Ne renonce pas, Anne-Sophie Hennicker, Autoédition

Un roman young adult qui parle de harcèlement scolaire mais du point de vue du harceleur. Tel est le défi que s’est lancée Anne-Sophie Hennicker dans cette histoire qui flirte avec le fantastique. Une jolie histoire de rédemption.

Résumé : À 16 ans, Thomas est un lycéen doué, sportif et séduisant, qui a toutes les cartes en main pour réussir. L’image qu’il renvoie se rapproche pourtant de celle d’un tyran. Tous les élèves le craignent, lui et ses deux meilleurs amis. Tous, y compris Elena, une jeune fille solitaire et effacée, que Thomas maltraite depuis des années. Devenu son persécuteur, il a fini par transformer sa vie en un véritable enfer.
La donne change le jour où la limite est franchie. Un élément inattendu va provoquer la remise en question de l’adolescent : un mystérieux carnet aux lignes troublantes apparaît dans son quotidien. Et si de simples inscriptions avaient le pouvoir de tout faire basculer ?

Un thème de société : le harcèlement scolaire

Dès le début du roman, le ton est donné grâce aux triggers warnings situés avant l’histoire : il sera question de harcèlement scolaire. Celui d’Elena, une jeune fille discrète, à la marge, un peu artiste, qui a des difficultés à s’exprimer et qui est devenue la souffre-douleur du premier de la classe.

Son bourreau s’appelle Thomas. Issu d’une famille aisée, beau garçon, premier dans tous les domaines, y compris dans sa pratique sportive, il prend un malin plaisir à harceler physiquement, moralement, virtuellement ceux qui passent sur sa route. Elena est son jouet particulier sur lequel il s’acharne, tout en gardant intacte sa couverture de jeune homme bien sous tous rapports.

Dans la première partie de l’histoire, l’autrice nous décrit ce que subit Elena du point de vue de Thomas : le harcèlement au lycée et en dehors du lycée, le manque de soutien des enseignants, un carnet dans lequel elle confie ses peines, un isolement total, l’absence d’amis, les faux-espoirs. On reconnaît là tous les éléments qui pourraient conduire dans la vie réelle à une dépression pour la victime, voire à des appels à l’aide que personne ne souhaite entendre avant l’inévitable. En cela, l’autrice dresse un portrait très juste de la situation et décrit un contexte assez complet sur le sujet.

En parallèle, elle nous dresse un portrait de Thomas tout en nuances pour expliquer les raisons qui le pousse à agir ainsi : une pression maternelle constante pour réussir, l’absence d’un père dont il ne faut pas parler, un frère considéré comme un exemple à suivre et un lâche qui l’a abandonné à une vie avec sa mère, une gouvernante plus maternelle et présente que sa mère. Et surtout, des amis toxiques qui cherchent à profiter de lui et de son influence sans qu’il en ait conscience.

Même si on connaît les raisons qui poussent Thomas à harceler Elena, on ne peut que le détester au début de l’histoire. Heureusement pour lui, un évènement va lui faire prendre conscience qu’il est allé trop loin, ce qui fait entrer le roman dans le fantastique.

Une touche de fantastique

Dans la seconde partie du roman, l’autrice nous fait plonger dans le fantastique lorsque Thomas découvre le carnet d’Elena. Grâce à lui, il va revivre en direct tout ce qu’il a fait subir à la jeune fille mais de son point de vue à elle : ses faux-espoirs lorsqu’il l’a invitée pour son anniversaire, la découverte de l’identité de son correspondant mystérieux, l’abandon de sa seule amie partie déménager, une belle-mère étouffante, l’absence de sa mère décédée, un père absent et aveugle, le mépris des enseignants.

Telle une enquête, il va remonter le fil de toutes les souffrances vécues par la jeune fille et en découvrir de nouvelles auxquelles il n’était pas associé, mais qu’il a contribué à alimenter sans le savoir. Cette partie est bourrée de suspense et difficile à lâcher !

Thomas va réfléchir à son attitude, revoir ses priorités de vie, mais cela ne plaira pas à tous : de bourreau, il va devenir lui-même victime en devenant le souffre-douleur de toute la classe suite à un incident.

Et c’est là que tout va basculer réellement : à force de vivre ce qu’à vécu Elena et en devenant la nouvelle victime, il va profondément changer et se repentir. On passe par une multitude d’émotions tout comme lui dans cette partie du roman.

J’ai beaucoup apprécié cette partie car le côté fantastique du carnet indestructible et mystérieux ajoute une note intéressante dans cette histoire de harcèlement scolaire. Il permet aussi de voir l’envers du décor à travers les yeux de la victime. En ce sens, il m’a fait penser au livre 13 reasons why de Jay Asher, même si le propos n’est pas le viol ici.

C’est également le moment du livre où évoluent le plus les personnages : Thomas tout d’abord, mais aussi Caleb et Ashley, ses « amis » qui ont tout autant une vie pourrie mais se gardent bien d’en parler et préfèrent pourrir celle des autres à la place.

Un bourreau repenti

Dans la dernière partie de l’histoire, Thomas devenu victime essaie de s’en sortir. A l’inverse d’Elena, il va pouvoir compter sur le soutien de certains membres de sa famille et découvrir que la solitude n’a pas forcément du bon. Au lieu de tomber dans la dépression, il va s’efforcer de racheter ses fautes et d’avoir une vie normale tournée vers la lutte contre le harcèlement.

Pour moi, cette partie du livre était intéressante pour en découvrir davantage sur la famille du héros et surtout ses liens d’enfance avec Elena. On en apprend aussi sur le métier de naturopathe et de psycho praticien.

C’est surtout la revanche du héros contre le système et contre lui-même : il apprend à mieux s’accepter et souhaite lutter contre tout ce qui lui est arrivé à lui et à Elena. Ce sera une belle conclusion pour lui même si on garde en mémoire tout de même ce qu’il a fait subir à la jeune fille.

A ce moment du roman, je me suis interrogée sur la vraisemblance de l’histoire et son application IRL : dans la vie réelle, est-ce que quelqu’un comme Thomas pourrait exister ?

J’en ai conclu que cette histoire apporte une bonne dose d’espoir face au sujet qu’est le harcèlement scolaire en proposant aux bourreaux d’éprouver de l’empathie pour leurs victimes. Il faut des livres ce type pour éveiller les consciences à ce sujet, même si la fin est un happy ending en demi-teinte.

Quelques bémols de lecture

Si l’histoire en elle-même est assez prenante et plutôt bien conçue, j’ai commencé à vraiment apprécier le roman quand il entre dans la partie fantastique avec la découverte du carnet d’Elena par Thomas. Auparavant, l’histoire est un peu longue à se mettre en place et certains passages sont assez difficiles à lire quand on évoque le harcèlement dont est victime Elena. Heureusement que l’autrice a mis en place des trigger warning en début d’histoire pour prévenir le lecteur.

Dans la première partie de l’histoire, la partie concernant la correspondante mystérieuse de Thomas n’a pas été difficile à élucider et je me suis demandée si elle était vraiment nécessaire pour le reste de l’histoire.

Je n’ai pas réussi à situer géographiquement cette histoire et cela m’a un peu gênée car j’aime bien savoir où se situe l’action., mais peut-être suis-je trop âgée pour ce livre (?). Certains élèves ont des prénoms américains (ex : Caleb, Ashley), sauf le héros qui a un prénom français. J’ai eu l’impression de me retrouver dans un univers entre les Etats-Unis et la France. C’était assez déroutant pour moi. J’ai supposé que l’intention de l’autrice était peut-être de renouer avec certains romans young adult américains à travers son histoire.

Enfin, je n’ai pas compris le titre du livre. J’ai saisi après qu’il faisait référence à la nécessité pour Thomas de s’accrocher à sa rédemption, mais il m’a semblé moins coller avec le début de l’histoire.

En résumé : Dans ce roman young adult à la sauce américaine, Anne-Sophie Hennicker aborde avec justesse les rapports victime-bourreaux dans les cas de harcèlement scolaire. Elle va même plus loin en nous montrant une histoire de bourreau repenti en apportant une touche fantastique à son récit. Un joli exemple dont il faudrait s’inspirer IRL pour lutter contre ce fléau qui touche nombre d’élèves chaque année.

Je tiens à remercier l’autrice qui a eu la gentillesse de m’envoyer son roman en service-presse. Merci pour la découverte, j’ai beaucoup apprécié ma lecture !

2 réflexions sur « Ne renonce pas, Anne-Sophie Hennicker, Autoédition »

  1. C’est un parti pris intéressant je trouve ! Bon ce n’est pas du tout un livre pour moi mais j’ai apprécié de lire ton retour et de découvrir qu’il existe de tels romans.

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