Publié dans Questions existentielles

Acheter ses livres sur Amazon plutôt qu’en librairie ou choisir entre l’éthique et l’économie

Tiraillée entre l’envie d’acheter mes livres de façon éthique et celui de moins dépenser d’argent, je me suis retrouvée devant un dilemme concernant Amazon. Quel tort cause-t-il au marché du livre traditionnel ? Quels en sont ses avantages et ses inconvénients ? Les librairies devraient-elles l’affronter ou évoluer ? Quelques éléments de réponse dans cet article non exhaustif sur le sujet…

D’abord, pourquoi aime-t-on utiliser Amazon ?

Sans refaire l’histoire de la création d’Amazon, je vais surtout parler de ses atouts pour les lecteurs. Cela tient en une liste de services plutôt avantageux :

  • La livraison à 0.10 euros : contrairement aux livraisons par des éditeurs ou libraires qui gravitent autour de 5 euros, voire plus selon le livre, Amazon propose un tarif défiant toute concurrence. Et encore, avant la loi anti-Amazon (j’y reviens dans la partie 2), cette livraison était gratuite !
  • Les listes d’envies (ou favoris) : Il est possible de réaliser des wishlist sur Amazon depuis très longtemps afin de conserver des produits que l’on souhaite commander plus tard. Je n’ai pas réussi à trouver l’information mais je ne serais pas surprise qu’Amazon ait créé ce concept.
  • L’algorithme de recherche qui te conseille des lectures en lien avec tes achats : c’est le point fort d’Amazon depuis le départ. Même s’il est basé sur les préférences d’achat de ses clients, les données sont croisées avec le réseau social littéraire Goodreads, racheté par la firme en 2013
  • La vente d’occasion / le rachat : A une époque, Amazon rachetait des livres d’occasion pour les revendre en échange… de bons d’achats à utiliser sur Amazon. Je crois que ce service n’existe plus mais en tout cas, le site est une très bonne ressource quand on cherche des livres d’occasion et permet une comparaison rapide de prix avec le livre à l’état neuf.
  • La livraison rapide avec Prime : Quand on utilise le service, il est possible de se faire livrer en 24h contrairement à 2-5 jours pour un autre site internet.
  • Les ebooks pas chers : Avec Amazon Kindle, il est possible d’acheter des ebooks souvent pas chers, pour alimenter sa liseuse Amazon et dispose d’un catalogue assez important.
  • Des droits d’auteurs plus importants pour les auteurs d’ebooks auto-édités : C’est une réalité, quand un auteur est édité en Maison d’édition il gagne en moyenne 9% du prix de revient de son livre contre 30% sur Amazon (cf mon article Combattre les idées reçues autour des livres auto-édités).

Quels sont les revers de l’utilisation d’Amazon ?

Sans pour autant chercher à te culpabiliser concernant les achats que l’on peut passer sur ce site, je tenais à signaler quelques faits concernant le libraire américain et les mesures prises en France le concernant.

L’entreprise américaine préfère le profit au bien-être de ses employés. Tous les ans, un article au moins est publié à ce sujet et le confinement n’a pas arrangé les choses. Lors du premier confinement, des employés aux Etats-Unis, en France et en Italie se sont mis en grève pour protester contre l’entreprise qui ne leur donnait pas les moyens de se protéger face au virus alors que le nombre de préparation de colis et de livraison étaient dignes d’une période de fête. En dehors de la crise sanitaire, Amazon a été longtemps pointée du doigt pour la limitation des pauses des employés, la pression hiérarchique, les licenciements abusifs, utilisant même des robots pour surveiller ses employés. Pire encore, l’entreprise facilite le travail précaire en proposant des petits jobs sur le site Amazon Mechanical Turk où les employés réalisent des tâches que les robots ne peuvent pas effectuer pour parfois 5 centimes, et cela sans fiche de paie ni mutuelle.

La livraison rapide se fait au détriment du trafic urbain. Savais-tu que le géant était à l’origine de la plupart des embouteillages dans les grandes villes ? Dans un article du New-York Times qui date de 2019, on t’explique que les livraisons réalisées à New York sont responsables de la paralysie de la circulation, mais aussi parfois d’accidents car les chauffeurs se garent sur des trottoirs, des voies vélo faute de place. Et cela amplifie la pollution déjà bien présente dans les centre-ville. Sans aller jusqu’aux Etats-Unis, j’ai déjà vécu ce genre de situation en France où habitant à Lyon, le livreur se garait dans la rue en double-file au pied de mon immeuble pour pouvoir donner un colis… ou ne livrait pas du tout faute de place pour se garer.

Afin d’écraser la concurrence, Amazon a mis en place un tarif ultra-réduit pour ses frais de livraisons. En France, le gouvernement a mis en place une loi appelée officieusement la loi Anti-Amazon en 2014, afin de l’obliger à faire payer des frais de port et de rétablir une forme d’égalité de livraison. Mais le libraire américain l’a contournée en proposant une livraison à 0.10 euros symbolique, le plaçant toujours aussi avantageusement dans le domaine des frais de ports. Actuellement, une proposition gouvernementale est à l’étude pour faire baisser les frais postaux pour l’envoi de livres et soutenir les libraires indépendants.

Jeff Bezos, patron d’Amazon, a mis très longtemps avant de payer ses impôts associés à son entreprise en France. En 2019, il a indiqué dans un communiqué qu‘il avait réglé à l’Etat Français 250 millions pour ses impôts de 2018 concernant sa société. Il utilise comme siège de société le Luxembourg pour la zone Europe de ses activités afin de justement payer le moins d’impôts possible dans les pays européens. On ne peut donc pas dire qu’il contribue à l’économie de notre pays à ce sujet, même s’il apporte des emplois en créant des plateforme logistique en France.

Pour finir, concernant les ebooks vendus avec sa liseuse Amazon Kindle contiennent un DRM qui n’autorise pas leur lecture sur une autre liseuse. Les liseuses Amazon n’autorisent pas non plus l’intégration d’ebooks en dehors de ceux présents sur son catalogue. Donc, finalement tu n’es pas libre de tes achats et complètement dépendant des prix présents sur son site. A titre de contre-exemple, je citerai son concurrent la Fnac avec la liseuse Kobo, qui te permet d’intégrer des livres absents de son catalogue, s’ils sont en format epub ou pdf.

Et si on ne veut pas acheter de livres sur Amazon ?

De nombreuses initiatives existent sur internet et IRL.  J’en ai recensé quelques unes, mais ce n’est pas exhaustif.

Tout d’abord, le plus simple : Acheter directement en librairie ! Il existe de nombreuses librairies pour peu qu’on habite dans une ville moyenne. Certaines sont indépendantes, d’autres sont des chaînes (Fnac, Cultura, etc…) Personnellement, j’adore le concept de café-librairie qui me semble original. Mon seul défaut est de me croire dans une bibliothèque et de trop faire chauffer ma carte bancaire…

Si tu souhaites te faire livrer des livres neufs depuis une librairie, il existe deux sites de regroupement de librairies  : librairiesindépendantes.com et Leslibraires.fr. Ils te proposent de chercher dans les stocks de nombreux libraires, des livres que tu peux réserver en magasin ou te faire livrer à domicile. Si tu veux une liste plus complète pour trouver des romans et des comics, je te renvoie à ma veille littéraire n°21

Il existe une application appelée Amazon Killer qui cherche un livre que tu as trouvé sur Amazon dans une librairie près de chez toi afin de privilégier l’achat en librairie ou via le site d’un libraire.

Tu peux aussi acheter des livres directement auprès de ta maison d’édition préférée quand cela est possible. En littérature de l’imaginaire, les éditions du Chat Noir, les éditions Les Moutons électriques et les éditions ActuSF proposent ce service.  Le gros avantage est que cela rémunère directement la maison d’édition en question, qui ne passe pas par un distributeur pour ses ventes.

Concernant les ebooks, on trouve d’autres plateformes qui proposent du format EPUB, compatible avec de nombreuses liseuses ou tablettes, ce qui permet de regrouper sa bibliothèque numérique en un seul endroit et de fréquenter différents catalogues. Pour ma part, comme je suis friande de littérature de l’imaginaire, je vais sur le site Emaginaire.com qui regroupe de nombreuses maisons d’éditions de SFFF. Tu peux aussi utiliser le logiciel Calibre pour casser le système de DRM de ta liseuse Kindle et t’éviter les soucis évoqués plus haut. Le blog Callipédie te propose un tutoriel à ce sujet.

Si tu préfères acheter d’occasion des livres moins récents ou récents, tu peux passer par un bouquiniste ou un site spécialisé. Je te renvoie à mon article sur les plateformes qui existent pour une liste plus complète. De mon côté, je suis une grosse adepte de Vinted pour des romans récents et de Momox pour des livres plus rares. Petite anecdote :  Momox est un des revendeurs principaux sur Amazon pour les livres d’occasion. Donc quand tu achètes un livre d’occasion sur Amazon, une fois sur deux, il provient de ce site ! Si tu souhaites des conseils sur comment chercher un livre sur le catalogue de Vinted, va jeter un oeil à mon article sur le sujet. 🙂

Parce que l’algorithme d’Amazon se base sur ce que les gens ont consultés le plus fréquemment, pas forcément sur ce qui est en rapport avec le produit choisi, même avec Goodreads, tu peux aller sur un réseau social littéraire pour trouver des idées lecture (ex : Babelio ou Livraddict). Tu peux aussi demander conseil à des libraires, des bibliothécaires ou t’abonner à des blogs des booksta, des booktube ou encore lire mon article  » chais pas quoi lire » pour te faire sortir de ta zone de confort.

Vers une évolution des librairies ?

Concrètement, qu’est-ce qui me fait acheter sur Amazon ?

Je répondrais en toute franchise : la facilité. Quand je commande un livre, je l’ai rapidement, avec un système de paiement en ligne simple et sans avoir à me déplacer. Je gagne du temps en me fiant à un seul site internet au lieu de plusieurs, sans  me rendre dans une librairie où il est possible que je ne trouve pas ce que je cherche.

Que proposer pour rendre le commerce du livre traditionnel attractif ?

Les librairies n’auront jamais l’envergure logistique d’Amazon. Cependant, leur point fort réside dans le conseil personnalisé, le rapport de confiance qu’elles peuvent développer avec leur client, mais aussi grâce aux événements littéraires organisés avec des auteurs.

Mais…demain, on ne bougera pas de notre canapé pour sortir et on se fera livrer absolument tout, ne nous leurrons pas ! Le confinement nous en aura donné un aperçu avec une montée en croissance du phénomène en cas d’épidémie mondiale.

Comment dans ce cas, encourager les librairies à s’adapter ou à évoluer, afin de nous motiver à nous déplacer plutôt que de commander en ligne ?

Des initiatives existent déjà ou sont à inventer :

  • en proposant une expérience de visite originale comme un café-librairie, une péniche-librairie, une librairie-ambulante, voire une spécialisation thématique.
  • en permettant au client de lire sur place et d’emporter le livre qu’il n’a pas terminé comme dans les mangas-cafés.
  • en ayant une attitude  ouverte et pas « snob » face à des demandes de lecture dite « populaire ».
  • en s’implantant ailleurs qu’à Paris. La province a du bon aussi. Quand on sait que sur 3200 librairies en France, 935 sont en région Île de France et 700 à Paris intra-muros, cela ne permet pas une répartition égalitaire sur l’ensemble du territoire.
  • en ouvrant un commerce dans des zones où il n’y a pas accès à la lecture.
  • en proposant un tarif d’envoi postal réduit pour les libraires.
  • en devenant complètement digitale ? Qui sait, le futur est peut-être dans le virtuel finalement? Par exemple, la Librairie Jeunes Pousses spécialisée dans l’auto-édition est totalement virtuelle.

Parce qu’il faut bien conclure…

Personnellement, j’ai fait le choix de ne plus utiliser Amazon pour l’achat de mes livres. Pour autant, j’achète sur les salons auprès des maisons d’édition ou d’occasion sur Vinted… rarement en librairie. Le reste du temps, j’ai accès à des livres récents par mon travail (je suis bibliothécaire) donc j’éprouve rarement le besoin d’en acheter beaucoup.

Mon cas mis à part, posons la question qui fâche : Qui va encore acheter des livres en librairie ? Sont-elles réservées à un public particulier ? La lecture numérique ou l’auto-édition bouleverseraient-elles le mode d’acquisition plus classique des livres ?  La lecture étant un loisir toujours aussi plébiscité de nos jours, je m’interroge… et je n’ai pas la réponse à cette question.

Et toi, qu’en penses-tu ? As-tu des idées à proposer pour améliorer l’attractivité des librairies ? Connais-tu des initiatives pour contrer l’achat sur Amazon ? Dis-moi tout en commentaire 😉

Colis et click and collect,

A.Chatterton

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

13 commentaires sur « Acheter ses livres sur Amazon plutôt qu’en librairie ou choisir entre l’éthique et l’économie »

  1. Merci beaucoup pour cet article.
    Je commande peu sur Amazon et jamais de livre, mais je n’ai pas beaucoup de librairie indépendante près de chez moi. A moins d’aller en hyper centre de la grande ville la plus proche… Je privilégie les enseignes comme Cultura ou les super marchés quand je fais mes courses. Sinon j’aime acheter en occasion, je viens de faire ma première commande Momox et je vais régulièrement à Emmaüs ou sur les vide-greniers! On peut trouver des pépites!
    Bonne journée 😉

    Aimé par 1 personne

  2. D’abord, j’aime beaucoup le ton de ton article qui évite de tomber dans cette exaspérante culpabilisation dès qu’il s’agit d’Amazon.
    Ensuite, je n’achète quasiment jamais de livres sur le site sauf quand je veux offrir un livre à quelqu’un qui habite loin de chez moi pour la gratuité des frais de port que tu mentionnes et pour certains livres d’occasion en VO qui seraient de toute manière introuvables dans les librairies de ma ville (pas forcément super motivées pour commander de la VO d’ailleurs…). Et même là, je privilégie Momox bien que le site ait profité du premier confinement pour faire exploser ses prix…
    En ce qui concerne les ebooks, je passe toujours par Kobo quand je les achète et je profite des ebooks gratuits sur Amazon, mais son système propriétaire est exaspérant. J’ai d’ailleurs fini par craquer et acheter leur liseuse premier prix en complément de ma liseuse Kobo. Et le service Prime reading d’Amazon peut se révéler intéressant avec quelques grands classiques comme Harry Potter et pas mal d’auteurs auto-édités.
    Je ne savais pas pour les embouteillages imputables à Amazon tout comme je découvre l’application Amazon killer dont j’adore le concept. Comme quoi, les gens ont de la ressource pour faire de la résistance 🙂

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  3. Très bel article en effet avec une reflexion poussée ! Pour ma part dans les points positifs pour Amazon, je citerais aussi les avis, c’est un point crucial je trouve pour choisir un livre 😉 Et également le fait que malheureusement en librairie (en tout cas dans celles où j’avais l’habitude d’aller), il n’y a pas de conseil, donc quel est l’interêt ?? Je suis d’accord avec toi, il faudrait que les librairies se remettent un peu en question pour évoluer dans le bon sens !

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    1. A part cette hypothèse comment l’expliquer ? je n’ai pas trouvé d’article sérieux pour justifier mon hypothèse mais j’ai vu un article sur le fait qu’en Suisse Amazon a négocié des tarifs auprès de la poste plutôt avantageux en bénéficiant aussi de son réseau de distribution. Je suppose que c’est peut être le cas en France.
      Par ailleurs, pendant longtemps, avant l’arrivée de son service de Cloud, l’entreprise n’était pas rentable. C’est peut-être l’une des causes.
      Mon article ne tend pas à réaliser une recherche exhaustive sur Amazon mais d’expliquer pourquoi nous sommes tentés par ce site et les alternatives qui existent.

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  4. Même si je privilégie les librairies indépendantes, il m’arrive aussi d’allez sur Amazon. Tout simplement, parce que je peux y trouver des livres qui ne sont plus édités (VO comme VF), mais que j’ai très envie de lire et c’est vrai que le choix d’Amazon est très large, mais également au niveau des prix. Il n’y a pas de petites économies parfois.

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  5. Je rejoins Light and Smell : merci pour cet article au ton calme, qui prend le temps de poser les différents arguments et faits en jeu.
    Il m’arrive encore d’acheter via Amazon, je dois l’admettre. J’ai aussi possédé une Kindle durant quelques années, mais la lassitude des DRM m’a poussé à réfléchir un peu et à m’informer un peu sur le sujet.
    J’habite en Ile-de-France, en Seine et Marne plus précisément, dans un petit village qui se trouve proche d’une des villes principales du département. 50.000 habitants … Et une seule et unique librairie jeunesse qui a ouvert il y a quelques années. Même en Ile-de-France, le lieu librairie n’est pas présent partout : je suis donc assez perplexe lorsque je vois les rayons livres de mon supermarché fermés, ainsi que ceux de la toute petite FNAC de la galerie marchande du même lieu. Ça me semble hyper excluant pour les personnes y ayant leurs habitudes.

    Aimé par 1 personne

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