Publié dans Lectures

Parlons Steampunk #1 : Steampunk et magie.

Est-ce qu’on peut trouver dans la magie dans des romans steampunk ? Si oui, dans quelle mesure ? Ce sont les questions auxquelles j’ai tenté de répondre lors de mon live instagram du 31/01/2021 et dont voici la retranscription sous forme d’article avec les références des livres mentionnés. J’inaugure la première séance avec ce sujet pour vous faire découvrir cette littérature qui me passionne.

Quelques éléments initiaux de définition du Steampunk

Parce que je ne peux pas évoquer directement mon sujet du jour sans passer par quelques notions essentielles, voici un petit résumé ultra-succint qui sera étoffé au fil des épisodes, de la manière dont est né le Steampunk.

Afin d’étayer mon propos, je me suis basée sur deux livres : Le Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan aux éditions ActuSF, et La Bible Steampunk de Jeff Vandeermeer et S.J. Chambers, éditions Bragelonne. J’y reviendrai plus précisément dans un autre article autour des guides pour comprendre le steampunk.

Le terme Steampunk est né dans les années 1980 comme une blague, entre trois auteurs américains, en réaction au Cyberpunk alors très populaire à l’époque. Tim Powers, James Blaylock et K.W Jeters, jeunes écrivains et anciens étudiants en littérature victorienne, se retrouvaient souvent pour discuter littérature dans un restaurant et partager leurs écrits. Ils imaginaient un type de roman dont l’intrigue se déroulerait dans une Angleterre Victorienne avec une technologie avancée. Inspirés par les écrivains Jules Verne et H. G. Wells, ils inventèrent alors le mot « Steampunk » par hasard et par moquerie, et écrivirent les romans à l’origine du genre : Les voies d’Anubis pour Tim Powers, Morlock Night et Machines infernales pour K.W Jeter, et Homonculus pour James Blaylock.

Les romans steampunk qui forment le canon du genre ont quelques particularités bien ancrées :

  • Ce sont des uchronies : des univers qui proposent une histoire alternative à l’Histoire que nous connaissons. s’inspirent du nôtre mais avec un point de rupture et une évolution légèrement différents. Dans le cas du steampunk, le point de rupture être lié aux genres de l’imaginaire (magie, aliens, nouvelles énergies, zombies, autre dimension) sans chercher à les expliquer.
  • La dimension métatextuelle est forte : On peut y rencontrer des personnages historiques ou fictionnels dont l’histoire a été modifiée, ou qui jouent leur propre « rôle ». Le genre joue avec la littérature et l’on peut lire l’histoire sur plusieurs niveaux, pour peu que l’on connaisse les références citées.
  • L‘influence de Jules Verne et de H.G. Wells est très présente dans le récit avec les thématiques associées : le voyage imaginaire, le voyage dans le temps, la révolution industrielle, l’esthétique rétro-futuriste.

J’ajouterais quelques éléments personnels glanés tout au long de mes lectures, et en me basant sur les livres fondateurs du steampunk de Tim Powers, James Blaylock et K.W. Jeters :

  • L’action se déroule à l’époque Victorienne ou à la Belle Epoque, dans une grande capitale.
  • Certaines thématiques sont récurrentes : l‘automate, les sociétés secrètes, le spiritisme, la lutte contre les inégalités sociales.
  • Un côté décalé : Ne pas oublier le mot Punk dans Steampunk.
  • Une capacité à se mêler à plusieurs genres : Fantasy, Science-Fiction, policier, Bit-lit, romance…
  • Un côté caméléon : il se mélange aisément aux différentes cultures et pays pour créer des récits étonnants.
  • La vapeur comme principale source d’énergie des avancées technologiques. Dans Steampunk, il y a Steam aussi (= vapeur en anglais). Mais on peut trouver aussi l’éther, et des énergies inventées.

Quelle est la place de la magie dans le steampunk ?

La production actuelle mélange le côté magique au steampunk sur plusieurs plans et ce n’est pas anodin.

Dans Les Voies d’Anubis, Tim Powers évoque un voyage dans le temps qui dérape, des loups-garous, des sociétés secrètes, un culte égyptien magique, et des artefacts farfelus, le tout dans un Londres Victorien à la Dickens.

Ma théorie personnelle est que dans ce livre, il y a déjà des traces de magie : on parle d’un culte égyptien basé sur la sorcellerie présent en début et fin de livre. Il a un côté magique inexplicable qui tranche avec la technologie du voyage dans le temps.

Idem dans Homonculus de James Blaylock : on parlera de la quête d’un Homoncule, petit être magique né d’une racine et issu des expériences alchimiques. Or les alchimistes croisaient déjà sciences et magie et on retrouve l’homoncule dans d’autres récits plutôt de Fantasy, l’assimilant à un être magique.

Par ailleurs, et on le verra aisément dans les exemples cités, le Steampunk n’est pas un genre, mais plutôt un sous-genre ou une esthétique qui peut fusionner avec d’autres genres tels que la Fantasy, dans le cas de la magie.

Dans la production littéraire actuelle, on trouve des romans steampunk qui comportent de la magie de différentes manières : Mélange avec la Fantasy très visible, magie comme source d’énergie, termes tels que « Mécano-mage » ou « Techno-mage », opposition entre magie et science ou lien indéfectible, étude de la magie comme science… tout est possible.

Le mélange du steampunk et de la Féerie : Pierre Pevel et l’univers du Paris des Merveilles

Dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, (éditions Bragelonne), le décor est résolument steampunk : nous sommes à Paris à la Belle Epoque, mais une Belle-Epoque réinventée. Ici les fées côtoient les humains, certains humains sont des mages, et quelques machines fonctionnent grâce à la magie (ex : la pétulante, moto bricolée par le mage Griffont). L’auteur introduit ici un savant mélange de Fantasy et de Steampunk, avec une forte recherche historique sur la capitale qu’il connaît sur le bout des doigts.

L’intrigue : Dans un Paris 1900, Ambremer, le monde féérique rejoint la réalité humaine. Des elfes, fées, gnomes se promènent dans la capitale parmi les humains et même une station de métro permet de rejoindre Ambremer. Le mage Griffont est chargé d’enquêter sur un trafic d’objets magiques au sein de la capitale. Il se trouve mêlé à une affaire de meurtre malgré lui. Pour alliés, il peut compter sur Isabelle de Saint Gil, une fée connue de longue date pour ses cambriolages et Azincourt, un chat ailé qui a la capacité de lire des documents en s’endormant dessus. Cependant, cet assassinat aux ramures politiques va le mener beaucoup plus loin que ce qu’il peut penser…

Ce qu’on en retient : 

Il s’agit d’une intrigue policière avec pas mal de suspense et de rebondissements, avec au coeur, un complot politique, le tout en trois tomes : Le Paris des Merveilles, L’élixir d’Oubli et Le Royaume Immobile.

Le style de l’auteur est agréable : il utilise un langage soutenu qui s’adresse à vous sur le ton de la conversation avec un côté poétique et espiègle.

On nous présente un Paris de Titi parisien avec beaucoup de charme, ses bas-fonds comme ses haut-quartiers, et beaucoup de réalisme historique malgré l’habillage féérique parfois désopilant.

Le roman comporte deux personnages forts : Louis Griffont, mage du Cercle de Cyan et Isabel de saint Gil, Fée-espionne bannie par son peuple. Tous deux possèdent un caractère bien trempé et forment un duo parfait pour mener l’enquête, même s’ils ont des méthodes différentes. Là où Griffont est posé, méticuleux et aspire au confort, Isabel est sauvage, effrontée et adore vadrouiller. Leurs chamailleries incessantes sont sources d’amusement à chaque page.

Le fait que les fées et êtres magiques cohabitent soudainement avec les humains désoriente certains, ce qui occasionne du racisme anti-fées ou anti-humains et des cellules radicales dans les deux camps. Ce thème est récurrent dans toute la trilogie ainsi que le sexisme envers les femmes magiciennes dans les cercles de Mages de la Capitale.

Des clins d’oeils littéraires ou historiques sont nombreux : Les brigades du Tigre aident à l’enquête, de nombreux personnages de légende ou mythologiques font leur apparition (ex : La Vouivre).

Dans le même univers, il existe le recueil de nouvelles Contes et récits du Paris des merveilles, chez Bragelonne, avec deux nouvelles originales de l’auteur, et 4 nouvelles d’autres auteurs basés sur le style de Pevel.

La première nouvelle s’intitule Veni, Vidi, V. et a pour point de départ l’apparition d’un chat ailé mécanique chez la Baronne de Saint Gil qui emmène le duo Griffont-Saint Gil à enquêter sur l’origine de la création du félin qui semble doué de vie. On y retrouve la thématique de la magie comme source d’énergie pour des automates et un personnage d’inventeur très connu en fin de récit.

La cinquième nouvelle intitulée Une enquête d’Etienne Tiflaux, détective Changelin par Bénédicte Vizier, nous fait réfléchir sur le même sujet avec une machine en lien avec Nicholas Tesla, qui aspire la magie d’êtres magiques pour la concentrer en un sérum censé transformer un humain en magicien.

Les autres nouvelles abordent tour à tour le sexisme dont font preuve les mages envers les magiciennes, même dans leur propre cercle, les tensions entre humains et créatures magiques ou nous proposent une balade très réaliste dans Paris à travers les histoires.

La Magie comme source d’énergie mécanique dans le roman steampunk: Une étude en Soie d’Emma Jane Holloway

Le thème de l’objet mécanique à qui on insuffle la vie par la magie se retrouve dans un autre roman steampunk : Une étude en Soie, l’affaire Baskerville de Emma Jane Holloway (en deux tomes).

L’intrigue répond en tous points aux canons du roman steampunk avec une touche de romance : Nous sommes à Londres, à l’époque Victorienne dans une uchronie où les Barons de la Vapeur règnent en maître grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville. Ici, l’alliance entre la mécanique et la magie existe, mais reste dangereuse, et elle surtout réservée aux hommes. Or, Evelina, le personnage principal, adore créer des êtres mécaniques qu’elle fait vivre en leur insufflant de la magie. Au passage, c’est la nièce de Sherlock Holmes, personnage fictionnel bien connu…

L’intrigue : Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes est l’invitée de Lord Bancroft, un diplomate anglais, dans sa demeure Londonienne pour sa première Saison et présentation à la reine. Amie avec la fille de ce dernier, Imogen, elle est férue de mécanique et de magie, deux choses interdites, dangereuses et certainement peu convenables pour une jeune fille. Une nuit, alors qu’elle manque d’être surprise dans le grenier à bricoler, elle est le témoin de plusieurs faits étranges avant d’être mandatée par la bonne paniquée. Une des domestiques a été assassinée au rez-de-chaussée. Sur le corps, elle découvre plusieurs indices qui laissent à penser que le tueur était à l’intérieur de la maison. En parallèle, les Barons de la Vapeur règnent en maîtres sur Londres grâce à leur mainmise sur la dépendance énergétique de la ville et en confisquant métaux et nouvelles inventions. Le Baron Doré, plus ambitieux que les autres, cherche une nouvelle source d’énergie qu’il serait le seul à posséder : le coffret d’Athéna. Mais d’autres personnes sont à sa recherche, provoquant une vague de meurtres.

Ce qu’on en retient : 

Ici l’auteure nous propose une réflexion sur l’utilisation de la magie comme énergie pour faire vivre des automates ou des êtres mécaniques et ses conséquences en fonction de la magie utilisée. Si elle est blanche, ce sera sans danger. Si elle est noire, le terrain sera glissant… On peut y voir au passage une métaphore de l’utilisation du charbon comme source d’énergie et ses conséquences : source de progrès dans l’industrie et d’exploitation ouvrière dans des conditions désastreuses, à l’origine du brouillard londonien.

La magie est donc vue comme une forme d’énergie nouvelle, utile pour améliorer un système mécanique, mais aussi dangereuse car instable. Le fait qu’elle soit réservée aux hommes apporte un côté transgressif et féministe à l’histoire avec une héroïne qui souhaite l’égalité entre les sexes.

Au-delà du côté magique, l’auteure apporte également une réflexion sur les conséquences d’un monopole sur l’énergie par des sociétés privées, qu’il est assez intéressant de décrypter.

Côté intrigue, nous serons à nouveau dans le genre policier avec une enquête complexe aux ramifications diverses : meurtre, artefact magique, société secrère… On note un gros clin d’oeil à Sherlock Holmes comme personnage, et dans le complément de titre (= L’Affaire Baskerville), mais c’est sa nièce qui va résoudre l’enquête.

La romance sera présente aussi avec un triangle amoureux entre l’héroïne et deux jeunes hommes aux caractères et destins différents : un orphelin sans le sou qui vit dans un cirque et un jeune homme de bonne famille bien éduqué et féru de sciences. Emma Jane Holloway introduit ici une réflexion sur l’émancipation féminine à l’époque victorienne quand on est pauvre, et intelligente, et la difficulté d’être autonome à l’époque victorienne, à moins de se marier et d’avoir un mari féministe.

La magie comme sujet d’étude scientifique : La machine de Léandre, Alex Evans

L’univers d’Alex Evans mélange Fantasy et Steampunk en abordant la magie sous un angle scientifique.

Il se situe dans une Belle Epoque réinventée où la magie a existé, disparu, puis est revenue de manière incontrôlable. De ce fait, les hommes ont dû s’adapter pour vivre sans magie et une religion anti-magie a vu le jour.

Dans La Machine de Léandre, la magie est devenue un objet d’étude, avec des Professeurs qui l’étudient et on l’évoque sous le terme « Fluide ». Les rituels et formules s’apparentent à des recettes pour canaliser cette énergie. En dehors des sorcières, des Chamanes ont le don de magie, qui se paye par une sexualité débridée après utilisation, ou des accès de folie et la nécessité de repos.

De plus, le récit a pour élément central la création d’une machine à magie censée remplacer les hommes dans leurs tâches pénibles quotidiennes comme le travail d’usine. C’est une réflexion intéressante sur un univers uchronique où magie et science cohabitent pour le bien commun (ou sa perte), pour l’industrialisation et le progrès. Mais cette découverte a un prix énorme : l’ingrédient secret utilisé pour faire fonctionner la machine n’est pas à proprement parler éthique…

L’intrigue : Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n’aspire qu’à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu’il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu’énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s’intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant…

Ce qu’on en retient :

Le récit est un très bon divertissement grâce à une écriture fluide et un style léger et drôle. Il mélange romance, intrigue policière et sciences magiques, ainsi que des sujets comme l’immigration et la discrimination.

L’auteure met en avant un personnage féminin complexe et gaffeur, héroïne malgré elle et qui tente de faire sa place dans un monde dominé par les hommes. Constance est une réfugiée politique d’une région anti-magie, qui a fui avec sa famille pour un Bastion scientifique afin de se créer une nouvelle vie. Elle y est parvenue à force d’efforts et de détermination en devenant Professeure de Magie dans une université. Malgré une intégration réussie, elle souffre de racisme et de sexisme à l’université par ses pairs masculins et de solitude car elle a tout sacrifié à sa carrière. Il faut dire aussi que la jeune femme n’est pas très jolie et a une maturité émotionnelle très peu développée.

Son implication pour remplacer son collègue professeur dans ses travaux va la mêler à une expérience contre-nature, la rencontre avec un succube et surtout d’affreux criminels, chose dont elle a très peu l’habitude. Mais elle dispose d’une botte secrète qui va l’aider dans cette affaire : des pouvoirs magiques.

Quand magie et mécanique s’opposent : l’univers d’Engrenages et sortilèges d’Adrien Tomas

Pour finir, l’univers créé par Adrien Tomas dans Engrenages et Sortilèges (éditions Rageot), et Vaisseau d’Arcane (édition Mnémos), apporte un renouveau au thème de la magie et de la mécanique. 

Certes, l’univers se rapproche plus de la Fantasy que du Steampunk car nous n’évoluons pas à l’époque victorienne mais dans l’Empire de Mycée et la ville imaginaire de Celumbre où se côtoient humains, mages et créatures magiques à une époque plutôt indéfinie (Renaissance ? Moyen-Age ?).

Néanmoins, le steampunk y apparaît par touches en incluant une société où toute invention mécanique comme tout acte magique nécessite la même source d’énergie : l’Arcanium, afin de pouvoir fonctionner et évoluer rapidement. Le pétrole, le charbon, la vapeur ou l’électricité n’existent pas.

De ce fait, les mages (ou ésothériciens) et les ingénieurs sont en compétition vis à vis de cette énergie, ce qui ne va part sans heurts, ni sans conséquences politiques dans l’univers. De plus, par leur essence même, les deux notions s’affrontent : si la mécanique appartient au futur et au progrès, la magie est vue comme un élément du passé.

L’intrigue : Grise et Cyrus sont deux élèves qui vont à la prestigieuse Académie des Sciences Occultes et Mécaniques de Celumbre. Une bonne nuit, l’apprentie mécanicienne et le jeune mage échappent de justesse à un enlèvement. Alors qu’ils se détestent entre eux, ils doivent malgré tout fuir ensemble et chercher un refuge dans les Rets, un très sinistre quartier aux mains des voleurs et des assassins. S’ils veulent survivre, les deux adolescents n’ont aucun d’autre choix que de faire alliance…

Ce qu’on en retient : 

C’est un roman jeunesse centré sur l’adolescence et ses questionnements, mais aussi une intrigue policière mêlant luttes de pouvoir, complot politique, discrimination sociale et raciale, des automates doués de conscience, et un questionnement autour la loyauté envers un système qui vous broie.

Côté politique, l’Empire de Mycée achète l’Arcanium à la Tovkie et la Xamorée car il ne dispose pas de ressources propres. L’impératrice de Mycée souhaite conserver les traditions en accordant des privilèges aux mages et en leur donnant le maximum d’Arcanium au détriment des ingénieurs. Cela va causer à la longue des tensions internes entre les deux castes, et externes vis à vis de l’approvisionnement, qui mènera à la guerre pour récupérer la ressource.

Si l’intrigue débute dans l’école de magie façon pensionnat Harry Potter, on s’en éloigne très vite pour atterrir dans les bas-fonds crasseux et pollués de Celumbre qui ressemblent un peu à ceux de Londres au XIXème siècle : entassement des plus pauvres, usines, absence de lumière, hygiène douteuses et rapines. A côté de l’opposition Mages/ Mécaniciens, les inégalités sont fortes entre les classes sociales avec un gouvernement dominé par une impératrice.

Engrenages et Sortilèges est un des premiers romans un peu steampunk à faire preuve de diversité raciale. Il nous présente une héroïne noire forte et intelligente, qui est discriminée pour ses origines, sa classe sociale et son statut. Grise alias Grisela Oolonga, vient d’un pays appelé la Xamorée où tout le monde est noir. Or, Celumbre est assimilée à une ville nordique où les habitants sont blonds à la peau pâle. Elle passe difficilement inaperçue et son rang d’élève ingénieur ne l’aide pas car les ingénieurs sont censés se soumettre aux élèves mages. Son père étant le Premier Ingénieur de l’Impératrice, elle bénéficie d’un statut privilégié, à l’inverse d’autres personnages qu’elle croisera dans les Rets. Ajoutons à cela qu’elle préfère bricoler plutôt que d’aspirer à des activités plus féminines, ce qui l’empêche de se faire des amis ou des amoureux.

On notera qu’à l’inverse de certains romans steampunk, le roman met en valeur les personnages féminins à égalité avec les hommes. La société est matriarcale avec une impératrice, les Rets sont gouvernés par l’Arachnide, une femme aussi et les élèves féminins dans l’école bénéficient des mêmes avantages que les élèves masculins. Seuls l’intelligence, la classe sociale, le métier, la couleur de peau sont des facteurs discriminants ou avantageux.

L’introduction d’automates doués de conscience est un autre élément steampunk que l’on retrouve souvent dans la définition de base du steampunk. Ici, nous sommes confrontés à un automate qui va connaître plusieurs vies : peut-être ancien Garde de la garde de cuivre, il s’affranchit de ses maîtres en développant une personnalité autonome et se met au service de la Reine des Rets (= bas-fonds de Celumbre) comme assassin et garde du corps. Il tire son énergie et sa conscience de la magie, utilisée comme énergie et qui habite son corps métallique. Par la suite, sa personnalité sera remplacée par celle d’un fantôme qui utilisera son corps. Il est le parfait exemple d’alliance entre la magie (comme énergie et sortilège lié au fantôme) et mécanique, Fantasy et Steampunk.

Dans le même univers, Vaisseau d’Arcane, roman destiné à un public adulte, aborde un autre pays évoqué dans Engrenages et sortilèges : Le Grimnark. Il s’agit d’un pays imaginaire qui s’est développé sans la magie, en misant sur les sciences et les technologies car les orages magiques étaient trop instables pour récupérer leur énergie. Afin de rattraper son retard vis à vis de ses voisins et pour asseoir sa position politique, son gouvernement a décidé d’utiliser des humains frappés par la foudre d’Arcane (la magie), afin de faire fonctionner sa technologie.

Les malheureux, amnésiques et proches de l’état d’attardés mentaux, sont exploités et arrachés à leurs familles pour « leur bien », sous couvert de devenir des pupilles de l’Etat. L’auteur nous fait réfléchir à la préservation d’une ressource et son importance pour une société, à n’importe quel prix.

Le roman débute avec Sofenna, une infirmière, voit son frère devenir un de ces frappés par la foudre, et décide de le soustraire à son destin. Elle pense que la personnalité de son frère est toujours présente et qu’il n’a pas été touché par hasard. Malheureusement pour elle, l’Etat a engagé un espion-assassin pour la retrouver, elle et son frère afin de les ramener à la capitale.

Que retenir du thème de la magie vis à vis de la définition du Steampunk ?

La Magie dans le roman steampunk peut prendre plusieurs formes, on l’aura vu :

  • Elle peut être associée à un univers et des êtres féériques et faire partie du décor.
  • Elle peut être une source d’énergie pour faire fonctionner des éléments mécaniques qui remplace les autres sources existantes comme la vapeur, l’électricité ou l’éther.
  • Elle peut être un objet d’étude scientifique.

Les récits Steampunk présentant de la magie ne sont pas toujours complètement steampunk. Il arrive qu’ils fusionnent plusieurs genres comme la Fantasy, le roman policier, la romance comme on l’aura vu dans les exemples précédents.

Il est possible aussi que le roman comporte des éléments steampunk comme un personnage, une invention, un décor, sans qu’on puisse le qualifier totalement de Steampunk.

De ce fait, la matière steampunk originale évoquée en préambule peut se trouver diluée et le néophyte ne pas comprendre pourquoi un récit qui lui semble steampunk ne l’est pas totalement.

C’est là tout le charme de cette littérature : elle peut s’adapter, fusionner avec d’autres genres, créer des univers totalement nouveaux qui n’ont pour limites que son imagination.

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

8 commentaires sur « Parlons Steampunk #1 : Steampunk et magie. »

  1. J’ai mis un peu de temps à trouver le temps de te lire justement mais je ne regrette pas de l’avoir pris car cet article est très intéressant 🙂
    Et très didactique aussi, tu expliques bien et tu rends l’ensemble accessible même à un non lecteur de steampunk. Ce qui n’est pas mon cas car j’en ai lu beaucoup mais surtout chez les auteurs français j’avoue.
    Très bon travail 💪

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s