Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #3 : L’automate

Quelle est la place de l’automate dans la littérature steampunk ? Sous quelle forme apparaît-il ? Possède-t-il des qualités humaines ? Quelle est son origine ? Telles sont les questions auxquelles j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/03/2021. Dans ce troisième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans steampunk qui abordent de manière différente la figure de l’automate pour vous en montrer les différentes facettes.

L’origine de la figure de l’automate en littérature steampunk

Note : je précise que je ne suis pas spécialiste en science-fiction et que pour réaliser cette première partie, j’ai dû réaliser des recherches sur le sujet. Les hypothèses que je dégage sur l’automate n’engagent que moi.

Avant le steampunk, le cyberpunk

Pour revenir à mon introduction à la définition du Steampunk (cf Parlons Steampunk #1), le steampunk littéraire a été créé comme une blague en réaction au cyberpunk par trois auteurs américains. Ces derniers ont imaginé transposer des thématiques du cyberpunk à l’époque victorienne.

Or, dans le cyberpunk, il est souvent question de robots : des robots avec des pensées humaines, des humains dans des robots, des robots dont on se demande s’ils sont humains…

C’est donc tout naturellement que l’on retrouve cette thématique dans la littérature steampunk avec la figure plus archaïque et moins moderne du robot : l’automate.

Mais pour retrouver l’origine des questionnements qui existent vis à vis des robots ou des automates, il faut creuser aux bases de la littérature de Science-Fiction, avec Isaac Asimov.

Avant le cyberpunk, Isaac Asimov et les lois de la robotique

Isaac Asimov est un écrivain américain d’origine russe, et un professeur en Biochimie à l’Université de Boston qui a vécu de 1920 à 1992. Auteur prolifique, il a écrit une œuvre composée d’environ 500 livres de Science-Fiction ainsi que d’ouvrages de vulgarisation scientifique dans plusieurs domaines (astronomie, biochimie, etc…).

Avec son Cycle des robots publié entre 1967 et 1988, il a posé les bases des romans ayant pour sujet les robots avec les trois lois de la robotiques :

  •  Première loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » 
  • Deuxième loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. »
  • Troisième loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

Une loi zéro viendra s’ajouter par la suite dans ses écrits : « Un robot ne peut ni nuire à l’humanité ni, restant passif, permettre que l’humanité souffre d’un mal ».

Tout l’objet de la littérature d’Asimov est de se faire confronter ces lois dans ses fictions, ainsi que leurs contradictions. Elle constitue également une base de réflexion qui a fait évoluer par la suite la Science de la Robotique que nous connaissons aujourd’hui, preuve que la littérature peut être à la base d’innovations dans notre réalité.

C’est cette base que l’on retrouve dans le cyberpunk, puis par la suite dans le steampunk. On peut y noter en filigramme une critique du racisme si l’on considère le robot comme une figure de l’étranger.

L’évolution dans la littérature steampunk contemporaine

Si la notion de création est déjà présente dans les romans fondateurs du steampunk comme Homonculus de James Blaylock avec la figure de l’homoncule (=un petit être issu du végétal et éveillé grâce à un procédé alchimique), son éclosion a lieu plus tard avec des récits plus contemporains mettant en scène des automates.

Dans l’imaginaire rétro-futuriste, l’automate est présent pour son côté esthétique (rouages apparents, rouille), et les questions qu’il soulève vis à vis de sa création.

La plupart des romans steampunk interrogent la figure de l’automate sous plusieurs niveaux :

  • la nature de l’automate : est-il vivant ? se considère-t-il comme humain ? comment est-il construit ? est-il immortel ?
  • les conséquences de l’existence de l’automate pour les humains : Est-il un danger ou une aide ? Remplace-t-il un humain pour ses tâches ingrates (= question de la lutte des classes) ou dans ses relations amoureuses (= question des relations humaines) ?, comment est-il accepté dans la société ? comment les hommes l’utilisent ?

Il est intéressant de constater que les lois de la robotique sous-tendent l’ensemble de ces questions, tout en ajoutant d’autres thèmes propres aux romans steampunk : la lutte contre les inégalités sociales, l’intérêt pour l’évolution scientifique et le progrès, le féminisme, l’esthétique rétro-futuriste, le voyage imaginaire.

Afin d’illustrer mon propos, je vous propose d’étudier plusieurs cas d’automates dans quatre romans steampunk. Je précise que cette liste n’est pas exhaustive car elle est issue de mes lectures personnelles.

Si vous connaissez d’autres romans évoquant des cas différents d’automates, je vous invite à les indiquer en commentaire de cet article pour les faire découvrir. 😉

L’homme-automate et les automates vivants : La trilogie des Récits des mondes mécaniques de Marianne Stern, éditions du Chat noir

Un roman où l’action se situe dans une Allemagne uchronique où la construction des automates est réalisée par des orfèvres, ceux qui naissent avec ce don de créer en insufflant une partie de leur âme dans leurs créations. On y abordera trois thèmes en lien avec l’automatie : l’homme mécanisé qui a perdu son humanité, la mécanique qui rend vie aux morts et les créations quasi vivantes grâce à la magie et l’âme de celui qui les a construites.

L’intrigue du tome 1, Smog of Germania : Germania, début des années 1900, capitale du Reich.
À sa tête, le Kaiser Wilhem, qui se préoccupe davantage de transformer sa cité en quelque chose de grandiose plutôt que de se pencher sur la guerre grondant le long de la frontière française – et pour cause : on dit qu’il n’a plus tous ses esprits. Un smog noir a envahi les rues suite à une industrialisation massive, au sein duquel les assassins sont à l’oeuvre. Une poursuite infernale s’engage dans les rues et les cieux de Germania le jour où la fille du Kaiser échappe de peu à une tentative de meurtre. Objectif : retrouver les commanditaires. La chose serait bien plus aisée s’il ne s’agissait pas en réalité d’un gigantesque complot, qui se développe dans l’ombre depuis trop longtemps.

Ce qu’on en retient :

La trilogie des Récits du monde mécanique raconte trois histoires mettant en scène des personnages récurrents, mais dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Le personnage central s’avère être Maxwell, un créateur de génie et aussi pirate de l’air, à la solde de l’empereur Wilhem. Au fil des tomes, il sera pourchassé pour son art à des fins militaires car l’Europe est en guerre : le Reich, la France et l’Angleterre essaient de conserver leurs territoires à n’importe quel prix et en cela les orfèvres sont très recherchés.

Le premier tome situé en Allemagne tourne autour d’un complot politique visant à détruire l’Empereur. Sa fille Viktoria, aidée de son garde du corps Jérémiah, va enquêter et découvrir des choses qu’elle n’aurait pas soupçonnées concernant sa famille.

Le roman fait la part belle aux personnages masculins plus travaillés que les féminins et à une atmosphère crasseuse de pollution.

L’auteure nous présente Viktoria comme une jeune fille capricieuse et naïve en opposition à Maxwell charmeur et mortel ou Jéremiah d’aspect repoussant mais au coeur tendre.

L’univers n’est pas rose et intègre un questionnement sur les classes sociales : en haut les riches disposant de l’air pur, en bas les pauvres noyés dans la pollution des usines. On s’interroge également sur les capacités mentales de l’empereur et son aptitude à gouverner du fait de ses lubies de construction démesurées qui ne prennent pas en compte le bien-être de son peuple.

A côté de son intrigue pleine de suspens, Marianne Stern développe une réflexion sur les automates et leur créateur sur plusieurs niveaux.

Dans son univers, créer des automates est tout d’abord un don, qui s’acquiert en naissant et se perfectionne avec le temps. Mawxell en a hérité et quand il réalise un automate : fleur, oiseau, vaisseau… il met une partie de son âme littéralement dans sa création, lui conférant à la fois un aspect magique, mais surtout un réalisme vivant. Le revers est que si son âme est noire, corrompue, les automates le seront tout autant. Pire, ils seront reliés à lui. On s’en rendra vite compte dans le troisième tome Realm of Broken Faces.

Les automates servent exclusivement les intérêts de la guerre, en tant qu’armes ou améliorations techniques pour s’entretuer. Cette utilisation atteindra son paroxysme dans le troisième tome avec des automates créés à partir de déchets de métal qui n’ont même plus l’apparence humaine mais tout juste une parodie grotesque.

L’autre utilisation des automates proposée par l’auteur est celle de ramener les morts à la vie par le biais de la nécromancie. Comme la création est liée à la magie des orfèvres, cela était prévisible. Mais dans quel but vouloir ressusciter les morts ? Ici, il sera question d’un amour perdu qu’on ne veut pas laisser partir. Si derrière l’intention de création, il y a l’impossibilité de réaliser son deuil, le résultat sera désastreux : un automate vidé de son humanité, parodie de l’être humain qu’il était.

Le dernier aspect que nous fait étudier l’auteure dans sa trilogie est la reconstruction d’un être vivant avec des parties mécaniques à travers le personnage de Jérémiah. L’homme de main de Viktoria n’a pas toujours été à moitié automate, il était de chair et de sang. Suite à des circonstances particulières que j’éviterai de vous dévoiler, Maxwell l’a réparé avec des éléments mécanique pour lui permettre de vivre. Mais son humanité s’en est trouvée affectée. Amélioré avec un oeil mécanique qui lui permet de voir l’invisible, et un coeur mécanique qui l’enchaine au Reich, il est devenu un exécuteur froid et très efficace. Cependant, il souffre de son aspect repoussant qui l’empêche de mener une vie normale d’homme. Il lui faudra l’amour d’une jeune femme pour enfin s’humaniser.

Avec ce personnage, on s’interroge sur les limites de l’humain : où la partie automate commence ? où celle humaine s’arrête ? Loin d’un automate complet, on est face à un hybride avec une base humaine assez complexe, beaucoup plus qu’un simple homme doté d’une prothèse. On se demande aussi s’il n’aurait pas atteint une forme d’immortalité avec ses améliorations profondes.

Pour faire un parallèle avec d’autres romans qui traitent des mêmes thèmes :

On retrouve cette thématique des automates vivants dans Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway, déjà évoquée dans Parlons Steampunk #1, où l’héroïne insuffle la vie à ses créations mécaniques avec de la magie.

Quant à l’homme modifié mécaniquement, il trouve un écho dans le roman steampunk Rouille, de Floriane Soulas, avec un tueur en série modifié et une mode des greffes d’implants mécaniques parmi les riches. J’évoquerai plus en détail ce roman en juin autour d’un Parlons Steampunk au féminin.

Si vous souhaitez un retour complet sur la trilogie, je vous invite à lire mes chroniques complètes de Smog of Germania, Scents of Orient et Realm of Broken Faces dans ma rubrique Lecture et sur le site de French-Steampunk.fr.

L’automate qui cherchait son identité : Le club des érudits hallucinés de Marie-Lucie Bougon, éditions du Chat noir

Ce roman se présente comme la suite directe de L’Eve future de Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, un classique de la littérature française qui évoque la création de la femme parfaite mais mécanique. On y retrouve l’automate/andréïde Eugénia qui a perdu la mémoire et qui, découvrant sa nature, part à la recherche de son créateur. Elle sera aidée dans sa quête par un cercle d’érudits et d’aventuriers.

L’intrigue : Quand la jeune Eugénia trouve refuge dans la maison du professeur Brussière, physicien en retraite dirigeant un petit cercle d’érudits, elle ne révèle pas immédiatement son extraordinaire nature : elle n’est pourtant autre que l’andréïde, la première femme artificielle, prodige d’une mystérieuse technologie décrite par Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future. Avec l’aide du professeur et des membres du cénacle, un étudiant passionné, un dandy mélomane, un aventurier aguerri et une voyante excentrique, Eugénia part en quête des secrets de sa conception, car une question obsessionnelle occupe son esprit : une machine peut-elle posséder une âme ?

Ce qu’on en retient :

Dans cette intrigue aux allures de roman scientifique à la Jules Verne, on abordera deux thèmes associés à l’automate : la création de l’automate et les questions associées à son humanité, mais aussi le phénomène de biomutation qui accompagne Eugénia.

Le roman est construit autour du personnage d’Eugénia et de la résolution de son mystère avec plusieurs histoires qui nous emmènent dans différents lieux du globe par le biais des membres du cénacle : Paris, Londres, Ceylan, Héraclite (une ville imaginaire scientifique). Il alterne les passages de fiction, et les correspondances entre les différents personnages, le journal intime d’Eugénia ou encore les notes scientifiques du Professeur Brussière.

La création d’Eugénia trouve son origine première dans celle de la femme parfaite : belle et intelligente. C’est celle qui est racontée dans l’Eve future, où un riche aristocrate amoureux d’une cantatrice belle mais stupide demande à Thomas Edison de lui construire une automate qui lui ressemblera en comblant ses lacunes.

On y voit donc une forme de peine de coeur masculine devant une imperfection décelée chez l’être aimé mais cela va plus loin chez Marie-Lucie Bougon. La cantatrice mourra par la suite transformant l’histoire initiale en envie de ressusciter les morts. L’automate sera là pour combler une absence, un vide et l’impossibilité de faire son deuil (comme chez Marianne Stern). Mais aussi plus trivialement pour combler un besoin sexuel, transformant l’automate en prostituée mécanique.

Cependant, afin de déterminer si Eugénia est humaine, il lui faudra réaliser des recherches scientifiques sérieuses : interrogation des esprits avec la voyante Barberine, capacité à aimer un humain avec Eusèbe d’Orlille, capacité à réfléchir par elle-même, à être acceptée de tous comme un être humain. En se remémorant son passé, on comprend qu’elle est capable de prendre des décisions pour s’assurer de sa survie et surtout de refuser des actions pour lesquelles elle a été créé.

A côté du personnage d’Eugénia, le professeur Brussière étudie le procédé de Biomutation qui serait un phénomène selon lequel les objets mécaniques prendrait vie. Eugénia serait aussi capable de donner vie à des objets mécanique en transposant son propre flux dans ces derniers. Cependant, je n’ai personnellement pas compris l’origine de cette énergie et la manière dont elle fonctionne. Elle m’a fait penser aux objets japonais qui prennent vie après 100 ans sans qu’on sache pourquoi.

Mais ce phénomène apporte un nouvel attrait au personnage de l’automate : il est capable lui aussi de donner vie à d’autres automates, le transformant ainsi en créateur.

Enfin, le roman aborde le thème de l’industrialisation et de la lutte contre les inégalités sociales avec le personnage de Honoré de Froimont qui souhaite remplacer les humains domestiques par des automates parfaits. Mais pour lui la perfection réside dans le fait que l’automate ne prend pas vie et réalise les tâches qui lui sont demandées. En ce sens, il souhaite libérer l’humanité du travail pour réfléchir au fonctionnement de l’humanité. Reste à savoir si l’humanité est prête pour cette évolution et si l’on est à l’aise avec des robots sans âme programmés pour des plaisirs sexuels.

Si vous souhaitez un retour plus complet sur ce roman, je vous invite à lire ma chronique complète rubrique Lecture.

L’humain qui était amoureux d’un automate : Eros Automaton, Clémence Godefroy, éditions du Chat noir

A la fois roman policier et romance, Eros automaton aborde plusieurs thèmes autour de l’automate dont comment les hommes réagissent à son intégration dans la société : objet d’utilité, symbole de richesse, voleur d’emplois, être digne d’amour. Nous suivrons deux intrigues qui finiront par se rejoindre : l’enquête de l’inspecteur Bouquet face à un attentat pro-humain et l’histoire d’amour entre un humain et un robot.

L’intrigue : Quand le Palais des Expositions de Parisore accueille le Salon Galien d’Automatie, c’est toute la capitale qui vit à l’heure des automates, quitte à chambouler quelques destins au passage. Un attentat en plein concours de modélisation met l’inspecteur Balthazar Bouquet sur la piste d’une mystérieuse organisation pro-humaine alors même que sa sœur Adélaïde devient une célébrité dans le monde de l’automatie. Quant à Agathe Lepique, couturière timide et amie de toujours des Bouquet, elle voit sa vie transformée lorsqu’elle est embauchée dans l’atelier d’Edgar Weyland, un ingénieur de génie aussi énigmatique que séduisant. Son projet: créer la femme parfaite pour jouer le premier rôle dans un opéra romantique… Des salles de bal étincelantes aux bas-fonds de la ville, Balthazar et Agathe vont découvrir à leurs dépens que l’amour, la vengeance et la haine ne sont pas réservés qu’aux êtres de chair et de sang.

Ce qu’on en retient :

Dans l’univers de Clémence Godefroy, les automates sont présents comme domestiques dans les maisons les plus riches. Ils sont facilement reconnaissables malgré leur apparence presque humaine car ils possèdent deux yeux de couleurs différentes. Leur création et évolutions technologiques font l’objet d’un concours entre les étudiants de l’Institut Supérieur d’Automatie, permettant au gagnant de trouver du prestige à sa sortie d’études.

Dans ce roman, nous suivrons trois personnages : Adélaïde Bouquet, seule étudiante féminine de l’Institut, son frère Balthazar Bouquet qui va enquêter sur l’attentat du Salon, et Agathe Lepique l’amie discrète d’Adélaïde, couturière de talent embauchée chez un créateur d’automate.

Outre les questions autour des automates, il sera ici question de romance, de condition féminine dans une société patriarcale et d’enquête policière.

Pour revenir à la question des automates, Clémence Godefroy aborde deux sujets principaux évoqués en introduction de cet article : la nature de l’automate et les conséquences de sa création.

Nous ferons face à plusieurs couples composés d’un humain et d’un automate qui s’aiment et souhaitent se marier en dépit des convenances, ce qui amènera à s’interroger sur le côté humain de l’automate : ressent-il des émotions ? sa sophistication est-elle étendue au point de le faire devenir humain ou ses actions sont-elles programmées par une mémoire qui se répète ? Son humanité a-t-elle des limites ?

Le fait d’aimer un automate pourra sembler une hérésie aux yeux de certains humains, y compris remplacer des ouvriers par des machines ce qui engendrera une montée de violence et la constitution d’une cellule terroriste pro-humain cherchant à nuire aux automates.

A terme, le danger évoqué est de ne plus savoir reconnaître un humain d’un automate, au fil des avancées technologiques, surtout si les yeux des automates deviennent de la même couleur. De manière triviale, c’est l’extinction de la population qui est soulignée car impossible de se reproduire avec un automate. Il est intéressant de constater que finalement, les pro-humains prôneront quelques arguments religieux dans leurs revendications fanatiques.

En dernier lieu, on touche du doigt à la fin du roman à des questions d’immortalité humaine grâce à la technologie. Sans vouloir trop en dévoiler, le niveau de sophistication des automates sera tel qu’un transfert d’identité sera possible dans un automate. Mais l’immortalité a-t-elle du bon pour les humains?

Si vous souhaitez un retour plus détaillé, je vous invite à lire ma chronique complète sur le roman dans ma rubrique lecture.

L’automate qui était humain : Confessions d’un automate mangeur d’opium, Fabrice Colin et Matthieu Gaborit, éditions Bragelonne [ATTENTION SPOILERS]

Difficile d’aborder ce roman sans vous dévoiler son dénouement en lien avec l’automate. Donc si vous ne l’avez pas déjà lu et que vous ne souhaitez pas vous faire spoiler la fin, je vous invite à vous arrêter ici et de passer directement au paragraphe de conclusion de cet article.

Ici, il sera question d’enquête policière, sur fonds d’expériences scientifiques avec des ramifications politiques et militaires. Le rapport avec l’automate sera lié à sa conception : mi-homme, mi- mécanique, grâce à un procédé associant l’énergie de l’éther. Un cyborg avant l’heure en somme…

L’intrigue : Paris, 1889…L’industrie, portée par la force de l’Éther, a révolutionné le monde. Le ciel bourdonne de machines volantes, les automates sont partout qui agissent au service des hommes, hommes qui communiquent entre eux par téléchromos d’un continent à un autre. Dans cette ville moderne où s’ouvre une éblouissante Exposition Universelle, une jeune comédienne, Margo, aidée de son frère psychiatre, enquête sur la mort mystérieuse de sa meilleure amie et d’un singulier personnage créateur de robots…

Ce qu’on en retient :

Ce roman est l’un des premiers romans steampunk français qui a importé le genre en France dans les années 2000. Il s’agit d’une enquête policière écrite à quatre mains, mettant en scène un duo de détectives improvisé : Théo un docteur aliéniste de l’hôpital Saint-Anne à Paris et de son agaçante soeur Margo, comédienne.

Sans être très subtil dans ses rebondissements, il propose une intrigue ayant pour point de départ le meurtre d’une jeune femme par un automate « pensant ». Or, les automates ne sont pas censés faire de mal aux humains, ce qui remet en cause toute leur société où les automates remplacent les humains pour les tâches ingrates.

L’affaire les fera rencontrer Villiers de l’Isle l’Adam, auteur du roman l’Eve Future, ainsi qu’un créateur d’automates fou. A eux deux, ils auront l’utopie de créer un être immortel, éliminant vieillesse et souffrance, pour permettre aux artistes de continuer à créer éternellement et à l’ensemble de l’humanité de vivre à pied d’égalité.

Or, la réalité de cette utopie sera moins glamour et surtout peu éthique. La méthode utilisée pour devenir immortel sera de transposer son cerveau dans un corps d’automate, grâce à un procédé utilisant comme énergie l’éther. L’éther étant censé effacer la mémoire et la souffrance des individus.

La question des propriétés de l’éther sera abordée à plusieurs reprises, marquant le roman comme steampunk à travers l’utilisation de cette nouvelle énergie : à des fins militaires, à des fins d’utilité publique, et surtout comme danger potentiel pour la population. Théo en a fait son sujet d’étude et soigne des patients qui ont été mis en contact avec l’énergie, similaire à un élément radioactif.

Loin de ces préoccupations, le créateur fou profitera de ses découvertes pour vendre des armées d’automates pensants à plusieurs pays en guerre, induisant l’idée d’une armée éternelle composée des cerveaux de soldats morts au combat, transposé dans des corps de métal. On sent ici l’influence des Cybermen de la série britannique Docteur Who.

Mais il y aura bien sûr un hic ! L’opium empêche l’effacement de mémoire du patient, et utiliser le cerveau d’un ancien soldat toxicomane échappé d’un massacre pour créer un automate pensant aura de graves conséquences. Un homme fou le reste même si son corps est devenu de métal.

Notons au passage qu’il n’a pas été demandé au soldat son consentement pour vivre éternellement dans un corps d’automate, ce qui pose des problèmes éthiques au niveau scientifique, et émotionnellement compliqués pour le soldat en question à son réveil.

Enfin, le roman abordera aussi un amour impossible et non-réciproque entre l’automate et son aimée. Aurélie sera attirée par l’être de métal capable d’écrire de magnifiques poèmes, mais ne souhaitera pas aller plus loin dans son exploration, rendant encore plus fou l’automate.

A travers cette histoire, c’est plutôt un film d’horreur qui nous est montré avec la figure de l’automate, et les limites des avancées technologiques sous couvert d’une utopie.

Que retenir concernant la figure de l’automate par rapport au roman steampunk ?

L’automate des romans steampunk trouve son origine dans la figure du robot, présente dans le cyberpunk. Il interroge les lois de la robotique énoncées par Asimov dans son Cycle des robots tout en mélangeant des thèmes propres au steampunk.

C’est une figure récurrente qui peut apparaître en arrière plan dans le décor pour apporter une touche rétro-futuriste, ou être le sujet principal des romans steampunk.

Les thématiques qu’il véhicule touchent à sa nature ou aux raisons/conséquences de sa création. Il met l’accent sur des thèmes déjà présents dans le steampunk comme l’inégalité sociale, l’industrialisation massive, les dérives des expériences scientifiques. Il peut aussi aborder la question de l’immortalité ou interroger ce qui nous rend humain.

Dans les romans steampunk, son humanité relève souvent de la magie ou d’une énergie nouvelle qui le transforme pour le rendre égal à l’homme. Ou être le résultat d’une expérience scientifique défiant toute éthique. On trouvera ainsi différents types d’automates ou d’humains modifiés selon les histoires mais avec des thèmes récurrents.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

Je vous donne rendez-vous le dernier dimanche d’avril pour mon quatrième épisode de Parlons Steampunk centré sur les engins mécaniques et l’énergie dans les romans steampunk qui fera l’objet d’un live et d’un article.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman steampunk mettant en scène un automate, pour poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Rouages et humanité,

A.Chatterton

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

12 commentaires sur « Parlons Steampunk #3 : L’automate »

  1. Comme tu as déjà parlé de mes romans favoris avec des automates je n’en ai pas d’autres à proposer qui me vient comme ça.
    Par contre comme chaque fois ça a été un vrai plaisir de te lire 🙂 j’aime beaucoup ces articles de fond solidement documenté.

    Aimé par 1 personne

      1. Je comprends ! Perso j’avoue j’ai loupé tous les lives parce que je ne fais jamais attention aux dates et que c’est pas mon format favori. Mais dommage que ça n’attire pas davantage sur Instagram où les gens sont en général très portés là-dessus ^^’ Après 6 c’est pas mal pour un début ! Tu peux quand même être fière 🙂

        Aimé par 1 personne

      2. Je comprends c’est normal. Mais comme tu dis, c’est un sujet de niche, il n’est plus « à la mode » et ça n’a pas été relayé par les ME concernées (pas prévenues peut être ?) du coup tu as sûrement touché peu de public alors qu’il y a sûrement plein de gens qui auraient été intéressés.

        Aimé par 1 personne

      3. Après je pense que les maisons d’édition préfèrent mettre en avant les nouveautés, pas les anciennes parutions. Enfin, je suppose.
        Donc comme j’évoque des parutions anciennes, c’est moins intéressant pour eux.
        Sauf que j’ai quand même parlé des deux dernières parutions d’Adrien Tomas chez mnemos et rageot et pas de réaction….

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      4. Non pas forcément, surtout en cette période où il n’y a pas de salon et que les gens passent des commandes. Que ce soit de l’ancien ou du nouveau, ça reste du bénéfice. Je pense que ça a du se perdre dans les notifications surtout ^^’ Peut-être envoyer un mail directement ?

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