Publié dans Lectures

Moi, Ligia, Sirène, Sylvie Baussier, éditions Scrineo

« La mythologie vue par les monstres », c’est la nouvelle collection lancée par Scrineo pour un public jeunesse amateur de mythologie grecque. J’ai voulu essayer ce concept innovant et original avec beaucoup d’enthousiasme et j’ai tenté ma chance avec l’histoire de Ligia la sirène, le deuxième titre de la collection après Moi, le Minotaure…

Résumé : Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent. Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Mon avis :

L’Histoire des sirènes, par les sirènes

Pour peu qu’on se souvienne de nos cours de mythologie de collège, les sirènes sont des créatures à corps d’oiseau (et non de poisson) et visage de femme que croisent Ulysse lors de son retour à Ithaque, ainsi que les Argonautes pendant leur voyage. De nature cruelle, elles charment les humains par leur chant mélodieux et les attirent dans l’eau pour se noyer. Elles se repaissent ensuite de leur chair et attendent le prochain bateau pour recommencer.

Ici, il sera question de ces sirènes, mais surtout de deux en particulier : les soeurs Ligia et Leucosia. Jeunes filles insouciantes, enfants du Fleuve Acheloos et de la Muse Melpomène, elles sont transformées en sirènes par la déesse Démeter pour les punir de ne pas avoir retrouvé sa fille Coré, enlevée par Hadès. Accrochées à un repaire rocheux en mer dont elles sont plus ou moins prisonnières, elles vivent désormais leur destin cruel de monstres en se remémorant avec nostalgie leur passé.

Un monstre ou une victime ?

Dans ce court roman de 100 pages, Ligia nous raconte ses malheurs quotidiens, ses souvenirs joyeux d’autrefois et son dilemme pour se nourrir.

L’auteure fait apparaître le caractère injuste de cette transformation en sirène, un châtiment motivé plus par la colère et l’impuissance à retrouver son enfant, qu’une punition pour un crime établi. Les deux soeurs ont cherché en vain Coré, mais comment deviner qu’elle était sous terre ? Elles ne sont pas responsables de son enlèvement. On voit bien là que les Dieux font ce qu’ils veulent sur Terre et que la vie de tout humain peut basculer sous leurs caprices.

Sur leur rocher dont elles ne peuvent trop s’éloigner sans se fatiguer, les deux soeurs sont obligées de se nourrir d’humains qu’elles attirent avec leur chant. Ces repas cruels font partie de la punition et sont nécessaires à leur survie, mais leur part humaine éprouve toujours un dégoût après chaque festin.

Leurs rencontres avec les Argonautes, puis avec Ulysse vont les démoraliser complètement quant à leur capacité à charmer les hommes pour s’en nourrir, ou à être assez puissantes pour séduire le plus intelligent des mortels.

La fin du récit est un joli clin d’oeil à l’autre des versions des sirènes que l’on connaît, et popularisée par Disney : celle des femmes-poissons. Une fois de plus, Ulysse aura démontré sa ruse ou les deux soeurs auront trouvé un destin plus en adéquation avec leur part humaine. Qui sait ?

Un roman parfait pour la jeunesse

Le livre se présente en plusieurs parties : une introduction des personnages comme dans une pièce de théâtre afin de rappeler l’identité de chacun, le récit de Ligia, une partie documentaire sur le mythe des sirènes par l’auteure et ses choix d’écriture pour ce récit, et enfin quelques pages de jeux sur la compréhension sur le texte.

En cela, il est parfait pour un enfant à partir de 10 ans et répond à toutes les attentes en termes de lecture et documentation. Pour ce qui est d’un public adulte, j’ai trouvé l’idée d’adopter le point de vue du monstre très intéressante. Cependant, du point de vue du récit, j’ai noté quelques longueurs et répétitions, ainsi qu’un ton un peu déprimant. J’attends de lire les autres récits de la collection pour voir si cela est le cas pour tous afin d’adopter une opinion plus tranchée.

En conclusion : Un roman court, parfait pour la jeunesse, qui démontre que l’on peut encore être original en évoquant les récits mythologiques grecs. Sylvie Baussier nous dépeint des sirènes fatiguées de manger les humains et nostalgiques de leur vie terrestre, au lieu de monstres sanguinaires charmeurs de marins. Une vision rafraîchissante, quoique pas très joyeuse du mythe. Vivement la lecture des autres tomes de la collection !

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

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