Mini-Chroniques en pagaille #12 : Lectures d’automne et d’hiver

Sur le principe des mini-chroniques en pagaille de Light and smell, voici mon retour sur mes lectures situées entre le Pumpkin Autumn Challenge et le Cold Winter Challenge. Plus étoffées qu’un simple commentaire, moins élaborées qu’une vraie chronique, parce que je n’ai pas le temps ou l’envie d’écrire une vraie chronique pour chacun des livres lus…

La vie invisible d’Adie Larue, Victoria Schwab, Lumen éditions (Roman fantastique)

Résumé : Une nuit de 1714, dans un moment de désespoir, une jeune femme avide de liberté scelle un pacte avec le diable. Mais si elle obtient le droit de vivre éternellement, en échange, personne ne pourra jamais plus se rappeler ni son nom ni son visage. La voilà condamnée à traverser les âges comme un fantôme, incapable de raconter son histoire, aussitôt effacée de la mémoire de tous ceux qui croisent sa route. Ainsi commence une vie extraordinaire, faite de découvertes et d’aventures stupéfiantes, qui la mènent pendant plusieurs siècles de rencontres en rencontres, toujours éphémères, dans plusieurs pays d’Europe d’abord, puis dans le monde entier. Jusqu’au jour où elle pénètre dans une petite librairie à New York : et là, pour la première fois en trois cents ans, l’homme derrière le comptoir la reconnaît. Quelle peut donc bien être la raison de ce miracle ? Est-ce un piège ou un incroyable coup de chance ? Embarquée dans un voyage à travers les époques et les continents, poursuivie par un démon lui-même fasciné par sa proie… jusqu’où Addie ira-t-elle pour laisser sa marque, enfin, sur le monde ?

Mon avis : Ce roman commence comme un pacte à la Méphistophélès, sauf que Faust est une jeune fille nommée Addie et que le diable attend d’elle qu’elle lui offre son âme de son plein gré. Mais Addie est têtue, et malgré les embûches que le démon mettra sur sa route, elle ne cèdera jamais. Cependant, vivre une vie d’immortelle, traversant les époques telle un fantôme, s’avèrera un choix plutôt solitaire. Difficile d’être aimée sur le long terme, difficile de nouer des liens amicaux, difficile au début de survivre quand on n’a jamais connu la faim, le tout entrecoupé de visites régulières du démon à la date anniversaire du pacte pour voir si l’on va céder. Avec ce roman Victoria Schwab m’a emportée dans une histoire dense et complexe autour de la volonté et des rêves d’une jeune fille qui ne souhaitait pas accepter son destin. Le récit m’a fait voyager à New York de nos jours, telle une clandestine, mais aussi en divers lieux et époques au gré des aventures de l’héroïne. J’ai beaucoup apprécié cette alternance entre le passé et le présent d’Addie qui rythme le récit et m’a appris à mieux connaître la jeune fille et surtout comprendre le choc qu’elle ressent à New York où Henry, le libraire, la reconnaît. J’ai frémi avec Addie dans les premiers temps de sa nouvelle vie, quand elle doit apprendre à survivre et découvre les limites du pacte (et leurs conséquences sur son quotidien). J’ai aimé cette touche de thriller suscitée par l’apparition du démon Luc à chaque fois qu’Addie se relâche et essaie d’être heureuse. J’ai adoré les multiples références à l’Art sous toutes ses formes et la réflexion autour du fait de laisser son empreinte sur Terre, du temps qui passe, de l’importance des mots et des idées, que propose le roman. En revanche, j’ai moins accroché à deux choses : la romance naissante entre certains personnages qui m’a semblée molle et sans intérêt. Et surtout la fin de cette histoire que je n’ai pas trouvée assez aboutie. Après un roman assez long, un effet d’attente plutôt intense, j’aurais aimé une fin différente de celle proposée. Cependant, je dois reconnaître que l’auteure n’est pas tombée dans la facilité d’un final digne d’un soap opera, et en cela le dernier chapitre est plutôt soigné. Un roman à découvrir pour son héroïne autant que pour visiter la ville de New York de manière clandestine…

La maison qui parcourait le monde, Sophie Anderson, éditions L’Ecole des Loisirs (Roman jeunesse fantastique / Réécriture de conte).

Résumé : Tout ce que veut Marinka, c’est une vie normale. Une vie où sa maison aux pattes de poulet resterait au même endroit assez longtemps pour qu’elle se fasse quelques amis. Mais c’est difficile quand vous vivez dans une maison qui parcourt le monde, vous emportant avec elle. C’est encore plus difficile quand votre grand-mère est une Yaga, une gardienne qui guide les morts entre ce monde et le prochain, et que vous êtes destinée à lui succéder. Alors, quand Marinka tombe sur l’occasion de changer le cours de sa vie, elle n’hésite pas à enfreindre toutes les règles… avec des conséquences dévastatrices. Sa grand-mère bien-aimée disparaît mystérieusement, et c’est à Marinka de la retrouver. Même si cela implique un dangereux voyage dans l’au-delà…

Mon avis : Dans cette réécriture du conte de Baba Yaga, fortement teinté de culture russe, on découvre tout un univers de maisons sur pattes de poulet, et de Yaga, des passeuses d’âmes qui élisent domicile temporairement pour aider les âmes égarées à trouver le repos. Dans ce contexte, l’héroïne Marinka s’ennuie et aspire à un autre destin que celui de Yaga, comme sa grand-mère. Bravant les interdits, elle va essayer de se faire des amis chez les vivants et les morts, refuser d’aider Baba dans le passage des âmes ou renier ses origines. Sophie Anderson nous propose un roman d’apprentissage classique autour du thème du deuil et de la recherche d’identité. Livrée à elle-même, l’héroïne va devoir apprendre à grandir et à trouver sa place dans le monde, tout en découvrant ses origines. Avec Marinka, l’auteure abordera les thèmes de la transmission, de l’émancipation, de la maturité, des amours adolescentes mais aussi la discrimination, le racisme, l’acceptation de la différence. Elle nous fera aussi voyager des steppes glacées de Russie, au désert du Sahara en passant par les îles tropicales ou ce qui semble être la Grande-Bretagne. J’ai beaucoup apprécié la manière dont l’auteure aborde le thème du deuil, qui n’est pas très facile à traiter en littérature de jeunesse. Le sujet est abordé toute en sensibilité et avec un peu de fantaisie, à travers la métaphore d’une porte qui s’ouvre pour aspirer les âmes décidées à trouver le repos. La description du repas de fête avec des plats typiques russes, l’écoute des âmes par la Yaga concernant leur vie passée pour les pousser à traverser le voile en toute quiétude, … Dans cette histoire, la mort est vécue comme un moment doux et joyeux, accompagnée d’écoute et de compréhension. J’ai aussi adoré la relation entre Marinka et sa maison qui se rapproche d’un lien filial. La maison est une entité qui ressent les choses comme les humains, avec son petit caractère mais aussi ses failles. Le fait d’en prendre soin au sens propre comme au figuré aide Marinka a trouver sa voie mais aussi d’y dénicher un refuge en fin d’ouvrage, alors qu’elle la considère comme une prison au début de l’histoire. C’est un peu comme quitter sa mère pour aller découvrir le vaste monde, pour mieux y revenir. Si le roman comporte quelques longueurs associées aux interrogations de l’héroïne sur son avenir, les rebondissements finaux ont su me surprendre de manière agréable. A noter qu’un lexique sur les mots russes utilisés par l’auteur est présent en fin d’ouvrage pour mieux comprendre de quoi il est question. Un roman qui aurait tout à fait sa place pour un public adolescent de 12-14 ans si sa couverture, bien que jolie, était plus sérieuse. Un coup de coeur à découvrir absolument.

D’or et d’oreillers, Flore Vesco, éditions L’Ecole des Loisirs (Roman Young adult fantastique / Réécriture de conte)

Résumé : C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de Lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication. Mais voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

Mon avis : Cela commence comme un roman de Jane Austen avec une bourgeoise qui cherche à caser ses filles avec l’aristo du coin… cela se lit comme une réécriture de contes avec des références toutes les cinq minutes (Princesse au Petit pois, Barbe Bleue, Cendrillon…) et cela se termine comme une ode au féminisme et à l’amour, faisant fi des conventions sociales. Flore Vesco signe ici un nouveau petit bijou de langue, plein de fantaisie, qui s’amuse avec nos références en y apportant un brin de sensualité. J’ai beaucoup apprécié l’héroïne, Sadima, au nom orientale, une servante d’apparence banale, mais plus intelligente et plus maligne que ses maîtresses. Tout en nous apprenant que la vraie liberté d’une domestique est celle de pouvoir choisir son époux à l’inverse des mariages arrangés chez les plus riches, elle va élucider les énigmes autour de Lord Handerson et combattre les dangers afin de protéger leur amour naissant. Devant l’amour dévorant d’une mère, elle saura sauver son prétendant et prouver que même les servantes peuvent devenir des princesses. Difficile d’en dire plus sans vous dévoiler une partie de l’intrigue, mais une fois n’est pas coutume l’auteure s’amuse avec les mots, en prenant les expressions au pied de la lettre et en y apportant une touche de magie. Elle nous offre un roman young adult aux multiples rebondissements dont le final n’est que pur plaisir malicieux. Mon seul regret ? Que le roman ne soit pas présenté dans une collection Young adult (malgré une superbe couverture). Même si elles sont joliment formulées, il y a quelques scènes coquines non adaptées pour la jeunesse dans cette histoire qui m’ont fait tiquer pendant la lecture. En résumé , un joli petit bijou de poésie et de féminisme à ne pas mettre entre toutes les mains.

Les sorcières de Pendle, Stacey Halls, éditions Michel Lafon (Roman historique)

Résumé : Lancashire, Pendle, 1612. À 17 ans, Fleetwood Shuttleworth est enceinte pour la quatrième fois. Mais après trois fausses couches, la maîtresse du domaine de Gawthorpe Hall n’a toujours pas donné d’héritier à son mari. Lorsqu’elle croise le chemin d’Alice Gray, une jeune sage-femme qui connaît parfaitement les plantes médicinales, Fleetwood voit en elle son dernier espoir. Mais quand s’ouvre un immense procès pour sorcellerie à Pendle, tous les regards se tournent vers Alice, accusée comme tant d’autres femmes érudites, solitaires ou gênantes. Alors que le ventre de Fleetwood continue de s’arrondir, la jeune fille n’a plus qu’une obsession pour sauver sa vie et celle de son bébé : innocenter Alice. Le temps presse et trois vies sont en jeu. Être une femme est le plus grand risque qui soit.

Mon avis : J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec deux amies lectrices et j’avais dans l’idée qu’on allait parler sorcellerie. De sorcellerie, il n’en sera pas vraiment question en vérité. Le récit se concentre sur des accusations de sorcellerie portées sur des femmes guérisseuses ou gênantes politiquement en prenant pour base historique les procès de Pendle qui ont vraiment eu lieu en Angleterre en 1612. Ici, l’auteur réutilise les noms de vraies personnes présentes lors du procès et brode une histoire sur autour de Fleetwood Shuttleworth, jeune aristocrate dont nous aurons le point de vue sur l’ensemble des évènements. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance du récit, dans les bois du Lancashire, façon Les Hauts de Hurlevent, et son côté lugubre empreint de supersititions. J’ai aussi beaucoup accroché au côté féministe qui nous dépeint une époque où les femmes nobles ne sont que des ventres à héritiers ou dans des situations précaires si elles deviennent gênantes pour leurs maris (on pense à L’année de Grâce). J’ai adoré deviner les secrets du mari de Fleetwood au fil de l’histoire, qui finalement n’est pas aussi parfait qu’il n’y paraît. En revanche, j’ai moins accroché à l’invraisemblance de l’histoire concernant certains faits, comme Fleetwood galopant sur son cheval et tombant sans faire de fausse couche alors qu’elle est bientôt arrivée à terme. L’épilogue du récit m’a aussi semblé inutile et invraisemblable vis à vis du secret de son mari, comme s’il avait été rajouté au roman après coup. Enfin, le final autour de la figure du renard, apparaissant comme par magie à chaque fois que Fleetwood est en danger, m’a semblé manquer de développement. Malgré une ambiance lugubre et de nombreux rebondissements, je suis sortie mitigée de ma lecture. Je m’attendais vraiment à autre chose après avoir lu les commentaires positifs sur ce roman sur d’autres blogs. En résumé, un roman historique sur des procès de sorcières anglaises qui a le mérite de nous informer sur ce fait historique, mais qui ne vaut pas le tapage qu’on en a fait sur la blogosphère. Sur les mêmes thèmes, je vous recommande plutôt L’année de Grâce de Kim Liggett ou La Sorcière de Melvin Burgess (Hildelle en parle mieux que moi).

Voilà pour les lectures du jour, teintées de féminisme et de contes. Je m’étais donnée comme challenge de lire des titres plébiscités sur la blogosphère et je ne suis pas trop déçue pour une fois.

Et vous ? Les avez-vous lus ? Sont-ils dans votre PAL ? Dites-moi tout en commentaire. 🙂

Cheesecake au matcha et tasse de thé,

A.Chatterton

7 réflexions sur « Mini-Chroniques en pagaille #12 : Lectures d’automne et d’hiver »

  1. Je n’en ai lu aucun, mais tous les titres que tu présentes me donnent envie. C’est généralement le cas dans tes articles mini-chroniques.
    Addie Larrue est dans ma PAL et malgré tes petits bémols, tu sembles faire partie de ceux et celles qui ont apprécié le roman. Je n’ai pas l’âme d’une artiste, mais j’apprécie les romans qui y font référence…. Quant à ton commentaire sur la fin, il réveille en moi une vieille habitude : aller lire la fin avant de commencer un roman. Et pas certaine que je résiste à cette envie/impulsion.

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    1. Merci, j’espère que tu prendras le temps de les lire. Certains ne payent pas de mine comme La maison qui parcourait le monde et s’avèrent de bonnes surprises. Quel sacrilège de commencer un livre par la fin ! Enfin, chacun ses habitudes 🤣

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      1. Ce sera fait, quant à savoir quand…
        Je l’avais mise de côté cette habitude, mais ton avis m’a autant intriguée sur cette fin qu’un peu inquiétée. J’ai tendance à avoir besoin d’une fin plutôt heureuse ou de me préparer à une fin moins joyeuse, sinon, ça me perturbe pendant des semaines…

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  2. Je n’en ai lu aucun mais j’étais intriguée par le roman de Flore Vesco, il faudra que je me lance un jour. J’avais adoré Mirella, son autre jeunesse que je ne trouvais pas si jeunesse que ça d’ailleurs. C’est une catégorie éditoriale très vaste je me rends compte..

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    1. Moi je trouve ses livres mal classés. Ils ont l’apparence de contes mais selon le sujet c’est du Ya. L’école des loisirs n’a pas vraiment de catégorie ya, et c’est bien dommage. Medium + c’est pour les grands ados 14 ans et + mais les sujets varient beaucoup et sont parfois limite de l’adulte. 😅
      Au boulot, j’en mets certains en adultes selon les romans car on classe les ya avec les romans adultes. Les couvertures un peu jeunesse détonnent un peu. 🤣

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  3. bonjour, comment vas tu? merci pour tes avis. ils me tentent tous… ça m’a donné envie de retourner à la bib mais je vais attendre janvier. passe un bon lundi et à bientôt!

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