Clément Coudpel contre les spectres de Samhain, M. D’Ombrebones, Livr’S éditions

Connaissant l’auteure par son blog et pour l’avoir rencontrée en festival, j’étais curieuse de découvrir sa plume. Il m’a semblé judicieux de débuter par les aventures de Clément, un sorcier malgré lui, fan de jeux-vidéos et de mangas, qui se lance dans la quête de sa soeur disparue quelques jours avant la journée de l’apocalypse …

Résumé : Clément Coudpel porte un nom de famille un peu étrange, il l’admet. En dehors de ça, il se considère comme n’importe quel garçon de treize ans : il aime les mangas, les jeux vidéo et trainer avec son meilleur ami, Takeshi, dans leur petit village liégeois. Ce qu’il veut dans la vie ? Aucune idée ! Mais une chose est sûre, il n’embrassera pas la malédiction familiale. La magie, les cimetières, les macrales, les fantômes, très peu pour lui. Et toute la pression qu’il subit au quotidien n’y changera rien, peu importe à quel point ses détracteurs vont loin. Il laisse ça à son aînée, Camille, qui s’en sort comme une cheffe. Sauf que quand cette dernière disparait à quelques jours de Samain, Clément craint de ne plus avoir le choix…

Mon avis :

Clément, un héros malgré lui

Tout l’enjeu de ce livre est de déterminer si Clément va ou non accepter son destin de Macrale qu’il aurait dû normalement embrasser au début de l’intrigue. C’est donc un roman d’apprentissage que nous propose l’autrice, avec un personnage principal qui n’est pas un héros et ne souhaite pas le devenir.

Ce schéma tranche avec les romans habituels où le héros découvre son destin et a tendance à vouloir le mener à bien. Ici, dès le début, on assiste à une scène plutôt dure où Camille emmène son petit frère encore très jeune se faire tatouer un symbole magique afin de brider sa magie et de lui permettre d’accéder à une vie normale. Camille essaie de protéger son frère de ce qui a tué leur mère et endosse l’entière responsabilité de la mission des Coudpel : protéger l’univers des démons et esprits qui pourraient entrer dans notre dimension.

Le geste est noble, mais peu apprécié par le reste de la communauté magique, car à la veille de rentrer à l’école magique comme tous ses camarades de son âge, Clément (et Camille) refusent de se plier à la tradition. Cela aura de graves conséquences sur la suite de l’histoire avec des personnages conservateurs qui manigancent des stratagèmes pour que Clément réalise son destin malgré lui. Le jeune garçon ne saura plus à qui se fier et devra se débrouiller par lui-même. Mais il est difficile de prendre de bonnes décisions lorsqu’on est un adolescent peinant à maîtriser ses pouvoirs et à retrouver sa soeur…

Pour autant, Clément va mûrir, s’épanouir et faire preuve d’une plus grande maturité que sa soeur au fil des pages, même s’il n’est pas à l’abri d’erreurs du fait de son jeune âge. En soi, c’est un garçon qui a envie de mener une vie tranquille sans pour autant embrasser la tradition familiale, mais qui n’a pas d’autre choix que de composer avec. Ses recherches pour retrouver sa soeur l’amèneront plus loin que prévu et le pousseront à reconsidérer entièrement son univers, et nous aussi !

Petite anecdote amusante : son nom de famille fait référence à la pelle magique qui est utilisée lors de Samhain pour repousser les esprits qui tentent de s’infiltrer dans notre univers.

Un univers aux multiples références transmédia

A la lecture de cette histoire, je n’ai pas pu m’empêcher de noter certaines références ou inspirations à d’autres livres ou séries TV. La plus grande reste la série tv Sabrina l’Apprentie Sorcière car l’univers décrit par Manon d’Ombremont semble s’en inspirer beaucoup.

En effet, comme la jeune sorcière, la soeur de Clément doit se rendre à une école de sorcellerie la nuit, en plus de ses cours de fac le jour, afin de contrôler ses pouvoirs. Ce Cénacle magique est caché aux yeux des humains, tout comme la malédiction qui pèse sur Camille et la famille Coudpel. Elle est dirigée par un sorcier aux méthodes peu conventionnelles.

L’ensemble des membres de la famille Coudpel sont des Macrales, des sorcières en wallon liégois. Et le frère et la soeur sont orphelins suite à un accident de magie tout comme Sabrina. Ils sont sous la tutelle d’un ancêtre de la famille qui est un fantôme, ainsi qu’un oupyr, un mort-vivant qu’ils considèrent comme leur oncle, au lieu de deux tantes comme Sabrina. Ils vivent dans une maison avec un cimetière familial, comme la jeune sorcière.

En dehors de cette inspiration, le récit est parsemé de références aux jeux-vidéos et aux mangas (surtout des Shonen), voire aux génériques d’ouverture d’anime qu’apprécie Clément. On sent derrière tout l’amour que l’autrice porte à ces univers japonisants, qu’elle a su replacer dans le quotidien de son personnage principal avec une grande cohérence et beaucoup de malice.

Le tranquille quotidien de cet ado de banlieue liégeoise bouleversé par la magie rappelle aussi Harry Potter, auquel Clément fait parfois référence dans ses conversations avec son ami Takeshi.

Enfin, la ville dans laquelle habite Clément se situe en Belgique, tout comme l’éditeur et l’auteur de ce livre. Cela peut sembler anecdotique, mais cela a son importance sur quelques détails qui m’ont interpellée en tant que lectrice française : la numérotation des niveaux de classe de l’école de Clément est différente, le lieu où se situe la ville, certains élément de langage (Macrale, oupyr…). Pour autant, cela ne perturbe pas l’histoire.

Des personnages à la psychologie très travaillée

En plus d’un héros malgré lui, le point fort de ce roman est une grande attention apportée à la psychologie de l’ensemble des personnages de l’histoire. Manon d’Ombremont ne nous propose pas des personnages manichéens comme cela peut être le cas dans certains récits jeunesse. Elle apporte de la nuance dans toutes les actions menées par les personnages, ainsi que leurs motivations. De ce fait, le récit est parsemé de péripéties et de suspense, et l’on ne s’y ennuie par une seule seconde.

Camille a décidé de porter le fardeau familial pour protéger son frère, mais elle n’est pas pour autant l’héroïne que Clément peut voir en elle. Elle a aussi ses failles et peut prendre de mauvaises décisions comme lui, afin de tromper sa solitude et de conserver cette façade de soeur protectrice. La malédiction familiale qui lui fait perdre la mémoire et tout consigner dans des carnets aidera beaucoup Clément à en apprendre sur sa soeur et ce qu’elle vit au quotidien.

Katel, l’oupyr ami de la famille a une personnalité assez engageante et protectrice avec Clément et sa soeur. Mais il ne s’entend pas avec l’Ancêtre Guenièvre, tutrice légale des Coudpel. Même s’il essaie d’aider Clément, on sent chez lui un côté obscur qu’il finira par dévoiler.

Le Directeur du Cénacle de magie, Chantraine n’est pas forcément le salaud qu’on imagine dans l’histoire. Il agit dans l’intérêt de la communauté magique mais ses méthodes ne sont pas vraiment conventionnelles, voire très dangereuses. On peut le considérer comme un conservateur des traditions un peu extrémiste.

Takeshi, le meilleur ami de Clément, est un jeune garçon fan de mangas et de jeux vidéos totalement humain. Complètement ignorant du monde de la magie, il va s’avérer un adjuvant très précieux pour Clément dans sa quête, et va curieusement intégrer assez facilement les découvertes qu’il fera sur son meilleur ami et la magie. C’est en quelque sorte l’opposé de Clément.

Enfin, le personnage de Célestin qui se dessine au début du récit, est considéré dès le départ comme quelqu’un de très dangereux. On se rendra compte par la suite qu’il s’agit d’un érudit passionné ayant repoussé trop loin les limites de la connaissance et essayé de comprendre l’univers dans un milieu conservateur où tout était figé. Malgré des méthodes peu conventionnelles, il apparaîtra comme quelqu’un ayant bon fond, même s’il suit une logique qui lui est propre.

Petit bémol sur l’histoire

La seule chose qui m’a dérangée dans ce roman est l’impossibilité pour moi de déterminer son classement en tant que bibliothécaire : le format laisse penser à du Young adult, mais l’histoire relève plutôt de la jeunesse car le héros est un pré-adolescent, donc trop jeune pour un classement young adult lié au récit. Je me demande quel est le public visé par le livre. Pour autant, cela ne m’a pas gênée dans ma lecture.

En conclusion : J’ai été heureuse de découvrir la plume de Manon d’Ombremont à travers ce récit jeunesse où je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Elle nous propose ici une intrigue avec un héros qui le devient malgré lui, dans un univers mi-Burtonien mi-japonisant où les personnages sont plus complexes qu’il n’y parait. Une belle réussite !

Ce livre fait partie de ma pal d’automne 2022 pour le mois de septembre. N’hésite pas à aller jeter un oeil sur mon article de PAL pour avoir des idées de lecture automnales !

4 commentaires

  1. Waw ! Je te remercie pour cette magnifique chronique très détaillée, je suis touchée par l’investissement que tu y as mis. Je vais m’empresser de la partager !
    Pour te répondre sur le classement éditorial en fait je le présente comme un roman « tout public », tout simplement. Je trouve ça dommage d’essayer de le faire rentrer dans une case même si je comprends les impératifs des métiers du livre pour l’aspect vente. En réalité, je n’ai pas écrit pour la jeunesse, j’ai écrit pour que toute personne aimant les littératures de l’imaginaire puisse s’y retrouver, du moment où on commence à lire des romans jusqu’au seuil de sa vie. J’ai d’ailleurs des lecteurices de tous les horizons, de toutes les générations, c’est ce dont j’avais envie même si j’ai conscience qu’on peut rapidement faire le raccourci « le perso a 13 ans donc c’est un roman jeunesse » et d’ailleurs, ça attire des jeunes comme des moins jeunes. Je fais souvent le parallèle avec les films de Tim Burton qui peuvent convenir à des plus jeunes comme des adultes, avec différents niveaux de lecture.
    De manière générale je ne cherche pas à écrire pour tel ou tel public, même si mes précédents textes portaient la mention « public averti » à cause de leur violence, alors j’avais tendance à jouer sur les genres comme Bratva qui est un thriller psychologique qui flirte avec le surnaturel parce que Rayna parait trop monstrueuse aux yeux des autres pour être humaine.
    J’espère que ça répond à ta question du coup ! Encore un tout grand merci ♥

    Aimé par 1 personne

      • Oh mais ta question est très pertinente ! Tu n’es pas la première à te le demander, surtout dans ce cadre 🙂
        Merci, sincèrement j’en suis ravie ♥ J’ai toujours un peur quand je connais le/a lecteur/ice…

        Aimé par 1 personne

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