Bakemono-san, Les héritiers d’Higashi T2, Clémence Godefroy, éditions du Chat Noir

Lu dans le cadre du Hanami Book Challenge, j’ai retrouvé avec enthousiasme la suite des aventures de mes Bakemono préférés en pleine préparation d’un affrontement avec les Kitsune. L’intrigue se complexifie et laisse entrer de nouveaux personnages tandis que les principaux protagonistes gagnent en profondeur. Un deuxième tome bien mené dont il me tarde de connaître la suite…

Résumé : L’union entre Kaito Odai et Yin Daisen, orchestrée par leurs clans respectifs, paraît renforcer plus que jamais la mainmise de la dynastie des renards sur Higashi. Pourtant, dans l’ombre, la résistance s’organise. Ayané, ses origines enfin révélées, porte tous les espoirs de ses amis, mais tandis qu’elle voyage vers le Sud avec Yoriko et Tadashi, le fardeau de son héritage s’alourdit de jour en jour. Loin dans les forêts de l’Est, un trio improbable se forme et croise la route d’un terrifiant chasseur de yokai. Et au Palais des Mille Flamme, Midori, une jeune femme de la lignée des serpents promise à Ren Ishiga, se trouve déchirée entre son désir de servir Yin Daisen et les secrets qu’elle découvre bien malgré elle. Aux quatre coins de l’archipel, au péril de leur vie, tous vont se rendre compte que le pouvoir des bakemono n’est pas celui que l’on croit…

Mon avis :

Une intrigue qui se complexifie

Pour ce nouvel opus, Clémence Godefroy divise l’action en trois récits qui nous apportent chacun un éclairage différent sur l’histoire et nous font voyager dans le royaume des Bakemono. Il s’agit donc d’un roman choral.

Avec Ayané, nous verrons la construction d’une alliance entre les différents bakemonos pour contrer les renards roux (Nogitsune). Le périple d’Ayané chez les Tanukis (chiens viverins) ne se fera pas sans heurts et révélera bien des secrets sur elle-même ainsi que sur son compagnon de route, Tadashi le Sauvage. Il permettra aussi au lecteur de s’immerger dans les coutumes des différents clans Tanukis qui rappellent un peu celles des clans tribaux.

Avec les chats (Nekomata) Shunpei et Jinyu, nous irons dans les forêts de l’Est dans une quête insensée pour faire alliance avec le Oni vert, le grand démon de l’Est, invisible depuis des siècles, et qui serait bien utile contre les Nogitsune. Malheureusement, tout comme pour Ayané, le périple sera dangereux d’autant que dans l’ombre agit un chasseur de yokais et bakemonos aux intentions malfaisantes. On y retrouvera un personnage discret, aperçu dans le premier tome qui les aidera dans leur quête.

Enfin, Clémence Godefroy nous plongera au coeur des intrigues politiques du Palais des Mille Flammes, fief des Nogitsune, avec l’introduction d’un nouveau personnage : Midori de la famille des Orochi (serpents), destinée à épouser Ren Ishiga, meilleur ami du Prince. A travers ses yeux, nous découvrirons l’étendue du complot politique qui se noue autour du Prince Kaito Odai par Yin Daisen, mais aussi l’arrivée de moines espagnols au Japon. Devenue malgré elle la confidente et le jouet des manipulations de Yin Daisen, elle va vite comprendre que la cour est un panier de crabes où sa survie est en jeu.

Malgré la multiplicité des personnages et la division de l’action en trois quêtes, l’auteure nous propose un récit rythmé, complexe au niveau de l’intrigue et pourtant facile à lire. Elle nous fait aussi découvrir avec brio la mythologie des esprits et créatures japonaises sous un autre jour : chaque bakemono a une face humaine et une face animale, corrélés à deux pouvoirs. Le fait que les personnages ignorent l’origine de leurs pouvoirs et ce qui y est associé permet au lecteur de réaliser lui-même son enquête. C’est intéressant et astucieux.

A noter que contrairement au premier tome, un lexique/index des personnages avec leur traduction en français du japonais est disponible en fin d’ouvrage, ce qui permet d’identifier les différents animaux/esprits rencontrés et les clans auxquels ils appartiennent. Je l’ai trouvé très intéressant notamment concernant le clan des Jorogumo (araignées), présenté dans le premier tome, dont j’ignorait totalement à quel animal il faisait référence. Me voilà éclairée.

Les femmes à l’honneur

Déjà présentes dans le premier tome, les personnages féminins forts deviennent plus nombreux dans ce deuxième tome, avec des personnalités plus complexes qu’il n’y paraît. Un joli tour de force quand on sait que d’habitude ce type de récit d’aventures met plutôt des hommes en avant.

De disciple de la Main pure dans le premier tome, Ayané passe au statut de renégat après sa fuite et la découverte de ses origines. Dans cet opus, elle essaiera de maîtriser ses pouvoirs et aura ses premiers émois amoureux. Elle gagnera aussi en maturité. Derrière la guerrière un peu impulsive, on découvrira une jeune fille fragile, désemparée par ses origines et sa puissance et surtout fort timide face à un potentiel soupirant.

Présentée au début comme froide et hautaine, la princesse Numié Dayut va se montrer plus brave et plus sage que son amie Ayané. La faute à son histoire d’amour interdite ou à son amitié envers Ayané? Toujours est-il que la Louve blanche va s’adoucir et prendre la décision de se séparer de Ayané pour faire avancer leur combat contre les renards roux, en attendant une réponse positive à sa demande en mariage. Elle m’a fait penser au personnage de Yuri dans la trilogie de Morgan of Glencoe : La dernière geste, dans sa manière de prendre en main son destin.

Midori Uzawa, jeune fille de bonne famille du clan Orochi arrive dans ce jeu d’échecs auquel elle est étrangère, mais dans lequel elle va devoir s’impliquer. De constitution fragile, elle est très érudite et dotée d’un esprit critique. Très précautionneuse face à la dangereuse Yin Daisen, elle va s’efforcer de porter un masque et de jouer le jeu de la cour alors qu’intérieurement elle critique son fonctionnement. Elle incarne la femme captive des convenances qui épouse un homme pour sauver son statut et celui de sa famille, alors qu’elle en aime un autre. En secret, elle pourrait s’avérer une alliée intéressante pour les renégats, encore faut-il qu’elle ait assez de courage pour les aider.

Enfin Yin Daisen est la méchante par excellence de l’histoire. Promise au Prince Kaito Odai, du même clan que lui, la renarde rousse est d’une lignée tellement pure qu’elle est plus puissante que toute la famille réunie. Bien déterminée à transformer le prince en pantin pour régner à sa place, elle ne recule devant rien pour précipiter son mariage et faire valoir son statut de future souveraine, quitte à tuer…Elle cache un secret effroyable sur ses origines. Instrument de sa famille en tout état de cause, on sent qu’elle pourrait avoir des sentiments pour le prince : preuve malgré tout d’un coeur derrière sa façade de glace ? On peut s’interroger sur sa personnalité, proche de la folie, qui pourrait être dûe aux attentes de sa famille.

Bien mises en avant dans le premier tome Okami-Hime, Numié et Ayané passeront au second plan ici, au profit de Yin Daisen et Midori. J’ai trouvé que cela était très astucieux de la part de l’auteure car cela permet de déplacer l’action dans de nouveaux lieux de l’univers et de comprendre la complexité du combat qui s’annonce.

Par ailleurs, j’ai noté que les relations amoureuses des personnages féminins sont également difficiles à concrétiser et que l’auteure s’amuse à diversifier les cas de figure : amour interdit pour des raisons politiques, mariage de raison, alliance politique, amour caché, amour non-réciproque… J’espère des dénouements heureux pour certaines dans le prochain tome.

Derrière la fiction, un peu d’Histoire du Japon

Si l’on enlève la partie magique du récit et que l’on se concentre sur son aspect politique, on peut y voir quelques liens avec l’Histoire du Japon, sur plusieurs époques, à l’instar d’un Trône de Fer nippon. Loin de connaitre sur le bout des doigts toutes les époques, j’ai réalisé quelques recherches et fait quelques suppositions.

Ainsi, l’évocation d’une guerre antérieure et le maintient de la paix par un gouvernement d’une famille de guerriers évoque l’époque de Kamakura (1185-1333) qui a constitué au Japon la première partie de son Moyen-âge. Les bakemonos ne sont finalement que des guerriers inspirés en partie de la mythologie japonaise qui souhaitent renverser le pouvoir en place.

La vie à la cour du Palais des Mille Flammes, ainsi que les mariages arrangés pour créer des alliances politiques, le développement culturel de la cour, évoquent la cour impériale japonaise à l’époque de Nara (VIIIe siècle). Le fait que Midori ait accès a autant de livres et écrive de la poésie n’est pas anodin à une époque qui le permet. La confrérie de la Main Pure évoque un ordre religieux chinois versé dans les arts-martiaux. Si elle est tolérée pour son érudition et son service de garde du corps, sa médecine est plutôt vue avec suspicion à la cour impériale. Elle rappelle les délégations chinoises au Japon de la dynastie Tang toujours à l’époque Nara, le côté martial en moins.

Pour finir, la venue d’étrangers espagnols et l’ouverture du pays à l’étranger rappelle l’ère Edo, avec le commerce et le regard que portent les étrangers sur la culture japonaise, et celui des japonais sur les autres pays. Ceci s’incarne à travers le personnage de Joaquin de Mendès qui découvre la cour impériale, sa littérature et ses légendes, le commerce de métal flottant et qui surtout éprouve des difficultés à communiquer dans une langue très complexe pour lui. De son côté, Midori porte un regard différent sur sa propre culture suite à sa rencontre avec Joaquim, remettant en cause sa vision du monde.

En conclusion : Plus complexe que le premier tome, plus intéressant aussi, ce deuxième opus des Héritiers d’Higashi nous entraîne dans une aventure peuplée de mythologie et d’Histoire japonaise sous couvert de magie, avec des réflexions contemporaines sous-jacentes sur l’amour et la politique. Un joli bonbon nippon à découvrir, que vous soyez néophytes vis à vis de cette culture ou non.

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