Publié dans Ateliers d'écriture, Lectures

Les conseils d’écriture… de Haruki Murakami

Dans son essai  autobiographique sur l’écriture intitulé Profession romancier, Haruki Murakami développe sa vision de l’écrivain, de la littérature et surtout sa manière de travailler. Bienvenue dans le bureau de l’auteur japonais le plus connu au monde…

Extrait : « Écrire un roman n’est pas très difficile. Écrire un roman magnifique n’est pas non plus si difficile. Je ne prétends pas que c’est simple, mais ce n’est pas non plus impossible. Ce qui est particulièrement ardu, en revanche, c’est d’écrire des romans encore et encore. Tout le monde n’en est pas capable. Comme je l’ai déjà dit, il faut disposer d’une capacité particulière, qui est certainement un peu différente du simple « talent ». Bon, mais comment savoir si l’on possède cette aptitude ? Voici la réponse : plongez dans l’eau et voyez si vous nagez ou si vous coulez. Bienvenue sur le ring ! »

Mon avis :

Plutôt qu’une énième critique littéraire sur l’autobiographie de l’auteur, j’ai souhaité ici extraire sa pensée et vous la restituer sous forme de manuel de conseils à destination des jeunes écrivains.

La méthode Murakami pour écrire des romans

La réécriture façon traduction

Dans le chapitre 6 de son essai, Profession romancier, Haruki Murakami raconte que pour écrire son premier roman, il a utilisé une méthode inédite : il a d’abord écrit son texte d’une traite, à la main sur du papier. Puis, il l’a traduit en anglais en le retapant à la machine à écrire (c’était il y a 30 ans…). Enfin, il l’a traduit à nouveau dans sa langue d’origine. De là, il a réussi à dégager un texte fluide et épuré, différent de ce qui était publié jusqu’alors au Japon.

Envisager sérieusement le métier d’écrivain

Au fil du temps, l’auteur japonais a affiné sa technique et s’est mis à envisager l’écriture comme un travail au long cours, et surtout un vrai métier. Il l’exprime par la métaphore du ring : s’il est facile d’y entrer, il est plus compliqué d’y rester. Il faut surtout faire preuve de persévérance.

Toujours dans le chapitre 6 de Profession romancier, Murakami explique qu’il mène une vie plutôt solitaire et bien organisée pour écrire ses romans longs. Il consacre 5 heures par jour à écrire tous les matins et se donne un objectif de 10 pages manuscrites par jour. L’après-midi, il lit, écoute de la musique et fait une heure de sport quotidienne pour entretenir son corps. Il a compris que le mythe de l’écrivain torturé avait fait son temps et que pour être endurant en écriture, il fallait également ménager son corps.

De nombreuses relectures et réécritures

Passé l’étape d’écriture, sa méthode de travail consiste en plusieurs relectures successives du manuscrit, entrecoupées de pauses d’une semaine. A chaque relecture, il se concentre sur un aspect différent : par chapitre ou partie pour les allonger ou les rétrécir, sur les détails pour la cohérence, dans sa globalité pour fluidifier la lecture.

Une fois cela terminé, il enferme le manuscrit un mois dans son bureau et « l’oublie » comme s’il le laissait décanter, et s’octroie des vacances. A la fin de cette période, il relit de façon minutieuse son roman pour le corriger à nouveau, puis le fait lire à sa femme pour avoir un avis extérieur, et à son éditeur.

Il insiste sur le facteur temps, à la fois pour faire germer ses idées pendant la phase d’écriture mais aussi pour les faire décanter une fois le premier jet achevé.

Trouver l’inspiration

Dans le chapitre 5 de son essai, Haruki Muramaki explique qu’il est devenu écrivain d’abord en étant un grand lecteur. Ce qui lui a permis d’absorber toutes sortes de constructions littéraires pour écrire un roman. Mais il est surtout très observateur dans son quotidien. Sa méthode est de retenir des données liées à son environnement ou son entourage, sans jugement, puis de les stocker dans son tiroir mental. Quand il écrit, il a eu le temps de maturer ses idées et les réutilise, comme une ressource inépuisable. Fait amusant, il n’écrit rien dans des carnets mais garde vraiment tout dans sa tête.

Comment se faire connaître ?

Gagner un prix littéraire

Haruki Murakami a gagné le Prix des Nouveaux Auteurs de la revue Gunzo pour son premier roman Ecoute le chant du vent, en 1979. Il explique qu’il ne s’attendait pas à être reconnu comme auteur et que ce premier roman était né d’une envie d’écrire sans aller plus loin. Il avait envoyé son manuscrit à la revue sans trop y croire et l’avait oublié jusqu’à ce qu’il apprenne sa victoire.

La leçon a en tirer est que parfois, concourir à un prix peut ouvrir les portes du métier d’écrivain. En France par exemple, la plupart des romanciers qui ont gagné le Prix Goncourt ont vu leur carrière décoller par la suite. De façon plus modeste, vous pouvez aussi concourir pour des appels à textes thématiques ou encore des concours littéraires afin de vous exercer, avant d’envoyer votre manuscrit à une maison d’édition.

Multiplier les genres, les formats d’écriture

L’écrivain japonais a écrit des romans, des essais, et même des nouvelles publiées dans un journal. Il écrit au fil de ses humeurs, même s’il se considère avant tout comme romancier.  Le fait d’écrire dans des formats différents lui apporte de l’expérience : La nouvelle lui permet de tester des exercices de style. S’il s’agit d’une commande pour un journal, les contraintes imposées corseront l’exercice. Le roman nécessite une préparation différente, proche d’un marathon. Enfin, l’essai reste pour lui une manière de coucher ses pensées sur une thématique particulière.

Une chose à retenir cependant, est qu’il se consacre à un projet littéraire à la fois pour rester concentré.

Ne pas se limiter à son pays

Se faire connaître dans son pays… puis à l’étranger a été un objectif pour Murakami. Déjà bien connu au Japon, il vivait à l’étranger quand l’idée lui est venue de publier ses livres aux Etats-Unis. Il a ainsi commencé par écrire des nouvelles pour le journal The New Yorker, pour se faire connaître des américains, avant de trouver un agent, et surtout des traducteurs japonais-anglais pour publier ses livres en Amérique. Dès le départ, il a su bien s’entourer et tisser un réseau très fort au niveau éditorial. Et cela s’est avéré payant : il est maintenant connu et traduit dans de nombreux pays.

Haruki Murakami : Sa vie, son oeuvre

Haruki Murakami est un auteur japonais contemporain. Il a écrit environ une cinquantaine de romans, nouvelles et essais autobiographiques. Tous ne sont pas traduits en français, mais les plus célèbres sont la trilogie 1Q84, Kafka sur le rivage, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. Son dernier roman est Le meurtre du commandeur. Tous sont publiés chez les éditions Belfond.

Il est difficile de décrire le style de Murakami. Sur Wikipédia, il est indiqué qu’il pratique le réalisme magique, la quête picaresque. Il mêle science-fiction, fantastique, enquête policière…et quotidien teinté de mélancolie. Pour ma part, je décrirais ses romans comme des récits avec une temporalité plutôt lente, où il ne se passe pas grand chose, où l’on peut rencontrer des personnalités ou des objets fantastiques. Il a l’art et la manière de raconter des histoires où l’on se sent bien. Et quand le livre est terminé, même si de nombreuses questions liées à l’intrigue restent en suspens, on n’a qu’une envie, c’est de le relire !

Le romancier a gagné plusieurs prix mais aucun Nobel, et dans Profession Romancier, il ne s’en offusque pas. Ce qui le caractérise particulièrement, c’est une forme d’indolence latente. Rien n’est important. Ce qui peut paraître bizarre du point de vue occidental !

Pour conclure sur Profession Romancier, outre des anecdotes sur l’écrivain et ses méthodes d’écriture, vous en apprendrez un peu plus sur le système d’édition japonais et la vision de Murakami concernant ses lecteurs et les écrivains contemporains japonais.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir l’univers d’Haruki Murakami et aussi apporté quelques conseils d’écriture si vous débutez.

Sushis et Onigiris,

A.Chatterton

Auteur :

Bibliothécaire IRL, j’ai eu envie de partager mes lectures avec d’autres amoureux de la littérature, mais aussi jouer avec les livres à travers des challenges ou encore désacraliser l’écriture avec des ateliers pour les écrivains en herbe. Je vous invite également à développer votre imaginaire avec mes projets d’écriture autour d’une bibliothécaire de l’extrême qui voyage à travers les livres mais a du fil à retordre avec son chat… Bienvenue dans mon univers et surtout bonnes découvertes littéraires ! Amélie

4 commentaires sur « Les conseils d’écriture… de Haruki Murakami »

  1. Je préfère l’autre Murakami, mais je dois dire que j’ai bien aimé son roman Kafka sur le rivage, et la nouvelle sur l’étrange bibliothèque (l’édition illustrée est magnifique). Merci pour cet article. Je suis particulièrement impressionnée par la méthode d’écriture que Murakami a utilisée pour son premier roman (traduire en anglais puis retraduire en japonais).

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