Iron Widow, Xiran Jay Zhao, éditions Lamartinière Jeunesse

Une histoire de vengeance, une histoire de libération féminine et peut-être une histoire de mensonges. Telle est l’histoire de Wu Zetian, la Veuve de fer…

Résumé : Pilotés par l’énergie psychique combinée de couples de Concubins, les Chrysalides sont les gardiens de la grande muraille de Huaxia menacée par les envahisseurs Hunduns. Mais chaque bataille se solde systématiquement par le décès de la Concubine. Pour venger sa sœur morte au combat, Wu Zetian s’engage dans l’armée, où elle espère être associée au meurtrier de sa sœur… Mais la vengeance peut-elle suffire à son épanouissement ? Car les femmes ne sont pas les seules à être sacrifiées par le pouvoir archaïque et patriarcal de Huaxia, où mensonges et manipulations sont légion. C’est tout un peuple qui en est victime. Ce n’est pas d’une vengeance dont ont besoin les habitants de Huaxia, c’est d’une libération. Et Zetian pourrait être l’étincelle qui mettra le feu aux poudres de la révolte…

Mon avis :

Quand j’ai commencé à lire Iron Widow, je me suis demandée où j’avais mis les pieds. J’ai reçu ce livre en masse critique Babelio privilégiée et je ne suis pas habituée à lire de la Science-Fiction d’origine chinoise. J’ai été agréablement surprise malgré quelques appréhensions de départ.

Notez que l’éditeur à mis une page de Trigger Warning concernant certaines scènes au début du récit que j’ai beaucoup appréciée (mentions de scènes de viol, torture, violence…). C’est peu courant de nos jours qu’un éditeur le fasse et cela m’a permis d’appréhender plus facilement ces passages.

L’univers est un savant mélange d’inspiration entre la culture chinoise et la science-fiction. On y côtoie autant des filles aux pieds bandés que des robots-extraterrestres conduits par des couples de pilotes humains. Et c’est assez déstabilisant dans les premiers chapitres.

Heureusement, ce sentiment s’estompe assez vite lorsque l’on fait la connaissance de l’héroïne Zetian, qui va expliquer au lecteur le fonctionnement de son univers, tout en mettant en place une vengeance envers le meurtrier de sa soeur. Et là, l’histoire décolle et nous emporte très loin, très vite, dans un tourbillon d’action et de rage…

Un savant mélange de culture chinoise…

Au fil de son récit, l’auteur a su mêler différents éléments issus de l’Histoire de la Chine ou de sa culture. Voici un petit condensé non exhaustif de ce que j’ai pu noter au fil de ma lecture :

Tout d’abord, l’auteur(e) reprend la figure historique Wu Zetian pour créer son personnage principal. Il s’agit de la seule impératrice chinoise ayant régné sans régent et de manière plutôt progressiste vis à vis de la cause des femmes. D’après Wikipedia, ses opposants on a essayé d’effacer l’existence à sa mort et la dépeigne comme une ambitieuse n’hésitant pas à tuer ses propres fils pour continuer à régner.

Zetian dans Iron Widow est également décidée à plaider la cause des femmes et à instaurer un principe d’égalité totalement absent de son quotidien. Cependant, elle ne règne pas en tant qu’impératrice dans cette histoire et a des origines très modestes. Le point de départ de son sentiment de révolte le désir de venger la mort de soeur, utilisée comme une pile jetable par un pilote, comme toutes les concubines de pilote dans cet univers.

Je ne suis pas une experte de l’Histoire de la Chine, au contraire de l’auteur(e) qui est spécialisé dans ce domaine et a même une chaîne youtube sur le sujet. Cependant, je gage qu’iel s’inspire certainement de termes historiques pour son histoire (noms de périodes, de clans, de personnes), afin de lui apporter une touche d’authenticité. Il évoque aussi le supplice des pieds bandés dont est victime Zetian dès son plus jeune âge, afin de lui faire de jolis pieds susceptibles de plaire à un futur mari. Cette barbarie l’empêche totalement de courir et lui provoque de vives douleurs dès qu’elle marche. Les passages décrivant la perte de ses orteils est totalement atroce à lire, mais ô combien réaliste car elle a existé pendant mille ans en Chine !

L’auteur(e) utilise également la notion d’énergie vitale dans son histoire (Chi ou Qi) très présente dans la médecine traditionnelle chinoise, afin de créer une manière de diriger des robots géants issus de chrysalides extra-terrestres. C’est tout l’enjeu du livre : seuls ceux possédant une forte énergie vitale peuvent conduire les robots. On retrouve les 5 énergies présentes dans la culture chinoise : Eau, Feu, Terre, Bois, Métal, présentées par l’auteur(e) en début d’ouvrage par un pentagramme avec les différentes caractéristiques associées à ces éléments.

Enfin, la notion d’envahisseur par-delà la Grande Muraille de Chine, un thème très présent dans le récit, est représentée par la figure des Hunduns, sorte d’extra-terrestres aux formes d’insectes géants. Ils rappellent métaphoriquement les vrais envahisseurs humains du peuple chinois et les batailles sans fin pour protéger les territoires de menaces venues de l’extérieur. C’est la présence de ces extra-terrestres qui fait basculer le récit dans la science-fiction mais pas seulement…

…et de Science-Fiction

Dans cet univers, Zetian nous explique que la guerre contre les Hunduns dure depuis 2000 ans et leur arrivée sur Terre. Les humains auraient combattu ces créatures en récupérant leurs corps pour les transformer en vaisseaux et les faire fonctionner grâce à leur énergie psychique. Un couple est toujours nécessaire pour faire fonctionner ce robot-chrysalide qui peut évoluer comme des Transformers, en fonction de l’énergie instillée ou de la fusion psychique entre les deux pilotes.

Cela donne lieu à des robots en forme d’animaux : Tigre, tortue, oiseau, dragon … qui peuvent prendre une forme humanoïde selon l’intensité de l’énergie. Le problème réside justement dans cette énergie qui s’épuise au fil des combats et doit sans cesse être rechargée. Les filles deviennent des piles jetables, et sont aisément sacrifiées au profit des pilotes. Pour continuer à alimenter les pilotes, le gouvernement fait miroiter aux jeunes filles la possibilité de trouver leur moitié parfaite à travers les pilotes, avec de beaux mariages médiatiques. Le revers de la médaille est que nombreux sont les jeunes hommes modestes à ne pas pouvoir trouver d’épouses car les filles sont vendues par leurs parents au gouvernement pour devenir des concubines de pilotes.

J’ai beaucoup apprécié les scènes qui dévoilent la projection mentale dans laquelle sont poussés les couples de pilote pendant les combats. En général, il s’agit de celle de l’homme qui tente de briser sa partenaire tout en laissant apparaître ses souvenirs personnels ou des éléments de son passé. On peut se retrouver dans des cauchemars effrayants, des paysages naturels inhospitaliers, où seule la volonté et le souvenir de sa propre identité peuvent vous aider à vous en sortir. Pendant que Zetian est plongée dans ce chaos mental, à l’extérieur de son corps, la bataille fait rage avec le pilote qui conduit le robot-chrysalide, rendant ces scènes assez particulières au niveau des perceptions de l’héroïne.

Au niveau du fonctionnement politique, les pilotes ne sont plus des dirigeants nobles depuis 2000 ans. En revanche, ils sont présentés comme des héros aux yeux de la population car ils sauvent l’humanité des monstres qui tentent de la détruire. Ils font l’objet de sponsors et de paris, de campagnes publicitaires, et l’ensemble des combats est retransmis en direct sur des chaines de télévision nationales. En un sens, on est proche de Hunger Games au niveau de la mise en scène macabre des combats et du profit qu’en tire le gouvernement.

Sauf que les héros n’en sont pas vraiment et abusent pour beaucoup du système. Par exemple, les concubines pilotes sont encouragées à avoir des rapports sexuels avec eux pour augmenter leurs chances de symbiose psychique. Elles peuvent être nombreuses pour un seul pilote afin d’avoir une réserve de « piles » sous la main, tel un harem. La plupart des pilotes se moquent totalement du sort de ces jeunes femmes, en s’efforçant de ne pas s’y attacher car elles sont vouées à un destin funeste. Et il y a une concurrence féroce entre les pilotes qui peuvent donner lieu à des bagarres ou des vengeances plus sournoises lors des batailles.

Quant au gouvernement, composé essentiellement d’hommes, il contribue à maintenir ce système en place, en cantonnant les femmes dans leur rôle de mère, épouse, ou concubine pour pilote afin d’assurer la pérennité du Royaume. Malgré une volonté de porter aux nues les pilotes comme des idoles, les Sages sont confrontés à un problème majeur concernant leur meilleur élément : Li Shimin, un ancien prisonnier condamné pour meurtre. Difficile d’en faire l’apologie ou de lui donner les titres honorifiques qu’il mérite au vu de son passé…

Malgré certains aspects très ruraux de l’univers qui nous sont présentés à travers la famille de Zetian, l’ensemble de la population est très connecté grâce à des tablettes numériques qui ne sont accessibles qu’aux hommes. On y retrouve des accès aux archives de l’univers, des connaissances ainsi que le moyen de visionner la diffusion des combats filmés par des drones du gouvernement.

A côté de la zone de combats, près de la muraille de Chine où se trouvent les quartiers des pilotes et leurs machines, certains vivent dans des villages proches de la frontière en pleine nature, tandis que d’autres s’amassent dans une ville tentaculaire et ultra-technologique protégée de toute agression. A ce sujet, l’auteur(e) égratigne au passage les mégalopoles chinoises où l’on paie cher la vie en ville en s’entassant à plusieurs dans de minuscules appartements tant la place est réduite. Le contraste est totalement saisissant.

Et pourtant, malgré toute cette belle organisation, on ne sait pas grand chose sur les Hunduns, leurs réactions face au combat et la raison de leur présence sur Terre. On évoque même des Dieux qui décident parfois d’intervenir en toute discrétion mais totalement invisibles aux yeux humains. Et la légende d’un Empereur chinois endormi depuis 2000 ans dans le territoire hostile avec un robot dragon alimente bien des légendes locales…

De manière générale, on sent que l’auteur(e) a vraiment pris plaisir à combiner sa passion pour l’Histoire de la Chine avec la science-fiction. Le mariage avec la culture chinoise est tout à fait cohérent et original. J’avoue que les scènes de combats des robots m’ont rappelée par moment les robots japonais comme Goldorak ou Gundam.

Wu Zetian, une héroïne au sale caractère

Inspirée de l’impératrice Wu Zetian, figure historique, l’héroïne nous est présentée dès le départ comme une femme déterminée et implacable, résolue à défendre sa cause, quitte à se suicider, plutôt qu’à mener une vie normale de femme soumise.

Son projet de meurtre, savamment réfléchi, va finalement l’emmener plus loin que prévu au fil de ses découvertes sur son Chi et son potentiel. De ce fait, le résumé de la quatrième de couverture ne dévoile que les 100 premières pages, sans que cela soit redondant, car nous en apprenons beaucoup sur l’univers à travers Zetian.

A travers ce personnage, nous découvrons la soumission des femmes aux hommes, quand dans sa propre famille, sa mère et sa grand-mère sont battues par leurs maris s’ils sont contrariés, et sa soeur et elle-même vendues pour assurer l’avenir de leur frère. Zetian souhaite se battre contre l’oppression féminine et devenir un exemple de rebellion. Elle souhaiterait aussi que sa famille change et que sa mère se réveille de la soumission dans laquelle elle est plongée, sans même avoir l’idée d’en sortir.

Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu : prisonnière, accolée au pilote-tueur qui a la réputation de vider ses concubines de leur énergie à chaque vol, considérée ensuite comme un esprit malveillant à cause de son attitude… elle n’aura pas la vie facile pour mener à bien son projet.

Sa force réside dans son intelligence et une volonté inébranlable, en dehors d’un Chi assez important pour une femme. Alimentée par une fureur et une rage sans pareille, elle ne laissera personne lui marcher sur les pieds, même lorsqu’elle est prisonnière et à la merci de tous.

On pourrait la croire impitoyable et pourtant, elle sait faire preuve de douceur et de compassion à travers ses histoires d’amour, se rendant vulnérable face à son partenaire tout en l’épaulant. Bref, une figure vengeresse au coeur d’or.

Ce qui est amusant, est qu’à aucun moment elle ne se considère comme jolie. Au début du roman, elle se fait épiler son monosourcil pour se rendre plus attirante, mais à chaque fois, les hommes la critiquent sur son physique trop « grassouillet », qui semble ne pas convenir aux canons de l’époque. Donc Zetian ne compte pas forcément sur son physique, sauf s’il peut lui servir à des fins tactiques. C’est plutôt un garçon manqué.

J’ai beaucoup apprécié son sens de la répartie et la manière dont elle se met en scène dans le récit, en tant que pilote. Elle sait se forger un personnage de Veuve de fer convaincant pour le public, mais qui finalement reflète sa nature profonde.

Des personnages secondaires forts

Si Wu Zetian est l’héroïne de cette histoire, elle est secondée par deux personnages masculins assez complexes et très complémentaires qui vont l’aider dans sa mission :

Yizhi est son premier amour. On le découvre dans les premiers chapitres comme étant un jeune noble très riche au style assez féminin (cheveux longs, maquillage, robes de soie). Très intelligent, fils du roi des médias, il a du mal à assumer ses origines et cherche surtout à fuir son milieu qui ressemble à un nid de serpents. Il trouve en Zetian une simplicité et une franchise qui le désarçonnent. Contre toute attente, il va lui apprendre à lire et à se former sur les robots en la laissant utiliser sa tablette lors de leurs rencontres. On sent qu’il n’est pas favorable à la mission que s’est fixée Zetian, mais il l’épaule quand même par amour. Sa personnalité douce et raisonnée cache cependant un côté plus sombre qu’il dévoile rarement, ainsi qu’une bisexualité ambiguë.

Li Shimin, le partenaire pilote de Zetian est un homme complexe. Ayant massacré son frère et ses frères suites à des circonstances mystérieuses, il est considéré comme un criminel par tous. Ses origines ethniques font de lui la cible d’un racisme non déguisé. Physiquement, il a l’allure d’un homme fort et puissant, marqué par les cicatrices. A l’intérieur, c’est un homme torturé et brisé par ses actes passé mais lettré, capable d’amour et de compassion. Se considérant comme un monstre, il agit docilement aux ordres donnés par l’armée, résolu à ne trouver aucune échappatoire tant qu’on subvient à ses besoins. Sa rencontre avec Zetian va bouleverser ses croyances et le pousser sur le chemin de la rédemption. Son attirance pour Yizhi, du fait de sa ressemblance avec sa compagne décédée va le troubler fortement.

De manière générale, l’auteur(e) a su construire des personnages secondaires convaincants pour épauler son héroïne, même si les relations entre eux ne sont pas toujours idéales. La relation qui s’instaure dans le trio est assez convaincante et leur psychologie assez fouillée.

Une réflexion sur le genre

L’auteur(e) Xiran Jay Zhao est non binaire. Iel se revendique à la fois du genre masculin et du genre féminin. Au delà de sa vie personnelle, cette réflexion teinte son roman à travers plusieurs points :

Tout d’abord, les personnages des pilotes partagent une énergie Yin et Yang, dont leurs sièges de pilotage sont teintés afin de manœuvrer leurs robots. La femme s’installe dans le Yin et l’homme dans le Yang. Considérer par exemple, qu’une pilote féminine s’installe dans un siège Yang à la place de l’homme apparaît comme une hérésie dans cette histoire car cela indiquerait qu’elle ne sait pas reconnaître sa place de femme (Yin). Avec simplement cette représentation, l’auteur(e) nous fait déjà réfléchir au fonctionnement de la société dans son récit.

Le Yin et le Yang sont reconnus dans la culture chinoise comme une représentation complémentaire qu’on assimile à nos côtés masculins et féminins, présents au sein d’une même personne. Cette représentation apparaît à plusieurs moments de l’histoire, notamment dans l’espace mental partagé par les pilotes quand ils conduisent.

Ensuite, on note des personnages qui sortent de leur rôle imposé par la société dans l’histoire. Ainsi, le personnage de Yizhi apparaît comme féminin et bisexuel : il aime porter des robes, se maquiller, est assez délicat, aime regarder autant les hommes que les femmes. A l’inverse, Zetian est plutôt masculine : elle se soucie peu de son apparence et ne pense qu’à combattre. Pour autant les personnages sont complémentaires et savent mettre en valeur la part considérée dans leur univers comme « contre-nature » qu’ils ont en eux afin d’en faire une force.

Enfin, l’auteur dévoile en fin de récit une relation polyamoureuse, où le genre et le sexe n’ont que peu d’importance. Iel nous fait réfléchir sur ce qu’est l’amour sans se soucier des conventions et en y puisant un équilibre. Et c’est assez réussi.

En conclusion : Iron Widow est un roman de science-fiction young adult extrêmement riche qui s’inspire autant de l’Histoire de la Chine que des séries de robots japonais. On y découvre une héroïne au caractère bien trempée, qui armée de son courage et d’une fureur absolue, change son univers et embrasse un destin grandiose. Une véritable ode au féminisme.

3 commentaires

  1. C’est incroyable comment ce roman bat le chaud et le froid à sa lecture. Cela me pousse autant que freine et m’interpelle par conséquent. Je pense qu’avec une bonne occasion pour me le procurer, je suis certain de découvrir un jour cet univers si particulier.

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  2. […] Résumé : Pilotés par l’énergie psychique combinée de couples de Concubins, les Chrysalides sont les gardiens de la grande muraille de Huaxia menacée par les envahisseurs Hunduns. Mais chaque bataille se solde systématiquement par le décès de la Concubine. Pour venger sa sœur morte au combat, Wu Zetian s’engage dans l’armée, où elle espère être associée au meurtrier de sa sœur… Mais la vengeance peut-elle suffire à son épanouissement ? Car les femmes ne sont pas les seules à être sacrifiées par le pouvoir archaïque et patriarcal de Huaxia, où mensonges et manipulations sont légion. C’est tout un peuple qui en est victime. Ce n’est pas d’une vengeance dont ont besoin les habitants de Huaxia, c’est d’une libération. Et Zetian pourrait être l’étincelle qui mettra le feu aux poudres de la révolte…Retrouver mon avis ici. […]

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