclairée sur le but de ces histoires. Takita Yû tente de nous faire revivre son quotidien pendant la guerre jusqu’à la destruction de son quartier. C’est un récit nostalgique d’une autre époque qui est maintenant révolue. Son héros, le petit Kiyoshi vit dans un quartier associé aux maisons de plaisirs avec de nombreux bars mais sous restriction à cause de la guerre : il y a des couvre-feu, peu de clients, de la corruption et des prostituées qui interpellent le client à chaque coin de rue dans des maisons closes. Ces dernières font parfois office de grandes soeurs de substitution pour Kiyoshi en lui offrant des cadeaux en échange de services. Les parents de l’enfant peinent à gagner de l’argent et tentent diverses solutions : faire travailler leur fille à l’usine, louer une chambre à un senior, etc… La guerre est vue du point de vue de Kiyoshi qui lui est plutôt insouciant : il ne pense qu’à manger, faire des bêtises, s’amuser à des jeux d’époque avec ses amis, et surtout à se cacher de sa mère qui le cherche toujours dans le quartier. Seule sa grand-mère est aimable et lui apporte un peu de réconfort. Pour résumer, l’auteur nous propose 6 histoires au fil des saisons jusqu’au bombardement, comme une parenthèse hors du temps, afin de nous faire entrer dans son passé et celui d’un Japon fort de sa résilience. Cela n’a pas été une lecture coup de coeur, mais plutôt une lecture instructive sur l’histoire du Japon.

Les cahiers japonais, Un voyage dans l’empire des sens, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Premier volume d’une série de deux, ce roman graphique est à la fois un récit de voyage et un carnet intime de l’auteur qui nous propose de revisiter son passé d’illustrateur pour la maison d’édition japonaise Kodansha dans les années 1990 avec son manga intitulé Yuri. A ses anecdotes personnelles sur la culture japonaise, il évoque aussi le fonctionnement du monde de l’édition au pays du soleil levant et les différences avec l’Europe.

Mon avis : Un tome que j’ai moins apprécié que son deuxième volume consacré à la figure du mangaka. Igort nous emmène dans ses bagages direction le Japon pour travailler comme un forcené auprès de Kodansha. Si le rythme de production est soutenu comparé à une maison d’édition européenne, l’auteur ne s’en plains pas jusqu’à son « rite de passage » que je vous laisserai découvrir. Néanmoins, ce voyage s’avère une forme de méditation où il va prendre des habitudes, se mettre dans les pas de Osamu Tezuka ou Hokusai, rencontrer des figures connues comme Hayao Miyazaki ou Jiro Tanigushi avec qui il deviendra ami. L’ouvrage est parsemé de documents divers : anecdotes sous forme de BD mettant en scène l’auteur, des histoires illustrées associées à la culture du Japon ( les derniers jours d’Hokusai, la bataille de Osamu Tezuka pour imposer la reproduction de ses dessins à la photogravure et non plus à la main pour éviter des altérations des nez de ses personnages, un résumé du film l’Empire des sens basé sur la vie de Abe Sada…). Mais l’auteur glisse aussi des photos de ses rencontres, des pages façon carnet de notes écrites à la main et des illustrations de son manga Yuri. Un ouvrage très intéressant qui permet de découvrir le fonctionnement d’une maison d’édition japonaise : comment les japonais font avancer leurs histoires, accordent les désirs des fans avec les récits, etc… Un joli moment de lecture avec des illustrations très variées allant de la bd à l’estampe.

Les cahiers japonais, le vagabond du manga, Igort, éditions Futuropolis

Menu Au temps des traditions – Catégorie Le sourire de la Geisha

Résumé : Dans ce deuxième volume d’une série de carnets consacrés au Japon et à ses souvenirs d’illustrateur, Igort nous emmène une fois de plus dans un voyage initiatique sur les traces des mangakas japonais cette fois-ci. La période abordée est cette fois-ci l’année 2017, où il retourne sur les lieux qu’il a habité autrefois (cf son volume précédent), et rencontre à nouveau son ami Jirô Taniguchi.

Mon avis : C’est le volume que j’ai préféré des deux publiés par l’auteur pour plusieurs raisons. Moins centré sur la vie d’Igort, il aborde l’histoire de divers auteurs, mangakas et illustrateurs japonais ainsi que leur style. C’est un ouvrage parfait pour en apprendre un peu plus sur la littérature ou l’art du dessin japonais, sans tomber dans les gros livres didactiques. Igort évoque Matsuo Basho, Hokusai, Kawabata, Tamiki Hara, et Jirô Tanigushi en empruntant parfois le style de dessin de la personne citée. Il rapporte également sa visite de lieux connus ou inconnus au fil de son voyage, agrémenté d’anecdotes culturelles : Kanzawa la ville-musée, le thème des yokais dans les mangas, le monastère du mont Koya et ses cèdres rouges géants, les rochers mariés de Ise, le sanctuaire shintoïste de Nachi Taisha et ses touristes en tenue d’époque, Hiroshima et son musée du mémorial de la paix, le jeu vidéo loveplus pour les célibataires qui ne souhaitent pas s’engager, le dernier fabricant de papier de manière traditionnelle, etc… Comme le premier volume, l’ouvrage mêle des photographies anciennes et récentes, à des récits sous forme de bd, des pages de carnets de notes manuscrites et des illustrations magnifiques. Il se dégage une mélancolie de cet album, en lien avec la solitude de l’auteur qui pointe de temps à autre son nez dans ses notes. Un joli ouvrage pour découvrir le Japon sous un autre angle, plus personnel, pas mal culturel et surtout peu conventionnel.

Maneki-Neko et autres histoires d’objets japonais, Joranne, éditions Le Prunier Sully

Menu Au temps des traditions – Catégorie Les cerisiers en fleurs

Résumé : Dans ce livre entre carnet de voyage, bande-dessinée et ouvrage didactique, l’auteure-illustratrice nous explique l’origine et l’utilisation de divers objets japonais connus allant des figurines de culte en passant par les wc et des algues protégées.

Mon avis : J’étais déjà fan de Joranne car elle tient un blog sur les objets japonais, l’une de ses grandes passions, avec le dessin (souvent humoristique). J’ai donc sauté sur l’occasion pour découvrir son livre où l’on retrouve l’essence de son blog, documenté très sérieusement, et qui a dû lui donner du travail.

Je trouve assez originale son approche de l’étude de la culture japonaise par les objets et je me demande ce que cela donnerait si nous réalisions la même chose en France…

L’ouvrage se découpe en plusieurs chapitres comportant à chaque fois un objet. Il y a trois sections : les objets porte-bonheur (Maneki-neko, poupée Kokeshi, Daruma…), les objets usuels (Furin, Washlet, Kotatsu…) et d’autres objets ou traditions culturelles moins connues comme les marimos associés à la culture des Ainous.

Il n’était pas possible de parler de tout, alors je suppose que Joranne a dû réaliser une sélection des plus connus.

Pour chaque objet, elle raconte son histoire, parfois les diverses versions de son origine, où il est fabriqué, comment il est utilisé et si parfois il est associé à un rite particulier.

Le tout est agrémenté de dessins humoristiques assez joyeux avec un petit personnage la représentant, tel un commentateur, qui m’a bien fait rire à certaines pages ! (notamment la page 24 avec la prostituée).

J’ai adoré l’histoire des washlet, ces toilettes japonais électroniques qui ont su s’imposer avec une campagne publicitaire assez maligne. J’ai été très intéressée par l’histoire des poupées Kokeshi dont je n’avais qu’une vision partielle dans les boutiques de souvenirs françaises. Je suis très fan de l’histoire des Noren, ces tissus-enseignes que l’on tend devant les boutiques et qui ont plusieurs utilités. Et je n’ai toujours pas compris comment on insère l’encens en spirale dans le Katori Buta, cette figurine de cochon-encensoir qui sert à éloigner les moustiques (mais j’avoue que ça me fait travailler mon imagination).

Bref, un joli ouvrage à découvrir si vous souhaitez vous plonger dans la culture japonaise autrement que par des guides traditionnels, avec une étude sérieuse et documentée.

Voilà pour aujourd’hui au niveau de les lectures. J’espère que certains livres vous ont tenté.

Il ne reste que 15 jours avant la fin du challenge donc n’hésitez pas à partager vos lectures ou vos bilans du challenge.

Wasabi et sushi,

A.Chatterton

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Ecologie et folie technologique, Anthologie de nouvelles steampunk vol.1, éditions Oneiroi

Dans le cadre du Projet Ombre dédié à la découverte du genre de la nouvelle, et de mon projet personnel Parlons Steampunk sur la littérature steampunk, je me suis lancée dans ce recueil de 4 nouvelles de la jeune maison d’édition Oneiroi. Une jolie plongée dans des univers différents, souvent dystopiques, ayant pour thèmes l’écologie et les avancées technologiques désastreuses.

Mon avis sur le recueil

Le recueil regroupe 4 nouvelles issues d’un appel à textes de la maison d’édition Oneiroi, ayant pour thème l’écologie et la folie technologique. A noter que ce jeune éditeur est spécialisé dans la littérature steampunk.

Chaque nouvelle est écrite par un auteur différent et propose un univers totalement unique. Parmi eux, on note la présence Emmanuel Chastellière auteur des romans steampunk Célestopol et Célestopol 1922; ainsi que Romain d’Huissier auteur de la trilogie de fantasy urbaine Les chroniques de l’étrange. Les deux autres auteurs du recueil sont Francis Jr Brenet auteur de nouvelles de Fantasy et Audrey Pleyne, autrice en Science-Fiction.

De manière générale, le recueil est bien construit et forme un ensemble cohérent. Les nouvelles s’enchaînent de façon fluide et les univers, bien que différents apparaissent comme complémentaires. Chaque auteur a son propre style et nous plonge dans un genre différent : policier, uchronie, dystopie…

On voyage en Chine, sur la Lune, ou dans des univers utopiques possibles, avec toujours dans l’idée que les améliorations technologiques pour l’homme ne le sont pas forcément pour son environnement. Le recueil fait réfléchir, interroge le lecteur, fait sourire aussi. Une jolie entrée en matière thématique pour découvrir la littérature steampunk si l’on ne souhaite pas se lancer dans un gros roman.

Pour cet article, j’ai pris le parti de résumer chaque nouvelle et de vous donner mon avis dessus à chaque fois car il y a peu d’histoires, contrairement à un gros recueil.

Mon avis sur chaque nouvelle

D’amour et d’acier, Francis Jr Brenet

Résumé : Walter Dickens, fils d’une famille riche, vit dans un univers où le travail a été réduit en grande partie et automatisé avec la création d’automates appelés humainciers. Il vit dans un énorme îlot flottant tandis qu’en bas règne la pollution, les ordures et la culture de pommes appelée Amour et de lianes appelées Foudre. Les classes sociales ont été abolies en théorie, chacun mange à sa faim et porte au poignet une montre indiquant ses dépenses, réglées sur ses battements de coeur. Dans ce contexte idyllique, Walter est amoureux de Jeanne, une jeune fille pauvre des bas quartiers. Quand Jeanne disparaît brutalement en laissant un moment indiquant qu’elle le quitte, Walter tombe en dépression et va réaliser des découvertes surprenantes concernant son univers…

Mon avis : Cette nouvelle m’a beaucoup fait penser à la trilogie Carbone modifié de Richard Morgan (adaptée sur Netflix sous le nom d’Altered Carbon), au niveau de la construction de l’univers. S’il n’est pas question ici de vie éternelle, on réfléchit surtout aux inégalités sociales avec les riches vivant en dehors de la pollution, qui se comparent à des dieux, et les pauvres en bas avec la pollution et dans des conditions précaires. L’idée de la montre et des dépenses de chacun m’a aussi renvoyée au film Time Out, où le temps est devenu une valeur monétaire. Sans en dévoiler trop sur la nouvelle, je dirais qu’elle fait surtout réfléchir à un monde utopique où le travail ne serait pas une obligation pour tous, avec une possibilité de gommer les classes sociales. Elle invite aussi à se poser des questions sur la place des automates dans la société : objets animés, outils de travail ou de plaisir… ont-ils une âme, une sensibilité ? A l’inverse, les hommes sont-ils plus insensibles que les robots ? Ici, le thème de l’écologie est surtout lié à la pollution et à l’alimentation? avec la création d’une société qui n’aide pas à préserver l’environnement mais alimente le mode de vie des humains. Au niveau du rythme, le récit est plein de suspense et l’on va de rebondissement en rebondissements avec un personnage principal choyé qui découvre vite que l’univers qu’il connaît est un mirage. La fin de la nouvelle fait un peu froid dans le dos mais amorce une lueur d’espoir malgré tout. Je serais curieuse d’en découvrir un peu plus sur l’univers avec d’autres récits de l’auteur, même si la nouvelle le développe en grande majorité.

Beautés, Audrey Pleynet

Résumé : Maureen, jeune femme effacée et mal dans sa peau, travaille au ministère de l’écologie dans un Londres uchronique. Un matin, elle fait la rencontre d’une femme magnifique qui vient d’un salon de beauté. Cette vision éblouissante suffit à lui donner envie d’essayer ce salon pour elle aussi, susciter l’admiration de tous. Le premier essai est concluant : elle en sort métamorphosée et récolte de meilleurs dossiers au travail grâce à son apparence. Mais de jour en jour, elle va vite devenir accro à son apparence impeccable et va chercher améliorer l’environnement de la ville à son image : artificielle mais magnifique…

Mon avis : Cette nouvelle interroge sur la beauté et la confiance en soi. Si au départ, l’héroïne avait eu confiance en elle, elle n’aurait pas fréquenté le salon et n’aurait pas détruit l’environnement londonien. Oui, mais il n’y aurait pas eu d’histoire… L’auteure exploite parfaitement le culte de l’apparence avec ce Salon de beauté du futur, similaire à une cabine de chirurgie esthétique qui en plus vous coiffe, vous maquille et vous habille. Au fil du récit, on découvre que les collègues de Maureen acceptent plus facilement ses décisions parce qu’elle est belle. Et cela fait frémir ! Cela interroge alors sur la valeur qu’ils accordent aussi à l’apparence : les gens beaux seraient-ils plus intelligents ? En dehors du récit de l’héroïne, on frémit également face aux décisions qui sont prises pour « améliorer » l’environnement et qui vont à l’encontre de l’écologie : Tamise colorée et parfumée, animaux remplacés par des automates, arbres malades transformés en statues… Cela questionne la notion de naturel et d’artificiel, et le bien fondé de l’action de l’homme sur la nature. La fin de la nouvelle est triste mais prévisible autour du thème de l’addiction.

L’Homme sans rivage, Emmanuel Chastellière

Résumé : Mer Baltique, un jeune garçon issue d’une riche famille russe doit participer à un rite traditionnel de passage : le massacre de baleines, dauphins et phoques sur une plage après un rabattage par des pêcheurs. Le garçon participe à contrecoeur sous le regard dur de son père mais reste traumatisé par la journée sanglante. Des années plus tard, un pêcheur de baleines rencontre un riche duc russe sur la colonie lunaire de Célestopol suite à une demande particulière du Duc. Nikolaï a un projet fou et seul ce chasseur rustre pourra l’aider…

Mon avis : Le fait que la nouvelle contienne deux histoires qui au départ semblent sans rapport m’a un peu remplie de perplexité. Ce n’est qu’à la fin du récit que j’ai pu assembler les récits et trouver leur cohérence. Le sujet abordé ici est la préservation des animaux marins face aux traditions séculaires de la pêche intensive et du rite de passage évoqué plus haut. Mais aussi la colonisation de la lune par les hommes et son indépendance à venir vis à vis de la Terre. Encore une fois, les riches humains s’éloignent des problèmes de la Terre pour créer une nouvelle utopie sur une autre planète et « oublier » les problèmes de pollution de leur lieu de naissance. Le Duc Nikolaï, avec ses fêtes fabuleuses souhaite surtout gagner la sympathie du peuple et réaliser ses rêves plus philanthropiques en se tournant vers l’avenir. A l’inverse, le chasseur Erland préfère conserver les traditions séculaires, s’enrichir personnellement et rester dans le passé. Cette opposition entre les deux personnages est le reflet de celle que nous connaissons aujourd’hui vis à vis de l’écologie. A noter que cette nouvelle se situe dans l’univers de Célestopol, développé par l’auteur dans ses deux romans du même nom. Elle m’a donné envie de les découvrir alors que de prime abord, je ne suis pas portée sur la conquête spatiale, même rétro-futuriste…

Fengshui et vapeur de jade, Romain d’Huissier

Résumé : Chine uchronique, le maître-géomancien Ming Zhi est convoqué sur un chantier avec sa garde du corps Li Zhan pour enquêter sur des sabotages perpétrés par des fantômes ou des esprits malveillants. En tant que responsable du Feng Shui dans les environnements sacrés, il est habilité à déterminer si un chantier doit se poursuivre ou non, si les esprits d’un lieu sont trop perturbés par la modernité. L’enquête va l’emmener à s’interroger sur le commerce florissant de la jade rouge, utilisée ici comme nouvelle énergie dans des technologies avancées.

Mon avis : C’est ma nouvelle préférée du recueil. Elle m’a donnée envie de découvrir l’univers de Romain d’Huissier par la suite. J’ai apprécié le personnage de Ming Zhi avec son sens de l’humour et sa perspicacité digne d’un Hercule Poirot chinois. J’ai adoré Li Zhan avec son côté rustre et ses manières très libérées. Il est rare de voir un personnage féminin abordé sous le métier de garde du corps et la proposition est assez réussie. L’intrigue policière ressemble à un roman d’Agatha Christie : le final fait place à des rebondissements intéressants que l’on ne voit pas venir. L’univers aussi interroge avec l’utilisation de cette nouvelle énergie qui pousse les hommes à s’enrichir au détriment de la nature. Heureusement que Ming Zhi veille au grain ! Le thème abordé ici reste surtout le massacre des arbres et de la nature, avec les esprits qui y sont associés, au nom de la modernité. Une manière de réfléchir une fois de plus à nos actions environnementales. A noter qu’il s’agit d’un rare récit steampunk situé dans un environnement asiatique. Traditionnellement, les récits se déroulent plutôt à Londres à l’époque victorienne. Ici, la transposition est réussie avec brio. Je serais curieuse de lire d’autres enquêtes de ce duo d’enquêteurs dont la personnalité m’a beaucoup marquée.

En conclusion : Ecologie et folie technologique est une anthologie de nouvelles steampunk assez intéressante qui fait réfléchir sur sur nos actions vis à vis de l’environnement à travers des univers uchroniques. Si les styles et les univers des auteurs semblent différents, l’ensemble est plutôt homogène et se prête très facilement à la découverte de la littérature steampunk. De manière général, le ton global du recueil est dystopique mais la dernière nouvelle vous redonnera rapidement le sourire. Je vous recommande chaudement de découvrir ce recueil pour goûter un peu au steampunk, surtout si vous préférez les lectures courtes.

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Mini-chroniques en pagaille de films et séries Spécial Hanami Book Challenge

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes derniers visionnages de séries et films pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des films ou séries vus…

Note : Pour cette chronique, je n’ai pas eu la volonté de créer une catégorie films ou séries spécialisée sur le blog car je ne propose pas souvent d’articles de ce genre. Il est donc catégorisé en rubrique Lecture au sens large.

Par ailleurs, la plupart de mes visionnages sont catégorisés dans le menu Japon d’aujourd’hui et sont disponibles sur Netflix ou Amazon Prime si vous souhaitez les retrouver.

Catégorie Fly me to Saitama (vie à la campagne, village, vieillesse)

Souvenirs de Marnie, Hiromasa Yonebayashi, Studio Ghibli, 2014 (Netflix)

Résumé : Adapté du roman britannique When Marnie was there de Joan Gale Robinson (réédité récemment par les éditions Monsieur Toussaint L’ouverture), ce film peu connu du studio d’animation Ghibli évoque une jeune fille envoyée à la campagne pour soigner son asthme. Vivant mal son adoption malgré une famille aimante, passionnée de dessin, elle va faire la rencontre de Marnie, une jeune fille qui vit dans la maison des Marais. Mais Marnie est un peu étrange : elle ne peut quitter sa maison et de jour, l’endroit est abandonné. Leur amitié grandissante va aider Anna, l’héroïne à sortir de sa timidité et à se reconstruire.

Mon avis : C’est un joli film sur la campagne japonaise plein de nostalgie et de moments contemplatifs. Les paysages sont magnifiques et d’autant plus quand ils sont croqués au dessin par l’héroïne. La bande son ajoute au côté nostalgique. Autant vous prévenir, ce n’est pas un film d’action ! Le thème de l’adoption est plutôt bien traité : Anna a peur que ses parents très présents l’aiment par obligation car ils reçoivent de l’argent pour s’occuper d’elle, à l’inverse de Marnie qui a des parents biologiques mais les voit trop peu. La tante et l’oncle d’Anna forment un couple aimant et amusant avec une éducation plutôt libertaire qui tranche avec les deux autres familles. Leur maison tout en bois est juste remarquable et s’inscrit dans les intérieurs de tous les films Ghibli où l’on aimerait passer du temps. Idem pour la maison des Marais qui a une touche européenne vue par les japonais assez exotique. Le mystère qui entoure Marnie ajoute un côté fantastique à l’histoire, trouvant une résolution logique en fin de film. J’ai été très émue de découvrir la vie adulte de Marnie et des rebondissements finaux. En résumé, un joli film plein de nostalgie qui parle d’adoption et d’amitié.

Catégorie Gambate ! (vie d’entreprise, harcèlement, racisme)

Kantaro, the sweet tooth salaryman, 2017 (Netflix)

Résumé : Adapté du manga Saboriman Ametani Kantarou de Tensei Hagiwara aux éditions Kodansha et non traduit en France, cette série TV de 12 épisodes de 30 minutes chacun évoque Kantaro, un commercial travaillant pour une maison d’édition renommée à Tokyo, qui est passionné de desserts. Ayant démissionné de son poste de programmateur pour devenir commercial afin de s’adonner à sa passion, il utilise son temps de travail pour manger des desserts une fois ses missions accomplies. Mais comme faire de pauses goûter est assez mal vu, il doit cacher son secret auprès de ses collègues afin d’éviter les ennuis. Mais la très curieuse Kanako a découvert un blog sur les desserts et elle est persuadée qu’il est tenu par Kantaro…

Mon avis : Encore une série japonaise sur la nourriture ! En tant que française et gastronome, je pense qu’il est normal de m’y intéresser, mais je ne m’attendais pas à autant d’engouement pour les desserts japonais ou français. Chaque épisode permet de découvrir un dessert par le biais de Kantaro, et à chaque fois, c’est l’extase devant les jolis plans mettant en scène le dessert. Un autre point fort est que tous les lieux présentés dans la série existent vraiment et si vous visitez Tokyo, vous pouvez les découvrir. J’ai moins apprécié certaines scènes qui relèvent de la comédie japonaise comme le fait que Kantaro a un orgasme quand il mange un dessert, ou qu’il voyage dans un monde très personnel avec des danses bizarres et des personnages avec des têtes d’aliments. Le thème du travail est sous-jacent à celui du dessert : est-il acceptable de s’adonner à son hobby pendant ses heures de travail si on est performant ? Pour une culture où le travail est une priorité, c’est difficilement acceptable et cela explique le soin que prend Kantaro à tout garder secret… même si au cours de deux épisodes il va conseiller à ses collègues commerciaux de s’adonner à leur passion pour être plus performant. Se détendre avec son hobby permettrait de mieux travailler ! A côté du travail, on ne peut qu’être admiratif aussi de la passion qu’ont les japonais pour un simple hobby. Kantaro tient un blog culinaire ce qui est une deuxième forme de travail mais il le fait consciencieusement et avec plaisir. Il a même changé de métier pour y consacrer plus de temps ! Une série à regarder pour le côté food porn et What the fuck japonais, autant que pour les réflexions qu’elle propose sur la valeur du travail au Japon.

Note : Cette série peut aussi s’inscrire dans la catégorie Tokyo by night pour le côté culinaire.

Tokyo Girl (guide), Yuki Tanada, 2016 (Amazon Prime)

Résumé : Depuis qu’elle est enfant, Aya a une vision fantasmée de Tokyo qui ne s’est pas arrangée en grandissant. Son rêve est d’y travailler et d’y vivre, elle a même dessiné tout son plan de vie dans cet objectif. Une fois adulte, le rêve se concrétise mais tout ne se passe pas comme prévu, car les rêves d’enfants se heurtent parfois à une réalité plus dure surtout quand on vient de la campagne et qu’on arrive dans une grande ville.

Mon avis : Cette série dramatique en 11 épisodes d’environ 20 minutes chacun, brosse le portrait d’une jeune femme de ses 23 ans à ses 40 ans qui s’efforce de vivre son rêve. Comme une française qui souhaiterait déménager pour Paris, Aya ne rêve que de Tokyo, d’y travailler, d’y vivre, de trouver un fiancé et d’avoir une carrière honorable. J’ai beaucoup aimé cette série qui m’a interrogée sur mes propres choix de vie car j’arrive à l’âge de la protagoniste à la fin des épisodes. Qu’est-ce qui rend heureux ? Est-ce de coller à son plan de vie ou de vivre le moment présent ? A côté d’Aya, on découvre la ville de Tokyo car à chaque fois que la jeune femme réussit professionnellement, elle change de quartier. Cela donne lieu à une très jolie ballade dans la capitale nippone associée à une micro-étude sociologique de ses habitants. Par ailleurs, la série explore aussi le thème des femmes dans la société japonaise : comment associer carrière et famille dans une société patriarcale ? Comment trouver un mari si l’on souhaite continuer à travailler et que l’on est financièrement indépendante ? Aya va participer à des dîners de rencontre à plusieurs, des speed datings, beaucoup douter d’elle-même, avoir peur de la solitude, et réaliser des choix difficiles sous la pression. Elle va aussi rencontrer plusieurs modèles de femmes qui vont l’influencer dans ses choix : l’éternelle célibataire, celle qui sort avec un homme marié, celle qui occupe un poste important mais a délaissé sa famille, celle qui se marie et arrête de travailler, celle pour qui le mariage est le but ultime de toute vie. Une série pépite sur ce qu’est être une femme au Japon aujourd’hui avec pour seul bémol des sous-titres en anglais car visiblement Amazon Prime ne l’a pas traduite.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Tokyo by night car elle permet une ballade dans la capitale.

Catégorie Souvenirs de lycée ( école, Light novel, adolescence, romance)

The many faces of Ito, 2017 (Netflix)

Résumé : Cette série japonaise de 8 épisodes de 24 minutes raconte l’histoire de Rio Yazaki, une scénariste à succès célibataire qui n’arrive plus à écrire de nouvelles histoires. A la sortie de son livre de conseils amoureux, elle donne une conférence à des jeunes femmes puis des séances de conseils personnalisés à quatre d’entre elles. La particularité de ces quatre célibataires est qu’elles ont toutes une histoire avec un dénommé Ito. Est-ce le même ? De fil en aiguille, Rio va se servir de leurs histoires pour écrire un nouveau scénario de série mais ce ne sera pas sans conséquences…

Mon avis : Il s’agit d’une série de romance entre drama et comédie qui explore le sentiment amoureux mais surtout les relations foireuses. A travers l’histoire des quatre jeunes femmes, ce sont plusieurs stéréotypes qui sont abordés : la femme qui sacrifie tout pour un amour non réciproque, la jeune vierge naïve, la nana qui fuit toute responsabilité et ne veut pas s’engager, la bimbo qui cherche l’amour mais collectionne les aventures d’un soir. Même Rio devient un cas particulier : la femme qui sacrifie l’amour pour son travail. Du côté des hommes, le mystérieux Ito va s’avérer être un parfait petit c** imbu de sa personne, mais trop timide pour s’engager dans une vraie relation. Mais on rencontrera aussi Kuzuken, qui collectionne les conquêtes alors qu’il est amoureux en secret d’une jeune femme, et le producteur de Rio qui préfère avoir une relation de travail avec elle plutôt qu’une relation amoureuse. L’amour n’est pas simple au pays du Soleil Levant ! J’ai beaucoup apprécié l’évolution des personnages au fur et à mesure de la série, ainsi que le côté esthétique des costumes et des décors. A côté de la romance, d’autres thèmes sont aussi abordés comme la réussite sociale et professionnelle avec le personnage d’Ito qui essaie de réaliser ses rêves sans y arriver, et Syuko qui met la barre trop haut et laisse les autres décider à sa place. Je n’ai par contre pas compris le générique qui semble montrer une série jeune et féminine centrée sur Rio mais qui s’avèrera plutôt orientée sur les quatre jeunes femmes.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Gambate ! concernant la notion de travail.

Catégorie Tokyo by night ( Mafia, gastronomie, prostitution, LGBTQIA+)

Samurai Gourmet, 2017 (Netflix)

Résumé : Inspiré du roman Le gourmet solitaire de Masayuki Kusumi, lui-même adapté en manga, cette série comique en 12 épisode d’environ 20 minutes chacun raconte l’histoire du timide Takeshi Kasumi, qui expérimente les joies de la retraite en redécouvrant le plaisir de manger des plats japonais. Mais par moments, son guerrier intérieur se réveille quand il se sent agressé ou mal à l’aise, ce qui donne lieu à des scènes assez cocasses…

Mon avis : Cette série met en scène deux thématiques : une présentation des plats simples japonais que l’on retrouve dans la plupart des restaurants nippon, ce qui donne lieu à une belle balade culinaire. Mais aussi, le cas concret d’un japonais à la retraite qui ne sait pas quoi faire de son temps libre après avoir passé sa vie à se dédier à son travail. Au début de la série, Takeshi a le réflexe de se préparer pour aller au travail, se croyant en retard, jusqu’à ce qu’il se souvienne qu’il a pris sa retraite. Si sa femme est toujours en vadrouille et sait s’occuper (yoga, chorale, shopping), lui n’a jamais envisagé ce qu’il allait entreprendre une fois à la retraite. Ancré dans ses habitudes, il n’a jamais pris le temps d’explorer son quartier en dehors de son trajet habituel de travail. Il va donc se lancer dans un voyage culinaire en essayant divers restaurants. J’ai beaucoup apprécié cette série car au-delà de son aspect culinaire, elle est très touchante. Takeshi n’est pas très valeureux. Il a aussi peur que sa femme le quitte et a peu d’amis. Cette nouvelle vie va être un défi pour lui et il va s’efforcer d’en apprécier chaque minute. Chaque plat, en plus d’être appétissant est associé à un de ses souvenirs personnels, comme une madeleine de Proust, ce qui apporte un côté nostalgique à la nourriture. J’ai aussi aimé le côté comique des épisodes avec le personnage du samurai qui apparaît par magie pour dire à la place de Takeshi ce qu’il souhaiterait réellement ou se faire respecter. Les différents restaurants proposés sont aussi intéressants car ils sont très différents, ce qui donne une palette assez riche des lieux qui existent au Japon pour casser la croûte.

Note : Cette série peut aussi entrer dans la catégorie Fly me to Saitama pour le thème de la vieillesse.

Big in Japan, Tokyo édition,  Lachlan McLeod, 2018 (Amazon Prime)

Résumé : Dans ce documentaire de 1h30, trois jeunes réalisateurs australiens proposent de découvrir comment devenir célèbre au Japon. Pour cela, ils décident de créer un personnage : Mister Jonesu / Onigiri-man et de rendre célèbre leur ami David Eliott-Jones. L’expérience va durer deux ans et leur permettre de découvrir d’autres personnalités étrangères célèbres au Japon : Bob Sapp un lutteur américain, Kelsey Parnigoni une idol américaine et Lady Beard un chanteur de métal australien.

Mon avis : Explorant l’attrait des japonais pour les étrangers et le bizarre, les réalisateurs nous proposent une expérience pour rendre un inconnu célèbre et y réussissent ! Partis avec David et son physique bizarre et dérangeant, ils vont lui faire faire tout et n’importe quoi mais aussi rencontrer des étrangers qui ont réussi au Japon. Car il est dit que si on ne réussit pas au Japon, on ne pas le faire ailleurs. Cependant, la route sera longue et difficile et on découvrira l’envers du décor qui n’est pas toujours rose : certains travaillent tellement qu’ils ne voient pas leur famille ou ne peuvent nouer de vraies relations avec les autres, d’autres explorent un rêve le temps de leur jeunesse, d’autres encore résolvent des problèmes personnels à travers un personnage qu’ils incarnent. David va tenter plusieurs approches, souvent assez ridicules jusqu’à se poser l’ultime question face à un énième défi farfelu : jusqu’où est-on prêt à aller par envie de célébrité ? Un documentaire très intéressant pour découvrir un pan de la culture japonaise associé à leur vision des étrangers et du divertissement.

Voilà pour mes découvertes en séries et films japonais pour le moment. J’ai encore d’autres livres et films à regarder d’ici le 30 juin et la fin du challenge. D’ici là, j’espère vous avoir donné envie de vous immerger encore un mois dans cette culture fascinante.

Yakitori et macha,

A.Chatterton.

Publié dans Ateliers d'écriture

Les conseils d’écriture de … Elisabeth Gilbert

Plutôt que de réaliser une énième critique du roman/manuel d’écriture d’Elizabeth Gilbert intitulé Comme par magie, je vous propose de découvrir directement ses conseils à travers cet article.
Elizabeth Gilbert possède une personnalité particulière et même si ce n’est pas l’auteure de nombreux best-sellers, elle a le don de poser les bonnes questions face à l’écriture et d’en proposer une approche créative, décomplexée et joyeuse.

Avoir le courage de faire naître les trésors qui dorment en soi

La base de ce livre réside dans les deux chapitres intitulés Courage et Permission. Elizabeth aborde les peurs qui nous empêchent d’être créatifs pour mieux en prendre conscience et surtout apprendre à vivre avec.

C’est là, selon elle, la première étape de toute envie créative : se donner la permission et le courage de faire preuve de créativité.
Elle soulève l’idée que tout processus créatif est entravé par soi-même, et qu’il ne tient qu’à nous de nous en libérer.

Cela peut être lié à la peur du regard des autres, ou de voir ses attentes déçues, ou de se sentir ridicule, etc…
Par divers exemples, Elizabeth dédramatise, encourage, invite à se lancer et surtout propose d’avancer même si tout n’est pas parfait, vers le chemin de sa créativité.
Avec humour, elle aborde la peur comme une sensation barbante et pas très utile dans toute existence créative, mais dont il faut prendre conscience. En revanche, on n’est pas obligés de l’écouter !

Une vision hippie de l’univers créatif

Dans la partie intitulée Enchantement, Elizabeth explique qu’elle considère les idées comme des entités vivantes qui vont de personne en personne, attendant à l’affût que quelqu’un leur soit réceptif pour les investir et les faire naître.

L’idée peut paraître saugrenue, mais cela rejoint le côté magique que l’auteure attribue à l’écriture. Cela lui permet d’expliquer également pourquoi il nous est impossible de revenir sur une vieille idée avec le sentiment d’avoir trop attendu pour la développer. Ou encore, pourquoi parfois plusieurs personnes peuvent avoir la même idée : celle-ci visite l’une puis l’autre en étant attentive à qui pourrait au mieux la faire naître !

Une approche décomplexée de l’écriture

Partant du postulat précédent, Elizabeth nous invite à nous investir dans ce qui nous intéresse vraiment sur le moment au lieu de conserver des boîtes d’idées en espérant un jour revenir dessus. L’idée ne nous attendra pas et trouvera bien une autre personne à visiter pour naître…

La formule peut prêter à sourire si l’on n’adhère pas au côté magique proposé par l’auteure, mais elle a au moins le mérite de décomplexer vis à vis d’un travail impossible à terminer comme ces vieux manuscrits au fond d’un tiroir dont on espère venir à bout un jour.

Ainsi, vous évitez de culpabiliser ou de regretter cette oeuvre tuée dans l’oeuf et vous vous tournez plutôt vers quelque chose que vous êtes certain de faire aboutir.

En partant de ce principe, vous pouvez ainsi vous y consacrer pleinement et de manière positive, sans perdre courage. Le travail est de longue haleine et la récompense sera surtout d’avoir réussi à le terminer.

Ses conseils inhabituels à un jeune écrivain

Le chapitre Persistance du livre est une vraie mine de conseils pour les écrivains même si la portée du livre reste cependant l’idée de mener une vie créative, peu importe l’art choisi.

Toutefois, les conseils d’Elizabeth ne sont pas ceux que l’on a l’habitude de rencontrer habituellement dans des manuels pour devenir écrivain. Mais ils ont au moins le mérite d’être honnêtes et associés à son expérience personnelle.

Eviter de vivre de sa passion pour rester créatif

A l’instar de Haruki Murakami qui a décidé de se lancer totalement dans l’écriture (cf mon article sur sa biographie d’écrivain), Elizabeth invite le jeune auteur à ne pas vivre de son métier d’écrivain. Pourquoi un tel choix qui va à l’encontre de beaucoup d’autres auteurs ?

Elle indique avec justesse que vivre de sa passion peut nuire à créativité. Or, dans un métier où la créativité est le moteur de tout travail, cela peut s’avérer compliqué de réussir à être productif sans devenir anxieux des conséquences d’un manque de travail dans son quotidien (ex: payer ses factures, manger, garder un toit sur sa tête, etc…).
Elle-même a eu de nombreux métiers à côté de celui d’écrivain et n’a vraiment consacré sa carrière à l’écriture qu’après la sortie de son best-seller Mange Prie Aime, car elle était sûre d’y parvenir après ce succès.

Choisir une vie créative dans sa globalité

A la place d’une carrière créative, elle propose d’en faire une vocation afin de garder une santé mentale saine et de ne pas paniquer face à l’incertitude de l’avenir.

Mais qu’est-ce qu’une vie créative ? C’est une vie où la curiosité à sa place, contrairement à la peur. Une vie où l’on s’autorise aussi à faire les choses que l’on aime. Où l’on prend soin de soi. Et où parfois, il faut prendre des chemins de traverse pour résoudre des problèmes.

Vivre ses idées pour soi et non pour les autres

Avec humour, Elizabeth met en garde le jeune auteur sur sa volonté de vouloir changer le monde grâce à son oeuvre. Il est préférable selon elle de vivre ses idées pour soi car à vouloir vivre pour autrui, vous n’aiderez personne.

Elle prend pour exemple son propre best-seller qu’elle a écrit d’abord pour elle, mais dans lequel de nombreux lecteurs et lectrices se sont reconnus par la force des choses.

De la même manière, elle invite le jeune écrivain à terminer d’écrire un roman pour lui-même, sans chercher à le publier. On peut écrire pour le plaisir, sans être dans l’obligation de montrer son travail aux autres ou dans le but de devenir célèbre.

La meilleur école pour devenir écrivain…

…reste la lecture d’autres écrivains et ses expériences de vies. Elizabeth nous mets en garde contre les études très chères pour apprendre à écrire. Un maître n’a jamais mieux appris qu’en pratiquant seul son art et en le perfectionnant jour après jour.

L’écriture ne s’apprend pas à l’école : elle se vit, et se nourrit d’expériences personnelles. Ainsi, l’auteure a vécu mille vies en essayant des métiers différents et en voyageant, avec toujours son carnet de notes. Elle a écrit sans relâche jusqu’à réussir à être publiée un jour.

Choisir l’authenticité

L’important est de ne pas être original mais authentique. Votre version d’une idée déjà éclusée sera différente car elle sera la vôtre, et c’est cela le plus important : c’est de faire entendre votre voix. Car les thèmes que l’on retrouve dans les livres sont une inlassable répétition. Si cela vous bloque car vous avez peur de répéter ce qui a été fait, dites-vous que votre manière de l’aborder sera différente de celle des autres.

Se donner rendez-vous avec l’écriture

Plutôt que de se plaindre de ne pas avoir assez de temps pour écrire, Elizabeth propose deux choses : soit grapiller le moindre moment pour s’y consacrer, soit considérer l’écriture comme une maîtresse avec qui l’on entretient une liaison.

Dans le deuxième cas, on peut se parer pour la circonstance de ses plus beaux atours afin de se donner rendez-vous avec l’écriture. Se rendre beau permet aussi de se donner confiance en soi et d’appeler le processus créatif sous la forme d’un rituel.

L’écriture ne doit pas être source de souffrance

Elizabeth prône la joie obstinée dans la créativité et ne croit pas en la figure de l’artiste tourmenté. Il est possible de créer sans que cela soit un calvaire, en ayant confiance en son inspiration et attentif à ce qui se passe en soi et autour de soi.

Par ailleurs, tout processus créatif qui se veut destructeur pour soi-même n’est jamais bon pour la santé. Et se considérer comme un martyr ne fera pas avancer son travail.

Se connaître pour piéger sa créativité

Si l’on se connaît bien, on peut se piéger soi-même pour réaliser un travail créatif quand la voie
normale assis derrière un bureau, ne fonctionne pas.

Elizabeth évoque une amie très douée en conférence, mais assez médiocre quand elle devait écrire son livre sur son sujet de prédilection. Elle a pris conscience que son potentiel créatif était mieux développé lors de ses prises de paroles publiques et à décidé d’expliquer son livre à des amies en s’enregistrant. Cette prise de note inhabituelle l’a aidée à terminer son livre et elle passé un bon moment avec ses amies.

Le mieux est l’ennemi du bien

Elizabeth s’est parfois retrouvée avec un détail dans une histoire qui lui semblait bancal, mais qui s’il devait être corrigé, nécessitait qu’elle remanie son récit dans leur intégralité. Sauf qu’elle n’avait pas envie de les reprendre. L’accouchement avait été difficile et l’histoire aurait aussi pu être publiée telle quelle, sans développer davantage ce personnage bancal. Elle n’a donc pas changé son texte, et il a été publié ainsi. Curieusement elle n’a eu que peu de remarques sur son « imperfection ». Moralité : ce que l’on voit parfois comme quelque chose à corriger du fait de son perfectionnisme n’est pas forcément très important.

Ne pas écouter son ego

A l’inverse, un éditeur lui a demandé de retoucher une nouvelle pour la raccourcir en vue d’une publication alors que pour elle, la nouvelle était parfaite. Plutôt que d’écouter son ego et de refuser l’offre, elle a revu sa copie et cette publication lui a apporté sa rencontre avec son futur agent littéraire. Toute oeuvre peut être modifiée, selon l’objectif que l’on se fixe en la réécrivant.

Accepter l’échec

Un des derniers conseils d’Elizabeth qui m’a le plus étonnée car il n’est jamais évoqué dans les manuels d’écrivains est la notion d’échec.

Elle explique qu’il arrive à tout écrivain de mener un roman jusqu’au bout et qu’il ne fonctionne pas. Dans ce cas, plutôt que de s’apitoyer ou de s’acharner, il est nécessaire de passer à autre chose, ou un autre travail créatif. Mais surtout accepter que la notion de réussite est relative, selon le sens que l’on y met. L’important est de s’amuser à créer, pas de savoir si cela est un échec ou une réussite.

Elizabeth Gilbert : sa vie, son oeuvre

Elizabeth Gilbert est une auteure américaine contemporaine. Elle a écrit le best-seller Mange, Prie, Aime, adapté au cinéma et dont l’intrigue est autobiographique, et sa suite Mes alliances : Histoires d’amour et de mariages, tous deux édités chez les éditions Calman-Lévy.

Elle a aussi écrit six autres romans moins connus avec des thèmes différents tels que la nature (L’empreinte de toute chose), la danse (Au bonheur des filles), la pêche (La tentation du homard),la vie sauvage du dernier survivaliste américain (Le dernier américain), un portrait des Etats-Unis (Désirs de pèlerinages).

Ses romans se déroulent à des époques différentes, et comportent souvent une romance, mais surtout une portée philosophique et l’humour qui la caractérisent.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir l’univers de Elizabeth Gilbert et aussi que ses conseils en écriture vous apporteront le courage de venir à bout de vos projets.

Plume et encrier,

A.Chatterton

Publié dans Veille littéraire du net

And my watch begins #29

Au sommaire de cette veille littéraire du net : Un documentaire sur les maisons traditionnelles japonaises, un couple américano-japonais qui te fait découvrir la culture japonaise de l’intérieur, les challenges littéraires de mai, des appels à textes sur des nouvelles, un projet de photographie pour voyager sans bouger de chez soi, un événement pour mettre en avant l’auto-édition.

Les challenges littéraires du moment

Avril et mai ont été prolifiques en challenges car en plus des Challenges consacrés au Japon (Un mois au Japon et le Hanami Book Challenge évoqués dans ma veille précédente), j’ai noté aussi les défis suivants :

Le mois de la fantasy organisé par la booktubeuse Pikiti Bouquine, qui propose 3 menus avec 4 catégories chacun pour dégarnir ta PAL de tous ses livres de fantasy. En vidéo, sa présentation du challenge :

Et si tu préfères un challenge avec des défis en plus, le bingo du Plib revient, organisé par le Prix Littéraire de l’Imaginaire Booktubers. Pour y avoir participé l’an dernier, j’ai trouvé ça très chouette car il associe lectures et actions autour du livre, sur le principe du bingo. Par contre, malgré mes recherches, je n’ai pas réussi à trouver beaucoup plus d’infos que ce qui est publié que le compte de Chrisbookine. Je suppose que pour y participer et avoir les détails, il faut s’inscrire sur le site du PLIB. Mais rien qu’avec ce visuel, il y a de quoi s’amuser. 🙂

Le documentaire du mois

Sur Arte, l’émission Invitation au voyage m’a emmenée à Kyoto pour découvrir les maisons traditionnelles : les Machiyas et l’art de vivre qui y est associé.

Construites en bois et papier depuis l’ère Edo, elles sont majoritaires à Kyoto, l’ancienne capitale japonaise et une des rares villes qui a su résister à la modernité.

Le reportage insiste sur les éléments qui la composent et comment on y vit : les parois de papier qui absorbent l’humidité l’été, une ventilation naturelle adaptée aux saisons, la fonction des pièces qui change en fonction de la température ou les transformations liées à leur usage.

Traditionnellement, ce sont des maisons en longueur à cause de taxes sur la largeur des habitations. Elles disposent d’un puit de lumière au centre, un commerce à l’avant et un petit jardin à l’arrière. Elles ne sont pas construites pour durer et doivent être fréquemment rénovées ce qui permet souvent de modifier leur structure intérieure, faite en grande partie de bois (plutôt que de pierre comme en occident).

Le reportage te fait visiter une maison habitée dans Kyoto et une maison avec commerce ancien totalement rénovée qui comporte aussi une partie habitation.

Il t’emmène aussi visiter la maison de l’écrivain Junichirô Tanizaki, une maison secondaire dans le style traditionnel des maisons en bois située à l’écart de la ville de Kyoto et datant de 1911. La maison est nichée au coeur d’un jardin extraordinaire, parfaite symbiose entre humain et nature où tout est pensé pour profiter du jardin depuis l’intérieur de l’habitation.

Le documentaire est disponible gratuitement sur arte vidéo jusqu’au 26/06/2021. La partie sur les machiyas se situe de la minute 18.29 à 32.22, si tu ne souhaites pas regarder l’ensemble de l’émission. 😉

La chaîne youtube du moment

Il existe de nombreux blogueurs/youtubeurs étrangers qui vivent au japon et/ou mariés avec un japonais. J’en connais peu qui cuisinent pour leurs chats et qui ont autant d’énergie que Rachel et Jun !

Rachel est américaine et Jun et japonais. Ils proposent plusieurs vidéos sur leur quotidien, leurs visites de l’archipel nippon, la cuisine et ont quatre chaînes youtube : Jun’s kitchen où Jun cuisine et bricole pour ses chats, Rachel and Jun sur leur quotidien et la culture japonaise, Rachel and Jun’s aventures quand ils voyagent et Jun Yoshizuki où cette fois Jun cuisine pour eux.

Le ton est sympa et dynamique. J’adore le côté loufoque de Rachel, et je ne peux que baver devant les plats préparés par Jun. En plus, ils sous-titrent la plupart de leurs vidéos en français (à moins que cela soit Youtube ?) ce qui est sympa quand on n’est pas familier avec l’anglais. Et ai-je parlé de leurs chats trop choupis !?

J’ai choisi de te montrer la vidéo où Jun cuisine des sushis pour chats, mais j’adore aussi celle où Rachel découvre les appareils à tirettes (= Gashapons en japonais) où on peut acheter des chapeaux pour chats en forme de fruits et légumes ! Bref, un bon moyen de découvrir la culture nippone de l’intérieur, vues par une occidentale. 🙂

Appel à textes du mois

Ce mois-ci, je suis tombée sur pas moins de trois appels à textes qui m’ont beaucoup intéressée, mais qui ne tournent pas forcément autour du Japon.

Tout d’abord, les éditions Projet Sillex connue pour ses publications en financement participatif, propose un nouvel appel à textes pour des nouvelles autour du thème de l’Isekai. L’Isekai est selon leur définition « un sous-genre dans lequel un ou plusieurs personnages de notre monde se trouvent plongés dans un autre univers, qu’il s’agisse d’un véritable monde parallèle (à la manière de la saga Ewilan, de Pierre Bottero) ou d’un monde alternatif, tel qu’un jeu-vidéo, rendu réel ou se superposant à la réalité ». La nouvelle doit comporter entre 40 000 et 80 000 signes espaces comprises. Elle est destinée aux adultes, et doit être envoyée avant le 15 octobre 2021. Si tu souhaites plus de détails, je te renvoie à la page facebook de l’éditeur.

Les éditions Oneiroi spécialisés dans la littérature Steampunk recherchent des nouvelles sur le thème de « Inventions et jeux de pouvoirs » d’ici le 31 décembre 2021. L’objectif est de publier un quatrième recueil de 4 nouvelles steampunk tout aussi qualitatif que les précédents. La nouvelle doit comporter entre 30 000 et 60 000 signes espaces comprises et est destinée à un public adulte. Pour soumettre ta nouvelle ou obtenir plus d’informations, je te renvoie vers le site de la maison d’édition. Je ferai prochainement un focus sur leurs livres dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk.

Enfin, les éditions Rageot organisent un concours d’écriture de nouvelles du 10 mai au 30 juin 2021 autour du thème de nos identités « celles qu’on nous impose et celle qu’on cache », à destination d’un public jeunesse de 12 ans et +. La nouvelle doit comporter 25 000 signes maximum et sera choisie par un public composé de trois auteurs-ambassadeurs de la maison d’édition. Pour plus d’informations, je t’invite à consulter le site internet de l’éditeur.

Personnellement, je suis assez intéressée par l’écriture des nouvelles. Je trouve que cela reste un bon exercice si l’on souhaite s’entraîner car c’est du format court. Par contre, cela n’est pas toujours facile si l’on a tendance comme moi à écrire des pavés ! 🙂

L’évènement littéraire à venir

Samedi 29 mai prochain, Lucie Bernard du blog Recto-Verso termine son programme 1 weekend, 1 mise en avant, 1 mobilisation visant à mettre en valeur de petits maisons d’éditions. A cette occasion, elle propose une série de conférences sur l’auto-édition en partenariat avec l’auteure et blogueuse Audrey Weisseldinger (du blog La tasse ébréchée) dont tu trouveras le programme détaillé ci-dessous.

C’est l’occasion de découvrir les rouages de l’auto-édition ainsi que des auteurs présents ! Si tu souhaites plus de détails, je t’invite à consulter la page instagram de Audrey Weisseldinger. 😉

L’artiste du mois

A cause de la pandémie, le photographe français Jonathan Bertin n’a pas pu aller au Japon. Il lui est alors venu une idée : pourquoi ne pas envoyer des appareils photos au pays du soleil levant pour que d’autres le fassent voyager ?

Sur les 30 appareils envoyés, seulement 4 lui sont revenus avec des photos prises par des japonais de leur quotidien pendant le covid. Il en a fait une exposition virtuelle en ligne et un documentaire qui sont accessibles sur son compte Instagram, en partenariat avec Flying Blue.

Un documentaire émouvant de trois minutes sur une manière de réaliser son rêve grâce à des inconnus et de découvrir un pays à travers leurs yeux. Et l’histoire n’est pas finie, car d’autres appareils continuent d’arriver…

J’ai trouvé la démarche de cet artiste très culottée et aussi un poil désespérée devant son impossibilité de voyager. Néanmoins, je comprend sa frustration. Moi aussi je n’ai pas pu voyager depuis un an et cela me manque !

Quant au résultat, il se dégage des clichés un Japon différent, un quotidien que l’on n’a pas l’habitude de voir, presque mélancolique ou issu d’un autre temps.

Je t’invite à regarder l’exposition qui ne cesse de grandir sur le site internet qui lui est dédié, histoire de voyager un peu toi aussi, en attendant que cela soit à nouveau possible pour tous. 🙂

Voilà, ma veille est terminée. N’hésite pas à m’indiquer en commentaire tes propres trouvailles pour la beauté du partage. Si tu as raté mes autres watch, tu peux les retrouver ici.

Thé au macha et gyozas,

A.Chatterton

Publié dans On joue ?, Questions existentielles

La littérature steampunk est-elle has been ? / interlude au programme Parlons Steampunk

Vous l’aurez noté, les parutions de mes articles sur la littérature de mon projet Parlons Steampunk sont en pause depuis le mois d’avril. Il y a plusieurs raisons à cela et j’ai éprouvé le besoin de réaliser cet article pour vous expliquer ce qui se passe en coulisses et l’évolution du projet.

Un projet chronophage

Depuis le départ, j’ai sous-estimé le temps de préparation de mes articles concernant ce projet. Après deux ans passés à réfléchir à la manière dont je voulais présenter les choses, j’ai encore été trop ambitieuse en m’imposant un article par mois.

Cela peut sembler dérisoire, un article par mois sur le steampunk. Sauf que mon blog n’est pas centré uniquement sur le steampunk. J’ai d’autres idées d’articles, je lis des romans d’autres genres et surtout je réalise tout cela sur mon temps libre. A côté, j’ai une vie et un travail à plein temps.

Par ailleurs, je n’avais pas prévu tous les petits détails du quotidien qui allaient retarder la publication comme le fait de recevoir des amis à la maison qui m’empêche d’écrire, ou ne pas réussir à récupérer un livre nécessaire à un article à la bibliothèque, ou encore le temps que m’a pris la création de mon challenge littéraire sur le Japon en avril.

Quant à l’écriture de mes articles steampunk, elle est vraiment très chronophage. Pour vous donner une idée, j’y passe a minima 8 heures.

Pourquoi autant de temps ? Il faut d’abord lire les 4 livres en rapport avec le thème présenté, tout en prenant des notes. Puis rédiger une introduction, une conclusion pour expliquer les liens avec la littérature steampunk. Enfin, il faut que je rédige un paragraphe pour chaque livre en expliquant le rapport avec le thème choisi.

Lorsque j’ai terminé l’écriture, je réalise aussi des photos des couvertures pour mettre en scène les livres sur Instagram et dans mon article. Et je crée une vignette/logo sur Canva avec le thème en cours pour présenter l’article.

L’écriture répétée tous les mois de ce type d’article, cela m’a mise sur les rotules. Ajoutez à cela les autres articles à réaliser comme ma veille littéraire du net une fois par mois et j’étais vraiment dans les choux.

Une overdose de Steampunk

4 livres par mois sur le steampunk dans les faits, avec un rythme de lecture de 1 roman par semaine, je pensais sincèrement y arriver. Pour les premiers articles, j’avais même déjà lu par le passé certains livres donc je n’avais qu’à lire un ou deux livres.

Je m’étais organisée de telle manière que je lisais ce que je voulais en début de mois, puis les romans steampunk la dernière quinzaine pour commencer à préparer mon article. Cela a bien fonctionné jusqu’à mars, d’autant que cela me faisait baisser ma PAL de livres steampunk dans ma bibliothèque.

Quand est arrivé avril, j’ai eu deux romans pour le thème Energies et mécaniques qui ne me plaisaient pas du tout, mais que j’avais prévu de lire dans le cadre de l’écriture de mon article. Et là, j’ai fait un blocage. Donc j’ai décidé de changer le thème et de parler des BD steampunk en pensant que des lectures courtes allaient me changer des pavés de romans habituels.

Sauf que j’ai sous-estimé l’ampleur de la tâche ! Comme je suis d’une nature scrupuleuse, je souhaitais lire des séries complètes de BD et pas seulement le premier tome pour parler des thématiques abordées. Or, en l’espace de 15 jours, j’ai lu environ 18 BD…au lieu de 30 prévues.

En plus, je me suis rendue compte qu’il me manquait des tomes (j’ai tout emprunté à la bibliothèque où je travaille), ce qui a retardé l’écriture de mon article d’Avril, et commencé à me mettre sérieusement la pression vis à vis du projet.

A ce moment là, j’ai commencé à faire une overdose de lectures steampunk.

En plus, créer le Hanami Book Challenge en parallèle n’a pas arrangé les choses car je me suis plutôt penchée sur la littérature japonaise, plus facile à lire et avec des intrigues pas forcément répétitives.

Peu de retour de la communauté littéraire ou steampunk

Mon objectif de départ avec ce projet était de faire découvrir la littérature steampunk à la blogosphère littéraire peu familière de ce genre. Mais aussi de montrer à la communauté steampunk qu’il existe une littérature associée à leurs costumes et décors, tout aussi intéressante.

Mais je n’ai eu que très peu de retours concernant mes articles et surtout les live Instagram. A croire que cela n’intéresse que peu de gens au final, à part mon cercle restreint d’amis blogueurs.

Cela m’a beaucoup découragée, et ne m’a pas aidée à maintenir le rythme des publications. Non pas que j’accorde beaucoup d’importance a être lue. Je ne suis pas très connue sur la blogosphère contrairement à d’autres booktubeuses. Mais ce projet me tenait quand même à coeur.

Avec le recul, j’aurais peut-être dû informer les maisons d’édition citées dans chaque article que je réalisais ce type de projet pour qu’elles mettent en avant mes publications. Ou j’aurais pu ouvrir une chaîne booktube afin de réaliser des vidéos ou des lives sur le sujet, avec plus d’impact qu’une publication blog et Instagram. Qui sait ? J’apprends de mes échecs sur ce blog, ce n’est pas la première fois que ce genre de choses arrive.

A côté de cela, je me suis interrogée sur la pertinence de ces articles : Le steampunk est-il une littérature encore d’actualité ? Vaut-il encore la peine qu’on s’y intéresse ?

La littérature steampunk est-elle dépassée ? (et le steampunk par extension ?)

Dans un épisode de la série 2 Broke Girls, le personnage de Max rabroue un client costumé steampunk qui demande du café alors qu’il tape à la machine à écrire sur sa table. Elle lui dit un truc du genre : « Le steampunk c’était à la mode dans les années 2000. Arrête de te prendre au sérieux avec ce costume ridicule ».

Sur le moment, j’ai trouvé la référence amusante, car je suis moi-même membre du mouvement steampunk. J’ai un costume et je me suis inventée un personnage steampunk.

Mais par la suite, je me suis demandée si elle n’avait pas raison. Après tout, le steampunk n’a jamais vraiment percé en France. Personne n’arrive à le définir correctement car personne n’est d’accord sur une définition. Et tout vaporiste (=gens qui font du steampunk) préfère s’investir dans la création de son costume plutôt que de s’intéresser à la littérature steampunk.

Par ailleurs, à l’inverse de la Fantasy qui prend ses racines dans la légende Arthurienne, il est difficile de définir une base cohérente pour le steampunk. Comme je l’ai indiqué, sa définition est mouvante

Pourtant, paradoxalement, la littérature steampunk française (et américaine) existe et a pris son essor ces dernières années, surtout en jeunesse, Artbook et BD, avec un renouvellement intéressant mais qui brouille encore plus les pistes sur sa définition.

Les auteurs s’y intéressent beaucoup vis à vis de son esthétique, facile à placer dans une intrigue, quitte à se demander si cela n’est pas devenu mainstream.

Il y a même des couvertures de romans qui utilisent des références au steampunk alors que l’histoire ne l’est pas, pour booster les ventes.

On mélange le steampunk avec de la magie, du policier et d’autres trucs parce que c’est « à la mode ». Mais cela peut être aussi une occasion pour le genre de se renouveler.

Quant à la littérature steampunk pour adulte, elle se veut plutôt sérieuse avec des intrigues portées sur des des réflexions politiques, scientifique ou de l’uchronie que je qualifierais de masculine (guerre, futurisme, descriptions techniques).

Trop sérieuse peut-être ? Trop intello et élitiste ? Cela pourrait expliquer le peu d’intérêt de la communauté pour ces romans aidant pourtant à développer leur imaginaire.

De plus, l’autre écueil que l’on pourrait reprocher aux intrigues steampunk est leur côté répétitif si l’auteur ne cherche pas à créer son propre univers. En effet, l’archétype du roman steampunk est souvent du roman policier steampunk avec un duo d’inspecteur dans un Londres Victorien uchronique.

Je peux comprendre que cela agace un lecteur qui n’aime pas ce genre d’intrigues, et qui ne connaissant pas l’étendue du genre, pourrait penser que le steampunk se réduit à cela.

Or, la littérature steampunk est plus vaste, pour peu qu’on s’y intéresse un peu. C’est ce que j’ai essayé de démontrer avec Parlons Steampunk. Et c’est surtout ce qui m’a motivée à écrire dessus.

Enfin, au niveau éditorial, les éditions Bragelonne, qui avaient lancé l’opération Le mois du Cuivre avec des publications plus ou moins steampunk, commence à sérieusement délaisser son projet. On compte une seule publication originale pour l’année 2021 au lieu de 4 à 6 les années précédentes. Est-ce que le steampunk est encore rentable pour la littérature adulte ? Je sais bien que la crise et le covid 19 sont passés par là, mais on peut se poser la question.

Has been ou pas, on oscille entre un fort engouement esthétique en jeunesse et un partiel désintérêt chez les adultes. Peut-être faut-il tourner la page ou, comme Adrien Tomas et Pierre Pevel, réinventer le genre pour susciter l’intérêt du lectorat ? La question reste ouverte…

Vers une nouvelle programmation ?

Parce que je déteste rester sur un échec, j’ai tout de même décidé de maintenir mon projet, peu importe si je suis lue ou non. Qu’il soit dépassé ou pas, le steampunk est un sujet qui m’intéresse et il m’importe de le faire découvrir à d’autres.

Par contre, j’ai décidé d’alléger ma programmation prévue sur l’année et de la réduire à 6 articles au total au lieu de 12, afin de souffler un peu. Cela me semble un bon compromis vis à vis de mon objectif initial.

Jusqu’à présent, j’ai publié les articles suivants :

J’aimerais proposer les thèmes suivants qui restent à écrire :

  • Les BD et comics steampunk : Septembre
  • Le steampunk au féminin : Octobre
  • Les livres fondateurs du steampunk : Novembre

Programmer le reste des articles de septembre à novembre va me permettre de me recentrer sur le Hanami Book Challenge et m’aider à avoir envie de relire du steampunk.

Je réfléchis à aborder les autres thèmes sur l’année 2022, pour 6 articles supplémentaires et à créer des listes thématiques sur Babelio associées au projet pour agrandir mes propositions de lecture en dehors des articles.

Comme je participe au challenge Projet Ombre sur les nouvelles, je pense lire les anthologies steampunk que j’avais prévues pour un article de Parlons Steampunk et vous faire à la place des avis lectures plus détaillés.

J’abandonne totalement les live Instagram qui me mettent trop la pression pour très peu de vues.

Voilà pour le projet et les coulisses de mon blog. Il m’a semblé important de vous parler de mes interrogations et de la manière dont je travaille mes articles.

J’espère que la lecture de cet article ne vous a pas semblée trop longue.

A bientôt dans une nouvelle publication !

A.Chatterton

Publié dans Questions existentielles

La panne de lecture : Quelle en est l’origine ?Comment y remédier ?

Il y a quelques temps, j’ai expérimenté la « panne de lecture », ce moment où il est impossible d’ouvrir un livre, ou de regarder sa PAL sans un haut le coeur. Ce phénomène est de plus en plus courant dans la blogosphère littéraire, comme chez les simples lecteurs. Aussi je me suis demandée quelles pouvaient en être les causes et comment y remédier. Voici ce que j’ai trouvé...

Que l’on soit blogueur ou simple lecteur, il peut nous arriver d’être fatigué de lire. Cela peut être associé à un seul facteur, comme la lecture régulière d’un flux Instagram qui nous sursollicite de nouvelles découvertes littéraires. Mais cela peut aussi résulter de plusieurs raisons qui, mises bout à bout, saturent notre envie en l’assimilant à une tâche impossible à accomplir ou un travail au lieu d’une activité plaisante.

Voici un petit classement non exhaustif de ces raisons, qui pour certaines me sont propres. Vous pouvez ajouter les vôtres en commentaire. 🙂

L’arrivée du printemps

Nous arrivons au printemps et à la fin de cette année de confinement, et si vous êtes comme moi, vous avez passé presque tout votre temps à lire parce qu’il n’y avait que ça à faire. Mais voilà, les beaux jours sont là et les livres, plaisant compagnons de solitude, sont devenus des éléments moins attractifs, associés peut-être à cette période d’enfermement. Vous avez envie de sortir voir l’extérieur, profiter du soleil et de vos amis. Donc, il est normal de laisser tomber ses livres pour d’autres activités.

Ce genre de panne est souvent temporaire. En tant que bibliothécaire, je l’assimile souvent au retour du jardinage chez les lecteurs qui sont lassé des activités d’intérieur. Pour cette panne, pas de panique, ce n’est pas si grave. Vous reviendrez à la lecture en hiver peut-être, quand il fera froid…

Des lectures successives décevantes

En février, j’ai enchaîné trois lectures qui semblaient prometteuses mais se sont avérées très décevantes. D’habitude, j’ai du flair pour repérer les livres qui vont m’intéresser, mais à ce moment là, la magie n’a pas opéré. Un sentiment d’abattement m’a envahi : à quoi bon lire si c’est pour être déçu ? Heureusement, j’ai pris un peu de recul et trouvé une nouvelle perle rare par la suite.

Je pense qu’il faut être attentif à son état d’esprit vis à vis de l’importance que l’on accorde à ses lectures. Au fond, pourquoi lit-on ? Si c’est pour se distraire, n’importe quel livre fera l’affaire. Mais si on est un peu déprimé, mieux vaut privilégier des lectures amusantes. Enfin, si l’on a trop d’attentes vis à vis d’une lecture, mieux vaut tempérer ses ardeurs et envisager la possibilité que ce sera moins bien que prévu. Cela évitera d’être déçu et d’y accorder trop d’importance…

Un roman excessivement long

On a tous un livre que l’on n’a pas terminé dans sa bibliothèque. Dans la mienne, il s’agit des Piliers de la Terre de Ken Follett. Pourquoi n’ai-je pas terminé ce livre ?

Non pas qu’il était inintéressant, j’ai beaucoup appris sur la construction des cathédrales et les personnages m’étaient sympathiques. Mais je me suis assez vite découragée devant son rythme lent et le nombre impressionnant de pages (d’autant que j’ai la version poche, écrite en tout petits caractères). J’ai donc abandonné, ne me sentant pas le courage d’en venir à bout. Ce qui a occasionné une période de panne de lecture dont j’ai réussi à venir à bout grâce à des lectures courtes, puis des plus importantes.

Le fait de terminer un livre a un enjeu psychologiquement plus ou moins important, peu importe sa longueur, que l’on sous-estime assez souvent. Il correspond à un sentiment d’accomplissement personnel, une sorte de petit défi avec soi-même, qui s’il n’est pas atteint, peut nous déprimer.

Il ne faut pas culpabiliser d’abandonner un livre à cause de la longueur du récit, surtout si vous ne pensez pas avoir le courage de le finir. S’il vous intéresse toujours, vous pouvez y revenir plus tard, le lire de manière fractionnée, ou acheter les tomes séparés s’il s’agit d’une intégrale. Et s’il ne vous plaît plus, mais que vous ne souhaitez pas avoir un sentiment d’inachevé, lisez la fin ! Cela me semble un bon compromis entre l’abandon total et partiel. 🙂

Une Pile A Lire trop importante

Tout le monde a également dans sa bibliothèque des livres qu’il a amassé mais pas pris le temps de lire. Chez moi, cela représente deux rayonnages de ma bibliothèque.

Ma technique consiste à réaliser une PAL tous les mois que je dispose sur ma table de chevet afin de penser à lire ces livres, vu qu’ils sont sous mon nez. Sauf que… je l’ignore complètement pour emprunter d’autres livres à la bibliothèque. Ou je me retrouve désemparée devant la pile, ne sachant pas pas quel livre commencer. Et il m’arrive d’en commencer plusieurs sans réussir à en finir un seul.

Ma technique n’est donc pas infaillible car elle me met la pression pour lire cette fichue Pile à Lire. Or, la lecture doit rester un plaisir et ce n’est pas en me forçant à lire des ouvrages mis de côté à un instant donné que je vais avoir envie de les commencer.

Je pense que l’idéal est de trier de temps en temps sa Pile à Lire et de n’avoir qu’un livre à lire sur sa table de chevet. Car qu’est-ce qu’une PAL ? Un amas de lectures dont vous aviez envie à un moment, mais peut-être que ce moment est passé ? Par ailleurs, un seul livre en cours reste la garantie de ne pas se mettre la pression pour le terminer afin d’enchaîner par un autre. Et surtout, suivez votre envie de lecture du moment, c’est plus facile pour choisir son livre !

Un challenge littéraire

L’année dernière, j’ai participé à 5 challenges littéraires dont le but est justement de venir à bout de sa PAL. Je n’ai pas lu tout ce que j’avais prévu et j’ai même rajouté des lectures !

Mais je me suis surtout rendue compte pour le dernier challenge, que le défi était trop difficile pour moi : impossible de lire ce que j’avais prévu dans le temps imparti. Je n’étais plus intéressée par certains livres et j’ai jugé que je me mettais une pression inutile. J’ai échappé à la panne de lecture cette fois là en prenant du recul, mais je pense que cela arrive à de nombreux lecteurs qui participent aux challenges.

Cela rejoint ma réflexion vis à vis des romans inachevés : on cherche à s’imposer des défis qui nous sont parfois insurmontables par excès de confiance. Et on se déçoit de ne pas réussir. Donc la lecture devient associée à quelque chose de décevant et frustrant.

Pour y remédier, il est nécessaire de participer à des challenges de manière moins engagée, et de connaître ses propres limites.

Ainsi, lors de ma participation à des challenges littéraires cette année, j’ai préféré lire du format court (BD, roman graphique, récits de voyage, romans courts) ou carrément des nouvelles. Cela me permet de valider mon challenge en ne m’imposant pas des lectures trop longues qui vont saper ma confiance en moi et retarder la lectures d’autres livres.

Et surtout, quand la fin du challenge approche, je regarde la liste des livres que j’ai lu avec bienveillance et satisfaction, plutôt que de me concentrer sur celle des livres pas ouverts. Je me félicite de ce que j’ai accompli au lieu de me focaliser sur mes échecs.

Une autre solution si l’on ne souhaite pas se mettre la pression dans ses lectures est de ne pas participer à des challenges tout simplement. Après tout, ce n’est pas obligatoire !

Des lectures obligatoires

Que cela soit pour ses études, ou dans le cadre d’un projet personnel, on peut être amené à lire des livres par obligation. Lorsque j’étais étudiante en lettres, j’ai lu des livres « de travail » dans le cadre de mes cours mais ce n’était pas avec la même attention que des lectures « loisir ». C’étaient des lectures en diagonale avec pour objectif l’étude du texte, sans plaisir.

Dernièrement, dans le cadre de mon projet Parlons Steampunk pour le blog, je me suis imposée deux à trois romans steampunk les deux dernières semaines de chaque mois. L’objectif était d’écrire à chaque fois un article sur les différents aspects de la littérature steampunk. Les trois premiers mois, j’ai réussi à tenir le rythme, mais depuis avril, je n’y arrive plus. Pourquoi ? Parce que je suis arrivée à un moment où ce que je devais lire pour écrire mon article ne m’intéressait pas.

S’en est ensuivi une longue semaine sans lire, et quelques interrogations. Que faire face à ces lectures obligatoires ? Comment venir à bout de ma panne ? Comment écrire ce fichu article ?

J’ai finalement décidé de modifier mon programme steampunk pour un sujet plus intéressant et des lectures plus courtes. Car je suis seule maîtresse de mon blog. Qui va me juger pour cela à part moi-même ?

Je me suis aussi octroyée un break de lectures plaisir, parce que j’en avais besoin. Il faut savoir souffler de temps en temps.

Mon cas de blogueuse ne parlera peut-être pas à étudiant qui a des lectures obligatoires. Aussi, je lui conseille d’avoir sous la main des lectures plaisir pour s’octroyer des pauses quand étudier la littérature devient trop difficile.

Il est également nécessaire de faire des pauses sans lecture pour supporter des livres que l’on n’apprécie pas. Se promener, pratiquer une autre activité, voir ses amis est important sinon on s’enferme dans une sphère négative difficile à surmonter.

Un problème médical

Lire peut s’avérer problématique quand on souffre d’un problème médical particulier.

La position que l’on prend le plus souvent dans le cadre de la lecture est allongée avec la tête relevée vers son livre, ou assise, la tête penchée. Ce n’est pas non plus une position favorisant l’exercice physique.

J’ai expérimenté depuis le début du confinement des soucis médicaux liés à une position assise trop prolongée pour mon travail : douleurs aux cervicales et jambes lourdes à cause d’un manque d’exercice.

La lecture est devenue difficile à un moment donné car peu importe la position que je prenais, cela devenait inconfortable. J’ai donc dû arrêter de lire quelques temps et m’efforcer de réaliser une promenade quotidienne pour aller mieux.

Cela était très frustrant car lire est un de mes hobbys préférés. J’ai donc développé un second hobby à cause de ces problèmes : le jardinage, plus physique et meilleur pour ma santé. Et j’ai essayé de lire à des plages régulières plus courtes, et en faisant des pauses pour me dégourdir les jambes.

J’ai évoqué mon cas personnel, mais il existe d’autres troubles comme l’arthrose ou les tendinites qui empêchent de tenir un livre trop gros, les troubles de la vue nécessitant une loupe ou l’utilisation de livres audios…etc…

Je ne dis pas que lire est mauvais pour la santé, mais il ne faut pas la négliger pour autant, et surtout la préserver quand l’activité de lecture provoque un inconfort physique.

Des solutions de lecture existent pour presque tous les cas et les éditeurs réfléchissent de plus en plus à inclure certaines troubles comme la dyslexie afin de répondre à la demande. Ceci dans le but de pouvoir continuer à lire malgré des problèmes de santé…

Pour les blogueurs #1 : Un nombre trop important de services presse

Par le passé, j’ai été trop gourmande en demande de services presse auprès d’éditeurs dans le cadre de mon blog. Attirée par la perspective de nouveaux livres, j’avais accepté à un moment donné 6 romans dont la chronique était à rendre pour les mêmes délais.

Autant dire que cela s’est avéré compliqué et que j’ai dû faire beaucoup d’efforts pour tout rendre en temps et heure. La lecture n’a pas été une partie de plaisir non plus.

Depuis, j’ai appris de mes erreurs, et j’accepte peu de services presse pour cette raison (entre autres).

Ce type d’erreur est courant quand l’on débute un blog ou que l’on ignore son rythme de lecture. Et cela peut mener à la panne de lecture assez facilement : on se met la pression pour rendre un avis et ne pas décevoir l’éditeur. On veut paraître sérieux auprès de ses partenaires, même si on n’a pas anticipé le temps de lecture ou qu’on survole le livre.

Mon conseil est de connaître son rythme de lecture (= le temps qu’on met à lire un livre en moyenne), et surtout de limiter ses services presse, en choisissant des livres qui nous intéressent vraiment. Sinon, on a vite l’impression de « travailler » pour l’éditeur et on se met la pression.

Et si le livre ne vous convient pas mais que vous devez quand même rendre un avis, vous pouvez en parler à l’éditeur et envisager avec son accord de ne rien rendre. Cela m’est déjà arrivé, et ce n’est pas si dramatique.

Pour les blogueurs #2 : La pression du blog

A mes débuts de blog, j’étais très ambitieuse et je voulais être innovante en matière d’articles sur les livres. Avec le temps et l’expérience, je me suis rendue compte qu’il fallait surtout trouver son style et ne pas se mettre trop de pression. Sauf si vous souhaitez en vivre, mais ce n’est pas mon cas.

Par exemple, je souhaitais chroniquer chaque livre lu. Or, pour certains je n’avais rien à dire ou ils ne valaient pas la peine qu’on parle d’eux. Et la liste des articles à écrire à commencer à s’allonger au fil des lectures, rendant impossible leur rédaction à moins de faire du blog à temps plein !

J’ai voulu quand même essayer en proposant trois articles par semaine, parce que je suis plutôt obstinée. Mais je me suis vite épuisée à la tâche, et surtout, je ne vivais que pour le blog, négligeant ma famille, mes amis et mes autres loisirs. Cela m’a dégoûtée de la lecture pendant plusieurs semaines.

Pour résoudre ce problème, j’ai donc décidé de ne pas parler de livres qui ne m’avaient pas plu, à moins qu’ils ne soient des services presse. Pour les autres livres, j’ai commencé des articles sous forme de mini-chroniques, pour proposer des avis courts sur des romans dont je n’aurai pas parlé dans un article de 2000 signes.

Tout ça pour dire que lorsque vous tenez un blog littéraire, il est important de trouver un moyen pour faire coïncider vos envies et leur réalisation. Tenir compte du temps que vous souhaitez investir dans votre blog, trouver votre rythme, réfléchir à des solutions créatives…

Car un loisir qui devient un travail peut parfois vous dégoûter de ce loisir. 🙂

Je n’ai peut-être pas réuni toutes les raisons qui peuvent vous pousser à la panne de lecture, mais j’espère vous en avoir fourni les essentielles et que mes conseils vous seront profitables.

N’hésitez pas à m’indiquer en commentaire vos anecdotes de panne de lecture et vos techniques pour reprendre goût à la lecture. 🙂

Pile A Lire et livre entamé,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Mini-Chroniques en pagaille, spécial Hanami Book Challenge #2

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

La pêche au Toc dans le Tôhoku, Shinsuke Numata, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – catégorie Fly me to Saitama

Résumé : Imano a la trentaine, lui qui ne connaît que la capitale a été muté dans une région de rivières et de forêts où il se sent un étranger. Mais voilà qu’une simple occupation pour meubler son temps libre prend de plus en plus de place dans sa vie. La pêche. Remonter un torrent dans la pénombre de la végétation dense, appâter avec quelques oeufs de saumon, d’un balancement précis du poignet poser la ligne juste là où il faut dans un trou sur l’autre rive. Et même si l’on prend plus facilement des vandoises communes que les savoureuses truites yamame, quel plaisir de pêcher en compagnie d’un ami toujours prêt à ouvrir une bouteille de saké ! Mais comment avoir un ami masculin sans que l’attirance vienne brouiller les plaisirs les plus simples ?
C’est une histoire de pêche et d’amitié dans une nature pailletée de lumière et d’ombre, traversée en sourdine par la difficulté d’être au monde quand on se sent différent des autres. Ce premier roman impressionniste et désenchanté a obtenu le prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

Mon avis : Ce court roman est présenté dans son résumé comme un livre portant sur l’homosexualité et la campagne japonaise.

On y retrouve bien de très belles descriptions de la nature et de la pêche dans cette région très rurale, ce qui a certainement valu son prix à l’auteur. J’ai beaucoup apprécié l’endroit, même si pour le personnage principal, il tranche beaucoup avec la vie effrénée citadine de Tokyo, avant qu’il ne s’habitue au calme et la sérénité bucolique du Tôhoku. On ressent sa solitude dans cette région qu’il connaît peu et sa difficulté à se faire des amis qui allient ses deux passions : pêche et saké. Il semblerait d’ailleurs que cette mutation soit un rite de passage pour l’entreprise avant de réintégrer la filiale de la capitale.

Sa rencontre avec Hiasa va lui donner envie de rester car il se découvre un ami un peu fantasque avec les mêmes centres d’intérêt. Quand ce dernier quitte l’entreprise pour un nouveau travail de représentant, Imano va le trouver changé, comme s’il essayait d’épater tout le monde et leur amitié va en pâtir. On peut y voir un inversion des rôles : Hiasa devient ambitieux dans son travail, à l’inverse de Imano qui n’aspire qu’à une vie tranquille et ne souhaite pas revenir à Tokyo. Mais qui est vraiment Hiasa ? C’est ce qu’Imano va tenter de découvrir.En filigramme, l’auteur fait référence au Tsunami de Kamaishi en 2011 dans la région qui secoue pas mal les habitants et précipite la fin du roman.

Je pense être passée totalement à côté du thème de l’homosexualité dans ce roman. Est-ce dû à la différence culturelle ? Est-ce sous-entendu ? Hiasa semble un être étrange que son père ne porte pas dans son coeur, mais est-ce parce qu’il serait peut-être gay ? Je n’ai pas tout compris, d’autant qu’Imano n’a a aucun moment des idées romantiques ou érotiques vis à vis de Hiasa. Il éprouve une amitié profonde renforcée par sa solitude de citadin aux hobby particuliers dans une région très rurale. Pour résumer, cette lecture reste pour moi un peu incompréhensible, peut-être à cause de sens cachés que je n’ai pas su décrypter, mais elle n’a pas été pour autant déplaisante.

Maïmaï, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

Menu Au temps des traditions – catégorie le sourire de la Geisha

Résumé : La mort subite de la séduisante Mitsuko prend tout le monde par surprise, y compris les clients de sa librairie. Alors que des visiteurs se présentent pour rendre un dernier hommage à sa mère, Tarô, son fils sourd et muet, est préoccupé par certains détails de son histoire familiale. Mais qu’importe. Il est charmé par la beauté naturelle d’une jeune femme venue lui présenter ses condoléances. Tous deux éprouvent rapidement des sentiments si vifs qu’ils désirent s’épouser. Ce bonheur semble complet, rien ne pourrait le compromettre.

Mon avis : Ce court roman est la suite directe du roman Hozuki du même auteur, évoqué dans mon précédent article de mini-chroniques spécial challenge. Il fait partie d’une série de 5 romans ayant pour nom L’ombre du chardon, mettant en scène les mêmes personnages qui se croisent.

Nous retrouvons Tarô, vingt ans après Hozuki, qui doit réaliser la succession de sa mère, décédée subitement. Devenu mannequin et peintre, il décide d’ouvrir sa galerie à la place de la librairie de sa mère. Côté coeur, il peine à trouver chaussure à son pied du fait de son handicap et qu’il ne soit pas japonais pur souche (=il est métis espagnol). Sa rencontre avec Hanako, une amie d’enfance va tout changer et lui redonner espoir et amour. Malheureusement, les secrets de Mitsuko et de sa grand-mère vont peu à peu ternir l’histoire d’amour de Tarô et sa vie tout entière.

Avec ce deuxième opus, l’auteure nous met en garde contre les secrets de famille et des conséquences de les cacher, par amour pour ses enfants. Au fil des pages, tout tourne peu à peu au drame, malgré les efforts du personnage principal pour s’en sortir dans sa vie, mais il ne peut rien y faire. On y retrouve également des réflexions sur la vie des femmes japonaises : d’un côté Mitsuko indépendante, élevant seule son enfant et prenant soin de sa mère, refusant le mariage et devenant entraîneuse un soir par semaine pour l’argent et par intérêt intellectuel. De l’autre la mère d’Hanako, femme de diplomate et femme potiche, trompée par son mari, consultant un psychiatre, empêchée de divorcer pour sauver les apparences, sombrant peu à peu dans la folie. Ici, les femmes ne doivent pas entacher leur morale sous réserve de trouver un bon parti, le mariage étant la seule voie honorable. Seule Hanako, de la jeune génération s’efforce de ne pas prendre en compte l’avis de ses parents et de se marier comme elle l’entend.

L’auteure évoque aussi le racisme et la discrimination ordinaire dont est victime Tarô du fait de son infirmité et de ses origines. On lui demande souvent de quel pays il vient, alors qu’il est japonais. Et son handicap effraie parfois les gens, alors qu’il s’efforce de rester digne en toutes circonstances. On sent également que le fait de se marier est une pression sociétale assez forte et ancrée dans la culture japonaise et que trouver un bon parti n’est pas facile, même pour les jeunes hommes, obligés de démontrer aux beaux-parents qu’ils sont des gens sérieux et pourront entretenir leur femme.

Ce petit roman est court mais très fort en émotions et en thèmes intéressants concernant la culture japonaise. Par contre, il n’est pas très joyeux et on sent venir le dénouement assez rapidement. Il peut se lire de manière indépendante, mais si vous n’avez pas lu Hozuki, vous découvrirez les secrets de Mitsuko en même temps que son fils. Je pense lire les autres tomes de la série, même si je m’attends à nouveau à des drames…

Touiller le miso, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé : Au Japon, Florent est autant dessinateur que poète. Toujours prêt à nous surprendre. Il est sensible à l’inattendu et goûte avec gourmandise un simple rien pris sur le vif. Il vole des pierres dans un jardin, considère un compteur électrique et une fenêtre à contre jour, caresse un petit chien qui boit, encourage un filet de maquereau…
Ce qu’il aime, ce sont des instants de vie fugaces ; et ce qu’il préfère, c’est donner vie à une étiquette de fruit ou une carte de géographie. Ces petites choses ordinaires et souvent incongrues qui nous émeuvent le temps d’un regard sont pour lui autant de détails révélateurs qu’il sait amplifier au point de pouvoir tirer parti de l’éternité d’un kaki. Tout est déjà là, il faut simplement le voir.

Mon avis : Ce livre se situe entre le roman graphique et le récit de voyage, mais un voyage particulier car l’auteur nous fait visiter plusieurs bars à saké/ supérettes d’alcool japonais : les Kaku Uchi. Le périple se découpe en plusieurs étapes : à chaque fois, Florent Chavouet nous raconte en dessin des anecdotes associées au Kaku Uchi visité, où il se situe avec une carte de son cru, quelques éléments du quotidien dans le même quartier (fenêtres vues de nuit, publicités détournées, panneaux de signalisation, bâtiments…) agrémentés d’un haïku souvent humoristique.

Le dessin prend plusieurs formes : photographie au crayon de couleur ultra-réaliste de bâtiments, fenêtres vues de nuit ou de nourriture ; caricature de personnes avec un trait très simple, carte ultra-détaillée et personnelle sous forme de petits carrés, paysages urbains ou ruraux façon panorama. L’ambiance est franchement nocturne et pleine de poésie.

La cartographie des Kaku Uchi est très instructive avec des détails sur les procédés de fabrication du Saké, la manière de s’asseoir dans le bar en fonction du nombre de clients, comment le magasin est organisé, une sociologie des clients, ce qu’on y trouve à chaque fois… La lecture est souvent interactive pour le lecteur car les dialogues et textes sont organisés à la manière d’un jeu de l’oie et il alors faut tourner le livre dans tous les sens. Il y a même des pages qui se déplient laissant voir l’intérieur du magasin comme si on y était…

Il y en a pour tous les goûts dans ce petit carnet de voyage particulier, proche du quotidien des japonais. J’y ai apprécié cette vision personnelle et humoristique propre à Florent Chavouet, et très éloignée d’une visite très touristique. A défaut de me faire aimer le saké, il a su m’y intéresser et me faire voyager le temps d’un livre.

Petites coupures à Shioguni, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé : Kenji avait emprunté de l’argent à des gens qui n’étaient pas une banque pour ouvrir un restaurant qui n’avait pas de clients. Forcément, quand les prêteurs sont revenus, c’était pas pour goûter les plats.

Mon avis : Entre roman graphique et roman policier, Petites Coupures à Shioguni nous entraîne dans une histoire de Yakuzas qui pourchassent un cuistot…ou une jeune fille qui a piqué un blouson… ou un employé de fournisseurs en distributeurs automatiques qui veut se venger… mais est-ce que les yakuzas en sont vraiment ? Bref, vous l’aurez compris, l’intrigue est complexe !

Car le livre est organisé comme si le lecteur était le policier chargé de l’enquête : il interroge les suspects et témoins et l’histoire évolue en fonction de leurs versions. L’intrigue est donc non linéaire, entrecoupée de notes de polices au stylo sur des supports parfois étranges, et avec des retours en arrière fréquent en fonction de qui raconte sa version de l’histoire.

L’auteur nous propose une chevauchée nocturne dans un quartier ordinaire avec des sujets qu’il affectionne : les petits restaurants bon marchés, les postes de police de proximité, les rues encombrées de câbles électriques et de divers objets, les véhicules japonais…

J’ai trouvé que l’histoire était pleine de suspense et de rebondissements, même si je n’ai pas saisi un élément dans le dénouement au sujet de la jeune fille au blouson. Le dénouement est totalement inattendu et invite à relire une deuxième fois l’album, non pas vis à vis d’une incompréhension, mais pour mieux saisir les réels enjeux de l’ensemble des personnages. Car tout le monde ne dit pas la vérité…

Quant au dessin, on retrouve tout le style de Florent Chavouet évoqué plus haut avec Touiller le miso : des plans larges sur le quartier, des gros plans sur des personnages, des descriptions détaillées de lieux comme la cuisine du restaurant, des scènes en deux ou quatre cases avec des dialogues posés ça et là comme écrits au stylo. L’ambiance est sombre dans le ton, mais aussi dans les couleurs car toute l’histoire a lieu de nuit. Les teintes sont tantôt criardes comme passées au néon, tantôt vertes ou bleues comme si on voyait les personnages faiblement éclairés tout droit sortis de l’obscurité.

Un roman graphique qui sort de l’ordinaire et donne envie de lire d’autres histoires du même auteur !

Tokyo Sanpo, Florent Chavouet, éditions Picquier

Menu Japon contemporain – Catégorie Tokyo by night

Résumé :  » Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde. Plus qu’un guide, voici un livre d’aventures au cœur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m’entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d’essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. A mon retour en France, on m’a demandé si c’était bien, la Chine. Ce à quoi j’ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants. « 

Mon avis : Tokyo Sanpo est un guide de voyage très personnel réalisé entièrement au crayon de couleur et nous faisant visiter le quotidien de son auteur pendant ses 6 mois passés à Tokyo, à pied et en vélo.

Il se découpe en plusieurs chapitres, commençant à chaque fois par un plan très détaillé du quartier visité et des lieux dessinés par Florent signalé par des numéros qui correspondent aux pages du guide. Chaque quartier a ses particularités et son poste de police de proximité, représenté à chaque fois de façon humoristique. On apprendra d’ailleurs qu’en tant qu’étranger il a souvent été arrêté par « racisme » japonais ou pour des histoires de vélo « volé ». Il se venge gentiment sur une page dédiée à une petite « sociologie facile » des policiers japonais, avec des représentations à mourir de rire.

Que dire sur ce guide ? Je l’ai trouvé tout simplement extraordinaire, car contrairement aux autres guides dits « touristiques », il nous propose des éléments du quotidien aussi simples que la représentation des immeubles, des publicités, des étiquettes de fruit ou une sociologue des gens qui habitent le quartier. On plonge littéralement dans le quotidien des japonais, du point de vue d’un expatrié, avec ses questions sur la culture.

Au niveau dessin, le style de Florent Chavouet évolue selon le sujet : tantôt des représentations détaillées d’un élément architectural similaire à de la photographie au crayon de couleur, tantôt des pages d’anecdotes dessinées de façon plus simple et humoristique, voire caricaturales pour nous raconter une histoire de son quotidien. On retrouve aussi des intérieurs complets de maisons qu’il a habité avec des détails amusants. Les plans de quartiers vus de haut sont époustouflants de détails, même s’ils sont parfois fantaisistes.

C’est un guide à feuilleter pour picorer quelques éléments graphiques ou anecdotes du quotidien de l’auteur, ou à lire d’une traite pour vivre avec lui ces 6 mois passés au pays du Soleil Levant.

Le guide date de 2009, donc pas sûr de retrouver l’intégralité de certains lieux représentés si jamais vous allez au Japon et que vous souhaitez marcher sur les pas de Florent Chavouet, même si cela serait intéressant à réaliser.

J’ai personnellement beaucoup apprécié la ballade, surtout à une période où il ne m’est pas possible de voyager.

Et vous ? Où en êtes-vous dans ce challenge ?

Est-ce que nous avons des livres en commun? Avez-vous lu l’un des livres que je viens de vous présenter ?

Dites-moi tout en commentaire. 🙂

Saké et matcha,

A.Chatterton

Publié dans Lectures

Elle est le vent furieux, collectif, éditions Flammarion

Lu dans le cadre du #ProjetOmbre visant à mettre en avant le genre de la nouvelle, ce recueil de 8 nouvelles, toutes écrites par des autrices met en scène des catastrophes naturelles sur Terre, suite à une punition de Dame Nature. Un joli recueil young adult qui interroge notre rapport à l’écologie.

Mon avis général sur le recueil :

Ce recueil a été écrit par 6 auteures spécialisée jeunesse ou young adult : Marie Pavlenko, Sophie Adriansen, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Marie Alhinho, Flore Vesco. C’est donc un recueil 100% féminin, chose rare. Personnellement, je n’ai lu que les récits de Marie Pavlenko, j’ai donc découvert complètement les autres.

L’ouvrage est très cohérent dans sa construction : Il est composé d’un récit d’introduction et de conclusion mettant en scène Dame Nature affligée par le comportement des hommes et qui a décidé de les punir. Chaque nouvelle présente une punition de la déesse et par là, un sujet écologique différent qui est d’actualité : déforestation, montée des eaux, catastrophes naturelles, dérèglement climatique. Certains récits touchent au fantastique, d’autres sont plus réalistes.

Par ailleurs, même si chaque auteure utilise un style propre, toutes réussissent à s’homogénéiser de façon cohérente. Il n’y a que Flore Vesco et Marie Alhinho qui se démarquent un peu, mais cela n’enlève rien au reste.

Mon avis sur chaque nouvelle :

Comme il s’agit d’un recueil de nouvelles, j’ai pris le parti donner mon avis sur chaque histoire de façon individuelle et d’en rédiger chaque résumé en évitant les spoilers.

Qui sème le vent – Colère, Marie Pavlenko

Résumé : Dame nature décide d’aller incognito sur Terre voir ce que font les hommes et s’ils respectent un peu plus les cadeaux qu’elle leur a fait.

Mon avis : Cette nouvelle est le préambule de l’ensemble du recueil. Elle introduit le personnage de Dame Nature, représentée par Marie Pavlenko sous les traits d’une petite vieille mi-hippie mi-sdf constamment en train de ruminer. Et pour cause ! Les humains ne la respectent plus ! Son périple à travers la ville semble une épreuve, les gens vraiment indifférents à son égard ou totalement horrifiés face à son allure misérable. Son regard extérieur nous éclaire sur nos pratiques : manque de considération pour la nature au sens général avec une bétonisation importante, l’extension des villes au mépris du bon sens, massacre des animaux. De retour dans son Eden, elle décide de donner une leçon aux humains : ce seront les nouvelles suivantes. Marie Pavlenko a pris plaisir à écrire cette nouvelle, cela se sent. Malgré le thème dramatique, elle a su y ajouter des touches d’humour comme le personnage du majordome de Dame Nature ou certains personnages qui jalonnent le voyage de la petite vieille. Le repaire de la mamie promet des descriptions enchanteresses et contraste totalement avec la ville visitée plus tôt. En dehors du personnage personnifié, on pourrait tout aussi bien être face à l’histoire d’une mamie retirée du monde qui essaie de retourner en ville pour se distraire et voir si le monde à changé. C’est du moins l’impression que j’ai eu au début, avant d’arriver à la chute. Une jolie introduction aux nouvelles suivantes qui pousse déjà à la réflexion.

Monkey Palace, la revanche des singes, Sophie Adriansen

Résumé : Une famille avec deux adolescents est en vacances dans un complexe touristique sur l’île de Bornéo, en Indonésie quand des singes expulsés de leur forêt décident de faire de même avec les touristes du complexe en s’installant dans leurs résidences…

Mon avis : Des vacances qui tournent au cauchemar, tel est le sujet de cette nouvelle qui m’a fait frémir jusqu’à sa chute et m’a interrogée sur ma propre réaction face à cette invasion de singes. On suit la fuite de cette famille qui croit d’abord à une blague avant de se rendre compte que toute l’île est envahie et qu’aucune échappatoire n’est possible. Cette histoire m’a également interpellée sur la déforestation et sur la légèreté avec laquelle nous traitons ce sujet au quotidien. L’héroïne ado qui nous raconte son histoire, évoque le Nutella, le bois tropical utilisé pour faire du mobilier de jardin et acheté partout dans le monde. Cela prive les singes de maison et les force à se rapprocher de zones habitées pour trouver de la nourriture. Si les rôles sont inversés, si les singes décident de nous prendre nos maisons, on se retrouverait dans le livre de Pierre Boule : La Planète des singes. Sophie Adriansen a su marquer avec ce récit en imaginant un scénario réaliste qui permet de se mettre à la place des animaux, et c’est assez efficace.

Nos corps végétaux, Coline Pierré

Résumé : Assia et Solveig sont colocataires. L’une est étudiante en économie sociale, l’autre en médecine. Un jour, elles découvrent sur leur peau les marques d’une forme d’allergie : les végétaux en elles ont décidé de germer et de sortir de leurs corps…

Mon avis : Voici venir une épidémie mondiale avec des végétaux pas ordinaires. Coline Pierré nous propose une revanche des végétaux sur les humains, en poussant sur leur corps. Les arracher équivaut à s’épiler ou se couper des membres, avec la douleur qui l’accompagne. L’auteure montre bien l’attitude différente des deux jeunes filles face à la propagation de la « maladie » et les incertitudes qu’elle occasionne. Si Solveig accepte avec philosophie les végétaux qui sortent peu à peu de son corps, il n’en est pas de même pour Assia, hypocondriaque et soucieuse de son apparence. Les végétaux vont bouleverser le quotidien de tous, les rapports entre les gens, la manière d’envisager sa vie. Une jolie lueur d’espoir clôt la nouvelle, bienvenue parmi l’ensemble de ces micro-dystopies composant ce recueil. Pour l’anecdote, la maladie des plantes m’a fait penser au rapport que nous entretenons avec nos poils, et de manière plus large avec notre corps. Si nous l’acceptons et avons un rapport plus sain avec lui, nous serions plus heureux. Cela éclipse un peu la question des plantes qu’il est dommage d’éradiquer pour des raisons esthétiques également alors qu’elles sont nécessaires à notre planète de manière générale.

Extinction games, Cindy Van Wilder

Résumé : Dame Nature peu convaincue par les efforts des humains envers elle décide de lancer des jeux d’éradication de l’espèce humaine : les extinction games.

Mon avis : Cette nouvelle propose le point de vue de deux duos situés à deux endroits différents de la planète face à des catastrophes provoquées par une Dame Nature/ Gaïa en colère. D’abord perplexes face au message de la mystérieuse déesse, les humains vont devoir prendre au sérieux ses avertissements et redoubler d’efforts pour la convaincre qu’ils peuvent changer. Cindy Van Wilder s’inspire un peu des jeux de survie comme Battle Royale pour cette nouvelle, tout en glissant quelques faits d’actualité : les confinements dûs au Covid-19 qui ont permis à la nature de reprendre ses droits notamment à Venise, les avertissements des scientifiques peu écoutés face à une catastrophe écologique imminente, la pollution des îles provoquée par l’afflux massif de touristes (comme à Majorque où vit Soledad, une des héroïnes), la décharge géante de Costa Brava à côté de Beyrouth… Au fil des épisodes de jeu, la tension monte entre Gaïa et les terriens. Elle va de plus en plus loin dans ses frappes punitives, utilisant même le chaos provoqué par les humains pour le retourner contre eux de manière ironique. Il faudra toute l’intelligence d’un personnage et sa force de persuasion pour apaiser la déesse et trouver un terrain d’entente. Cette fois aussi, malgré les catastrophes et massacres, la nouvelle se termine sur une touche d’espoir. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteure relève des faits du quotidien face aux problèmes écologique, qui sont assez réalistes comme le fait que le facteur économique est toujours plus important que le reste. C’est un sujet assez éclairant qui fait réfléchir sur nos pratiques et sur la nécessité d’avoir le courage de faire changer les choses, comme le fait Soledad.

Naître avec le printemps, mourir avec les roses, Marie Pavlenko

Résumé : Maxine, Roman et Lucille sont lycéens à Paris. Cette année, ils passent leur bac. Cette année aussi, quelque chose cloche : le printemps tarde à arriver…

Mon avis : Marie Pavlenko nous plonge dans le quotidien d’ados ordinaires confrontés à une catastrophe qui les dépasse. Cela commence par une inquiétude devant l’arrivée tardive du printemps, et cela se termine en émeute face à une crise alimentaire sans précédent. On ne se rend pas compte à quel point cette saison nous manque avant d’en être privée ! Et combien elle est importante pour nous nourrir ! Face à la situation, chacun réagit comme il peut : dévalisage des magasins, migrations à la campagne, confinement forcé, état d’urgence, rationnement alimentaire. Certains auront le courage de protester et de monter des barricades pour subir une répression policière féroce qui m’a rappelée celle des gilets jaunes. Cette nouvelle, toute en tension, alerte sur le dérèglement climatique et ce qu’il pourrait occasionner au niveau des saisons. Le fait de montrer le point de vue de lycéens apporte une proximité avec le lecteur mais aussi un message d’espoir : si les plus jeunes y croient encore et réagissent contrairement aux adultes, nous avons peut-être une chance de réussir à changer les choses.

Sauvée des eaux, Marie Alhinho

Résumé : Trois générations de femmes de la même famille ont fui la Havane submergée par les eaux pour La Louisiane. Réfugiée climatiques, elles trouvent asile chez un homme qui a profité de la situation pour diriger la ville et l’approvisionnement en eau potable. Mais toute faveur nécessite une faveur en retour…

Mon avis : Marie Alhinho s’attaque à un sujet d’actualité et a su imaginer l’ensemble des conséquences possibles : le dérèglement climatique et la montée des océans. A travers ces trois femmes, toutes victimes de plusieurs manières de cette catastrophe se dessine un avenir bien sombre. Celui où l’eau potable devient un luxe, ainsi qu’un endroit habitable au sec, une vie sans maladie. Bien sûr, certains en profitent, et d’horribles façons. On voit se dessiner avec horreur ce qui a pu arriver à la plus jeune au fur et à mesure de son récit. Mais comment de simples femmes peuvent-elles se protéger ? Au niveau du style, l’histoire est racontée à travers des dialogues entre mère et fille et des monologues intérieurs de la plus jeune ce qui tranche avec les récits précédents. La fin du récit tourne au fantastique avec une note d’espoir : et si cette montée des eaux s’accompagnait d’une évolution du genre humain ? Une nouvelle un peu différente des autres, avec un ton plus sombre et aux idées plus réalistes.

Le récit recyclé, Flore Vesco

Résumé : Les arbres ont disparu, rongés de l’intérieur par un insecte. Avec eux disparaît aussi le papier et l’impression de nouveaux livres. On commence à faire le trafic de papier, à le conserver sous clé. Arrive le moment fatal : il n’existe qu’un nombre fini d’histoires dans le monde, et l’héroïne à l’identité inconnue a pratiquement tout lu. Un collectionneur de papier crée alors un comité ayant pour mission de créer du nouveau papier, puis d’écrire de nouveaux récits à partir des textes déjà existant avec un procédé d’écritissage…

Mon avis : La plume de Flore Vesco est particulière dans ce récit, et pour cause ! L’ensemble de cette nouvelle a été créé à partir de morceaux des autres nouvelles ainsi que d’autres récits existants comme le réalise l’héroïne de son histoire. Mieux ! L’auteure nous propose de créer notre propre histoire en fin de récit à partir de morceaux de textes du recueil ! Au-delà du procédé de création très original, Flore nous interpelle de son côté sur la déforestation et l’industrie du livre grosse consommatrice de papier. Une manière de faire réfléchir le lecteur sur l’impression en masse de livres tous les ans et peut-être d’y inclure une notion de publication raisonnée actuellement inexistante. Si le procédé d’écriture et la thématique m’ont paru très intéressants, j’ai moins accroché au récit qui m’a semblé manquer de rythme, et l’héroïne de profondeur. Néanmoins, cette nouvelle reste une de mes favorites du recueil, peut-être parce qu’elle me touche en tant que lectrice ou qu’elle met en avant la puissance de l’imagination malgré les difficultés à trouver un support d’écriture.

Qui sème le vent- Espoir, Marie Pavlenko

Résumé : Depuis son Eden, Dame Nature a terminé de punir les hommes pour leur ouvrir les yeux sur le mal qu’ils font à la planète. Elle espère qu’ils auront compris la leçon.

Mon avis : Une jolie conclusion pour ce recueil, à nouveau avec Marie Pavlenko qui l’a introduit. On sent que Dame Nature est apaisée, mais chagrinée d’avoir été aussi dure avec les humains. A nouveau, on retrouve son refuge apaisant, symbole de la nature dans toutes ses formes, avec une description éveillant tous nos sens. Ce récit de fin apporte une note d’espoir vis à vis de l’être humain, mais semble bien fragile. Une conclusion en demi-teinte, à l’image de notre engagement actuel vis à vis de l’écologie.

En conclusion : Un recueil de nouvelles young adult engagé qui met l’accent sur l’écologie et le féminisme en développant plusieurs scénarios catastrophes déclenchés par une Dame Nature en colère. Malgré plusieurs récits dystopiques assez sombres, le recueil lance plusieurs pistes de réflexions vis à vis du réchauffement climatique qu’il serait intéressant d’exploiter. Une lueur d’espoir termine le recueil, preuve qu’il est toujours possible au lecteur de faire le premier pas du changement.

Publié dans Lectures

Mini-chroniques en pagaille spécial Hanami Book Challenge #1

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

Hôzuki, Aki Shimazaki, éditions Actes-Sud

Menu Japon d’aujourd’hui – catégorie Gambate !

Résumé : Propriétaire d’une petite librairie d’occasion spécialisée en ouvrages philosophiques, Mitsuko partage ses journées avec sa mère, une ex-détenue qui confectionne de jolis signets de fleurs séchées, et son jeune fils Tarô, un métis sourd et muet. Plutôt revêche et ne cherchant aucune amitié, elle se contente d’amants occasionnels et de discussions intellectuelles avec les riches clients du bar où elle pratique encore le métier d’entraîneuse une fois par semaine.
Un jour pourtant, une femme distinguée se présente à la bouquinerie et, devant la complicité évidente qui s’établit entre son enfant et celui de Mitsuko, elle insiste pour provoquer des visites et des sorties communes. Pour faire plaisir à son fils, Mitsuko surmonte son agacement et accepte ces rencontres. Bien vite, afin de préserver l’équilibre de sa famille, elle devra cependant refaire le choix du mensonge.

Mon avis : Je suis tombée par hasard sur ce livre en bibliothèque et par envie de formats courts, je l’ai emprunté alors que ma PAL était déjà constituée. J’ai appris par la suite qu’il faisait partie d’une pentalogie avec 4 autres romans du même auteur, où évoluent les mêmes personnages. Cela m’a donné envie de lire les autres ! Pour en revenir à l’intrigue, c’est un roman très court (141p) plein de suspense où l’on se glisse dans le quotidien de l’héroïne Mitsuko, de ses difficultés en tant que mère-célibataire et en tant que femme-entrepreneuse, et surtout du mensonge qu’elle cache depuis plusieurs années : Tarô n’est pas son fils biologique. L’arrivée de Mme Sato dans sa vie va bouleverser son quotidien : qui est cette femme bien comme il faut ? que lui veut-elle ? Malgré une fin attendue, j’ai beaucoup aimé l’opposition entre les deux personnages féminins : d’un côté Mitsuko, revêche qui collectionne les amants, joue les entraîneuses ou se prostitue pour de l’argent sciemment, et adopte un enfant abandonné tout en gardant son indépendance. De l’autre Mme Sato, femme de diplomate, distinguée et conformiste, parfaite représentante de l’épouse japonaise comme il faut. Le thème de l’instinct maternel sera très bien abordé dans tout le roman par ces deux personnages ainsi que la mère de Mitsuko. J’ai également beaucoup apprécié le jeu sur le sens de l’écriture japonaise de certains mots, assez bien expliqué dans le roman. Ainsi, le nom de la librairie Kitô peut signifier Prière, mensonge, arbre de glycine ou Hozuki (fleur japonaise) selon la manière dont il est écrit. Enfin, ce qui m’a intéressée est que l’auteur ne dépeint pas un Japon lisse et parfait : Mitsuko et sa famille sont particuliers avec une grand-mère qui a été en prison, un fils discriminé car il est métis et sourd-muet, et Mitsuko qui fait des choses peu reluisantes pour survivre et ne cherche pas à s’intégrer socialement. Même Mme Sato aura elle aussi des secrets honteux qui cassent son image de femme docile. Le seul défaut que je regrette est sa traduction approximative, parfois proche de l’anglais qui peut déranger la lecture par moments.

Les miracles du bazar Namiya, Keigo Higashino, éditions Actes Sud

Menu Japon d’aujourd’hui – catégorie Tokyo by night

Résumé : En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain. Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire. La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé. L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Mon avis : Je suis tombée sur ce roman japonais fantastique après avoir la critique d’un ami blogueur qui en faisait l’éloge. Le voyage dans le temps est une thématique que j’apprécie habituellement dans les romans steampunk, aussi j’étais curieuse de découvrir comment elle était exploitée dans une intrigue contemporaine japonaise. Je n’ai pas été déçue ! L’auteur nous embarque dans deux temporalités différentes : celle des années 80 où vivent les gens qui demandent au conseil au propriétaire du bazar, et celle des années 2012 où les trois voyous sont entrés dans le bazar abandonné. L’alternance entre les deux époques est facile à suivre et le roman est très bien construit et dynamique vis à vis de ces bonds temporels. Il nous est présenté toute une galerie de personnages qui se croisent ou évoluent dans le même quartier que le bazar : un musicien qui souhaite être connu, une sportive qui veut renoncer au sport par amour, une femme enceinte de son amant marié, une future carriériste qui veut gagner de l’argent, un ado qui fugue pour survivre à sa famille, un vieux propriétaire de bazar qui retrouve un sens à sa vie en donnant des conseils aux gens, son fils qui s’inquiète pour lui, trois voyous qui viennent de commettre un vol. On y trouve une forme d’entraide communautaire, le besoin de guérir de blessures du passé, la nécessité de trouver quelqu’un sur qui s’appuyer face à un choix complexe, des envies difficiles à concrétiser, des choix compliqués à assumer. C’est un roman qui questionne sur ses choix de vie et qui montre l’évolution de la société japonaise face à des individus qui sortent de la norme. Au final, bon gré mal gré, chacun trouvera sa résolution, même les voyous qui auront joué leur rôle dans l’histoire. Un petit bijou rythmé comme un roman policier et construit comme des nouvelles liées entre elles. A ne pas manquer !

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami, éditions Belfond

Menu Au temps des traditions – catégorie Le temple abandonné

Résumé : Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale. Jusqu’ici, rien que de très banal, le garçon est scrupuleux, il rend toujours ses livres à l’heure. Cette fois, pourtant, c’est d’abord l’employée qui l’envoie dans une salle qu’il ne connaissait pas. C’est un vieil homme, ensuite, qui le mène par les méandres d’un labyrinthe dans ce qui semble bien être une prison. C’est un homme-mouton qui l’y attend, qui aimerait bien l’aider mais qui redoute le pouvoir du gardien des livres.

Mon avis : Dans mon envie de continuer à lire des formats courts, et dans le cadre d’un autre challenge, le Projet Ombre, qui met en valeur les nouvelles, j’ai décidé de lire cette histoire fantastique de Murakami autour d’une étrange bibliothèque. J’avais déjà lu auparavant l’autobiographie de cet auteur Profession Romancier, ainsi que la trilogie 1Q84 et je m’attendais à retrouver cette atmosphère cotonneuse et incompréhensible qui le caractérise. Cela a été le cas mais pas seulement. J’ai eu l’impression d’être dans un rêve inquiétant et grinçant dont la chute, déconcertante, m’a laissée songeuse… au point d’avoir envie de relire la nouvelle pour être sûre de l’avoir bien comprise. Ce jeune garçon enfermé jusqu’à ce qu’il sache par coeur les livres qu’il souhaitait emprunter et qui souhaite s’échapper en oubliant ses chaussures neuves m’a un peu déboussolée. Y avait-il seulement un message derrière cette histoire ? La chute brutale, comme un retour à la réalité m’a fait penser à un rêve qu’aurait pu faire le personnage principal pour échapper à son quotidien trop douloureux. La perte de ses chaussures symboliserait-elle celle de son enfance ? Je me suis inventée bien des histoires à force de voir des significations partout. Toujours est-il que l’auteur m’a bien retournée le cerveau. Peut-être faut-il apprécier le texte juste tel qu’il est ? A côté du texte justement, l’édition Belfond propose les illustrations magnifiques et angoissantes de Kat Menschik qui ajoutent un petit plus à l’histoire. Un joli ouvrage qui interroge…

Birthday girl, Haruki Murakami, éditions Belfond

Résumé : « Je ne vais pas vous offrir quelque chose de matériel. Mon cadeau n’aura rien à voir avec un objet de valeur. En fait, voilà ce que j’aimerais offrir à la merveilleuse fée que vous êtes, mademoiselle. Vous allez faire un voeu. Et je l’exaucerai. Quel qu’il soit. À condition que vous ayez un voeu à formuler. »

Mon avis : Originellement publié dans le recueil Saules aveugles, femmes endormies, cette nouvelle de Murakami mets en scène une ancienne serveuse qui raconte l’histoire de son vingtième anniversaire à un tiers anonyme. Pour cette réédition de Belfond, le texte est accompagné d’illustrations magnifiques et oniriques de Kat Menschik, comme pour l‘Etrange bibliothèque du même auteur. Cette histoire étrange laisse place à l’imagination du lecteur puis le laisse en plan une fois racontée. Quel était donc le voeu formulé par la jeune fille lors de son vingtième anniversaire auprès de ce vieillard étrange qui a réussi à bouleverser sa vie ? Qui était ce vieillard, à part le patron du restaurant pour lequel elle travaillait ? Un récit à la Murakami où une fois de plus, le fantastique fait irruption sans crier gare, vous laissant interrogatif. C’est du moins mon ressenti. Mon imagination s’est en effet emballée : j’ai cherché le voeu de la jeune fille et je me suis même demandée si l’auteur se jouait des gens qui croient au pouvoir des voeux. Car après tout, si l’on y croit assez fort, peut-être que nous ferons inconsciemment en sorte qu’ils se réalisent (du moins, pour ceux où nous avons prise). A méditer.

Quartier lointain, Jirô Taniguchi, éditions Casterman (deux tomes)

Menu Japon d’aujourd’hui – Fly me to Saitama

Résumé : Homme mûr de 40 ans, transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans, Hiroshi continue la redécouverte de son passé. Questionnant sa grand-mère, ses parents, ses amis, il réalise tout ce qui lui avait échappé lorsqu’il était jeune. Et petit à petit, l’année scolaire avançant, il voit se rapprocher la date fatidique où son père disparaîtra, pour toujours, sans aucune explication. Peut-il changer son passé ou est-il condamné à le revivre, impuissant ? Et retrouvera-t-il son existence normale, sa femme et ses enfants ?

Mon avis : Avec ce roman graphique en deux tomes, j’ai réalisé un bond dans le passé de Hiroshi qui se situe dans le Japon des années 1960, où les évènements de l’Après Deuxième Guerre Mondiale sont encore présents dans l’esprit des japonais. Malheureusement pour lui, c’est l’année où son père a abandonné sa famille. D’abord ravi de revoir sa mère vivante (dans son futur, elle venait de décéder), il va se donner pour mission de découvrir les raisons du départ de son père et s’efforcer de le retenir. Marqué par la perte de son père dans son enfance, il a reproduit adulte inconsciemment son schéma en étant très peu présent pour sa propre famille, préférant fréquenter les bars après le travail plutôt que de rentrer chez lui. Hiroshi va revivre une nouvelle fois son enfance, s’essayer à d’autres choix, saisir des opportunités pour lui et ses camarades proches, guérir de ses blessures. Il se créera une nouvelle adolescence avec des bêtises liées à ses habitudes de quarantenaire. Ses découvertes l’amèneront à se poser des questions sur lui-même, face à la crise de la quarantaine et à tracer sa propre voie de manière plus sereine. Le roman graphique apporte aussi des éléments sur le Japon d’après-guerre et la reconstruction du pays, les drames familiaux, les choix de vie des japonais. Il montre également l’opposition entre la ville et la campagne. C’est l’histoire d’un temps passé mis en valeur par les dessins réalistes de Jirô Taniguchi, parfois proches du documentaire.

A nous deux Paris ! Jean Paul Nishi, éditions Philippe Picquier

Hors Challenge

Résumé : Quand un jeune Japonais découvre dans ses pérégrinations humoristiques et ironiques les travers de la vie parisienne. Il scrute et déchiffre en images notre quotidien dans ses moindres détails, comme le ferait un Florent Chavouet à Tokyo, et apprend à ses risques et périls les charmes de la France que nous découvrons dans ce livre comme dans un miroir.

Mon avis : Je n’avais pas prévu de lire cette BD car elle se situe hors challenge, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. A nous deux Paris, ce sont des petites scènes du quotidien de l’auteur, alors mangaka japonais débutant, lors de son année en France. Venu à l’origine pour travailler dans sa branche et découvrir le format franco-belge, il va finir dans une épicerie asiatique alors qu’il ne parle pas français. Autant dire que cela commence mal ! Parfois drôles, parfois curieuses, ses réflexions sur les différences culturelles entre notre pays et le sien font souvent réfléchir. Quelques histoires se démarquent comme le fait qu’il n’a pas les bons codes pour draguer des filles françaises, ce qui se traduit par des bides complets. Sa visite d’une convention française sur le Japon est aussi intéressante quand il est confronté à des français habillés en cosplay ou en écolières, ou à l’inverse quand des français sont éberlués que ce japonais ne connaissent pas le jeu de go. On apprend que la sauce soja est une invention pour les occidentaux car elle n’existe pas au Japon, tout comme l’absence d’assistants mangakas en France alors qu’ils sont légion au pays du soleil levant. On rit devant les français amoureux du Japon qui le stalkent et essaient de lui parler japonais, ou quand Jean-Paul essaie de comprendre comment fonctionne la bise française. Le pompon restera pour moi l’attitude des japonaises quand elles viennent à Paris : émerveillées ou déçue par la capitale, prenant l’appartement de Jean-Paul pour un hôtel avant de repartir chargées de cadeaux pour leurs amis. Une petite pépite à découvrir pour porter un autre regard sur notre pays, par un japonais malgré tout curieux de notre culture.

Et vous ? Où en êtes-vous dans ce challenge ?

Avez-vous lu un des livres dont je vous ai parlé dans cet article ?

Dites-moi tout en commentaire ! 🙂

Sauce soja et Onigiri,

A.Chatterton