Mini-Chroniques en pagaille #18 Spécial Hanami Book Challenge 2022 partie 4

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and Smell, voici mon retour sur mes dernières lectures pour le Hanami Book Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres

Tokyo Tarareba Girls (série en 9 tomes – 7 tomes lus), Akiko Higashimura, éditions Le Lézard Noir (Manga adulte)

Résumé : 2014, Tokyo. Rinko, scénariste de séries télévisées, est une trentenaire célibataire à la carrière professionnelle épanouie. Son petit plaisir consiste à passer des soirées alcoolisées avec ses deux copines Kaori et Koyuki, elles aussi trentenaires et célibataires. Un soir, alors qu’elles sont encore en train de se soûler et de s’auto-rassurer bruyamment avec des « y a qu’à, faut qu’on » dans leur bar favori, elles sont interrompues par un jeune homme aux allures de mannequin. Agacé de les entendre brailler, il les ridiculise méchamment en les traitant de vieilles filles avant de quitter les lieux. Alors qu’elle pensait avoir encore tout son temps, Rinko réalise qu’il va falloir se réveiller si elle ne veut pas finir sa vie toute seule…

Mon avis : Lu pour le Menu Passé, Présent et futur du Japon – Catégorie L’individu dans la société (famille, discrimination). Cette série de mangas est un Josei sur le thème du célibat féminin, à Tokyo. J’ai tout de suite adhéré au côté décalé de ces trois amies qui se plaignent de ne pas trouver d’amoureux et qui pourtant ne font rien pour en chercher ! Au delà d’une tragi-comédie sur le statut de femme célibataire au Japon, l’auteure développe plusieurs thèmes inerrants à cette société : la contraception, l’infidélité, la différence d’âge dans le couple, la réussite professionnelle, la menace des filles plus jeunes, les relations toxiques, les relations dysfonctionnelles, le deuil, les rendez-vous arrangés et surtout le célibat après 30 ans. J’ai beaucoup accroché aux personnages de ces trois amies pourtant bien différentes, qui tentent à leur manière de mettre de l’ordre dans leur vie tout en cherchant un homme. En opposition, le personnage de Key, un jeune modèle arrogant, a beau être détestable, on l’apprécie peu à peu quand on découvre son passé et surtout parce qu’il sait toujours énoncer des vérités douloureuses à entendre. L’auteure sait parfaitement nous mettre à la place de ses héroïnes et de leurs questionnements sur leur avenir sentimental en nous décryptant les différentes phases qui les animent comme l’espoir, la déception, la résignation ou la définition d’un bonheur simple moins romantique que prévu. Dès le tome 1, l’auteure inclus un aparté en fin de récit pour nous expliquer l’origine de cette série : ses copines célibataires qui se demandaient avec qui elles aller regarder les JO de Tokyo en 2020, et se sont donné comme objectif de trouver un homme d’ici là. Le sujet est sérieux sous couvert de la comédie et montre combien les relations amoureuses sont difficiles au Japon où la communication est complexe entre les individus, enfermés dans des relations de paraître. Dans les tomes suivants, l’auteure a ouvert un faux courrier des coeurs avec les versions anime de la laitance de morue et du pâté de foie qui répondent aux courriers de lectrices du manga dans une ambiance de bar nocturne. Les questions montrent souvent l’état d’esprit des japonaises face à l’amour, vu comme un fardeau plus qu’un besoin vital. Les réponses des personnages sont souvent dures mais à hurler de rire. Cette série est en 9 tomes terminée au Japon, mais publiée à ce jour sous 7 tomes (deux à paraître d’ici septembre). Je vous la recommande chaudement si vous souhaitez rire un peu tout en vous cultivant sur le célibat féminin japonais.

Un sandwich à Ginza, Hiramatsu Yôko, éditions Picquier (recueil de critiques culinaires)

Résumé : Des histoires délicieuses qui nous font venir l’eau à la bouche, l’écrivaine gastronome les a composées en compagnie de son ami Taniguchi. Elle nous donne le goût du Japon avec une volupté, une euphorie contagieuses. Cuisine bouddhique à Kamakura, pot-au-feu de fugu à Osaka ou fête de l’anguille à Narita, gyôza croustillants à Jimbôchô, tempuras de crosses de fougères et de pousses de lis à Ginza… Autant de restaurants que de petits quartiers, leurs spécialités et les personnages qui les animent. Car ce livre est aussi un document vivant qui nous fait comprendre le rapport des Japonais à la nourriture : mets de saison et plats de fête, recettes jalousement gardées, destins d’établissements centenaires. Un livre alléchant, d’une merveilleuse sensualité, qui assouvit aussi bien les rêveries gustatives que la soif de connaissances sur le Japon.

Mon avis : Lu pour le Menu Passé, Présent et futur du Japon – Catégorie Tokyo Capitale (Tourisme-cuisine). Au premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit d’un roman, mais il s’agit en fait d’un recueil de critiques de culinaires réalisé par Hiramatsu Yoko au fil d’une année et mettant en avant les plats de saisons et les établissements qu’elle a fréquenté dans le cadre de son travail. Cependant, le style ne relève pas d’une simple critique culinaire. Yoko nous invite avec elle à déguster les plats, décrivant toutes les sensations qu’il lui procure. Elle nous explique l’origine de certaines traditions culinaires, nous embarque dans la découverte d’un restaurant tenu depuis un siècle avec le même savoir-faire. Elle nous plonge dans l’ambiance des lieux comme si nous l’accompagnions dans sa recherche de nouvelles saveurs. J’ai trouvé ce recueil très intéressant du point de vue culturel car l’on découvre la cuisine japonaise au fil des saisons et dans des endroits très différents. Même si j’ignore le goût de certains aliments introuvables en France, l’auteure a su titiller ma gourmandise dans tous ses billets. J’apprécie particulièrement la passion que les japonais vouent à la nourriture et la diversité des plats et restaurants qui existent. Pour aller dans les extrêmes, l’auteure nous embarque autant dans un temple pour déguster un menu bouddhique, que dans des restaurants d’entreprise ou des restaurants familiaux tenus depuis des générations. J’ai adoré le concept des divers pot-au-feu que l’on peut autant savourer seul qu’en bonne compagnie. J’ai moins apprécié le fait que soient dégustés certains plats qui du point de vue occidental semblent une hérésie (baleine, ours, chien…). Une véritable ode à la cuisine que j’ai bien eu des difficultés à terminer car cela me donnait toujours envie de manger !

L’été de la sorcière, Nashiki Kaho, éditions Picquier (Roman japonais)

Résumé : On passe lentement un col et au bout de la route, dans la forêt, c’est là. La maison de la grand-mère de Mai, une vieille dame d’origine anglaise menant une vie solide et calme au milieu des érables et des bambous. Mai qui ne veut plus retourner en classe, oppressée par l’angoisse, a été envoyée auprès d’elle pour se reposer. Cette grand-mère un peu sorcière va lui transmettre les secrets des plantes qui guérissent et les gestes bien ordonnés qui permettent de conjurer les émotions qui nous étreignent. Cueillir des fraises des bois et en faire une confiture d’un rouge cramoisi, presque noir. Prendre soin des plantes du potager et aussi des fleurs sauvages simplement parce que leur existence resplendit. Écouter sa voix intérieure. Ce n’est pas le paradis, même si la lumière y est si limpide, car la mort habite la vie et, en nous, se débattent les ombres de la colère, du dégoût, de la tristesse. Mais auprès de sa grand-mère, Mai apprendra à faire confiance aux forces de la vie, et aussi aux petits miracles tout simples qui nous guident vers la lumière. Ce livre qui prend sa source dans les souvenirs d’enfance de l’écrivaine coule en nous comme une eau claire.

Mon avis : Lu pour le menu Passé, Présent et Futur du Japon – Catégorie La vie à la campagne. Ce roman court est une vraie ode à l’amour entre une grand-mère et sa petite fille. Bien que le titre laisse présager d’y trouver de la sorcellerie, c’est plutôt une forme de confiance en elle que va développer Mai, sous les conseils de sa grand-mère, afin de maîtriser ses émotions. Si la famille compte une lignée de clairvoyantes, ce n’est pas vraiment le propos de cette histoire. L’auteure nous décrit tous ses souvenirs d’enfance passés avec sa grand-mère, ces moments passés à jardiner, faire de la confiture, les petits drames du quotidien. Dès le départ, on sent que Mai est et se sent différente car elle n’arrive pas à s’intégrer dans la société japonaise. C’est une petite fille qui peine à se faire des amis et au caractère difficile, préférant vivre dans sa bulle plutôt que de fréquenter un extérieur qui l’agresse. Cet été où elle est confié à sa grand-mère, elle réapprendra la discipline, le goût de l’effort, le nom des plantes et s’efforcera de vaincre ses peurs pour pouvoir repartir dans son quotidien. De son côté, sa grand-mère va réapprendre à vivre avec une petite fille, elle qui est veuve depuis quelques années et vit totalement seule. Derrière ce roman, on sent aussi une différence de compréhension entre générations : La grand-mère de Mai et sa mère n’ont pas la même conception de ce qu’est une femme élevant un enfant. Si la grand-mère privilégie le statut de mère au foyer, la mère de Mai préfère travailler et ces désaccords nuisent à la petite fille. Si l’auteure évoque peu la difficulté de la grand-mère de Mai à s’intégrer dans la société japonais alors qu’elle est anglaise, elle pointe surtout le besoin de perfectionnement constant et le goût de l’effort de cette femme hors du commun. On notera au passage, la presque absence du père qui travaille constamment, ainsi que l’absence totale du Grand-père décédé mais toujours présent dans l’environnement de l’enfant par ses objets et passions. En postface, on apprend qu’il s’agit d’une réédition du texte de 1994, à laquelle l’auteure à ajouté deux nouvelles : l’Histoire de Blacky, le chien de la grand-mère, et Les brindilles dans le fourneau, qui est le point de vue de la grand-mère sur le passage de Mai cet été là dans sa vie. L’auteure admet qu’elle a réussit à écrire le dernier texte car elle a désormais atteint l’âge de son personnage et comprend ce qu’elle peut ressentir. J’ai beaucoup aimé ces trois textes pour plusieurs raisons : ils se font écho entre eux au niveau des histoires car ce sont des souvenirs des personnages principaux (Mai, sa mère et sa grand-mère) à différentes étapes de leurs vie. Un sentiment de nostalgie se dégage de ces pages, auquel s’ajoute un amour profond pour la nature et une description formidable des sensations. C’est une jolie parenthèse hors du temps sur l’amour filial que nous propose l’auteur, comme si elle nous invitait nous aussi à passer un été chez sa grand-mère. Un petit bijou très court qui se lit d’une traite.

Sengo (série en 7 tomes – 6 tomes lus), Sansuke Yamada, éditions Casterman (Manga adulte)

Résumé : Japon, 1945. Démobilisés après la défaite, deux soldats qui ont servi ensemble sur le front se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Entre débine et combines au marché noir, les vaincus réapprennent à vivre malgré le vide béant laissé en chacun par la guerre. Sengo est un récit d’amitié et de guerre où le burlesque le dispute au tragique.

Mon avis : Lu pour le Menu Passé, Présent et Futur du Japon – Catégorie Au temps des Samouraïs (Histoire du Japon). Lire un manga sur l’Histoire du Japon après la Deuxième Guerre mondiale ne m’aurait pas effleurée l’esprit car ce n’est pas un thème qui m’enthousiasme.. Cependant, la série m’a été recommandée par un collègue et a reçu deux prix BD en 2020, donc j’ai décidé de sortir de ma zone de confort et de tenter ma chance. Et j’ai bien fait ! Sengo m’a appris de nombreuses choses pas très reluisantes au niveau historiques sur un Japon en reconstruction avec des civils et des vétérans obligés de vivre sous l’occupation des vainqueurs américains. Perdre est une honte, mais vivre avec l’occupant l’est encore plus ! Même si le sujet est plutôt grave, la série a le mérite d’apporter des touches d’humour et des notes un peu graveleuses avec ses deux personnages principaux : Kawashima, l’ancien sergent cultivé devenu alcoolique et tenancier d’un stand de soupe; et son acolyte le soldat Kuroda, bagarreur et amateur de femmes. Au fil des tomes, on découvre les combines des deux compères pour survivre dans un Japon en reconstruction, ainsi que les horreurs liées à la guerre : maison de prostitution organisées par l’Etat japonais pour les américains avec des japonaises plus ou moins consentantes, stands de nourriture où la viande s’avère être du chien, trafic de photos érotiques, viols, orphelins emmenés en orphelinats-prison ou vivant dans les rues en bandes, création des premiers clubs de strip-tease dans les cabarets d’Asakusa contraires aux bonnes moeurs… Les deux soldats sont revenus de la guerre meurtris et nous font parfois part de leurs souvenirs comme l’obligation d’exécution d’otages chinois juste pour s’entraîner à tuer, ou les brimades entre soldats dans les régiments qui poussent au suicide les plus faibles psychologiquement. On assiste aux différences de point de vue entre les vieilles générations pour lesquelles la mort en l’honneur de son pays est un acte suprême de virilité, et celle des jeunes générations qui sont revenus de la guerre indemne physiquement et tentent de s’en sortir, provoquant la colère des anciens. Le tome 6 centré sur le voyage d’hommage des deux compères aux familles de leurs camarades tombés au combat est assez éloquent sur ce sujet et sur les difficultés des familles à s’en sortir. J’ai été assez surprise de trouver beaucoup de scènes de sexe dans cette série par le biais de Kuroda qui fréquente régulièrement les prostituées, mais cela est toujours resté bon enfant (malgré certaines histoires plutôt sordides). Dans cette série, c’est surtout l’élan de solidarité qui prime entre les deux personnages et leur entourage, montrant que l’entraide leur permet de s’en sortir face à un pays en ruines. Une jolie série douce-amère qui mêle le drame à la comédie pour les amateurs de l’histoire du Japon.

Voilà pour mes derniers avis lecture de ce challenge. Même si je compte lire certains livres restant dans ma PAL, ils ne compteront plus pour le challenge par la suite. Je publierai prochainement le bilan de mon challenge à la fois sur mes lectures, mais aussi sur vos participations, donc n’hésitez pas à me tagguer dans vos articles bilans. 🙂

Et vous ? où en êtes-vous dans ce challenge ? Avez-vous lu certains des titres présentés ? Sinon, certains vous tentent-ils ? Dites-moi tout en commentaire !

Azami et Macha,

A.Chatterton

2 réflexions sur « Mini-Chroniques en pagaille #18 Spécial Hanami Book Challenge 2022 partie 4 »

  1. bonjour, comment vas tu? j’ai lu l’été de la sorcière il y a un moment déjà (un ou deux ans) et j’avais beaucoup aimé. passe un bon lundi et à bientôt!

    Aimé par 1 personne

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