Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #2 : Roman policier et Steampunk

Qu’est-ce qui définit le roman policier steampunk ? Telle est la question à laquelle j’ai essayé de répondre lors de mon live Instagram du 28/02/2021. Dans ce deuxième épisode de Parlons Steampunk, je vous présente 4 romans policiers steampunk aux styles différents pour tenter d’en définir les grandes lignes .

Comment définir le roman policier steampunk ?

Commencez par une intrigue historique ou uchronique

La majorité des romans steampunk ont pour cadre l’Epoque Victorienne (1837-1901), ou pour la France, la période qui s’étend de la Belle-Epoque au Second Empire jusqu’au début de la Troisième République. En ce sens, la base de ces histoires ne diffère pas beaucoup d’un roman historique qui se déroulerait dans ce laps de temps, et l’on pourrait croire qu’il ne s’agit que de romans policiers victoriens.

Or, ce serait oublier la dimension uchronique du steampunk, à savoir imaginer une réalité alternative en se basant sur celle que l’on connaît. Pour cela, l’auteur introduira des éléments qui nous interpellerons sur cette réalité historique : des éléments steampunk.

Mettez quelques éléments steampunk

Dans l’épisode 1 de Parlons Steampunk, j’ai énuméré une brève définition des éléments que l’on retrouve dans les romans steampunk en partant des livres fondateurs de cette esthétique. Pour le roman policier steampunk, ces éléments ne diffèrent pas beaucoup. En voici quelques uns en lien avec les romans présentés aujourd’hui :

  • Une histoire farfelue (pour le côté « punk » de steampunk)
  • des automates, des dirigeables, des machines scientifiques improbables ou en avance sur leur temps, qui fonctionnent à la vapeur (=steam veut dire vapeur) ou à l’aide d’une autre énergie imaginaire.
  • des personnages historiques ou fictionnels en clin d’oeil ou comme héros de l’histoire
  • parfois des scientifiques fous, des créatures imaginaires (= loup-garou, vampire)
  • L’influence de Jules Verne (=les voyages imaginaires) ou de H.G Wells (la machine à remonter le temps, la lutte des classes).

Ajoutez l’influence de Sherlock Holmes

On ne peut pas nier que le personnage de Sherlock Holmes joue un grand rôle dans la plupart des intrigues policières à plusieurs niveaux. Le roman policier steampunk ne déroge pas à la règle.

Tout d’abord, il nous propose un personnage principal très intelligent, aux méthodes peu conventionnelles, affublé d’une addiction et d’un acolyte qui le rend un peu plus humain. L’enquêteur, qu’il soit détective privé, Lord mandaté par la Reine Victoria, justicier masqué ou Officier de police, montre des talents pour le déguisement, et apprécie les expériences scientifiques et/ou les avancées de son temps afin de faire progresser son enquête.

Parmi les duos d’enquêteurs régulièrement rencontrés dans les romans steampunk, il est souvent proposé une association de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme. Si ce sont deux hommes, les personnalités seront complémentaires, voire diamétralement opposées. Si une femme est présente, elle sera rabaissée au rôle d’assistante dans ces intrigues, mais elle apparaîtra régulièrement aussi intelligente que l’homme : peut-être une volonté progressiste des intrigues steampunk vis à vis de l’époque Victorienne ?

Une question se pose souvent quant au personnage de Sherlock Holmes lui-même : l’enquêteur de Baker Street serait-il Steampunk ? Dans ses dernières représentations dont le film Sherlock Holmes : Jeux d’ombres de Guy Ritchie avec Robert Downey Junior dans le rôle titre, une version plus déjantée du Détective apparaît, conduisant un véhicule à vapeur. Le réalisateur s’est inspiré de l’esthétique steampunk pour son film, cela est indéniable.

Cependant, si l’on s’en tient au Canon, qui désigne les romans écrits par Arthur Conan Doyle, les intrigues de Sherlock Holmes se situent plutôt dans une esthétique de roman historique se déroulant à l’époque victorienne. A aucun moment il ne nous est proposé un élément uchronique, et même les aspects fantastiques sont gommés par la logique implacable du détective (ex : Le chien des Baskerville).

Pour résumer, s’il inspire le steampunk comme Jules Verne et H.G. Wells, notre ami Sherlock n’en fait malheureusement pas partie. C’est du moins mon avis.

La côté protéiforme et caméléon du steampunk

Qu’il s’agisse d’un véritable roman policier ou d’une intrigue doublée d’une enquête, le steampunk a le don de se mélanger à plusieurs genres. Et c’est ce qu’il faudra retenir ici. A l’image des aspects magiques évoquée dans Parlons Steampunk #1 ou d’autres genres et styles que nous évoquerons au fil de ce programme.

Pour cette session sur le roman policier, je me suis concentrée sur des cas différents afin de montrer des types récurrents de romans policiers steampunk qui existent actuellement en France et dans les pays anglophones.

Je ne peux pas énoncer tous les romans policiers publiés à ce jour, ce n’est pas le but de cet article, mais si vous en connaissez n’hésitez pas à les indiquer en commentaire. 😉

Un roman policier steampunk classique : Les revenants de Whitechapel de George Mann, éditions Eclipse

Les Revenants de Whitechapel est un très bon exemple de roman policier steampunk de type « classique ». On y retrouve un duo d’inspecteurs mandatés par la Reine Victoria pour élucider un mystère dans une version uchronique de Londres à l’époque Victorienne, dominée par la mécanique et une épidémie de zombies.

L’intrigue : Bienvenue dans un Londres étrange et merveilleux. Ses habitants, quotidiennement éblouis par un déluge d’inventions , inaugurent une ère technologique nouvelle. Les aéronefs traversent le ciel tandis que des automates mettent leurs engrenages au service d’avocats ou de policiers. Mais le vernis du progrès dissimule une face sombre, car cet univers voit aussi des policiers fantômes hanter les ruelles de Whitechapel. Sir Maurice Newbury, investigateur de la Couronne, oeuvre donc sans répit à protéger l’Empire de ses ennemis. Le jour où un dirigeable s’écrase dans des circonstances suspectes, Sir Newbury et miss Veronica Hobbes, sa jeune assistante, sont amenés à enquêter tandis qu’une série d’effroyables meurtres met en échec les efforts de Scotland Yard. Ainsi débute, en une aventure qui ne ressemble à aucune autre, le premier volume des enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes.

Ce qu’on en retient :

Il s’agit du premier tome d’une série de 8 tomes dont la suite n’a jamais été traduite, alors que le roman est pourtant prometteur. Originellement publié aux éditions Eclipse, les droits ont été rachetés par les éditions Panini France. Cependant, il n’est plus réédité non plus à ce jour aux éditions Panini. Appelez ça la poisse… S’il vous intéresse, vous pouvez le retrouver dans le marché de l’occasion.

Le duo d’inspecteurs est assez complémentaire : D’un côté Lord aux allures de dandy, passionné par le laudanum et l’ésotérisme, à la constitution robuste et au flair infaillible. De l’autre, une jeune assistante plus intelligente qu’elle ne le laisse penser, au passé trouble et qui cache un secret de famille. L’auteur a le bon goût de ne pas proposer une romance entre les deux personnages, mais plutôt un rapport d’estime réciproque, chose rare dans l’univers où la société tend plutôt à discriminer les femmes.

L’intrigue est très prenante et aux ramifications multiples : une épidémie de peste rapportée d’Inde se déclare dans les quartiers pauvres de Londres et ressemble étrangement à une infestation de zombies, un crash d’aeronef conduit par un automate a lieu dans Londres alors que l’engin transportait un membre de la famille royale, des automates deviennent fou un peu partout dans la capitale et le fantôme d’un Bobby sévit dans les bas quartiers pour assassiner des criminels. Le lecteur n’aura pas le temps de s’ennuyer une seconde !

Le côté steampunk est mis en avant avec les nombreuses inventions mécaniques : aéronefs, tramway, trains à vapeur, automates. La reine Victoria survit et se déplace grâce à un fauteuil roulant qui l’aide aussi à respirer.

Mais aussi dans certains thèmes qui sont abordés dans le livre : le remplacement des ouvriers par des automates qui remet en question la valeur du travail, des automates presque vivants dont on interroge l’humanité, et surtout le traitement de femmes « hystériques » internées à tort dans les hôpitaux psychiatriques. Lutte des classes, sexisme et humanité sont donc au programme !

Le seul bémol de ce livre est qu’il est au départ compliqué d’entrer dans l’histoire car l’auteur nous présente de nombreux personnages et faits avant de faire débuter l’enquête. Tout se décante à partir du troisième chapitre quand nous faisons la connaissance des deux personnages principaux.

Pour lire ma chronique détaillée du livre, rendez-vous rubrique lecture.

Un Sherlock Holmes à la Française : La 25e heure de Feldrik Rivat, éditions de l’Homme sans nom.

Cette série en deux tomes fait partie de mes livres coup de coeur. C’est une version de Sherlock Holmes à la française, mais qui transcende même le Détective de Baker Street. L’intrigue se déroule à Paris à la Belle Epoque et mêle un duo d’agents de la sûreté complètement opposés dans leurs méthodes, face à des disparitions inexpliquées de cadavres. L’enquête leur fera affronter une société secrète mystérieuse dont l’objectif est de changer la face de l’humanité grâce à une invention scientifique révolutionnaire.

L’intrigue : Décembre 1888. Alors que le bon peuple de Paris s’interroge sur cette tour que l’impérieux Gustave Eiffel fait édifier à grands frais, d’étranges rumeurs circulent dans les faubourgs de la capitale : les morts parlent ! Interpellé par la presse à ce sujet, le préfet de police M. Henry Lozé tourne en ridicule « les plaisanteries de quelques coquins ». Ainsi parle-t-il devant le beau monde, sous les feux électriques du parvis de l’Opéra Garnier. Mais, depuis l’ombre de ses cabinets, l’homme lance sur cette affaire les plus fins limiers de la République. Pendant ce temps, l’Académie des sciences en appelle à ses éminents savants pour que la pensée rationnelle, une fois pour toutes, triomphe des ténèbres de l’obscurantisme.

Ce qu’on en retient :

Feldrik Rivat possède une plume riche et un ton particulièrement saisissant et incisif. En peu de mots, il est capable de vous planter un décor, une atmosphère, un personnage. Et quel personnage !

Notre héros, le Grand Khan, Eudes Lacassagne, est le meilleur enquêteur de Paris, mais il est détesté de ses collègues, mystérieux, dangereux, muet, insaisissable. Justicier dans l’ombre, il arpente à pied la ville nuit et jour, a pour animal de compagnie un moineau, entretient son allure avec soin, et possède des habitudes étranges comme prendre son dîner dans un bordel en jouant les voyeurs invisibles. Mais voilà que le chef de la sûreté lui attribue un partenaire, un bleu : Louis Bertillon, à l’opposé total d’Eudes. Bavard, soucieux de son confort, passionné de sciences, il va s’avérer un allié précieux… mais après avoir subi un apprentissage sévère de son partenaire.

L’intrigue commence par la disparition de cadavres, ou de pouces d’êtres bien-vivants ! Puis, plusieurs faits viennent se mélanger à l’affaire sans lien apparent : des chrysanthèmes noirs sont retrouvés sur des tombes de personnes célèbres, un spectacle étrange a lieu dans le cabaret d’illusions de George Méliès, un individu un peu fou appartenant à une société secrète contacte le duo pour demander protection…

L’enquête est dense, et surtout en deux tomes, faisant apparaître un troisième personnage dans le tome 2 : une espionne agent double au service du gouvernement français et d’une autre société secrète. Si on début on ne comprend pas comment tous ces faits peuvent se rejoindre, on finit par y voir plus clair à un moment donné.

Le côté steampunk se veut discret dans cette série et n’est pas évident au départ. Outre l’époque choisie, on notera des références à des personnages historiques comme Gustave Eiffel, le Docteur Charcot, Georges Méliès. Certaines thématiques steampunk récurrentes sont présentes : la place des femmes dans une société patriarcale, l’ésotérisme, la lutte des classes, les sociétés secrètes. Enfin deux éléments scientifiques imaginaires nous ancrent dans cette esthétique rétrofuturiste : le cabaret des illusions de Monsieur Méliès, rempli d’automates féminins; ainsi que la machine créée par la société secrète du Chrysanthème noir qui sera à l’origine d’un bouleversement de la société telle qu’on la connaît.

L’auteur fait beaucoup évoluer ses personnages au fil des deux tomes : Louis va s’endurcir, Eudes va s’adoucir. On découvrira également les secrets que cache Eude sur lui et sa famille et qui définissent son identité.

Il propose aussi une critique des méthodes de police un peu douteuses de cette époque imaginaire et surtout le manque de moyens et de bons agents : le service d’empreintes digitales est balbutiant, les locaux insalubres, les collègues peu compétents et le chef de la sureté subit une pression politique pour résoudre l’affaire le plus vite possible au détriment de la vérité.

A noter qu’un tome intitulé Paris Capitale a été écrit par l’auteur pour raconter des années après, le bouleversement occasionné dans la société française à l’issue du tome 2. De plus, une bande-dessinée autour du personnage du Khan a été publiée il y a peu aux éditions Les Humanoïdes associés, intitulée La naissance du Tigre.

Pour lire mes chroniques détaillées de La 25e heure et du Chrysanthème noir, cliquez sur les titres des livres ou rendez-vous dans ma rubrique Lecture. 😉

Le justicier masqué : Le Baron noir d’Olivier Gechter, Mnémos

A côté des enquêteurs et des détectives, il existe aussi des justiciers steampunk. Le Baron Noir est un croisement entre Batman et le steampunk, mais sous la forme d’un recueil de nouvelles et non pas de Bande-Dessinée. A travers trois nouvelles, Olivier Getcher nous livre le portrait d’un justicier plutôt réaliste sous un Second Empire imaginaire où Louis-Napoléon Bonaparte serait Président de la République.

L’intrigue : Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation. Dans la nuit rôde un héros en armure… Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer les nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous oeuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Ce qu’on en retient :

L’univers steampunk est ancré dès le départ avec l’armure du Baron Noir : une merveille de technologie qui trouve son origine dans l’imagination d’Antoine Lefort, le personnage principal, et l’inventeur Louis-Guillaume Perreaux. D’autres créations imaginaires ou réinventées parsèment le récit : un système de courrier par pneumatiques dans l’ensemble de la capitale, d’autres créations farfelues de Perreaux comme le sous-marin ou une moto améliorée, le premier vol avec de fausses ailes avec Clément Ader, ainsi que des oiseaux mécaniques presque vivants du méchant de l’histoire.

C’est un des rares récit steampunk qui propose un justicier qui se déclare comme tel, et situe son histoire non pas à la Belle-Epoque mais dans un Second Empire uchronique. Par ailleurs, le héros agit seul, même s’il a des adjuvants pour l’aider au niveau technique, ce qui change du roman policier habituel.

On y retrouve à nouveau le thème de la lutte des classes avec des personnages anarchistes et la volonté de libération féminine face à une époque patriarcale avec le personnage de Bel Ange. Mais aussi des clins d’oeil à l’Histoire avec des figures historiques comme Victor Hugo, Clément Ader, Louis-Napoléon Bonaparte (enfin, une version imaginaire), ainsi que les divers ministres auxquels est confronté Antoine Lefort.

Le récit s’inscrit également dans la lignée du roman populaire du XIXème siècle (ou roman-feuilleton) dans son style d’écriture, et ses intrigues à grosses ficelles. Il emprunte aussi au roman d’espionnage.

Niveau intrigue policière, nous en aurons trois : La première nouvelle intitulée L’ombre du maître espion nous dévoile le personnage principal qui teste son identité secrète la nuit. Le jour, le riche magnat industriel doit faire face à des vols de plans d’un nouveau dirigeable, ce qui va l’obliger à utiliser son nouveau costume pour débusquer un méchant un peu potache. Dans la seconde nouvelle intitulée Bel Ange, Laurent rencontre sa Catwoman qui a embrassé la cause anarchiste et souhaite libérer les travailleurs du joug du capitalisme par un attentat. Enfin, dans La bataille de Cherbourg, notre héros voit son identité secrète menacée par un espion anglais, tandis qu’il doit participer à une enquête autour de la destruction de bateaux français et britanniques, lors d’un sommet de paix auquelle la Reine d’Angleterre et Louis-Napoléon Bonaparte sont conviés, sur une île anglo-normande.

Pour résumer, les trois histoires restent un peu simplistes, avec un suspens modéré, beaucoup d’action et des méchants en carton-pâte. Mais elles auront le mérite d’être divertissantes et drôles, soit par un comique de situation, soit par des personnages bizarres comme Perreaux très intelligent mais avec des manies bizarres, ou encore Phileas Fix, un espion anglais possédant un humour décapant.

Par ailleurs, notre personnage principal se démarque de Batman par une personnalité propre et beaucoup moins névrosée que son homologue américain, avec une capacité à se remettre en question. Il est plus proche d’Iron Man dans sa recherche de nouvelles idées prometteuses et d’Arsène Lupin pour le côté gentleman. Il saura vous charmer par ses inventions et son habileté à se sortir de toutes les situations.

Un livre qui plaira aux amoureux des uchronies centrées sur l’Histoire de France et des sciences, ainsi qu’aux amateurs du héros masqué. J’ai personnellement eu beaucoup de mal à terminer le recueil car je ne suis amatrice ni de l’un, ni de l’autre. Cependant, je dois avouer que l’on se prend au jeu à partir de la dernière histoire où l’on sent que le style de l’auteur s’affine. Par ailleurs, lors de ma lecture des deux premières histoires, j’étais plus concentrée à deviner si l’auteur allait vraiment proposer toute la panoplie de Batman version steampunk, plutôt à suivre l’intrigue.

Le Punk de steampunk, entre loups-garous et voyage dans le temps : L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, édition Bragelonne.

Pour finir, j’ai souhaité évoquer L’étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, la première enquête du duo Burton et Swinburne et surtout vainqueur du Prix Philip K. Dick en 2010.

Pourquoi ce roman ? Parce que selon moi, il reprend l’essence du steampunk que l’on peut retrouver dans les premiers romans steampunk comme Les voies d’Anubis de Tim Powers : Londres victorien, un côté farfelu, des monstres, des savants fous et une intrigue qui part dans tous les sens. En somme, le côté Punk du roman policier steampunk.

L’intrigue : Londres, XIXème siècle, époque Victorienne. La Reine Victoria a été assassinée et depuis, les technomages règnent en maîtres avec des machines les plus délirantes et des animaux génétiquement modifiés. Dans ce chaos technologique, Sir Richard Francis Burton dit « Dick la brute », grand explorateur, se confronte à son ancien ami John Hanning Speke pour déterminer la source du Nil lors d’une conférence. Mais ce dernier est victime d’un accident puis d’un enlèvement. En rentrant d’un pub, Burton est agressé par un étrange individu monté sur des échasses qui lui raconte son avenir. Quelques temps plus tard, le premier ministre demande à Burton de devenir un agent pour la Couronne. Burton hésite : la prédiction de son étrange agresseur s’avère juste. Il décide alors d’enquêter pour le Roi, sur la disparition de son ami Speke, mais aussi sur d’étranges agressions par un individu sur échasses et sur une meute de loups-garous qui enlève des enfants dans les bas-fonds de Londres. Il est aidé pour cela de son ami Swinburne, un jeune poète adepte des drogues les plus élaborées. Son enquête l’emmènera plus loin que ce qu’il avait imaginé.

Ce qu’on en retient :

Nous nous retrouvons ici face à un duo improbable composé de deux personnages historiques : Richard Burton, un explorateur plutôt brute et sexiste mais au coeur sensible, et Algernon Swinburne, un poète drogué de constitution fragile, un peu fou et masochiste. Le mariage va s’avérer fructueux car ils viendront à bout de deux enquêtes : un individu sur échasses qui terrorise la population et des loups-garous kidnappeurs d’enfants.

Le côté steampunk se retrouve à plusieurs niveaux dans ce livre : une Angleterre uchronique et victorienne où la Reine a été assassinée, un monopole du pouvoir par des technologistes (ingénieurs et eugénistes), des scientifiques fous, des loup-garous, la mode de l’égyptologie, de nombreux personnages historiques cités en clin d’oeil ( Oscar Wilde, John Hanning Speke, Charles Darwin, Florence Nightingale), une grosse inspiration des récits H.G Wells, et des créations technologiques surprenantes associées à la modification génétique comme des perroquets coursiers et des crabes éboueurs, ou à une évolution mécanique comme les Grands Bi à vapeur et des chaises volantes.

Des thématiques intéressantes, en lien avec le steampunk sont soulevées. La principale concerne les dangers de la science avec les eugénistes et technologistes : à quel moment cesse-t-on d’expérimenter au nom de l’évolution de l’humanité ? Quelle éthique doit-on respecter ? Quelles limites s’imposer ?

L’intrigue se divise en trois parties : la première est consacrée à l’enquête de Burton, la seconde est narrée par le personnage mystère aux échasses qui nous donne son point de vue sur les faits, et la troisième revient sur l’enquête du duo d’inspecteur pour trouver sa résolution. De ce fait, on s’éloigne d’une histoire manichéenne car le point de vue de Spring Heeled Jack nous montre qu’il n’est pas forcément le méchant dans cette histoire.

Beaucoup d’actions et de suspense rythment cette enquête, et surtout un humour décapant dans les dialogues entre les deux personnages principaux ce qui rend la lecture assez plaisante. L’univers assez fou, part un peu dans tous les sens et malgré des longueurs au début (ex : les conversations existentielles dans le club de gentlemen de Burton), et quelques passages glauques, on ne s’ennuie pas.

Le seul bémol que j’avancerai concernant ce roman est qu’il s’agit d’une histoire d’hommes : les femmes sont soit représentées comme hystériques quand elles ont un peu de caractère, soit des êtres fragiles et donc de parfaites victimes. Elles n’aident pas à faire progresser l’histoire contrairement à d’autres intrigues steampunk. La compagne de Burton et sa servante/logeuse en sont de parfaits exemples. En ce sens, Mark Hodder reste assez classique dans sa conception du roman policier.

Si le côté historique de l’histoire vous intéresse, un index est présent en fin d’ouvrage, recensant la vraie biographie des personnages historiques qui ont parsèment le récit. Mais je vous déconseille de le lire en premier sous peine de vous spoiler certains éléments de l’histoire.

Un deuxième tome des aventures de Burton et Swinburne intitulé L’étrange cas de l’Homme mécanique est également publié aux éditions Bragelonne si vous souhaitez rester plus longtemps dans cet univers.

Que retenir concernant le roman policier steampunk ?

Je vous ai proposé quatre exemples de romans policiers steampunk, mais il en existe bien d’autres comme Une étude en Soie de Emma Jane Holloway aux éditions Bragelonne, déjà évoqué dans Parlons Steampunk#1 avec la nièce de Sherlock Holmes en enquêtrice ou encore Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Matthieu Gaborit centré sur un duo d’enquêteur et d’un automate fou, abordé dans mon article consacré à la Figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Ce qu’il faut retenir concernant le roman policier steampunk aujourd’hui se résume en quelques points :

  • La norme tourne autour d’un duo d’inspecteur, de détectives, d’espions, souvent composé d’hommes qui rappellent Sherlock Holmes et Watson. Mais on a vu qu’un homme et une femme pouvaient travailler ensemble également, ainsi qu’un justicier ou un enquêteur solitaire.
  • L’histoire se déroule dans un univers uchronique situé à l’époque victorienne à Londres ou son équivalent temporel dans un autre pays.
  • Une grande importance est accordée à la technologie qui sert l’enquête ou bouleverse l’univers établi.
  • L’intrigue comporte souvent de l’humour ou un côté déjanté.
  • Le roman aborde des thématiques qui font réfléchir et inspirées de H.G Wells comme la lutte des classes, la liberté de la femme, les limites de la science.
  • Le grand méchant fait souvent partie d’une société secrète qui agit dans l’ombre.

Ce sont bien sûr de grandes lignes qui peuvent légèrement différer selon l’imagination de l’auteur, l’univers qu’il souhaite nous proposer.

Notez que je n’ai pas abordé en profondeur deux types de romans associés au roman policier steampunk : le roman d’espionnage et le roman comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de la résolution d’une enquête policière.

Pour le premier type, c’est par méconnaissance du sujet même si je pourrais citer sans les avoir lu : Opération Sabines de Nicolas Texier aux éditions Les Moutons électriques et Le Grand Jeu de Benjamin Lupu aux éditions Bragelonne. Je modifierai peut-être cet article dans l’avenir après avoir comblé mes lacunes sur le roman d’espionnage steampunk.

Concernant les romans comprenant une quête d’identité pour le personnage principal en plus de l’enquête policière, j’aborderai Rouille de Floriane Soulas en Juin dans mon futur article sur le Steampunk au féminin. Pour le roman Le club des érudits Hallucinés de Marie-Lucie Bougon aux éditions du Chat noir, vous pouvez en retrouver une étude dans mon article consacré à la figure de l’automate dans la littérature steampunk.

Comme je ne peux pas évoquer tous les romans steampunk dans cet article, je vous invite à consulter la liste que j’ai créée sur Babelio à ce sujet. Libre à vous de me faire vos propres suggestions, je ne les connais pas tous !

Si vous souhaitez en savoir plus sur Parlons Steampunk et les sujets que je vais aborder dans les live à venir, je vous invite à consulter ma programmation dans l’article qui y est consacré.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour proposer un titre de roman policier steampunk, poser une question, ou simplement donner votre avis sur cet article.

Loupe mécanique et tasse de thé,

A. Chatterton

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

12 commentaires sur « Parlons Steampunk #2 : Roman policier et Steampunk »

  1. Passionnant 🙂 merci pour cet article, on y sent ta passion et tu proposes une analyse assez fine, c’est très agréable.
    Comme toi j’ai vraiment adoré les deux romans de Feldrik, ils possèdent une vraie identité littéraire. C’était extraordinaire à lire je trouve ! Une bonne recommandation. Dans l’aspect enquête tu as aussi Éros Automaton de Clémence Godefroy de mémoire il y a une enquête qui est menée mais ça remonte à loin. Ça parle aussi d’automates remarque mais celui de Marie Lucie s’illustre davantage dans cette thématique. J’ai hâte de lire ton article dessus 😊

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    1. Merci de ton retour, je comptais parler d’eros automaton dans mon article sur les automates et oui tu as raison il y a une enquête autour d’un attentat et d’une cellule terroriste. J’ai déjà écrit un retour complet sur les érudits hallucinés sur mon blog mais j’en reparlerai aussi sur ce même article autour des automates. 😉

      Aimé par 1 personne

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