Les conseils d’écriture de … Elisabeth Gilbert

Plutôt que de réaliser une énième critique du roman/manuel d’écriture d’Elizabeth Gilbert intitulé Comme par magie, je vous propose de découvrir directement ses conseils à travers cet article.
Elizabeth Gilbert possède une personnalité particulière et même si ce n’est pas l’auteure de nombreux best-sellers, elle a le don de poser les bonnes questions face à l’écriture et d’en proposer une approche créative, décomplexée et joyeuse.

Avoir le courage de faire naître les trésors qui dorment en soi

La base de ce livre réside dans les deux chapitres intitulés Courage et Permission. Elizabeth aborde les peurs qui nous empêchent d’être créatifs pour mieux en prendre conscience et surtout apprendre à vivre avec.

C’est là, selon elle, la première étape de toute envie créative : se donner la permission et le courage de faire preuve de créativité.
Elle soulève l’idée que tout processus créatif est entravé par soi-même, et qu’il ne tient qu’à nous de nous en libérer.

Cela peut être lié à la peur du regard des autres, ou de voir ses attentes déçues, ou de se sentir ridicule, etc…
Par divers exemples, Elizabeth dédramatise, encourage, invite à se lancer et surtout propose d’avancer même si tout n’est pas parfait, vers le chemin de sa créativité.
Avec humour, elle aborde la peur comme une sensation barbante et pas très utile dans toute existence créative, mais dont il faut prendre conscience. En revanche, on n’est pas obligés de l’écouter !

Une vision hippie de l’univers créatif

Dans la partie intitulée Enchantement, Elizabeth explique qu’elle considère les idées comme des entités vivantes qui vont de personne en personne, attendant à l’affût que quelqu’un leur soit réceptif pour les investir et les faire naître.

L’idée peut paraître saugrenue, mais cela rejoint le côté magique que l’auteure attribue à l’écriture. Cela lui permet d’expliquer également pourquoi il nous est impossible de revenir sur une vieille idée avec le sentiment d’avoir trop attendu pour la développer. Ou encore, pourquoi parfois plusieurs personnes peuvent avoir la même idée : celle-ci visite l’une puis l’autre en étant attentive à qui pourrait au mieux la faire naître !

Une approche décomplexée de l’écriture

Partant du postulat précédent, Elizabeth nous invite à nous investir dans ce qui nous intéresse vraiment sur le moment au lieu de conserver des boîtes d’idées en espérant un jour revenir dessus. L’idée ne nous attendra pas et trouvera bien une autre personne à visiter pour naître…

La formule peut prêter à sourire si l’on n’adhère pas au côté magique proposé par l’auteure, mais elle a au moins le mérite de décomplexer vis à vis d’un travail impossible à terminer comme ces vieux manuscrits au fond d’un tiroir dont on espère venir à bout un jour.

Ainsi, vous évitez de culpabiliser ou de regretter cette oeuvre tuée dans l’oeuf et vous vous tournez plutôt vers quelque chose que vous êtes certain de faire aboutir.

En partant de ce principe, vous pouvez ainsi vous y consacrer pleinement et de manière positive, sans perdre courage. Le travail est de longue haleine et la récompense sera surtout d’avoir réussi à le terminer.

Ses conseils inhabituels à un jeune écrivain

Le chapitre Persistance du livre est une vraie mine de conseils pour les écrivains même si la portée du livre reste cependant l’idée de mener une vie créative, peu importe l’art choisi.

Toutefois, les conseils d’Elizabeth ne sont pas ceux que l’on a l’habitude de rencontrer habituellement dans des manuels pour devenir écrivain. Mais ils ont au moins le mérite d’être honnêtes et associés à son expérience personnelle.

Eviter de vivre de sa passion pour rester créatif

A l’instar de Haruki Murakami qui a décidé de se lancer totalement dans l’écriture (cf mon article sur sa biographie d’écrivain), Elizabeth invite le jeune auteur à ne pas vivre de son métier d’écrivain. Pourquoi un tel choix qui va à l’encontre de beaucoup d’autres auteurs ?

Elle indique avec justesse que vivre de sa passion peut nuire à créativité. Or, dans un métier où la créativité est le moteur de tout travail, cela peut s’avérer compliqué de réussir à être productif sans devenir anxieux des conséquences d’un manque de travail dans son quotidien (ex: payer ses factures, manger, garder un toit sur sa tête, etc…).
Elle-même a eu de nombreux métiers à côté de celui d’écrivain et n’a vraiment consacré sa carrière à l’écriture qu’après la sortie de son best-seller Mange Prie Aime, car elle était sûre d’y parvenir après ce succès.

Choisir une vie créative dans sa globalité

A la place d’une carrière créative, elle propose d’en faire une vocation afin de garder une santé mentale saine et de ne pas paniquer face à l’incertitude de l’avenir.

Mais qu’est-ce qu’une vie créative ? C’est une vie où la curiosité à sa place, contrairement à la peur. Une vie où l’on s’autorise aussi à faire les choses que l’on aime. Où l’on prend soin de soi. Et où parfois, il faut prendre des chemins de traverse pour résoudre des problèmes.

Vivre ses idées pour soi et non pour les autres

Avec humour, Elizabeth met en garde le jeune auteur sur sa volonté de vouloir changer le monde grâce à son oeuvre. Il est préférable selon elle de vivre ses idées pour soi car à vouloir vivre pour autrui, vous n’aiderez personne.

Elle prend pour exemple son propre best-seller qu’elle a écrit d’abord pour elle, mais dans lequel de nombreux lecteurs et lectrices se sont reconnus par la force des choses.

De la même manière, elle invite le jeune écrivain à terminer d’écrire un roman pour lui-même, sans chercher à le publier. On peut écrire pour le plaisir, sans être dans l’obligation de montrer son travail aux autres ou dans le but de devenir célèbre.

La meilleur école pour devenir écrivain…

…reste la lecture d’autres écrivains et ses expériences de vies. Elizabeth nous mets en garde contre les études très chères pour apprendre à écrire. Un maître n’a jamais mieux appris qu’en pratiquant seul son art et en le perfectionnant jour après jour.

L’écriture ne s’apprend pas à l’école : elle se vit, et se nourrit d’expériences personnelles. Ainsi, l’auteure a vécu mille vies en essayant des métiers différents et en voyageant, avec toujours son carnet de notes. Elle a écrit sans relâche jusqu’à réussir à être publiée un jour.

Choisir l’authenticité

L’important est de ne pas être original mais authentique. Votre version d’une idée déjà éclusée sera différente car elle sera la vôtre, et c’est cela le plus important : c’est de faire entendre votre voix. Car les thèmes que l’on retrouve dans les livres sont une inlassable répétition. Si cela vous bloque car vous avez peur de répéter ce qui a été fait, dites-vous que votre manière de l’aborder sera différente de celle des autres.

Se donner rendez-vous avec l’écriture

Plutôt que de se plaindre de ne pas avoir assez de temps pour écrire, Elizabeth propose deux choses : soit grapiller le moindre moment pour s’y consacrer, soit considérer l’écriture comme une maîtresse avec qui l’on entretient une liaison.

Dans le deuxième cas, on peut se parer pour la circonstance de ses plus beaux atours afin de se donner rendez-vous avec l’écriture. Se rendre beau permet aussi de se donner confiance en soi et d’appeler le processus créatif sous la forme d’un rituel.

L’écriture ne doit pas être source de souffrance

Elizabeth prône la joie obstinée dans la créativité et ne croit pas en la figure de l’artiste tourmenté. Il est possible de créer sans que cela soit un calvaire, en ayant confiance en son inspiration et attentif à ce qui se passe en soi et autour de soi.

Par ailleurs, tout processus créatif qui se veut destructeur pour soi-même n’est jamais bon pour la santé. Et se considérer comme un martyr ne fera pas avancer son travail.

Se connaître pour piéger sa créativité

Si l’on se connaît bien, on peut se piéger soi-même pour réaliser un travail créatif quand la voie
normale assis derrière un bureau, ne fonctionne pas.

Elizabeth évoque une amie très douée en conférence, mais assez médiocre quand elle devait écrire son livre sur son sujet de prédilection. Elle a pris conscience que son potentiel créatif était mieux développé lors de ses prises de paroles publiques et à décidé d’expliquer son livre à des amies en s’enregistrant. Cette prise de note inhabituelle l’a aidée à terminer son livre et elle passé un bon moment avec ses amies.

Le mieux est l’ennemi du bien

Elizabeth s’est parfois retrouvée avec un détail dans une histoire qui lui semblait bancal, mais qui s’il devait être corrigé, nécessitait qu’elle remanie son récit dans leur intégralité. Sauf qu’elle n’avait pas envie de les reprendre. L’accouchement avait été difficile et l’histoire aurait aussi pu être publiée telle quelle, sans développer davantage ce personnage bancal. Elle n’a donc pas changé son texte, et il a été publié ainsi. Curieusement elle n’a eu que peu de remarques sur son « imperfection ». Moralité : ce que l’on voit parfois comme quelque chose à corriger du fait de son perfectionnisme n’est pas forcément très important.

Ne pas écouter son ego

A l’inverse, un éditeur lui a demandé de retoucher une nouvelle pour la raccourcir en vue d’une publication alors que pour elle, la nouvelle était parfaite. Plutôt que d’écouter son ego et de refuser l’offre, elle a revu sa copie et cette publication lui a apporté sa rencontre avec son futur agent littéraire. Toute oeuvre peut être modifiée, selon l’objectif que l’on se fixe en la réécrivant.

Accepter l’échec

Un des derniers conseils d’Elizabeth qui m’a le plus étonnée car il n’est jamais évoqué dans les manuels d’écrivains est la notion d’échec.

Elle explique qu’il arrive à tout écrivain de mener un roman jusqu’au bout et qu’il ne fonctionne pas. Dans ce cas, plutôt que de s’apitoyer ou de s’acharner, il est nécessaire de passer à autre chose, ou un autre travail créatif. Mais surtout accepter que la notion de réussite est relative, selon le sens que l’on y met. L’important est de s’amuser à créer, pas de savoir si cela est un échec ou une réussite.

Elizabeth Gilbert : sa vie, son oeuvre

Elizabeth Gilbert est une auteure américaine contemporaine. Elle a écrit le best-seller Mange, Prie, Aime, adapté au cinéma et dont l’intrigue est autobiographique, et sa suite Mes alliances : Histoires d’amour et de mariages, tous deux édités chez les éditions Calman-Lévy.

Elle a aussi écrit six autres romans moins connus avec des thèmes différents tels que la nature (L’empreinte de toute chose), la danse (Au bonheur des filles), la pêche (La tentation du homard),la vie sauvage du dernier survivaliste américain (Le dernier américain), un portrait des Etats-Unis (Désirs de pèlerinages).

Ses romans se déroulent à des époques différentes, et comportent souvent une romance, mais surtout une portée philosophique et l’humour qui la caractérisent.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir l’univers de Elizabeth Gilbert et aussi que ses conseils en écriture vous apporteront le courage de venir à bout de vos projets.

Plume et encrier,

A.Chatterton

4 commentaires

  1. J’aime beaucoup ton article. Je ne connaissais pas cette autrice mais ce qu’elle dit me parle beaucoup. Moi même j’ai fait le choix de ne pas chercher à vivre de mon écriture justement pour gagner en sérénité et ne pas tuer ma créativité, ce qui serait arrivé tôt ou tard. Je la rejoins aussi totalement sur le fait qu’il faut lire pour écrire. J’ai déjà entendu des auteurs dire que non ils ou elles n’avaient pas le temps de lire.. Chaque fois j’ai préféré passer sur leur livre du coup 😅
    Bref tout ça pour dire que je vais probablement acheter ce livre grâce à toi 😁

    Aimé par 1 personne

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